La fable de l’ascenseur et des automatismes

Tu connais la meuf débordée au mois d’août. Hé salut, c’est moi ! Mon temps de cerveau disponible étant réduit à peau de chagrin, je te propose donc, cher lecteur avide de mes mots, un article court et concis qui, sous un titre volontairement abscons, cache une terrible réalité : celle des habitudes que l’on prend en 3 minutes et demi.

Ascenseurs

22 juin 2015, après m’être faite torturer 4 jours en bord de mer lors de mon stage yoga, je vais au bureau. Mon nouveau bureau. Oui, mon entreprise a loué un superbe immeuble tout neuf avec terrasse, stores qui marchent avec des télécommandes, une clim capricieuse (comme partout), une “agilité” dont je vous reparlerai car c’est intéressant et 4 ascenseurs. Tu appuies sur le bouton de ton étage et hop, il te dit lequel des 4 tu dois prendre. Ouahhhh ! Mais en fait non.

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Dès le premier jour, ça puait la croquette : appuyant fièrement sur le 6, je vois que je dois prendre l’ascenseur C. Okay ! Et là, c’est le drame : c’est l’ascenseur assigné à tous ceux qui montent. 2, on s’arrête. 3, on s’arrête. 4, on s’arrête. 5, on s’arrête. 6 ! Putain bordel de merde, j’ai cru ne jamais y arriver !

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Et ça ne va pas en s’améliorant. Notre quatuor n’a qu’un cerveau pour quatre  et ça fait mal, forcément. Ainsi, comme je suis pas du matin, j’arrive avec le lot des “oh ça va, il est pas encore 10h”, très nombreux. Le souci étant que l’ascenseur a été programmé de façon un peu basique : des gens appuient pour monter, il envoie un seul ascenseur… du coup, on se retrouve assez régulièrement à être trop nombreux à vouloir monter, ceux qui n’ont pas pu avoir leur place appuient frénétiquement sur le bouton d’appel avant que nous soyons partis, retardant et agaçant tout le monde. Oui, l’ascenseur, il ne gère pas le trafic et il nous emmerde bien cordialement. Il aurait sans doute été plus simple de faire deux ascenseurs pour les étages pairs et deux ascenseurs pour les étages impairs mais une subtilité doit m’échapper.

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Vous allez me dire que cette histoire d’ascenseur est l’un des trucs les plus inintéressants que vous ayez lu cette semaine à part peut-être le fait que Cindy ait tenté de dire du mal de Nabilla pour exister (ok, j’avoue, j’ai dû chercher pour trouver une news encore plus inintéressante que mon ascenseur) mais il révèle deux mécanismes :

  • la force de l’habitude
  • la théorie de l’engagement.

Une habitude prise en à peine un mois ? Mais oui. En fait, la chose suivante arrive à chaque fois que je veux prendre l’ascenseur : soit je suis seule et suis plongée dans mes pensées, soit je suis avec quelqu’un et je discute. En somme dans un cas comme dans l’autre, je ne suis pas concentrée, je file automatiquement vers les ascenseurs et j’appuie sur le bouton. Et là, je rentre dans la fameuse théorie de l’engagement où je suis à un moment trop investie dans mon attente de cette cage de malheur pour renoncer.

Je ne suis pas sûre de comprendre l'histoire que veut nous raconter cette photo
Je ne suis pas sûre de comprendre l’histoire que veut nous raconter cette photo

La force de l’habitude me pousse donc à me poser devant les ascenseurs plutôt que d’entreprendre l’ascension des 6 étages m’amenant à mon bureau. Certains me diront que oui, bon, 6 étages, faut se les avaler quand même mais je vous rassure, ce sont six étages “faciles”. Oui, j’ai calculé : pour chaque étage dans l’immeuble de mon cher Victor, il y a 17 marches quand j’ai 21 pour un étage de ma boîte et que ceux-ci me paraissent moins hauts : en gros, plus de marches, moins d’efforts car j’ai moins à lever la jambe. Et en plus, à m’avaler 6 étages au moins deux fois par jour, ça me fait du bien aux fessiers, ça me fait une mini séance de steppers.

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Mais surtout ça me permet d’arriver un poil plus sereine au boulot, sans avoir pesté sur ce putain d’ascenseur qui fait n’importe quoi… Et en ce moment, la moindre lichette de sérénité est la bienvenue.

Apprendre à attendre

Si je devais lister mes défauts, je crois qu’en tête de liste, j’inscrirais : impatiente. L’attente est mon ennemie, le cancer de mon humeur. Autant je tolère attendre un peu quand j’ai rendez-vous avec quelqu’un (c’est plus facile grâce aux smartphones, j’avoue), autant pour le reste… Ceci se manifeste par exemple par une vilaine capacité à céder à des impulsions d’achats que je peux vite regretter comme une yaourtière, utilisée deux fois, ou cet appareil à abdos utilisée une fois et qui m’a ruinée le dos (je la revends si quelqu’un est intéressé… Oui je sais, je n’ai pas sorti un super argument vente).

Alors plutôt que de vider avec enthousiasme mon compte épargne, j’ai décidé d’économiser sous après sous pour mon prochain achat (non impulsif pour le coup) : un appareil Reflex Canon (j’ai pas encore décidé lequel, ça dépendra essentiellement de l’avancée de la cagnotte). Je dois mettre en place des stratégies pour gagner quelques sous supplémentaires mais aussi pour économiser au maximum. Éviter les dépenses inutiles, même au Monoprix. 2 euros par ci, 5 euros par là… Petit à petit, on va se faire quelques petits sous. Ça peut paraître long comme stratégie, surtout que techniquement, j’ai l’argent mais j’ai envie de le gagner, cet appareil photo. Apprendre à attendre.

Construire centimes par centimes son projet. Ça va être long. Je me connais, je vais être tentée de renoncer, cliquer sur achat en choisissant l’option « payer en 3 fois ». Mais non, je dois être forte. Cet appareil, je serai heureuse de le payer grâce à mes petites économies, mes serrages de ceinture divers. Faut aussi que je me lance dans les loisirs créatifs, j’ai plein d’idées, y a plus qu’à. Une de mes stagiaires m’a expliquée qu’elle pouvait se faire jusqu’à 400 € par mois avec ses bijoux. À ce rythme là, en 6 mois je me paie mon appareil tranquille ! Bon, après, je sais pas si je vais pouvoir cartonner autant qu’elle et consacrer suffisamment de temps pour créer suffisamment d’objets pour atteindre les 400 par mois. Faudra aussi que je me penche sur la monétisation des blogs. Pas forcément celui-ci mais peut-être Week-end sac à dos et les versions étrangères des Vingtenaires (quand je les aurai écrites, quoi). Enfin, multiplier les entrées et diviser les sorties.

Apprendre à attendre, économiser mes deniers plutôt que de les flamber. Un petit chemin de croix dont l’arrivée aura le goût merveilleux de l’appareil photo de mes rêves. Courage, plus que 1500 €…

Tu veux ou tu veux pas

(trois ans plus tard, la suite de une histoire d’amour, j’aurais dû réécrire le premier épisode vu que je change un peu le style d’écriture mais en ce moment, je manque de temps)

Désormais, vous avez conscience de l’existence de cet autre qui vous donne envie de danser la vie. Ah, quelle douce sensation enivrante d’avoir un objet de rêvasserie, d’imaginer des dialogues percutant mâtinés de flirts qui aboutiraient au premier baiser, tant attendu, tant espéré.

Mais la rêvasserie n’est pas la vie et objet de votre désir (OVD) vous obsède. Quand il est à côté de vous, vous sentez votre corps en émoi. Si vous avez l’opportunité de lui parler, votre voix compose une partition folle, montant et descendant les octaves sans logique. Et ne parlons pas d’éventuelles moiteurs des mains ou des aisselles, des rougissements intempestifs… L’émotion a pris le contrôle.

Dans votre obsession, ce petit crush prend des proportions démesurées. Vous commencez à vous persuader qu’OVD est votre only one et vous craignez la fin du rêve. Et comme il n’a pas indiqué de statut amoureux sur Facebook, vous ne savez pas bien s’il est disponible ou non (et s’il ne l’est pas, vous ne pouvez pas jauger la concurrence). Donc vous entrez en phase « tu veux ou tu veux pas » dite aussi « guettons le moindre signe ».

Et c’est parti pour l’auto torture mentale. « Hiiiii, il m’a dit que j’étais jolie aujourd’hui, c’est donc qu’il aime ! La vie est belle, chantons sous la pluie ! » (oui, je sais, je pique une vanne de François Pérusse). Mais « oh non, il m’a à peine fait la bise aujourd’hui ! C’est un connard, je le hais, je vais me jeter du haut de la Tour Eiffel ! ». Bon, ok, je vous peins le tableau en mode maniaco-dépressive… Mais vous saisissez l’idée. On traque sans relâche le moindre signe, le moindre sourire, clin d’oeil, main glissée dans les cheveux… Tu veux ou tu veux pas ? Ton corps envoie tant de signes contradictoires… Comment savoir ? Ça me consume !

Rétrospectivement, cette lente période de doute et de traque reste toujours l’une des plus charmantes de la phase de séduction, celle dont on aime reparler quelques temps plus tard. « Tu sais, quand j’ai dit ça, c’était pas anodin… ». »Je le savais… »

Sauf que le langage du corps ne répond jamais à cette cruciale question : tu veux ou tu veux pas ? Pour savoir, qu’une solution : se jeter à l’eau.

« Ça te dit pas un ciné mercredi soir ?
– Si… »

Trois jours à attendre. Un enfer.

Première rencontre

Une histoire d’amour commence toujours par une rencontre. Ce matin, Héloïse et Daniel se sont levés, inconscients de l’incroyable coup du destin qui les attendait : leurs chemins allaient se croiser.


Peut-être s’étaient-ils déjà croisés avant sans le savoir. Chaque métro qui se croisent, ce sont des centaines de trajectoires de vie qui se croisent. Peut-être sont-ils allés à la même soirée sans se parler, peut-être étaient-ils dans la même salle de cinéma un dimanche pluvieux, peut-être sont-ils allés dans un petit café le même jour à la même heure sans se voir. Les hasards de la vie sont parfois amusants. Mais ce jour là, ils allaient prendre pleinement conscience de l’existence de l’autre.


Il existe une multiplicité de rencontres : coup de foudre dans le métro ou dans la rue, rencontre lors d’une soirée, au travail, sur Internet, par hasard, sans raison. Le jour où Daniel et Héloïse se croisent et prennent conscience de l’existence l’un de l’autre n’est pas forcément celui qui va sceller la mythologie de leur couple. Il nous faut parfois du temps pour réaliser que celui-ci ou celle-la nous plaît bien en fin de compte et qu’on irait bien lui conter fleurette. Ou qu’il/elle flirte avec nous et, qu’après tout, la séduction opère.


Aujourd’hui, Daniel et Héloïse se sont rencontrés mais ils ne savent pas encore ce qu’ils seront l’un pour l’autre. Peut-être le pressentent-ils, peut-être l’espèrent-ils. Il y a cependant un point commun à toutes les rencontres de tous les couples : elles deviennent mythique. D’une banale histoire, elle prend de plus en plus d’intensité, de magie, de suspense aussi. D’un banal échange de regard qui aurait pu rester sans suite, l’histoire devient soudain haletante, les amoureux créent de toute pièce une tension érotique à couper au couteau qu’ils narreront jusqu’à la fin de leur relation, si tant est que celle-ci se termine. Ils y rajoutent tellement de passion, d’inédit, d’incroyable qu’ils finissent eux-même par croire au côté magique de cette rencontre, de ce jour qui fit que plus rien ne fut comme avant.


Pourtant, les rencontres sont souvent assez banales. Quelques échanges de mails pour les connectés-débordés, des échanges de regards. Certains se connaissaient déjà bien avant les premiers frissons amoureux. Rien en fait d’exceptionnel, l’homme n’est qu’un animal séducteur mais ça, personne ne l’admettra. Quoi qu’il en soit, quand être 1 et être 2 se rencontrent (après tout, ce n’est pas l’apanage des hétérosexuels malgré les prénoms que j’ai choisis, je plaide coupable d’hétéronormisme) et se reconnaissent comme partenaires potentiels se crée alors une envie, un désir. Chacun cherche comment faire succomber l’autre, de façon plus ou moins intense selon la personnalité et les attentes de chacun. Les neurones turbinent pour trouver la façon de soit isoler sa proie pour tenter de glisser une langue dans cette bouche que l’on espère amie, soit trouver le courage de lui proposer une sortie.

Car quand on reconnaît l’autre démarre la phase la plus stressante mais la plus exaltante : l’attente.

Ô temps suspends ton vol bordel!

Par Diane

Vingtenaires, Vingtenairettes, jeunes, vieux, lecteurs chéris mon amour

Aujourd’hui, sujet vaste et anxiogène s’il en est, puisqu’il me vient l’envie de vous parler du temps qui passe.

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Vous savez, cette espèce d’entité informe et insaisissable dont nous avons l’impression d’être le jouet favori, qui a cette caractéristique tellement singulière d’être à la fois extrêmement stable et sans surprise (une minute fera toujours 60 secondes, et cette minute durera tout autant à un bout ou à un autre du globe), et pourtant également tellement poreuse, perméable, étirable…. Cela me fait penser à ces sortes de machines à guimauve que l’on voit dans les fêtes foraines vous savez, qui étirent et malaxent sans fin une grosse pâte rose… Eh bien cette pâte c’est ma vie, c’est la vôtre. Parfois elle est courte, elle forme une petite boule confortable et moelleuse: au chaud sous la couette les matins de grasse matinée, au fond du hamac dans le jardin de ses grands-parents, à savourer les dernières lignes d’Orgueil et Préjugés…; et puis parfois, la pâte s’étire, s’étire à n’en plus finir, au point que l’on a peur qu’elle se déchire: un cours de phonétique historique,une lettre qui n’arrive pas ou une attente dans un couloir d’hôpital blanc et froid…

Si vous avez été comme moi un(e) adolescent(e) dans les années 90, vous avez dû voir 457 fois le cercle des poètes disparus où John Kitting et tous ses jeunes sbires nous serinent comme une litanie maudite le fameux « carpe diem » d’Horace…souvenez-vous le petit poème introducteur des séances des poètes disparus au fond de la grotte obscure: « je partis dans les bois parce que je voulais vivre sans me hâter. Vivre intensément et sucer tout la moelle secrète de la  vie. Je voulais chasser tout ce qui dénaturait la vie pour ne pas, au soir de la vieillesse, découvrir que je n’avais pas vécu » (pfiouuu par coeur, j’ai vraiment dû le voir 457 fois ce film…). 

Alors bien sûr, petite adolescente naïve et avide de beaux sentiments, je trouvais ça tellement beau: allez, Diane, profite du jour présent, vivez si m’en croyez, n’attendez à demain, cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie!

Tempus fugit hein, alors c’est pas tout ça mais il va falloir cueillir le jour vite fait.

Certes messieurs, mais qu’est-on censé faire? C’est quoi « profiter du jour présent »? J’ai eu l’occasion dans ma vie de rencontrer une ou deux personnes dont c’était le credo absolu, et qui m’expliquaient  qu’ils ne voulaient pas gâcher leur vie, qu’on en n’avait qu’une etc etc… En gros, ça se manifestait de deux façons différentes. L’une avait pour principe de vie de tester des trucs différents tout le temps: jamais les cheveux de la même couleur, elle faisait un jour du skate board, un autre du parachutisme, le troisième jour elle fit du macramé, et le septième jour….elle ne se reposa point, parce qu’il ne fallait pas gâcher du temps à profiter. L’autre personne avait comme conviction personnelle que pour profiter de sa vie il fallait traverser le globe en long, en large et en travers, rencontrer touuuuutes les personnes de la terre, et se prendre en photo dans tous les pays du monde.

Et moi et moi et moi…je m’interroge. Je me demande comment on peut profiter de sa vie. Si justement, le fait de se rendre à tel ou tel événement, dans tel ou tel pays, ou de pratiquer telle ou telle activité, et une fois là , de plisser les yeux fort en se disant « gniiiiii allez allezzzzz, profiiiiiiiiite! » n’est pas un peu vain et contraire au but qu’on se fixe. Si l’angoisse du temps qui passe ne finit pas par le gâcher, ce temps qui passe. Comme le dit mon pote Alphonse: 

« Aimons donc, aimons donc ! de l’heure fugitive,

Hâtons-nous, jouissons !

L’homme n’a point de port, le temps n’a point de rive ;

Il coule, et nous passons ! (…)

 

Mais je demande en vain quelques moments encore,

Le temps m’échappe et fuit ;

Je dis à cette nuit : Sois plus lente ; et l’aurore

Va dissiper la nuit. »

 

Bref, aussi fort qu’on puisse frénétiquement ordonner « ô temps suspends ton vol », eh bien fi, il ne suspend rien du tout le bougre, et le temps de vouloir suspendre le temps, eh bien….le temps est passé. Il n’y a que le monde qui reste, il n’y a que le temps qui dure. Et en a t-on profité? Pensez à tous les touristes qui passent leurs temps de vacances suspendus à leur appareil photo: « clic clic clic clic » pouf!….a pu le paysage, il fait nuit. L’as tu seulement regardé?

Enfin bon, c’est bien joli tout ça, mais en pratique, un seul d’entre nous arrive t-il à ne pas craindre le temps qui passe? Qu’il est dur de ne pas regretter le passé et les douces heures de notre enfance moelleuse, de ne pas sentir l’anxiété du temps présent qui nous échappe dès qu’on le regarde, et de ne pas craindre le futur où jamais rien n’est
certain…

Si comme moi vous êtes sur le chemin de la trentaine, vous commencez à sentir que la jeunesse insouciante ne vous appartient plus, vous commencez à dire des choses comme « quand j’étais jeune, il n’y avait pas de portable, eh bien on survivait! » ou « ils ne font qu’être rivés à facebook toute la journée, ils pourraient sortir un peu quand même, ça leur ferait
pas de mal »;…vous commencez à regarder les vieux….oups, les personnes âgées (restons politiquement corrects) en vous disant que ahhhh vous voulez pas être vieuuux, ils peuvent même pas courir c’est nul. Et les petites vieilles ont toutes le même brushing bouffant innommable, je ne veux pas en arriver là. 

Mais cette pensée est absolument vaine, le temps passe et nous passons, alors je vais cesser là ces sombres paroles cathartiques, et je vais vous laisser avec mon ami Victor qui, lui, semble avoir construit une jolie passerelle entre jeunesse et vieillesse. Lisez donc le sublime sonnet suivant, adressé à l’actrice Judith Gauthier (fille de Théophile, soit
dit en passant) qui fut sa maîtresse. Quand il écrivit ce sonnet, Hugo avait 70 ans, Judith Gauthier en avait 20.

 

Ave, Dea ; MORITURUS TE SALUTAT

 

A Judith Gautier 

 

La mort et la beauté sont deux choses profondes 

Qui contiennent tant d’ombre et d’azur qu’on dirait 

Deux sœurs également terribles et fécondes 

Ayant la même énigme et le même secret ; 

 

O femmes, voix, regards, cheveux noirs, tresses blondes, 

Brillez, je meurs ! ayez l’éclat, l’amour, l’attrait, 

O perles que la mer mêle à ses grandes ondes, 

O lumineux oiseaux de la sombre forêt ! 

 

Judith, nos deux destins sont plus près l’un de l’autre 

Qu’on ne croirait, à voir mon visage et le vôtre ; 

Tout le divin abîme apparaît dans vos yeux, 

 

Et moi, je sens le gouffre étoilé dans mon âme ; 

Nous sommes tous les deux voisins du ciel, madame, 

Puisque vous êtes belle et puisque je suis vieux. 

L’éducation sentimentale

Par Summer
 

vous commencez à en avoir l’habitude, j’aime me poser ici des questions hautement philosophiques. Alors non, il ne s’agit pas du bouquin de Flaubert, ni de la chanson de Maxime donc on ne s’enfuit pas tout de suite, mais plutôt de : comment nos ex nous ont quelque part, formaté à attendre ou espérer de nos futurs, de bonnes ou de mauvaises habitudes.

Que se soit dans l’attente ou l’attention demandé à (espéré de ?) l’autre, une chose est sure selon moi, il n’y a pas que l’aspect sociétale qui entre en jeu. Certes c’est un fait indéniable que la société dans laquelle nous vivons a formaté une partie de notre éducation et même sentimentale pour preuve malheureusement que la condition féminine n’est pas la même sur toute la planète mais nos expériences amoureuses également.

Et si nos ex nous avaient habitués à attendre des signes divers, des attentions diverses que l’on considère comme étant un fait normal et qui ne l’est peut être pas au final ?

Prenons un exemple, une femme qui aura toujours été habituée à ce que son homme prenne des initiatives pour la distraire, trouvera sans doute normal que pour la survie de son couple l’homme qui partage sa vie présentement en fasse de même, et s’il ne le fait pas, elle pensera peut être que son couple est en péril, ou elle se fera grave chier mais ça c’est un autre sujet. Que les choses soient claires, je ne dis pas pour autant qu’elle ne propose rien pour être distraite hein ! Le but de mon article n’étant pas de légitimer les attentes réciproques des protagonistes mais de montrer combien l’éducation sentimentale joue sur ces attentes.

En effet, quand de petites attentions font défaut, il manque un repère, un repère inconscient que nos ex ont ancrés en nous. Je parle des femmes parce que c’est un domaine que je connais mieux puisque j’en suis une, mais j’imagine qu’il en va de même pour les hommes.

En gros si j’ai toujours été habituée à ce que les hommes soient doux et attentionnés avec moi, je considèrerais que c’est normal que les hommes le soient avec les femmes et donc je voudrais que l’homme qui partage ma vie le soit. A l’inverse, si j’ai toujours été avec des hommes qui refusaient de m’étouffer, qui me laisser vivre ma vie comme je l’entendais, je penserais
qu’il est normal que tous les hommes le soient et donc je voudrais un homme comme ça. Le problème c’est que si je suis une habituée du bichonnage et que je tombe sur un homme qui me laisse totale liberté, comment je fais pour trouver mes repères ou plus simplement comment je fais pour savoir qu’il m’aime ? n’aurais je pas toujours l’impression qu’il ne s’occupe pas de moi et
donc qu’il ne m’aime pas alors que ce n’est sans doute pas le cas ? Une chose est sure une attente va se créer et en cela tout le monde sait que les frustrations ne font pas bon ménage avec une vie de couple épanouie. Idem en sens inverse, si je suis une femme extrêmement libérée, ne me sentirais-je pas étouffer par autant d’attentions ? Limite si je ne remettrais pas également mon couple en question de peur d’être mise dans une cage dorée, il ne me laisse pas libre donc il n’a pas confiance en moi etc…

Toutes ces adéquations rendent elles plus fragiles l’avenir d’un couple ? Le passé affectif inconscient que j’appelle l’éducation sentimentale, a t il un rôle
déterminant ? si oui ça a quelque chose de fataliste et d’assez déprimant, parce que même si on en a conscience, comment peut on y remédier ? Faut il balancer tous les repères que le temps et l’expérience nous ont donné ? plus facile à dire qu’à faire. Pourtant, je ne sais si c’est une part d’optimisme ou carrément une utopie tenace mais je me plais à croire que les différences nourrissent et que l’adage, qui se ressemble s’assemble n’est que légende urbaine, mais si j’avais tort ?