Les grands raccourcis de ceux qui refont l’histoire

Pour ceux qui ne suivraient pas l’actu genre qui ont vécu six mois dans une grotte et qui décident de se reconnecter au monde en passant par mon blog (quelle idée!), je vous fais un résumé : hier ont débuté les JO de Pékin. Oh ah ! Du coup, ça anime les dîners en ville. Pour une fois, on ne parle pas médailles qu’on va forcément gagner vu qu’en France, on est toujours très forts pour gagner des médailles avant de jouer mais bien situation en Chine avec la répression du peuple tibétain. Si vous voulez faire vos malins, parlez aussi de la répressions des peuples ouïghours et mongols.

 

Evidemment, la Chine inquiète et on ne peut pas se dire que la répression des minorités, bof, c’est pas grave. Alors à force d’émotion, on dégaine une super analogie que les gens adorent : « Pékin 2008, c’est comme les JO de Berlin en 36 ». C’est ce qu’on appelle un point Godwin et en ce moment, on s’y vautre avec délectation et en plus, on croit avoir raison. N’importe qui lisant des journaux un peu plus détaillés que 20 minutes peut découvrir des tas des choses sur la Chine, son histoire, sa politique actuelle, la plupart des news mags ont fait un dossier sur le sujet. On découvre que la Chine n’est pas expansionniste et ne l’a jamais été  et sa politique de répression est guidée par un désir de sauvegarde de l’intégrité de son territoire et son unicité, ce qui est le cas depuis à peu près toujours. En Chine, il n’est pas question de pureté de la race surtout que sur un territoire aussi vaste, je me demande bien comment on pourrait définir un Chinois pur. Bref, je m’étale pas non plus mais il suffit de se pencher quelques minutes sur le sujet pour constater que la Chine 2008 et l’Allemagne 1936 n’ont pas grand chose à voir. Tant qu’à faire une comparaison foireuse, pensons aussi aux JO de Moscou en 80, y a au moins le facteur commun du communisme (bien que le communisme russe de 80 et celui chinois d’aujourd’hui ne sont pas vraiment des frères jumeaux)

On peut s’inquiéter de ce qu’il se passe en Chine, c’est même légitime. Mais pourquoi il faut toujours qu’on agite les chiffons rouges du nazisme systématiquement ? Y compris dans les médias, d’ailleurs. Ca m’exaspère toujours les dramatisations à outrance et hors de propos alors que la réalité fournit déjà suffisamment d’arguments pour s’indigner de ce qu’il se passe en Chine. Je parle de la Chine puisque c’est le sujet du moment (parlera-t-on encore du Tibet dans 6 mois ?) mais de façon générale, on en revient toujours au nazisme, à Hitler et à la Shoah. Pour des choses graves et pour d’autres moins. Beaucoup moins. Et ça a tendance à légèrement m’énerver. Oui, il faut tirer les leçons de l’Histoire mais faut garder certaines mesures. Les amalgames en tout genre ne sont pas des leçons de l’Histoire, c’est soit de l’inculture, soit la volonté d’effrayer les foules. Je me souviens, en 2002, deuxième tour des élections présidentielles, comme on a aimé reparler de 33 : « Hitler aussi a été élu démocratiquement ». 6 ans après, on se rend bien compte à quel point le FN est près de prendre le pouvoir…

Bref, je pense que la situation en Chine est suffisamment complexe et préoccupante aujourd’hui sans qu’on ait en plus besoin de rajouter dans le pathos. Parce que oui, je trouve que rappeler, la larmouillette à l’œil, ce qu’il s’est passé lors de la 2e Guerre Mondiale, c’est du pathos. Surtout que depuis, des génocides, on en a eu un énorme paquet, y compris en Europe (la Bosnie, c’est en Europe). Alors arrêtons un peu de reparler d’Hitler n’importe quand et comment, tout ça n’a rien à voir. Pourquoi ne pas plutôt lire les articles
approfondis sur la Chine pour avoir de vrais arguments ? De toute façon, je ne vois pas bien qui nous contredira quand on parlera du non respect de la liberté d’expression ou de la répression policière dans la région du Tibet, pas la peine d’en rajouter.

Politique fiction

J’ai trouvé récemment dans une librairie un livre fort sympathique qui suscite forcément un article. Non parce que je fais pas que regarder la télé, je lis beaucoup mais j’en parle
pas forcément. Mais là, ce livre très drôle m’a donné envie de saisir mon clavier et de vous en parler. Toi aussi, cultive-toi, lecteur !
Tsunami-Sur-L-elysee

Bon, de quel livre je parle ? De « Tsunami sur l’Elysée », de Dominique Ambiel et Antoine Rault. L’histoire est simple : c’est celle des élections de 2007, les présidentielles (pour les trois du fond qui seraient pas au courant, des fois qu’ils sortent du coma). Le scénario est simple : les candidatures se multiplient, tant à gauche qu’à droite. En vrac : Chirac, Sarko, Hollande (secondé par Ségolène, le livre est sorti en juin), Fabius, Kouchner, Tapie, Bayrou, Arlette, Besancenot, Marine Le Pen (papa ayant fait un malaise cardiaque en direct à la télé et ne pouvant plus dès lors se présenter)… Bref, à l’arrivée, ils sont 27. Puis 26 puisque Chevènement jette l’éponge. Donc, dans la première partie, le livre nous présente les principaux candidats et ce qui leur passe par la tête. Chirac veut emmerder Sarko, Fabius et Kouchner veulent jouer leur carte, Hollande est poussé par le parti après une attaque cérébrale de Jospin, devenu bégayant, Marine remplace papa, Arlette et Besancenot défendent leur cause… Bien sûr, tout ceci n’est qu’une fiction mais c’est tellement bien fait que, parfois, on a limite l’impression que les deux auteurs ont repris des confidences de ces candidats.

 

La campagne se déroule bon an mal an jusqu’au drame : à quelques jours des élections, de nouvelles émeutes de banlieue. Besancenot appelle les jeunes à manifester mais ils
sont durement réprimés par la police. Le premier tour se passe et l’impossible se produit : au deuxième tour, on retrouve Marine face…à Besancenot ! Bon, je ne dirai pas qui gagne (parce que le livre le dit), histoire de ne pas déflorer votre plaisir. Ceci étant, les stratégies de ralliement sont extrêmement drôles. La crise de panique chez certains politiciens, aussi. Le passage de pouvoir entre Chirac et celui ou celle qui remporte les élections, à ne pas rater !

 

Bref, ce livre n’est qu’une fiction, bien menée et hilarante. Mais on rit jaune quand même : et si ça arrivait ? Nous sommes encore loin des 27 candidats, on peut déjà rayer de la liste Fabius et Kouchner (dont le regard est désormais tourné vers l’OMS), Tapie et les PRG se sont ralliés au PS pour récupérer des ministères. Par contre, il me semble peu probable que Chevènement n’en soit pas. Et je ne suis pas sûre qu’on ait pas droit à un candidat dissident du PS, genre Mélenchon. Ceci étant, si un mec du PS se présente en sus de Ségolène, perso, je le virerais du parti : s’il est pas foutu de respecter le vote des militants, c’est qu’il y a un sacré problème ! Quant à Chirac… Lui et sa dame nous refont le coup de la troisième candidature ! Si, si, si ! Ca fait frémir tout de même. Parce que, des fois, quand je suis les infos, je me dis : « merde, le bouquin n’a pas tapé si loin que ça ! ». Bon, pour l’heure, Le Pen est bon pied bon œil mais il est plus tout jeune, pépé…

 

Bref, ce livre est parfait pour rigoler un bon coup, c’est plus drôle que les Guignols. Il y a des scènes excellentes mais comme les plus drôles sont vers la fin, je peux pas vous
les raconter, sinon, je vous dévoilerai le nom du nouveau ou de la nouvelle Président(e). Mais quand même, ça fait un peu réfléchir. Pourrait-on se retrouver avec un 21 avril bis mais dans une configuration encore pire ? Parce que le livre explique comment on en arrive là, c’est pas juste une facétie d’écrivains. Outre l’émeute susmentionnée, il y a également un abstentionnisme massif des 30-45, les jeunes ayant tendance à voter plus facilement pour les extrêmes, tout comme les personnes âgées (mais ce ne sont, à priori, pas les mêmes extrêmes). Or en 2007, il y a une pluie de ponts ! Je n’oserai pas dire que les vacances passent avant des élections pour une majorité de gens mais je me dis que 4 scrutins en même pas deux mois, beaucoup vont sécher (et ça me navre, sachez-le). Et encore, Dieu merci, ils ont décalé les municipales à 2008 parce que là, ça aurait été l’hécatombe ! Bon, je vais pas m’emporter sur le sujet « putain mais
quelle idée de merde de foutre législatives et présidentielles à un mois d’intervalle », ce n’est point le sujet. Or quitte à faire impasse sur un scrutin, vous sécheriez le premier tour ou le second, le décisif ? Ben, le premier, évidemment ! Si vous saviez tous les gens impliqués dans le tissu syndical et associatif que je connaissais et qui n’ont pas voté le 21 avril 2002 (mais qui sont quand même allés manifester, on rêve…), ça montre que la mobilisation est nulle.

 

Un nouveau 21 avril est-il possible ? Techniquement oui, tout est toujours possible. Seulement, j’espère que le « Tsunami sur l’Elysée » restera une fable…