C’est historique

Depuis quelques temps, mes rares plages lecture (je vais au boulot à pied) sont consacrés au Nouvel Obs. Tout ce bain d’actualités, ça me fait réfléchir : les guerres, les catastrophes, la crise, les maladies… On a comme la sensation d’une charnière, d’une histoire qui change, d’un avant et d’un après. Mais mesure-t-on réellement la portée de ce que l’on vit ?

liberte-guidant-le-peuple.jpg

Ce qui m’a toujours fascinée en histoire, c’est le phénomène de feu au poudre ou encore l’effet domino. En découvrant l’assassinat d’un archiduc à Sarajevo en 1914, a-t-on pressenti que le premier domino s’écroulait et allait déterminer toute l’histoire du XXe siècle ? A contrario, certains événements n’ont-ils pas été surinterprété ? Considérés comme une date que personne n’oubliera alors que dans 50 ans, ça restera du domaine de l’anecdote ? Quelles dates restent inscrites finalement dans l’histoire ? A brûle pourpoint, je dirais 476, la fin de l’Empire Romain d’Occident, 1492, 1789, 14-18, 40-45 et 1989. Bien sûr, ma réponse est pas mal conditionnée par ma nationalité et je choisis un peu les dates fixées par les historiens pour marquer la fin des grands périodes historiques (Antiquité (476)/Moyen Age (1492 ou 1515, ça se chamaille)/Epoque moderne (1789 ou 1815, là aussi, c’est pas clair)/Contemporaine). Et le reste ? Tout est historique, rien ne l’est ?

1492-christophe-colomb.jpg

Prenons un exemple concret : le 11 septembre. En Histoire, les siècles ne commencent pas un 1er janvier XX00 pour se terminer un 31 décembre XX99 (je me souviens plus très bien si les siècles commencent les années 00 ou les années01). Non, on choisit un événement clé. Exemple : le XXe siècle est débutant en 1914. Donc le XXIe siècle débute le 11 septembre 2001 ? Pas si sûr. En 2002, l’historien René Rémond était venu faire une conférence au Mirail et estimait que le 11 septembre n’était pas une date charnière de notre histoire et je suis pas loin de le suivre. Il me semble, sans recul aucun, que les révolutions arabes pourraient être bien plus importantes en fin de compte. Evidemment, faut attendre la suite, je sais pas encore si on a assisté à l’étincelle de la mèche de la dynamite ou à un pétard mouillé. 

Et pourtant, ça bouge, ça craque, ça s’agite. L’Europe est submergée par le mécontentement de ses classes les moins aisées (y compris la classe moyenne) qui en ont marre de payer quand les plus hautes sphères paradent accrochées à leurs parachutes dorés. Que l’insécurité est partout et je ne parle pas de violence mais de vie en général : le monde s’effrite visiblement, notre nourriture nous empoisonne, nous sommes tous menacés par un capitalisme qui a perdu la tête. Où va-t-on ? C’est là que je suis intriguée car on sent un ras-le-bol, une envie d’autre chose mais une envie de quoi ? L’heure des révolutions va-t-elle ouvrir la porte à des fronts de gauche basés sur une égalité, un rééquilibre ou, au contraire, à des partis populistes qui cachent leurs élans xénophobes en expliquant qu’au fond, si on est dans la merde, c’est bien la faute des étrangers qui nous prennent tous nos sous. Et surtout les étrangers colorés, c’est qu’ils sont plus faciles à reconnaître et donc à montrer du doigt. Le dossier du Nouvel Obs sur la montée de l’extrême droite en Europe fait peur. La nouvelle image assez glamour du FN grâce à sa blonde Marine (entre nous soit dit, son relooking est effectivement une réussite, c’est pas pour autant que je voterai pour elle) me fait froid dans le dos vu qu’elle capte pas mal de déçus du sarkozysme, trop ancrés à droite pour choisir une alternative de gauche. 

marine-lepen.jpg

Où va-t-on ? Peut-être nulle part, l’année 2011 ne restera peut-être pas dans les mémoires en fin de compte. Si on prend 1956, par exemple, avec l’insurrection de Budapest et les émeutes de Poznan, on aurait pu croire au début de la fin du communisme. Cette année là aussi, il y avait eu la guerre de Suez. In fine, qui se souvient vraiment de 1956 ? Le monde s’emballe mais peut-être va-t-il se calmer, que nous continuerons notre train train et que rien n’aura vraiment changé. Ou nous sommes à l’aube d’un grand bouleversement. Comment savoir ? Le mieux est de garder les yeux ouverts. Dans 10 ans, on saura (ou pas).

C’est bonne ambiance en ce moment

« Mais qu’est-ce qui se passe ? » comme dirait Zidane. Ces derniers temps, lire les infos devient particulièrement pénible et mauvais pour mes dents : à force de les grincer, je vais finir par les casser. J’ai la sensation d’assister à une corrida malsaine où les toréadors, aka le gouvernement et ses amis, secouent violemment les muletas du nationalisme et de l’identitaire. Sauf qu’à la corrida, c’est pas toujours le taureau qui perd.
corrida-accident.jpg

En vrac, on a eu la burqa, les Roms, les joueurs noirs de l’Equipe de France (leur couleur est moins dérangeante quand ils gagnent), les faits divers où à la fin, y a quelqu’un qui meurt ou qui termine mal en point. Côté positif, on a Christophe Lemaître, le Blanc qui court plus vite que les Noirs. Et comme on trouvait qu’on n’avait pas encore assez mis le feu, on rajoute sur ça une histoire de déchéance de la nationalité en cas de crime. Mais au vu de la longueur de la liste (et tous les jours, on en rajoute), je pense que bientôt, on va perdre la nationalité pour fraude dans le métro. Je suis mal, moi, je suis Française depuis tellement de générations qu’on ne sait plus (déjà au XIIIe siècle, côté grand-mère paternelle, on était là), je vais me retrouver apatride ! Ah mais suis-je bête, dans le métro, la bonne aryenne que je suis ne se fait pas contrôler. Et ça, ce n’est pas une mesquinerie. Vous regarderez, dans le métro, quand les contrôleurs sont dans les couloirs, ils n’arrêtent que les passagers les plus sombres, c’est un fait. Triste mais un fait.

fraudeur-chirac.jpg

Bref, on nous monte joyeusement les uns contre les autres. Sur20 mn, tous les articles sur les faits divers ont les commentaires fermés à cause de trop nombreux débordements. Par exemple, tiens, dimanche, je me fais mes petites 5 heures de train, je lis l’appli 20 mn pour m’occuper, il y a un article sur un fait divers, le viol d’une jeune fille de 17 ans sur une plage marseillaise. Triste histoire mais voilà, commentaires fermés pour éviter tout débordement. Parce que Marseille, parce que forcément, bien qu’on n’ait aucun élément sur les agresseurs, on va partir du principe qu’ils étaient basanés. Et pas juste parce qu’ils ont passé la journée. Après tout, si Sarko veut déchoir les criminels de la nationalité française, c’est bien parce que ce sont tous des immigrés, c’est bien connu. Hum.


Arrestation.jpg

Alors forcément, comme je connais un peu mon histoire, vous savez, la discipline que pas mal d’entre vous trouve totalement inutile, ça ne me rappelle pas de bonnes choses. Oui, je sais je commence à flirter avec le point Godwin, peu importe. Mais reprenons cette histoire de sport : trop de Noirs sportifs, un Blanc qui les surclasse et qui est porté aux nues… Bon, il a gagné, c’est bien, hein, je ne diminue pas du tout sa victoire mais bon, j’ai vu plus de photos de lui que de Myriam Soumaré pour illustrer cet championnat d’Europe. Bref, trop de commentaires sur la couleur des athlètes, pardon, mais ça m’évoque vaguement 1936… Puis tout ce populisme, la peur, le repli identitaire face à « l’envahisseur », ce n’est jamais bon signe. Et à trop secouer les chiffons rouges, ça finit par un drame. Laissez-moi vous conter une histoire, une Histoire, devrais-je dire. Cela se passe en avril 1987, en Yougoslavie, pays déchiré par les différents nationalismes puisque le seul ingrédient permettant à toutes ces ethnies de vivre ensemble avait été Tito. Mais il est mort et c’est tendu. Slobodan Milosevic se rend au Kosovo s’adresser aux nationalistes serbes qui se prétendent (à tort ou à raison) victimes de discriminations et de violences de la part des Albanais, majoritaires dans la région. Lors de sa visite, les Serbes sont victimes de jets de pierres de la part de policiers albanais. Milosevic s’est alors engagé auprès des Serbes à ce qu’ils ne soient plus jamais frappés. Sauf que l’histoire démontrera par la suite que ses pierres avaient été « négligemment » posées là par le staff de Milosevic. Ce dernier a ensuite été élu président de la Serbie et j’ose supposer que vous connaissez la suite.

milosevic.jpg

Alors certains me rétorqueront, à raison, qu’on ne peut pas comparer la Yougoslavie de l’époque à la France d’aujourd’hui, l’Histoire (tiens, encore elle…) n’est pas la même. C’est vrai. Certains me feront encore remarquer que la xénophobie ne date pas d’hier et que les Arabes et Noirs stigmatisés d’aujourd’hui, ce sont les Espagnols, Italiens et Portugais d’hier. C’est vrai aussi. Cependant, même si l’Histoire a pu nous prouver que la pression très forte sur une minorité ethnique ne provoque pas forcément une guerre civile, il n’en reste pas moins que je trouve le climat super malsain et ça ne me met pas à l’aise. De mémoire, Sarkozy se voulait le Président du rassemblement, il disait qu’ensemble, tout devenait possible. Ensemble, ça veut juste dire les gentils Français pure souche (au passage, petit quiz impromptu : le papa de Sarkozy est de nationalité… ? Oui, voilà…) ? Les gentils travailleurs victimes des vilains délinquants. Attention, je ne nie pas qu’il existe des problèmes et que dans certains quartiers, on en crève de ne plus oser sortir de chez soi. Un twitterer (je refuse de dire twittos) lançait un débat assez intéressant d’ailleurs, je le cite : « Je me demande si les gens qui vivent dans des quartiers où les flics ne peuvent plus aller, contrôlé par les dealers et où il y a une vraie insécurité font des blagues sur Sarkozy. J’aimerais savoir si les gens qui se moquent là sont concernés par ces problèmes ou s’ils regardent ça de leur tour d’ivoire bien pensante. Ceci n’est pas de provocation, j’aimerais savoir ». (posté en plusieurs fois). Bonne question. Pour ma part, je vis en banlieue familiale où les petits rebelles te disent pardon s’ils prennent trop de place sur le trottoir donc forcément… Après, je ne connais pas la vie en « vraie » banlieue, celle qui fait peur au JT. Justement, celle qui fait peur Au JT, je n’ai aucune idée de sa réalité. Mais si je m’en réfère à l’Histoire (lalala), l’insécurité dans les quartiers les moins huppés a toujours existée, depuis que l’homme est homme, j’ai envie de dire. La différence, c’est l’éclairage qu’on lui donne. En ce moment, j’ai l’impression que chaque fait tragique est exhibé sous une masse de projecteurs aveuglants. Non mais t’as vu dans quel monde on vit ? On ne peut plus avoir un accrochage en voiture sans se faire battre à mort, se baigner sans se faire doigter, prendre le rer sans se faire agresser… Evidemment que toutes ces histoires sont dramatiques mais à ne parler que de ça, ça donne des gens totalement effrayés. Et la dernière fois, ça nous a donné un Le Pen au 2e tour. Si on doit retenir une chose de l’Histoire, c’est qu’exacerber les haines pour arriver à ses fins n’a jamais donné quelque chose de bon.

Pugilat.jpg

En attendant, j’aimerais bien savoir comment va Eric Woerth…

Pour le plaisir, je vous mets Corrida de Francis Cabrel, parce que l’écriture de cet article m’a donné envie de l’écouter et que comme il dirait « Est-ce que ce monde est sérieux? »
 


Arrêtez de vous lécher la face un peu

Je pourrais m’indigner de ces couples qui se font des mamours dans la rue mais là n’est point mon propos. Faudrait que j’en reparle d’ailleurs mais pas sous l’angle aigri, je ne le suis pas en ce moment. Enfin, je m’égare dès la troisième ligne, on n’est pas rendus.

se-rouler-une-pelle.jpg

Non, je ne voulais pas vous parler d’un couple lambda qui se lècherait la face en public mais d’un couple parfaitement identifié qui roucoule à qui mieux mieux dès qu’une caméra tourne et se la joue amours adolescentes. Oui, eux : Carla et Nicolas. Bon, déjà les regards langoureux à la « je pourrais, là, de suite, je te plaquerais au mur, je t’arracherais la culotte et je te baiserais comme une bête », c’est un petit peu gênant mais y a pire. Récemment, Carlita, comme l’appelle notre Président amoureux, a participé à une émission anglaise avec sa guitare et qui passe PAR HASARD (en majuscule, oui) ? Mais c’est Nicolito ! Et les voilà à se faire des mamours devant la caméra. Je serais mesquine de souligner que ce débordement d’affection alors qu’on prétend le couple séparé et en pleine élection régionale sent légèrement le coup monté mais non, je ne suis pas mesquine, non…

nicolas-sarkozy-carla-bruni-yves-saint-laurent-berge.jpg

Je m’imagine un peu à la place de ces pauvres journalistes anglais qui sont passés du « youpi, une image forte » à « heu… Quelqu’un aurait une lance à incendie pour les décoller, là ? ». On pourrait se dire que notre Président aime visiblement sa femme et que c’est plutôt une bonne chose parce que… Je sais pas moi, parce qu’un homme aigri pourrait s’exciter sur certains sujets épineux comme l’identité nationale, nous remettre une louche d’insécurité et…  Ah oui, non… Bon, alors c’est bien parce que tout le monde nous parle de l’amour qui unit les Obama et de la classe de Michelle (entre nous, je trouve qu’elle s’habille pas toujours très bien) et que nous, on a les mêmes, na !

obama-couple.jpg

Sauf que si un couple qui s’aime visiblement, ça peut être charmant, je trouve quand même qu’il y a une certaine tenue à avoir. De façon générale, un minimum de tenue n’a jamais fait de mal à personne mais surtout, ça parasite, je trouve. Oh, regardez, Nicolito et Carlita se tiennent la main et se font des mamours, comme c’est adorable. Les régio… quoi ? Non mais on s’en fout, regardez, ils s’aiment malgré la rumeur. Oui parce que j’ai la légère sensation que toutes ces sérénades tombent toujours à pic et nous font un bien joli écran de fumée. Alors que l’on sent la piquette électorale à plein nez, Nicolito et Carlita vont voter main dans la main (ooooooh), se font des bisous devant les caméras (ooooooh), se mangent des yeux à New York chez les Obama (ooooh). Ouais super… 

1-france-s-president-nicolas-sarkozy-and-his-wife-first-lad.jpg

Mais je me pose une question : est-ce que ce pantomime intéresse réellement quelqu’un ? A part Gala et Paris-Match, je veux dire. La vie privée de nos dirigeants ne m’a jamais parue réellement digne d’intérêt. Au début, je me disais qu’avoir un Président (multi)divorcé et (multi)remarié représentait une certaine avancée sociale dans le sens où l’on sort du modèle patriarcal traditionnel du chef d’état chef de famille qui n’a connu (officiellement) qu’une compagne. J’ai même pu dire que le fait que Carlita continue sa carrière malgré tout était en soi une bonne chose. Mais là, le côté papouilles, non, ça devient lourd, très lourd. Oui, elle est bien jolie Carla, oui, il est bien Berlusconien Sarko pour le coup mais je ne pense pas qu’avoir une jolie ex mannequin surbotoxée à son bras soit un argument vente de quoi que ce soit. Je n’y vois que grosses ficelles pour nous vendre une beeeeelle histoire d’amour qui devrait nous rendre Sarkozy plus sympa (« oh non mais le pauvre, il travaille tellement, je sais pas comment il fait » dit régulièrement la Carla énamourée). Je suis assez rassurée de voir que ça ne marche pas, je finirais, pour le coup, à virer vraiment aigrie devant la duperie des gens qui avalent cet écoeurant conte de fée. En plus, les acteurs sont mauvais.

L’absentionniste est-il de droite ?

Voilà, les régionales sont passées, j’ai consciencieusement voté au second tour (dans un bureau de vote tellement désert que j’ai cru que les tenanciers allaient pleurer de joie en me voyant débarquer) et j’ai vaguement regardé les résultats hier soir. Enfin, j’ai suivi sur Twitter car y avait Desperate Housewives sur Teva et honnêtement, les soirées électorales me dépriment toujours un peu.

soiree-electorale-pecresse.jpg 

Pourtant, en mettant en parallèle tous les résultats, un truc m’a sauté aux yeux : plus l’abstention croît, plus la gauche gagne. De là, une conclusion peut-être sophiste : l’abstentionniste est de droite. Merde, j’aurais dit l’exact contraire. Forcément, au vu des milieux que je fréquente, l’abstentionnisme est un acte politique en soi et un acte très ancré à gauche (à gauche gauche, je veux dire, plus du côté du NPA que du PS). Pour moi, l’abstentionnisme est un acte militant de gens oeuvrant dans l’associatif qui considèrent que
la société, on la change sur le terrain et pas dans l’isoloir. Ce qui n’est pas faux en soi, il faut l’admettre.

 isoloir-de-vote.jpg

Alors forcément, ma réflexion sur l’abstentionnisme comme un comportement de gens de droite me turlupine un peu. Mais en fait, je crois qu’il s’agit bel et bien d’un sophisme et qu’il faut aller plus loin. Pourquoi les gens n’ont pas voté ? Par désintérêt ou par manque d’information ? Moi, j’ai plutôt tendance à opter pour la deuxième solution. La présidentielle, les législatives, les municipales, on sait à quoi ça sert sans forcément se pencher sur la question alors que les régionales ou même les européennes, bof… Donc voici mon
nouveau postulat : « on ne vote que quand on comprend le scrutin ». Or force est de constater que les médias étant plus friands des petites phrases assassines et prises de bec, on oublie un peu de nous expliquer à quoi sert le conseil régional. Ah, je sais, on est censé avoir vu ça en cours d’éducation civique mais perso, dans mon collège, le cours d’éducation civique étant dispensé par un prof d’une autre matière, une fois sur deux, le prof remplaçait l’éducation civique par sa propre matière. Donc de façon générale, les gens ne se sentent pas concernés donc ne votent pas.

urne-copie-1.jpg 

Alors les plus citoyens, ce qui n’attendent pas que les journalistes leur fasse la leçon, sont forcément de gauche. Pas si sûr. En général, on découpe grosso merdo l’électorat d’un pays bipartite comme suit : 40% d’un côté, 40% de l’autre, 20% d’ambivalents. Ce sont ces 20ù d’ambivalents qui font pencher la balance. Et si c’étaient eux, les mauvais citoyens, les « je vote quand on m’agite les chiffons rouges de l’insécurité ou autre ». Ceux qui soudain, se sentent concernés par le débat républicain car on leur explique que l’heure
est grave. En 2002 et 2007, on nous a saoulé avec l’insécurité (bouh !) et donc, vote conservateur, à droite toute. Faute des médias ? Pas si sûr, les médias relayent les sujets phares des politiciens et la campagne s’est jouée clairement sur ce thème en 2007, Ségo y allant franchement elle aussi. D’ailleurs, si les écolo prennent de plus en plus de place, n’est-ce pas grâce aux nombreux articles sur le réchauffement de la planète, l’échec de Copenhague ou que sais-je encore ?

 sommet-copenhague.jpeg

J’ai tout à fait conscience que cet article pue la philosophie de comptoir, c’est même un peu le but mais je crois qu’il y a quelque chose à creuser par là, quelque chose à comprendre… Si un français sur deux ne s’est pas déplacé ces deux derniers week-ends, c’est qu’il doit y avoir une explication. Si la gauche emporte les élections sans électeurs, c’est qu’il doit y avoir une raison. Et comme je ne suis plus de cours de sociologie politique (c’était super intéressant même si le prof n’était pas des plus sympas. Il était gris… Pour de vrai la première fois que je l’ai vu, j’ai eu l’impression d’avoir un problème de vue, que j’avais perdu les couleurs mais non, il est juste gris), je me fais mes petites théories.Ca occupe.

recto-lundi-c-theorie.jpg

Demain, je repars sur des sujets plus légers, en ce moment, je réfléchis n’importe comment. D’ailleurs, faudra que je vous explique qu’en ce moment, j’ai la sensation que je me stupidifie. Et pas juste parce que je me passionne pour Hélène et les garçons et le traitement hallucinant de nombreux sujets comme l’infidélité ou la drogue (j’ai des fois envie de créer un blog consacré à l’univers AB mais y a déjà les sitcomologues qui le font très bien).

T’as peur, dis, t’as peur ?

Il y a 5 ans, je pensais un jour devenir journaliste. Journaliste en quoi, je ne savais pas bien, j’étais plus naturellement attirée par le sportif, le féminin (mais pas la mode ou la beauté, moi, je voulais être chroniqueuse, un peu comme Carrie Bradshaw mais en moins névrosée), l’international. J’avoue que le national ne m’a jamais vraiment intéressée et aujourd’hui encore, je saute assez facilement les pages France. Peut-être parce que j’ai la sensation que l’herbe est toujours plus verte ailleurs ? Peut-être. Mais là n’est pas le
sujet.



J’avais donc cette ambition mais aujourd’hui, j’ai légèrement honte parce que la presse m’exaspère. Mais à un point. J’ai l’impression qu’on écrit tout et son contraire juste pour nous faire peur. Par exemple, la crise. La criiiiiiiiiiiise (en hurlant hystériquement, je vous prie). La garce, elle nous tuera tous. ON perdra tous nos emplois, on ne pourra plus s’acheter de pâtes parce qu’elles seront trop chères, même les coquillettes et puis à la fin, on crèvera tous. Le seul qui peut nous sauver, c’est Obama, tellement qu’on lui file un
prix nobel même pas un an après son élection parce qu’il est plein de volonté. Mais bon, pas de chance, Obama, c’est pas notre Président à nous donc nous, pauvres Français, on a la criiiiiiiiiiiise, on nous balance des chiffres qui font peur comme ceux de l’inflation, du chômage… Tous pauvres demain.

Ceci étant, il vaut mieux être pauvres parce qu’avec toute cette délinquance et cette insécurité, on va tout se faire voler de toute façon. Pourtant, notre gentil gouvernement renvoie tous les impies dans leur pays mais ça ne suffit pas. Peut-être que ça voudrait dire que… non… ça voudrait dire que les délits peuvent être aussi commis par des Français ? Des Français qui ont la nationalité pour de vrai ? Oh ben ça alors ! De toute façon, peu importe, à la vitesse où vont les choses, je vais mourir violée (par 4 individus en même temps) et égorgée au fond d’une rame de RER. Et pauvre.

Quoi que pas sûr, j’ai peut-être une solution de sortie pour éviter cette mort atroce : crever de la grippe A. Les Français sont particulièrement légers sur le sujet, malgré l’atroce pub anxiogène diffusée quotidiennement avec de la musique qui fait peur et des microbes volants. Régulièrement, les journaux nous rappellent l’horreur de cette grippe, que des gens en meurent et tout. Et vous croisez des gens dans la rue avec des masques ? Vous éternuez dans votre coude plutôt que dans vos mains ? Et bien si vous crevez de la grippe, ce sera bien fait pour vous, vous n’aviez qu’à croire les médias, non mais !


Je caricature mais pas tant que ça. Et encore, j’ai pas envisagé l’hypothèse de mourir déchiquetée dans un attentat dans le métro ou pulvérisé dans un crash d’avion parce que les pitots sont tous dysfonctionnels ou que les pilotes se sont endormis. Ou d’autres choses auxquelles je n’ai sans doute pas pensé comme l’anthrax mais ça me paraît passé de mode. Je suis sûre que si j’envoie une lettre avec de la farine dedans, plus personne ne pensera à l’anthrax. C’est bien, une paranoïa en chasse une autre. Comme quoi, toutes les menaces terriblement terrifiantes sont relatives.  Bref, cette course au sensationnalisme effrayant m’agace, on flirte avec la désinformation. Il doit y avoir des cas où on s’y vautre carrément, d’ailleurs. Je n’ai pas besoin qu’on me rappelle tous les jours que c’est la criiiiiiiiiiise, qu’il y a la grippe A, l’insécurité… C’est bien triste certes mais je ne pense pas que ce soit une raison suffisante
pour ne plus sortir de chez moi (même si des fois, je me dis qu’une petite paranoïte aiguë serait sympa comme excuse pour pas aller travailler mais il ne faut pas en abuser sous peine de finir interné). Je suis obligée de sortir de chez moi pour bosser, voir des gens, vivre…



Par contre, ce serait sympa de distribuer quelques bonnes nouvelles de temps en temps… Juste pour voir ce que ça fait.

Les médias font-ils l’’élection ?

En tant que journaliste, je suis la campagne de près. J’avoue que la couverture médiatique de cet événement politique est fascinante (à défaut d’être gonflante). Ce qui est fantastique, c’est que quel que soit le résultat, c’est notre faute, à nous, les journalistes. Ca vous dérange pas de nous refiler toute la responsabilité ? Non parce que jusqu’à preuve du contraire, les journalistes ne sont pas les seuls à avoir le droit de vote. Mais c’est notre faute parce qu’on vous influence ? Ah oui, voyons ça.

Media-Influence

Janvier 2004, cours de sociologie politique avec un prof tout gris. Je vous jure, la première fois que je l’ai vu, j’ai cru avoir un problème de vue… Donc, dans son cours, le monsieur nous dresse la liste des facteurs influant sur le vote des gens : région de naissance, éducation, milieux fréquentés, affection ou inimitié envers le candidat… Bref, des facteurs, y en a tout plein et il nous le prouve, tableau de corrélations à l’appui. Or ce qui n’influence pas, par contre, c’est la télé. Et bien oui. Pour l’élection de De Gaulle en 58, ils ont étudié les foyers télévisés et les autres et à l’arrivée, ça n’a rien changé. Les médias non influents ? Selon un chercheur américain* dont j’ai oublié le nom et vu que mes cours de socio sont décédés en même temps que mon disque dur et que j’ai la flemme de chercher, vous saurez pas qui. Donc ce monsieur a étudié l’influence des médias sur le vote et voici sa conclusion : ça n’a pas d’influence sur ceux qui ont déjà une opinion. Et je plussoie, comme on dit maintenant. Prenons le cas d’une citoyenne lambda, moi. Imaginons que je regarde l’émission « j’ai une question à vous poser » avec M. Sarkozy comme invité. Et bien, même si j’avoue que ce mec est fort à l’oral, quoi qu’il fasse ou quoi qu’il dise, j’ai allumé la télé SACHANT que je ne voterai pas pour lui. Et ce n’est pas deux heures de show télévisé qui vont me faire changer d’avis. Qu’il soit bon ou pas. D’ailleurs, je me demande dans quelle mesure un audimat ne vaut pas autant qu’un sondage
puisqu’on a plus de facilité à regarder une personnalité politique qui a les mêmes idées que nous que leurs contradicteurs. Par exemple, mes parents ne regardent jamais les gens du PS ou presque. 
Et je pense que ce ne sont pas les seuls. Bref, je pense que les gens ayant un avis arrêté ne pourront en aucun cas être influencés par les médias, quels qu’ils soient. Par ailleurs, si on y regarde de plus près : en 2002, Le Pen n’a eu droit à quasi aucune tribune dans la presse : il arrive au deuxième tour. En 2005, les médias sont à fond pour le oui au référendum, c’est le non qui passe. En 2002, le 3e homme, c’était Chevènement. Qui ça ? Actuellement, c’est Bayrou, on verra fin avril ce qu’il en est.

 

Je vous entends déjà des voix s’élever : « non mais attends, en 2002, l’insécurité, tout ça, machin ». Je ne le nie pas. Il est vrai que les journaux télés ont donné une image peu plaisante de la France, où les vieux se font piller et rosser par des jeunes, voire même violer comme super Mamie. Les sauvageons ont pris possession de la banlieue et lorgnent désormais sur nos jolis quartiers résidentiels, il faut les bouter hors de nos quartiers et les laisser dans leurs ghettos, que diable ! Mais là, encore, je me pose la question d’un terrain
favorable ou non pour accueillir ce genre de théories. Dans mon cas, je regarde les infos comme les autres et l’insécurité ne m’a pas fait changer mon vote en 2002. Là, je suis totalement catastrophée par la campagne de Ségolène Royal, censée être « ma » candidate et je commence très sérieusement à lorgner les autres candidatures pour trouver une échappatoire parce que là, c’est plus possible. Et me sortez pas le couplet du « han, 2002 t’a pas suffi ?? ». Ben merde alors, c’est ma faute aussi si elle se chie dans les grandes largeurs ? Et je
ne suis pas victime de l’hypermédiatisation de ses bourdes, elle ne m’a JAMAIS convaincue, ni aujourd’hui, ni quand elle s’est prononcée contre le mariage homo car « de façon toute personnelle, je suis contre le mariage ». Super mais c’était pas la question. Bref, je m’éloigne de mon propos. Ce que je veux dire c’est que ceux qui ont voté en 2002 l’auraient-ils fait sans l’hypermédiatisation de l’insécurité ? Je pense que si certains hésitaient à le faire et ont finalement été poussés par certains faits d’actualité, effectivement, faut arrêter de se
voiler la face. Oui, ce visage de la France fait peur, il est dérangeant et laid. Mais ouvrons un peu les yeux, c’est pas trois journaux et deux reportages qui ont crée ce rejet de la France Black Blanc Beur, comme on dit. Oui, la télé (surtout elle) véhicule des clichés sur les djeunz de banlieue parce que ce sont pas tous des trafiquants qui font des tournantes dans les caves. Mais les médias ne sont pas le seuls responsables non plus. C’est tellement facile de se racheter une virginité en trouvant un coupable idéal mais à la libération, beaucoup se
sont cachés derrière les pendus pour plus qu’on les voit. Désolée, chuis à fond dans la seconde guerre mondiale, en ce moment, même dans Hannibal Lecter qui est un film qui puire.

Bref, je n’ai pas voté Le Pen en 2002 et je le ferai pas en 2007. J’ai pas voté Jospin non plus à l’époque mais je vois pas en quoi je serais responsable de son échec. C’est pas moi qui me suis abstenue ou qui ai chié ma campagne dans les grandes largeurs. Parce qu’il faudrait un peu arrêter de croire que c’est toujours la faute de l’autre. La France n’est pas une terre de tolérance et c’est pas la faute des médias. C’est plus profond que ça.
 
* C’est Lazarsfeld, en fait

Cachez ce sang que je ne saurais voir

Actuellement, je suis en vacances chez mes parents et ça fait du bien mais c’est pas le sujet de l’article. Hier ? On regardait le JT de 13h sur France 2, suivi par l’hebdo du médiateur, l’émission où les téléspectateurs râlent. Hier, le thème était : on a vu un reportage sur le Turkménistan dans Envoyé Spécial et ça nous a dérangé car la journaliste a mis sa vie et celle de ses complices sur place en danger. Et alors ?
 
Hier, j’ai pu prendre conscience à quel point la réalité peut déranger à la télé. Surtout à la télé car l’image donne un vernis de vérité au propos. Parce que le même reportage à l’écrit serait passé relativement inaperçu parce qu’on ne voit pas. Lors qu’à la télé, on voit donc c’est vrai. Bon, j’écrirai sans doute un article sur la magie du montage mais c’est pas tant le sujet de l’article du jour. Donc hier, j’ai appris que la télé ne pouvait pas montrer que dans des pays dont on ne parle pas au JT, il y a la guerre. Ben merde alors !
 
La semaine dernière, j’ai lu le nouveau bouquin de David Abiker, Le mur des lamentations. A un moment, il regarde le JT de 20h et explique en gros
qu’il aime ce moment où le présentateur lui donne l’impression qu’il a échappé à tous les malheurs égrenés pendant l’émission. Or, là, sur notre Turkménistan, une dame explique : « moi, j’ai été révoltée par ce reportage parce que quand je suis partie me coucher, je me sentais coupable et que je pouvais pas les aider. ». Oh la vache ! Oui parce que le malheur, on veut bien le regarder si on peut se racheter une conscience après. Le Wolrd trade center ? Une minute de silence, peut-être quelques dons et voilà, notre conscience est apaisée. Le tsunami ? Quelques dons et on oublie. La misère en Afrique ? Quelques sous expédiés, un peu de riz et un cahier et voilà, on dort tranquille. Limite, ça me fait penser aux
indulgences vendues par l’église à la période moderne qui permettaient de racheter ses péchés. C’est pas mieux, franchement !
 
Sauf que le monde n’est pas un épisode des Bisounours où tout est bien qui finit bien. Je ne dis pas que c’est mal de donner de l’argent aux assos, d’apporter sa petite pierre à l’édifice car, effectivement, si personne ne fait rien, ça n’ira pas mieux. Mais est-ce parce qu’on a donné 30 euros qu’on doit se laver les mains du malheur du monde, regarder le JT en toute sérénité parce que les gamins qui crèvent de faim, ça fait mal au cœur mais « nous, on a donné ! ». Ce qu’on veut voir au JT, c’est soit ce qu’on peut arranger (ou du moins croire que…) ou que ce soit des affaires qui ne nous concernent pas. L’Irak, c’est moche mais c’est la faute aux Américains. Nous, on voulait pas y aller, on a bien fait. Le Liban, c’est pas beau mais on fait partie de la force internationale, on s’implique alors ça va, on est rassurés.
 
Mais nous montrer tout ce pan du monde où la France ne cherche absolument pas à intervenir alors qu’il y a à faire, non, non, on ne veut rien voir.
Ni la dictature, ni la barbarie. Pas de cadavres non plus. Comment le sang peut-il couler sans que la France réagisse ? C’est impensable enfin ! Alors cachons ce Turkménistan au nom imprononçable qu’on ne sait même pas placer sur une carte ! Parlons plutôt du Liban et de la misère en Afrique, ça nous rassure, on a déjà donné donc on peut regarder en tout sérénité.
 
En tant que journaliste, je me pose des questions quand j’entends ça et je suis franchement écoeurée. Il est évident qu’on ne peut pas parler de tout, surtout à la télé. En 30 mn, faut caser le national, l’international, le sport, l’insécurité, le sabotier de Charentes et l’interview de la starlette à la mode. Dans la presse écrite, on peut proposer des reportages sur le Turkménistan, le Kirghizstan ou l’Ingouchie mais à la télé, non. Le pire, c’est quand on ose montrer un cadavre avec du vrai sang qui coule. Non mais vous imaginez ! On est en train de manger notre entrecôte purée maison et on nous montre un mort. Un mort pour lequel la France n’a rien fait et pour lequel on n’a pas envoyé d’argent ; Bouh, non alors, c’est pas possible ! Comment ose-t-on nous étaler ça sous le nez ? Le monde est moche, on le sait, pas la peine de nous le rappeler tous les midis et tous les soirs. Et si, en plus, pendant les émissions d’information, on nous rallonge la liste des pays où ça va mal plutôt que de nous montrer la jet set en vacances, c’est plus possible !
 
Mais croyez-vous vraiment que c’est parce qu’on ferme les yeux que les problèmes n’existent plus ? Faisons l’autruche et vivons heureux dans un
monde rose bonbon au parfum de guimauve. Evidemment qu’on ne peut pas régler tous les problèmes. Evidemment qu’il ne suffit pas d’un claquement de doigts pour régler la misère dans le monde et installer des régimes non répressifs partout dans le monde. Evidemment qu’il ne suffit pas de regarder pour que les guerres cessent. Mais cessons de nous voiler la face : à quoi ça sert de gueuler parce que des journalistes parlent d’un pays dictatorial où les journalistes locaux meurent en prison suite à des coups et blessures ? Pour une fois qu’une émission de télévision nous propose un reportage qui sort un peu des sentiers battus et arrête de brosser le spectateur dans le sens du poil, on devrait plutôt applaudir !

Les médias ont-ils une influence quelconque sur nous ?

La semaine dernière, j’épinglais une nouvelle fois une émission télé et dans les comms, un petit débat sur le sujet était né et j’ai décidé d’en faire un article à part entière.
influence-hypnose
 
Durant mes études journalistiques, j’ai eu un cours fascinant sur la sociologie de la réception. M. Tintin Hondelatte, mon directeur de master (que j’appellerai comme ça désormais car c’est un bon croisement entre les deux), soutient mordicus que NON, les médias n’ont aucune influence sur nos opinions et comportements. C’est d’ailleurs ce qu’a démontré M. Lazarsfeld, un chercheur américain sévissant durant les années 40 ou par là. En effet, selon ce monsieur, si on a une opinion politique bien établie, ce n’est pas les médias qui nous en feront changer. Certes, certes. De là à nier absolument le rôle des médias sur la formation des opinions, je dis non ! Je me souviens du débat qu’on avait eu en cours, il avait dit en rigolant : « non mais c’est du n’importe quoi les gens qui disent que les pubs pour les sucreries font grossir les gamins, je vous avais mis ce texte là pour vous piéger ». Connard, va ! C’est d’ailleurs pour ça que le CSA réglemente la pub pour enfants : elle n’a aucune influence sur les enfants mais emmerdons les publicistes, tiens ! Pffffffff ! Je me souviens, moi, quand j’étais petite, je voulais que ma mère achète de la soupline parce que je voulais le nounours de la pub…
 
J’ai donc rédigé un devoir thèse/antithèse sur le sujet en disant que, certes, les médias ne nous influencent pas à partir du moment où notre opinion est faite mais il ne faut pas nier absolument le pouvoir des médias. Et je me suis pris un merveilleux 2,5/10 (note limite éliminatoire puisque si on se prend une note inférieure à 5/20, on ne peut pas avoir notre diplôme). Je ne comprends pas comment on peut décemment enseigner ça à de futurs journalistes. Bon, je ne dis pas que les journalistes sont tous puissants mais aujourd’hui, il faut bien se rendre compte que pas mal de gens se font une culture politique en regardant la télé. En 2002, par exemple, il y a eu une vraie polémique sur le rôle des médias dans la présence de Le Pen au second tour. Je pense, en mon âme et conscience, que c’est un peu trop facile de tout foutre sur le dos des médias en disant : « c’est leur faute, ils font peur aux gens avec leur reportage sur la violence dans les cités ». Il y a eu de ça, certes, mais je crois que le malaise est un peu plus profond que ça mais là n’est pas le sujet de l’article.
 
En tant que journaliste (enfin, euh… future), penser que ce que je pourrai écrire n’aura aucune importance est un peu dangereux. Nombre d’hommes politiques ou personnalités de toutes sortes ont dû essuyer des scandales révélés par les journaux. Le problème des médias aujourd’hui, à mon sens, c’est l’urgence. Il faut du scoop A TOUT PRIX. Donc on écrit un article basé essentiellement sur des bruits, des rumeurs, on passe pas forcément le temps de vérifier et là, on chute. Quelque part, je ne comprends pas que David Pujadas soit encore en poste après sa merveilleuse bourde sur Juppé, tout ça pour griller la Une… En même temps, je comprends pas non plus comment PPDA peut encore avoir une quelconque crédibilité suite à sa fausse interview de Fidel Castro. Evidemment, moi, je suis encore à l’orée de ma carrière, même si je n’ai pas précisément une vision toute rose de ma profession , rien ne me garantit que je ne ferai pas la même erreur que mes confrères. Aujourd’hui, la déontologie semble passer bien après les intérêts commerciaux : faut vendre, si on se plante, on s’excusera après, c’est pas grave. Bon, ok, on a ruiné la réputation d’un type qui ne demandait rien à personne (oui parce qu’en général, les médias s’auto alimentent) mais bon, on s’est excusés, hein ? Venant de Toulouse, j’ai pu voir à quel point la rumeur relayée par les journaux pouvait être proprement catastrophique. Je n’ai franchement aucun avis sur l’implication de Baudis dans l’affaire Allègre, je sais pas s’il est coupable ou innocent, j’ai pas les moyens de le dire, de toute façon. Mais cette triste affaire n’a pas vraiment fait du bien à Toulouse, tout le monde s’en est mêlé, y compris des présentateurs télés qui se la jouent journalistes alors qu’ils ne le sont pas (hein, M. Zéro, le bien nommé ?). L’avantage, dans ce genre d’histoires, c’est que tous les médias sont liés : oui, on s’est plantés, mais on l’a fait collégialement donc il n’y a pas de réel coupable.
 
Puis-je décemment affirmer que ce que j’écris n’aura aucune influence sur personne ? Bien sûr que non. Je retranscris les faits selon ma vision de ceux-ci, ce n’est pas forcément comme ça mais c’est ainsi : l’objectivité est un leurre. Il n’y a qu’à lire le Figaro et Libé sur un même sujet, vous verrez. Evidemment, chez mon marchand de journaux, j’aurai naturellement tendance à acheter Libé, je ne pense pas que le lire influencera particulièrement mes opinions politiques. Ceci étant, je considère sans prétention faire partie d’une certaine élite qui a un minimum de connaissances politiques et qui multiplie ces sources d’informations : journaux, télé, radio, selon l’humeur du moment. Je sais prendre de la distance par rapport à ce que l’on me raconte, réfléchir aux faits pour me bâtir ma propre opinion.
 
Mais tout le monde n’est pas comme ça. Des tas de gens mangent devant les infos, le prêt à consommer de l’actualité, on avale les reportages en même temps que notre gratin dauphinois, on ingurgite sans même réfléchir à ce que l’on entend. Les jeunes de cité ne sont que des sauvageons prêts à tout brûler. L’insécurité est partout. Le chômage baisse. Le dernier film des Bronzés est gé-nial… Le problème est qu’on ne peut pas savoir tout sur tout. Comment puis-je mettre en doute un reportage sur un pays comme le Togo (totalement au hasard) où je n’ai jamais mis les pieds ? Même si j’aime bien tout ce qui est international, ma connaissance ne se base que sur ce que j’en lis. Si un journaliste écrit une énorme connerie sur le Togo, comment puis-je m’en rendre compte ? Là, c’est un exemple extrême, tout le monde s’en fout du Togo, de toute façon. Mais le journalisme glisse de plus en plus dans le prêt à consommer donc on multiplie les approximations et on finit par propager des images fausses.
 
Je n’irai pas jusqu’à dire que le journalisme peut changer le monde, voire même la France (soyons modestes). Les Français n’ont pas voté Le Pen à cause des médias mais ils ont contribué à entretenir le climat ambiant. Parce que comme je disais plus haut, le but premier d’un média est de faire de l’argent donc de suivre les thèmes d’actualité. Les blogs sont à la mode ? Hop, 50 émissions de radio, de télé ou des magazines sortent sur le sujet, entretenant d’autant plus le phénomène. J’adore regarder Arrêt sur images et voir un peu les « sujets à la mode » : grippe aviaire, guerre en Irak ou courses de Noël… Des fois, je regarde les infos et ils rabâchent tellement les mêmes infos que j’ai
l’impression de ne pas avoir vu le journal depuis longtemps… N’empêche qu’à force de nous agiter des épouvantails sous le nez, les gens sont terrorisés : ne mangeons plus de bœuf, de poulet, d’œufs et de produits laitiers… Ben youpi ! De toute façon, moi, j’ai mangé pendant 5 ans au restaurant universitaire, si j’ai pas chopé la vache folle, je ne l’aurai jamais. Informer est une chose, entretenir une paranoïa en est une autre.
 
Tout est orienté. Je me souviens à l’époque avoir vu un Envoyé Spécial sur l’affaire Dils, à l’époque où il n’avait pas encore été innocenté. Le reportage avait clairement choisi son camp, démontrant par A+B que Dils était forcément innocent et Francis Heaulme coupable. On voyait même une photo de Dils en communiant à côté une photo de Heaulme où il foutait franchement la trouille. J’ai certes du mal à croire que P. Dils soit coupable mais faire un reportage à ce point subjectif, ça me fait grincer des dents.  Idem dans la « merveilleuse » émission Faites entrer l’accusé avec M. Hondelatte qui passe trois heures à se mettre en scène en train de marcher sur les quais de la Seine, l’air préoccupé, ou à fouiller des dossiers (mais à quoi ça sert, franchement ?) et là, dès le départ, on décide que l’accusé est coupable ou pas. Depuis quand les journalistes jouent les juges ? Depuis longtemps…
 
Alors enseigner à de futurs journalistes que les médias n’ont aucune influence sur l’opinion publique, n’est-ce pas un peu dangereux ? Si, carrément, et je méritais bien plus que 2,5. M. Tintin Hondelatte, si vous me lisez (ça m’étonnerait mais on ne sait jamais), cessez de vivre dans votre tour d’ivoire de sociologue et ouvrez un peu les yeux sur le monde. Lazarsfeld, c’est périmé, toutes les recherches sont à refaire. Demandez à M. le prof de communication politique, le pervers qui me parlait en me regardant droit dans les seins (véridique), ce qu’il en pense de vos théories Lazarsfeldiennes, ça promet un débat…hum…houleux.