On perd vite le manuel des rencards réussis

Par Audrey

audrey-folle

Après la soirée de l’angoisse avec mes copines censées m’insuffler du courage pour ce premier rencard post longue relation amoureuse, je décide que j’ai pas besoin d’aide. Ca va, je ne suis plus une jeune pucelle rougissante. J’ai passé trois ans avec le même mec et j’ai eu une vie avant lui : plus experte des mecs que ça, tu meurs.

Le fétichisme des pieds, in ou out ?

Et je meurs, justement. De stress. Parce que bon, en trois ans, y a peut-être quelques trucs qui ont changé en matière de drague et mes copines ont préféré me prévenir sur les risques de finir découpée à la scie sauteuse et balancée dans la Seine en menus morceaux plutôt que de me dire si les rendez-vous galants, ça marche toujours pareil. On est toujours dans le bon vieux resto ou vive les apéros dînatoires ? Et on sort où maintenant à Paris pour passer une bonne soirée sans passer pour la meuf dépassée face aux hypra branchées parfaites jusqu’au bout des orteils. Tiens, au fait, faudrait que je pense à me faire une petite pédicure maison, peut-être que ce monsieur va voir mes pieds et les ongles un peu pas faits, ça le fait pas. Où on est-on du fétichisme des pieds, d’ailleurs ? In ou out ? On ne me dit rien, à moi !

Respire, ma fille, respire. Un, deux, trois, tout va bien se passer, ce n’est qu’une question d’organisation. D’abord, lançons les travaux de fond appelés aussi “bah, tiens, enfin une bonne occasion de me chouchouter”. Un peu de cire sur mes poils (c’est pas la mode les poils à tout hasard ? Ca m’arrangerait…), un peu de produits tout doux sur mes cheveux et ma peau, un peu de vernis sur mes doigts… Telle Cendrillon, j’émerge de mon petit nuage magique et… point de miracle. Le souci quand tu vis en couple et que tu te crois à l’abri de toute rupture (ERREUR), c’est que tu en profites pour te la couler douce sur les quelques gestes beauté qui t’ennuient le plus. A savoir pour ma part : épilation stricte (ça va, lui aussi, il a des poils et je ne lui dis rien), vernissage impeccable (selon une loi universelle, il est impossible de conserver une couche de vernis dans son intégralité plus de 8h… un peu comme les collants, impossible d’en porter un sans le filer toute une journée), silhouette impeccable. Je me masse le haut du nez en soufflant puis je hausse les épaules. Y a bien que les magazines féminins pour croire qu’on n’a aucune chance si on ne ressemble pas à une fille de leur canard. D’ailleurs, même les filles de leur canard ne se ressemblent pas et vu que Photoshop n’existe pas dans la vraie vie, on fera avec ce qu’on a.

 M’a-t-il draguée car il me sentait désespérée ?

Etape suivante : les vêtements. Dans la mesure où il ne fait pas particulièrement chaud, tout ce qui implique de dévoiler mes jambes avec juste un peu de voile autour me donne envie de pleurer. Bon allez, va pour mon petit jean fétiche, il me fait un cul d’enfer et ça dédramatise un peu la rencontre : je joue pas ma vie sur ce rencard, t’emballe pas mec. Par contre, pour le haut, l’hésitation monte d’un cran : décolleté or not ? En dévoiler un peu mais pas trop pour donner l’envie d’en voir plus mais sans envoyer le message “j’ai tellement la dalle que tu n’as rien à faire pour m’avoir”. Non, non, pas trop, soyons dans le suggéré… Ah oui, autre chose que j’ai un peu délaissé pendant ma vie de couple : ma grande-robe sexy. J’avoue que la mode sweat a eu avec moi l’une de ses plus ardentes défenseuses…

Deux heures plus tard, le contenu de mon armoire a envahi mon appart et je ne suis toujours pas plus avancée. Au fond, est-ce que tout cela a vraiment une importance ? Le mec m’a adressé la parole dans un bar où j’étais la seule à ne pas être fringuée en mode slut donc soit il aime les filles simples… soit il aime les filles désespérées, en période “basse estime de soi” parce que ça fait des proies faciles…

Je me jette sur mon lit et soupire… C’est fou comme, tout à coup, mon ex me manque… Soit on nous ment en nous disant que le célibat, c’est trop cool… soit c’est moi qui ne suis pas faite pour ça.

 

Où trouver l’homme ? Episode 21 : le resto d’après Starbucks

A la recherche du prince charmant

(Cher lecteur de mon cœur, et puis ceux que j’aime pas aussi, et puis les petits nouveaux, coucou, bienvenue, je te rappelle que tout ceci n’est qu’une fiction parce qu’en vrai, au Starbucks, j’étais pas dans le lot des draguées mais dans le lot de celles qui observaient, admirative. D’ailleurs, on n’a pas eu le fin mot de l’histoire et Tatiana et moi, nous sommes frustrées).

Nous voici donc parties, Tatiana et moi, avec ces deux inconnus pour un restaurant. Sur le papier, la soirée s’annonce sympa puisque nous nous entendons plutôt bien avec les deux jeunes hommes. Seulement voilà, ils sont deux, nous sommes deux donc un bref calcul mental nous permet de déduire que ça fait deux couples. Là où ça se corse, c’est que rien n’indique que nous allons être d’accord sur la répartition. Et dans ce cas là, il est difficile de s’isoler à deux pour partager le butin, si j’ose dire. Surtout qu’en l’espèce, ce sont eux qui
ont entamé la discussion donc le butin, c’est plutôt nous. Quoi que nous savons toutes que l’homme propose, la femme dispose (ou non) [je sens que ça va plaire à la frange la plus misogyne de mon lectorat].


Nous voici donc à table et là, je sens le drame poindre : Tatiana et moi avons verrouillé la même cible. Et là, c’est le drame. Le drame pour le pauvre mec délaissé, c’est quand même super dur à vivre de voir que son pote intéresse deux nanas et lui aucune. Y a bien que dans Hélène et les garçons que les choses se passent de façon harmonieuse : trois filles rencontrent trois garçons et chacun adopte aussitôt sa chacune. Pourquoi la vie n’est-elle pas simple comme une série AB (les viols et le fétichisme des pieds en moins) ?


Alors maintenant, la question est : qu’est-ce qui est le plus important ? Le mec ou l’amitié ? Parce que ce genre de situation peut nous exploser à la figure en moins de deux, ça commence par quelques piques pas trop méchantes sur l’adversaire… Enfin, la copine… Seulement, si on n’y prend pas garde, ça part en bataille rangée assez méchante : « oui, elle dépense des sommes folles en cosmétique, faut la voir le matin au réveil, c’est effrayant », « oui, elle va à la piscine toutes les semaines mais au vu de ses cuisses, on comprend pourquoi, ahahah ! », « t’as pas eu les chlamydiae, toi ? », « ahah, figure-toi que son mec est parti car elle passait sa vie à fouiller
dans son mobile ! », « t’as pas des problèmes de frigidité, toi ? ». Ca tape de plus en plus bas. Curieusement, les messieurs en face ont l’air quelque peu atterré, celui qui n’intéresse personne est perdu dans la contemplation de ses ongles. On voit bien que si son corps est toujours là, son esprit est loin, loin, loin…Son pote, l’objet de notre lutte sans merci, paraît très gêné et il se redresse au fur et à mesure pour ne pas être trop proche de nous, des fois que ça partirait à la baffe. Ah, tiens, il demande l’addition en sautant la case dessert et café. De mon expérience des hommes, cela veut dire deux choses : soit le dessert, c’est moi, soit il veut terminer la soirée au plus vite tellement il en peut plus. En l’occurrence, devinez quelles sont ses intentions de fin de soirée ?

Un quart d’heure plus tard, nous voici sur le trottoir à nous saluer poliment, on se reverra peut-être à l’occasion, des fois qu’on se croiserait… Traduction : « on ne se reverra jamais, adieu ! ». Nous voici donc comme deux ronds de flan sur le trottoir, Tatiana et moi. Un ange passe. Enfin, c’est pas vraiment un ange, je dirais plutôt un démon parce que l’ambiance est électrique. Selon ce qui va être prononcé dans les prochaines minutes, notre amitié sera sauvée ou pulvérisée.

« En fait, il n’est pas si beau que ça ».

Sauvée.

Moralité : Ne plus fréquenter de copines célibataires en public.

NB : En vrai de vrai, on ne se comporterait jamais comme ça avec Tatiana, évidemment.

Article « petits coeœurs, petites fleurs »

Aujourd’hui, je me suis donnée une mission. Remonter l’humeur générale de ce blog. Je me rends compte que mon méga coup de blues a été assez contagieux et comme je n’ai pas (encore) d’action chez Lexomil, je vois pas l’intérêt de maintenir cette morosité. Alors allons-y.
 
 
Imaginez. Un pré au printemps, l’herbe est tendre comme un golf anglais mais plus longue, le vent dessine de douces vagues dans la pelouse. Quelques coquelicots amènent des touches de couleur. Mais que voit-on, là-bas ? Un arbre, un arbre gigantesque. Imaginez que vous vous allongez au pied de cet arbre, à l’ombre. Vous regardez les feuilles qui se balancent doucement et qui se découpent sur le ciel azur. La douce brise caresse votre corps, vous êtes bien.
 
Ce petit moment de détente vous a été offert par Nina.
 
Parce que je ne suis pas qu’aigrie et frustrée dans la vie, des fois, je peux être charmante. Même quand un monsieur me demande à Montmartre si je suis grecque et que Lucie me dit que c’est à cause de mon nez. Non, je n’ai pas atomisé notre amie, elle est rentrée entière dans son pays (sauf si Gauthier l’a trucidée après que je les ai abandonnés tous les
deux).
 
Alors j’ai décidé d’écrire un article gai mais je ne sais trop quel sujet aborder. Vais-je parler de ma mère ? Ma mère en grande forme hier qui m’a sortie une énormité. Je l’appelle et dans la conversation, je lui explique que Gauthier m’avait fait une révélation : une fellation, ça ne coûte que 30 euros. Donc, là, communiste dans l’âme (oui, c’est un test sur le net qui m’a révélé ça, je suis communisto-écolo-socialiste), je m’insurge : « non mais tu comprends, 30 euros pour une pipe, c’est scandaleux, les pauvres filles, elles sont exploitées ! » Et là, ma mère qui me répond : « oui mais bon, en même temps, elles sont nourries… » Non mais quelle horreur ! Ma mère, celle qui m’a portée dans son ventre pendant neuf mois, celle qui m’a eue par la volonté du saint esprit car ma mère ne peut avoir de vie sexuelle. Ben, ma mère est une cochonne (comment attirer les pervers de google en trois leçons), je suis choquée. J’en ai même appelé Gauthier pour le lui raconter.
 
Vais-je parler de la connerie que j’ai dite chez Gauthier hier ? Oui, nous étions en forme, hier, Lucie et moi mations les zizis exposés dans Têtu, le magazine gay. Des petits zizis même pas jolis et là, Gauthier nous montre la collection merveilleuse de photos de pénis de gays sur le net. A un moment, il nous montre une photo d’un mec, on voit son torse et sa queue en érection. Moi, sans lunettes : « Mais c’est quoi les trucs blancs qu’il a sur le torse, des morceaux de papiers ? Ah non, je viens de comprendre, berk !!!! ». Grand moment de solitude, il faut bien l’avouer.
 
Vais-je parler de Kenya ? Non parce que l’autre matin, alors que je ne quittais pas mon lit, j’eus une réflexion, très conne. Telle maîtresse, Telle chatte ? (comment attirer les pervers de google en trois leçons) Bon, résumons-nous : comme moi, Kenya est toute petite mais elle, elle est maigre, en plus (alors que moi, hum) et elle a de grandes jambes élancées, comme dirait Axelle Laffont. Elle a de très belles moustaches et une longue queue, ce que je n’ai pas. Mais après, nous sommes toutes les deux très mignonnes, avec de grands yeux qui savent tout demander, on est comédiennes comme pas permis, on aime faire plein de bruits, on adore les câlins. Par contre, moi, je suis pudique, je fais pas pipi devant tout le monde et je mate pas les gens en pleine brouette.
Bon, non, parlons d’autre chose (bon, ok, j’en ai parlé quand même mais bon). De sexe ? Ah non, je garde ça pour un article à part entière. Quoi que si, allez. Parlons d’un sujet follement passionnant inspiré de ma vie de ces deux derniers jours : les sites de rencontre homosexuels. Ce que j’aime quand je vais chez Gauthier, c’est qu’il est toujours sur ces sites et, généreusement, il partage. Genre : « oh, regarde, il est mignon, lui ! » Et il regarde une autre photo : oh, une queue ! Il faut dire que je ne vois jamais autant de pénis que quand je vais chez Gauthier (en photo parce que les pénis que je vois en vrai, je les vois pas chez Gauthier !).
 
Donc, ces messieurs aiment se mettre en scène. Bite en érection ou en plein « crachage », photo les fesses à l’air et l’anus bien en évidence. Pour les plus hard, photos sado masochistes pas piquées des vers… Je vous épargnerai la description des trucs scatologiques mais si vous habitez dans le même immeuble que Gaugau, vous aurez certainement entendus les « beeeeerk ! » horrifiés de Lucie et moi. D’ailleurs, je suis contente d’apprendre que tout ce qui concerne les « pieds » est rangé dans la rubrique particulière. C’est-à-dire que les amateurs d’amours podologues sont rangés dans le même rayons que les scatos et les sado-masos. Quand je vous dis que les pieds sont la partie du corps qui ne doit pas servir pour le sexe, hein !
 
Donc on regarde ça et je finis par demander à Gauthier : « mais ça t’excite, ça ? ». Et il me répond un : « non, pas du tout ». Ben ça me rassure. Non parce qu’il y en a certains, c’est pas des anus qu’ils ont, c’est carrément le tunnel du Mont Blanc ! Et là, je me pose la question : ça existe, ça, chez les hétéros ? Oui, évidemment que ça existe. J’ai reçu quelques photos de pénis en érection, les messieurs se la bichonnant avec amour « jusqu’au plaisir », mais ça, ça se passe en privé. Je ne sais
pas si un site hétéro de rencontre propose de telles photos. A l’inverse, j’aurais pas idée de foutre en ligne des photos de moi à poil les jambes écartées. Je veux pas dire mais je trouve que le
sexe, masculin ou féminin, n’est pas précisément la partie la plus belle du corps humain. Surtout que dans ces cas-là, y aucun effet esthétique recherché. Une photo de nue esthétique, why not ? Mais un étalage de bidoche comme ça, bof, bof. Autant j’aime voir un steack cuisiné avec la petite branche de persil dessus, autant une photo de la bidoche crue, à peine enlevée de la carcasse, non. Ben, là, c’est pareil. Une photo d’homme nu avec un effet esthétique recherché, oui, une photo de bite en folie, non. Surtout que ce n’est excitant pour personne (sauf à la limite pour le mec qui prend ça en photo, apparemment, ça lui fait de l’effet !).
 
Et puis, zut, vive les surprises ! Le week-end dernier, je prends le thé avec Tatiana, ma super copine ésotérique et nous voilà à parler de pénis. Comment savoir si monsieur est bien monté ou pas ? Parce que quand il est au repos, monsieur, le jean moule plus le service trois pièce que le pénis en lui-même donc difficile à dire. Selon Tatiana, c’est proportionnel aux mains : grands doigts, grande queue, petits doigts boudinés, petite queue boudinée… Oui, à y réfléchir, c’est pas tout à fait faux mais c’est pas forcément une règle immuable non plus. Mais bon, vu les moignons qui me servent de doigts, y a des jours où je suis contente d’être une fille ! Non parce que c’est très con mais y a toujours une certaine trouille au moment du premier effeuillage : comment est-il monté ? La taille n’a pas forcément d’importance en soi, tout dépend la façon dont on s’en sert mais y a quand même une taille minimale, non mais !
 
L’autre jour, Gauthier me taquinait sur les attributs d’un gars qui me plaît, en me disant ; « mais s’il le faut, il en a une toute petite ! ». Je lui rétorque
que je suis sûre que non (j’en sais rien mais bon, je sens pas la petite quéquette) mais mine de rien, quelques nuits plus tard, j’ai fait un rêve. J’étais dans ma baignoire à barboter et j’étais
dans le noir (oui, je suis joueuse, je prends un bain dans le noir) et voilà monsieur qui arrive, je sais que c’est lui, même s’il fait noir. Et donc il s’assoie, on s’embrasse et là, mes mains
se dirigent de façon craintive vers son sexe et dans ma tête, une petite voix : « pourvu qu’elle soit pas minuscule, pourvu qu’elle soit pas minuscule… » et je l’attrape et… bon, ben, je vous dirai pas si je fus satisfaite ou pas ! N’empêche que les conneries de Gauthier perturbent même la sexualité que j’ai dans mes rêves, où va le monde ?
 
Voilà, c’était l’article « petits cœurs, petites fleurs ». Sur ce, je vais décrocher Kenya qui à force de grimper aux rideaux a fini par y rester accrochée. Je pense que cet article fut du grand n’importe quoi, promis, lundi, on revient à des articles plus normaux. A noter d’ailleurs qu’à partir de lundi, les articles seront en ligne dès le matin ! 

Kenya est une voyeuse

En ce jour férié qui commémore l’armistice 1918, la gloire de la France et tout le tintouin, moi, je te parle de mon chat. Oui, la majorité de mes lecteurs flânant par ici le font durant leurs heures de travail, je garde les articles sérieux pour quand vous travaillez.
 
Kenya est un chat tout petit et qui ne pèse pas grand chose, on dirait un grand chaton. Pour reprendre l’expression fétiche de Gauthier, elle est « bipolaire », un vrai Docteur Jekyll et Mister Hide félin. En journée, elle est calme et câline, elle dort tranquillement. De temps en temps, elle se met à miauler comme une demeurée pour me rappeler que son estomac crie famine. Mais la nuit, au moment où j’éteins la lumière, Mister Hyde apparaît et là, ça fait peur. La Kenya est un animal vicieux qui a plusieurs cordes à son arc pour empêcher sa maîtresse de sombrer dans le sommeil : miaulements, courses effrénées agrémentées d’étranges roucoulements mais surtout, sa préférée : faire tomber tout ce qui tombe à sa portée. Ah la chute des objets, c’est son hobby, c’est sa passion. Et moi, ça me rend folle donc les soirées de grande connerie, mademoiselle finit la nuit dans la salle de bain, après un coup de brumisateur sur le museau (le pschit, pas la bouteille, évidemment) et une sentence terrible : « là, t’es punie ! ». Mais le problème s’est qu’elle a une tête trop mignonne et des fois, elle me fait rire et je perds toute mon autorité.
 
Car Kenya est une comique qui s’ignore. Elle adore dormir sur le dessus de mon clic-clac, elle se met là et peut regarder la télé ou autre dans l’appartement. Sauf que, des fois, au réveil, elle s’étire longuement et entreprend de rouler sur le côté pour faire sa belle…et fatalement, elle tombe. Et fatalement, je ris et la voilà qui boude. Sinon, elle adore venir dormir sur ma tête au petit matin.
 
Kenya a un rapport particulier avec mes amis et amants : elle a une fascination absolue pour les hommes, elle n’aime pas toujours les filles… Je me souviens d’une fois où Clara était perchée sur un tabouret parce que Kenya lui bouffait les pieds. Ah, oui, elle adore ça, aussi, les pieds… Comme quoi, elle ne ressemble pas à sa maîtresse ! Par contre, dès qu’un homme (hétéro, désolé pour toi moumour) est dans la place, la demoiselle se fait roucoulante, toute calme. J’ai remarqué ça à l’époque où Julien me faisait du catsitting : dès qu’il pénétrait dans la pièce, elle se faisait toute mielleuse, toute sage… Pour un peu, je la soupçonnerais de vouloir me le piquer ! D’ailleurs, elle est plus forte que moi : elle a passé plusieurs nuits dans son lit alors que moi, j’ai dû me contenter de mes fantasmes. Sur le coup, j’ai attribué ça à :
– sa carrure : Julien fait 1m90 et dépasse les 90 kilos, une belle bête
– sa voix : une voix grave envoûtante qui porte.
– son calme. Je suis quelqu’un d’assez nerveux, lui non : peut-être lui transmettons-nous notre comportement sans nous en rendre compte.
Non, en vérité, elle aime juste les hommes hétéros. Gauthier fait 1m94, elle lui saute dessus à pieds joints au petit matin, on fait difficilement plus calme que Clara mais ma chipie l’ennuyait tout le temps, poussant le vice un soir de chaleur à tenter une copulation avec son sac à main.
 
En fait, Kenya est ma meilleure amie en matière de mec : selon son comportement avec lui, surtout en pleine brouette, je comprends si je dois le foutre dehors ou l’épouser. Résumons un peu tout ça. Le premier qu’elle eut emmerdé (sans le faire exprès), ce fut Benoît, le connard de la bise post-fellation. Il est allergique aux chats à un point assez étonnant… Limite, je l’ai soupçonné plusieurs fois de feindre l’allergie. Une fois, j’ai même dû enfermer la demoiselle pour qu’on copule tranquille… Heureusement, ce fut de courte durée. La prochaine fois que j’aurai à choisir entre un mec et un chat, monsieur pourra repartir la queue entre les jambes, rien à faire. Elle m’avait également ennuyée lors de ma brouette avec Raphaël, ce qui  m’avait étonnée à l’époque : qu’est-ce qui lui prenait ? En temps normal, elle ne participe pas aux coïts… En fait, il y a un fin espace entre mon lit et le mur, un espace suffisamment grand pour qu’elle puisse passer les pattes et en se contorsionnant, le corps tout entier… Donc alors que j’étais en train de m’exciter sur Raphaël, je sens quelque chose qui me gratte le bras. Il me fait quoi, lui ? Ah, mais non, la gratouille ne vient pas du monsieur mais du mur… Ah, ok, Kenya a trouvé un nouveau jeu ! Après, si je me souviens bien, elle lui a fait le coup de la gratouille au bras (gratouille étant un terme gentil, tout de même, c’est pas super agréable comme sensation…) et elle lui avait mordu les pieds. Dernière victime en date : Arnaud ! Sur le coup, j’ai été très étonnée. En effet, elle l’avait parfaitement adopté, je me souviens d’un soir où on regardait tous les deux la télé, moi couchée sur ses genoux et la Kenya qui arrive pour s’incruster avec nous et avoir sa part de câlins : charmant tableau. Dernière brouette avec le monsieur, j’entreprends de le chevaucher avec ardeur, mes cheveux longs balayant son torse.
« Ah oui, ah oui, ah ouiiiiiii ! Ah…aïe-euh ! »
Oui le cri a un peu changé, il me regarde étonné, ma tête étrangement penchée vers le mur.
« Qu’est-ce qu’il y a ?
– Y a Kenya qui est en train d’escalader mes cheveux ! »
Bon, je libère ma pauvre chevelure, elle nous refait le coup de la gratouille sur le bras et pendant le câlin post-coït, elle entreprend de lui grignoter les orteils, jusqu’à ce que j’attrape et, la jetant au fin fond de la salle de bain, je proclame la terrible sentence : « Là, t’es punie ! ».
 
Donc depuis que j’ai Kenya, elle s’est révélée un formidable détecteur à connards. On pourrait penser qu’elle ne s’est pas occupée de mes autres amants car elle avait autre chose à faire (style manger son pâté ou faire tomber des objets) mais non : Kenya observe avec attention mes brouettes et c’est parfois un peu perturbant. Elle se pose soit sur le rebord du clic-clac (sa place attitrée en temps normal), soit sur le bar de la cuisine et elle regarde. Enfin, je sais pas si elle regarde tout parce que, franchement, pendant la brouette, je ne fais pas du tout attention à mon chat mais après je la vois, les pattes croisées, l’air attentif, en train de nous mater, mon amant et moi. Des fois, en plein coït, je l’entends qui s’agite, qui court en poussant son drôle de roucoulement, qui saute, mais j’ai pas le temps de chercher à comprendre ce qu’elle fait. En fait, je la soupçonne d’avoir été sociologue ou anthropologue dans une vie antérieure : elle passe son temps à observer. Mes brouettes, ce qu’il se passe dans la rue… Vous la verriez, le nez collé à la fenêtre, à regarder le vide abyssal de ma vie de quartier. Oui, dans ma rue, il y a deux événements majeurs : l’arrivée des enfants à l’école maternelle voisine et leur départ. Bon, leur arrivée, on la voit jamais, c’est tôt et je dors. Mais elle reste là, toute la journée, absorbée dans la contemplation de cette rue vide. Forcément, mes brouettes, à côté, c’est un spectacle merveilleusement passionnant.
 
Récemment, elle a trouvé un nouveau jeu : grimper sur mon lit juste avant ou pendant la partie de jambe en l’air. D’ordinaire, elle ne dort que très rarement avec moi, elle ne grimpe sur mon lit que le matin pour me réveiller (genre : « je te fais un câlin pour te dire que je t’aime mais surtout pour te rappeler que j’ai un estomac sans fond et que j’ai toujours faim, malgré mon petit kilo ») ou alors quand j’ai mis sa couverture dessus. Oui car j’ai une couverture magique : dès que Kenya la touche, elle se met à ronronner et la pétrit avec amour. Ça me vaut parfois des nuits calmes : en sautant partout sur le canapé, elle tombe sur la couverture. Ô délectation, elle ronronne, elle se pelotonne dessus et dort… Du coup, moi aussi. Donc mon lit n’est pas son lieu de villégiature préféré. Sauf quand je suis avec un homme. La première fois qu’elle m’a fait le coup, j’étais avec Jean (dont j’ai peu parlé mais il aura son article, rassurez-vous). Après des préliminaires qui nous avaient mis en appétit, il entreprend de s’encapuchonner et au moment où je m’apprêtais à le chevaucher, voilà-t-il pas que mademoiselle Kenya grimpe sur le matelas et nous regarde d’un air curieux. Après un fou rire, je la pousse gentiment mais fermement puis reprends la suite du programme. Plus récemment, avec Guillaume, elle s’est mêlée plusieurs fois de nos ébats. En général, elle intervient pendant les préliminaires. Mais faire une fellation devant mon chat qui grimpe sur le lit et vient voir de très près ce que je fabrique, ça a de quoi perturber. A un moment, on se déshabille prestement, jetant les fringues un peu n’importe où, j’entreprends de grimper sur le jeune homme quand ma vision périphérique m’informe qu’une tâche sombre a fait son apparition sur le lit. Sur le coup, je pense à un vêtement échoué mais Seigneur, il bouge ! Ah ben oui, c’était Kenya en train de faire sa toilette, là, tranquille ! Mais elle a fait très fort pour notre dernière brouette avant son départ. Elle est intervenue PENDANT. Imaginez un peu le tableau : ce jeune homme est en train de visiter (avec brio, il faut l’avouer) mon intimité et là, qui vois-je en train de marcher paisiblement sur nos corps en plein exercice, peu troublée par ce soudain tremblement de lit ? Kenya. J’informe donc Guillaume : « Aaaaaah….aaahhhh… Kenyaaaaaa, làààààà ! » et après quelques gestes maladroits, j’arrive à la pousser de là.
 
Maintenant, je me pose une question : ai-je fait de ma chatte une perverse ou l’a-t-elle toujours été ? Est-elle la digne bête de sa maîtresse (excepté son incompréhensible fétichisme des pieds) ? En tout cas, elle reste le meilleur détecteur à connards que je connaisse !