En ce jour férié qui commémore l’armistice 1918, la gloire de la France et tout le tintouin, moi, je te parle de mon chat. Oui, la majorité de mes lecteurs flânant par ici le font durant leurs heures de travail, je garde les articles sérieux pour quand vous travaillez.
Kenya est un chat tout petit et qui ne pèse pas grand chose, on dirait un grand chaton. Pour reprendre l’expression fétiche de Gauthier, elle est « bipolaire », un vrai Docteur Jekyll et Mister Hide félin. En journée, elle est calme et câline, elle dort tranquillement. De temps en temps, elle se met à miauler comme une demeurée pour me rappeler que son estomac crie famine. Mais la nuit, au moment où j’éteins la lumière, Mister Hyde apparaît et là, ça fait peur. La Kenya est un animal vicieux qui a plusieurs cordes à son arc pour empêcher sa maîtresse de sombrer dans le sommeil : miaulements, courses effrénées agrémentées d’étranges roucoulements mais surtout, sa préférée : faire tomber tout ce qui tombe à sa portée. Ah la chute des objets, c’est son hobby, c’est sa passion. Et moi, ça me rend folle donc les soirées de grande connerie, mademoiselle finit la nuit dans la salle de bain, après un coup de brumisateur sur le museau (le pschit, pas la bouteille, évidemment) et une sentence terrible : « là, t’es punie ! ». Mais le problème s’est qu’elle a une tête trop mignonne et des fois, elle me fait rire et je perds toute mon autorité.
Car Kenya est une comique qui s’ignore. Elle adore dormir sur le dessus de mon clic-clac, elle se met là et peut regarder la télé ou autre dans l’appartement. Sauf que, des fois, au réveil, elle s’étire longuement et entreprend de rouler sur le côté pour faire sa belle…et fatalement, elle tombe. Et fatalement, je ris et la voilà qui boude. Sinon, elle adore venir dormir sur ma tête au petit matin.
Kenya a un rapport particulier avec mes amis et amants : elle a une fascination absolue pour les hommes, elle n’aime pas toujours les filles… Je me souviens d’une fois où Clara était perchée sur un tabouret parce que Kenya lui bouffait les pieds. Ah, oui, elle adore ça, aussi, les pieds… Comme quoi, elle ne ressemble pas à sa maîtresse ! Par contre, dès qu’un homme (hétéro, désolé pour toi moumour) est dans la place, la demoiselle se fait roucoulante, toute calme. J’ai remarqué ça à l’époque où Julien me faisait du catsitting : dès qu’il pénétrait dans la pièce, elle se faisait toute mielleuse, toute sage… Pour un peu, je la soupçonnerais de vouloir me le piquer ! D’ailleurs, elle est plus forte que moi : elle a passé plusieurs nuits dans son lit alors que moi, j’ai dû me contenter de mes fantasmes. Sur le coup, j’ai attribué ça à :
– sa carrure : Julien fait 1m90 et dépasse les 90 kilos, une belle bête
– sa voix : une voix grave envoûtante qui porte.
– son calme. Je suis quelqu’un d’assez nerveux, lui non : peut-être lui transmettons-nous notre comportement sans nous en rendre compte.
Non, en vérité, elle aime juste les hommes hétéros. Gauthier fait 1m94, elle lui saute dessus à pieds joints au petit matin, on fait difficilement plus calme que Clara mais ma chipie l’ennuyait tout le temps, poussant le vice un soir de chaleur à tenter une copulation avec son sac à main.
En fait, Kenya est ma meilleure amie en matière de mec : selon son comportement avec lui, surtout en pleine brouette, je comprends si je dois le foutre dehors ou l’épouser. Résumons un peu tout ça. Le premier qu’elle eut emmerdé (sans le faire exprès), ce fut Benoît, le connard de la bise post-fellation. Il est allergique aux chats à un point assez étonnant… Limite, je l’ai soupçonné plusieurs fois de feindre l’allergie. Une fois, j’ai même dû enfermer la demoiselle pour qu’on copule tranquille… Heureusement, ce fut de courte durée. La prochaine fois que j’aurai à choisir entre un mec et un chat, monsieur pourra repartir la queue entre les jambes, rien à faire. Elle m’avait également ennuyée lors de ma brouette avec Raphaël, ce qui m’avait étonnée à l’époque : qu’est-ce qui lui prenait ? En temps normal, elle ne participe pas aux coïts… En fait, il y a un fin espace entre mon lit et le mur, un espace suffisamment grand pour qu’elle puisse passer les pattes et en se contorsionnant, le corps tout entier… Donc alors que j’étais en train de m’exciter sur Raphaël, je sens quelque chose qui me gratte le bras. Il me fait quoi, lui ? Ah, mais non, la gratouille ne vient pas du monsieur mais du mur… Ah, ok, Kenya a trouvé un nouveau jeu ! Après, si je me souviens bien, elle lui a fait le coup de la gratouille au bras (gratouille étant un terme gentil, tout de même, c’est pas super agréable comme sensation…) et elle lui avait mordu les pieds. Dernière victime en date : Arnaud ! Sur le coup, j’ai été très étonnée. En effet, elle l’avait parfaitement adopté, je me souviens d’un soir où on regardait tous les deux la télé, moi couchée sur ses genoux et la Kenya qui arrive pour s’incruster avec nous et avoir sa part de câlins : charmant tableau. Dernière brouette avec le monsieur, j’entreprends de le chevaucher avec ardeur, mes cheveux longs balayant son torse.
« Ah oui, ah oui, ah ouiiiiiii ! Ah…aïe-euh ! »
Oui le cri a un peu changé, il me regarde étonné, ma tête étrangement penchée vers le mur.
« Qu’est-ce qu’il y a ?
– Y a Kenya qui est en train d’escalader mes cheveux ! »
Bon, je libère ma pauvre chevelure, elle nous refait le coup de la gratouille sur le bras et pendant le câlin post-coït, elle entreprend de lui grignoter les orteils, jusqu’à ce que j’attrape et, la jetant au fin fond de la salle de bain, je proclame la terrible sentence : « Là, t’es punie ! ».
Donc depuis que j’ai Kenya, elle s’est révélée un formidable détecteur à connards. On pourrait penser qu’elle ne s’est pas occupée de mes autres amants car elle avait autre chose à faire (style manger son pâté ou faire tomber des objets) mais non : Kenya observe avec attention mes brouettes et c’est parfois un peu perturbant. Elle se pose soit sur le rebord du clic-clac (sa place attitrée en temps normal), soit sur le bar de la cuisine et elle regarde. Enfin, je sais pas si elle regarde tout parce que, franchement, pendant la brouette, je ne fais pas du tout attention à mon chat mais après je la vois, les pattes croisées, l’air attentif, en train de nous mater, mon amant et moi. Des fois, en plein coït, je l’entends qui s’agite, qui court en poussant son drôle de roucoulement, qui saute, mais j’ai pas le temps de chercher à comprendre ce qu’elle fait. En fait, je la soupçonne d’avoir été sociologue ou anthropologue dans une vie antérieure : elle passe son temps à observer. Mes brouettes, ce qu’il se passe dans la rue… Vous la verriez, le nez collé à la fenêtre, à regarder le vide abyssal de ma vie de quartier. Oui, dans ma rue, il y a deux événements majeurs : l’arrivée des enfants à l’école maternelle voisine et leur départ. Bon, leur arrivée, on la voit jamais, c’est tôt et je dors. Mais elle reste là, toute la journée, absorbée dans la contemplation de cette rue vide. Forcément, mes brouettes, à côté, c’est un spectacle merveilleusement passionnant.
Récemment, elle a trouvé un nouveau jeu : grimper sur mon lit juste avant ou pendant la partie de jambe en l’air. D’ordinaire, elle ne dort que très rarement avec moi, elle ne grimpe sur mon lit que le matin pour me réveiller (genre : « je te fais un câlin pour te dire que je t’aime mais surtout pour te rappeler que j’ai un estomac sans fond et que j’ai toujours faim, malgré mon petit kilo ») ou alors quand j’ai mis sa couverture dessus. Oui car j’ai une couverture magique : dès que Kenya la touche, elle se met à ronronner et la pétrit avec amour. Ça me vaut parfois des nuits calmes : en sautant partout sur le canapé, elle tombe sur la couverture. Ô délectation, elle ronronne, elle se pelotonne dessus et dort… Du coup, moi aussi. Donc mon lit n’est pas son lieu de villégiature préféré. Sauf quand je suis avec un homme. La première fois qu’elle m’a fait le coup, j’étais avec Jean (dont j’ai peu parlé mais il aura son article, rassurez-vous). Après des préliminaires qui nous avaient mis en appétit, il entreprend de s’encapuchonner et au moment où je m’apprêtais à le chevaucher, voilà-t-il pas que mademoiselle Kenya grimpe sur le matelas et nous regarde d’un air curieux. Après un fou rire, je la pousse gentiment mais fermement puis reprends la suite du programme. Plus récemment, avec Guillaume, elle s’est mêlée plusieurs fois de nos ébats. En général, elle intervient pendant les préliminaires. Mais faire une fellation devant mon chat qui grimpe sur le lit et vient voir de très près ce que je fabrique, ça a de quoi perturber. A un moment, on se déshabille prestement, jetant les fringues un peu n’importe où, j’entreprends de grimper sur le jeune homme quand ma vision périphérique m’informe qu’une tâche sombre a fait son apparition sur le lit. Sur le coup, je pense à un vêtement échoué mais Seigneur, il bouge ! Ah ben oui, c’était Kenya en train de faire sa toilette, là, tranquille ! Mais elle a fait très fort pour notre dernière brouette avant son départ. Elle est intervenue PENDANT. Imaginez un peu le tableau : ce jeune homme est en train de visiter (avec brio, il faut l’avouer) mon intimité et là, qui vois-je en train de marcher paisiblement sur nos corps en plein exercice, peu troublée par ce soudain tremblement de lit ? Kenya. J’informe donc Guillaume : « Aaaaaah….aaahhhh… Kenyaaaaaa, làààààà ! » et après quelques gestes maladroits, j’arrive à la pousser de là.
Maintenant, je me pose une question : ai-je fait de ma chatte une perverse ou l’a-t-elle toujours été ? Est-elle la digne bête de sa maîtresse (excepté son incompréhensible fétichisme des pieds) ? En tout cas, elle reste le meilleur détecteur à connards que je connaisse !