Citoyens vs citoyens : votants vs absentionnistes

Depuis deux ou trois jours, je suis gênée aux entournures. Sur mon fil Twitter est en train de se mettre en place un affrontement, une guerre ou le mépris et la condescendance sont les armes des uns et des autres, ou l’on se traite de cons parce qu’on est pas d’accord… Heu… Y  a que moi que ça gêne ce grand affrontement de citoyens, votants contre abstentionnistes, parce que l’heure est grave ?

affrontement

Dimanche, je suis allée voter, j’ai souri devant la petite fille qui montrait crânement son école à son papa, me disant que les élections, c’est quand même trop la fête pour les petits élèves de l’école qui nous accueille pour notre devoir citoyen. C’est vrai, on va à l’école mais c’est pas pareil, y a pas la maîtresse, on est un peu le maître des lieux. Je n’ai rien posté sur Twitter quant au fait que j’étais allée appuyer sur un bouton pour filer ma voix, je trouve ça tellement incongru. Le soir, les résultats puis hier, des tribunes de ceux qui ont choisi de s’abstenir, vivement vilipendés par ceux qui sont allés faire leur devoir. Inconscient, tu votes pas et à cause de toi, on a le FN, bravo le veau ! T’as pas voté ? Alors ferme ta gueule, tu as perdu le droit de l’ouvrir. Et là, je ne vous cache pas que je suis très mal à l’aise.

Séduire les abstentionnistes, version anti communiste

Balayons rapidement le premier argument : non, l’abstention ne fait pas élire le FN. On a beau essayer de se rassurer : le nombre de voix attribuées au FN augmente bel et bien donc ce n’est pas à cause de ceux qui ne sont pas allés voter qu’ils ont gagné plus de voix. Si le FN progresse, c’est sans doute parce que la politique française se limite beaucoup trop à un “votez pour nous parce que sinon, FN !”. Mais j’en ai ras le cul de “voter contre”, moi. Je veux voter pour un projet de société auquel je crois, des valeurs, un programme concret. “Beurk le FN” n’est pas un programme, c’est pas ça qui va nous aider dans nos régions (nos départements ou au niveau de l’Europe, faut sortir de cette rhétorique de merde). On peut s’amuser à distribuer les points : les campagnes qui tournent trop autour de la sécurité alors que ce n’est pas lié à la région, le nom de Marine Le Pen sur toutes les lèvres, dans tous les journaux. Forcément que des gens y voient la seule alternative, c’est la seule de réellement visible. Après, faudra se pencher plus sur le pourquoi du comment du vote FN comme je disais hier mais je suis désolée, ce n’est pas la faute des abstentionnistes.

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Arrivons maintenant à l’argument de fermer sa gueule. Il est vrai qu’il est possible d’aller voter sans donner sa voix à un candidat, le vote blanc bénéficie désormais d’une légère reconnaissance, il est séparé des bulletins nuls. D’ailleurs, dimanche, je voterai blanc parce que j’en ai marre de laisser faire parce que “sinon, c’est Le Pen”. Non, Le Pen est la fille de la crise et faudrait peut-être voir à réellement se pencher la question plutôt que de continuer une politique d’austérité qui n’a jamais apporté de résultats. Personne n’aura ma voix parce que je ne veux plus cautionner une politique qui me révulse. Ah oui, les régionales, c’est pas un vote national… Pourtant, si j’en crois les politiques et les analystes politiques, cette élection est une “sanction” contre le gouvernement, un plébiscite pour le FN, blablabla… Tout à fait local, donc, bien sûr. Mais revenons en aux abstentionnistes que je classerai en trois catégories : ceux qui ne pouvaient pas venir pour cause de santé ou d’absence (je connais personne dans ma ville, faire une procuration devient donc soudain plus compliqué), ceux qui s’en battent les steaks et les 3e, ceux qui se sont abstenus volontairement car ils estiment n’être plus dupes du cirque politique. Je vais abandonner les 2 premiers pour me concentrer sur ceux là.

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Dès lundi, ces gens se sont exprimés et en ont pris plein la gueule. Je ne suis pas forcément une grande supportrice de l’abstention, je m’étais déjà exprimée dessus il y a quelques années et quitte à faire un gros doigt à nos politiques adorés, je préfère le faire sans ambiguïté en votant blanc. Mais… En fait, je suis mal à l’aise parce que je comprends leurs arguments et ce sont les mêmes que les miens pour voter blanc. La différence entre nous ? Pas grand chose. Déjà, essayez de trouver le pourcentage de votes blancs au premier tour, c’est un exercice très parlant (2,4% selon Wikipedia). Même si je viens dire merde en personne, on ne compte les résultats que sur les suffrages exprimés donc pas le mien. Alors je voudrais pas relancer le débat pour une meilleure reconnaissance du vote blanc (enfin, si, mais c’est pas le sujet) mais au fond, j’ai la sensation aiguë que mon vote blanc et l’abstention “militante” sont les deux avatars d’un même message “arrêtez de nous prendre pour des lapereaux, bordel !” Mais du coup, pourquoi adjoindre à ces personnes de ne pas ouvrir leur mouille s’ils ont des choses à dire. J’ai lu quelques articles écrits par des abstentionnistes expliquant le pourquoi du comment. Certains étaient très maladroits, d’autres mieux ficelés. Tous accueillis dans une grande agressivité. Je ne me joindrai pas aux voix qui gueulent contre ceux qui seraient censés paver le chemin du FN : de un, c’est faux et de deux, qui suis-je pour ordonner aux adultes de faire ci ou ça. Chacun sa conscience.

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Mais surtout, je suis inquiète de voir qu’on se fout sur la gueule entre citoyens, agacés, lassés, dépités, voire même un peu désespérés, tandis qu’au-dessus, ceux qui nous gouvernent continuent à distribuer de la petite phrase qui fait mouche (ou pas), se bagarrer pour des broutilles, en oubliant justement ceux qui leur ont permis de faire leurs importants sur les plateaux télé. Aujourd’hui plus que jamais, je ressens une fracture, une séparation de plus en plus nette de la société civile vs nos chers politiques. Et, ça, ça me rend folle, bien plus que ceux qui ont décidé, dimanche, de ne pas aller voter.

PS : Oui, j’ai bien fait exprès de choisir des images de propagande anti communistes parce que, voyez vous, rien ne change…

Ce dimanche, je vais voter pour François Hollande parce que…

Par So Long

[Aujourd’hui, on accueille So Long qui tint un blog dans le temps donc si son pseudo ne vous est pas inconnu, c’est normal]

La campagne des Primaires Citoyennes touche à sa fin, ce dimanche certains d’entre nous iront voter en ayant la sensation que le destin de la France se joue au creux d’une urne. Ce dimanche, j’irai voter, et je voterai pour François Hollande.


Je voulais m’investir dans la campagne et me battre au côté d’un homme en lequel je crois, profondément, viscéralement. Je voulais participer, débattre, et enfin apporter ma pierre à l’édifice. Des raisons amicales ont fait que je me suis effacée au moment où j’aurais dû prendre la main. Je ne le regrette pas, mon vote n’en aura pas moins de valeur et je continue de seriner mon entourage avec mes longues explications sur la nécessité de voter aux primaires. Même si on n’est pas socialiste. Même si on n’est pas totalement de gauche. Même si on ne sait pas trop qui choisir. Après tout, un vote blanc est également possible… Je ne le fais pas par militantisme. Je n’ai pas l’âme d’une militante, je le fais par convictions. Militer et convaincre sont en réalité deux choses bien distinctes… subtilement différentes mais c’est cette subtilité qui me plait.

J’étais militante en 2007. J’ai passé des journées entières dans les rues à la rencontre des gens pour leur expliquer que Ségolène Royal était la bonne alternative. J’ai cru en cette campagne. Je l’ai portée dans ma chair. Comme beaucoup d’autres. La campagne de 2007 était instinctive, on l’avait dans nos tripes. C’est la raison pour laquelle les gens haïssent tellement Ségolène Royal aujourd’hui. Contrairement à nombre de mes camarades de l’époque, je ne la déteste pas, je ne la trouve pas idiote, nulle et incompétente. Je pense qu’elle reste une femme de qualités, une femme debout comme elle le dit… et que ses maladresses, bourdes et autres saillies mal venues ne seraient pas interprétées de la même façon si elle n’avait pas perdu à l’époque. Je me revois à Solférino le soir du second tour. On savait déjà depuis plusieurs heures qu’elle ne passerait pas. On cachait nos larmes aux caméras pour que le monde continue de croire à la cérémonie de 20h pétantes. Mais on savait, dès 17h. C’était d’ailleurs Christiane Taubira qui était venue nous l’annoncer. Et les heures qui ont suivies, on n’attendait qu’une seule chose, que son dernier discours nous prenne aux tripes. Encore. Ce qu’elle a fait. Quiconque était présent ce soir là quand elle est apparue au balcon pour prendre la parole ne pourra nier qu’elle a su distiller une espérance sans précédent. Et pourtant, je n’étais pas royalienne à la base. J’étais aux Jeunes Socialistes Révolutionnaires (une mouvance pro-Montebourg)… c’est dire si je n’étais pas Royalienne. Mais ce soir là, je croyais en cette femme. La haine qu’elle provoque aujourd’hui est à la mesure de la ferveur qu’elle a suscitée. Et à la mesure de l’horreur que nous vivons depuis près de 5 années maintenant.

Pourquoi cet intermède sur 2007 alors que je dois vous parler de ce dimanche ? Parce que cette campagne à l’époque était une sorte de combat de boxe, de marathon… c’était physique, intense. C’était primaire. C’était beau aussi quelque part. Mais ça a été notre échec. Le simple fait qu’on soit face à un homme et une femme ne pouvait pas rendre la campagne très différente. Elle renvoyait à l’instinct le plus primitif.

Cette année, je suis bien plus vieille. C’est ma seconde campagne présidentielle en tant qu’électrice. Cette année je ne veux pas d’une campagne primitive. Je veux une campagne digne, intelligente, optimiste. La campagne de François Hollande est tout cela à la fois. Parce qu’on est face à un homme digne, intelligent, optimiste. Parce qu’on est face à un homme qui saura redonner une dignité à la France. Ce n’est pas rien… cette dignité, on l’a perdue depuis bien longtemps. On l’a perdue en 2002. Donc je n’irai même pas accuser Sarkozy… j’accuse seulement les Français. C’est moche, mais c’est ainsi. Et cette année pour la campagne, je ne veux pas faire reposer mon vote sur mes tripes, je veux que mon vote soit celui qu’il devrait être pour chacun, je veux avoir foi en mon candidat, je veux que ce soit le signe d’une confiance mesurée, je veux que ma souveraineté soit remise entre les mains de quelqu’un qui saura la défendre, qui saura en faire une valeur noble.

Ce dimanche, je voterai François Hollande parce que je retrouve dans son discours une cohérence qui me correspond, une intelligence qui me parle, une distinction qui me plait. Ce dimanche, je voterai François Hollande parce qu’il est le seul qui m’apparaît capable d’œuvrer pour le bien commun. Parce qu’il est le seul qui sait vraiment rassembler. Parce qu’il est optimiste. Parce qu’il pense que la jeunesse est un bien précieux et qu’elle doit être traitée avec les égards qu’elle mérite. Ce dimanche, je voterai François Hollande parce qu’il sait faire de la politique avec noblesse et qu’il me redonne foi en ce que je fais, au quotidien : travailler à la rénovation des liens entre l’Etat et les citoyens.

Hier, je suis allée voter

Je me suis demandée comment traiter du sujet, à savoir celui des Européennes et surtout celui de l’abstention record. Car hier, quand j’ai vu que 60% des Français n’avaient pas daigné lever leur cul de leur canapé pour aller poser un papier dans une boîte, j’ai eu honte, mais vraiment. Evidemment, remis à l’échelle de l’Europe où l’abstention était à 56%, on relativise, on se dit qu’on est juste un petit peu pire que les autres.


En premier lieu, j’ai envisagé un article agressif à base de « vous me gonflez à ne pas voter, surtout que moins vous votez, plus vous gueulez pour tout et rien ». Parce que ça, les abstentionnistes sont généralement forts en gueule. En 2002, j’étais au Mirail, la super fac extrémiste (de gauche) qui manifeste au moindre pet odorant de la Présidence. Le lendemain du 1er tour où on se retrouvait avec un Chirac- Le Pen, évidemment, tout le monde était motivé pour manifester et péter des dents. Sauf que la plupart de ces gens hyper engagés n’avaient même pas voté au premier tour parce que bon, il faisait beau, tu comprends… Non, je ne comprends pas, un bureau de vote est ouvert entre 10 et 12h, selon où l’on vit. Hier, j’ai pris une heure de mon temps pour aller voter (parce que j’ai pas dit à la mairie que j’avais déménagé et j’habite à 25 mn à pieds du bureau de vote) alors que j’avais autre chose à faire mais je l’ai fait. Parce que l’Europe, c’est bien plus important que ce qu’on nous dit dans les journaux. L’Europe, c’est ce qui peut rendre caduque certaines de nos lois comme par exemple la fameuse loi Hadopi que tout le monde a conspué derrière son écran (mais personne n’est pas allé manifester en vrai, faut pas déconner). On est aujourd’hui trop engagé dans l’Europe pour la négliger mais il faut se battre pour ne pas laisser l’Europe se faire sans nous. Je vous rappelle à tout hasard que dans la constitution qui n’a pas été ratifiée, il était question d’inscrire la culture judéo-chrétienne de l’Europe. Perso, ça me fait mal à ma laïcité.



Hier, j’ai eu une idée qui, je suis sûre, va faire hurler dans les chaumières mais je ne peux m’empêcher de la partager. Je propose qu’une personne qui ne vote pas durant trois élections d’affilée soit rayée des listes électorales. Hou, ça agace hein ? Mais attendez un peu avant de râler. Voter est aussi un devoir et pourtant, c’est le seul devoir qui n’est pas sanctionné s’il n’est pas suivi.  Si vous ne respectez pas la limitation de vitesse, paf amende. Si vous ne payez pas vos impôts, paf, majoration (faut que je le fasse !). Si tu ne votes pas… ben rien. Alors qu’en Belgique, si tu sautes trois élections sans une bonne raison, tu te prends une amende, en France, rien de rien, même pas les gros yeux. Alors si les gens ne prennent pas leur droit de vote, autant le leur enlever. Extrémiste ? Oui bien sûr mais peut-être que si le droit de vote est menacé, on va un peu plus se mobiliser.



Alors j’entends déjà la litanie de bonnes excuses. Que je pouvais pas aller voter pour ci ou pour ça. Evidemment, sur les 60% d’abstentionnistes, on peut considérer que 2 à 5% n’ont pas pu voter malgré eux (genre ils sont morts dans le week-end, ils ont été coincés dans les bouchons et n’ont pas pu rentrer avant la fermeture du bureau de votes (genre mes parents qui sont arrivés à 18h30, ça fermait à 18h). Mais bon, on ne peut pas penser sérieusement que plus d’un citoyen français sur deux a eu un empêchement. La plupart d’entre eux ont préféré ne pas quitter leur canapé et regarder le Grand Prix et Roland Garros plutôt que de voter. Je ne sortirai pas les grands discours à base de « nos ancêtres se sont battus pour ça » ou « y a 65 ans, les femmes ne pouvaient même pas voter, tu y penses ? ». Non, au fond, l’argument larmoyant, ça m’épuise. Certains me diront qu’il vaut mieux parfois ne pas voter que voter n’importe quoi et que si le vote blanc était vraiment reconnu, ils iraient voter. Sur ce dernier point, je doute fort mais alors fort. Et je ne parlerai même pas des adeptes du « élections piège à con » parce que passé un certain âge, je trouve ça assez ridicule. Surtout que j’en vois qui sont très fiers de ne pas voter et qui tâcle Sarko et ses amis à longueur de journée. On t’avait laissé le choix entre lui et une autre à l’époque, tu l’as pas pris alors maintenant, ferme ta gueule. Mais comme dirait Martin Vidberg : « on n’a pas voté mais on râlera quand même ». Sacrés Français.


Maintenant, je laisse aux politiques le soin de dire que tout ça, c’est la faute aux journalistes qui n’ont pas couverts la campagne comme il faut alors que ce sont eux qui ont fait des élections européennes une occasion de se débarrasser des ministres boulets (ciao Rachida !) ou un vote sanction du gouvernement (aucun rapport, merci Martine). Enfin, je terminerai juste par cette réflexion : l’UMP a « gagné » les élections. Comment peut-on gagner une élection où plus d’un citoyen français n’a pas voté ? Surtout quand on sait que Sarko a été président de l’UE il y a moins d’un an. Sa présidence ne nous a pas rendu l’Europe plus proche et moi, j’appelle ça un échec.


Pour finir, un petit lien vers Camille de Rue 89 qui, j’espère, fera taire les chantres de la bonne excuse. Parce que quand on veut vraiment voter, on se bouge le cul.