Comment décrédibiliser un camp : comparatif manifestation Cop21 vs féminisme

Le 29 novembre dernier, peu de temps avant de décoller pour aller voir des amis, Victor et moi traînons un peu sur Twitter, suivant la manifestation écologiste à l’occasion de la Cop21. Il avait prévu d’y aller, me convainquant de ne pas le suivre car ça pouvait être dangereux. Pas à cause d’un éventuel attentat mais bien à cause des lacrymos et autres coup de matraque distribués dans le tas. Oh mais non, tu exagères, petit coeur. Ah mais non… Et sur ma timeline, je vois l’impensable : un silence de la plupart de mes contacts sur la manif jusqu’au moment fatidique où 3 connards ont jeté des bougies du Mémorial. Enfer et damnation, ces écolos sont des connards, ils méritent bien un peu de lacrymo et des coups, ils détruisent nos témoignages de compassion. Mais… Comment vous pouvez tomber dans un piège aussi grossier ? Alors oui, les connards (Black blocs apparemment mais d’après ce que j’ai pu voir/lire, aucun des cagoulés n’a été arrêté… Mais bon, vu que les black blocs ne sont pas une entité fixe mais qu’on peut tous l’être, j’imagine que c’est compliqué de savoir qui est qui), il y en a eu comme il y en a dans chaque manif mais bordel, vous voyez pas qu’ils se servent de ça pour brouiller le message ? Non.

place-de-la-republique-dimanche-29-novembre manifestation COP21

Ok alors pour vous prouver que si, c’est bien ça l’astuce, je vais prendre un sujet qui fait bien plus réagir ma timeline que l’écologie : le féminisme.

gloria-steinem-with-dorothy-pitman-hughes-1971

Les black blocs = les Femen

Classic shit de n’importe lequel des mouvements : les membres dont on se passerait bien parce qu’on va vous les balancer systématiquement à la tronche pour décrédibiliser votre combat. Côté COP21, on l’a bien vu, ce sont les Black Blocs. Côté féministe, on a les Femen et tou-te-s celles et ceux qui ont essayé d’avoir un propos pro féministe vont confirmer : on a toujours droit aux Femen “ah ouais mais t’es féministe et t’es d’accord avec les Femen, alors !”. Non pas forcément parce que tu vois, quelles que soient tes opinions, tu ne trouveras jamais un mouvement où tout le monde est absolument d’accord sur les fins et moyens. Les Femen, je trouvais le discours de base sur la réappropriation du corps intéressante, quelques happenings qui ont du sens, je les ai trouvées couillues d’aller se frotter à Civitas mais… je comprends jamais bien ce qu’elles veulent, en fait. Des opérations coup de poing, on en a eues mais on n’entend jamais bien leurs revendications. Mais quoi qu’on pense des Femen, elles semblent constituer à elles seules un amalgame pénible à porter pour toute féministe alors qu’elles ne représentent qu’un mouvement minoritaire mais visible. Comme les Black Blocs. Et cette assimilation systématique devient un argument en lui-même pour ne pas écouter les féministes ou militants écologistes.

femen

“Il fallait pas faire comme ça” = le mansplaining

Toute féministe qui débat a un jour entendu un homme lui expliquer que c’est pas comme ça qu’il faut s’y prendre. En légèrement caricatural, ça donne “non mais vous êtes toutes hystériques, comment voulez-vous qu’on adhère à votre combat, aussi ?” et ces gentilles personnes (souvent des hommes) viennent nous expliquer comment qu’on milite pour gagner l’adhésion de la populace tout en nous imposant un calendrier de priorités qu’on doit suivre à la lettre parce que pardon, y a plus important que le combat que vous êtes en train de mener. Vous luttez contre la place des femmes en entreprise ? Idiotes, la priorité, c’est le viol ou la violence conjugale. Apparemment, la légende voulant qu’un homme ne puisse exécuter qu’une seule tâche à la fois semble vraie. car, voyez-vous, on peut mener plusieurs luttes de front, sans hiérarchiser la priorité en délaissant les autres dossiers. Sur la fameuse manif, on retrouve la même rhétorique : fallait pas manifester. Il est vrai que les grands changements dans le monde ont toujours été faits à partir d’un canapé. Rappelons que la chaîne humaine était autorisée et que les choses ont dégénéré lorsque les manifestants ont commencé à être enfermés sur la Place de la République et gazés avant même les premières échauffourées. Ah et pour celles et ceux qui me diraient que, quand même, y a des façons plus douces ou subtiles de lutter, relisez l’histoire du MLF, elles ont pas toujours fait dans la dentelle, loin de là.

mlf

“Fallait pas manifester” = “elle l’a cherché, t’as vu comme elle est habillée ?”

Suite du précédent : ok, ils se sont faits gazer/frapper/interpeller mais on leur avait dit de pas aller manifester alors, hein… On remplace par “oui, elle s’est faite agresser mais t’as vu comme elle était habillée aussi”. Je n’aurai pas l’audace de comparer ça à un viol mais ici, la victime n’est jamais innocente. Non parce que pardon, remettons un peu en contexte : des centaines de personnes ayant participé à une marche autorisée avec leur drapeau peace qui se prennent des coups par des flics alors qu’ils sont assis par terre les mains en l’air, je ne vois pas dans quel univers, c’est chercher la merde… Ah si, dans celui de ceux qui veulent démonter cette manif, bien sûr.

Ces activistes sont tellement dangereux qu'un flic laisse traîner sa matraque au sol et lui tourne le dos... manifestation COP21
Ces activistes sont tellement dangereux qu’un flic laisse traîner sa matraque au sol et lui tourne le dos…

“Ouais mais les flics du Bataclan” = “no all men”

Oui les flics du Bataclan ont des couilles XXL et je n’aurais pas été capable de faire la même chose qu’eux. Mais ça n’empêche pas que les CRS qui ont “encadré” la manifestation se sont adonné à des violences injustifiées et le reconnaître n’enlève pas le mérite de ceux du Bataclan vu que ça n’a strictement rien à voir. Cette volonté de soudain déifier les flics comme l’entité salvatrice, empêchant ainsi toute critique me gêne, c’est un peu “non mais y a des mecs bien aussi”. Je suis la première saoulée par la systématisation du flic= gros con débile mais en l’occurence, sur cette manif, ils ont grave chié et abusé de leurs prérogatives. De la même façon que des mecs courageux vous sauvant d’une agression ne transforment pas tous les mecs en personne bien attentionnées à votre égard.

batman

Bref, une rhétorique simple qui s’applique à tout ce qu’on veut dénigrer. Toujours pas indignés, toujours indifférents ? Peut-être souffrez-vous de… snobisme géopolitique !

Je vous explique ça demain (enfin, j’essaie, je suis tellement charrette cette semaine… Enfin, ça fait un mois mais là encore plus)(mais c’est pas pour autant que je vais pas m’indigner, ça s’agite violemment en moi tout ça)

 

Mais vous, les filles, vous faites jamais le premier pas aussi

Ce qui est formidable avec les réseaux sociaux, c’est que tout le monde est libre d’y donner son avis. Y compris (et surtout) les cons d’ailleurs. Ainsi, la semaine dernière, nous avons appris pèle-mêle que pour pas être violée, il suffit de dire non fermement (et si tu le fais pas, viens pas te plaindre après) ou qu’embrasser une fille de force dans la rue, c’est rien du tout, rohlala ! Moi même, je l’avoue, j’aime bien que des mecs collent leurs lèvres aux miennes sans rien me demander, peut-être même vont-ils mettre la langue, ouhlala… Evidemment, la grande question qui demeure face à cette vidéo (outre le “mais putain, tu nous prends pour tes jouets, mec ?”) est : “mais pourquoi faire ? Quel intérêt à embrasser des filles dans la rue qui n’en ont pas envie ?”. Et pour avoir subi une tentative de baiser volé par le passé, je vous confirme que ça marche pas.

baiser-vole

Dans le déluge de commentaires qui a suivi, à base de “non mais ça va, c’est juste un bisou, vous êtes trop relou les meufs, y a plus graaaaaaaaave”, j’en aperçois un, je ne sais plus où, qui légitime “ouais mais faut avouer que vous, les filles, vous ne faites jamais le premier pas, faut bien qu’on se lance!”. Oui ok… Mais non, en fait. Petite analyse des faits.

couple-bateau

Mise en situation : je marche gaiement dans la rue quand je croise une bombe ultime, genre un Gael Garcia Bernal parce que les accents, ça m’excite à mort (et oui, dans cette histoire, j’aurais le pouvoir de détecter les mecs à accents, pourquoi pas ?). Complètement émoustillée, vais-je lui adresser la parole ? Et bien non. Et ce pour plusieurs raisons :
– que sais-je de ce mec à part que je lui mordrais bien les fesses ? Rien. Même pas s’il est, à minima, disponible et hétérosexuel.
– imaginons que ce bellâtre soit disponible et hétérosexuel, rien ne m’indique qu’il ait envie de subir une tentative de drague, qu’il en ait le temps. Oui, aussi incroyable que ça puisse paraître, les gens sont parfois dans la rue pour se rendre quelque part et ne vont pas tout laisser tomber pour prendre un café avec un-e inconnu-e. Sans parler du fait que je ne sais pas dans quel état psychologique il est. S’il le faut, il vient de passer une mauvaise journée et la nana qui vient lui adresser la parole pour lui dire qu’il est bien joli, non, là, non…
– imaginons que ce bellâtre soit disponible, hétérosexuel, pas pressé, de bonne humeur et motivé pour un café (bonjour la liste des conditions), allons siroter joyeusement un verre en terrasse et là, au bout de 2 minutes, je meurs d’ennui. Désolée d’être un peu cérébrale mais l’enveloppe physique, ça fait pas tout. Sauf à la limite à 2h du matin quand je suis en boîte et trop bourrée pour réfléchir mais vu que je vais plus jamais en boîte…

Draguer-en-boite

Mais au delà de ça, ce qui me fascine, c’est que, manifestement, dans la tête de ce garçon, le monde est une scène de séduction permanente. La femme ne sort dans la rue que pour être draguée puisqu’elle ne fait jamais le premier pas. D’ailleurs, c’est bien pour ça qu’on se maquille, qu’on se fait jolie, c’est pour inviter le premier mec venu à faire ce premier pas qu’on n’ose esquisser par timidité, bien sûr, bien sûr. Mais n’as-tu jamais envisagé la question sous un autre angle ? Que là, de suite, si on est dans la rue, c’est pour aller bosser, voir des copines voire notre mec ? Que si on porte une jupe, c’est parce qu’on la trouve jolie, qu’on aime bien qu’elle volète autour de nous mais qu’on s’en fout de vous ? Que là, de suite, je marche en pensant à un truc du boulot, que j’ai peut-être eu une mauvaise nouvelle dans la journée qui ne me rend pas vraiment d’humeur primesautière ? Non, le fait de fouler l’asphalte ne me fait pas immédiatement plonger dans une excitation telle que je ne peux qu’être sensible à la séduction, en attente d’un plan drague car je suis bien trop timide pour aller t’aborder, jeune homme. D’ailleurs, toutes les femmes dans la rue sont hétérosexuelles, disponibles et sensibles à un discours généralement sans intérêt, c’est bien connu…

Aborder-une-fille-les-erreurs

Bref, si nous ne draguons pas dans la rue, c’est pas par timidité. C’est juste qu’on n’en a rien foutre.

Meurtrière !

Cette semaine, je me sens un peu d’humeur féministe donc je vais vous gratifier non pas d’un mais au moins de deux voire trois articles sur le sujet. Je suis comme ça, moi. Entamons donc cette dilogie/trilogie avec un sujet déjà évoqué par le passé mais apparemment, rien ne change : l’avortement.

Lundi, un compte intitulé “pro vie” quelque chose a débarqué sur Twitter. Je m’abstiendrai de vous le linker, pas besoin de faire de la pub à ce compte qui, rien que par son intitulé me débecte. Pro vie, ça veut dire quoi ? Qu’une femme qui choisit de ne pas poursuivre une grossesse est une anti vie ? Une meurtrière ? Tout noir, tout blanc, le gris est parti en vacances. Je vomis ce terme comme je vomis ceux qui refusent le droit de choisir, un droit voté il y a 40 ans mais qui peut vite se révéler compliqué à appliquer.

Je n’ai jamais avorté. Des amies, des membres de ma famille ont dû y avoir recours par contre et selon les cas, c’est pas toujours si simple. Les praticiens pratiquant l’avortement ne sont pas légion, les plannings familiaux ferment à tour de bras et je ne vous parlerai même pas de certains regards réprobateurs. Pourtant je ne peux qu’applaudir ces femmes qui ont eu le courage de ne pas faire naître un malheureux de plus. Quel enfant peut s’épanouir dans un contexte où il n’était pas désiré ? Je me dis que si demain, je tombe enceinte et que je donne vie à ce foetus, le pauvre gosse part avec un sacré handicap dans la vie. Même si le fait qu’il existe malgré les capotes et le stérilet fait que dès le départ, je l’appellerai Jésus. Je ne suis pas actuellement quelqu’un capable d’assumer et d’élever un enfant. Droit à la vie, super, mais droit au bonheur ?

En fait, ce que je trouve dramatique, c’est que 40 ans après, je me rends compte que ce droit reste toujours aussi discuté. Prenons le débat typique pro/ anti avortement. Le pro avortement se sentira toujours obligé de sortir un argument à base de “et si elle se fait violer et qu’elle tombe enceinte, tu trouves pas horrible qu’elle doive le garder ?” ou le moins extrême et tellement plus probable : “50% des femmes qui avortent le font car leur moyen de contraception était défaillant”. Ca, ok, c’est un fait. Sauf que j’ai envie de dire qu’on chercher à justifier un acte censé être légal, reconnu. Un droit. DROIT. On n’a pas à placer le choix de la femme dans un contexte particulier. Peu importe que l’avortante ait été violée, ait connu un problème de contraception ou n’avais juste aucune info sur la reproduction (ça arrive aussi), y a pas à légitimer. C’est son histoire, son choix, il n’y a pas à lui demander pourquoi elle a décidé ceci ou cela. Ca ne nous regarde pas.

La femme est seule maîtresse de son corps et de sa vie. Avoir un enfant implique une masse de responsabilités et nous ne nous sentons pas toujours à la hauteur pour les assumer. Moi, en tout cas, je ne me sens pas d’attaque et j’ai pas envie qu’un enfant souffre de mon immaturité sur ce point. Ce serait un choix raisonnable. Dieu Merci pour moi, Durex et Gudrun m’ont toujours protégée de cette éventualité. Mais si un jour, je choisissais de ne pas donner vie à cet amas de cellule dans mon ventre, je refuse de justifier quoi que ce soit. Ni les circonstances de cette grossesse accidentelle ni ma décision de ne pas la mener à terme. C’est mon histoire intime, la seule personne avec qui je devrai éventuellement en débattre c’est le géniteur.

Aujourd’hui, on légifère sur tout. Sur la reconnaissance de certains faits et on pénalise le fait de nier cette reconnaissance. Aujourd’hui, si je nie le génocide arménien, je suis condamnable. Par contre, si je fais la guerre à des femmes qui utilisent un droit qu’on leur a donné y a près de 40 ans, c’est complètement normal.

PS : Quand je vois les horreurs postés par les « pro vies », ces monceaux de désinformation dans google images quand tu tapes avortement, je me dis qu’il serait largement temps de légiférer sur le sujet.

PPS : Vu la mésaventure de la dernière fois, si un forum pro vie s’amuse à me linker comme un blog « anti vie » (oui, je suis une serial killer) et que tous ses membres viennent pourrir mes comms :  ceux-ci sont automatiquement modérés et je ne les publierai pas. On a le droit d’avoir son avis, je veux bien débattre mais à 100 contre une, c’est pas du débat, c’est de la propagande.

On avait dit « pas le physique » !

Par Enzo

Ecoeurant. C’est le mot qui me vient à la lecture de certains articles et déclarations à propos de l’affaire DSK en cours (je doute avoir besoin de faire une introduction informative sur le sujet). Au delà du doute que l’on peut appliquer à toute chose (Descartes mon amour), au dela de la solidarité que l’on peut témoigner envers un proche accusé (l’irrépressible « mais il était si gentil ! » des proches de tueurs en série), il y a des termes, des manières qui sont écoeurantes.
dsk-fmi.jpg
Et qui découlent de préjugés inaceptables. Les avocats se seraient permis de dire avoir été étonnés de rencontrer une plaignante « très peu jolie ». La beauté serait donc une donnée explicative, justificative de viol ? Passons, après tout ce sont ses avocats qui tentent de discréditer la plainte. Mais cet aspect est parfois repris en sous-entendu dans certains articles qui mentionnent des informations capitales : un témoin a témoigné, la plaignante a « des gros seins et des belles fesses ». De nombreux autres témoignages font acte de la beauté de la victime (si vous êtes pointilleux, « présumée » est sous-entendu et à rajouter après le mot victime tout le long de cet article). Par contre on ne parle pas du physique de l’agresseur.  Apparemment on a le droit de prendre le physique comme angle de compréhension (pour ne pas dire d’attaque), pourquoi ne pas y aller gaiement ? Un homme de 62 ans (donc vieux, au moins par rapport à la victime qui fait environ deux fois moins), gros (il n’est pas comme Arnold Schwarzenegger alors qu’il est plus jeune), moche (il n’est pas comme Harrison Ford ou Tom Selleck alors qu’il est plus jeune), accusé de viol par une séduisante jeune femme de 32 ans. Si certains sous-entendent que la beauté de la plaignante a le moindre intérêt dans l’affaire, alors l’inverse également. Quel est le plus probable ? La plaignante totalement attiré par son ventre adipeux, ses rides et ses cheveux blancs, vexée de ne pas avoir droit
à tout un après-midi d’amour car il a un déjeuner important ou un vieux libidineux qui a dû mater trop de porno pour confondre ses désirs avec la réalité ?
Mais les probabilités ne font pas la vérité. Malgré tout ce qu’on pourra conjecturer dans un sens ou dans l’autre, on aura pour l’instant affaire à un chat de Schrodinger, soit vivant soit mort tant qu’on ne l’aura pas sorti de la boite. Malgré ceux qui assureront que le chat est vivant parce qu’il était gentil, malgré ceux qui affirmeront que le chat est sûrement mort parce qu’il avait déjà fait des conneries (et donc tapera dans la fiole de poison), on ne peut toujours pas se prononcer, alors à quoi bon prendre le risque d’être ridicule ensuite ?
Pour conclure, la palme à l’un de ses proches qui pense semer un doute en avançant l’argument suivant (je résume) : « son aventure précédente (connue) était une blonde mince, là c’est une afro-américaine plantureuse ». Mais c’est bien sûr ! Ca ne peut pas être lui, ce n’est pas son type de femmes, il ne peut physiquement pas être attiré par d’autres femmes, c’est bio-logique ! D’ailleurs les médias rapportent mal les propos de certains, ce n’est pas un homme « qui aime les femmes » (sic), c’est un homme « qui n’aime que les femmes blondes » ! Comme sa femme donc. Ah non ?

Faut être amoureux pour avoir un orgasme

Il y a quelques temps, M6 nous a gratifié d’un grand documentaire pas du tout complaisant sur le sexe. Bon, comme je n’en ai réellement vu que 10 mn et que je me suis ensuite fié aux commentaires sur les blogs et Twitter, je vais éviter de donner mon avis sur la question. Je vais juste réagir à une phrase entendue durant cette dizaine de minutes qui m’a fait halluciner.

les-francais-l-amour-et-le-sexe-la-nouvelle-emission-de-m6.jpg

A l’écran une jeune donzelle amoureuse de son Jean-Freddy (non, tous les parents n’aiment pas leurs enfants, il faut que ce soit dit). Alors juste pour rire, le Jean-Freddy l’a serrée en la faisant venir chez lui pour le diner, en lui faisant boire du champagne puis en lui offrant un bain avec bougies et pétales de rose dedans. Non mais paie ton cliché… Oui, je sais, je manque cruellement de romantisme mais merde, ça fait plan de vieux lover… Bref. Ce qui devait arriver arriva, Jean-Freddy mit Jessica ou Dieu seul sait son prénom dans son lit et là, elle sut de suite que cette histoire était sérieuse car elle a eu un orgasme. C’est donc qu’elle était déjà amoureuse. Je… Quoi… Pardon ?


orgasme-feminin.jpg

L’orgasme féminin, l’éternelle énigme. Puisqu’il parait que nous sommes des créatures cérébrales, nos orgasmes ne sont déclenches que par notre esprit donc un plan cul, on l’aime pas, on ne jouit donc pas. C’est cela ouiiiii… Alors il est vrai que le psychologique joue, essentiellement au niveau du lâcher prise et certains blocages sexuels sont de l’ordre du mental. C’est d’ailleurs pareil pour les mecs, faut arrêter de les prendre pour des machines à baiser. Mais il n’en reste pas moins que le sexe, c’est aussi et surtout une histoire de corps, de mécanismes naturels. Une bonne connaissance de son corps aussi pour savoir ce qui nous fait réagir. Perso, j’ai eu des orgasmes avec des mecs pour qui je n’avais aucun sentiment. D’ailleurs pour en revenir à l’orgasme « psychologique », est-ce tant le partenaire que la situation qui nous fait triper ? Ça reste à voir.

amour-dans-la-cuisine.jpg

Vous allez me dire que cette déclaration n’engage qu’elle et qu’on s’en fout un peu. Oui sauf que Jessica est un peu symptômatique d’une façon de penser assez répandue et un peu triste sur le fond. C’est accepter une espèce de fatalisme de la frigidité un peu du genre « je ne peux jouir qu’avec un nombre restreint d’hommes ». Et bonjour le sac de nœud quand elles aiment un homme qui est de fait mauvais amant et ne les fait pas grimper au rideau. Plutôt que de prendre en main (sans mauvais jeu de mots) le garçon pour lui dire ce qu’elles aiment, ce dont elles ont envie… Elles remettent en question leurs sentiments. On pourrait débattre sur l’importance du sexe dans le couple et du fait qu’une fille ne restera pas 107 ans avec un mec qui ne la satisfait pas et donc qu’elle sera sans doute partie avant de l’aimeeeer mais bon, j’ai eu droit à des je t’aime d’hommes que je n’avais physiquement jamais vus alors… Mais effet extrêmement retors de cette façon de penser, c’est le cas des viols. Autrefois, alors que l’on pensait qu’un orgasme féminin était nécessaire à conception, une femme tombant enceinte suite à un viol n’était pas reconnue comme victime puisqu’elle avait pris apparemment son pied. Aujourd’hui encore, une femme qui jouit pendant un viol, ce qui peut arriver car je rappelle qu’on parle de mécanismes physiques, se sent extrêmement coupable.

accuse.jpg

Par contre, au-delà de tous les points soulignés au-dessus, je ne peux m’empêcher de sourire sur un point. Malgré tout le verbiage sexuel auquel nous sommes soumis dans les médias à coup de « les soirées partouze, la nouvelle mode », « le candaulisme, à essayer » (ça pour le coup, c’est la nouvelle pratique à la mode, je vois le terme partout) ou « si t’as pas baisé à 3 à 30 ans, c’est que tu as raté ta vie », cette vision nunuche du sexe de la part d’un couple qui se la joue « on est des gros chauds du sexe » (ce qui n’empêche pas) assez mignonne. Comme une framboise dans un panier de groseilles, un peu. Mais bon, si je suis la première à admettre que le sexe avec quelqu’un qu’on aime est d’une intensité sensuelle sans nom, une baise sans sentiments amoureux peut également être jouissive. Dieu merci !

La jouissance est un féminisme

Ouh que je suis en forme en ce moment ! Des truismes en veux-tu en voilà, c’est open bar. Mais ne rigolons pas trop car je veux parler d’un sujet grave ! Oui, mesdames et messieurs, il n’est pas l’heure de rire car dans l’Hémicycle, là où des gens décident de notre législation, la Femme Conservatrice rôde. Et parfois, elle parle. Après « le préservatif ce n’est pas drôle », Christine Boutin présente « on oublie trop souvent la procréation au profit du plaisir dans le sexe ». Oh-mon-Dieu.

29201a-christine_boutin.jpg

Premier volet : la procréation. Alors tu vois Christine, moi, je trouve que l’État devrait plutôt me remercier de ne pas trop penser à la reproduction. Imaginons que là, je décide de procréer parce qu’en tant que femme, forcément, j’ai envie d’être mère. Déjà, je ne suis pas sûre de trouver plus qu’un géniteur, la paternité est aussi un engagement. Donc me voilà mère célibataire, ça me donne droit à des allocs ça non ? Et encore, Dieu merci, ma fertilité a toujours été sous contrôle car depuis que je suis sexuellement active, j’aurais eu le temps d’en faire une tripotée…

blanche-neige.jpg

Autre point important. Imaginons que je sois dans une relation stable et que nous envisagions de faire un mini nous. Hop, je consulte mon petit calendrier de la fertilité que j’ai sur mon Iphone (P tracker pour ceux que ça intéresse). Bon, il me met en fertile quasi tout le temps mais peu importe. Donc chéri et moi baisons pour procréer. Comme c’est mon objectif premier, il se peut que je sois tendue comme un string, que je ne prenne aucun plaisir. Or la psychologie joue énormément dans la conception, c’est un fait, et je ne suis pas sûre que trop penser à cette fameuse conception ne soit pas un frein.

infertilite


Mais enfin et surtout : Christine, tu es la honte du féminisme. Oui, du féminisme. Tu vois, en tant que femme des années 2010, j’ai la chance incroyable de maitriser mon corps tant dans sa fertilité que dans mon plaisir et ça, vois-tu, c’est quand même assez récent. Faisons ensemble un rapide cours sur l’histoire de la sexualité féminine. En 1805, on a découvert le mécanisme de l’ovulation et là, c’est le drame : jusqu’à présent, on estimait qu’une femme devait jouir pour tomber enceinte. Avec l’ovulation, on décrète que l’orgasme, c’est mal car ça disperse le sperme. Or comme dans les sphères bourgeoises, le sexe n’était envisagé que sous l’angle procréatif, ces pauvres femmes n’avaient simplement pas droit au plaisir. Du moins avec leurs maris car beaucoup avaient des relations saphiques avec leurs camarades du couvent.

balancoire-saphisme.jpg

Forcément, quand on lit le calvaire de ces femmes, condamnées à ne pas jouir pour tomber enceinte alors qu’en plus, l’orgasme, de par les contractions qu’il provoque, favorise le déplacement du sperme, on se sent toute légitimité à prendre notre part du gâteau en terme de plaisir. Et puis surtout, Christine, des femmes se sont battues pour que je dispose de mon corps comme je veux, si j’ai envie de n’en jouir sans assurer ma descendance, qu’est-ce que ça peut te faire ? Et puis tu sais, faut arrêter de croire que le sexe « sans but », si ce n’est celui de la jouissance, est une dépravation. Je peux te dire que certaines de mes galipettes infertiles furent (et, je l’espère, seront) d’une beauté et d’une intensité incroyables, limite j’en pleurerais tellement c’est beau. Et je ne parle de prouesse physique là mais d’un ressenti. Le sexe, c’est aussi un don et un abandon de soi… Excuse-moi, je vais chercher un mouchoir, je m’auto-émeus.

sexe-amour.jpg

Je t’épargnerai un paragraphe entier sur les couples infertiles, homosexuels compris. Pour eux, que préconises-tu puisqu’ils n’ont justement que le sexe sans possibilité de procréation ? Mmmm ? Allez Christine, détends-toi du string car comme je le disais récemment, le sexe, c’est pas sale ! Tu devrais essayer plus souvent, tu verrais.

dan_witz_orgie_prd.jpg

En attendant, je vais préparer un article sur ta prochaine déclaration, j’hésite entre « être homosexuel, c’est quand même pas très très normal » (gaypride oblige) et « oui, les viols, c’est moche mais faut pas s’habiller aussi provocant, elle le cherche un peu… ». Quoique tu serais capable de pire…

Où trouver l’homme ? Episode 21 : le resto d’après Starbucks

A la recherche du prince charmant

(Cher lecteur de mon cœur, et puis ceux que j’aime pas aussi, et puis les petits nouveaux, coucou, bienvenue, je te rappelle que tout ceci n’est qu’une fiction parce qu’en vrai, au Starbucks, j’étais pas dans le lot des draguées mais dans le lot de celles qui observaient, admirative. D’ailleurs, on n’a pas eu le fin mot de l’histoire et Tatiana et moi, nous sommes frustrées).

Nous voici donc parties, Tatiana et moi, avec ces deux inconnus pour un restaurant. Sur le papier, la soirée s’annonce sympa puisque nous nous entendons plutôt bien avec les deux jeunes hommes. Seulement voilà, ils sont deux, nous sommes deux donc un bref calcul mental nous permet de déduire que ça fait deux couples. Là où ça se corse, c’est que rien n’indique que nous allons être d’accord sur la répartition. Et dans ce cas là, il est difficile de s’isoler à deux pour partager le butin, si j’ose dire. Surtout qu’en l’espèce, ce sont eux qui
ont entamé la discussion donc le butin, c’est plutôt nous. Quoi que nous savons toutes que l’homme propose, la femme dispose (ou non) [je sens que ça va plaire à la frange la plus misogyne de mon lectorat].


Nous voici donc à table et là, je sens le drame poindre : Tatiana et moi avons verrouillé la même cible. Et là, c’est le drame. Le drame pour le pauvre mec délaissé, c’est quand même super dur à vivre de voir que son pote intéresse deux nanas et lui aucune. Y a bien que dans Hélène et les garçons que les choses se passent de façon harmonieuse : trois filles rencontrent trois garçons et chacun adopte aussitôt sa chacune. Pourquoi la vie n’est-elle pas simple comme une série AB (les viols et le fétichisme des pieds en moins) ?


Alors maintenant, la question est : qu’est-ce qui est le plus important ? Le mec ou l’amitié ? Parce que ce genre de situation peut nous exploser à la figure en moins de deux, ça commence par quelques piques pas trop méchantes sur l’adversaire… Enfin, la copine… Seulement, si on n’y prend pas garde, ça part en bataille rangée assez méchante : « oui, elle dépense des sommes folles en cosmétique, faut la voir le matin au réveil, c’est effrayant », « oui, elle va à la piscine toutes les semaines mais au vu de ses cuisses, on comprend pourquoi, ahahah ! », « t’as pas eu les chlamydiae, toi ? », « ahah, figure-toi que son mec est parti car elle passait sa vie à fouiller
dans son mobile ! », « t’as pas des problèmes de frigidité, toi ? ». Ca tape de plus en plus bas. Curieusement, les messieurs en face ont l’air quelque peu atterré, celui qui n’intéresse personne est perdu dans la contemplation de ses ongles. On voit bien que si son corps est toujours là, son esprit est loin, loin, loin…Son pote, l’objet de notre lutte sans merci, paraît très gêné et il se redresse au fur et à mesure pour ne pas être trop proche de nous, des fois que ça partirait à la baffe. Ah, tiens, il demande l’addition en sautant la case dessert et café. De mon expérience des hommes, cela veut dire deux choses : soit le dessert, c’est moi, soit il veut terminer la soirée au plus vite tellement il en peut plus. En l’occurrence, devinez quelles sont ses intentions de fin de soirée ?

Un quart d’heure plus tard, nous voici sur le trottoir à nous saluer poliment, on se reverra peut-être à l’occasion, des fois qu’on se croiserait… Traduction : « on ne se reverra jamais, adieu ! ». Nous voici donc comme deux ronds de flan sur le trottoir, Tatiana et moi. Un ange passe. Enfin, c’est pas vraiment un ange, je dirais plutôt un démon parce que l’ambiance est électrique. Selon ce qui va être prononcé dans les prochaines minutes, notre amitié sera sauvée ou pulvérisée.

« En fait, il n’est pas si beau que ça ».

Sauvée.

Moralité : Ne plus fréquenter de copines célibataires en public.

NB : En vrai de vrai, on ne se comporterait jamais comme ça avec Tatiana, évidemment.

Salo ou les 120 journées de Sodome, de Pier Paolo Pasolini

Par Bobby

Depuis le temps que ça me titillait. J’ai même commencé à suivre un cours à la fac sur Pasolini au 2nd semestre dans l’espoir qu’on nous le projette en cours et qu’on l’étudie, sans succès. Mais là, ça y est. Je l’ai vu. Un film édifiant, qui reste gravé dans l’histoire du cinéma. Et qui a valu la mort de son auteur, assassiné après sa sortie.

Inspiré de l’oeuvre de Sade, Salo ou les 120 journées de Sodome relate l’histoire de quatre bourgeois qui, au temps de l’Italie fasciste, emportent avec eux dans une villa retirée 9 jeunes garçons et 9 jeunes filles, pour les esclavagiser. Le vice et la perversité font loi. Dès le début, on leur explique
qu’ils ne sont plus humains, qu’ils sont destinés au plaisir de leurs maîtres. Commencent alors trois cycles, semblables aux cercles infernaux de Dante, après un prologue qui nous présente les protagonistes et se nomme Antiferno (soit le « vestibule de l’enfer »)

Cercle des Passions

Les éphèbes et les nymphes sont tour à tour violés, maltraités sexuellement, humiliés. Hétérosexualité et homosexualité confondues. Considérés comme des chiens, de la viande.

Cercle de la Merde

Là, déjà, ça se gâte. A mes yeux, ce fut la partie du film la plus insoutenable. Les esclaves sont contraints d’ingérer les excréments des bourgeois, de se baigner dans des tonneaux remplis de merde, etc. Une horreur.

Cercle du Sang

Et pour finir, je vous gâche le suspense mais ce n’est pas l’intérêt du film, les jeunes gens sont torturés, atrocement suppliciés, avant d’être exécutés. Les spectateurs ayant survécu à la vision du Cercle précédent regarderont celui-ci sans broncher, apathiques, alors que c’est peut-être celui dont les images vont le plus facilement s’imprimer dans le cerveau. Régulièrement, il me revient des flashs de ce garçon qui hurle à la mort tandis qu’on lui brûle les organes génitaux.

Alors, me direz-vous, quel est l’intérêt de voir un tel film, une telle abomination ? D’une part, je me dis toujours que « il fallait bien que quelqu’un le fasse ». Besoin de concrétiser, de mettre en image, comme Sade l’avait fait avant Pasolini, des fantasmes monstrueux (domination totale, humiliation, viol, scatophilie, torture, mise à  mort). D’autre part, il y a, plus que dans d’autres films que j’ai pu voir de Pasolini, une certaine esthétique. L’auteur nous entraîne, grâce au décor, grâce aux personnages dominateurs et à leur cohorte, dans un véritable enfer. Il y a aussi le texte, les personnages parlent beaucoup, comme ceux de Sade. Pasolini crache sur la société, les moeurs, la religion. Contre une Italie
rigidifiée et sclérosée. En témoigne les fausses cérémonies organisées par les maîtres, sources de grotesque et d’humiliation. On ne sait plus si on doit rire ou trembler devant ces images.

Et puis, en fond sonore, les bombardements. La ville de Salo*. L’écho de la guerre, du fascisme, de la négation de l’être humain. Ce n’est pas un acte de violence gratuite. Il y a derrière ça une volonté ouverte de destruction des âmes. Comme le dit l’un des maîtres à une jeune fille implorant d’être exécutée « nous allons te détruire avant de te tuer », puis à un garçon « ne comprends tu pas que nous voudrions te tuer mille fois ? ».

Bon, vous allez peut-être trouver mon rapprochement douteux, mais parfois je vais sur des sites gays, et ce que j’y vois n’est pas si éloigné que ce que l’on trouve dans ce film. Toutes ces photos, ces slogans aguicheurs, cet étal de viande fraîche ou avariée, que l’on consomme sans le moindre respect, ça ressemble franchement à l’univers de Salo ou les 120 journées de Sodome.

Je ne suis pas en train de prôner un réactionnisme vis à vis de la sexualité (et je ne parle pas uniquement des gays hein, j’utilisais cet exemple parce qu’il m’est plus familier, mais je pense que tout le monde est dans le même sac : homos, hétéros, hommes, femmes), je ne pense pas non plus qu’il faille diaboliser les fantasmes. Un fantasme, ça peut être chouette de le concrétiser, aussi saugrenu soit-il. Mais bon sang, le sexe, c’est quand même un jeu, non ? C’est dommage que l’ambiance de ces univers là ne soit pas plus amicale, plus fraternelle (évidemment, j’ai conscience que c’est un peu utopique, les fantasmes présentés dans le film étant voués à se satisfaire de la souffrance non désirée de l’autre ; pour le coup, ces
fantasmes là… on peut sans doute les laisser au rang de fantasmes…).

*ville où Mussolini s’est réfugié après le débarquement en Sicile

Cas de divorce

Bon, c’est dimanche et je suis même pas là mais je pense à toi, lecteur, je t’ai quand même écrit un article. Un article très con, léger comme des bulles de champagne parce que l’été n’est pas fini (ah si, merde… Bon, on fera semblant). Je veux te parler d’une vieille série qui repasse actuellement sur le câble, un monument de la télévision française. Et comme tu n’es pas la moitié d’un abruti, lecteur, tu as compris que je parlais de Cas de divorce (facile, c’était écrit dans le titre). 
Pour ceux qui n’ont jamais cette… chose, je vous explique : prenez un tribunal en carton pâte avec des figurants en tailleurs flashy qui se font visiblement ch***. Au milieu, vous mettez un acteur à la tête de cocker qui fera le journaliste. Avec son micro, il nous explique :  » au tribunal des divorces aujourd’hui M. Lecoq, coiffeur, demande le divorce de sa femme au motif qu’elle est frigide. Celle-ci prétend que le problème vient de la taille du sexe de son mari. Ils sont mariés depuis 3 ans et n’ont pas d’enfants. Le juge Bruguières est chargé de cette affaire.  » Pendant que le journaliste nous raconte ça, on filme le mari et la femme en train de discuter avec leurs avocats respectifs puis le juge entre et les avocats commencent à présenter les faits. Ils sont marrants, ces avocats, un peu hystériques, très années 80 dans leur accoutrement(normal, ça date de ses années là), ils s’emportent pour un rien  » Nous prouverons que c’est MONSIEUR Lecoq qui est responsable de l’échec de ce mariage et NON SA FEMME qui est la victime dans cette histoire.  » Oui, ils hurlent toujours le  » MONSIEUR  » et  » MADAME « , au cas où on les reconnaîtrait pas. En général, Madame est représentée par une femme et monsieur par un homme mais ça arrive (rarement) que ça change.
Bon, les époux viennent à la barre, interrogés par les deux avocats successifs, ils racontent toujours qu’au début, tout était merveilleux en souriant niaisement  » Alain, mon mari, était un homme
merveilleux, prévenant… Jusqu’au jour où… « . Les avocats, ces fripons, adorent poser des questions sur la sexualité du couple parce que dans ces histoires là, y en a toujours un qui refuse  » le devoir conjugal  » et ils ont toujours des bizarreries sexuelles assez marrantes. Genre :  » Madame Lecoq, comment ça se passait sur un plan plus…intime ?
– Le sexe vous voulez dire ? (se tortille sur sa chaise). Oh ben, au début, ça allait mais après, il a commencé à me demander des choses bizarres et comme je voulais pas, il a fini par s’installer dans la chambre d’amis. Par contre Mme Bernard, elle, ça la gênait pas de faire ces trucs bizarres à mon mari ! « .
Bon, après, y a les témoins, tout ça, un pour chaque camp (oui, l’émission dure pas trois heures non plus). Les avocats font leur interrogatoire, contre-interrogatoire. Je les trouve assez hallucinants ces avocats-là. Ils inventent des trucs pas possible, genre  » Mais enfin M. Masson, si vous témoignez aujourd’hui, c’est uniquement parce que vous avez été payé par Madame Lecoq, qui a été autrefois votre maîtresse ! « . Oui, les témoins, soit ils ont couché, soit ils ont été payés, ça marche comme ça pour les avocats du Tribunal des divorces. Et le pire, c’est que 2 fois sur 3, l’autre avocat ne réagit même pas. Sa cliente se fait accuser de toutes les infidélités et l’avocat n’objecte rien, il ne proteste pas, il ne fait pas remarquer que ce sont des suppositions. Enfin, des fois, si, quand même, ils se réveillent.  » Je proteste votre honneur, ce ne sont que des suppositions infondées !  » (oui enfin, je veux pas dire mais des suppositions fondées, ça s’appelle des certitudes).
Bon, alors, il y a les épisodes sans rebondissements (les chiants), et ceux avec (les meilleurs). Les premiers se déroulent sous le schéma classique : présentation du cas, les avocats présentent le dossier, témoignage de celui qui a enclenché la procédure et de son témoin, témoignage de l’autre moitié du couple et son témoin, conclusion des avocats puis  » le juge Bruguière se retire maintenant pour délibérer, nous nous retrouvons dans quelques instants « , explique le journaliste. Puis le juge revient et nous délivre une sentence bien moraliste du genre :  » Si M et Mme Lecoq se retrouvent devant nous aujourd’hui, c’est parce qu’aucun des deux n’a fait l’effort d’aller vers l’autre. Ils sont tous les deux responsables de l’échec de ce mariage. M Lecoq qui n’a pas voulu comprendre pourquoi sa femme refusait de faire l’amour avec son corps recouvert de dragibus, Mme Lecoq qui, plutôt que de chercher à comprendre son mari, a eu une liaison extraconjugale avec le boulanger. Le tribunal prononce donc le divorce au tort partagé des deux époux  » et le juge dit qui a droit à quoi. L’épisode se termine et pendant le générique, on voit l’époux gagnant se réjouir avec son avocat et témoin tandis que le perdant s’engueule avec son témoin ou l’avocat ou les deux.
Mais il y a l’épisode à rebondissement ! Alors ceux-là, ils sont trop forts. En général, tout commence comme un épisode classique mais à un moment, ça dérape. Soit le dernier témoin fait des révélations, genre  » Mlle Delanoix, avouez que vous avez une liaison avec Mr Lecoq !
– Mais non pas du tout, enfin, pour qui me prenez vous ?
– Mademoiselle, je vous rappelle que vous êtes sous serment !
– Mais… excuse-moi Alain mais là, je peux plus mentir… « 
Mais mes préférés, ce sont ceux avec un témoin de dernière minute. Pendant la déposition du dernier témoin (toujours), il peut se passer plusieurs choses. Soit un des deux avocats reçoit un petit mot et commence à s’agiter, tout comme son client, soit un personnage sort de l’assistance et annonce haut et fort  » excusez-moi M. le juge, puis-je témoigner ?
– Mais qui êtes-vous ?
– Je suis Mme Lecontre, la femme du boulanger qui a eu une liaison avec Mme Lecoq et j’ai des révélations importantes sur cette affaire
– Bien, faites ! « .
En général, les révélations arrivent sur les épisodes les plus glauques. Ainsi, on apprend qu’une femme a quitté son mari et son bébé car elle a une maladie dégénérative et qu’elle ne voulait pas que son mari la voit au plus mal, qu’un mec qui se prenait pour un vampire avec en fait une maladie du sang, la porphyrie, qu’une petite fille n’a pas été violée par l’employé de maison repris de justice mais par son propre père (épisode le plus horrible, c’ui-là, même l’avocat du gars, il se casse et renonce à défendre le bonhomme).
Bref, cette série me fait mourir de rire, dès que je vois le générique avec un cœur qui bat avant de se déchirer, je rigole déjà. Je regarde qui sont les avocats (y en a une que j’aime pas, elle a une voix hyper stressante), je regarde l’assistance pour voir s’il y a un plausible témoin de dernière minute. Il faut savoir que cette série est la première estampillée AB… Hé oui, l’ancêtre de Premiers Baisers, c’est ça. Ça doit expliquer des choses !

8 mars, journée mondiale de la femme

Messieurs, aujourd’hui, c’est notre journée, hé oui. Et là, j’entends les sarcastiques : « ahahah, vous, vous avez un jour, nous, les 364 restant ! ». Ouais, ouais, ouais… La journée de la femme, en France, ça passe plus pour du folklore qu’autre chose. Hé oui, mesdemoiselles, réjouissons-nous : ici, on a le droit de faire ce qu’on veut.
 
Je suis née en ce bel après-midi d’avril (oui, le matin, moi je dors, même fœtus) avec un vagin et pas de zizi. Un drame pour mes parents ? Que nenni ! Hé oui, moi, j’ai
la chance d’être née dans un pays où avoir un bébé de sexe féminin n’est pas une catastrophe. En naissant en France, j’ai droit à pas mal de choses : à faire des études, à pouvoir avoir du sexe autrement que dans le but de procréer en me protégeant avec les moyens à ma disposition, à pouvoir avoir du sexe avant le mariage sans être la honte de la famille. Je pourrai même donner mon nom de famille à mes enfants si j’en ai envie et même si je suis mariée, youpi. Oui parce que si je me reproduis avec Brad Mortecouille, déjà qu’il y a peu de chance que je me marie avec lui pour porter un pareil nom (rassurez-vous, je ne suis pas pro mariage déjà à la base), mes enfants pourront naître Bartoldi et éviter les moqueries dans la cour de la maternelle. Bon, évidemment, en France, c’est pas partout pareil : dans certaines familles (et pas que musulmanes, très loin de là), ne pas avoir d’héritier mâle, ça la fout mal et les héritières femelles sont priées de ne pas avoir certains comportements…hum…indécents.
 
Mais bon, il y a des pays où naître fille est une vraie malédiction. Déjà, certaines sont tuées à la naissance car on n’a droit qu’à un bébé et un garçon, c’est mieux. Pour de nombreuses raisons, question d’héritage, question de dot… Quelque part, je me rends compte de ma chance à double titre : étant née fille, j’ai eu droit à une vie plus que décente et en plus, quand je me reproduirais à mon tour, on me reprochera pas d’avoir fait une fille. Surtout que c’est pas moi qui détermine le sexe du bébé mais le monsieur alors hein !
 
Il est des pays où les femmes ont droit à la vie : elles sont nées, elles sont là. Et point. Elles n’ont aucun droit : pas le droit de s’exprimer, pas le droit de voter, pas le droit de s’habiller comme elles veulent, pas le droit de sortir dans la rue sans un homme. Même pas le droit de porter plainte si leur mari les frappe. Enfin, techniquement, si, elles peuvent, mais ça ne servira à rien. Dès qu’une femme essaie de changer les choses, elle le paie de sa vie.
 
La journée de la femme, c’est surtout pour ses femmes là. Mais que faire pour elles ? Les féministes occidentales se concentrent surtout sur leur propre pays, ce qui peut se
comprendre aussi : comment un pays dit civilisé pourrait prétendre défendre les droits de femmes d’autres pays si dans leur propre patrie, leurs droits sont menacés ? En France, on n’est pas si mal, même si on est loin des pays scandinaves, leader sur ce point. En France, il reste encore des sujets graves, comme les femmes battues. Quand Marie Trintignant décède sous les coups de son compagnon, voilà qu’on nous apprend que 10 femmes décèdent des mêmes causes tous les mois. Combien de Marie Trintignant faudra-t-il pour que cela devienne un vrai crime ? Combien de Marie Trintignant pour que les femmes comprennent qu’être battue n’est pas honteux et qu’elles puissent enfin parler ? Et y a pas que ça. Combien de temps faudra-t-il encore pour qu’on n’entende plus : « elle s’est fait violer ? Fallait pas qu’elle s’habille comme une pute, aussi ! ». Mais bien sûr, et puis elle aurait pu s’abstenir de se balader avec l’écriteau « viole-moi » et si elle avait mis sa ceinture de chasteté, on n’en serait pas là… Bref !
 
Il y a donc des femmes bien plus mal loties que nous, mais que faire ? J’avoue que je n’en sais rien car de nombreux comportements sont inscrits dans les cultures depuis des siècles et des siècles, les faire changer relève de l’exploit. Le souci majeur, c’est qu’on ne peut leur imposer nos valeurs culturelles comme ça. D’une part, j’avoue que de dire que nos valeurs sont forcément meilleures que les leurs, ça me gêne, c’est ma vision des choses de petite Occidentale, ça. D’autre part, quand on impose quelque chose aux gens, on les braque plus qu’autre chose. Je crois qu’au lieu de condamner une société en bloc, il faut apprendre à la connaître et essayer de trouver les leviers qui permettront une égalité sexuelle. Après tout, nous, y a deux siècles, Napoléon promulguait le droit civil qui faisait de la femme une éternelle mineure…
 
Je ne le permettrai pas de cracher sur ces sociétés où les droits de la femme sont relativement inexistants, essentiellement parce que ce que je sais d’elle, c’est ce que j’en lis dans des journaux ou livres écrits par des Occidentaux, avec des yeux d’Occidentaux. Je ne suis jamais allée en Afghanistan ou en Tunisie pour voir sur place comment c’est. La bourka existe et je ne peux en nier l’existence mais je peux pas affirmer que toutes les femmes en Afghanistan sont vêtues comme ça, j’en sais rien (si quelqu’un a un témoignage sur le sujet, qu’il s’exprime). Ceci étant dit, je crois qu’un monde où tous les individus ont les mêmes droits indépendamment de leur sexe arrivera sans doute. Certains diront que c’est la faute à l’Islam. C’est sûr, nos nonnes, on ne les voile pas, nous, les femmes catholiques ne se couvrent pas pour aller à l’Eglise. Le problème, sans doute, vient du fait que les dogmes religieux ont été édifiés à une époque où les femmes étaient considérées comme des êtres inférieurs. Je crois vraiment que la lutte pour le droit des femmes ne doit pas se faire contre les cultures mais à un autre niveau, ce doit plus être une prise de conscience que tous les individus naissent libres et égaux, qu’ils aient un vagin ou un pénis. Mais bon, je ne suis pas utopiste, je ne dis pas que ça arrivera demain, je ne pense même pas que je verrai ça de mon vivant. Peut-être ma fille que je n’ai pas encore le verra, je ne sais pas.
 
Pourtant, être une femme, c’est beau. Certes, je ne pourrai jamais faire pipi debout et j’ai mes règles tous les mois mais je ne regrette pas d’être née femme. Un jour, je donnerai la vie à mon tour, je sentirai un enfant grandir en moi, je le verrais grandir en dehors de moi mais même quand il ne vivra plus dans mon ventre, un lien existera toujours entre nous quoi qu’il arrive. Je suis née femme et ce n’est pas un handicap car je suis née au bon endroit. Je suis maîtresse de mon corps et de ma vie.
 
Je rêve du jour où toutes les femmes, où qu’elles naissent, pensent comme moi. Je rêve du jour où toutes les femmes pourront choisir leur vie, leur métier, leur mari… Et je rêve d’un jour où les femmes auront droit à plus qu’une journée dans l’année pour qu’on pense un peu à elles.