Citoyens vs citoyens : votants vs absentionnistes

Depuis deux ou trois jours, je suis gênée aux entournures. Sur mon fil Twitter est en train de se mettre en place un affrontement, une guerre ou le mépris et la condescendance sont les armes des uns et des autres, ou l’on se traite de cons parce qu’on est pas d’accord… Heu… Y  a que moi que ça gêne ce grand affrontement de citoyens, votants contre abstentionnistes, parce que l’heure est grave ?

affrontement

Dimanche, je suis allée voter, j’ai souri devant la petite fille qui montrait crânement son école à son papa, me disant que les élections, c’est quand même trop la fête pour les petits élèves de l’école qui nous accueille pour notre devoir citoyen. C’est vrai, on va à l’école mais c’est pas pareil, y a pas la maîtresse, on est un peu le maître des lieux. Je n’ai rien posté sur Twitter quant au fait que j’étais allée appuyer sur un bouton pour filer ma voix, je trouve ça tellement incongru. Le soir, les résultats puis hier, des tribunes de ceux qui ont choisi de s’abstenir, vivement vilipendés par ceux qui sont allés faire leur devoir. Inconscient, tu votes pas et à cause de toi, on a le FN, bravo le veau ! T’as pas voté ? Alors ferme ta gueule, tu as perdu le droit de l’ouvrir. Et là, je ne vous cache pas que je suis très mal à l’aise.

Séduire les abstentionnistes, version anti communiste

Balayons rapidement le premier argument : non, l’abstention ne fait pas élire le FN. On a beau essayer de se rassurer : le nombre de voix attribuées au FN augmente bel et bien donc ce n’est pas à cause de ceux qui ne sont pas allés voter qu’ils ont gagné plus de voix. Si le FN progresse, c’est sans doute parce que la politique française se limite beaucoup trop à un “votez pour nous parce que sinon, FN !”. Mais j’en ai ras le cul de “voter contre”, moi. Je veux voter pour un projet de société auquel je crois, des valeurs, un programme concret. “Beurk le FN” n’est pas un programme, c’est pas ça qui va nous aider dans nos régions (nos départements ou au niveau de l’Europe, faut sortir de cette rhétorique de merde). On peut s’amuser à distribuer les points : les campagnes qui tournent trop autour de la sécurité alors que ce n’est pas lié à la région, le nom de Marine Le Pen sur toutes les lèvres, dans tous les journaux. Forcément que des gens y voient la seule alternative, c’est la seule de réellement visible. Après, faudra se pencher plus sur le pourquoi du comment du vote FN comme je disais hier mais je suis désolée, ce n’est pas la faute des abstentionnistes.

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Arrivons maintenant à l’argument de fermer sa gueule. Il est vrai qu’il est possible d’aller voter sans donner sa voix à un candidat, le vote blanc bénéficie désormais d’une légère reconnaissance, il est séparé des bulletins nuls. D’ailleurs, dimanche, je voterai blanc parce que j’en ai marre de laisser faire parce que “sinon, c’est Le Pen”. Non, Le Pen est la fille de la crise et faudrait peut-être voir à réellement se pencher la question plutôt que de continuer une politique d’austérité qui n’a jamais apporté de résultats. Personne n’aura ma voix parce que je ne veux plus cautionner une politique qui me révulse. Ah oui, les régionales, c’est pas un vote national… Pourtant, si j’en crois les politiques et les analystes politiques, cette élection est une “sanction” contre le gouvernement, un plébiscite pour le FN, blablabla… Tout à fait local, donc, bien sûr. Mais revenons en aux abstentionnistes que je classerai en trois catégories : ceux qui ne pouvaient pas venir pour cause de santé ou d’absence (je connais personne dans ma ville, faire une procuration devient donc soudain plus compliqué), ceux qui s’en battent les steaks et les 3e, ceux qui se sont abstenus volontairement car ils estiment n’être plus dupes du cirque politique. Je vais abandonner les 2 premiers pour me concentrer sur ceux là.

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Dès lundi, ces gens se sont exprimés et en ont pris plein la gueule. Je ne suis pas forcément une grande supportrice de l’abstention, je m’étais déjà exprimée dessus il y a quelques années et quitte à faire un gros doigt à nos politiques adorés, je préfère le faire sans ambiguïté en votant blanc. Mais… En fait, je suis mal à l’aise parce que je comprends leurs arguments et ce sont les mêmes que les miens pour voter blanc. La différence entre nous ? Pas grand chose. Déjà, essayez de trouver le pourcentage de votes blancs au premier tour, c’est un exercice très parlant (2,4% selon Wikipedia). Même si je viens dire merde en personne, on ne compte les résultats que sur les suffrages exprimés donc pas le mien. Alors je voudrais pas relancer le débat pour une meilleure reconnaissance du vote blanc (enfin, si, mais c’est pas le sujet) mais au fond, j’ai la sensation aiguë que mon vote blanc et l’abstention “militante” sont les deux avatars d’un même message “arrêtez de nous prendre pour des lapereaux, bordel !” Mais du coup, pourquoi adjoindre à ces personnes de ne pas ouvrir leur mouille s’ils ont des choses à dire. J’ai lu quelques articles écrits par des abstentionnistes expliquant le pourquoi du comment. Certains étaient très maladroits, d’autres mieux ficelés. Tous accueillis dans une grande agressivité. Je ne me joindrai pas aux voix qui gueulent contre ceux qui seraient censés paver le chemin du FN : de un, c’est faux et de deux, qui suis-je pour ordonner aux adultes de faire ci ou ça. Chacun sa conscience.

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Mais surtout, je suis inquiète de voir qu’on se fout sur la gueule entre citoyens, agacés, lassés, dépités, voire même un peu désespérés, tandis qu’au-dessus, ceux qui nous gouvernent continuent à distribuer de la petite phrase qui fait mouche (ou pas), se bagarrer pour des broutilles, en oubliant justement ceux qui leur ont permis de faire leurs importants sur les plateaux télé. Aujourd’hui plus que jamais, je ressens une fracture, une séparation de plus en plus nette de la société civile vs nos chers politiques. Et, ça, ça me rend folle, bien plus que ceux qui ont décidé, dimanche, de ne pas aller voter.

PS : Oui, j’ai bien fait exprès de choisir des images de propagande anti communistes parce que, voyez vous, rien ne change…

Et après ?

J’ai un peu de mal à reprendre l’écriture de ce blog, j’ai une sensation de décalage, de grotesque, d’incongru. Comment vous parler de sites de rencontres et autres bêtises après ce qu’il s’est passé ? Pourtant, il le faudrait, il faudrait revendiquer notre droit à la futilité, au léger, au rire, ne pas les laisser gagner cette bataille là non plus. Alors je reprendrai comme avant même si, dans ma tête, ça tourbillonne autour des derniers événements, je suis pas arrivée au bout de ma réflexion sur tout. Mais j’ai besoin de poser quelques trucs donc aujourd’hui, on en parle et demain, on fera comme si la vie était belle.

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Alors, et après, se questionne-t-on. J’ai envie de dire “mais pose-toi d’abord la question !”. Je n’attends pas une réponse globale parce qu’elle ne viendra pas. On en est au même point qu’il y a un mois, le traumatisme en plus. Dimanche dernier, en allant marcher à Paris, j’ai ressenti plus que jamais à quel point je ne devais plus rien attendre des politiques. Oui, Hollande a été digne, on ne lui enlèvera pas ça mais quel cirque, putain. Entre la Marine qui se la joue victime (son rôle préféré), Sarko qui joue des coudes pour se positionner au milieu des chef d’Etats, la présence des joyeux Netanhayu, Davutoglu ou Bongo (lire le communiqué de presse de RSF à ce sujet), le délire sécuritaire qui en a suivi avec cette idée folle qu’en surveillant plus Internet, on arrêtera les massacres. Hmm… Déjà que j’étais bien désabusée sur la politique, là, je suis définitivement en rupture. Pour changer les choses, faudra pas compter sur les 40 gus qui marchent tout seuls devant mais sur les 3 ou 4 millions derrière. Encore faut-il faire quelque chose.

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Et justement quoi ? J’y pense mais j’ai pas encore trouvé de réponse. S’abonner à Charlie hebdo ? Pourquoi pas mais je ne le lirai pas. Le journal n’est pas en cause mais ça fait bien 3 ans que mes Nouvel Obs partent direct à la poubelle encore sous blister par manque de temps. S’abonner à Arrêt sur images et Mediapart aussi, depuis le temps que je devais le faire, au moins, c’est réglé. Faire un don régulier, oui, mais à qui ? Je penche vers RSF qui me paraît l’association la plus proche en terme d’action au message de la marche de dimanche. Mais là encore, même si je donne pour RSF, que faire pour les drames qui se passent ailleurs et qui touchent des populations n’ayant rien à voir ni de près ni de loin avec le journalisme ? Je rajoute Amnesty sur la liste ?

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Ok mais après ? Je me lave les mains parce que je donne deux ou trois dizaines d’euros par mois à une asso qui fait tout le boulot pour moi. C’est là qu’est mon souci. C’est un peu “facile” et ça tourne dans ma tête. Je pense aux terroristes, à ces 3 gaillards qui se sont dit un jour que tuer des mecs au nom du Prophète, c’était bien. Comment aurait-on pu les empêcher d’en arriver là ? Oh, je vous parle pas de surveiller la planète entière car il est à peu près certain qu’un jour ou l’autre, un mec passera à travers les mailles du filet. Non, je parle de l’amont. Quand on lit l’histoire des frères Kouachi, on se dit que des gamins expulsés du système, comme ça, ça risquait de mal finir. Je n’excuse en rien leur geste et on ne peut pas garantir que s’ils avaient été pris en main sur du long terme, ils n’auraient pas plongé tête la première dans cette violence. Mais peut-être que… Après tout, pour suivre un mec qui te dit que mourir en martyre, c’est choper 72 vierges direct en arrivant au Paradis et que tout ça, c’est trop cool… tellement cool qu’il te cède la place, vas-y, fais toi sauter en premier, je te regarde, c’est quand même qu’il nous manque quelques éléments de réflexion. Mais bon, comment faire, à mon niveau ? Je veux bien donner des cours ou quelque chose mais quand, où (je suis pas sûre que ma ville soit le berceau idéal pour terroristes en devenir…), comment ? Y a-t-il une solution à mon niveau ?

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Ca tourne dans ma tête et je peux vous garantir que là, je ne trouve pas. Par contre, je vais me constituer une petite liste de liens sur les questions d’immigration, de délinquance, de réinsertion, de religion… Parce que mine de rien, j’en ai entendu de grosses conneries depuis ce 07 janvier un peu de pédagogie nourrie par quelques liens devrait remettre quelques pendules à l’heure. J’espère.

 

Réjouissez-vous UMPistes !

Certains vont me soupçonner de mesquinerie mais promis, je n’en ferai rien. Parce que moi aussi, j’ai mal vécu les déchirements du parti qui recueille mes voix et que si les gens ont tendance à oublier, moi pas. Je suis une Hégélienne dans l’âme, l’histoire se répète. Et le principal parti de l’opposition qui se la joue Titanic, c’est pas nouveau.

Tout d’abord, je vous invite cordialement à dédramatiser. Les militants fuient ? Woké mais quel est le pourcentage des militants dans votre électorat ? Pas tant que ça. Puis dans un pays bipartite (si, si), les gens peu politisés votent à droite ou à gauche, pas UMP ou PS. Voire ils votent opposition parce qu’ils attendent des gouvernements des miracles humainement impossibles. Perso quand j’ai appuyé sur le bouton François Hollande en mai (je vote électronique je rappelle), je ne pensais pas mettre fin à la crise en 3 jours. Je divague un peu pardon. Alors oui, vous êtes débordés à l’extrême par Marine et au centre par Borloo. Et je vous avoue que si le prochain Président devait être de droite, je préfèrerais 100 000 fois un Borloo à un Fillon voire, pire, à un Copé mais nous en sommes si loin.

Ensuite, vous avez perdu un leader charismatique qui a longtemps fait l’unité du parti. Après lui le déluge. Le PS n’était pas mieux après le départ de Mitterrand puis Jospin, le RPR avec Chirac élu président qui laissait son parti végéter sans lui. Inévitable, je vous dis. Tout comme la bagarre acharnée des « jeunes » pousses aux dents longues qui tueraient père et mère pour s’asseoir sur le trône laissé vacant. Vous n’avez pas le monopole des intrigues de palais, non, non, non. Vos votes suspicieux sont Niçois, ils étaient Lillois pour le PS. Qui s’en est quand même mieux sorti à l’arrivée. Certains me diront que les femmes sont peut-être plus souples et moins narcissiques que les hommes mais ça, mes amis, j’en doute.

Amis UMPistes, vous avez la chance de faire du ménage dans votre parti, en finir avec cette lutte fratricide et repartir sur de bonnes bases. De toute façon, vous avez 4 ans et demi pour remettre de l’ordre dans tout ça, vous êtes larges. En sport, j ‘ai tendance à dire que certaines défaites font du bien, ça fait dégonfler les melons et ça apprend l’humilité. Votre nouveau chef, qui qu’il soit, sera mal élu. Mais il tiendra le parti en attendant qu’un leader plus naturel émerge. Peut-être que dans leur folle ambition, ils ont oublié que c’est le peuple qui choisit (ou du moins le peuple militant UMP). Et ça, même la multiplication des bulletins ne peut le changer. Apparemment.

De l’impossibilité de parler du vote FN

Ma naïveté me perdra, c’est un fait. Quand je déclare sur Twitter qu’il fallait cesser d’assimiler les électeurs FN à des bouseux incultes, il m’a rien manqué, jusqu’au mec très fin me traitant de frontiste puisque je les défends (??). Un autre me disait : qui qu’ils soient, ils sont tous racistes ! Oui, très bien, tu les connais tous, non ? Alors tais toi.

Oui, il y a des électeurs FN racistes et qui s’assument. Et après ? On en reste là ? Ces 18% d’électeurs sur lesquels on crache depuis dimanche, on se contente de se dire que ce sont des abrutis et on les laisse de côté ? Ou on se dit enfin qu’il y a un vrai malaise et on arrête de s’étonner tous les 5 ans du score du FN ? Non parce que nous avons eu droit à un bel angélisme dimanche soir : quoi, Marine 3e? Heu oui, et je ne vois pas où est la surprise. De 1, elle est plus “douce” que son père, elle fait moins peur, elle ne part pas en dérapage sur les “détails de l’histoire” et autres propos qui font perdre les voix des électeurs potentiellement FN les plus mous. De 2, on la voyait quand même bien placée dans les sondages alors qu’on le sait bien, le vote extrême est toujours un peu écrasé dans les sondages par ceux qui n’assument pas tout à fait et préfèrent ne pas avouer leurs préférences frontiste. De 3, il me paraissait évident que Mélenchon était bien plus le chouchou des médias qui nous montent toujours un outsider en épingle de la sorte en nous le positionnant en 3e homme mais c’est rarement le cas. De 4, quand on arrêtera de faire comme si le FN n’existait pas sauf entre deux tours d’une élection présidentielle, ça irait peut-être mieux, aussi. Et de 5, c’est juste totalement ignorer la montée des mouvements d’extrême droite en Europe.

Je ne sais pas si je suis particulièrement intelligente (je finirais par croire que oui quand je vois toutes les conneries que j’ai pu lire ses derniers temps) ou si je parle qu’avec des gens plus jeunes qui ont encore l’idéalisme des jeunes votants sans l’expérience de quelques présidentielles. Mais je reste étonnée que tous les 5 ans (7 ans auparavant), on s’étonne du score du FN qui reste finalement plus ou moins constant. Effectivement, sur cette élection, Marine a chopé 2 millions de voies de plus que son père (explication de la “douceur”), le vote FN me paraît bien plus décomplexé. De par la personnalité de Marine, femme élégante que certains qualifieront de belle (c’est mal de taper sur le physique donc je ne commenterai pas. Par contre, la voix on peut ? Parce que la Marine, c’est une pub anti tabac ambulante quand même), qui sait mettre moins de passion dans ses discours, qui est moins spontanée et limite donc le nombre de conneries ou de propos dérangeants (même si j’avoue que quelques unes me restent bien en travers de la gorge genre l’IVG de confort, j’aurais pu casser des dents tellement j’étais furieuse qu’on puisse dire ce genre de choses, qu’on puisse remettre une nouvelle fois ce droit en question). Mais aussi parce que notre gentil gouvernement y est quand même allé franchement : ils n’ont pas mordu les plates-bandes du FN, il y ont sauté dessus à pieds joints. Non mais les Roms, quoi… Ce qui reste étonnant, c’est que malgré cet acte franchement raciste, l’UMP n’a pas séduit les électeurs FN les plus mous… Le vote FN ne serait pas que raciste ?

Le problème, c’est qu’on n’en sait pas grand chose. Les journaux se sont précipités pour interroger ces électeurs frontistes, ceux qui affirment crânement en avoir marre des Noirs et des Arabes. Les mêmes qui disent sans sourciller que, oui, ils votent FN et en sont fiers. Ceux-là, pourrons-nous les convaincre de voter ailleurs, de revoir leur système de pensée ? Je n’en sais rien et qui suis-je, qui sommes-nous pour dire qu’ils ont tort et que nous avons raison. Parce que le vote FN est quand même facilité par le tabou de nos hommes politiques sur les thèmes frontistes. Personne n’ose les attaquer, aller jouer sur leur terrain. C’est plus facile de taper sur leurs électeurs que sur Marine et ses amis ? Par exemple, une des clés du FN est de parler immigration. Normal, en temps de crise, le protectionnisme séduit, c’est pas précisément une nouveauté. On préfère croire que nos ennuis viennent de l’autre, cet autre identifiable par sa couleur de peau. Or savez-vous qu’il y a plus d’immigrés européens que maghrébins ? C’est vrai : tous les immigrés ne sont pas arabes, tous les arabes ne sont pas immigrés. Non parce que je sais pas vous mais dans mon entourage, la plupart de mes amis arabes (ou africains, élargissons) sont autant français que vous et moi, ils ont leur carte d’électeur, leur carte d’identité… Pourquoi personne n’ose démonter le mythe du méchant immigré ? La droite, on comprend, ils ont joué cette carte aussi mais la gauche ? Idem pour l’insécurité, c’est toujours les méchants Arabes ou Noirs les coupables. Quelqu’un a des chiffres précis, qu’on puisse étudier cette réalité ou ce mythe ? Quoi que tu me diras, je ne suis pas sûre que ce soit très légal de trier les délinquants interpellés par classe ethnique… Et le retour au franc ? Est-ce que quelqu’un peu sérieusement démolir cet argument ? C’est quand même assez simple de replacer quelques éléments : toute la monnaie franc a été détruite, nous ne pourrions pas y retourner demain, pour commencer. Revenir au franc nous ruinerait, littéralement, sans parler des ruptures de relations commerciales avec les autres pays européens qui restent nos principaux partenaires. Oui, la vie a augmenté en 10 ans d’euros mais rassurez-vous mes petits, l’inflation aurait eu lieu sans l’euro. Si on compare les prix entre 1992 et 2002, je pense que nous aurions quelques surprises en terme d’évolution des prix… J’avoue que je me souviens pas vraiment des prix de 1992 vu que je n’étais qu’une jeune adolescente avec 50 francs d’argent de poche par mois (c’était déjà pas mal).

Bref, plutôt que de jeter le problème FN à la poubelle en haussant les épaules “tous des racistes”, il serait peut-être temps d’arrêter de considérer le sujet comme tabou. Etudier le vote FN n’est pas un mal, n’est pas une légitimation de quoi que ce soit. Comprendre n’est pas excuser, c’est un processus normal pour comprendre pourquoi tous les 5 ans, près d’un électeur sur 5 qui a daigné se rendre aux urnes fait ce choix. Est-ce un mal français de gommer ce qui nous dérange (souvenez-vous des “tous résistants, pas de collabos” post 2e guerre mondiale, sans vouloir faire de point godwin, hein… Ou la condamnation très large de l’antisémitisme de l’époque Dreyfus. On insiste bien sur le grand Zola mais on omet de préciser qu’en ce temps, l’antisémitisme n’avait rien de honteux en France, bien au contraire…) ? Ignorer un phénomène ne l’a jamais fait disparaître. Alors ? On attend 2017 pour refaire un tour de “Marine 3e, ohlala, quelle horreur ?” ou on affronte enfin “la bête” ?

Engage-toi, indigne-toi !

L’autre jour, je lisais un article intéressant dans Philosophie magazine (jemelapete.com) à propos de notre époque qui nous épuise par une nécessité d’indignation perpétuelle. En gros il faut que l’on ait un avis sur tout, nous devons quoi qu’il arrive être des citoyens éclairés, éveillés, à l’inverse de la grenouille qui cuit à petit feu. Quitte à s’épuiser en vain.

(c) Antonin Moulart

Je baigne dans le magma médias sociaux toute la journée, c’est mon métier mais aussi mon bruit de fond. A défaut d’écouter la radio, je zieute Facebook et Twitter et suis (vaguement) ce que racontent les congénères. Et je suis fascinée. Fascinée par la nécessité de l’individu média social d’avoir un avis sur tout, en permanence, mais surtout un avis critique, violent. On est bien plus souvent dans le rejet que dans la bénédiction. On live tweet les discours politiques de Sarkozy, Le Pen ou Hollande à grand coup de hashtags (pour ceux qui ne connaissent pas Twitter, le hashtag est un mot clé précédé d’un # donc si j’utilise le hashtag #fhollande2012 par exemple, si quelqu’un clique dessus, il aura accès à tous les tweets intégrant le dit hashtag) histoire de ne pas passer inaperçu.

Un certain recul ? Une possible réflexion ? Non, non, on est à chaud tant que le hashtag est dans les trends topics (les sujets du moment), faut que les gens connaissent à tout prix notre avis. Le web citoyen est éclairé, il tire à boulet rouge sur tous les somnifères médiatiques car il est celui qui sait. Ce qui donne d’un côté des tweets assassins sur TF1 collabo et de l’autre les live tweets sans le moindre intérêt de Confessions Intimes. Du type : « Jérôme, c’est vraiment un gros beauf avec son tuning » « Ohlala, Karine cause bien la France. LOL ! ». Indispensable.

Sauf qu’il y a des sujets sur lesquels je n’arrive pas à avoir un avis spontané, je suis partagée et j’ai besoin de me renseigner, de prendre du recul pour m’exprimer (ou pas d’ailleurs). Genre l’histoire de Megaupload où nombre de twittos ont hurlé au scandale, à la censure, à la fin de la liberté d’expression. Heu, la liberté d’expression, c’est se faire de la tune easy en proposant des films et séries que nous n’avons pas tournés ? Non, je demande hein. Si d’un côté, je comprends le côté préoccupant des lois SOPA et co qui menacent la créativité web et la libre expression, de l’autre, j’ai un peu de mal à pleurer pour un mec qui s’est fait des ronds sur le dos des créateurs de séries, réalisateurs et consommateurs. Et je suis assez agacée de voir la capacité des internautes à s’indigner quand leurs intérêts sont directement touchés (« je vais faire quoi sans megaupload moi ? ») plutôt que pour certaines causes un peu plus critiques à mon sens. Oui, megaupload, c’était bien pratique (bien que je ne m’en suis que peu servi, je reconnais) mais bon, un peu comme les torrents et co, je les utilise en sachant bien que le robinet risque d’être coupé un jour. Même si je continue d’acheter des biens culturels, même si ça m’a permis de découvrir des artistes dont j’ai acheté les CD, même si je n’aurais jamais dépensé un rond pour certains films téléchargés par curiosité. Et jamais regardés pour la plupart, en plus. Sauf que bon, chacun y va de sa petite histoire, la main sur le coeur mais comme j’ai dit, ils sont nombreux à s’indigner à l’heure de passer à la caisse.

Je crois que le web et surtout l’utilisation qu’on en fait (mise en scène perpétuelle d’un nous engagé, éclairé, pétri d’intelligence et de bonnes réflexions) nuit au débat par la rapidité de jugement et, donc, de condamnation. C’est noir ou blanc, c’est brut et c’est comme ça. Je crois qu’admettre qu’on n’a pas assez d’infos pour exprimer un avis est preuve de sagesse, ne pas parler comme tous les autres histoire de est preuve de maturité.

Je vais donc prendre le temps de lire des articles sur anonymous et je vous ferai part de mon avis. Si j’en ai un à l’arrivée. Non parce que moi, j’aime bien l’idée du groupuscule comme ça, d’une résistance mais y a des trucs qui me turlupinent un peu alors je n’arrive pas à prendre partie définitivement dans l’histoire. Et peut-être que j’en parlerai pas parce que je me serai pas décidé et que mon blog pourra se passer d’un article vide sans intérêt ni réflexion.

C’est historique

Depuis quelques temps, mes rares plages lecture (je vais au boulot à pied) sont consacrés au Nouvel Obs. Tout ce bain d’actualités, ça me fait réfléchir : les guerres, les catastrophes, la crise, les maladies… On a comme la sensation d’une charnière, d’une histoire qui change, d’un avant et d’un après. Mais mesure-t-on réellement la portée de ce que l’on vit ?

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Ce qui m’a toujours fascinée en histoire, c’est le phénomène de feu au poudre ou encore l’effet domino. En découvrant l’assassinat d’un archiduc à Sarajevo en 1914, a-t-on pressenti que le premier domino s’écroulait et allait déterminer toute l’histoire du XXe siècle ? A contrario, certains événements n’ont-ils pas été surinterprété ? Considérés comme une date que personne n’oubliera alors que dans 50 ans, ça restera du domaine de l’anecdote ? Quelles dates restent inscrites finalement dans l’histoire ? A brûle pourpoint, je dirais 476, la fin de l’Empire Romain d’Occident, 1492, 1789, 14-18, 40-45 et 1989. Bien sûr, ma réponse est pas mal conditionnée par ma nationalité et je choisis un peu les dates fixées par les historiens pour marquer la fin des grands périodes historiques (Antiquité (476)/Moyen Age (1492 ou 1515, ça se chamaille)/Epoque moderne (1789 ou 1815, là aussi, c’est pas clair)/Contemporaine). Et le reste ? Tout est historique, rien ne l’est ?

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Prenons un exemple concret : le 11 septembre. En Histoire, les siècles ne commencent pas un 1er janvier XX00 pour se terminer un 31 décembre XX99 (je me souviens plus très bien si les siècles commencent les années 00 ou les années01). Non, on choisit un événement clé. Exemple : le XXe siècle est débutant en 1914. Donc le XXIe siècle débute le 11 septembre 2001 ? Pas si sûr. En 2002, l’historien René Rémond était venu faire une conférence au Mirail et estimait que le 11 septembre n’était pas une date charnière de notre histoire et je suis pas loin de le suivre. Il me semble, sans recul aucun, que les révolutions arabes pourraient être bien plus importantes en fin de compte. Evidemment, faut attendre la suite, je sais pas encore si on a assisté à l’étincelle de la mèche de la dynamite ou à un pétard mouillé. 

Et pourtant, ça bouge, ça craque, ça s’agite. L’Europe est submergée par le mécontentement de ses classes les moins aisées (y compris la classe moyenne) qui en ont marre de payer quand les plus hautes sphères paradent accrochées à leurs parachutes dorés. Que l’insécurité est partout et je ne parle pas de violence mais de vie en général : le monde s’effrite visiblement, notre nourriture nous empoisonne, nous sommes tous menacés par un capitalisme qui a perdu la tête. Où va-t-on ? C’est là que je suis intriguée car on sent un ras-le-bol, une envie d’autre chose mais une envie de quoi ? L’heure des révolutions va-t-elle ouvrir la porte à des fronts de gauche basés sur une égalité, un rééquilibre ou, au contraire, à des partis populistes qui cachent leurs élans xénophobes en expliquant qu’au fond, si on est dans la merde, c’est bien la faute des étrangers qui nous prennent tous nos sous. Et surtout les étrangers colorés, c’est qu’ils sont plus faciles à reconnaître et donc à montrer du doigt. Le dossier du Nouvel Obs sur la montée de l’extrême droite en Europe fait peur. La nouvelle image assez glamour du FN grâce à sa blonde Marine (entre nous soit dit, son relooking est effectivement une réussite, c’est pas pour autant que je voterai pour elle) me fait froid dans le dos vu qu’elle capte pas mal de déçus du sarkozysme, trop ancrés à droite pour choisir une alternative de gauche. 

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Où va-t-on ? Peut-être nulle part, l’année 2011 ne restera peut-être pas dans les mémoires en fin de compte. Si on prend 1956, par exemple, avec l’insurrection de Budapest et les émeutes de Poznan, on aurait pu croire au début de la fin du communisme. Cette année là aussi, il y avait eu la guerre de Suez. In fine, qui se souvient vraiment de 1956 ? Le monde s’emballe mais peut-être va-t-il se calmer, que nous continuerons notre train train et que rien n’aura vraiment changé. Ou nous sommes à l’aube d’un grand bouleversement. Comment savoir ? Le mieux est de garder les yeux ouverts. Dans 10 ans, on saura (ou pas).

Bilan de cette année 2011

Par Laurent

2011 restera dans les annales pour bien des raisons. Dans cette année pré-présidentielle, de l’inattendue et des célébrités au summum de leurs arts, petite rétrospective de ce qu’il faut retenir de cette année 2011 :

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28 mars 2011 : Apres la démission du premier ministre François Fillon pour cause de dépression, Roselyne Bachelot, fut nommée pour prendre sa succession à l’hôtel de Matignon, une première depuis Edith Cresson. En vue des élections à venir, elle fut sommée par Nicolas Sarkozy de trouver des mesures phares afin de réduire le déficit de la sécurité sociale
et de lutter contre le chômage.

Elle réussit en moins de 3 mois à diviser le chômage par 2 et rendre le bilan 2011 excédentaire.

En effet, elle eu l’idée fantastique non seulement de rendre légale la prostitution, mais de l’organiser par le ministère de la santé. Ainsi les médecins traitants furent habilités à prescrire des massages récréatifs. Pole emploi recruta 1.2 millions de chômeuses afin de dispenser ces massages au tarif conventionné de 97€ l’acte, imposé à 40% par l’état. Comme elle l’avait fait pour la campagne de vaccination, Roselyne Bachelot s’est mise en action devant les cameras pour prouver les bienfaits de sa réforme.

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21 avril 2011 : Ce fut un choc dans le monde occidental quand 8 adolescents allemands ont déposés plainte à l’encontre de Benoit 16 pour attouchement. Les faits remonteraient à l’époque ou Joseph Reitzeiger n’était encore que cardinal de Munich, et le jeune Ulrich bouleversa toute l’Italie en témoignant à la télévision de comment le pape l’avait obligé à
astiquer son crucifix. La police rattrapa Benoit 16 quelques heures plus tard essayant de s’échapper à bord de sa mercedes immatriculé conception. Face à la menace de dissolution de l’église faite par de nombreux états et en prévention de nouveaux dérapages, le nouveau pape fut contraint de mettre en place au sein l’église catholique 20 minutes de masturbation quotidienne obligatoire. 

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19 mai 2011 : Ce jour fut l’annonce officielle de la candidature de Zahia Dehar à l’élection présidentielle de 2012. Afin de facilité l’obtention des 500 signatures, elle proclama qu’il y avait largement assez de place pour que tous les élus puissent signer directement sur sa poitrine. Stratégie payante car elle obtint les 500 griffes en moins d’une semaine. Son slogan un sein vaut mieux que deux tu l’auras convint le candidat socialiste à l’élection présidentielle Dominique Strauss Kahn, qui lui offrit une place dans son futur gouvernement. Mais à ce jour le transfert n’était toujours pas signé avec son ancien employeur Franck Ribery.

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8 juillet 2011 : Mariage de son altesse sérénissime le prince albert Grimaldi de Monaco avec la nageuse Charlene Wittstock. Toutes les têtes couronnées étaient présentes en principauté  pour célébrer cette union.  Mais l’effroi figea toute la cathédrale Notre-Dame-immaculé de Monaco quand la belle tout de blanc vêtue eu préférée s’enfuir au pas de course en se rendant compte qu’elle était beaucoup trop bien pour lui, prenant le premier avion en partance pour l’Afrique du Sud. Albert se consola auprès d’une hôtesse de l’air du vol Nice-Bangkok, où il se rendait initialement pour acheter une nouvelle femme en remplacement de Charlene. 

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24 septembre 2011 : Comme les spécialistes le craignaient, la firme de Mark Zuckerberg décida de revendre toutes les informations de Facebook à des entreprises. Wikileaks réussit à pirater des renseignements lors d’un échange de fichier et rendit publique les informations les plus croustillantes. Ainsi nous y avons découvert pêle-mêle les photos d’une
orgie homosexuelle dans les vestiaires du stade français, que Marine Le Pen avait un enfant noir, que Lady Gaga s’était secrètement converti à l’islam, que Nicolas Sarkozy aimait que Carla lui roule un joint tous les soirs pour se détendre, et que Madonna avait montée un atelier clandestin avec tous les enfants qu’elle avait adoptée à Haiti.

De plus la France connut une vague de plusieurs milliers de licenciement quand les patrons découvrirent que leurs employés passaient leurs temps à buller, écrire des blogs ou pire suivaient Secret Story.

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14 décembre 2011 : « La famille Bieber a le regret de vous annoncer le décès de leur fils Justin dans des circonstances tragiques». L’enquête préliminaire de ces dernières semaines tend à démontrer que le jeune homme de 17 ans eu l’inadvertance d’échapper un Mentos durant la visite d’une usine Coca Cola à Philadelphie, s’en suivit une explosion de 3
Mégatonnes et le corps du jeune garçon ne fut jamais retrouvé. Durant plusieurs jours des centaines de rassemblement à sa mémoire eurent lieu. Son fanclub intégriste initia même un suicide collectif en se plantant une fourchette dans le cœur. C’est ainsi que 178 jeunes filles furent amené à l’hôpital en urgence pour une perforation du poumon droit. Sa disparition laisse un grand vide pour la chanson à texte américaine.

Cet année 2011 fut un excellent millésime, bien sûr la ressemblance avec des personnes existantes ne serait que purement fortuite…

Politique fiction

J’ai trouvé récemment dans une librairie un livre fort sympathique qui suscite forcément un article. Non parce que je fais pas que regarder la télé, je lis beaucoup mais j’en parle
pas forcément. Mais là, ce livre très drôle m’a donné envie de saisir mon clavier et de vous en parler. Toi aussi, cultive-toi, lecteur !
Tsunami-Sur-L-elysee

Bon, de quel livre je parle ? De « Tsunami sur l’Elysée », de Dominique Ambiel et Antoine Rault. L’histoire est simple : c’est celle des élections de 2007, les présidentielles (pour les trois du fond qui seraient pas au courant, des fois qu’ils sortent du coma). Le scénario est simple : les candidatures se multiplient, tant à gauche qu’à droite. En vrac : Chirac, Sarko, Hollande (secondé par Ségolène, le livre est sorti en juin), Fabius, Kouchner, Tapie, Bayrou, Arlette, Besancenot, Marine Le Pen (papa ayant fait un malaise cardiaque en direct à la télé et ne pouvant plus dès lors se présenter)… Bref, à l’arrivée, ils sont 27. Puis 26 puisque Chevènement jette l’éponge. Donc, dans la première partie, le livre nous présente les principaux candidats et ce qui leur passe par la tête. Chirac veut emmerder Sarko, Fabius et Kouchner veulent jouer leur carte, Hollande est poussé par le parti après une attaque cérébrale de Jospin, devenu bégayant, Marine remplace papa, Arlette et Besancenot défendent leur cause… Bien sûr, tout ceci n’est qu’une fiction mais c’est tellement bien fait que, parfois, on a limite l’impression que les deux auteurs ont repris des confidences de ces candidats.

 

La campagne se déroule bon an mal an jusqu’au drame : à quelques jours des élections, de nouvelles émeutes de banlieue. Besancenot appelle les jeunes à manifester mais ils
sont durement réprimés par la police. Le premier tour se passe et l’impossible se produit : au deuxième tour, on retrouve Marine face…à Besancenot ! Bon, je ne dirai pas qui gagne (parce que le livre le dit), histoire de ne pas déflorer votre plaisir. Ceci étant, les stratégies de ralliement sont extrêmement drôles. La crise de panique chez certains politiciens, aussi. Le passage de pouvoir entre Chirac et celui ou celle qui remporte les élections, à ne pas rater !

 

Bref, ce livre n’est qu’une fiction, bien menée et hilarante. Mais on rit jaune quand même : et si ça arrivait ? Nous sommes encore loin des 27 candidats, on peut déjà rayer de la liste Fabius et Kouchner (dont le regard est désormais tourné vers l’OMS), Tapie et les PRG se sont ralliés au PS pour récupérer des ministères. Par contre, il me semble peu probable que Chevènement n’en soit pas. Et je ne suis pas sûre qu’on ait pas droit à un candidat dissident du PS, genre Mélenchon. Ceci étant, si un mec du PS se présente en sus de Ségolène, perso, je le virerais du parti : s’il est pas foutu de respecter le vote des militants, c’est qu’il y a un sacré problème ! Quant à Chirac… Lui et sa dame nous refont le coup de la troisième candidature ! Si, si, si ! Ca fait frémir tout de même. Parce que, des fois, quand je suis les infos, je me dis : « merde, le bouquin n’a pas tapé si loin que ça ! ». Bon, pour l’heure, Le Pen est bon pied bon œil mais il est plus tout jeune, pépé…

 

Bref, ce livre est parfait pour rigoler un bon coup, c’est plus drôle que les Guignols. Il y a des scènes excellentes mais comme les plus drôles sont vers la fin, je peux pas vous
les raconter, sinon, je vous dévoilerai le nom du nouveau ou de la nouvelle Président(e). Mais quand même, ça fait un peu réfléchir. Pourrait-on se retrouver avec un 21 avril bis mais dans une configuration encore pire ? Parce que le livre explique comment on en arrive là, c’est pas juste une facétie d’écrivains. Outre l’émeute susmentionnée, il y a également un abstentionnisme massif des 30-45, les jeunes ayant tendance à voter plus facilement pour les extrêmes, tout comme les personnes âgées (mais ce ne sont, à priori, pas les mêmes extrêmes). Or en 2007, il y a une pluie de ponts ! Je n’oserai pas dire que les vacances passent avant des élections pour une majorité de gens mais je me dis que 4 scrutins en même pas deux mois, beaucoup vont sécher (et ça me navre, sachez-le). Et encore, Dieu merci, ils ont décalé les municipales à 2008 parce que là, ça aurait été l’hécatombe ! Bon, je vais pas m’emporter sur le sujet « putain mais
quelle idée de merde de foutre législatives et présidentielles à un mois d’intervalle », ce n’est point le sujet. Or quitte à faire impasse sur un scrutin, vous sécheriez le premier tour ou le second, le décisif ? Ben, le premier, évidemment ! Si vous saviez tous les gens impliqués dans le tissu syndical et associatif que je connaissais et qui n’ont pas voté le 21 avril 2002 (mais qui sont quand même allés manifester, on rêve…), ça montre que la mobilisation est nulle.

 

Un nouveau 21 avril est-il possible ? Techniquement oui, tout est toujours possible. Seulement, j’espère que le « Tsunami sur l’Elysée » restera une fable…

Appelez-moi madame la Présidente !

Cette semaine, je suis en villégiature chez mes parents. A tous les repas, on regarde les infos, ce qui peut parfois être particulièrement pénible. En effet, chaque info est commentée par mes parents et surtout ma mère et nous n’avons absolument pas les mêmes idées politiques. Donc pendant une demi-heure, je m’abîme dans le respect d’un silence absolu : tu ne donneras point ton opinion sous peine de grosse engueulade.
 
L’autre jour, nous dînions donc devant la grande messe télévisuelle, comme on dit, et là, petit reportage sur la déclaration de Ségolène Royal : « oui, j’envisage la possibilité de me présenter à la Présidentielle. » Intérieurement, je barre son nom de la liste des « personnes non-candidates à la Présidentielle » sur laquelle il ne reste plus grand monde. En 2002, avec 16 ou 17 candidats, on avait atteint un record. Si ça continue comme ça, en 2007, on en aura 43. Et là, le journaliste explique que certaines personnes, y compris dans le camp de Mme Royal, s’était amusé de cette candidature : « il vaudrait mieux qu’elle s’occupe de ses enfants ! ».
 
« Occupe-toi de tes enfants d’abord ! »
Mon sang n’a fait qu’un tour : on est au XXIe siècle et on en est encore là ! Bon, je ne suis pas particulièrement fan de Ségolène mais je pense qu’elle a plus de chance que tous les vieux dinosaures mitterrandiens du PS car je suis sûre que l’attaque vient de par là, j’ai même des noms qui me viennent spontanément mais je les tairai. Un peu de sang neuf ne fera pas de mal. De plus, les vieux dinosaures, plus ça va, plus on les croirait sortis de l’UMP. Je ne sais plus qui m’a dit l’autre jour (Gauthier, il me semble) : « On m’a demandé pour
qui je voterais si je devais choisir entre Fabius et Borloo. Je t’avoue que c’est un choix super difficile ! ».
 
Ce qui me dérange dans l’histoire, c’est que ce n’est pas tant la personnalité de Mme Royal qui dérange que son sexe. Est-ce si aberrant de penser qu’une femme politique de premier plan puisse se présenter aux Présidentielles ? En 2002, nous avons eu quatre candidates : l’inoxydable Arlette Laguiller, Corinne Lepage, Christine Boutin et Christiane Taubira. Je n’ai voté pour aucune d’entre elles même si Taubira avait un programme intéressant. Force est de constater qu’aucun grand parti n’a présenté de candidates. On me répondra : « Et Boutin, elle vient de l’UDF, quand même ! » Certes, mais ce n’était pas la candidate officielle du parti donc ça ne compte pas.
 
Il y a 61 ans, les femmes avaient pour la première fois le droit de glisser un bulletin dans l’urne. Révolutionnaire ? Si on regarde l’histoire des femmes en Europe, absolument pas, c’est même proprement catastrophique. La plupart des pays européens ont accordé le droit de vote avant la Première Guerre Mondiale ou à la sortie de celle-ci. Evidemment, chaque cas est unique. En France, nous avions peur que le vote des femmes soit le vote de l’Eglise. En suivant un cours de « sociologie des femmes », j’ai pu me rendre compte qu’on n’était pas
super bien loties en France, encore aujourd’hui.
 
Que des hommes politiques osent balancer ça à la figure d’une des leurs, franchement, ça me met hors de moi ! Que font les chiennes de garde ? Au lieu de lutter contre un bout de sein dans une pub quelconque, elle ne pourraient pas réagir sur ce sujet ? Sans doute que notre condition de femme n’est pas brillante en France car nos féministes préfèrent partir en croisade sur des sujets futiles plutôt que sur de vrais problèmes. Je ne me définis par particulièrement comme féministe : je m’en fiche de voir des femmes à poil dans des pubs, tant que c’est justifié, certaines pubs pseudo-sexistes me font rire. Là où je m’énerve, c’est quand on sous-entend que les femmes ne sont pas capables de faire la même chose que les hommes.
 
« Un femme présidente ? Mais qui ? »
Pourquoi une femme ne pourrait pas être Présidente ? Je me souviens, en 95, un journal avait demandé à des voyants ce qu’ils voyaient pour la Présidentielle imminente et les suivantes : ils nous avaient donc sortis Balladur en 95, Martine Aubry en 2000 (oui, ils avaient vu le quinquennat, quand même) et Bernard Tapie en 2005. Bon, ils se sont royalement trompés ! Mais ils avaient entrevu la possibilité d’une femme présidente. Quand je faisais de la radio, nous avions fait un micro-trottoir sur le sujet des femmes, précisément, et nous
avions posé la question : « quelle femme voyez-vous présidente de la République ? »  Bzzzzzzzz ! On entendait les mouches voler. Avec ma collègue, on s’attendait à ce que tout le monde réponde Martine Aubry, quelle erreur ! En réponse nous avons eu : « Edith Cresson », « Bernadette Chirac », « je ne sais pas ». A la question : « quelle femme a marqué le XXe siècle ? », nous avons eu : « ma mère », « ma grand-mère », « Madonna ». J’ai failli embrasser la
personne qui a répondu : « Marie Curie ».
 
En France, nous sommes en retard dans le domaine de la condition féminine et on cherche parfois même à régresser : de temps en temps, des Ministres inspirés décident qu’on dit un Ministre, même quand ça a des seins. Il faudrait donc dire : « Madame LE ministre ». Mais bien sûr ! Au Québec, lieu merveilleux s’il en est, on ne dit pas auteur mais auteure, on ne dit pas écrivain mais écrivaine… Là-bas, tous les noms sont féminisées car on peut très bien avoir un vagin et être Ministre, voire même Premier Ministre, fonction suprême chez eux
(bon, d’accord, leur Première Ministre, elle a duré trois mois, mais bon…). En France, vous dites : « Je suis une femme, je veux être Présidente », on vous répond : « et tes gosses, connasse ! ».
 
Une femme Présidente, pourquoi pas ? Bien sûr, je ne voterai jamais pour une candidate uniquement parce que c’est une femme. Avec une connerie pareille, je pourrais me retrouver à voter pour Marine Le Pen, hors de question. Je ne vote pas tant pour un individu que pour un programme. Je ne milite pas pour qu’une femme puisse être Présidente. Juste pour qu’une femme issue d’un grand parti puisse se présenter sans essuyer le moindre quolibet. Et là, ce n’est pas gagné.