Les médias font-ils l’’élection ?

En tant que journaliste, je suis la campagne de près. J’avoue que la couverture médiatique de cet événement politique est fascinante (à défaut d’être gonflante). Ce qui est fantastique, c’est que quel que soit le résultat, c’est notre faute, à nous, les journalistes. Ca vous dérange pas de nous refiler toute la responsabilité ? Non parce que jusqu’à preuve du contraire, les journalistes ne sont pas les seuls à avoir le droit de vote. Mais c’est notre faute parce qu’on vous influence ? Ah oui, voyons ça.

Media-Influence

Janvier 2004, cours de sociologie politique avec un prof tout gris. Je vous jure, la première fois que je l’ai vu, j’ai cru avoir un problème de vue… Donc, dans son cours, le monsieur nous dresse la liste des facteurs influant sur le vote des gens : région de naissance, éducation, milieux fréquentés, affection ou inimitié envers le candidat… Bref, des facteurs, y en a tout plein et il nous le prouve, tableau de corrélations à l’appui. Or ce qui n’influence pas, par contre, c’est la télé. Et bien oui. Pour l’élection de De Gaulle en 58, ils ont étudié les foyers télévisés et les autres et à l’arrivée, ça n’a rien changé. Les médias non influents ? Selon un chercheur américain* dont j’ai oublié le nom et vu que mes cours de socio sont décédés en même temps que mon disque dur et que j’ai la flemme de chercher, vous saurez pas qui. Donc ce monsieur a étudié l’influence des médias sur le vote et voici sa conclusion : ça n’a pas d’influence sur ceux qui ont déjà une opinion. Et je plussoie, comme on dit maintenant. Prenons le cas d’une citoyenne lambda, moi. Imaginons que je regarde l’émission « j’ai une question à vous poser » avec M. Sarkozy comme invité. Et bien, même si j’avoue que ce mec est fort à l’oral, quoi qu’il fasse ou quoi qu’il dise, j’ai allumé la télé SACHANT que je ne voterai pas pour lui. Et ce n’est pas deux heures de show télévisé qui vont me faire changer d’avis. Qu’il soit bon ou pas. D’ailleurs, je me demande dans quelle mesure un audimat ne vaut pas autant qu’un sondage
puisqu’on a plus de facilité à regarder une personnalité politique qui a les mêmes idées que nous que leurs contradicteurs. Par exemple, mes parents ne regardent jamais les gens du PS ou presque. 
Et je pense que ce ne sont pas les seuls. Bref, je pense que les gens ayant un avis arrêté ne pourront en aucun cas être influencés par les médias, quels qu’ils soient. Par ailleurs, si on y regarde de plus près : en 2002, Le Pen n’a eu droit à quasi aucune tribune dans la presse : il arrive au deuxième tour. En 2005, les médias sont à fond pour le oui au référendum, c’est le non qui passe. En 2002, le 3e homme, c’était Chevènement. Qui ça ? Actuellement, c’est Bayrou, on verra fin avril ce qu’il en est.

 

Je vous entends déjà des voix s’élever : « non mais attends, en 2002, l’insécurité, tout ça, machin ». Je ne le nie pas. Il est vrai que les journaux télés ont donné une image peu plaisante de la France, où les vieux se font piller et rosser par des jeunes, voire même violer comme super Mamie. Les sauvageons ont pris possession de la banlieue et lorgnent désormais sur nos jolis quartiers résidentiels, il faut les bouter hors de nos quartiers et les laisser dans leurs ghettos, que diable ! Mais là, encore, je me pose la question d’un terrain
favorable ou non pour accueillir ce genre de théories. Dans mon cas, je regarde les infos comme les autres et l’insécurité ne m’a pas fait changer mon vote en 2002. Là, je suis totalement catastrophée par la campagne de Ségolène Royal, censée être « ma » candidate et je commence très sérieusement à lorgner les autres candidatures pour trouver une échappatoire parce que là, c’est plus possible. Et me sortez pas le couplet du « han, 2002 t’a pas suffi ?? ». Ben merde alors, c’est ma faute aussi si elle se chie dans les grandes largeurs ? Et je
ne suis pas victime de l’hypermédiatisation de ses bourdes, elle ne m’a JAMAIS convaincue, ni aujourd’hui, ni quand elle s’est prononcée contre le mariage homo car « de façon toute personnelle, je suis contre le mariage ». Super mais c’était pas la question. Bref, je m’éloigne de mon propos. Ce que je veux dire c’est que ceux qui ont voté en 2002 l’auraient-ils fait sans l’hypermédiatisation de l’insécurité ? Je pense que si certains hésitaient à le faire et ont finalement été poussés par certains faits d’actualité, effectivement, faut arrêter de se
voiler la face. Oui, ce visage de la France fait peur, il est dérangeant et laid. Mais ouvrons un peu les yeux, c’est pas trois journaux et deux reportages qui ont crée ce rejet de la France Black Blanc Beur, comme on dit. Oui, la télé (surtout elle) véhicule des clichés sur les djeunz de banlieue parce que ce sont pas tous des trafiquants qui font des tournantes dans les caves. Mais les médias ne sont pas le seuls responsables non plus. C’est tellement facile de se racheter une virginité en trouvant un coupable idéal mais à la libération, beaucoup se
sont cachés derrière les pendus pour plus qu’on les voit. Désolée, chuis à fond dans la seconde guerre mondiale, en ce moment, même dans Hannibal Lecter qui est un film qui puire.

Bref, je n’ai pas voté Le Pen en 2002 et je le ferai pas en 2007. J’ai pas voté Jospin non plus à l’époque mais je vois pas en quoi je serais responsable de son échec. C’est pas moi qui me suis abstenue ou qui ai chié ma campagne dans les grandes largeurs. Parce qu’il faudrait un peu arrêter de croire que c’est toujours la faute de l’autre. La France n’est pas une terre de tolérance et c’est pas la faute des médias. C’est plus profond que ça.
 
* C’est Lazarsfeld, en fait

Ca me foot le cafard

On doit en être à peu près à J-15, je crois. Enfin, j’avoue que je n’en sais rien et je m’en tape royalement. Mais voilà, le foot est partout et le mondial de foot commence petit à petit à s’insinuer dans nos vies. Et j’en ai déjà assez.

 football-zidane

Avant de commencer, un petit point : je ne suis pas fan de foot. Ce n’est pas mon sport préféré, je regarde quasiment jamais aucun match mais je peux comprendre que certains aiment, c’est un sport comme un autre. Après tout, moi, j’aime bien le rugby, chacun ses goûts. Je ne conteste pas non plus le fait que le foot soit le sport préféré des Français et je ne m’insurge pas contre. Là ne sera pas le propos de ce billet. Ce qui me saoule, par contre, c’est le gavage médiatique qu’on commence à nous imposer.

 

Déjà, ça commence par la pub. Coca nous a gratifié d’une pub hallucinante où tout le monde s’aime grâce à un but de l’équipe de France, y compris le mari et l’amant caché dans le placard. Trop fort le foot ! Mais la pub hallucinante, c’est celle de je sais plus qui (CanalSat, je crois) où un couple met le match en pause pour s’envoyer en l’air et à peine la brouette consommée, ils rallument aussi sec. Alors, moi, un mec qui part mater un match de foot alors que je récupère de mon orgasme (en espérant que j’en ai eu un, ça me consolera de coucher avec un goujat pareil), il est pas prêt de me retoucher. Non mais ça va, oui ?

 

Donc à partir du 9 juin (selon Omar et Fred), c’est parti. Enfin, je dis ça mais ça commence déjà à truster les premières places au JT. M. Domenech annonce la liste des 23 ? Mais que la Terre s’arrête de tourner, plus rien n’a d’importance ! Il ose faire des déclarations que pour les abonnés SFR ? Mais quel scandale, Clearstream, à côté, c’est du pipi de chat ! Zidane annonce sa retraite ? Mettons les drapeaux en berne. Par contre, Lizarazu, il est mauvais en comm : annoncer sa retraite juste après l’annonce de Zidane, forcément, tout le monde s’en fout. Et pendant les prochaines semaines, les politiques vont pouvoir faire leur beurre dans leur coin, personne ne dira rien. Peu importe ce qu’il se passera, les journaux étaleront en une les exploits des Bleus… Si tant est qu’ils brillent parce qu’au vu de leurs derniers résultats, je suis pas sûre. Mais bon, je suis pas une spécialiste mais Barthez et Zidane, ils commencent à dater quand même et j’avoue que je ne trouve pas ça juste qu’on ne laisse pas la place aux jeunes.

 

D’ailleurs le foot n’est-il pas le reflet de notre société ? On préfère les valeurs descendantes que la fraîcheur de la jeunesse ? Non, là, je plaisante. Mais le foot
reste un phénomène passionnant, qu’on s’y intéresse ou pas. Pendant une poignée de semaines, 36 nations vont s’affronter. C’est étonnant comme le patriotisme aujourd’hui passe par le sport, je crois qu’on n’est jamais aussi fiers d’être français que quand Thierry Henry plante un but. Même moi qui n’aime pas le foot, j’ai regardé un peu la coupe du Monde de 98. D’ailleurs, j’ai une anecdote marrante sur le sujet. Lors d’un match de l’équipe de France qui s’est terminée par des tirs au but (contre l’Italie, je crois, mais je sais plus à quel moment de la compétition nous étions), je regardais le match avec ma sœur et ma grand-mère qui vivait chez nous, à l’époque. Premier tir au but de l’équipe de France, marqué. L’image est repassée au ralenti et là, ma grand-mère se tape dans les mains : « et de deux ! ». Avec ma sœur, on explose de rire avant de lui expliquer : « mais non, mamie, c’est le même ! ». Bref. J’avoue que je ne suis pas une dingue de l’équipe de France, je n’ai pas de favoris donc peut importe qui gagne ou perd. Ce qui m’agace, c’est d’ériger l’équipe de France en modèle de la France black blanc beur et comme un modèle d’intégration. Je m’explique.

 

Quand on parle de Zidane ou d’Anelka, à l’époque, on disait : « ouais, c’est des jeunes de la cité qui ont réussi, comme quoi, c’est possible de s’intégrer quand on est issu de l’immigration », blablabla. Alors voilà, les gamins dans les cités, au lieu de nous emmerder, qu’ils jouent au foot, ils atteindront le sommet. Ils sont tous de potentiels Zidane (et au pire, s’ils sont nuls, ils peuvent tenter de devenir le nouveau Jamel). Non mais comment on peut dire une chose pareille ? Combien de jeunes peuvent utiliser le foot pour s’en sortir ? Combien d’appelés pour peu d’élus ? Est-ce responsable de dire ça aux gamins ? Non, je ne le pense pas. Je ne nie pas le côté sociabilisateur du foot, après tout pourquoi pas ? En jouant au foot, les jeunes intègrent des règles, apprennent à vivre en communauté et évacuent leur agressivité dans un affrontement sain. Oui, pourquoi pas. Mais de là à dire à ces jeunes que le foot est un superbe ascenseur social, faut arrêter les conneries.

 

Et pourtant, on va y avoir droit, je vous le dis. Pour peu que la France gagne (mouahahah !), on va avoir droit pendant une bonne quinzaine de jours à l’hagiographie de M. Zidane, fils d’immigré qui a grandi dans une cité phocéenne et devenu aujourd’hui un héros de la nation, tatatan ! Bon, c’est très bien pour lui mais les politiques n’ont-ils pas honte de mettre cet exemple, carrément exceptionnel, pour montrer que l’intégration, ça existe ? Pour résoudre la crise des banlieues, on offrira aux gamins des ballons et des crampons et la vie sera belle. Mais le foot n’est pas une solution miracle, ce n’est qu’un sport…

 

Dieu merci, j’ai la saison 4 de Six feet under à mater, ça m’aidera à passer ce foutu mois de mondial.