Obama we will always love you

Faire un titre reprenant une chanson de Withney Houston presque un an après sa mort, j’ai toujours la palme de la réactivité.

Hier, nous nous sommes tous levés en faisant des galipettes de joie : oueeeeeeeee, Obama est réélu, le monde libre respire. Perso, la nouvelle ne m’a pas vraiment fait l’effet d’une bombe, je n’ai jamais douté de l’issue de ces élections. Je reste sur la sensation que le suspense électoral n’était qu’un scénario concocté par nos amis des médias américains histoire d’épicer un peu tout ça.

Et justement, à propos de médias, ce que je trouve merveilleux dans cette élection, c’est la fabrique du méchant de l’histoire de Mitt Romney. Du moins en France, je n’ai malheureusement pas le temps de faire une étude comparée de la couverture journalistique des élections américaines dans les autres pays (et c’est bien dommage, ce doit être super intéressant). Donc en France, on se passe d’objectivité et on y va à fond pour Obama et contre Romney. D’un côté, un homme élégant, poli, raffiné, cool et noir (on ne se lassera jamais de nous le rappeler), prix Nobel de la paix. De l’autre un Mormon complètement crétin qui veut ouvrir la fenêtre d’un avion parce qu’il a chaud. Au passage, je veux bien son avion parce que moi, j’ai toujours froid là-dedans. En plus, c’est un Républicain comme ce fils de Satan qu’est Bush, imagine le dégénéré total, quoi.

L’affiche est posée, ce sera Super Obama vs Evil Mitt. Parler du fond ? Non mais attendez, les gens, ça les intéresse pas le fond surtout qu’on s’en fout bien, on ne connaît pas grand chose en politique américaine, on se base juste sur la présentation. La politique spectacle, on appelle ça et force est de constater que c’est aussi efficace qu’un blockbuster. On a peur pour Super Obama, il se prend des coups, le Méchant lui fait des sales coups, le ratatine un peu au premier débat, histoire de faire un bon scénario. Jusqu’à l’affrontement final, on retient notre souffle, qui triomphera ? Les Français aiment voir en Obama une sorte d’humaniste éclairé qui sauvera le monde du mortel sable mouvant dans lequel il est en train de s’enfoncer. On repart en pleine Obamania. Oui, oui, c’est bien mais qui peut me dire ce qu’Obama a changé en 4 ans ? L’Irak ? L’Afghanistan ? Guantanamo ? L’économie américaine ? Il y a 4 ans, j’avais déjà souligné qu’on s’emballait un peu promptement. Oh mon Dieu, la vie m’a légèrement donné raison… Mais la machine médiatique a fait oublier tout ça et nous a refait avaler cette belle histoire de sauveur de l’humanité. Et ça marche. Un peu comme Matrix 3, en fait : le 2 était une merde mais pas mal de gens sont allés voir le 3 en espérant un finish incroyable… Bah non.

Alors oui, entre un Démocrate et un Républicain, je respirerai toujours mieux avec le premier mais le monde n’a pas changé… Ni aujourd’hui, ni demain, ni dans un mois ou dans un an. En attendant, si les Français pouvaient autant se passionner dans leur pays que chez les voisins, ce serait teeeeeellement mieux…

Le féminisme doit-il exclure les hommes ?

Pour ceux qui ne seraient pas au courant, aujourd’hui, c’est la journée contre la violence faite aux femmes qui se décline sous plusieurs angles avec notamment la journée de la jupe initiée par Ni putes ni soumises qui revendique le droit de porter une jupe sans être traitée de tous les noms. J’en suis, j’ai une jupe, je suis morte de froid. J’ai lu par ailleurs des articles sur le sujet, je vous invite à lire celui de Galliane que j’ai trouvé pas mal du tout. J’en ai lu de très mauvais par contre, j’ai été pas mal déçue par certaines plumes devenues salement aigries sur le sujet.
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Parallèlement, nous avons une pétition sur le site contre le viol. Ca ne consiste pas à dire « je suis contre le viol » parce que ça ne servirait à rien sinon (un peu comme les groupes « je suis pas raciste » sur FB que je trouve profondément creux) mais revendiquer une vraie prise en charge des victimes, un procès en assise pour les coupables, de meilleures formations pour les personnels soignants… Le site se base sur un slogan « la honte doit changer de camp ». Il est vrai qu’il existe de très nombreux cas où la victime développe un sentiment de culpabilité à base de « je lui ai fait confiance », « je suis allée chez lui », « j’étais habillée trop provocant », « je ne me suis pas assez défendue », sans parler des cas où la femme a eu un orgasme. Oui, ça arrive, c’est pas pour autant que ce n’est pas traumatique pour elle. Ok pour la baseline et même si le site est tournée vers les femmes, si la pétition portait quelques fruits, les hommes victimes de viols pourraient également en bénéficier.
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Et puis il y a ça : la marche de nuit féministe et non-mixte du samedi 27 novembre. Là par contre, je m’interroge. Pourquoi non mixte ? C’est quoi ce bordel ? Elles ont peur que les mecs viennent pour tenter de nous draguer ? Parce que la cause féministe ne concerne que les femmes et que les mecs s’en battent les couilles (limite au sens propre) ? On ne doit pas connaître les mêmes mecs alors. Oui, un mec vit moins souvent que nous (dire pas du tout serait un mensonge) les tentatives de drague très très lourdes, à la limite de l’agressivité, se font moins peloter dans le métro au gré des mouvements de foule. Bien que quand le métro est bondé, il est difficile de savoir si certains errements sont volontaires ou non. Mais c’est pas la question. Oui, je veux bien que les femmes soient plus victimes que bourreaux mais je ne comprends quand même pas pourquoi les hommes sont exclus de ce mouvement et même ça me choque. C’est pour ça que le féminisme tel que celui là me file des boutons et que je préfère me déclarer « égalitariste ». Même si un mec ne se fera pas forcément traiter de pétasse car il refuse de s’arrêter pour discuter avec un inconnu à une heure du mat alors qu’il est attendu chez sa tendre moitié (oui, c’est du vécu). Mais je ne pense pas qu’il faille être équipée d’ovaires pour comprendre à quel point c’est pénible.
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On est au XXIe siècle, les meufs, il serait temps de comprendre que le mâle n’est pas nécessairement notre ennemi et qu’il serait plus intéressant pour tout le monde de marcher main dans la main et se soutenir plutôt que de s’exclure. Je ne comprends pas quelles sont les raisons qui poussent les femmes à exclure les hommes de leur marche. J’aimerais bien savoir. Car j’en connais des hommes (au pluriel) qui se sentent également concernés, qui sont atterrés quand on leur raconte que oui, on se fait interpeller, siffler, mater de façon parfois gênante, insulter parce qu’on se prend pour des pétasses et qu’on ne répond pas aux sollicitations. Y a qu’à lire les comms sur cet article pour avoir une idée de l’ampleur du truc. Ah pardon, mec, je savais pas que le fait d’être dans la rue impliquait forcément que j’étais dispo pour a) t’écouter réciter ton laïus sur mon père qu’est un voleur car il a pris toutes les étoiles dans le ciel pour les mettre dans mes yeux (traiter mon père de voleur, tu commences bien), que j’ai fait tomber un truc, ah, ton coeur et autres banalités du genre b) me dire que ouais, je suis folle de toi, allons copuler gaiement ensemble car justement, je n’ai rien à faire. Et mettre une jupe ne veut pas dire que je suis en chasse, ça veut surtout dire que je suis coquette et que j’aime bien sourire à mon reflet dans la glace. Ca, un mec peut le comprendre alors forcément,les faits plus graves… Et puis vous vous êtes pas dit que certains hommes aussi en ont marre de ce comportement déplacé ? Qu’eux aussi ont le droit d’élever leur voix contre la violence des hommes faites aux femmes, ces femmes qui peuvent être leur compagne, leur mère, leur soeur, leur amie… ? Pourquoi leur interdire de participer ? Pourquoi leur interdire de dire qu’eux aussi, ils trouvent ça intolérable ? Depuis quand le militantisme doit être genré pour être pertinent ?
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Avez-vous manifesté pour protester contre le sort des Palestiniens ? Si tel est le cas, j’espère que vous êtes Palestienne, sinon, selon votre propre logique, vous n’avez rien à en dire. Et quand je parle de la Palestine, je peux parler de l’Irak ou du Tibet. Doit-on être exclu d’un combat juste parce que la génétique ne nous met pas directement dans le panier des concernés ? 

Je laisse la question ouverte.
PS : Et les travestis, ils sont pas admis ?

La fable des chaussures irakiennes

L’actualité, globalement, c’est moche. Entre la crise, les affrontements partout, les maladies, la pauvreté, des gosses qui ont à peine commencé leur vie qui se font descendre par des flics ou par une bande rivale… Même Noël ne me passionne pas cette année. Et pourtant, dans cette marée noire gluante et puante de mauvaises nouvelles, une hérésie, une image insensée et délicieuse :

Parfois, je me dis que la vie est un vrai film. Nous avons ici le Président américain sans doute le plus mal aimé depuis que je suis en âge de comprendre ce qu’est un Président (donc depuis Bush senior, en gros) qui va faire un dernier tour en Irak, pays qu’il a détruit et qui s’embourbe dans une guérilla sans fin depuis 5 ans. Et là, dans un réflexe hallucinant, un journaliste irakien se lève, interpelle le Président (qui, visiblement, ne comprend rien) et lui balance ses chaussures à la figure. Projectiles évités par Bush. Un vrai cartoon, une scène digne d’un film burlesque.

Et voilà que cette vidéo fait le tour du monde, que tout le monde applaudit ce journaliste qui a réalisé un geste qu’on a tous eu plus ou moins envie de faire à un moment ou à un autre tant George W. Bush était un Président…surréaliste, je dirais. Il a déclenché deux guerres et détruit deux pays, accru le terrorisme international qu’il souhaitait combattre, aggravé les tensions entre plusieurs communautés de par le monde et on ne parlera même pas de la crise, de la pollution, d’Enron, bref, de toutes les vies qui ont pâti du gouvernement Bush. Et ce petit journaliste, illustre inconnu, venge un peu tout le monde par ce simple geste. Bush a réussi à esquiver les chaussures mais à la limite, c’est pas ça qui est important, c’est le geste. Hélas, je ne suis pas convaincue que notre ami journaliste se soit sorti comme une fleur de cette histoire, il faudrait que je cherche sur le net pour voir ce qu’il est advenu de lui mais là, je suis dans le train alors voilà.

Et depuis, la vidéo fait le tour du net, tous les internautes se la renvoient en se tapant les cuisses, moi la première. Je ne suis pas du tout une fan de violence, bien au contraire, je suis souvent agacée par des anti bushisme primaires qui récitent le discours qu’ils ont entendu aux Guignols de l’info sans pour autant être capable d’aller au delà. Bush,
il m’a toujours plus ou moins effrayée, le côté « hé, les mecs, j’ai failli mourir étranglé par un bretzel, huhuhu! », le côté « quand tu me dis un truc, tu vois clairement mon regard se vider le temps que je comprenne », le côté « Dieu est notre ami, alleluia », le côté « les Arabes, tous des terroristes, Saddam Hussein est forcément le complice de Ben Laden, ils sont musulmans, c’est une preuve! ». Quand on sait que l’Irak était un Etat apostat, on ne peut pas dire que Hussein était dans le coeur de Ben Laden… Bref, si je reste à ironiser sur le caractère divin qu’on donne à Obama (et quelque part, je le plains, on attend tellement de lui et on fantasme tellement de choses…Ahem), je suis quand meme soulagée d’être
débarrassée de Bush et de ses potes. Même si je ne crois pas qu’on se dirige vers de glorieuses années, au moins, ça ne devrait pas être pire.

Finalement, je me dis que Bush n’aurait pas pu mieux partir. Maintenant, il paraît que Sarkozy ne souhaite pas se représenter en 2012 (oui, en fait, nous ne sommes pas en face d’un dictateur en puissance, je pense que certains seront un peu déçus) alors on fait quoi pour lui dire au revoir ?

NB : Humour la dernière phrase, je ne cautionne pas la violence quelle qu’elle soit.

Cachez ce sang que je ne saurais voir

Actuellement, je suis en vacances chez mes parents et ça fait du bien mais c’est pas le sujet de l’article. Hier ? On regardait le JT de 13h sur France 2, suivi par l’hebdo du médiateur, l’émission où les téléspectateurs râlent. Hier, le thème était : on a vu un reportage sur le Turkménistan dans Envoyé Spécial et ça nous a dérangé car la journaliste a mis sa vie et celle de ses complices sur place en danger. Et alors ?
 
Hier, j’ai pu prendre conscience à quel point la réalité peut déranger à la télé. Surtout à la télé car l’image donne un vernis de vérité au propos. Parce que le même reportage à l’écrit serait passé relativement inaperçu parce qu’on ne voit pas. Lors qu’à la télé, on voit donc c’est vrai. Bon, j’écrirai sans doute un article sur la magie du montage mais c’est pas tant le sujet de l’article du jour. Donc hier, j’ai appris que la télé ne pouvait pas montrer que dans des pays dont on ne parle pas au JT, il y a la guerre. Ben merde alors !
 
La semaine dernière, j’ai lu le nouveau bouquin de David Abiker, Le mur des lamentations. A un moment, il regarde le JT de 20h et explique en gros
qu’il aime ce moment où le présentateur lui donne l’impression qu’il a échappé à tous les malheurs égrenés pendant l’émission. Or, là, sur notre Turkménistan, une dame explique : « moi, j’ai été révoltée par ce reportage parce que quand je suis partie me coucher, je me sentais coupable et que je pouvais pas les aider. ». Oh la vache ! Oui parce que le malheur, on veut bien le regarder si on peut se racheter une conscience après. Le Wolrd trade center ? Une minute de silence, peut-être quelques dons et voilà, notre conscience est apaisée. Le tsunami ? Quelques dons et on oublie. La misère en Afrique ? Quelques sous expédiés, un peu de riz et un cahier et voilà, on dort tranquille. Limite, ça me fait penser aux
indulgences vendues par l’église à la période moderne qui permettaient de racheter ses péchés. C’est pas mieux, franchement !
 
Sauf que le monde n’est pas un épisode des Bisounours où tout est bien qui finit bien. Je ne dis pas que c’est mal de donner de l’argent aux assos, d’apporter sa petite pierre à l’édifice car, effectivement, si personne ne fait rien, ça n’ira pas mieux. Mais est-ce parce qu’on a donné 30 euros qu’on doit se laver les mains du malheur du monde, regarder le JT en toute sérénité parce que les gamins qui crèvent de faim, ça fait mal au cœur mais « nous, on a donné ! ». Ce qu’on veut voir au JT, c’est soit ce qu’on peut arranger (ou du moins croire que…) ou que ce soit des affaires qui ne nous concernent pas. L’Irak, c’est moche mais c’est la faute aux Américains. Nous, on voulait pas y aller, on a bien fait. Le Liban, c’est pas beau mais on fait partie de la force internationale, on s’implique alors ça va, on est rassurés.
 
Mais nous montrer tout ce pan du monde où la France ne cherche absolument pas à intervenir alors qu’il y a à faire, non, non, on ne veut rien voir.
Ni la dictature, ni la barbarie. Pas de cadavres non plus. Comment le sang peut-il couler sans que la France réagisse ? C’est impensable enfin ! Alors cachons ce Turkménistan au nom imprononçable qu’on ne sait même pas placer sur une carte ! Parlons plutôt du Liban et de la misère en Afrique, ça nous rassure, on a déjà donné donc on peut regarder en tout sérénité.
 
En tant que journaliste, je me pose des questions quand j’entends ça et je suis franchement écoeurée. Il est évident qu’on ne peut pas parler de tout, surtout à la télé. En 30 mn, faut caser le national, l’international, le sport, l’insécurité, le sabotier de Charentes et l’interview de la starlette à la mode. Dans la presse écrite, on peut proposer des reportages sur le Turkménistan, le Kirghizstan ou l’Ingouchie mais à la télé, non. Le pire, c’est quand on ose montrer un cadavre avec du vrai sang qui coule. Non mais vous imaginez ! On est en train de manger notre entrecôte purée maison et on nous montre un mort. Un mort pour lequel la France n’a rien fait et pour lequel on n’a pas envoyé d’argent ; Bouh, non alors, c’est pas possible ! Comment ose-t-on nous étaler ça sous le nez ? Le monde est moche, on le sait, pas la peine de nous le rappeler tous les midis et tous les soirs. Et si, en plus, pendant les émissions d’information, on nous rallonge la liste des pays où ça va mal plutôt que de nous montrer la jet set en vacances, c’est plus possible !
 
Mais croyez-vous vraiment que c’est parce qu’on ferme les yeux que les problèmes n’existent plus ? Faisons l’autruche et vivons heureux dans un
monde rose bonbon au parfum de guimauve. Evidemment qu’on ne peut pas régler tous les problèmes. Evidemment qu’il ne suffit pas d’un claquement de doigts pour régler la misère dans le monde et installer des régimes non répressifs partout dans le monde. Evidemment qu’il ne suffit pas de regarder pour que les guerres cessent. Mais cessons de nous voiler la face : à quoi ça sert de gueuler parce que des journalistes parlent d’un pays dictatorial où les journalistes locaux meurent en prison suite à des coups et blessures ? Pour une fois qu’une émission de télévision nous propose un reportage qui sort un peu des sentiers battus et arrête de brosser le spectateur dans le sens du poil, on devrait plutôt applaudir !