De l’art de ne rien faire

Par Gauthier

Aujourd’hui je suis au travail, je suis donc payé pour pondre ma prose. Bouh… C’est pas bien! Comme si j’étais le seul à bloguer pendant mes heures de boulots, hein? Je m’ennuie, il faut que je vous raconte.

 Je suis payé à rien faire, techniquement je reçois les appels de débiteurs en contentieux avec un groupement d’huissiers qui externalise pour le Trésor Public (jusque là vous suivez?). Donc les gens ils reçoivent des courriers menaçants genre « on va vous vendre votre télé pendant la coupe du monde » et hop ils appellent genre « ah mais je ne savais pas que je devais des sous au Trésor Public! ». Ben voyons, les courriers du Trésor Public ils arrivent jamais à destination, alors que ceux des huissiers oui, c’est bizarre non? Mais bon les appels se font rares, et j’ai beaucoup, beaucoup de temps libre.
Et donc je suis une machine à encaisser? Pas tout à fait, je suis une machine à convaincre. Oui parce que plus ils doivent des sous au Trésor plus ils sont au RMI, c’est proportionnel. Moi je m’occupe des amendes impayées: infraction au code de la route, plus rarement au code civil, et encore plus rarement au code pénal. Et je vais vous retranscrire quelques morceaux choisis pour que vous preniez la mesure de la mauvaise foi française (mieux que le foot en sport national!).
 
Exemple 1:

« Je suis au RMI, j’ai 4 enfants à charge, je ne peux pas payer plus de 20€ par mois »

« Monsieur, vous devez 1258€ au Trésor, à ce rythme là ça va prendre des années! »

« Mais je ne peux pas payer, ayez un peu de coeur! »

« Personne vous a obligé à faire un excès de vitesse, une conduite en état d’ivresse, et un franchissement de ligne blanche le même jour! »

« Mais je n’ai pas d’argent! »
« JE M’EN FOUS! TU VAS PAYER CONNARD!!!!!!! »
 
Exemple 2:
« Le flic était raciste! »

« Vous rouliez sans permis, je ne vois pas en quoi cette amende est dû à votre couleur de peau »

« Si j’avais été blanc il ne m’aurait pas arrêté! »

« Manifestement il a eu raison, puisque vous rouliez sans permis »

« Je refuse de payer, je vais porter plainte! »

« Allez-y ça va vous coûter le double devant un juge! »

 
Exemple 3:
« Ma soeur a fugué! »
« Elle vivait chez vous? »

« Oui mais elle a fugué je ne sais pas où elle est, donc vous pouvez annuler la créance »

« Elle est partie quand? »
« Il y a trois jours et demi »

« (tu te fous de moi? ok…) Très bien sachez que vous êtes donc responsable, si elle ne réapparaît pas, l’huissier viendra se servir chez vous! »

(15 minutes de hurlements de la part de la soeur plus tard) « Je peux vous faire une carte bleue? »

 
Exemple 4:
« Je vous dois combien en tout? »
« Un peu plus de 1700€ »
« Vous me faites une ristourne? »
« Non monsieur… » (je rigole intérieurement)

« Ben je vous paye tout mais vous me faites 10 ou 20%, ok? »

(j’explose de rire) « Mais vous n’êtes pas en train d’acheter une voiture, vous ne pouvez pas négocier votre créance avec le Trésor Public!!! »

« Allez, vas-y en plus tu te fous de ma gueule? Bâtard va… » (et il raccroche, moi je pleure de rire!)

 
exemple 5:

« je ne connais pas cette personne, elle ne vit pas ici, je fais quoi? »

« Vous êtes sûr de ne pas connaître cette personne? Que vous en l’avez pas hébergée? »

« Vrai de vrai, sur ma mère je la connais pas! »

« Très bien sachez qu’au regard de la loi vous êtes responsable! Cette personne a une carte grise domiciliée chez vous, alors soit vous contestez auprès du tribunal de police, soir vous vous exposez à une visite d’huissier! »

« Mais c’est quoi ce bordel? Je vais faire envoyer mes pv chez toi alors! Et c’est toi qui va payer!!! »

« Moi j’ai les moyens de vous retrouver, et sachez que c’est illégal comme procédé, vous voulez aggraver votre cas? »

« Je peux vous payer en 3 fois? »
 

Voilà il y en a des tonnes comme ça, mais je ne peux pas toutes les retenir… Je constate juste que les gens ont un immense pouvoir comique à leur dépend.

Mais je n’ai pas beaucoup d’appels, donc du coup j’ai le temps de lire Le Monde en entier tous les matins, je suis devenu un as à la dame de pique, au solitaire, au reversi, et autre flipper… J’ai réussi à craquer MSN pour causer avec Nina (qui elle a du boulot théoriquement!), mais je n’ai toujours pas réussi à contourner la sécurité pour accéder à Internet… Mais je en désespère pas, il me reste 2 mois à tirer, j’y arriverai, ou je mourrai d’ennui…
Gauthier fonctionnaire du secteur privé

Imagination

Pour ceux qui ne vivent pas en France et qui n’ont ni télé, ni radio, qui vivent dans une grotte… Bref, pour toi lecteur, je vais livrer un scoop : le Da Vinci Code vient de sortir au cinéma. Le but de cet article n’est pas parler du film (que j’ai pas vu) ou du livre (que j’ai lu) mais ça va me servir d’exemple pour m’énerver un peu. Avant la sortie du film, je mate « dossier d’actualités » sur M6. Ouais le dimanche, j’aime bien regarder soit ça, soit « faites entrer l’accusé », histoire de (re)faire ma culture criminelle. Donc je tombe là-dessus et c’était une émission spéciale « Da Vinci Code », qu’ils nous avaient sortis pour la sortie du livre y a un an et demi, je crois.

Et là, ça m’agace mais à un point. Pour ceux qui ont le livre chez eux, ouvrez à la première page. Qui y a-t-il décrit juste sous le titre du livre ? « Roman ». Bon, alors, un peu de culture. Un roman est considéré comme une œuvre de fiction. En aucun cas, M. Brown n’a écrit un essai sur le Graal, il a livré une libre interprétation de la légende du Graal. Que les gens aient pris pour argent comptant ce qu’il a pu raconté dans son roman, ça me dépasse. Qu’on essaie d’expliquer en quoi il a eu tort ou raison m’horripile. Ce qui est fantastique dans la fiction, c’est qu’on peut réécrire des événements. Perso, je peux à la limite comprendre que les théologues extrémistes soient choqués qu’on ose dire que Jésus était marié. Et pourtant, selon mon prof de philo classique, Jésus ne pouvait être que marié. En effet, à l’époque, la norme n’était pas au célibat et s’il l’avait été, ça aurait été signalé. Ca ne veut pas dire qu’il était le compagnon de Marie-Madeleine, juste qu’il devait bien y avoir une madame Jésus. Bon, après, le coup de la fille du conservateur du Louvre qui est la descendante de Jésus, c’est clair que c’est super capillotracté mais qu’est-ce qu’on s’en fout ? C’est un roman, point.

 De la même façon, je suis en train de lire « Le grand secret », de Barjavel, qui mêle fiction et histoire puisqu’il implique des hommes politiques dans son grand secret. Et alors ? Ok, dire que Kennedy a bu une potion censée le rendre immortel et que c’est pour ça qu’il a été abattu, c’est tordu. Mais on s’en fout, le roman est bien écrit, on se laisse prendre à l’histoire. Et c’est justement ça qui est magique avec un roman, c’est qu’on peut tout inventer.
 

Il y a quelques temps, j’ai commencé à publier Technopolis sur ce blog. Premières réactions : « mais non mais tu peux pas écrire ça, l’Inde et la Chine ne se feront jamais la guerre ! ». Bon, outre le fait que je connais bien ma géopolitique et que je sais que ces deux pays ne sont pas amis du tout, l’important n’est pas là. J’écrivais une histoire qui débutait au moins dix ans plus tard. En dix ans, il peut s’en passer des choses. Si on regarde 10 ans en arrière : les téléphones portables n’existaient pas, Internet en était à ses balbutiements, Friends venait à peine de commencer, la Star Ac n’avait pas encore été inventée, les Etats-Unis ne faisaient la guerre à personne, on ne savait pas qui était Ben Laden, Fernando Alonso n’avait pas le permis, on ne tremblait pas en entendant « grippe aviaire » ou même « vache folle », j’étais vierge… Comme quoi, il peut s’en passer des choses en dix ans. L’avenir, c’est l’inconnu. Doit-on jeter par la fenêtre le « 1984 » d’Orwell, considérant qu’il s’est planté et qu’en 84, Big Brother ne nous watchait pas ? (je sais, c’est un odieux anglicisme). Ecrire un roman n’est-il pas, finalement, écrire une version alternative de la réalité ? N’ai-je pas
droit de créer un univers particulier en changeant ou inventant des événements ?

La question est la suivante : la créativité doit-elle avoir pour limite la crédibilité ? La réalité n’est-elle pas pour l’écrivain qu’une pâte qu’on doit modeler à notre guise ? J’ai tué les trois quart de l’humanité dans Technopolis et au fur et à mesure du roman, j’en tue d’autres. Dans le prochain que j’écrirai, je vais encore créer une guerre parce que le thème de la résistance, moi, ça m’inspire toujours autant.

Après, ce n’est pas pour autant qu’il faut faire n’importe quoi, il faut que l’intrigue se tienne. Je n’aime pas trop les enquêtes policières avec le « lapin qui sort du chapeau ». C’est-à-dire pendant tout un roman, on suit les policiers, on soupçonne le mari, les enfants et l’amant de la victime, par exemple, on essaie de recouper les indices et là, à la
fin du roman, on apprend que, tatan, le meurtrier est le voisin pris d’une pulsion meurtrière. Le voisin, dans le roman, on le voit juste quand les policiers arrivent, il fait partie des badauds. Donc, forcément, on pouvait pas deviner qui était le coupable, on savait même pas qu’il existait ! Avec ce genre de procédé, c’est facile de faire des romans policiers surprenants. De la même façon, certaines facilités m’agacent. Exemple : le film Gothika. Je te préviens, lecteur, dans la phrase suivante, je raconte la fin donc si tu n’as pas vu le film et que tu veux le voir, passe direct au paragraphe suivant. Donc Gothika, on apprend que le mari d’Halle Berry qu’elle a tué était un sale pervers qui violait des filles et tout et on apprend qu’il a un complice. Fin du film : tatan, le complice, c’est le shérif qui explique : « en tant que shérif, c’était facile pour moi d’aller et venir dans la prison ». Sauf qu’Halle et ses amies n’ont jamais été dans une prison mais dans une clinique psychiatrique privée où un shérif n’a rien à faire. Donc c’est pas crédible.

Revenons au Da Vinci Code, qui prend donc de grandes libertés avec la réalité historique. Mais au fond, le roman est logique, il sème tout du long des pistes nous permettant d’aboutir à la conclusion logique. Sophie est donc une descendante de Jésus ? Ben, en lisant le roman, ça ne fait pas lapin qui sort du chapeau, là, c’était préparé comme révélation.

Dans la même veine, Marie-Antoinette, le film. Oui, ok, ça ressemble un peu à l’article de Gauthier () mais bon. Donc pour le ciné, c’est comme pour un roman, ce sont des œuvres de fiction donc bon… Marie-Antoinette n’a jamais été présenté comme un film historique donc à partir de là, on peut s’autoriser quelques fantaisies même si j’ai toujours peur que les gens ne connaissant rien à l’histoire de France prennent ce genre de film pour argent comptant. Déjà Marie-Antoinette, elle était beaucoup plus potelée que Kirsten Dunst ! Elle est jolie, Kirsten, mais elle est quand même maigrichonne. Donc le film n’a rien d’historique, on nous présente une Marie-Antoinette amoureuse et bienveillante avec son époux (mouais…), amoureuse un temps du comte de Fersen mais elle l’oublie bien vite… Moi, le comte de Fersen, je le laisserais bien visiter mon trianon, aussi (ça, c’est ma nouvelle expression). Finalement, ce que je reproche au film, c’est pas les largesses prises avec l’histoire mais la fin terriblement bâclée. En gros, on a la sensation qu’on manquait de pellicule sur la fin donc les événements se succèdent sans qu’on comprenne trop ce qu’il se passe et paf, c’est fini. Autre truc qui m’a turlupiné : on a vu le film en VO avec Gaugau et dans le film, il y avait quelques phrases en français… Hein ? Tant qu’à faire, autant tout faire en anglais.

Bref, l’imagination est quelque chose de fantastique et qui permet de travestir la réalité. Si j’ai envie de raconter que le monde est dirigé par un consortium d’éminences grises qui orchestrent les conflits selon leurs intérêts propres et que les dirigeants des pays ne sont que des pantins, pourquoi pas ? (tiens, ce serait une idée). Tant que l’intrigue est crédible, après… Alors, arrêtons de faire des procès aux écrivains. Ecrire un roman, ce n’est pas écrire un essai, notre matière première, c’est l’imagination, pas des documents historiques.

Episode 14

Chapitre 9


    Ethan était couché sur son lit, somnolent, laissant ses pensées divaguer, quand quelqu’un entra dans sa cellule. Il ne bougea pas, n’ayant pas envie de montrer un tant soit peu
d’intérêt à ses geôliers. Mais quand il réalisa qu’il s’agissait d’Oceany, il se redressa et s’assit sur son lit. Elle était la seule à qui il acceptait de parler, parce qu’elle était de la même
race que lui. Elle vint s’installer à côté de lui et après l’avoir observé un court instant, se mit à parler.
« Ca va ?
– J’ai vu mieux, grommela-t-il.
– Oui, je m’en doute, mais comme ça, vous pourrez mieux comprendre les conditions de vie, ici. Vous avez réfléchi à notre conversation d’hier soir ?
– Oui.
– Et ?
– Rien. Je continue à penser que vous avez tort et que cette société est la plus parfaite que nous ayons connu jusqu’ici.
– Je ne suis pas d’accord, parce que cette société nous vole ce que nous avons de plus précieux : notre liberté.
– Qu’est ce que vous racontez ?
– Vous avez déjà essayé de sortir de la ville ? Non, bien sûr, mais si vous aviez essayé, vous vous seriez rendu compte que c’était impossible : il n’y a aucune sortie. Vous trouvez ça normal, vous
? Cette ville n’est rien de plus qu’une immense prison et tous nos droits sont bafoués, mais tout le monde s’en fout. Tout le monde sauf une poignée de gens que l’on appelle, de façon péjorative,
rebelles. Nous ne sommes pas des anarchistes, Ethan, nous sommes des défenseurs des droits de l’Homme et je suis certaine qu’au fond de vous, vous êtes comme nous.
– Vous n’arriverez pas à me convaincre, vous avez tort et vos arguments ne me paraissent pas valables. De toute façon, je ne vois pas pourquoi on sortirait d’ici, toutes les autres villes ont été
rayées de la cartes et, à part quelques tribus ça et là, tout le monde vit déjà ici.
– Oh, vous êtes têtu ! Mais regardez la réalité en face, bon sang ! Vous êtes totalement prisonniers : vous ne pouvez aller que là où les monorails vous amènent, c’est pour ça qu’ils ont supprimé
les voitures. Et ce n’est pas tout : vous ne pouvez acheter que ce que le pouvoir vous autorise à acheter avec votre ordinateur. Vous ne pouvez pas choisir votre dirigeant, il s’est imposé de
lui-même. Vous n’êtes pas libre de choisir la femme que vous allez épouser, et enfin vous ne pouvez pas dire ce que vous pensez car si vous êtes contre Oxford, vous vous retrouvez hors-la-loi. En
résumé, plus de liberté de circulation, d’opinion et d’expression…avant, on appelait ça de la dictature, aujourd’hui, on dit que c’est une société quasi parfaite, c’est fou ce que les mentalités
évoluent. Forcément, vous, en haut, vous êtes choyé, vous êtes dupé par l’aspect des choses, mais cette société est mal faite, il faut tout changer. Avez-vous déjà discuté avec un esclave.
– Non, et je ne vois pas pourquoi je le ferai. Ce sont des ennemis de la nation, c’est leur faute si on en est arrivé là.
– Non, c’est faux. J’aimerais que vous parliez avec une esclave qui avait 3 ans quand la guerre a commencé : pouvez-vous honnêtement l’accuser d’être responsable de ce qu’il s’est passé ? Je ne
crois pas.
– Je n’ai pas envie de parler avec elle.
– Faites-le pour moi, Ethan, je vous le demande comme une faveur personnelle. S’il vous plaît. »
Il la regarda un instant et n’eut pas le courage de le lui refuser : ça semblait lui tenir tellement à cœur. Et puis, s’il se montrait coopératif, il pourrait peut-être sortir enfin de cette
horrible cellule et retrouver son appartement si douillet, retrouver sa mère… Il serait même content de revoir Neve. Il soupira et accepta de voir l’esclave en question. Oceany sourit et sortit de
la pièce, pour laisser la place à une jeune noire qui semblait un peu perdue. Elle était très jolie, il devait l’admettre, mais la couleur de sa peau lui posait un problème. Cependant, il avait dit
à Oceany qu’il lui parlerait et il voulait tenir parole. La Noire resta debout pendant un moment, jusqu’à ce qu’il lui proposa de s’asseoir, ce qu’elle fit en silence, puis elle demeura immobile,
n’osant parler et fuyant son regard. On aurait dit un animal apeuré.
« Bon, vous voulez me dire quelque chose ?  »demanda-t-il.
Il n’eut aucune réponse et sentit l’impatience le gagner : elle se moquait de lui.
« Je m’appelle Ethan, et vous ?
– Kirstie.
– Et vous êtes une esclave, c’est ça ?
– Oui.
– Et bien, vos n’êtes pas très bavarde.
– On m’a appris à ne pas parler inutilement, c’est tout.
– Vous êtes originaire d’où ?
– Birmingham en Angleterre.
– Ah. Vos parents étaient des militaires, ils se sont battus contre le gouvernement américain, c’est ça ?
– Non, pas du tout : ils sont morts avant même que les combats entre l’Europe et votre sale pays ne commence, ils ont attrapé votre virus et sont morts, c’est tout. »
Sa voix était particulièrement haineuse et elle le regardait enfin droit dans les yeux. Il aurait préféré qu’elle continua à fixer le sol, ça ne l’aurait pas mis autant mal à l’aise.
« C’est une erreur regrettable, mais nous n’y sommes pour rien, et…
– Parce que vous croyez vraiment que ma famille y était pour quelque chose dans votre guerre ? J’avais deux sœurs et trois frères, ils sont tous morts, il ne reste que moi et des fois, j’aimerais
être morte, moi aussi. Je hais votre pays, sa soi-disant justice et ses merveilles technologiques. Je vous hais vous et tous vos congénères, vous n’êtes que des êtres méprisants et mauvais. Je ne
trouve pas ça juste que vous ayez gagné et que vous ayez fait de nous des esclaves. Mais vous vous en foutez, vous, vous êtes du bon côté de la barrière, vous n’avez même pas idée de ce que j’ai pu
vivre.
– Expliquez-moi.
– Je…j’ai été maltraitée, battue, exploitée, considérée comme un simple objet ! Oxford se foutait bien de ce que je pouvais ressentir, je ne valais pas mieux qu’un robot pour lui Quant à son fils…
»
Des larmes jaillirent de ses yeux et elle ne put finir sa phrase, visiblement bouleversée, ce qui le mit vraiment mal à l’aise. Il ne savait pas ce qu’il devait faire, s’il devait parler ou se
taire, l’encourager à continuer pour qu’elle puisse se vider ou, au contraire, la faire arrêter, s’il devait la prendre dans ses bras pour la consoler ou garder ses distances. Finalement, il
s’approcha d’elle et posa une main réconfortante sur son épaule, mais elle se leva précipitamment et s’éloigna de lui, le visage défiguré par la haine.
« Ne me touchez pas !
– Mais je ne vous veux aucun mal.
– C’est ce qu’il me disait toujours, mais il mentait.
– Qui, il ?
– Ca n’a aucune importance.
– Pourquoi vous avez parlé de Bill Oxford ?
– Je travaillais chez lui.
– C’est lui qui vous faisait du mal ?
– Ca n’a aucune importance, répéta-t-elle.
– Si, ça en a, je vous assure : ça vous fera du bien de parler.
– Qu’est ce que vous me voulez ?
– Mais rien !
– Arrêtez de mentir : je ne suis qu’une petite esclave, vous vous foutez totalement de ce que je peux ressentir.
– C’est faux, je ne suis pas sans cœur, Kirstie. Parlez-moi, vous vous sentirez mieux après. Qui vous faisait du mal ?
– Mark.
– Mark Oxford ?
– Oui, bien sûr.
– Qu’est ce qu’il vous faisait ?
– Il…enfin…il »
Elle baissa les yeux et il sentit sa gêne ; était-il possible que Mark ait abusé d’elle ? Ca lui semblait impossible : ce jeune homme paraissait si doux, si gentil…
« Dites-le-moi, Kirstie, je n’en parlerai à personne.
– Il me faisait faire…des choses… qui ne sont pas correctes.
– Oh Seigneur, c’est pas vrai !
– Je vous jure que si. Hier soir, encore, quand sa fiancée est partie, il semblait assez en colère alors il m’a forcé à…vous savez.
– Quel salopard !  »
Il était véritablement furieux contre Mark. Il n’avait jamais été choqué par l’esclavagisme jusqu’à présent, mais cet abus l’écœurait profondément. Il n’avait qu’une envie, c’était d’inculquer à
Mark une leçon de savoir-vivre , de lui apprendre le respect de son prochain…mais qui était-il pour faire ça ? Quelques instants auparavant, il haïssait tout les êtres humains qui n’étaient pas de
la même couleur que lui et voilà qu’il voulait défendre une jeune noire. Sans doute parce qu’il s’était rendu compte que l’esclavagisme n’était pas juste et punissait des innocents, comme Kirstie
et comme la Chinoise qui vivait ici. Elle était jeune, elle aussi et devait être une enfant quand la guerre avait commencé. Mais même si cette société n’était pas juste à ce niveau-là, il restait
convaincu que c ‘était la meilleure depuis le début de l’humanité. Il accepterait peut-être de lutter contre l’esclavagisme, mais ça n’irait pas plus loin.
Kirstie s’essuya les joues du revers de la main et sembla se calmer un peu. Il comprenait sa gêne, ce n’était pas évident de parler de ça à quelqu’un, mais elle devait mettre Oceany au courant, car
si elle fréquentait trop ce pervers, elle risquerait peut-être d’avoir quelques problèmes.
« Vous devez en parler à Oceany.
– Non, pas question.
– Pourquoi ?
– Parce que c’est humiliant.
– Mais vous lui devez bien ça : elle doit se fiancer avec Mark, il faut la prévenir !
– Elle ne risque rien : s’il m’a…enfin, s’il s’en est pris à moi hier, c’est parce qu’elle n’a pas voulu. C’est sa faute.
– Vous exagérez. Elle vous a sorti de cet enfer.
– Pour m’envoyer directement dans un autre. Vous avez vu où on est, c’est horrible, ici ! Au moins, là-haut, j’étais bien logée.
– Et violée régulièrement, c’est sûr que c’est beaucoup mieux qu’ici. Vous devez une fière chandelle à Oceany et le mieux c’est de lui parler des mauvaises habitudes de son futur fiancé.
Ecoutez-moi bien : il y a encore une heure, je pensais que tous ces gens étaient des fous anarchistes se battant pour du vent, mais grâce, ou à cause de vous, je me suis rendu compte qu’ils avaient
raison. On ne respecte pas vos droits, vous devez vous battre pour les reconquérir. Que dirait votre mère si elle vous voyait accepter votre condition aussi facilement ? Je crois qu’elle aurait
honte. Elle, à votre place, elle se serait battue et vous devez en faire autant.
– Vous ne connaissez pas ma mère… Moi non plus, d’ailleurs, j’étais trop jeune quand elle est morte. Je peux partir, maintenant ?
– Faites ce qu’il vous plaît, je suis pas votre maître. »
Elle ressortit immédiatement, visiblement soulagé d’en avoir fini avec cette pénible entrevue. Elle ne dirait rien à Oceany, ça paraissait évident et il allait devoir s’en charger. Mais il ne
savait pas vraiment comment présenter les choses, d’autant plus qu’il avait un peu de mal à y croire. Mark paraissait si doux, mais il ne fallait jamais se fier aux apparences. Il allait se
recoucher quand il s’aperçut que la porte de sa cellule était entrouverte. Il en avait assez de cette chambre, il devait sortir. Il quitta donc sa geôle et découvrit le hangar dans lequel il était
enfermé, et fut fasciné par l’énorme hélice qui tournait, produisant de véritables éclairs. C’était donc ça le bruit infernal qui ne cessait jamais.
« Ca impressionne toujours, au début. »
Il se retourna pour faire face à Oceany qui se tenait à quelques mètres de lui, debout, les bras croisés. Apparemment, ça ne la dérangeait pas vraiment de le voir hors de sa cellule. Elle s’avança
vers lui et se posa juste à sa droite, fixant à son tour l’immense rotor.
« Vous…heu…ça ne vous fait rien que je sois sorti de ma cellule ?
– Non, parce que je sais que vous n’allez pas vous échapper.
– Vous savez ?
– Je sais ce que ça fait de parler avec un esclave, ça fait toujours réfléchir…c’est la première leçon que j’ai apprise des exclus.
– Pourquoi les avez-vous rejoint ?
– Au début, j’étais comme vous, aveuglée par tout le luxe qu’on étale, là-haut. Un soir, je me suis perdue dans le coin et je suis tombée sur les rebelles. Ils ont d’abord voulu voler mon passe,
mais je leur ai donné du fil à retordre ; Quand on naît et grandit en période de guerre, on apprend deux, trois trucs utiles pour se battre. J’ai impressionné Juan, qui est leur chef et il m’a
convaincue de faire partie des leurs, en me parlant de leurs conditions de vie, et tout le reste. Au début, je n’étais pas convaincue, ce n’était que du vent, tous ces beaux discours, et puis j’ai
parlé avec Mai-Li, et là…j’ai compris qu’on ne pouvait pas continuer comme ça.
– Bon, écoutez, Oceany, je veux bien vous aider à lutter pour nos droits, mais je continue à dire qu’il ne faut pas détruire cette société.
– Je ne m’en fais pas pour ça : d’ici une semaine, vous serez totalement rallié à notre cause. Mais je suis ravie de savoir que vous avez enfin ouvert les yeux.
– Où sont tous les autres ?
– A la chasse au passes, pour les uns, les autres sont allés chercher quelques trucs chez les flics et ceux qui restent se reposent, là-bas. Bienvenu à bord, Ethan, je vais vous expliquer comment
ça fonctionne, ici. »

Tenter l’’aventure amoureuse

(Article écrit y a quelques temps…)
 L’amour est en soit quelque chose de compliqué, personne ne me contredira. A presque 26 ans, c’est pas qu’on commence à me demander quand est-ce que je vais ramener un homme à la maison mais pas loin… Enfin, mes parents ne me foutent pas la pression, ma mère ayant compris que j’étais quelqu’un qui « naviguait ». Pour ma part, je dirais plutôt que je tente l’histoire, quitte à me planter.
 

L’autre jour, je discutais avec Tatiana sur MSN de nos situations amoureuses respectives (enfin surtout de la sienne parce que moi, j’ai pas grand-chose à en dire) et elle m’expliquait qu’elle ne regrettait pas son choix. « Je sais que ça ne durera pas mais au moins, j’aurai tenté et j’aurais vécu une belle histoire. » Et bien, je trouve que la demoiselle a bien raison. Si je regarde mon propre passé amoureux, je me suis entêtée à vivre des histoires impossibles : avec un trentenaire parisien et obsédé alors que je n’était même pas vingtenaire, toulousaine et une oie blanche, avec un gars avec qui je n’avais pas grand-chose en commun, avec un gars qui vivait loin de moi… Oui, mais voilà : je lui plais, il me plaît, pourquoi je ne tenterais pas ? Le mur est au bout, je le vois gros comme une maison et je sais que je vais me le prendre. Mais en attendant, que la balade est grisante.

Beaucoup de filles de mon âge cherchent « le bon », celui avec qui ça ne pourra que marcher tant il est parfait. Mais quelle erreur, à mon avis ! D’abord, il est
censé être comment « le bon » ? Je m’étais amusée il y a quelques temps à commander au Père Noël mon homme idéal (il m’a bien oubliée, cet enfoiré) mais trouver un homme qui correspond parfaitement à nos critères est utopiste. Bien sûr, nous voulons toutes un homme qui nous correspond tant sur le plan physique que sur la personnalité mais il faut bien comprendre que chaque homme a ses défauts. Tant mieux quelque part, je me sentirais pas à la hauteur d’un homme parfait… Déjà que je me sens rarement à la hauteur des hommes imparfaits, imaginez l’angoisse. Mais même si cet homme est imparfait et qu’il me semble qu’il n’y aura pas d’avenir ensemble, pourquoi ne pas tenter ? De un, rien ne me dit que ça ne durera pas, finalement. De deux, même si ça ne dure pas, n’avons-nous pas le droit de vivre une belle histoire, même si elle ne peut être qu’éphémère dès le départ ?

Certaines histoires d’amour sont condamnées à peine elles ont commencé : distance, manque de temps pour se voir, l’un des deux n’est pas libre… On peut multiplier les hypothèses à l’infini. Oui, l’amour, c’est quelque chose de très compliqué, n’est-ce pas ? Donc on voit le mur au bout du chemin, on le sait qu’il n’y a aucun moyen de l’éviter. Doit-on éviter de partir à toute vitesse dedans ou fermer les yeux en attendant qu’il arrive ? Ou plutôt profiter de chaque sensation avant le crash, la vitesse, le vent qui nous caresse le visage,
le paysage qui défile… Bon, je le concède, ma métaphore n’est pas merveilleuse mais c’est pour faire comprendre l’idée. Après tout, qu’a-t-on à perdre ? Rien, si ce n’est une belle histoire.

Le problème, c’est que beaucoup de vingtenaires veulent trouver le bon, comme s’il y avait une date limite de péremption : vite, vite, casons-nous avant qu’il ne soit trop tard ! Je trouve ça un peu curieux et un peu suicidaire comme comportement. On va refuser les avances d’un jeune homme car il ne nous paraît pas idéal et se jeter au cou du gars qui nous semble parfait. Et si ça ne marche pas, on fait quoi ? On déprime pendant 107 ans ? Par ailleurs, comment peut-on commencer une relation en pensant sincèrement que c’est pour la
vie ? Dire à un mec que lui et moi c’est pour la vie, c’est mentir, quelque part, parce que je n’en sais rien. Oui, aujourd’hui, on s’aime et tout est rose, mais demain ?

Actuellement, j’ai envie de me caser, avoir une vraie relation qui dure plus d’une nuit. Mais je ne vais pas pour autant refuser tous les prétendants avec qui ça risque de ne pas coller sur le long terme parce que si je savais exactement quel mec il me fallait, je ne serais pas célibataire (logique). Ensuite, si j’ai plus envie de plans cul, si une belle histoire qui s’annonce éphémère se profile, la refuserai-je ? Non, je ne pense pas. Je lui plais, il me plaît, allons-y gaiement ! Au moins, sur mon lit de mort, je n’aurai presque aucun regret.

Si je regarde dans mon entourage, très peu de filles sont tombées sur le bon de suite. Surtout que je n’ai que 26 ans et que mes amis en ont rarement plus. Donc pourquoi se mettre la pression à tout prix, pourquoi chercher celui qui sera forcément le père de notre progéniture ?  D’ailleurs, qui nous dit que ma progéniture aura le même père ? Bon, ce serait plus pratique et moins compliqué à gérer mais les familles recomposées existent, on ne peut pas le nier. Même, après ma rupture avec Guillaume 1er, je me suis soudain imaginée avec ma
petite tribu (j’insiste sur le petite) sans papa parce que je ne suis plus avec aucun d’entre eux mener ça d’une main de maître. Bon, très honnêtement, j’espère que j’aurai un compagnon pour m’aider dans cette tâche parce que je me vois pas du tout maman célibataire.

Aimer, c’est tenter. Je crois que sans ça, la vie ne mérite pas d’être vécue. Après tout, si y a bien un domaine où il faut oser, c’est celui-là.

L’’origine de mon talent indéniable en matière de BD

Aujourd’hui, c’est férié mais je ne vous ferai pas subir de nouvelles BD. Non pas que j’ai pitié de vous mais surtout que je ne sais plus quoi dessiner. Kenya ne m’a pas fait de connerie mémorable depuis (enfin, elle m’en fait tous les jours mais de là à faire une BD sur le fait qu’elle fait des têtes trop rigolotes, non), ma machine à laver est restée sage et l’ensemble de mes appareils électroménagers ont compris qui était le maître (moi). Donc j’ai pris le parti de vous raconter comment j’ai développé mon sacré coup de crayon.

 random-crayons

Classe de seconde. Bon, comme toute lycéenne qui se respecte, je dessine sur les marges de mes cours ou sur la table. D’ailleurs, je profitais de ce média pour laisser mes petits messages d’amour : « Sagamore S. de terminale ES, je t’aime ». Oui, j’étais vraiment TRES conne au lycée. Bref, cette année là se trouve dans ma classe une jeune fille, Charlotte, avec qui je vais devenir amie. Mais drame : à la fin de l’année scolaire, Charlotte quitte la ville pour Montpellier. No soucy, pour ne pas perdre contact, Cécile et moi prenons l’habitude de lui écrire des lettres puis je perpétue la tradition seule.

Ces lettres sont de purs joyaux que je regrette de ne pas avoir photocopié. Faut dire qu’au lycée, déjà, je souffrais d’écritorite aiguë. A la fin des devoirs surveillés, comme je finissais toujours très en avance, j’utilisais mes feuilles de brouillon pour écrire des lettres qui n’étaient destinées à personne, sortes de journaux intimes. En gros, qu’est-ce que je racontais ? « Là, je viens d’avoir un DS d’allemand, je vais me planter, c’est sûr, j’ai rien compris au texte ! Si j’ai 3, ce sera le bout du monde… » Puis on enchaînait sur « Je suis amoureuse de Jean-Luc, tu verrais comme il est trop beau ! Cette nuit, je rêvais qu’il me parlait, waaaaaaah ! ». C’est fascinant l’adolescence quand même… Il y a quelques temps, je suis tombée sur quelques archives de ces lettres, j’avoue que j’ai bien ri, j’étais vraiment débile au lycée, un délice.
 

Donc je reprenais un peu le même principe pour mes lettes à Charlotte, je lui racontais TOUTE ma vie, je lui retranscrivais même certains dialogues parce que, des fois, il m’arrivait de discuter avec mes cibles. Mais bon, c’était du genre :

Nina : Oh, il pleut.
Cible : Ouais. T’as un effaceur ?
Nina : Oui tiens
Cible : Merci !

Ce dialogue était retranscris en couleur avec plein de petits cœurs autour. Je vous ai dit que j’étais TRES conne au lycée ?

 

Arrivée à la fac, j’ai pas perdu l’habitude. J’allais à certains cours rien que pour écrire ces fameuses lettres. Exemple en licence, j’avais cours d’histoire moderne de la Méditerranée le vendredi matin à 8h avec une prof qui était une véritable connasse. Outre le fait qu’elle ne savait pas de quoi elle parlait, elle était odieuse et raciste. Dès qu’il fallait s’en prendre à quelqu’un, elle s’en prenait à la pauvre beurette de service qui était super adorable, en plus. Donc comme j’étais passée en contrôle final dans cette matière, je faisais acte de présence histoire que connasse 1ère enregistre ma gueule si je passais à l’oral avec elle. Pour me motiver à aller à ce cours où je n’écoutais rien, j’avais deux trucs : apercevoir les Pyrénées quand le métro passait au dessus de la rocade et écrire mes lettres à Charlotte. D’ailleurs, les lettres étaient parsemées de : « Bah mais tu verrais comme elle est fringuée la prof, c’est trop moche ! » ou des « ah berk, elle vient de mettre ses doigts dans son nez, c’est dégueulasse ! » (véridique). Bon en général, mes lettres faisaient 8 pages, 8 pages de ce genre de considérations. Pour illustrer mes propos déjà très percutants, je faisais des petits dessins dans la marge. Bon, c’était encore moins évolué que les BD présentées sur ce blog, à savoir que pour faire les yeux des gens, je faisais des points de couleur. Mais le mieux, c’était la « goutte ». Oui, je suis très influencée par les mangas donc dès qu’une personne avait une révélation, je lui mettais une goutte sur la tête. Genre : « Hé Gauthier, tu savais que Rachel voulait sortir avec toi ? » Hop, on voit le Gaugau dessiné avec une goutte sur la tête. D’ailleurs, comme m’a fait remarquer Gauthier un jour : « Moi, j’ai toujours une goutte sur la tête ! ». C’est pas ma faute s’il lui arrive que des merdes à Gaugau !

Le pire, c’est que mes lettres étaient devenues célèbres auprès de mes amis proches. Pas des autres car je leur taillais de foutus costards aux pintades qui nous ont fait vivre un enfer. D’ailleurs, à un moment, je racontais ma vie sous la forme « Sunseat Beach de l’amour et de la beauté au Mirail », un truc du genre. Et malgré tout, j’ai réussi à avoir mes diplômes, quel talent.
 

Depuis trois ou quatre ans, je n’écris plus ces lettres mais j’ai toujours des nouvelles de Charlotte. Récemment, elle s’est fiancée, faut que je vous raconte la demande de M. Charlotte, c’était fantastique. En fait, ils se sont fait un réveillon à 4 dans un chalet en montagne. A minuit, ils se fêtent la bonne année et s’amusent à gratter des jeux de la Française des jeux, ceux qu’on achète dans les enveloppes. Charlotte gratte et râle : rien de rien. « Putain, j’ai jamais de chance, moi ! ». Et là, son mec lui fait : « Mais, attends, tu m’as moi ! ». Et là, il se met à genoux et sort sa bague. Ben, franchement, M. Charlotte, il assure parce qu’elle ne l’a pas vu venir le bougre.

 

Enfin, voilà. Si vous voulez vous plaindre de mes dessins, je vous filerai le mail de Charlotte.

Un an…

Voilà, ça fait un an que j’ai publié le premier article sur ce blog, je m’en souviens parfaitement. J’ai déjà raconté la genèse de ce blog il y a quelques temps, je ne vais donc pas recommencer, déjà qu’il paraît que je radote.

En un an, il s’en est passé des choses dans notre vie à tous. En vrac, là, comme ça : Gauthier est venu vivre sur Paris, Lucie a eu son CAPES et est devenue prof, Mister Big a enfin retrouvé un toit… Nous avons tous rencontré des hommes, nous avons aimé (avec un petit a), nous avons ri et pleuré… Bref, la vie normale des vingtenaires. Quand je regarde le chemin parcouru depuis un an, ça me donne le vertige. Même si, sur le papier, j’ai l’air d’être au même point, ce n’est pas le cas. J’ai connu une période difficile sans précédent et je ne suis pas encore arrivée au bout du tunnel mais y a du progrès.

Les vingtenaires, c’est, à l’heure où j’écris, 382 articles, près de 23500 commentaires, plus d’un millier de lecteurs par jour. Grâce à ce blog, j’ai rencontré des gens comme Lil Virgo, Le Froid, Yome, Karma, La Rouquine, Bernardin, Bouc et Moustache, Sechev… des mauvaises rencontres aussi mais je n’en parlerai pas. Ce blog est devenu un lieu de rencontre (pas dans le sens meetique du terme, of course), des gens sont devenus virtuellement amis, certains se sont rencontrés en vrai mais pour l’heure, j’ai le regret de vous annoncer qu’aucun couple ne s’est formé parmi mes commentateurs mais je ne désespère pas un jour de voir naître un bébé « vingtenaire ». Après tout, c’est un lieu de rencontre comme un autre, comme un café, sauf qu’on ne voit pas les gens.

Où en sont les vingtenaires ?

Gauthier est en fin d’études, il travaille actuellement, célibataire

Anne travaille et est amoureuse, en couple depuis 3 mois

Lucie a eu son CAPES et va bientôt partir en Guadeloupe, célibataire

Mister Big travaille et vient de rompre avec son mec
Emma travaille et est actuellement célibataire

Tatiana est partie deux mois au Mexique, elle devrait pas tarder à revenir, célibataire

Océane attend les résultats d’un concours, célibataire depuis ce week-end

Nina est actuellement en stage, célibataire

Clara est en CDD jusqu’en août et est amoureuse depuis presque un an, maintenant.

On est sans nouvelles de Linga, Victoire et Athéna.

Ca fait très téléfilm américain judiciaire quand ils énoncent les verdicts, à la fin…

Quel bonheur d’’être fou

Paris est une ville fascinante où on rencontre des gens vraiment… hors normes, on dira. La scène se déroule samedi dans le métro, Gauthier et moi nous rendons chez la Rouquine pour un petit dîner informel. On grimpe dans la rame et là, la fille qui est à côté de nous ouvre une boîte et en sort un petit papier et me dit : « Il me faut trois minutes pour en faire un alors vous imaginez mille ! ». Quoi ? Mais de quoi elle me parle ? Polie, je réponds un : « ah oui ! » et je me tourne vers Gauthier pour voir s’il comprend, lui, mais son air perplexe est plus qu’éloquent. La jeune fille s’assoit et commence à essayer de dédoubler son mini morceau de papier. Ok, j’ai compris, les fameuses trois minutes, c’est le temps qu’elle met à dédoubler le morceau de papier… Fascinant.

Plus tard dans la soirée, on en reparle avec Gauthier et le débat glisse sur la normalité (ou l’anormalité) des gens, j’affirme à mon cher Gaugau : « Mais nous, on est normaux ! » et lui de me répondre : « Ben, on est normaux par rapport à ce que l’on considère comme normal. ». Je réfléchis à cette phrase mais je répète : je suis normale. Normale, normale, normale. C’est pas que je cherche à me convaincre mais je ne vois pas ce qui cloche chez moi, ce qui fait que je pourrais passer mes journées à dédoubler des petits papiers.

Des fous, y en a partout. A Toulouse, particulièrement. J’ai déjà parlé des folles de la fac, mais y en avait d’autres. Il y avait aussi la prêcheuse, celle qui marchait dans la rue en psalmodiant très fort. La première fois que je l’ai croisée, c’était entre les deux tours des Présidentielles, elle gueulait : « l’heure du jugement est arrivée pour certains, l’heure du jugement est arrivé pour certains »… Oui car la prêcheuse hurle en boucle. Donc, moi, je me dis : « merde, c’est une lepéniste, elle est folle de hurler comme ça, quand même ! ». Non, en fait, le jugement, c’était pas celui de Le Pen mais celui de Dieu, au temps pour moi. Je me souviens d’une fois où j’étais en cours à la fac aux murs de papier, le prof s’arrête dans son discours et là, on entend notre amie se mettre à hurler… Ben, le prof, qui était un intervenant extérieur était tout ahuri alors que nous, nous étions écroulés sur notre table.

Des fois, je me demande ce qui fait passer les gens du côté étrange de la « folie » (dans le sens populaire et non médical du terme). Bien sûr, il y a l’âge mais certains sont un peu trop jeunes pour souffrir d’un Alzheimer. Au fond, nous sommes tous fous mais chez certains, ça se voit plus que d’autres. Et ce doit être reposant d’être fou, au fond. De marcher dans la rue en gueulant des débilités, d’aller parler à des inconnus comme s’ils étaient nos amis… Etre fou, n’est-ce pas se foutre des conventions, se conduire comme on le sent plutôt que comme il le faudrait ? Moi, déjà, j’avais du mal à aller au supermarché pas maquillée et en jogging, je suis totalement aux prises avec les conventions sociales. Je n’adresse pas la
parole aux gens dans la rue juste pour le plaisir de délirer avec eux. Quoi que les fous ne délirent pas avec les gens, ils délirent seuls mais ils ne s’en rendent pas compte.

Mais pour en revenir à ma question primaire, qu’est-ce qui pousse les gens dans la folie ? Qu’est-ce qui a poussé cette étrange demoiselle à dédoubler ses papiers ? Je tripote souvent des choses dans le métro (pas de pensées malsaines, merci) sans même faire attention. L’autre jour, alors que j’avais la tête posée sur l’épaule d’Alex, je m’amusais
machinalement à nouer un élastique autour de mon doigt. Nouer, dénouer, nouer, dénouer, je m’éclate. Je tripote souvent les pièces que j’ai dans ma poche, aussi. Mais ça ne vire pas à la monomanie, je n’ai pas de pièces ou d’élastiques exprès dans ma poche pour les toucher et je n’en parlerai pas aux gens que je croise dans le métro (surtout que certains vont vouloir que je les leur donne, mes pièces). Je regarde tous ces gens fous et je me demande toujours pourquoi ils en sont là. Traumatisme de la vie ou petit souci dès la naissance, je ne le sais.

Nous avons tous un grain, c’est évident. Je suis la pro pour donner des réponses burlesques à ce qu’on me dit, on me traite souvent de couillonne (© mon chéri) ou de conne (là, c’est plus Gauthier) mais c’est pas pour autant que je me considère comme folle. Bon, j’ai fait quelques trucs dingos genre suivre un mec dans la rue ado pour savoir où il habitait et je l’ai appelé ensuite pour déclarer ma flamme mais rien de bien méchant, au fond. Bon, il y a des matins où je me réveille, la tête pleine de rêves étranges qui ont peuplé mes nuits et je me dis qu’il doit y avoir un truc qui ne marche pas très bien dans ma tite tête. Mais à part mon imagination débordante et mon sadisme pour les pauvres personnages de mes romans, je vois pas ! J’en parlais avec Alex qui m’expliquait qu’il me trouvait incroyablement saine. Ah, ben en voilà au moins un qui est de mon avis !  

Pourtant, je me demande quel est le plus heureux de nous deux ? Moi, qui ais conscience de ma condition pas toujours rose, contrainte de me plier aux conventions sociales ? Ou le fou qui n’a peut-être pas conscience de ce qu’il est mais qui est peut-être très seul. J’imagine la jeune fille aux papiers rentrer chez elle et passer la soirée à dédoubler ses papiers. Remarquez, moi, je passe mes soirées à :

– ramer
– papoter avec mon chéri
– papoter avec mes amis
– bloguer, bloguer, bloguer
– jouer au spider solitaire.
Oui, bon… Je suis pas folle, juste multimaniaque.

Blog-Boxing

Par Emma

Comme vous avez pu le constater, ces derniers jours ont été le théâtre de violents affrontements (j’cause bien, hein ?) entre comm’eurs/comm’eurs, comm’eurs/Nina, comm’eurs/Gauthier, Gauthier/comm’eurs, Nina/comm’eurs, même moi j’y suis allée de mon comm’. Et ça, ça me court sur le haricot (chacun son truc, moi c’est un haricot). Et quand le haricot me chatouille, faut que je m’exprime.

L’article de Nina d’il y a quelques jours n’était pas de la provocation, elle a tendu une perche aux lecteurs anonymes, et certains l’ont attrapée, ce qui nous a fait un grand plaisir à tous. Le fait qu’elle aborde le sujet des comm’s désagréable à l’égard des Vingtenaires était une constatation, une mise au point. Mais quelle idée bizarre de vous emballer comme ça ! Faut aller acheter un punching ball d’urgence pour vous décharger de toute cette colère !!! C’est parti au pugilat dans les commentaires, sans raison aucune. Au passage, et ça j’y tiens particulièrement : les comm’s du blog ne sont pas un espace réservé aux insultes, règlements de compte et bagarres puériles en tout genre. Si vous avez du linge sale à laver, allez le faire entre vous ailleurs. Bref, beaucoup d’agitation stérile et dénuée de sens. Vous vous êtes démenés sur du vide les enfants. Sur des raccourcis. Je ne veux pas relancer le débat, j’aime ce blog et ses lecteurs, mais là j’avais l’impression d’être dans une cours de récré. Et quand Gauthier a remis du lait sur le feu, vous avez redémarré illico (ben il a été provoc’ c’est sûr mon Gau-gau). Bref, tout ça pour vous signifier que c’est pas un ring ici, et qu’on peut converser et débattre respectueusement sans s’envoyer des missiles sol/sol dans la tronche tous les trois comm’s.

Je ne vais pas faire un article entier sur les comm’s de ces derniers jours. J’ai dit ce que j’en pensais ici et dans ces comm’s sus-cités (je sais à quoi vous pensez bande de cochons). Donc histoire de mettre à mon tour ma petite graine dans un article, et je l’espère de mettre tout le monde plus ou moins d’accord, je vais vous donner mon point de vue sur ce qui a lancé ce grand bazar.

Je ne suis pas snob. J’ai certainement un petit arrière-goût de snobisme dû à mes parents et à l’éducation que j’ai reçue, mais je ne suis pas ‘fondamentalement’ snob. Puisque le débat est là, parlons-en. Je ne suis pas toujours d’accord avec mes collègues Vingtenaires Nina, Gauthier et Mr Big, c’est un fait. Et heureusement que nous sommes tous différents. Je comprends ce qu’ils disent et leur façon de le dire, et aussi que certaines choses prises à la volée au 1er degré vous choquent, mais la vague qui en a déferlée était décalée et inutilement rageuse. Encore une fois, pas d’analyse trop rapide, après ça dérape.

Qu’est-ce que l’intelligence ? Où est la valeur d’une personne ? Il faut parfois du temps et de l’attention pour savoir qui sont vraiment les gens. Je connais des personnes qui ont fait de très longues années d’études et qui sont creux comme des pastèques (Rassurez-moi, c’est bien un « cucurbitacée » la pastèque ? Hein ?), et d’autres qui sont caissières à Mammouth, pour reprendre l’image de Gauthier et de Nina, et qui débordent de finesse et de savoir. (Ca marche aussi dans l’autre sens.) Il n’y a pas de règles, l’intelligence émotionnelle, l’intelligence de vie, chacun peut la porter en soi, ou pas. C’est elle qui règle nos vies, fait ce que nous sommes, nous porte et nous nourrit. C’est elle qui nous fait nous ouvrir au monde, nous rendre curieux et intéressés, nous donner envie de savoir, de comprendre. L’intelligence n’est pas le fait de savoir plein de choses, les comprendre et les analyser, c’est la démarche qui y amène. Tout le monde ne l’a pas, du cadre supérieur à la boulangère.

Chacun porte sa vie comme il peut, comme il veut, avec les moyens qu’il a et ceux qu’il se donne. Nous ne nous épanouissons pas tous au même endroit, et nous n’avons pas les mêmes désirs et besoins. La valeur (les valeurs) de chacun est (sont) subjective(s). La valeur que les autres nous trouvent, la valeur que nous accordons à toutes les choses de la vie, aux gens de notre vie, notre propre valeur. Bref, nous n’avons pas tous les mêmes rillettes (© Mr Big).

Tout mon petit discours n’est pas un bla-bla d’infirmière psy qui se prend le globe. C’est juste ma vision intime des choses, et j’espère que ça va calmer les ardeurs belliqueuses de tout le monde ici !

Pour noircir ce tableau très ‘peace and love’, je dois bien vous avouez que je suis comme tout le monde, avec mon intelligence, mes opinions, mes affects, mes valeurs donc. Et j’aime pas les cons. J’aime pas MES cons. Et je vous préviens, je les partage éventuellement, mais je les donne pas.

Ca me foot le cafard

On doit en être à peu près à J-15, je crois. Enfin, j’avoue que je n’en sais rien et je m’en tape royalement. Mais voilà, le foot est partout et le mondial de foot commence petit à petit à s’insinuer dans nos vies. Et j’en ai déjà assez.

 football-zidane

Avant de commencer, un petit point : je ne suis pas fan de foot. Ce n’est pas mon sport préféré, je regarde quasiment jamais aucun match mais je peux comprendre que certains aiment, c’est un sport comme un autre. Après tout, moi, j’aime bien le rugby, chacun ses goûts. Je ne conteste pas non plus le fait que le foot soit le sport préféré des Français et je ne m’insurge pas contre. Là ne sera pas le propos de ce billet. Ce qui me saoule, par contre, c’est le gavage médiatique qu’on commence à nous imposer.

 

Déjà, ça commence par la pub. Coca nous a gratifié d’une pub hallucinante où tout le monde s’aime grâce à un but de l’équipe de France, y compris le mari et l’amant caché dans le placard. Trop fort le foot ! Mais la pub hallucinante, c’est celle de je sais plus qui (CanalSat, je crois) où un couple met le match en pause pour s’envoyer en l’air et à peine la brouette consommée, ils rallument aussi sec. Alors, moi, un mec qui part mater un match de foot alors que je récupère de mon orgasme (en espérant que j’en ai eu un, ça me consolera de coucher avec un goujat pareil), il est pas prêt de me retoucher. Non mais ça va, oui ?

 

Donc à partir du 9 juin (selon Omar et Fred), c’est parti. Enfin, je dis ça mais ça commence déjà à truster les premières places au JT. M. Domenech annonce la liste des 23 ? Mais que la Terre s’arrête de tourner, plus rien n’a d’importance ! Il ose faire des déclarations que pour les abonnés SFR ? Mais quel scandale, Clearstream, à côté, c’est du pipi de chat ! Zidane annonce sa retraite ? Mettons les drapeaux en berne. Par contre, Lizarazu, il est mauvais en comm : annoncer sa retraite juste après l’annonce de Zidane, forcément, tout le monde s’en fout. Et pendant les prochaines semaines, les politiques vont pouvoir faire leur beurre dans leur coin, personne ne dira rien. Peu importe ce qu’il se passera, les journaux étaleront en une les exploits des Bleus… Si tant est qu’ils brillent parce qu’au vu de leurs derniers résultats, je suis pas sûre. Mais bon, je suis pas une spécialiste mais Barthez et Zidane, ils commencent à dater quand même et j’avoue que je ne trouve pas ça juste qu’on ne laisse pas la place aux jeunes.

 

D’ailleurs le foot n’est-il pas le reflet de notre société ? On préfère les valeurs descendantes que la fraîcheur de la jeunesse ? Non, là, je plaisante. Mais le foot
reste un phénomène passionnant, qu’on s’y intéresse ou pas. Pendant une poignée de semaines, 36 nations vont s’affronter. C’est étonnant comme le patriotisme aujourd’hui passe par le sport, je crois qu’on n’est jamais aussi fiers d’être français que quand Thierry Henry plante un but. Même moi qui n’aime pas le foot, j’ai regardé un peu la coupe du Monde de 98. D’ailleurs, j’ai une anecdote marrante sur le sujet. Lors d’un match de l’équipe de France qui s’est terminée par des tirs au but (contre l’Italie, je crois, mais je sais plus à quel moment de la compétition nous étions), je regardais le match avec ma sœur et ma grand-mère qui vivait chez nous, à l’époque. Premier tir au but de l’équipe de France, marqué. L’image est repassée au ralenti et là, ma grand-mère se tape dans les mains : « et de deux ! ». Avec ma sœur, on explose de rire avant de lui expliquer : « mais non, mamie, c’est le même ! ». Bref. J’avoue que je ne suis pas une dingue de l’équipe de France, je n’ai pas de favoris donc peut importe qui gagne ou perd. Ce qui m’agace, c’est d’ériger l’équipe de France en modèle de la France black blanc beur et comme un modèle d’intégration. Je m’explique.

 

Quand on parle de Zidane ou d’Anelka, à l’époque, on disait : « ouais, c’est des jeunes de la cité qui ont réussi, comme quoi, c’est possible de s’intégrer quand on est issu de l’immigration », blablabla. Alors voilà, les gamins dans les cités, au lieu de nous emmerder, qu’ils jouent au foot, ils atteindront le sommet. Ils sont tous de potentiels Zidane (et au pire, s’ils sont nuls, ils peuvent tenter de devenir le nouveau Jamel). Non mais comment on peut dire une chose pareille ? Combien de jeunes peuvent utiliser le foot pour s’en sortir ? Combien d’appelés pour peu d’élus ? Est-ce responsable de dire ça aux gamins ? Non, je ne le pense pas. Je ne nie pas le côté sociabilisateur du foot, après tout pourquoi pas ? En jouant au foot, les jeunes intègrent des règles, apprennent à vivre en communauté et évacuent leur agressivité dans un affrontement sain. Oui, pourquoi pas. Mais de là à dire à ces jeunes que le foot est un superbe ascenseur social, faut arrêter les conneries.

 

Et pourtant, on va y avoir droit, je vous le dis. Pour peu que la France gagne (mouahahah !), on va avoir droit pendant une bonne quinzaine de jours à l’hagiographie de M. Zidane, fils d’immigré qui a grandi dans une cité phocéenne et devenu aujourd’hui un héros de la nation, tatatan ! Bon, c’est très bien pour lui mais les politiques n’ont-ils pas honte de mettre cet exemple, carrément exceptionnel, pour montrer que l’intégration, ça existe ? Pour résoudre la crise des banlieues, on offrira aux gamins des ballons et des crampons et la vie sera belle. Mais le foot n’est pas une solution miracle, ce n’est qu’un sport…

 

Dieu merci, j’ai la saison 4 de Six feet under à mater, ça m’aidera à passer ce foutu mois de mondial.

Episode 13

Oceany vérifia que personne ne rôdait autour de sa chambre puis elle enfila le CD-ROM qui contenait les fichiers volés dans le bureau de Bill. Elle commença à le consulter, mais la
porte s’ouvrit soudain, la faisant violemment sursauter. Elle ouvrit vite sur une nouvelle fenêtre afin d’empêcher son visiteur de voir ce qu’elle faisait, mais quand elle réalisa qu’il s’agissait
d’Oliver, elle soupira de soulagement. Il ne s’amuserait pas à fureter dans ses affaires.
« Tiens, Oliver, qu’est ce que tu viens faire ici ?
– Tu m’avais promis de jouer avec moi, hier, tu te souviens ? Je m’ennuie tout seul.
– Ah oui, c’est vrai…bon, c’est d’accord, mais pas trop longtemps, j’ai beaucoup à faire.
– Génial !  »
Il se précipita vers elle et grimpa sur ses genoux. Oceany lança le programme des jeux et ils commencèrent une partie de bataille sidérale, le jeu préféré du petit garçon. Elle était un peu ennuyée
de ce petit contretemps, mais elle ne pouvait rien refuser à son petit frère. Tout ce qu’elle faisait, sa lutte contre Technopolis, c’était pour lui. Il n’avait pas connu grand chose en dehors de
la guerre et de cette horrible cité, il n’avait pas pu apprécier les beautés de la nature qu’elle avait pu admirer, avant, ça leur était interdit, à présent. Elle lui avait souvent parlé des ciels
étoilés, des montagnes enneigées ou, tout simplement, du contact de la pluie et de son odeur sur sa peau, mais pour lui, ce n’était que des fables, des contes fantastiques au même niveau que les
sorcières et les dragons. Mais un jour, il pourrait connaître tout ça, lui aussi, elle se l’était jurée.
« Ouais, j’ai gagné !  » s’exclama-t-il, tout heureux.
Elle sourit et l’embrassa tendrement sur sa chevelure dorée et, à ce moment là, il lui posa une question qui la fit frémir.
« Ces trucs blancs, sur le jeun, c’est des étoiles, hein ?
– Oui.
– Pourquoi je les vois pas en vrai ?
– Parce que la bulle de verre qui est au-dessus de nous reflète la lumière de la ville et nous empêche de voir le ciel.
– Mais c’est pas juste ! Je veux voir les étoiles, moi !
– Je te jure qu’un jour, je t’emmènerai les voir.
– Quand ?
– Bientôt.
– C’est quand bientôt ?
– Quand tu seras sage. »
Oliver soupira, visiblement agacé d’entendre toujours la même réponse ; Finalement ? tous ses efforts pour être un gentil petit garçon ne servaient pas à grand chose. Il reprit sa manette et
recommença à jouer, mais il ne put pas finir sa partie car Oceany reçut de la visite. En effet, quelqu’un frappa à la porte et Mark entra, ce qui la surprit fort : qu’est ce qu’il pouvait bien
venir faire là ?
« Oliver, tu peux retourner dans ta chambre, s’il te plaît ?
– Oui. J’éteins juste le jeu.
– Non ! » s’écria-t-elle.
Oliver la dévisagea, interloqué, se demandant certainement ce qu’il avait pu faire comme bêtise pour qu’elle refuse ainsi de le laisser faire, mais s’il se trompait de fenêtre et ouvrait celle où
se trouvait les fichiers volés, elle était perdue. Elle lui sourit gentiment et lui sortit une excuse valable qui satisfit le petit garçon qui repartit dans sa chambre.
Elle resta un instant silencieuse, mal à l’aise. La dernière fois qu’elle s’était retrouvée seule dans une chambre avec lui, il lui avait carrément sauté dessus et elle n’avait aucune envie de
rejouer la même scène.
« Vous l’aimez beaucoup votre petit frère, hein ?
– Oui…vous voulez quelque chose ?
– Ouais, en fait…je venais m’excuser pour mon attitude d’hier, dans la chambre, je n’ai pas été correct, je m’en veux.
– Ce n’est pas grave, c’est déjà oublié. Au moins, on a mis les choses au clair sur ce sujet, il aurait fallu le faire à un moment ou à un autre.
– Ouais, c’est vrai. Je suis content que vous réagissiez comme ça, j’avais un peu peur que ça nuise à notre bonne entente. Je crois que ça aurait rendu mon père encore plus furax !
– Pourquoi ?
– Et bien, il trouve que vous êtes quelqu’un de bien pour moi, et s’il savait que j’ai failli tout gâcher en me comportant comme un idiot, il m’aurait passé un de ces savons ! Il est tellement
énervé, en ce moment, avec tout ce qu’il lui arrive.
– Qu’est ce qu’il lui arrive ?
– Kirstie s’est enfuie.
– Qui c’est, Kirstie ? demanda-t-elle en feignant de ne pas se souvenir d’elle.
– Notre esclave, vous savez, la noire. Elle a été aidée par des rebelles.
– Parce que les rebelles ont accès à nos étages ? Oh Seigneur, c’est plutôt inquiétant.
– Non, ils ne peuvent rien contre nous, ils sont trop faibles, ne vous en faites pas. De toute façon, mon père va tout faire pour les éliminer. D’ici quelques temps, les rebelles ne seront plus
qu’un mauvais souvenir. Bon, puisque tout est réglé, je ne vais pas m’attarder, j’ai à faire. A bientôt, Oceany. »
Il l’embrassa chastement sur la joue et repartit. Il était vraiment gentil, mais elle ne pouvait pas se permettre de ressentir quelque chose pour lui, c’était son ennemi.
Elle attendit un instant, puis retourna à son ordinateur pour pouvoir, enfin, étudier son CD-ROM. Elle consulta tous les fichiers concernant la constitution de la ville et en apprit ses points
faibles : les piliers. S’ils venaient à s’écrouler, la bulle de verre viendrait s’écraser sur la ville et détruirait tout, mais sacrifier tant de vies humaines était-il juste ? Non, certainement
que non, il faudrait penser à évacuer les gens avant de tout détruire, mais comment ? Il faudrait trouver un moyen de sortir hors le la ville et de permettre à ceux qui ne voulaient pas mourir de
partir.
Elle ouvrit d’autres fichiers peu intéressants, mais sa curiosité fut éveillée par l’un d’entre eux figurant sous le nom de confidentiel. Elle cliqua dessus et le lança, mais une fenêtre s’ouvrit,
lui informant qu’il lui fallait entrer le mot de passe ; elle tapa d’abord Bill, puis passa à Kelly et Mark, mais ça ne fonctionnait pas, alors elle essaya tout ce qu’il lui passait par la tête en
rapport avec Oxford, des noms de dictateurs les plus célèbres aux peintres de la Renaissance, mais aucun d’entre eux ne marcha. Au bout d’une heure, elle renonça et décida de partir rejoindre ses
amis, en bas : la nuit allait bientôt tomber et personne ne ferait attention à elle.
—–
    Kelly s’amusa à faire glisser son doigt sur le torse musclé de Bryan, qui ne réagit pas, habitué à ce petit manège. Elle adorait se retrouver seule avec lui dans le lit conjugal,
avec le risque de se faire surprendre qui augmentait son plaisir.
« Les rebelles sont montés jusqu’ici, déclara-t-il, soudain.
– Oui, je sais. C’est notre esclave qu’ils sont venus enlever, je te rappelle.
– Mais je croyais qu’avec les passes et tout ça, ils…
– Ils les ont volés, c’est pas plus compliqué que ça et je suis quasiment certaine de savoir qui les a aidés.
– Qui ?
– Oceany Antelwort Geller.
– C’est qui, celle-là ?
– La copine de Mark, voyons ! Elle est venue hier ici, et Kirstie a disparu le soir même et je suis la seule, dans cette maison, à trouver ça bizarre : Mark est complètement aveuglé par son amour
pour elle et Bill est persuadé que son fils est comme lui : il ne se trompe jamais. Quel crétin.
– Tu l’as épousé, pourtant.
– Je n’avais pas le choix, je n’ai fait qu’obéir aux ordres : il pense avoir le pouvoir absolu sur tous et ce n’est pas gênant tant qu’il se contente de décorer des salles ou, à la limite, de
lutter contre l’insécurité, mais on doit l’empêcher de faire des réformes, sinon tout va tomber à l’eau.
– Il ne fera jamais ça. Il est persuadé d’être omnipotent, une sorte de Dieu terrestre. Il est si fier de son succès qu’il ne changera rien, c’est certain, tout lui sourit.
– Espérons que tu aies raison. En attendant, surveille la petite Antelwort, je n’ai pas confiance en elle.
– OK, chef : si elle devient gênante, je ferai en sorte qu’elle soit…éliminée.
– Tu es vraiment parfait, ça mérite une récompense. »
Elle se pencha vers lui et l’embrassa fougueusement, tout en laissant sa main glisser sur son torse jusqu’à son sexe, afin de réveiller son désir.
—–
    Mai-Li se leva et rejoignit la nouvelle venue qui regardait la grande hélice, perdue dans ses pensées. Depuis son arrivée, elle n’avait quasiment rien dit, se méfiant de ses
sauveurs, ce que Mai comprenait parfaitement. Elle avait vécu la même chose quelques mois auparavant.
« Ca va ? demanda-t-elle à Kirstie, qui daigna cesser de regarder l’hélice pour porter son attention sur son interlocutrice.
– Oui.
– Je sais ce que tu ressens, j’ai été esclave, moi aussi. Ce n’est pas facile, au début, on se demande ce qu’on peut bien faire ici, enfermés dans cet horrible hangar sans pouvoir sortir, mais on
fait ça pour ton bien.
– Pour mon bien ? Je ne gagne rien, ici. En haut, j’étais prisonnière, mais ici, c’est pareil, j’ai pas le droit de sortir et, en haut, au moins, j ‘avais une chambre décente et une nourriture
correcte.
– Ici, tu retrouves ta dignité. Ils te traitaient comme un animal, là-haut, c’est tout simplement inadmissible ! On se bat pour faire respecter le droit de chacun et tu dois nous aider.
– Pourquoi ?
– Parce que ton droit le plus fondamental a été bafoué. Tous les hommes naissent libres et égaux en droit. Quels droits avais-tu là-haut ? Aucun, et tu n’es pas la seule dans ce cas, nous sommes
tous prisonniers, ici, il n’y a aucune liberté ! Nous ne pouvons pas aller où bon nous semble, nous sommes considérés comme inférieurs par rapport à l’élite et ça n’est pas normal. Au début, je ne
voyais pas l’intérêt de me battre pour tout ça, mais après réflexion, ça vaut le coup. Penses-y, Kirstie. »
La jeune noire retourna à sa contemplation de l’hélice, sans rien ajouter, indiquant à son interlocutrice que la conversation était terminée. Mai soupira et partit rejoindre Myo, son conjoint, qui
était en train de démonter un revolver de la police. Elle lui passa tendrement ses bras autour de son cou et l’embrassa sur la joue.
« Qu’est ce que tu fais ?
– J’essaie de le rendre plus performant : la police est vraiment sous-équipée, c’est pitoyable. Tu as parlé à la nouvelle ?
– Ouais : elle ne sait pas trop où elle en est, pour le moment, mais je pense qu’elle ne tardera pas à nous rejoindre. C’est toujours dur, au début.
– Mmm…je m’en souviens, en effet. Il est temps que tout ceci finisse, j’en ai marre de cette société.
– Moi aussi, mais on n’est pas encore prêts, il faut attendre. »
Myo ne répondit pas et recommença à trafiquer l’arme, jusqu’à l’arrivée d’Oceany, suivie de près par Maria.
« Bonsoir ! s’exclama la première d’entre elles. Ca va ?
– Oui, je suis en train de vous préparer un petit bijou.
– Et Kirstie ?
– Je lui ai parlé, ça devrait aller.
– Tu as lu le CD-ROM ? lui demanda Maria.
– Oui, j’ai après quelques trucs intéressants sur la ville, mais il me manque un mot de passe pour accéder au fichier confidentiel. J’ai beau m’être creusé la tête tout l’après-midi, je ne l’ai pas
trouvé. Enfin, si on veut détruire la ville, il faut s’attaquer aux quatre piliers.
– C’est parfait : on passe à l’action quand ?
– Enfin, Maria, réfléchis un peu : on ne peut pas faire ça, ça tuerait trop de gens innocents.
– La fin justifie toujours les moyens.
– Je refuse de faire ça, un point c’est tout. Nous nous battons pour rendre aux gens leur liberté et leurs droits, pas pour les tuer. Pour foutre toute cette ville en l’air, il faut s’attaquer à ce
qui fait sa force.
– C’est à dire ?
– L’informatique. On vous appelle les exclus parce que vous n’êtes pas équipés, vous ne pouvez que difficilement survivre dans cette ville à cause de ça. Les ordinateurs ont remplacé l’argent. Vous
en avez, tant mieux, vous n’en avez pas, tant pis. Si on trouvait le centre informatique de la ville et qu’on le détruisait, Technopolis serait paralysé et les gens paniqueraient assez vite, ce qui
créerait une révolte qui briserait tout sur son passage.
– D’accord, on va essayer ça, mais si ça ne marche pas, je fais tout sauter, avec ou sans ton aide. »
Maria lui jeta un regard noir et repartit vers un autre groupe qui préparait une expédition dans le parc, pour voler d’autres passes : on n’en avait jamais assez. Myo observa un instant leur chef
d’un air interrogateur, puis finit par formuler sa question :
« Qu’est ce qu’il lui prend ?
– Elle a une dent contre moi, je vais aller lui parler, quand elle rentrera, pour la calmer, un peu. On doit être soudés au maximum. Au fait, comment va Wadeker ?
– Il est plutôt calme, ça va, il ne fait pas d’histoire. Un vrai prisonnier modèle.
– Mmm…je pensais à un truc : il faudrait qu’il discute avec Kirstie.
– En voilà une drôle d’idée ! s’exclama Mai.
– Peut-être pas. Je pense qu’il sera révolté quand il apprendra que Bill Oxford avait une esclave , car c’est de l’abus de pouvoir. Et peut-être qu’en voyant sa réaction, Kirstie se rendra compte
que ce qu’elle a vécu était inadmissible et acceptera de se battre avec nous pour changer tout ça.
– Je ne sais pas si ça va marcher.
– On peut toujours essayer. Je vais déjà commencer à préparer le terrain et, avec de la chance, nous aurons bientôt un nouvel allié dans l’élite. Ca marche ?
– Si tu penses que ça peut marcher, pourquoi ne pas essayer ? répondit Myo. Après tout, on n’a rien à perdre.
– Exactement. Bon, je vais discuter avec Wadeker pour le sensibiliser, un peu et, quand j’aurai fini, on y enverra Kirstie. Je suis certaine que ces deux-là auront un tas de choses à se dire. »

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