Courrier des lecteurs : réponse à Laure

Cette semaine, Laure nous a soumis la question suivante : « Ma question : je sors avec un mec depuis quelques mois et je l’aime mais il m’a trompée plusieurs fois et je sais pas quoi faire. Je lui ai promis de ne pas le tromper mais je l’aime, je veux pas le quitter ! Au
secours! 
»



La cellule Love and sex des vingtenaires (feat Enzo) s’est pris la tête sur cet épineux problème et voici ce qu’on en pense.

Marine : Nan mais ça va pas bien, oui?
Comment faire reculer la condition de la femme en deux secondes : lui il peut me tromper parce que je l’aime trop pour le quitter, mais moi je lui ai promis de pas le tromper… Sache que les femmes serpillères n’ont jamais fait et ne feront jamais rêver les hommes. Comment dire ça autrement : tu es une roue de secours pour lui. Il reviendra toujours vers toi, c’est vrai, car tu es flatteuse pour lui : tu es à ses pieds et tu bronches pas. Il te garde pour le moment faute de mieux mais il te jettera sans ménagement dès qu’il trouvera une nana qu’il aura pas envie de tromper/qui lui tiendra tête un minibout. De deux choses l’une : ou tu as un minimum d’amour propre et tu mets fin à ça tout de suite (même si c’est dur, même si tu pleures, même si blablabla… les larmes ne feront qu’être plus nombreuses si tu t’enlises là-dedans), ou bien tu lui proposes un couple libre. En en assumant les conséquences. Il ira voir ailleurs, tu iras voir ailleurs si
l’envie t’en prend, vous ne vous rendrez pas de comptes là-dessus et vous construirez une harmonie de la sorte. Est-ce faisable/viable? J’en sais rien. Mais de toutes façons, ne te leurre pas: s’il t’a déjà trompée, plusieurs fois de surcroît, et qu’en plus tu t’écrases, il n’y a aucune raison a priori pour qu’il ne récidive pas, et peu de chances qu’il t’aime de la façon dont toi tu l’aimes. C’est une relation déséquilibrée et le déséquilibre crée l’échec.

Bobby : « je lui ai promis de pas le tromper mais je l’aime » > Bon, déjà, ça me parait un peu confus. On va mettre ça sur le compte d’un
trouble profond causé par les élans de curiosité passagère de monsieur. Pour ma part, c’est NON. Dans un couple, on est DEUX, pas deux plus quelques extras. Si on met sur la table dès le début qu’on peut aller voir ailleurs, ok, on peut même décider ensemble de ne
pas se le dire et que si on le fait c’est pas la fin du monde. Perso, c’est pas mon truc, mais pourquoi pas. J’ai du mal avec le « oui mais tu comprends avec toi y a des sentiments alors qu’avec elle c’est juste sexuel ».
Pour moi si on est en couple, on fonctionne à deux, comme une machine à deux rouages, et si il a besoin d’aller voir ailleurs, c’est que la machine ne fonctionne pas. Je dis pas qu’il faut casser la machine et rompre aussitôt, surtout si tu l’aimes, ça sert à rien d’être aussi expéditive. Par contre, comme toute machine, un couple, ça se répare. On se dit les choses avec franchise, avec sympathie, avec complicité. Si y a une incompréhension vraiment trop forte, ben oui, dans ce cas, change de mec. Il est peut être pas assez mûr, il a peut être pas assez essayé de partenaires sexuels dans sa vie, il cherche de l’expérience, ou bien tu l’attires pas assez, et dans ce cas il a rien à faire avec toi.
En tout cas, l’idée de le tromper par vengeance me parait pas très appropriée ni très digne. (vous devez me trouver réac’ mais en ce moment je me fais draguer que par des mecs en couples et y a rien de tel pour me saouler)

Bastien : La première question que nous nous poserions, nous, humble rédacteurs, a la lecture de ta requête serait « tu veux donc savoir si on te conseille de le larguer ou de rester avec malgré les à cotés ». Et bien non, ça n’est pas apparemment le conseil demandé vue que la réponse se trouve dans la question initiale, je cite « je veux pas le quitter ! ».
Dans ce cas analysons les autres alternatives:
-Le priver de sexe: est ce bien tenable ?
-Le priver de copains: pour se retrouver célibataire il n’y a pas mieux.
-Ne plus s’épiler, se maquiller, se laver pendant une période indéterminée: ce serait le pousser encore plus au crime.
-Un violent coup de genou dans les couilles: ça soulage mais je ne te le conseille pas, par empathie masculine.

Sans vouloir faire mon récurent, pourquoi cette notion de fidélité au coeur du couple ? S’il a des sentiments pour toi et qu’il couche -également- avec toi tout n’est il pas bon ? Si en plus on ajoute les violons à la mode « je ne veux que son bonheur » alors amen, il a tout compris ! Pour finir je préciserais que n’étant ni en couple ni adepte de la fidélité je ne peux pas trop te conseiller. Je serais même du genre a imiter ton bonhomme donc mes conseils te seront bien peu utiles…

Lucas : Pour moi ya pas photo et la réponse sera simplissime. une nana qui me trompe je préfère mettre fin à la relation même si ça va être dur et que je vais en chier.

Voili,voilou. Je ne crois pas avoir besoin de développer.

Tatiana : Nan mais c’est quoi ce mec « fais ce que je dis mais pas ce que je fais ». Avant de répondre faut juste que je m’énerve 2 secondes sur le monsieur que s’il me lit j’ai envie de lui dire que c’est qu’un gros con égoïste. Pour lui c’est rassurant d’être avec toi car il a bien compris que de toute façon tu n’es pas prête de le quitter peu importe ce qu’il te fera endurer. Donc  comme certaines personnes qui n’aiment ps rester seules, il préfère rester avec toi mais c’est une très mauvaise raison et c’est très égoiste de sa part car il ne pense pas à ton bonheur. Tu mérites quelqu’un qui ne te trompe pas à tout bout de champs, nan ?

Après effectivement si toi tu conçois la possibilité d’un couple libre alors c’est peut être ta solution. Mais il n’a pas à t’imposer quoi que ce soit si lui il ne suit pas les mêmes règles.

Jane : Ceci est une réponse à haute teneur en girl power. Comment dire ça poliment: CASSE TOI? Non mais faut vraiment qu’on le dise pour que tu le réalises? Amour propre, tu connais? « Non mais c’est toi que j’aime, même si je vais voir ailleurs, tu m’attends et tu bouges pas… » Et en attendant, si tu veux bien faire le repassage… Donc on se reprend en main, on fait un sourire, on le traite d’abruti fini incapable de penser autrement qu’avec sa b***, on tourne les talons la tête haute, et on lui souhaite de trouver le bonheur
avec ses autres poulettes. Et on attend d’être hors de vue pour s’effondrer. En n’oubliant pas qu’on se remet d’un chagrin d’amour. mais que l’amour propre, c’est plus dur à récupérer une fois qu’il a été bien piétiné!

Summer : Moi aussi tu m’aimes bien lectrice je suis sûre, alors je voudrais 100 balles et un mars! Comment ça non? Pff je suis déçue tu ne m’aimes pas tant que ça alors.
C’est grosso merdouille le genre de réponse que tu penses qu’il te fera quand tu lui diras stop, et là que dire si ce n’est que manifestement c’est lui qui ne t’aime pas tant que ça puisqu’il se permet d’aller voir ailleurs. La vérité c’est que quand tu lui diras stop, il n’aura peut être même pas de réaction, il ira voir la suivante tout simplement. Sans vouloir te donner une leçon que tu connais déjà sinon tu ne poserais pas la question, j’aimerais juste que tu réfléchisse sur l’éventualité d’un quelconque avenir avec lui. Te sens tu prête à être un numéro sur la liste de toutes celles qu’il doit honorer?

Enzo : Si j’étais joueur, je dirais que je ne vois pas où se situe le problème vu la manière dont tu évoques ton cas… Mais ce serait un peu
(très) méchant ! Tu ne sais pas quoi faire ? Selon la manière dont tu exposes le problème, tu n’as qu’une solution : rester avec lui !
Je t’aurai bien conseiller de le quitter vu que la situation dans laquelle tu es semble te faire du mal (mais que tu acceptes par ton manque de réaction). Mais « tu ne veux pas le quitter ». Comme il n’y a strictement aucune raison qu’il change (à part une castration accidentelle), ton problème semble insoluble si tu ne veux pas accepter la solution finale. Et puis c’est quoi cette histoire de pas le tromper alors que lui le fait ?! Une demande de sa part (ce qui montrerai qu’il a encore moins de respect pour toi alors qu’il ne semble pas en avoir énormément déjà) ou une envie masochiste de ta part ?
Bref, c’est le serpent qui se mord la queue :
– il me fait du mal, que dois-je faire ?
– défend-toi et/ou quitte-le
– mais je l’aime, je ne peux pas !
– ben te défend pas et ne le quitte pas alors !
– mais il me fait du mal, que dois-je faire ? Etc etc etc

Nina : Je crois que tu souffres de ce qu’on appelle communément du syndrome de bonne poire. Alors déjà, je ne comprends pas pourquoi tu t’es engagée à être fidèle et pas lui. Tu es la reine du harem? Dans un couple, les règles du jeu doivent être les mêmes pour tout le monde, question d’équilibre.

Alors,maintenant, je vais être franche : si la situation te fait souffrir, faudrait peut-être commencer par lui dire au monsieur. Si à partir de là, il n’est pas capable de faire ce que tu lui demandes, c’est qu’il ne te respecte pas. Et un mec qui ne respecte pas sa copine ne la mérite pas, c’est mathématique. Alors j’entends déjà le « mais je l’ai-meuhhhh! ». Je te répondrai : « commence par t’aimer toi et plaque ce boulet, tu ne t’en sentiras que mieux ».

Enfin, l’idée du tromper pour se venger, je pense pas que ça arrange quoi que ce soit puisqu’à l’heure actuelle, sans vouloir être méchante, je pense que ce garçon ne t’aime pas.

Si tu as une question love and sex et que tu as besoin de nos lumières, surtout, n’hésite pas, nos clavier frétillent à l’idée de te répondre

Petit problème de langue

Par Diane

Aujourd’hui, dans le cadre de l’éternel débat antithétique homme/femme: nous pas pareils, je voudrais causer d’un problème particulier qui au fait est à la base de beaucoup de conflits inter-genres: le langage.
Sans me lancer dans une grande loghorrée métaphysico-linguistique,  il suffit de se munir d’un minimum d’observation et de jugement pour se rendre compte que, malgré le fait que l’on cause la même langue DANS LA FORME, ça a pas vraiment l’air de se répercuter DANS LE FOND.
Peut-on calculer le nombre titatesque de fois où, sentant que nous affichions un air contrarié, Juanito s’est enquit d’un « qu’est ce qui va pas » auquel nous répondions invariablement « rien », et que, Juanito, prenait ce « rien » pour argent comptant, et s’en allait sans demander son reste???? C’est bien connu, ce rien dissimule toujours un « sisi bien sûr qu’il y a quelque chose mais comme c’est quelque chose qui est même de très loin éventuellement lié à ta petite personne, eh bah je procède par étapes, càd qu’avant de t’exprimer clairement ce qui ne va pas, eh bien j’exprime mon
mécontentement à l’aide d’un ‘rien’ aussi fondé qu’il est crédible, et par là je fais ce qu’exige hautement et indispensablement ma condition féminine dans toute son intrinsèque ispséité: je boude. »
Et juanita, ça lui semble tellement évident qu’elle pense que Juanito fait semblant de pas comprendre pour éviter un conflit. Mais il semble que très souvent, Juanito croyait vraiment, le naïf, ce qu’elle lui disait.
Nous avons donc un mot, et deux compréhensions totalement différentes. Comme dirait mon vieux pote Oscar Wilde, « nous sommes séparés par une langue commune »
Pour éclairer un peu cela, voici un point de vue bien intéressant sur le sujet (celui de Paul Watzlawick , Comment réussir à échouer):

« l’on peut comparer un homme à une ellipse. Une ellipse a deux foyers, l’un est le logos, qui renvoie non seulement au domaine de la raison,
mais aussi à l’objectivité, aux domaines professionnels et scientifiques, et même, plus généralement, au monde « extérieur ». L’autre, qu’on appelle eros, c’est le monde des relations à un autre être humain. L’homme ne peut jamais être que dans l’un de ces deux foyers. Pour lui, ce n’est pas un problème particulier; selon ce qu’exige une situation donnée, il va et
vient simplement entre logos et eros.
On peut, d’autre part, comparer une femme à un cercle. Un cercle peut être considéré comme un cas particulier d’une ellipse: en elle, les deux foyers coincident. Pour une femme, il est parfaitement naturel d’être dans l’eros et le logos en même temps. Le problème, c’est que ni la femme ni l’homme n’ont aucune raison de supposer, même une seconde, que leur partenaire a une architecture mentale différente qui la ou le fait agir et réagir tout à fait différemment. »

Mettons donc cette belle théorie en application concrète. Juanito et Juanita se font un resto/ciné en amoureux. La femme invite l’homme au cinéma ou au restaurant. Si l’homme a le malheur de ne pas aimer le film ou la nourriture, la femme va prendre cela comme un reproche vis à vis de ce qu’elle a voulu faire pour lui. Pour l’homme, le film et le moment passé au cinéma avec sa femme sont deux choses totalement distinctes. Il va apprécier le fait de passer un moment avec sa femme, et l’initiative
qu’elle a pris pour lui d’un coté, et de l’autre peut ne pas aimer le film sans que cela n’affecte le premier point. Tandis que la femme, elle, va prendre les choses comme un tout, dont un aspect affecte forcément l’autre. Si le film ou la nourriture était mauvais, cela va donner pour elle moindre valeur à son initiative et elle va, selon les personnalités, soit en vouloir à l’autre de ne pas aimer ce qu’elle lui propose, soit s’en vouloir à elle même de ne pas avoir fait un bon choix.
Et la réputation de complexité de raisonnement de la femme pourrait venir de là, qu’elle, ayant tendance à mélanger l’eros et le logos, doit par conséquent en permanence avoir à moduler entre les deux, à ne pas laisser l’un trop empiéter sur l’autre. Donc Juanita cercle et Juanito ellipse, ça me semble une bonne théorie à creuser.

L’éducation sentimentale

Par Summer
 

vous commencez à en avoir l’habitude, j’aime me poser ici des questions hautement philosophiques. Alors non, il ne s’agit pas du bouquin de Flaubert, ni de la chanson de Maxime donc on ne s’enfuit pas tout de suite, mais plutôt de : comment nos ex nous ont quelque part, formaté à attendre ou espérer de nos futurs, de bonnes ou de mauvaises habitudes.

Que se soit dans l’attente ou l’attention demandé à (espéré de ?) l’autre, une chose est sure selon moi, il n’y a pas que l’aspect sociétale qui entre en jeu. Certes c’est un fait indéniable que la société dans laquelle nous vivons a formaté une partie de notre éducation et même sentimentale pour preuve malheureusement que la condition féminine n’est pas la même sur toute la planète mais nos expériences amoureuses également.

Et si nos ex nous avaient habitués à attendre des signes divers, des attentions diverses que l’on considère comme étant un fait normal et qui ne l’est peut être pas au final ?

Prenons un exemple, une femme qui aura toujours été habituée à ce que son homme prenne des initiatives pour la distraire, trouvera sans doute normal que pour la survie de son couple l’homme qui partage sa vie présentement en fasse de même, et s’il ne le fait pas, elle pensera peut être que son couple est en péril, ou elle se fera grave chier mais ça c’est un autre sujet. Que les choses soient claires, je ne dis pas pour autant qu’elle ne propose rien pour être distraite hein ! Le but de mon article n’étant pas de légitimer les attentes réciproques des protagonistes mais de montrer combien l’éducation sentimentale joue sur ces attentes.

En effet, quand de petites attentions font défaut, il manque un repère, un repère inconscient que nos ex ont ancrés en nous. Je parle des femmes parce que c’est un domaine que je connais mieux puisque j’en suis une, mais j’imagine qu’il en va de même pour les hommes.

En gros si j’ai toujours été habituée à ce que les hommes soient doux et attentionnés avec moi, je considèrerais que c’est normal que les hommes le soient avec les femmes et donc je voudrais que l’homme qui partage ma vie le soit. A l’inverse, si j’ai toujours été avec des hommes qui refusaient de m’étouffer, qui me laisser vivre ma vie comme je l’entendais, je penserais
qu’il est normal que tous les hommes le soient et donc je voudrais un homme comme ça. Le problème c’est que si je suis une habituée du bichonnage et que je tombe sur un homme qui me laisse totale liberté, comment je fais pour trouver mes repères ou plus simplement comment je fais pour savoir qu’il m’aime ? n’aurais je pas toujours l’impression qu’il ne s’occupe pas de moi et
donc qu’il ne m’aime pas alors que ce n’est sans doute pas le cas ? Une chose est sure une attente va se créer et en cela tout le monde sait que les frustrations ne font pas bon ménage avec une vie de couple épanouie. Idem en sens inverse, si je suis une femme extrêmement libérée, ne me sentirais-je pas étouffer par autant d’attentions ? Limite si je ne remettrais pas également mon couple en question de peur d’être mise dans une cage dorée, il ne me laisse pas libre donc il n’a pas confiance en moi etc…

Toutes ces adéquations rendent elles plus fragiles l’avenir d’un couple ? Le passé affectif inconscient que j’appelle l’éducation sentimentale, a t il un rôle
déterminant ? si oui ça a quelque chose de fataliste et d’assez déprimant, parce que même si on en a conscience, comment peut on y remédier ? Faut il balancer tous les repères que le temps et l’expérience nous ont donné ? plus facile à dire qu’à faire. Pourtant, je ne sais si c’est une part d’optimisme ou carrément une utopie tenace mais je me plais à croire que les différences nourrissent et que l’adage, qui se ressemble s’assemble n’est que légende urbaine, mais si j’avais tort ?

Appelez-moi madame la Présidente !

Cette semaine, je suis en villégiature chez mes parents. A tous les repas, on regarde les infos, ce qui peut parfois être particulièrement pénible. En effet, chaque info est commentée par mes parents et surtout ma mère et nous n’avons absolument pas les mêmes idées politiques. Donc pendant une demi-heure, je m’abîme dans le respect d’un silence absolu : tu ne donneras point ton opinion sous peine de grosse engueulade.
 
L’autre jour, nous dînions donc devant la grande messe télévisuelle, comme on dit, et là, petit reportage sur la déclaration de Ségolène Royal : « oui, j’envisage la possibilité de me présenter à la Présidentielle. » Intérieurement, je barre son nom de la liste des « personnes non-candidates à la Présidentielle » sur laquelle il ne reste plus grand monde. En 2002, avec 16 ou 17 candidats, on avait atteint un record. Si ça continue comme ça, en 2007, on en aura 43. Et là, le journaliste explique que certaines personnes, y compris dans le camp de Mme Royal, s’était amusé de cette candidature : « il vaudrait mieux qu’elle s’occupe de ses enfants ! ».
 
« Occupe-toi de tes enfants d’abord ! »
Mon sang n’a fait qu’un tour : on est au XXIe siècle et on en est encore là ! Bon, je ne suis pas particulièrement fan de Ségolène mais je pense qu’elle a plus de chance que tous les vieux dinosaures mitterrandiens du PS car je suis sûre que l’attaque vient de par là, j’ai même des noms qui me viennent spontanément mais je les tairai. Un peu de sang neuf ne fera pas de mal. De plus, les vieux dinosaures, plus ça va, plus on les croirait sortis de l’UMP. Je ne sais plus qui m’a dit l’autre jour (Gauthier, il me semble) : « On m’a demandé pour
qui je voterais si je devais choisir entre Fabius et Borloo. Je t’avoue que c’est un choix super difficile ! ».
 
Ce qui me dérange dans l’histoire, c’est que ce n’est pas tant la personnalité de Mme Royal qui dérange que son sexe. Est-ce si aberrant de penser qu’une femme politique de premier plan puisse se présenter aux Présidentielles ? En 2002, nous avons eu quatre candidates : l’inoxydable Arlette Laguiller, Corinne Lepage, Christine Boutin et Christiane Taubira. Je n’ai voté pour aucune d’entre elles même si Taubira avait un programme intéressant. Force est de constater qu’aucun grand parti n’a présenté de candidates. On me répondra : « Et Boutin, elle vient de l’UDF, quand même ! » Certes, mais ce n’était pas la candidate officielle du parti donc ça ne compte pas.
 
Il y a 61 ans, les femmes avaient pour la première fois le droit de glisser un bulletin dans l’urne. Révolutionnaire ? Si on regarde l’histoire des femmes en Europe, absolument pas, c’est même proprement catastrophique. La plupart des pays européens ont accordé le droit de vote avant la Première Guerre Mondiale ou à la sortie de celle-ci. Evidemment, chaque cas est unique. En France, nous avions peur que le vote des femmes soit le vote de l’Eglise. En suivant un cours de « sociologie des femmes », j’ai pu me rendre compte qu’on n’était pas
super bien loties en France, encore aujourd’hui.
 
Que des hommes politiques osent balancer ça à la figure d’une des leurs, franchement, ça me met hors de moi ! Que font les chiennes de garde ? Au lieu de lutter contre un bout de sein dans une pub quelconque, elle ne pourraient pas réagir sur ce sujet ? Sans doute que notre condition de femme n’est pas brillante en France car nos féministes préfèrent partir en croisade sur des sujets futiles plutôt que sur de vrais problèmes. Je ne me définis par particulièrement comme féministe : je m’en fiche de voir des femmes à poil dans des pubs, tant que c’est justifié, certaines pubs pseudo-sexistes me font rire. Là où je m’énerve, c’est quand on sous-entend que les femmes ne sont pas capables de faire la même chose que les hommes.
 
« Un femme présidente ? Mais qui ? »
Pourquoi une femme ne pourrait pas être Présidente ? Je me souviens, en 95, un journal avait demandé à des voyants ce qu’ils voyaient pour la Présidentielle imminente et les suivantes : ils nous avaient donc sortis Balladur en 95, Martine Aubry en 2000 (oui, ils avaient vu le quinquennat, quand même) et Bernard Tapie en 2005. Bon, ils se sont royalement trompés ! Mais ils avaient entrevu la possibilité d’une femme présidente. Quand je faisais de la radio, nous avions fait un micro-trottoir sur le sujet des femmes, précisément, et nous
avions posé la question : « quelle femme voyez-vous présidente de la République ? »  Bzzzzzzzz ! On entendait les mouches voler. Avec ma collègue, on s’attendait à ce que tout le monde réponde Martine Aubry, quelle erreur ! En réponse nous avons eu : « Edith Cresson », « Bernadette Chirac », « je ne sais pas ». A la question : « quelle femme a marqué le XXe siècle ? », nous avons eu : « ma mère », « ma grand-mère », « Madonna ». J’ai failli embrasser la
personne qui a répondu : « Marie Curie ».
 
En France, nous sommes en retard dans le domaine de la condition féminine et on cherche parfois même à régresser : de temps en temps, des Ministres inspirés décident qu’on dit un Ministre, même quand ça a des seins. Il faudrait donc dire : « Madame LE ministre ». Mais bien sûr ! Au Québec, lieu merveilleux s’il en est, on ne dit pas auteur mais auteure, on ne dit pas écrivain mais écrivaine… Là-bas, tous les noms sont féminisées car on peut très bien avoir un vagin et être Ministre, voire même Premier Ministre, fonction suprême chez eux
(bon, d’accord, leur Première Ministre, elle a duré trois mois, mais bon…). En France, vous dites : « Je suis une femme, je veux être Présidente », on vous répond : « et tes gosses, connasse ! ».
 
Une femme Présidente, pourquoi pas ? Bien sûr, je ne voterai jamais pour une candidate uniquement parce que c’est une femme. Avec une connerie pareille, je pourrais me retrouver à voter pour Marine Le Pen, hors de question. Je ne vote pas tant pour un individu que pour un programme. Je ne milite pas pour qu’une femme puisse être Présidente. Juste pour qu’une femme issue d’un grand parti puisse se présenter sans essuyer le moindre quolibet. Et là, ce n’est pas gagné.