Les Guignols

Ca fait longtemps, il me semble, que j’avais pas parlé télé alors allons-y gaiement. Bon, honnêtement, j’aurais préféré vous parler d’Alerte à Malibu ou de Sous le Soleil mais pour
le premier, j’ai promis à Lil de lui laisser la priorité (elle vient précisément de le faire, dingue!) et pour le second, faut que je reprenne la conversation que j’ai eu avec la même Lil sur le sujet mais là, j’ai la flemme en fait.

 Les Guignols : l'intégrale

Donc quelle est l’émission que je regarde à peu près quotidiennement et ce depuis plus de 10 ans ? Les Guignols de l’info. Honnêtement, je me souviens pas depuis quand je
regarde exactement, je me souviens juste d’avoir appris que le nouveau Premier Ministre était Balladur par les Guignols, donc en 94. Moi, à l’époque, je savais même pas qui c’était Balladur. Mais je pense que les Guignols ont joué une part dans mon apprentissage de la politique française. Attention, je parle pas des opinions, hein ! Je parle juste du nom des politiques. Donc voilà, ça fait presque 13 ans (aïe) que je mate tous les soirs ou presque cette émission satirique. Sauf que plus le temps passe, moins ça me fait marrer, j’avoue.

 

Les Guignols ont actuellement trois auteurs à plein temps, d’après wikipédia dont l’indétrônable Bruno Gaccio. Enfin, indétrônable, c’est même pas vrai, il part à la fin de
l’année. Donc Gaccio que tout le monde connaît plus ou moins, colérique (et vas-y que je casse la gueule à des photographes) et méchant. Il se sert des Guignols pour régler ses comptes persos et ça, j’avoue que ça me gonfle. C’est comme se retrouver au milieu d’une dispute entre deux personnes qu’on ne connaît que de nom et qu’on nous impose limite de choisir un camp. Et vas-y que je descends Durand, et vas-y que j’attaque maître Collard qui a eu le « malheur » de défendre une association de trisomiques contre Timsit (à cause d’un sketch écrit par M. Gaccio, comme de par hasard)… Perso, je ne suis pas fan du tout de Collard et de sa prédilection pour les affaires peoplo-médiatiques mais c’est pas le seul, il y a Me Vergès dans le même cas aussi… Bref, si certains sketches me font mourir de rire et deviennent des gimmicks genre « à l’insu de mon plein gré », « putain deux ans » ou encore « travailleurs, travailleuses, on vous ment, on vous spolie »… Et tout ça. Seulement, comme tout, les blagues les plus courtes sont les meilleurs. Certains sketches sont répétés à l’envi et à la fin, ça ne fait plus rire du tout. Bon, bien sûr, faire 5 mn de sketchs par jour, c’est pas évident non plus mais quand même.

 

Au-delà de ça, ce que je trouve fantastique chez les Guignols et surtout leurs auteurs, c’est l’image qu’ils ont d’eux-mêmes et de leur pouvoir. On prétend toujours que les
Guignols ont fait élire Chirac, ce qui me fait hurler. Si on regarde l’audience des Guignols, ils ont fait leur meilleur audience en 98 (soit trois ans plus tard), avec 6.8% d’audience.
6.8% ! C’est carrément rien. Donc en 95, on était encore en dessous. Or qui regarde les Guignols, concrètement ? Des gens qui ont une culture politique, déjà. Non mais faites regarder les Guignols à un étranger francophone qui ne connaît rien à la politique française, s’il rit une fois, ce sera le bout du monde. Comment comprendre la satire politique si on ne comprend pas la vie politique à la base. Ainsi, pendant longtemps, ma sœur qui ne s’intéressait absolument pas à l’actu n’aimait pas du tout les Guignols, ça ne la faisait pas rire. Par ailleurs, si en 95, ils ont réussi à faire élire Chirac, comment se fait-ce qu’en 2002, alors qu’ils avaient fait du gros contre Chirac avec Super Menteur et co, il se soit retrouvé au second tour et élu président ? Je vous pose la question. Perso, j’affirme haut et fort que les Guignols n’ont jamais eu d’influence sur ma façon de voter. Je dois juste reconnaître qu’ils m’ont rappelé qu’il devenait urgent que je m’inscrive sur la liste électorale de mon bled parisien. Ceci étant, les instances les plus hautes se méfient des Guignols, j’ai lu dans un journal y a quelques temps que les attaques systématiques des marionnettes contre Sarkozy inquiétaient le staff de ce dernier. Ouais, moi, c’est sûr, qu’on souligne la petite taille du monsieur, ça me donne trop pas envie de voter pour lui…

 

Autre fait que « j’adore », c’est le fait qu’ils ne supportent aucune attaque. Ils se sont pris quelques procès sur le coin du nez et à chaque fois qu’ils ont franchi la ligne rouge, ils en ont refoutu une couche par derrière. Par exemple, ils créent une polémique en montrant Raymond Barre nu pour la pré campagne de 95. Ils font un nouveau sketch où ils floutent
le pénis ou rajoutent un slip… Quand ils ont crée une nouvelle polémique en annonçant qu’ils s’arrêtaient, ils ont fait un sketch quelques jours plus tard où on voit les trois auteurs et De Greef attachés sur des croix sur le toit de Canal + pour faire acte de pénitence. Trop drôle… Cette histoire d’arrêt de l’émission, justement : formidable coup de pub. Le vendredi, ils annoncent leur arrêt, reprenant en 5 minutes tous les griefs qu’on leur a adressé (dont l’élection de Chirac). Le lundi, ils reprennent comme si de rien n’était, augmentant leur audimat qui atteint… 6.5%.

 

Aujourd’hui, dès qu’ils sont attaqués, ils répondent aussi sec : « c’est scandaleux qu’on ait pas le droit de rire de tout ». Rire de tout, oui. Se servir d’une émission satirique pour « détruire » une personne qu’on aime pas, non.

Les médias ont-ils une influence quelconque sur nous ?

La semaine dernière, j’épinglais une nouvelle fois une émission télé et dans les comms, un petit débat sur le sujet était né et j’ai décidé d’en faire un article à part entière.
influence-hypnose
 
Durant mes études journalistiques, j’ai eu un cours fascinant sur la sociologie de la réception. M. Tintin Hondelatte, mon directeur de master (que j’appellerai comme ça désormais car c’est un bon croisement entre les deux), soutient mordicus que NON, les médias n’ont aucune influence sur nos opinions et comportements. C’est d’ailleurs ce qu’a démontré M. Lazarsfeld, un chercheur américain sévissant durant les années 40 ou par là. En effet, selon ce monsieur, si on a une opinion politique bien établie, ce n’est pas les médias qui nous en feront changer. Certes, certes. De là à nier absolument le rôle des médias sur la formation des opinions, je dis non ! Je me souviens du débat qu’on avait eu en cours, il avait dit en rigolant : « non mais c’est du n’importe quoi les gens qui disent que les pubs pour les sucreries font grossir les gamins, je vous avais mis ce texte là pour vous piéger ». Connard, va ! C’est d’ailleurs pour ça que le CSA réglemente la pub pour enfants : elle n’a aucune influence sur les enfants mais emmerdons les publicistes, tiens ! Pffffffff ! Je me souviens, moi, quand j’étais petite, je voulais que ma mère achète de la soupline parce que je voulais le nounours de la pub…
 
J’ai donc rédigé un devoir thèse/antithèse sur le sujet en disant que, certes, les médias ne nous influencent pas à partir du moment où notre opinion est faite mais il ne faut pas nier absolument le pouvoir des médias. Et je me suis pris un merveilleux 2,5/10 (note limite éliminatoire puisque si on se prend une note inférieure à 5/20, on ne peut pas avoir notre diplôme). Je ne comprends pas comment on peut décemment enseigner ça à de futurs journalistes. Bon, je ne dis pas que les journalistes sont tous puissants mais aujourd’hui, il faut bien se rendre compte que pas mal de gens se font une culture politique en regardant la télé. En 2002, par exemple, il y a eu une vraie polémique sur le rôle des médias dans la présence de Le Pen au second tour. Je pense, en mon âme et conscience, que c’est un peu trop facile de tout foutre sur le dos des médias en disant : « c’est leur faute, ils font peur aux gens avec leur reportage sur la violence dans les cités ». Il y a eu de ça, certes, mais je crois que le malaise est un peu plus profond que ça mais là n’est pas le sujet de l’article.
 
En tant que journaliste (enfin, euh… future), penser que ce que je pourrai écrire n’aura aucune importance est un peu dangereux. Nombre d’hommes politiques ou personnalités de toutes sortes ont dû essuyer des scandales révélés par les journaux. Le problème des médias aujourd’hui, à mon sens, c’est l’urgence. Il faut du scoop A TOUT PRIX. Donc on écrit un article basé essentiellement sur des bruits, des rumeurs, on passe pas forcément le temps de vérifier et là, on chute. Quelque part, je ne comprends pas que David Pujadas soit encore en poste après sa merveilleuse bourde sur Juppé, tout ça pour griller la Une… En même temps, je comprends pas non plus comment PPDA peut encore avoir une quelconque crédibilité suite à sa fausse interview de Fidel Castro. Evidemment, moi, je suis encore à l’orée de ma carrière, même si je n’ai pas précisément une vision toute rose de ma profession , rien ne me garantit que je ne ferai pas la même erreur que mes confrères. Aujourd’hui, la déontologie semble passer bien après les intérêts commerciaux : faut vendre, si on se plante, on s’excusera après, c’est pas grave. Bon, ok, on a ruiné la réputation d’un type qui ne demandait rien à personne (oui parce qu’en général, les médias s’auto alimentent) mais bon, on s’est excusés, hein ? Venant de Toulouse, j’ai pu voir à quel point la rumeur relayée par les journaux pouvait être proprement catastrophique. Je n’ai franchement aucun avis sur l’implication de Baudis dans l’affaire Allègre, je sais pas s’il est coupable ou innocent, j’ai pas les moyens de le dire, de toute façon. Mais cette triste affaire n’a pas vraiment fait du bien à Toulouse, tout le monde s’en est mêlé, y compris des présentateurs télés qui se la jouent journalistes alors qu’ils ne le sont pas (hein, M. Zéro, le bien nommé ?). L’avantage, dans ce genre d’histoires, c’est que tous les médias sont liés : oui, on s’est plantés, mais on l’a fait collégialement donc il n’y a pas de réel coupable.
 
Puis-je décemment affirmer que ce que j’écris n’aura aucune influence sur personne ? Bien sûr que non. Je retranscris les faits selon ma vision de ceux-ci, ce n’est pas forcément comme ça mais c’est ainsi : l’objectivité est un leurre. Il n’y a qu’à lire le Figaro et Libé sur un même sujet, vous verrez. Evidemment, chez mon marchand de journaux, j’aurai naturellement tendance à acheter Libé, je ne pense pas que le lire influencera particulièrement mes opinions politiques. Ceci étant, je considère sans prétention faire partie d’une certaine élite qui a un minimum de connaissances politiques et qui multiplie ces sources d’informations : journaux, télé, radio, selon l’humeur du moment. Je sais prendre de la distance par rapport à ce que l’on me raconte, réfléchir aux faits pour me bâtir ma propre opinion.
 
Mais tout le monde n’est pas comme ça. Des tas de gens mangent devant les infos, le prêt à consommer de l’actualité, on avale les reportages en même temps que notre gratin dauphinois, on ingurgite sans même réfléchir à ce que l’on entend. Les jeunes de cité ne sont que des sauvageons prêts à tout brûler. L’insécurité est partout. Le chômage baisse. Le dernier film des Bronzés est gé-nial… Le problème est qu’on ne peut pas savoir tout sur tout. Comment puis-je mettre en doute un reportage sur un pays comme le Togo (totalement au hasard) où je n’ai jamais mis les pieds ? Même si j’aime bien tout ce qui est international, ma connaissance ne se base que sur ce que j’en lis. Si un journaliste écrit une énorme connerie sur le Togo, comment puis-je m’en rendre compte ? Là, c’est un exemple extrême, tout le monde s’en fout du Togo, de toute façon. Mais le journalisme glisse de plus en plus dans le prêt à consommer donc on multiplie les approximations et on finit par propager des images fausses.
 
Je n’irai pas jusqu’à dire que le journalisme peut changer le monde, voire même la France (soyons modestes). Les Français n’ont pas voté Le Pen à cause des médias mais ils ont contribué à entretenir le climat ambiant. Parce que comme je disais plus haut, le but premier d’un média est de faire de l’argent donc de suivre les thèmes d’actualité. Les blogs sont à la mode ? Hop, 50 émissions de radio, de télé ou des magazines sortent sur le sujet, entretenant d’autant plus le phénomène. J’adore regarder Arrêt sur images et voir un peu les « sujets à la mode » : grippe aviaire, guerre en Irak ou courses de Noël… Des fois, je regarde les infos et ils rabâchent tellement les mêmes infos que j’ai
l’impression de ne pas avoir vu le journal depuis longtemps… N’empêche qu’à force de nous agiter des épouvantails sous le nez, les gens sont terrorisés : ne mangeons plus de bœuf, de poulet, d’œufs et de produits laitiers… Ben youpi ! De toute façon, moi, j’ai mangé pendant 5 ans au restaurant universitaire, si j’ai pas chopé la vache folle, je ne l’aurai jamais. Informer est une chose, entretenir une paranoïa en est une autre.
 
Tout est orienté. Je me souviens à l’époque avoir vu un Envoyé Spécial sur l’affaire Dils, à l’époque où il n’avait pas encore été innocenté. Le reportage avait clairement choisi son camp, démontrant par A+B que Dils était forcément innocent et Francis Heaulme coupable. On voyait même une photo de Dils en communiant à côté une photo de Heaulme où il foutait franchement la trouille. J’ai certes du mal à croire que P. Dils soit coupable mais faire un reportage à ce point subjectif, ça me fait grincer des dents.  Idem dans la « merveilleuse » émission Faites entrer l’accusé avec M. Hondelatte qui passe trois heures à se mettre en scène en train de marcher sur les quais de la Seine, l’air préoccupé, ou à fouiller des dossiers (mais à quoi ça sert, franchement ?) et là, dès le départ, on décide que l’accusé est coupable ou pas. Depuis quand les journalistes jouent les juges ? Depuis longtemps…
 
Alors enseigner à de futurs journalistes que les médias n’ont aucune influence sur l’opinion publique, n’est-ce pas un peu dangereux ? Si, carrément, et je méritais bien plus que 2,5. M. Tintin Hondelatte, si vous me lisez (ça m’étonnerait mais on ne sait jamais), cessez de vivre dans votre tour d’ivoire de sociologue et ouvrez un peu les yeux sur le monde. Lazarsfeld, c’est périmé, toutes les recherches sont à refaire. Demandez à M. le prof de communication politique, le pervers qui me parlait en me regardant droit dans les seins (véridique), ce qu’il en pense de vos théories Lazarsfeldiennes, ça promet un débat…hum…houleux.