Pour changer un peu le ton de ce blog trop plein de fleurs, de petits oiseaux et de cœur en ce moment, crachons un peu de fiel, je sais que c’est comme ça que tu m’aimes lecteur. A se demander si certains d’entre vous ne m’imaginent pas volontiers en maîtresse SM ! (qu’ils seraient déçus).

Août 2005. Gauthier et moi sommes affalés devant la télé en attendant des gens pour faire la fête, nous regardons le best of de « tout le monde en parle », émission que je ne regarde jamais, n’ayant pas une passion particulière pour ces talk show où Agathe Mange-moi-la-fouffe, la nouvelle actrice X à la mode est posée à côté de Jack Lang ou Salman Rushdie. C’est pas que je sois réac’ mais je suis pas sûre de bien voir l’intérêt de demander à un homme politique si « sucer, c’est tromper », si ce n’est jouer la provoc et avoir encore plus d’audimat. Bref, on mate d’un œil morne le best of et là, arrivent Pierre Sled et Sophie Davant, les Jean-Pierre et Samantha Stevens (ma sorcière bien aimée pour les trois du fond qui suivent pas) du service public. Et là, étalage du bonheur simple d’un couple parfait. Et là Gauthier soupire et me dit : « descends-moi ces deux sur ton blog, s’il te
plaît ! ». Hé oui, y a pas à dire, les gens heureux sont chiants.
Quelques semaines plus tard, je prends le métro, je suis accrochée à la barre centrale et je me livre à mon occupation préférée quand j’ai oublié mon bouquin : écouter les gens sans en avoir l’air. Là, deux nanas discutent, l’une inonde l’autre de considérations sur son mec, s’extasiant de tous les moments passés avec lui. L’autre lâche des « ah » et des « oh », je lui jette un coup d’œil discret : y a pas à dire, le bonheur de sa copine l’emmerde. Qui n’a jamais râlé (intérieurement ou non) devant un couple qui se roule la pelle du siècle en public. Quand j’étais à la fac, des pauvres frustrées ne supportaient pas que Guillaume et moi on s’embrasse, ça leur « bouffait leur liberté ». Pourtant, c’étaient juste des smacks affectueux (je ne suis pas très fan des pelles en public, j’avoue), on n’a jamais copulé sur la table de la cafétéria. Tant mieux, elles étaient toutes bancales, on se seraient cassés la figure. Perso, je ne vois pas trop les couples qui s’embrassent, sauf quand ils le font au milieu de la porte en la laissant grande ouverte alors qu’il fait froid et qu’en plus, je sors tous les quart d’heures pour aller vomir (oui, hélas, c’est du vécu, ça). Je me fous des couples qui s’embrassent tant qu’ils ne semblent pas sur le point de copuler ou que ce n’est pas trop écoeurant. Quand j’étais au lycée, mon ex amie Johanne était la pro de la pellasse en public mais un truc ignoble. Déjà, elle ouvrait très grand la bouche, on avait l’impression qu’elle allait avaler son partenaire et surtout, au lieu de tourner la langue, elle tournait la tête… C’était franchement ragoûtant. Et puis comment on peut arriver à ouvrir sa bouche comme ça ? Ces couples qui s’embrassent, dans la rue, ils voient même pas qu’on passe à côté d’eux en faisant la gueule. Enfin, des fois, si on est de suffisamment bonne humeur, on peut prendre un peu de leur vie en rose et sourire mais en général, les trois quart des gens passent à côté d’eux en grimaçant.
Mais, au fond, le bonheur des autres, ça fait chier. D’abord parce qu’ils deviennent monomaniaques, ils ne parlent plus que de ça. « Tu es malheureuse, toi ? Moi pas, je sors avec Brad, tu imagines ? ». Merci la compassion. Tout dépend des personnes mais il est vrai que certains sont indécents avec leur bonheur car ils en deviennent égoïstes. Me rendre compte qu’un(e) de mes ami(e)s proches est devenu indisponible car heureuse, ça me fout un peu les boules. Le pire, c’est qu’on est tous susceptibles de devenir comme ça, moi la première. Pourtant, quand nos proches sont heureux, on est sincèrement heureux pour eux…tant qu’ils ne l’étalent pas trop.
Et puis, quand les gens sont heureux, ils n’ont plus besoin de nous. Une amie en détresse, vous accourez au milieu de la nuit pour la soulager, vous arrivez à sécher ses larmes et vous êtes fière de vous. Si, il faut l’avouer, ça fait du bien de se sentir utile auprès de ses amis. Quand ils sont heureux, on ne sert plus à rien, si ce n’est d’oreille quand ils s’extasient de leur bonheur tout beau tout neuf.
De façon plus générale, je crois que, quelque part, on aime tous se réjouir du malheur des autres car « il y a toujours pire ailleurs ». Je n’ai jamais eu autant de lecteurs que dans ma période Lexomil. Quand ça va, ils s’en vont. Je vous annonce donc que le jour où j’aurai trouvé un boulot et, accessoirement un petit ami, vous ne serez plus que trois, Emma, Gauthier et moi-même ! J’exagère ? Pas tant que ça. Si on regarde les blogs qui ont du succès, ce sont souvent ceux de losers, adorables, certes, mais losers quand même. Les gens heureux, ça va cinq minutes mais pas plus, on veut un exutoire, pas un sucre d’orge écoeurant tellement il est sucré. Pourtant, la dame de l’ANPE me l’a annoncé : je suis de l’année du chien, cette année sera mienne ! Oui, j’ai pas perdu ma matinée en allant à l’ANPE, moi ! Un homme, un boulot, la santé et l’argent, j’aurai tout, bye ma lose et bye mes lecteurs aussi. Enfin, heureusement, quand j’aurai un boulot, je pourrai critiquer mes collègues et cracher un peu de fiel, comme vous l’aimez tant.
Je ne bosse pas à Voici mais je vous parie ce que vous voulez que les numéros qui marchent le plus sont ceux qui annoncent des ruptures. Après tout, dans l’histoire Jennifer Aniston-Angelina Jolie-Bradounet, je suis sûre que les gens étaient au fond ravis de la rupture entre Jennifer et Bradounet car c’était un couple trop parfait, trop beau, qui réussissait tout… Non mais ça peut pas exister, ça va pas ! Bon, personnellement, je trouve Angelina cent fois plus belles que Jennifer mais il paraît qu’elle est très dérangée donc ça fait un couple un peu moins lisse, un peu moins parfait. N’empêche qu’il paraît que mademoiselle est enceinte et franchement, je trouve pas ça juste que ces deux-là fassent un gosse ensemble : vous imaginez comme ses camarades de maternelle vont se sentir merdiques par rapport à ce gosse ? Non parce que vu ses parents, ce sera forcément un trèèèès beau spécimen. Je crois que, de façon générale, les gens préfèrent les stars qui sortent avec des inconnus un peu boudinés (comme ça, on peut se dire que nous aussi, on pourra se marier avec eux un jour). Et surtout, au fond, on est contents quand ils divorcent. C’est salaud mais c’est un exutoire comme un autre.
Quand j’ai le moral à zéro (ce qui est arrivé un peu en début d’année), je pense qu’il y a pire ailleurs. Bon, ok, j’ai 25 ans, je suis au chômage et célibataire mais bon, je vais trouver pire. Bon, y a bien ma cousine de 5 ans mon aînée qui est dans la même situation que moi mais elle, je l’aime bien donc j’ose pas me consoler en me comparant à elle. J’ai pas d’ennemis non plus donc les pires, ce sera les gens qui écrivent des blogs (ah, le nase, il vient de se prendre un vent !) ou des célébrités dont j’ai vent des mésaventures (ahahah, Jessica Simpson divorce… mais c’est qui ?). Oui je suis au chômage mais je suis talentueuse. Oui, je suis célibataire mais mon nouveau shampoing me fait de beaux cheveux soyeux qu’on a envie de toucher (malgré l’électricité statique). Bon, je suis sûre que cette précédente phrase ne m’a fait perdre aucun lecteur mais on a les raisons de se réjouir qu’on peut.
En attendant, je vais trouver des gens heureux à pourrir, ça m’occupera !