Persépolis de Marjane Satrapi

Ce qui est difficile quand on donne son avis sur un film, c’est qu’on ne parle jamais du contexte de visualisation. Nous sommes tous sensibles à des tas de choses extérieures et il est possible qu’un film maté dans un mauvais contexte (bruits parasites, mauvaise humeur, santé défaillante…) nous paraisse mauvais et on va le défoncer car plaisir pervers. Par exemple, ai-je détesté le dernier bar avant la fin du monde parce que je pensais qu’il s’agissait d’un film introspectif sur des personnes qui se réunissent une dernière fois dans un pub avant la fin du monde (pas du tout donc) ou parce que le Héros est tellement l’archétype des gens que je déteste que je n’ai pas pu ressentir d’empathie ni pour lui ni pour ses “amis” (victimes consentantes plutôt) ? Et puis, y a Persépolis, maté à la maison juste après la découverte de the Lobster (que j’ai adoré) et en pleine crise des migrants et là… claque.

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J’avais très envie de voir ce film  sa sortie mais comme d’hab, je suis pas allée au cinéma, je mate rarement des films chez moi donc voilà. C’est le secret de mon inculture totale en matière de cinéma. Puis Victor, galvanisé par The Lobster, me propose de le mater. Un petit shot de Jack Daniels au miel* et nous voici lancés.

Salle-Home-cinema

L’histoire, c’est celle de Marjane, jeune Iranienne qui va vivre la révolution, la chute du Shah, les gardiens de la Révolution… On suit les événements à travers ses yeux, ceux d’un enfant, d’abord, qui se réjouit quand on lui dit que ce qui arrive est bien puis la désillusion, petit à petit, cet oncle qui disparaît, le foulard… Fille de parents très politisés, Marjane se rebelle, répond, rue dans les brancards. Pour la protéger, ses parents vont l’envoyer en Autriche où elle finira son adolescence, découvrant la liberté, les cigarettes, l’amour. Elle reviendra finalement en Iran où elle devra se soumettre à nouveaux aux règles radicales.

PERSEPOLIS

Bon, en fait, l’histoire, vous la connaissez sans doute, je vais pas m’y attarder plus que ça. Le dessin est simple mais empreint d’une belle poésie, le noir et blanc fonctionne très bien. On se laisse très facilement emporter par le style graphique, allié à merveille aux voix. C’est en même temps étrange ce décalage entre dessins presque enfantins et la cruauté de l’histoire qu’ils racontent. L’enfance dans un pays en guerre, ce sentiment de n’être chez soi nulle part, la mort qui guette, un peu partout. les larmes, parfois. Ah oui parce que si vous n’avez jamais entendu parler de ce film, ne vous fiez surtout pas au style simpliste du dessin : on est face à un drame et rien que de repenser à certaines scènes, j’ai la gorge qui se noue…

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Regarder ce film pendant la crise des Migrants ne peut laisser indifférent. Parce que ça fait cruellement echo à ce que vivent ces gens là : fuir la guerre et la mort. Si Marjane Satrapi a la chance d’être née dans une famillle suffisamment aisée pour pouvoir partir et vivre décemment en Europe, il n’en reste pas moins la violence de cette République Islamique qui impose des règles de vie qui nous paraissent tellement délirantes. Ca nous rappelle que, pas si loin, des gens souffrent, que leur vie est menacée pour un rien… Alors qu’on ne sait jamais à qui se fier quand on vous parle d’un pays où vous n’êtes jamais allé, que vous pouvez avoir de l’Iran une image terrible comme une image “pas si mal” selon vos sources de renseignement, découvrir le quotidien de ses habitants à travers les yeux d’une petite fille puis d’une jeune femme révèlent, à travers un faisceau d’anecdote, toute l’horreur ordinaire des Iraniens.

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Après avoir vu ce film, je défie quiconque de rester indifférent au sort des réfugiés, quelle que soit leur nationalité, au fond.

 

* C’est une tuerie, on est devenus alcooliques

Le snobisme géopolitique

Et je vous préviens : je vais être obligée de plaider coupable car je suis une passionnée de géopolitique.

 

Il y a quelques années, j’ai créé un blog d’actualités qui a vécu environ 5 jours. Le but : écrire quelques courts articles d’actualité factuels traitant de la politique étrangère… et française. Parce qu’on va pas se mentir : la politique française, ça m’ennuie. Parce que c’est de la politique politicienne, des petites phrases, des politiques stériles, des incompétents, toujours les mêmes têtes depuis que je suis née… Je n’y crois plus, je les méprise, je suis lassée. Alors qu’à l’étranger… ben, c’est très certainement pareil sur pas mal de ces points mais comme je le vois pas, ça m’intéresse de suite beaucoup plus. Mais au-delà de ça, s’intéresser à la politique étrangère, ça fait cultivé et intelligent…

Risk : allégorie de la géopolitique

L’intelligence de celui qui sait ce qu’il se passe ailleurs

J’ai toujours eu un réel intérêt pour la géopolitique et l’histoire des nations (au sens large du terme), je fais ma brillante en parlant de la révolution “citron” au Kirghizistan, en écho à la révolution orange de l’Ukraine (mais plus communément appelée révolution des tulipes, finalement), les délires mégalos de feu le dictateur du Turkménistan (il a fait une statue de lui en or qui tourne car il est si fort qu’il peut regarder le soleil direct dans les yeux et a envoyé son livre, le Ruhnama, sorte de Bible, dans l’espace) ou du Canada, ce pays si proche dont personne ne sait jamais rien in fine. Ouais, ça fait intelligent de savoir ce qu’il se passe à l’étranger et tiens, justement, c’est, je crois, le coeur du snobisme géopolitique : être (ou paraître brillant). J’eus un ami dans le temps qui se targuait d’être très intelligent et cultivé mais en fait, il s’arrangeait pour amener la conversation sur son sujet de prédilection pour paraître brillant puisque les personnes en face, moins au fait du sujet, écoutaient sans intervenir. C’est toujours drôle de voir que s’y connaître un peu en actualité des les pays étrangers vous fait de suite atteindre un statut de personne “cultivée” alors que vos commentaires ne volent peut-être pas plus hauts que ceux qu’on pourrait avoir au “café du commerce” rapport à la politique française mais vu qu’on ne maîtrise pas les paramètres, ça passe crème.

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Mais non, j’ai un amour pour un pays étranger, c’est pour ça que je m’y intéresse

Ce que j’appellerais aussi “l’herbe est plus verte ailleurs”. Choisissez quelques uns de vos amis, peu importe lesquels, je vais pas trop me mouiller qu’ils ont tous un pays de prédilection, un pays où ils rêvent d’aller visiter ou vivre parce que c’est mieux qu’en France. Moi, par exemple, je serais pas contre l’idée de partir vivre en Suède, Canada, Grèce ou Espagne pour différentes raisons que j’exposerai pas ici car on s’en fout mais en gros “la France, j’en ai marre, allons voir ailleurs si l’herbe est plus verte”. Parce que nos politique sont tous pourris, qu’il n’y a plus de travail et que les Français sont tous des cons, t’as qu’à voir les dernières élections (j’exagère à dessein). Sauf que… la fuite en avant est rarement une bonne solution. On ne voit les choses que de façon macroscopique, on n’est pas englués dans le quotidien, les petits scandales politiques qui s’égrènent au fil des jours. Je suis de plus en plus amère vis à vis de nos politiques français (c’est le moins que l’on puisse dire) mais je ne suis pas dupe : ce n’est pas forcément mieux ailleurs. Reste l’attirance pour une autre culture que je comprends tout à fait mais si je devais suivre mes élans culturels, j’irais vivre en Italie… le pays où la sphère politique est encore plus moisie que chez nous.

France Italie géopolitique

En France, on est quand même en démocratie, c’est moins grave qu’en… [choisissez votre pays en conflit, la liste est assez longue]

En France, il n ‘y a pas d’urgence, pas de danger, on en reste à la politique politicienne, tout va bien. Alors oui mais non. Si je me réfère à mes communautés, il me semble avoir vu beaucoup d’indignation lorsque les manifestations étudiantes du Québec ont été durement réprimées ou lors de la volonté du gouvernement espagnol d’interdire les manifestations. Alors que quand ça arrive en France, grosse indifférence. J’en ai déjà parlé sur la manifestation lors de la COP21. Déjà, j’ai généré quasi aucun trafic sur cet article par rapport à d’habitude, démontrant une certaine indifférence de mes communautés vis à vis de ce sujet… Alors peut-être est-ce parce que l’écologie ne leur parle pas, peut-être parce qu’ils ont bien assimilé la rhétorique de la terreur (moins de liberté pour plus de sécurité, promis, c’est pour ton bien) alors même que l’on a déjà voté une bonne dizaine de lois liberticides en 5 ans et qu’on n’a jamais eu autant de morts que depuis qu’on est censés être mieux protégés. Peut-être juste parce qu’on est en France et que ce n’est pas une dictature, arrête d’exagérer. C’est vrai, nous avons encore pu exercer nos droits citoyens pas plus tard que le week-end dernier, suite à une campagne lamentable où on nous a encore pris pour des débiles “vote pour nous sinon la bête immonde” (on dirait un chantage affectif de parents sadiques sur leurs gosses “dors sinon le monstre va venir te manger”) mais oui, on a pu voter, avoir un choix entre différents partis… sauf que l’Histoire nous a appris que la privation de droits ne venaient pas toujours par coup d’Etat, c’est souvent du progressif. Croire qu’en France, on risque rien, c’est d’une naïveté… et je me permets de le dire parce que j’ai été tout aussi naïve (je peux plaider coupable sur tous les éléments de l’article, pour rappel), parce que je trouvais le village des Indignés français ri-di-cule à l’époque du Printemps Arabe. Pourtant, il est désormais temps de s’indigner car notre riante démocratie fait la gueule. Je dis pas qu’on sera en dictature demain mais il faut rester vigilant quoi qu’il arrive… même si la pente est douce, elle peut nous amener au fond.

(c) Je ne sais pas mais trouvé sur Associazione culturale Zenit (clic sur l'image)
(c) Je ne sais pas mais trouvé sur Associazione culturale Zenit (clic sur l’image)

Voilà, fin de mes articles politiques, on va passer à Noël maintenant, sauf si une news me met encore la rate au court bouillon. Mais ne vous inquiétez pas : dans mes résolutions 2016, il va y avoir « ouvrir encore plus ma gueule » #spoiler

Comment décrédibiliser un camp : comparatif manifestation Cop21 vs féminisme

Le 29 novembre dernier, peu de temps avant de décoller pour aller voir des amis, Victor et moi traînons un peu sur Twitter, suivant la manifestation écologiste à l’occasion de la Cop21. Il avait prévu d’y aller, me convainquant de ne pas le suivre car ça pouvait être dangereux. Pas à cause d’un éventuel attentat mais bien à cause des lacrymos et autres coup de matraque distribués dans le tas. Oh mais non, tu exagères, petit coeur. Ah mais non… Et sur ma timeline, je vois l’impensable : un silence de la plupart de mes contacts sur la manif jusqu’au moment fatidique où 3 connards ont jeté des bougies du Mémorial. Enfer et damnation, ces écolos sont des connards, ils méritent bien un peu de lacrymo et des coups, ils détruisent nos témoignages de compassion. Mais… Comment vous pouvez tomber dans un piège aussi grossier ? Alors oui, les connards (Black blocs apparemment mais d’après ce que j’ai pu voir/lire, aucun des cagoulés n’a été arrêté… Mais bon, vu que les black blocs ne sont pas une entité fixe mais qu’on peut tous l’être, j’imagine que c’est compliqué de savoir qui est qui), il y en a eu comme il y en a dans chaque manif mais bordel, vous voyez pas qu’ils se servent de ça pour brouiller le message ? Non.

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Ok alors pour vous prouver que si, c’est bien ça l’astuce, je vais prendre un sujet qui fait bien plus réagir ma timeline que l’écologie : le féminisme.

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Les black blocs = les Femen

Classic shit de n’importe lequel des mouvements : les membres dont on se passerait bien parce qu’on va vous les balancer systématiquement à la tronche pour décrédibiliser votre combat. Côté COP21, on l’a bien vu, ce sont les Black Blocs. Côté féministe, on a les Femen et tou-te-s celles et ceux qui ont essayé d’avoir un propos pro féministe vont confirmer : on a toujours droit aux Femen “ah ouais mais t’es féministe et t’es d’accord avec les Femen, alors !”. Non pas forcément parce que tu vois, quelles que soient tes opinions, tu ne trouveras jamais un mouvement où tout le monde est absolument d’accord sur les fins et moyens. Les Femen, je trouvais le discours de base sur la réappropriation du corps intéressante, quelques happenings qui ont du sens, je les ai trouvées couillues d’aller se frotter à Civitas mais… je comprends jamais bien ce qu’elles veulent, en fait. Des opérations coup de poing, on en a eues mais on n’entend jamais bien leurs revendications. Mais quoi qu’on pense des Femen, elles semblent constituer à elles seules un amalgame pénible à porter pour toute féministe alors qu’elles ne représentent qu’un mouvement minoritaire mais visible. Comme les Black Blocs. Et cette assimilation systématique devient un argument en lui-même pour ne pas écouter les féministes ou militants écologistes.

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“Il fallait pas faire comme ça” = le mansplaining

Toute féministe qui débat a un jour entendu un homme lui expliquer que c’est pas comme ça qu’il faut s’y prendre. En légèrement caricatural, ça donne “non mais vous êtes toutes hystériques, comment voulez-vous qu’on adhère à votre combat, aussi ?” et ces gentilles personnes (souvent des hommes) viennent nous expliquer comment qu’on milite pour gagner l’adhésion de la populace tout en nous imposant un calendrier de priorités qu’on doit suivre à la lettre parce que pardon, y a plus important que le combat que vous êtes en train de mener. Vous luttez contre la place des femmes en entreprise ? Idiotes, la priorité, c’est le viol ou la violence conjugale. Apparemment, la légende voulant qu’un homme ne puisse exécuter qu’une seule tâche à la fois semble vraie. car, voyez-vous, on peut mener plusieurs luttes de front, sans hiérarchiser la priorité en délaissant les autres dossiers. Sur la fameuse manif, on retrouve la même rhétorique : fallait pas manifester. Il est vrai que les grands changements dans le monde ont toujours été faits à partir d’un canapé. Rappelons que la chaîne humaine était autorisée et que les choses ont dégénéré lorsque les manifestants ont commencé à être enfermés sur la Place de la République et gazés avant même les premières échauffourées. Ah et pour celles et ceux qui me diraient que, quand même, y a des façons plus douces ou subtiles de lutter, relisez l’histoire du MLF, elles ont pas toujours fait dans la dentelle, loin de là.

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“Fallait pas manifester” = “elle l’a cherché, t’as vu comme elle est habillée ?”

Suite du précédent : ok, ils se sont faits gazer/frapper/interpeller mais on leur avait dit de pas aller manifester alors, hein… On remplace par “oui, elle s’est faite agresser mais t’as vu comme elle était habillée aussi”. Je n’aurai pas l’audace de comparer ça à un viol mais ici, la victime n’est jamais innocente. Non parce que pardon, remettons un peu en contexte : des centaines de personnes ayant participé à une marche autorisée avec leur drapeau peace qui se prennent des coups par des flics alors qu’ils sont assis par terre les mains en l’air, je ne vois pas dans quel univers, c’est chercher la merde… Ah si, dans celui de ceux qui veulent démonter cette manif, bien sûr.

Ces activistes sont tellement dangereux qu'un flic laisse traîner sa matraque au sol et lui tourne le dos... manifestation COP21
Ces activistes sont tellement dangereux qu’un flic laisse traîner sa matraque au sol et lui tourne le dos…

“Ouais mais les flics du Bataclan” = “no all men”

Oui les flics du Bataclan ont des couilles XXL et je n’aurais pas été capable de faire la même chose qu’eux. Mais ça n’empêche pas que les CRS qui ont “encadré” la manifestation se sont adonné à des violences injustifiées et le reconnaître n’enlève pas le mérite de ceux du Bataclan vu que ça n’a strictement rien à voir. Cette volonté de soudain déifier les flics comme l’entité salvatrice, empêchant ainsi toute critique me gêne, c’est un peu “non mais y a des mecs bien aussi”. Je suis la première saoulée par la systématisation du flic= gros con débile mais en l’occurence, sur cette manif, ils ont grave chié et abusé de leurs prérogatives. De la même façon que des mecs courageux vous sauvant d’une agression ne transforment pas tous les mecs en personne bien attentionnées à votre égard.

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Bref, une rhétorique simple qui s’applique à tout ce qu’on veut dénigrer. Toujours pas indignés, toujours indifférents ? Peut-être souffrez-vous de… snobisme géopolitique !

Je vous explique ça demain (enfin, j’essaie, je suis tellement charrette cette semaine… Enfin, ça fait un mois mais là encore plus)(mais c’est pas pour autant que je vais pas m’indigner, ça s’agite violemment en moi tout ça)

 

Où je ne suis plus dupe – manipulation médiatique

(Cet article ne devrait pas parler des élections régionales, j’ai rien de plus à en dire…je crois. Quoi que j’ai un peu envie de vous faire un plaidoyer sur le vote à la proportionnelle)

L’autre jour, je vous parlais de ma consommation de magazines et de mon arrêt total de la presse féminine parce que “je les vois, vos grosses ficelles, j’aime pas trop trop être prise pour un lapereau”. Même si c’est mignon dans l’absolu, un lapereau.

C'est tellement adorable hiiiiii
C’est tellement adorable hiiiiii

Curieusement, ma conscience féministe accrue ces dernières années m’a permis de détecter toutes les injonctions de la presse féminine (maltraite ton corps, refuse ton âge, mincis, tu ne vaux rien sans homme, achète, achète, achète)  et montrer les dents dès que j’en repère une. Par exemple, je dois l’avouer, je lis Voici quand je redescends chez mes parents. C’est curieux car je ne supporte plus ce magazine de par ses remarques grossophobes et viellophobes systématiques mais je sais pas, j’ai envie de me confronter à ça. Si Closer est un peu plus soft sur la grossophobie (un peu, ils se font plaisir sur Mariah Carey, toujours elle), eux, ils sont plus dans la glorification du couple (et de l’hétérosexualité). Du coup, je m’énerve, j’ai envie d’insulter tout ce petit monde sur Twitter. Oui, devenir féministe m’a rendu la lecture des féminins impossible, à moins de vouloir dénoncer (je veux bien mais je manque de temps pour faire un vrai travail de fond, hélas).

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Sauf que ce petit “talent” à détecter les injonctions s’étend à l’actualité en général et je vois les grossières petites manipulations médiatiques et je deviens folle furieuse lorsque je vois l’ensemble de mes communautés plonger dedans tête la première. En ce moment, forcément, c’est festival : entre les attentats, la COP21 et les régionales, on parle à votre coeur en oubliant volontairement votre tête et toute cette manipulation me donne la nausée.

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Je passerai sur les régionales, je pense que pour le coup, la mascarade est assez mal passée et le vote “barrage” a été mal digéré par pas mal d’entre nous. Mais quand même, je ne peux m’empêcher de faire claquer ma langue d’agacement quand je lis qu’on est en pleine crise politique, que le FN va passer, qu’on va tous mourir… Alors que ce discours est tenu depuis au moins 2002 et que déjà, en 98, le FN avait foutu le bordel dans les élections régionales mais à chaque fois, c’est la même histoire : on crie, on s’inquiète, on supplie… En fait, l’entre deux tours devient de plus en plus l’équivalent des 7 étapes du deuil : le choc “oh mon Dieu, on vit dans un pays de fachos”, le déni “non mais en fait, on croit juste ça parce que les gens se sont abstenus mais ils n’ont pas eu tant de voix que ça”, la colère et le marchandage : “Non mais tout ça, c’est la faute de ces connards d’abstentionnistes ! Bon allez, entre le FN et l’UMPS, le choix est facile, quand même, non ?”, la tristesse “j’ai mal à ma France”, la résignation “je vais devoir voter Wauquiez/Estrosi mais c’est pour la bonne cause”, l’acceptation “ok, on a un conseil régional pas ouf mais le FN a perdu alors c’est pas si mal” puis la reconstruction “allez, on va se battre pour pas que ça se reproduise en 2017!”. Oui alors là dessus, sans vouloir spoiler, je suis à peu près persuadée qu’on aura le même cirque dans 1 an et demi. Bref, en 17 ans, rien de neuf mais on a toujours droit à la même rhétorique : tu votes anti FN ou tu es un mauvais citoyen, comment a-t-on pu en arriver là et tutti quanti. On distribue les responsabilités en faisant bien attention à ne pas prendre sa part. Et c’est ainsi qu’on a facilement accusé les abstentionnistes, oubliant qu’en 2010 (la vague rose), le FN n’a pas tant fait chier alors que l’abstention était supérieure à celle de cette année (53.64% vs 50.09% au 1er tour). Surtout qu’au 2e tour cette année, le FN a fait plus de voix au 2nd tour qu’au premier alors qu’il y avait moins d’abstention. Du coup, ça veut dire qu’il y a des abstentionnistes frontistes, en fait ? Et sinon, taper sur les médias ou les politiques eux-mêmes ? Naaaaaaan, pensez donc.

Par contre, je trouve que Marine Le Pen peut avoir son utilité dans la lutte anti tabac...
Par contre, je trouve que Marine Le Pen peut avoir son utilité dans la lutte anti tabac…

Mais surtout, il y a eu la COP21 et la fameuse manifestation du dimanche 29 novembre, celle où j’ai eu envie de distribuer pas mal de claques. Reprenons : une manifestation interdite suite à l’état d’Urgence (je vais même pas commenter ce point, je deviendrais vraiment très vulgaire) même si la chaîne humaine avait bien été autorisée finalement. Pour être bien claire : je ne suis pas allée à cette manif car Victor ne voulait pas que je me mette en danger (il m’a amenée à une manif antifa juste pour vous situer que c’est pas un trouillard non plus) et que nous avions un rendez-vous en fin d’après-midi. On suit donc un peu les événements sur Twitter, on voit que ça commence à dégénérer dans la plus grande indifférence de ma timeline, à 3 ou 4 exceptions près. On annonce que ça commence à gazer, que des gens essaient de fuir la place mais se retrouvent bloqués par les CRS. Toujours grande indifférence de ma timeline, ça doit pas trop les déranger qu’on bouscule des hippies qui auraient dû rentrer chez eux, je suppose. Sauf qu’à un moment, l’info fuse : des manifestants auraient pris des bougies du Mémorial pour les jeter sur les CRS. Et là, ma timeline bien passive se met à s’énerver, à traiter les manifestants de tous les noms. Mon Dieu, vous êtes vraiment tous en train de tomber dans ce grossier piège ? Les ficelles sont aussi grosses qu’un tronc de séquoia !

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Alors pour être tout à fait honnête, ce Mémorial ne m’évoque pas grand chose. Je suis pas quelqu’un attachée à ce genre de symboles : je comprends que certains le soient mais de là à cracher à la gueule de toute une foule qui se retrouvait prisonnière de la place à ce moment là, faudrait voir à réfléchir avant de condamner comme de dociles moutons. Ok, s’attaquer au Mémorial était une bien mauvaise idée mais je vous ai pas entendus gueuler quand des gens ont piétiné ledit Mémorial dès le dimanche après les attentats quand ils ont cru être attaqués ou quand les flics l’ont ruiné alors qu’ils étaient en train de “maîtriser” des manifestants. Juste pour info : sur les 317 gardes à vues suite à cette manif, seules 2 ont abouti sur une mise en examen… sans rapport aucun avec le Mémorial ou les Blacks Blocs. Mais vous avez marché dans l’histoire parce qu’elle repose sur les mêmes mécanismes que les fables qu’on nous sort depuis janvier : l’émotion. Je suis choquée de voir que vous êtes plus préoccupés par les atteinte à un symbole qu’à celles à la démocratie. Oui parce que gazer et retenir des manifestants pacifistes (les black blocs n’ont pas agi avant les premiers gazages), j’appelle pas ça de la démocratie, perso… 

Photo d'Irina Kalashnikova pour Sputnik que j'aime vraiment beaucoup (la photo, pas Sputnik)
Photo d’Irina Kalashnikova pour Sputnik que j’aime vraiment beaucoup (la photo, pas Sputnik)

Vous me croyez pas ? Alors demain (si j’ai le temps, pas garanti), je vous expliquerai que le dénigrement des manifestants de la COP21 est identique au dénigrement des féministes.

 

Et pour se cultiver un peu plus sur le sujet, une vidéo au poil d’Osons Causer (une chaîne à regarder de près)

Citoyens vs citoyens : votants vs absentionnistes

Depuis deux ou trois jours, je suis gênée aux entournures. Sur mon fil Twitter est en train de se mettre en place un affrontement, une guerre ou le mépris et la condescendance sont les armes des uns et des autres, ou l’on se traite de cons parce qu’on est pas d’accord… Heu… Y  a que moi que ça gêne ce grand affrontement de citoyens, votants contre abstentionnistes, parce que l’heure est grave ?

affrontement

Dimanche, je suis allée voter, j’ai souri devant la petite fille qui montrait crânement son école à son papa, me disant que les élections, c’est quand même trop la fête pour les petits élèves de l’école qui nous accueille pour notre devoir citoyen. C’est vrai, on va à l’école mais c’est pas pareil, y a pas la maîtresse, on est un peu le maître des lieux. Je n’ai rien posté sur Twitter quant au fait que j’étais allée appuyer sur un bouton pour filer ma voix, je trouve ça tellement incongru. Le soir, les résultats puis hier, des tribunes de ceux qui ont choisi de s’abstenir, vivement vilipendés par ceux qui sont allés faire leur devoir. Inconscient, tu votes pas et à cause de toi, on a le FN, bravo le veau ! T’as pas voté ? Alors ferme ta gueule, tu as perdu le droit de l’ouvrir. Et là, je ne vous cache pas que je suis très mal à l’aise.

Séduire les abstentionnistes, version anti communiste

Balayons rapidement le premier argument : non, l’abstention ne fait pas élire le FN. On a beau essayer de se rassurer : le nombre de voix attribuées au FN augmente bel et bien donc ce n’est pas à cause de ceux qui ne sont pas allés voter qu’ils ont gagné plus de voix. Si le FN progresse, c’est sans doute parce que la politique française se limite beaucoup trop à un “votez pour nous parce que sinon, FN !”. Mais j’en ai ras le cul de “voter contre”, moi. Je veux voter pour un projet de société auquel je crois, des valeurs, un programme concret. “Beurk le FN” n’est pas un programme, c’est pas ça qui va nous aider dans nos régions (nos départements ou au niveau de l’Europe, faut sortir de cette rhétorique de merde). On peut s’amuser à distribuer les points : les campagnes qui tournent trop autour de la sécurité alors que ce n’est pas lié à la région, le nom de Marine Le Pen sur toutes les lèvres, dans tous les journaux. Forcément que des gens y voient la seule alternative, c’est la seule de réellement visible. Après, faudra se pencher plus sur le pourquoi du comment du vote FN comme je disais hier mais je suis désolée, ce n’est pas la faute des abstentionnistes.

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Arrivons maintenant à l’argument de fermer sa gueule. Il est vrai qu’il est possible d’aller voter sans donner sa voix à un candidat, le vote blanc bénéficie désormais d’une légère reconnaissance, il est séparé des bulletins nuls. D’ailleurs, dimanche, je voterai blanc parce que j’en ai marre de laisser faire parce que “sinon, c’est Le Pen”. Non, Le Pen est la fille de la crise et faudrait peut-être voir à réellement se pencher la question plutôt que de continuer une politique d’austérité qui n’a jamais apporté de résultats. Personne n’aura ma voix parce que je ne veux plus cautionner une politique qui me révulse. Ah oui, les régionales, c’est pas un vote national… Pourtant, si j’en crois les politiques et les analystes politiques, cette élection est une “sanction” contre le gouvernement, un plébiscite pour le FN, blablabla… Tout à fait local, donc, bien sûr. Mais revenons en aux abstentionnistes que je classerai en trois catégories : ceux qui ne pouvaient pas venir pour cause de santé ou d’absence (je connais personne dans ma ville, faire une procuration devient donc soudain plus compliqué), ceux qui s’en battent les steaks et les 3e, ceux qui se sont abstenus volontairement car ils estiment n’être plus dupes du cirque politique. Je vais abandonner les 2 premiers pour me concentrer sur ceux là.

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Dès lundi, ces gens se sont exprimés et en ont pris plein la gueule. Je ne suis pas forcément une grande supportrice de l’abstention, je m’étais déjà exprimée dessus il y a quelques années et quitte à faire un gros doigt à nos politiques adorés, je préfère le faire sans ambiguïté en votant blanc. Mais… En fait, je suis mal à l’aise parce que je comprends leurs arguments et ce sont les mêmes que les miens pour voter blanc. La différence entre nous ? Pas grand chose. Déjà, essayez de trouver le pourcentage de votes blancs au premier tour, c’est un exercice très parlant (2,4% selon Wikipedia). Même si je viens dire merde en personne, on ne compte les résultats que sur les suffrages exprimés donc pas le mien. Alors je voudrais pas relancer le débat pour une meilleure reconnaissance du vote blanc (enfin, si, mais c’est pas le sujet) mais au fond, j’ai la sensation aiguë que mon vote blanc et l’abstention “militante” sont les deux avatars d’un même message “arrêtez de nous prendre pour des lapereaux, bordel !” Mais du coup, pourquoi adjoindre à ces personnes de ne pas ouvrir leur mouille s’ils ont des choses à dire. J’ai lu quelques articles écrits par des abstentionnistes expliquant le pourquoi du comment. Certains étaient très maladroits, d’autres mieux ficelés. Tous accueillis dans une grande agressivité. Je ne me joindrai pas aux voix qui gueulent contre ceux qui seraient censés paver le chemin du FN : de un, c’est faux et de deux, qui suis-je pour ordonner aux adultes de faire ci ou ça. Chacun sa conscience.

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Mais surtout, je suis inquiète de voir qu’on se fout sur la gueule entre citoyens, agacés, lassés, dépités, voire même un peu désespérés, tandis qu’au-dessus, ceux qui nous gouvernent continuent à distribuer de la petite phrase qui fait mouche (ou pas), se bagarrer pour des broutilles, en oubliant justement ceux qui leur ont permis de faire leurs importants sur les plateaux télé. Aujourd’hui plus que jamais, je ressens une fracture, une séparation de plus en plus nette de la société civile vs nos chers politiques. Et, ça, ça me rend folle, bien plus que ceux qui ont décidé, dimanche, de ne pas aller voter.

PS : Oui, j’ai bien fait exprès de choisir des images de propagande anti communistes parce que, voyez vous, rien ne change…

Elections régionales : Et ce qui devait arriver arriva

Warning : j’ai pas mal de choses à dire sur les élections régionales mais aussi sur la Cop21 et l’Etat d’urgence (pas de suite) donc si vous venez ici pour une dose de légèreté et bien… revenez à Noël. Bisous.

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Dimanche soir, je me connecte à Twitter pour découvrir les résultats des élections régionales. Oh, je ne m’attendais pas à un miracle et effectivement : le FN arrive en tête, à la consternation générale. Alors pardon mais vous avez suivi l ‘actualité politique ces dernières années ? Marine Le Pen est arrivée 3e aux Présidentielles, le parti est arrivé 1er aux Européennes puis aux Cantonales et là, c’est la suite logique. Certes, en 2007, le parti avait reculé, cédant sa 3e place à François Bayrou. Peut-être aviez-vous pensé que les attentats allaient changer la donne parce que bon, l’abstention, c’est la première alliée du FN. Alors de 1, ce n’est pas si simple et de 2… si en tant que Parisiens, on a vécu ces attentats dans notre chair, peut-être a-t-on surestimé ce moteur de vote, qui sait. Bref, comme à chaque élection, je suis un peu étonnée par votre étonnement. Peut-être suis-je trop cynique.

Bulletin FN aux élections régionales

Pourtant, on s’était mobilisés. On a diffusé, on a retweeté, partagé la moindre info anti FN, applaudi la Voix du Nord, dénoncé les dangers que représente le FN pour le droit des femmes, souligné tous les propos border voire franchement racistes des fantoches du Parti, on s’est gaussé de Ménard et Collard (c’est marrant, les deux riment avec…). C’est en voyant la Une de la Voix du Nord que j’ai commencé à sentir un truc, diffus…

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On a eu tort. Moi comme les autres. Se mobiliser et diffuser de l’information, c’est bien sauf que je me rends compte que j’ai surtout pissé dans le vent. Petit point rapide sur mon utilisation des réseaux sociaux : Facebook, c’est un peu “famille”, je ne poste quasi rien dessus et surtout pas de contenus politiques, je me contente de poster quelques commentaires salés (surtout féministes). J’ai ce réflexe d’éviter de parler politique en famille ou dans un cadre professionnel, j’ai les deux sur Facebook. Par contre, sur Twitter, je vitupère, je montre du doigt, j’interroge parfois. Sauf que… ben ma communauté Twitter me ressemble. Donc tweeter à longueur de temps qu’il ne faut pas voter FN car c’est la bête immonde, c’est vraiment useless. J’ai été coupable d’une politique un peu Bisounours, en fait, celle qui nous faisait dire ados devant une assistance acquise à notre cause “non mais le racisme, c’est trop nul, c’est débile !”. Mon “engagement” est un échec, mon “engagement” n’existe en fait pas, c’est presque plus de la complaisance qu’autre chose à ce niveau là. Je n’avais pas besoin de (re)diffuser l’abject, on savait déjà.

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Alors du coup, c’est quoi la solution, à mon petit niveau ? Poster les mêmes articles sur Facebook, espérant avoir un peu de visibilité entre les dernières bêtises du jeune Evan et des mantras à la con de pages avides de likes ou encore ces foutus articles des mendiants du clic ?  Mais là encore, sur ce réseau, je ne vois passer aucun pro FN, j’ai rapidement nettoyé les “anti bougnoules” de ce réseau donc une nouvelle fois, ça ne me paraît pas super efficace. Balancer quelques arguments ici ? On est carrément dans la bouteille à la mer.

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Alors faut pas lâcher, bien sûr, mais à un moment, faudrait peut-être arrêter de croire que le seul problème est pédagogique. Quand j’ai vu la Une de la Voix du Nord, je me suis dit qu’il pouvait se passer globalement deux choses : soit ça allait marcher et Marine Le Pen allait ramasser ses dents, soit ça ne servirait à rien car les votants du FN sont trop déterminés pour aller lire un journal qui dénigre leur nouvelle championne… Malheureusement, ce que j’avais pressenti est arrivé. Donc les gens ne veulent pas savoir, ils veulent des solutions. On a souvent tendance à prendre les votants pro FN comme des dégénérés, lavons nous les mains de ça, on reviendra s’interroger aux prochaines élections. Non. D’abord, on admet que comprendre n’est pas cautionner mais que c’est facile de se dire que le con, c’est l’autre. Non, le con, c’est nous quand on refuse de comprendre pourquoi le vote FN continue de progresser malgré notre mignon angélisme. Même si je pense qu’une frange de cet électorat a bien été bercé trop près du mur (quelques indices : dès que vous ouvrez la bouche, ils vous traitent de gauchistes et de fragile, ils adorent vous balancer la mort de Clément Méric comme une bonne blague, ils vous menacent de violences physiques mais toujours derrière un écran quand même et surtout, surtout… ces exemples de patriotisme nationaliste extrême ne maîtrisent pas la grammaire et l’orthographe les plus élémentaires. Ah et attention : ils sont toujours en bande donc “débattre” avec un, c’est s’en prendre 10 sur le dos), d’autres ont un vote de colère. Ce n’est pas juste rejeter “l’UMPS” qui nous gouverne depuis 30 ans sans que rien ne change vraiment car il existe plusieurs offres politiques autres que les extrêmes, c’est tout un système, toute une classe qui est rejetée. Et ça ne peut pas se limiter à un “les arabes dehors”, c’est plus profond que ça. Ce n’est pas pour rien que le FN ramasse des voix en masse dans les milieux les plus populaires. Alors il y a certes du racisme, du “ils nous volent notre travail” (remember cette émission de Gildas avec Balavoine qui débat avec un raciste, on en est toujours là 30 ans après), du “ils ont des noms à coucher dehors, on les comprend pas”, de la part de personnes ne connaissant pas d’Arabes sinon ils ne seraient pas étonnés par leurs patronyme… Mais c’est un bougli bougla de colère, de frustration, de sentiment d’injustice et de manque de connaissance qu’il faut comprendre pour combattre.

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Alors on va arrêter de de dire “les gens qui votent FN y sont trop cons”, on va lire du Bourdieu, on va apprendre, on va réfléchir, on va essayer de comprendre comment parler à ce ventre mou du FN, celui qui ne voulait pas de Jean-Marie mais est rassuré par les blondes Marine et Marion. Parce que j’ai pas envie de relire les mêmes réactions indignées en 2017. Même si j’estime que la meilleure façon de combattre le FN, c’est de leur permettre enfin d’arriver au pouvoir pour démontrer qu’ils vont pas aider, bien au contraire… Mais je me dis surtout que 5 ans, c’est bien trop long pour ce coup de poker.

Session magazines

J’aime lire. Beaucoup, tout le temps, quand je peux. Depuis bientôt un an, je m’en vais régulièrement chez mon Victor : 45 mn de métro, autant de lecture et franchement, ça fait plaisir. Je vous parlerai une prochaine fois de ma liseuse, le truc qui a révolutionné ma vie de lectrice. Mais tel n’est pas le sujet du jour. Je lis donc des romans, de toute époque, de tout genre parce que j’aime passer d’un Anna Karénine à un polar (pas top pour le coup mais je savais pas). Mais si je lis beaucoup de romans, il y a un format que je lis de moins en moins et c’est mal : les magazines.

lire des magazines

Il y a magazines et magazines. Plus jeune, je lisais pas mal de magazines féminins qui avaient cette double vertu de s’avaler vite et de pas prendre la tête. Mais ce genre de lecture m’a vite lassée car, outre le fait que ça devient vite répétitif, mon féminisme grandissant me poussait à m’énerver à chaque injonction à la minceur, à chaque remarque grossophobe (pour le coup, je les vois surtout dans les magazines people où on va se foutre de la gueule de la cuisse grasse de Britney Spears ou de Mariah Carey pour l’ensemble de ses sorties), chaque manifestation de l’homophobie ordinaire (le lesbianisme, c’est juste un truc exotique à tester, les gays, c’est des mecs trop cools pour être nos potes parce qu’ils aiment autant les chaussures que nous… je déteste les chaussures en plus !), cette volonté de m’expliquer que je ne dois que chercher l’Amour, ne pas me donner trop vite et ma carrière… bah, on s’en fout, c’est moins important que trouver l’Homme là, hihihi. Au secours.

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Puis je me suis abonnée à des magazines un peu plus “cultive-toi ma fille”. Nouvel Obs, Courrier International, Management… Et ça finissait souvent en pile dans un coin de mon appart “ah, oui, faut que je lise ça”. Le souci, c’est que dans un magazine, je lis tout, chaque article, même celui dont le sujet ne me passionne pas à la base parce que ça m’apprend toujours quelque chose, il faut se cultiver. Mais voilà : la seule fois où j’avais le temps de lire un Nouvel Obs avant l’arrivée du suivant, c’est quand je m’étais cassée la jambe et que je n’avais que ça à faire. Et puis bon, le Nouvel Obs… Courrier International par contre, ça me parle plus, ça m’ouvre bien les écoutilles… mais pas le temps. Management, j’ai arrêté mon abonnement au bout d’un an.

Pile de magazines

Et puis, il y a eu Néon et Society, mes chouchous. Je lis tout, j’apprends plein de choses et dans nos grandes discussions avec Victor, je commence régulièrement mes phrases par “Justement, dans Society/Néon, il y avait un article là dessus et alors…” Sauf que ça recommence : la pile progresse et j’ai pas le temps de lire. Parce qu’un soir sur 2, je suis lovée dans les bras de Victor, parce que les autres soirs, je suis au sport, avec des potes, à finir une reco, à jouer à des Escape rooms en matant des vidéos sur Youtube alors que je les connais par coeur ou à peu près… et après, je tourne et retourne dans mon lit sans dormir parce que mes yeux ont été beaucoup trop sollicités tout en me disant que j’auraispu faire quelque chose de plus utile. J’ai de vrais problèmes.

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Vous allez me dire que c’est pas si grave, de pas tout lire. Oui mais non. Je sais pas si vous avez regardé l’état du Monde ces derniers temps mais ça pue la merde à tous les étages. Chez nous, chez nos voisins, chez les gens loin. Tous les jours des massacres, des morts pour rien, la guerre et la violence, l’incompréhension. A quel moment on en arrive là ? J’ai besoin de clés pour remettre les pièces du puzzle dans le bon sens mais aussi pour nourrir mon discours par la suite. Non, je ne suis pas en plein délire, regarde l’Histoire, regarde l’actu. Je suis de plus en plus convaincue que la culture est une nécessité. Que je ne peux pas juste brandir des cartons rouges en hurlant “tu dis de la meeeeeerde !” si j’explique pas pourquoi.

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Alors je dois lire plus de magazines. Society, Néon mais aussi Courrier International, Socialalter et même Philosophie Magazine qui propose parfois de très bons dossiers. Lire, encore et encore. Je lis pas mal la presse online (et encore pas assez) mais ça ne suffit pas. Alors peut-être que certains soirs, au lieu de traîner sur le web, je devrais tout couper pour me pencher sur ces magazines. Pour me cultiver et ensuite essayer de restituer au moins ce que j’ai appris, ici ou ailleurs. Multiplier les exemples pour nourrir mon propos, comme hier sur les chars à Montréal. Ce ne sont pas les articles les plus sexys mais je m’en fous : si 3 personnes réfléchissent suite à cet article, ce sera déjà ça de pris.

Chars et couvre-feu à Montréal : la crise d’octobre

Aujourd’hui, j’ai envie de vous raconter un bout d’histoire canadienne  et plus précisément québécoise : la crise d’octobre. Tout commence en 1963, dans la province de Québec, Canada, en pleine Révolution Tranquille dans la belle province. La Révolution Tranquille ? Pour simplifier à l’extrême, c’est le réveil du Québec qui sort un peu de son traditionnalisme catholique pour se lancer tête la première dans l’urbanisation et l’industrialisation. Haut fait de cette période : la nationalisation par René Lévesque des sociétés privées d’électricité pour en faire Hydro-Québec, véritable moteur économique de la province. Si ça t’intéresse (et je le conçois tout à fait), tu cliques là pour aller sur Wikipedia. Donc le Québec se modernise et favorise en parallèle la montée du nationalisme québécois. Galvanisés par ce mouvement, Gabriel Hudon, Raymond Villeneuve et Georges Schoeters décident de créer le FLQ, le Front de Libération du Québec.

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Le mouvement souhaite créer une insurrection pour renverser le gouvernement du Québec afin de mettre en place un Etat socialiste. Entre braquages de banques et plasticages, la situation se tend, on compte 5 morts et des blessés. On ne sait pas vraiment combien d’actions ils ont mené, on sait qu’ils ont attaqué la Bourse de Montréal, ils avaient le projet d’aller faire péter la Statue de la liberté et deux d’entre eux auraient été croisés dans un camp d’entraînement en Jordanie, se préparant à déclencher une guérilla urbaine au Québec. Oui, les jeunes qui partent s’entraîner au Moyen Orient, c’est carrément pas nouveau.

Paul Rose, un des leaders du FLQ
Paul Rose, un des leaders du FLQ

Bref, les Québécois avaient investis la lutte armée d’extrême gauche bien avant les Bande à Baader, Action Directe ou les Brigades Rouges. Mais en octobre 70, tout bascule. Le FLQ arrête braquages et plasticages pour se lancer dans l’enlèvement et commencent avec James Richard Cross, un commissaire commercial britannique. Puis 5 jours plus tard, ils kidnappent le Vice Premier Ministre et ministre du travail Québécois, Pierre Laporte. Pour les libérer, ils demandent le pack classique : libérations de prisonniers politiques, beaucoup d’argent, la diffusion de leur manifeste, un avion et une amnistie. Sauf que tout ne se passe pas comme prévu : Pierre Laporte meurt accidentellement (apparemment en sautant d’une fenêtre lors d’une tentative d’évasion mais ça ne reste que la version du FLQ, on ne saura jamais si c’était vrai ou non).

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Le corps de Pierre Laporte retrouvé dans le coffre d’une voiture

Ok, Nina, allez-vous me dire, c’est intéressant ton histoire mais pourquoi tu nous racontes ça ? Parce que suite à ces enlèvements, le Premier Ministre du Québec, Robert Bourrassa et le maire de Montréal (Jean Drapeau) demandent de l’aide au Premier Ministre Fédéral, Pierre Elliott Trudeau (Trudeau comme le Premier Ministre Fédéral actuel, oui, parce qu’en fait, Justin, c’est son fils). Ni un ni deux, Trudeau promulgue la loi sur les mesures de guerre donnant des pouvoirs étendus à la police. En gros : couvre-feu, chars dans les rues de Montréal, 450 arrestations donc beaucoup qui n’avaient strictement rien à voir avec le FLQ, beaucoup d’artistes, des journalistes, qui se retrouvent en prison ou en cavale parce que… Parce que. Vous me voyez arriver avec mes gros sabots ou pas ?

L'état d'urgence décrété lors de la crise d'octobre au Québec

Si je choisis de faire mon historienne aujourd’hui, c’est pour vous expliquer que l’Etat d’urgence cache en son sein bien plus de mal que de bien. Si l’histoire du terrorisme québécois s’est arrêté là, l’indépendantisme choisissant désormais la voie démocratique (le parti Québécois, souverainiste, gagna les élections suivantes, ce qui entraîna le 1er référendum sur l’indépendance en 80), il reste dans la société québécoise un réel traumatisme. Peur des terroristes multipliée et peur des arrestations arbitraires. Qu’on nous encourage à ne pas sortir de chez nous en situation de danger, ok, même s’il aurait été plus malin de fermes les boutiques et le métro comme à Bruxelles (petite pensée pour les salariés du 14 novembre qui sont allés bosser). Qu’on donne des pouvoirs accrus aux services de police et aux politiques, là, je commence à faire sacrément la gueule. Oui, on vous l’annonce sans trembler, on va réduire vos libertés et même ne plus respecter les Droits de l’Homme mais c’est pour notre bien. D’ailleurs, regardez toutes ces arrestations et gardes à vue qui ont permis de démanteler des cellules terroristes… Ah non, en fait. On en profite plus pour liquider les affaires courantes et tenter de cacher sous le tapis la colère des citoyens en interdisant les manifs. Parce que tous ces gens au même endroit, c’est dangereux. Par contre, continuez à fréquenter les centres commerciaux, prendre le métro ou dépenser vos sous au marché de Noël, promis, on veille au grain.

Affiche lors d'une manif au Québec lors de la crise d'octobre

Réduire nos libertés pour nous protéger ? Quelle jolie fable. Depuis la fameuse loi renseignement, les morts par attentat en France ont quasi été multipliés par 10. Mais la pilule continue de s’avaler sans trop de protestations. Parce qu’on est en France et que quand même, ça va, c’est la démocratie, ça n’embêtera que ceux qui ont quelque chose à se reprocher. Des bavures ? Oui ça arrive mais c’est aussi ça, la guerre [contre le terrorisme], y a toujours des victimes collatérales mais c’est pour notre bien. Dormez citoyens, la police veille. Bon, on n’est pas à l’abri qu’elle vous tire du lit à 4h du mat car elle s’est trompée d’appart mais les dommages collatéraux… Si j’ai choisi l’exemple du Québec, c’est pour montrer à quel point, même dans une démocratie, on n’est jamais à l’abri de perdre notre liberté, un droit pourtant fondamental. Mais les dictatures, quelles qu’elles soient, n’arrivent jamais du jour au lendemain, tout arrive lentement. Habituez-vous à renoncer à vos libertés et le jour où un parti moins démocrate arrivera au pouvoir, il sera trop tard pour s’indigner (et ça peut arriver, arrêtons de nous mentir) (tiens, un petit top 10 des dictateurs les mieux élus)

Coucou, moi aussi, j'ai été élu (j'ai pas mis Hitler pour éviter le point Godwin même si je trouvais l'exemple plus pertinent)
Coucou, moi aussi, j’ai été élu (j’ai pas mis Hitler pour éviter le point Godwin même si je trouvais l’exemple plus pertinent)

Je finirai cet article en citant Edward Snowden, vous savez, ce lanceur d’alerte qui nous a informé des écoutes massives et ce, sans grande réaction in fine de la part des citoyens. “Les gens disent que ça ne les gêne pas les écoutes car ils n’ont rien à se reprocher. Imaginez que vous soyez dans un bar avec un ami et qu’une personne vient s’installer à votre table pour écouter votre conversation… Là, ça ne vous gêne toujours pas ?”.

Faites comme si j'étais pas là...
Faites comme si j’étais pas là…

Alors, la sécurité, c’est plus important que tout ?

Magie et terreur des réseaux sociaux

Vendredi 13, on bascule tous dans l’horreur. 130 personnes sont mortes sans que l’on comprenne exactement pourquoi. Par vengeance, par acte de guerre, par fanatisme, par haine, par pulsion de mort, choisissez votre camp. Alors j’avais commencé un article pour livrer le fond de ma pensée mais des spécialistes se sont livrés à cet exercice et l’ont fait bien mieux que moi donc inutile de réécrire ce qu’ils ont déjà dit, je vous suppose très au fait de cette actualité là. Notez juste que prendre des décisions sur le coup de l’émotion n’est jamais une bonne idée et les faits nous démontrent douloureusement que plus on nous prive de liberté pour notre sécurité, plus on crève sous des balles sorties de nulle part.

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Si je ne suis pas experte en terrorisme et géopolitique (même si j’ai un peu étudié le sujet par le passé et que j’essaie de rester très informée), il y a un domaine que je maîtrise : ce sont les réseaux sociaux. Alors je vais passer mon tour sur la question de mettre ou pas le drapeau français en guise d’avatar Facebook parce que pour le coup, j’estime que chacun fait ce qu’il veut. On pourrait regretter que cette option ne soit proposée que pour la France et pas pour les Libanais (43 morts) ou les Russes (224 morts dans un avion) mais pour le coup, on touche plus à l’ethnocentrisme qu’à la sociologie des réseaux sociaux et une fois de plus, des gens bien plus éclairés que moi sur le sujet ont écrit dessus.

Tour Eiffel bleu blanc rouge - les attentats de Paris sur les réseaux sociaux

Si on peste parfois sur le manque de pudeur sur les réseaux sociaux, force est de constater qu’on a bousculé dans une nouvelle ère, celle où Facebook et Twitter nous a aidé à savoir si nos amis allaient bien. Parce que oui, dans l’ordre des réflexes que j’ai eus en ce vendredi 13 maudit, outre les quelques sms à mes amis peu connectés (j’en ai, oui, je les chéris, d’ailleurs), c’est de balancer des messages sur les réseaux sociaux pour battre le rappel de mes potes et aussi annoncer que je vais bien, merci. Tu vois apparaître les messages similaires au tien, des likes et commentaires fleurir sous ton statut, te rassurant sur le sort des uns et des autres. Tu flippes un peu pour tes potes susceptibles d’être sortis par là, peut-être même étaient-ils au Bataclan… Puis tu vois les gens se checker, tu souffles un peu. 50 amis, 100 amis, 150…

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Il y a aussi des drames qui deviennent soudain plus proches. Ces visages d’inconnus qui fleurissent sur nos timelines avec des demandes de renseignements. Lola, Christophe, Marion, Ludovic, Houda, Matthieu… des visages souriants, l’angoisse intolérable des proches, les heures qui s’égrènent. Le drame qui se dessine au fur et à mesure, l’annonce des décès. Tous ces gens comme moi, comme vous, ces gens avec qui j’aurais pu être pote, ces gens qui étaient potes avec des gens de mon cercle. Puis vient le jeu macabre où l’on doit slalomer entre les publications des images sanglantes. J’ai, pour ma part, des communautés de qualité, je n’ai pas vu passer ses images et je n’avais pas envie de le faire. Je veux dire je n’ai pas besoin de voir des cadavres pour mesurer l’ampleur du drame.

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C’est toujours en temps de drame qu’on mesure toute la perversité de ces moyens de communication instantanés. Pervers car, d’un côté, c’est un fantastique outil pour se rassurer rapidement sur la santé de ses amis mais de l’autre, il nous fait vivre les drames personnels d’autant plus fort. Et nous mettent bien sous le nez la saloperie de certaines personnes, ceux qui multiplient les fakes pour attirer l’attention (y a quand même eu un faux avis de recherche, délirant), ceux qui se réjouissent des attentats parce que ça montre que les Musulmans sont des barbares (les Musulmans, oui, dans leur ensemble, les nuances, ça fait chier les fachos), parce que c’était de la musique du diable qu’ils écoutaient, les gens du Bataclan, parce que ça fait tomber les Bobos blancs de leur petit nuage, etc. Les disputes des uns et des autres, l’indignité de nos politiques qui continuent de se chamailler comme des enfants et ce en direct dans nos flux.

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Le web 2.0, cette arme à double tranchant…

Du silence

Vendredi soir, 23h, mon mobile vibre. Un coup de fil qui arrive en fin de soirée n’est jamais une bonne nouvelle. Ma soeur en panique “tu vas bien?” “Heu ben oui… “. Et là, on apprend. le coup dans l’estomac, la voix qui tremble, le vertige. Puis l’attente, les gens qui se signalent en sécurité sur les réseaux sociaux. Quelques messages d’adieux de certains de mes contacts pour des gens que je ne connaissais pas.

Dimanche, 16h05. Pour le moment, je n’ai perdu personne, pas même de lointains contacts. Il y a bien cet ancien collègue fana de métal que je ne vois pas passer sur Facebook mais ça ne veut rien dire, il n’était peut-être pas au concert, de toute façon. Il y a cette appréhension d’arriver lundi au boulot et de découvrir une chaise vide. Je sais que tous ceux de mon équipe sont encore là, même celui qui était au Stade de France pour faire son boulot de community manager et qui n’avait aucune envie d’y aller. Mais sur 800 collaborateurs, tu te dis que forcément…

Mais pour le moment, je n’ai pas été directement touchée, tous mes amis sont là et bien là, même ceux qui habitent dans le 11e, même ceux qui ont l’habitude de sortir le vendredi soir. Je ne suis pas parmi ceux qui souffrent le plus, je suis juste celle qui, comme la plupart d’entre vous, est saisie par l’effroi, l’incompréhension, une certaine colère. Le sentiment d’impuissance, aussi. Mais je n’ai pas vécu l’horreur directement, je n’étais pas dans la rue, j’étais avec celui que j’aime, en sécurité. Alors je vais choisir le silence. J’irai marcher quand ce sera l’heure, je vais réfléchir, dans mon coin, et éviter de vous imposer mes réflexions surtout que… ben, je vois pas ce que je pourrais apporter au débat, en fait. Je reviendrai parler de choses plus futiles, plus légères, des petites choses qui font aussi le sel de la vie et donnent le sourire, plus tard. La vie continue, je retourne au boulot mais pour le moment, je trouverais incongru de vous parler de livres que j’ai lus, de films que j’ai vus, de considérations sur des petits éléments de la vie.

Même si la vie doit continuer.