Fabien

Je me moque des plans drague foireux dont je suis victime mais quand je m’y mets, j’avoue que je peux être catastrophiquement nulle.
dring dring!
 
Avril 1996 : je suis en seconde. Durant la première partie de l’année, j’ai bavé comme une malade sur « le beau gosse là-bas », un très grand brun aux yeux noirs et à la peau mate, hmmmmm ! Notre histoire s’est résumé à ce seul mot : « pardon ! » proféré une fois alors que je lui étais rentrée dedans sans même le faire exprès. Petit à petit, mon cœur s’est tourné vers un autre « beau gosse là-bas », Fabien. Brun, yeux noisettes, beaucoup moins beau gosse que le précédent mais je le trouve charmant quand même. Evidemment, j’ai jeté mon dévolu sur LE mec inaccessible, pour changer : non seulement il n’est pas dans ma classe et nous n’avons pas de relations communes mais en plus, il est en terminale. Et justement, que se passe-t-il en terminale : le bac.
 
Etape 1 : drague discrète (voire inexistante)
Rentrée des vacances d’avril, je reviens d’un voyage scolaire en Italie le cœur léger, l’œil brillant, je retrouve mes amis dont ma meilleure amie Cécile, dont je suis inséparable. On fait un beau duo :  je suis petite, boulotte et bavarde, elle est grande, fine et silencieuse. Or, en ce jour de rentrée, drame atroce : les terminales ne sont pas là ! Les terminales ont disparu ! Mais où sont-ils ? Et surtout Fabien, les autres, je m’en tape. Et là, la vérité, terrible, tombe sur mes épaules : ils passent le bac blanc. CQFD : dans 2 mois, ils passent le bac tout court et je ne pourrai plus jamais voir Fabien. Panique à bord !
 
Jusque là, ma technique de drague était pour le moins passive. En fait, je suis même gonflée de parler de drague, il s’agissait plutôt de matage. A chaque récréation, le jeune homme et ses amis se posaient sur une table où étaient déposés quelques journaux (le journal local et l’Equipe), juste en face du tableau d’affichage. Donc je passais mes pauses à lire le tableau (il n’y a pas de profs absents, sûr ?) et à lire mon horoscope avec les copines dans le journal local. Je parlais assez fort pour me faire entendre, trop forte la fille !
 
Etape 2 : le suivre.
Avec Cécile, notre grand jeu, c’était de suivre les garçons qui nous plaisaient. A midi, on attendait que notre cible sorte et on la suivait. Ainsi, j’ai découvert où habitait Fabien, j’ai ainsi appris son nom de famille. Hasard incroyable : Fabien n’est autre que le grand frère du garçon dont ma sœur a été amoureuse durant le primaire (le petit frère était sacrément mignon, il faut avouer). Nous étions d’une discrétion exemplaire : on le suivait à 10 mètres. Il n’empêche que ça nous occupait beaucoup de suivre les mecs. En première, nous avons suivi de septembre à décembre un garçon qui lui plaisait beaucoup. Lassée de voir que les choses n’avançaient pas alors que nous savions que le garçon était amoureux de Cécile, j’ai décidé d’accélérer les choses : je suis allée voir une copine qui connaissait bien le garçon en question pour lui dire que Cécile était amoureuse. Ça va faire 8 ans qu’ils sont ensemble, merci qui ?
 
Nous étions discrètes mais pas tellement : un jour, nous discutions avec Cécile et une très bonne amie, Charlotte (mon amie épistolaire) au pied de l’immeuble de Fabien. Soudain, le voilà qui arrive, nous cessons aussi sec notre conversation et une fois la distance des 10 mètres atteinte, nous voilà parties vers le lycée. Quelle discrétion, bravo ! Mais Fabien ne semblait pas réagir, je devais attaquer, mais comment ? Je n’avais pas du tout conscience de mon pouvoir de séduction (absolument pas mis en valeur), j’étais d’une timidité maladive alors comment aller lui parler ?
Etape 3 : édification du plan béton.
Je dois lui avouer mais comment faire ? Première idée : lui envoyer Cécile. Je lui en parle, réponse : « non mais ça va pas ? Je vais pas aller le voir, je ne le connais pas ! » Oui, Cécile es encore plus timide que moi, elle ne parle ni aux mecs qui lui plaisent, ni aux mecs qui me plaisent. Vite une solution de secours ! Un dimanche soir, j’écoutais la radio (Fun, vive les radios libres !) et il y avait une jeune fille qui appelait un mec pour se déclarer. En voilà une idée ! Folle d’excitation, je prends ma décision : ça passera par téléphone (mais pas à la radio). Le lundi, je me jette sur Cécile et lui raconte ton plan : « tu es folle ! ». J’aurais plutôt dit désespérée. Le soir, je rentre chez moi, j’attends que ma mère emmène ma sœur à la gym et je saisis le téléphone. Vive les pages blanches, au passage ! Ça sonne, je vais faire une crise cardiaque ! « Allo ? » Aaaaaaaah ! « Oui, bonjour, répondis-je d’une voix tremblotante, pourrais-je parler à Fabien ? ». Et la personne (son frère ?) passe le combiné au dénommé Fabien, je ne peux plus reculer !
« Oui…euh… tu ne me connais pas mais je voudrais sortir avec toi. Je suis en seconde un, je suis comme ça et comme ça, j’étais habillée comme ça, aujourd’hui.
– Ah. Je ne vois pas du tout qui tu es ! »
Bim, dans les dents. Mais je ne me dégonfle pas :
« Ben, tu regardes dans le livre de l’école, sur la photo de classe, je suis assise à côté d’une black. 
– Ouais ben je vais faire ça.
– Ah…ben d’accord, salut ! »
Je raccroche. Mais comme je suis nulle ! C’est pitoyable ! En plus, je jette un œil au livre en question et je me rends compte qu’il peut y avoir quiproquo : dans ma classe, il y avait une noire et une métisse (oui, dans les lycées privées, le métissage n’est pas trop de rigueur). Or j’étais assise à côté de la métisse elle-même assise à côté de la noire : s’il comprend qui je suis, on aura de la chance.
Le lendemain matin, j’arrive à l’école et qui passe devant la classe ? Fabien ! Morte de trouille, je me faufile dans la classe et vais tout raconter à Cécile qui me requalifie de folle.
 
Etape 4 : Il aurait peut-être fallu transformer l’essai
Et ensuite ? Rien. J’ai pas osé aller lui parler mais j’ai su quelques années plus tard que Johanne était allée lui parler pour lui dire qui j’étais. Pourtant, j’avais fait des efforts. Un jour, je me suis pointée au lycée dans un ensemble haut sans manche/jupe courte superbe. Moi, en jupe ? Mais c’est la fin du monde ou quoi ? Ça m’allait bien, en plus, surtout que la jupe faisait un super effet gaine et me rendait plus mince. Mais à l’époque, je n’assumais pas ma féminité, je ne m’habillais qu’en jean et T-shirt XL, forcément sexy…
 
Et bien, c’est ce qui s’appelle un vent. Du coup, le « plan béton » est devenue une expression entre Cécile et moi pour désigner des idées totalement à la con qui finiront forcément dans le mur. Quelques années plus tard, j’ai raconté cette histoire à Guillaume, mon ex, qui s’est moqué de moi : « Non mais tu crois vraiment qu’un terminale serait sorti avec une seconde ? » Réponse : « Chéri, quand tu étais en terminale, j’étais en 4e… ».
 
Peut-être que si j’étais allé lui parler… Peut-être que si j’avais été en terminale, aussi… Peut-être que si j’avais été plus féminine…Ce qui est sûr c’est que je n’ai plus jamais appelé un mec pour lui dire que je voulais sortir avec lui.
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22 réflexions sur “Fabien

  1. hahaha!! t’avais vraiment faim!!! en tout cas chapeau!! j’aurais jamais osé! moi en seconde (il y a 12 ans!!)avec mes copines, on passait à côté des terminales qui fumaient et on leur piquait la clope qu’ils étaient en train de fumer: ça les scotchait!! aujourd’hui certains sont restés des potes…

    Nina : C’est énorme le coup de la clope!! Tu veux que je te dise? Aujourd’hui encore, je me demande comment j’ai osé faire un truc pareil!!

  2. "je m’y mets, j’avoue que je peux être catastrophiquement nulle" : c’est déjà bien de le reconnaitre. 😉 Quand je te dis que c’est loin d’être évident. 🙂

    Nina : Je n’ai jamais dit que ça l’était… Mais j’atteins des sommets, quelque part.

    "que se passe-t-il en terminale : le bac" : pas possible, çà existe encore?! 🙂

    "on le suivait à 10 mètres" : une chance qu’il rentrait chez lui à pied.

    Nina : C’est clair, il serait rentré en bus, j’aurais raté le plus drôle des râteaux de ma vie! 😉

    "nous savions que le garçon était amoureux de Cécile" : comment vous saviez çà?

    Nina : Parce qu’un de ses amis l’avait dit à Cécile avant les vacances d’été mais elle ne s’est intéressée à lui que vers octobre suivant.

    "j’étais d’une timidité maladive alors comment aller lui parler ?" : je crois que dans ce genre de cas, pratiquement tout le monde est timide. Ce qui semble normal vu que ce n’est jamais évident d’avouer ce qu’on peut ressentir pour quelqu’un.

    Nina : Oui et puis en plus, il n’était jamais seul et j’avais zéro confiance en moi.

    "Je raccroche. Mais comme je suis nulle ! C’est pitoyable" : non, je ne trouve pas, fallait le faire, c’est vraiment très dur ce genre d’exercice. Il fallait peut être préparer un peu plus ce que tu allais dire et s’attendre un peu à ce qu’il ne voit pas du tout qui tu es, mais c’est tout.

    Nina : Ouais ben je croyais qu’il m’avait repérée, un peu, ce fut un grand moment de solitude…

    "je n’ai plus jamais appelé un mec pour lui dire que je voulais sortir avec lui." : çà peut marcher, si les deux se connaissent un peu avant de le faire.

    Nina : Ouais, là, c’était kamikaze! Mais je me sers plus du net! 😉

  3. lol, question plan foireux je suis les pieds dedans perso, bave sur une fille qui ne sais meme pas que j’existe ^^

    bref, tout ca pour dire que je pense avoir planter ma tente sur ton blogounet, car j’aime bien te lire (en esperant ne pas etre de trop ^^ lol)

    pis je crois qu’on a tous nos periodes dragues foireuse, surtout dans nos années 15-17

    Nina : Et bien, installe-toi bien et bienvenue! 🙂 Ado, j’étais la pro pour baver sur le "beau gosse là-bas". Du coup, techniquement, je me suis pas pris beaucoup de râteaux mais j’ai jamais conclu avec un "beau gosse là-bas"!

  4. Moi, ado, j’etais tellement timide, depourvue de confiance en moi-meme et incapable de me mettre en valeur que, meme si j’etais constamment amoureuse de 2 ou 3 beaux gosses a la fois, je n’aurais jamais imagine que quoi que ce soit puisse se passer avec eux. Alors de demander a un garcon de sortir avec moi!! je te trouve tres courageuse.

    Meme maintenant, quand un beau gosse me trouve a son gout, je suis etonnee, tellement ma non capacite de plaire est ancree en moi..

    Nina : Tu sais, Nina, je suis un peu comme toi. Ado, j’étais boulotte et je suis toujours étonnée qu’un mec s’intéresse à moi, j’ai toujours l’impression d’être la grosse sympa mais pas plus. Là, franchement, si je l’ai appelé, le mec, c’était à cause du bac, j’ai flippé… :p

    Aujourd’hui, j’ai appris à m’aimer, ça va mieux! (suis plus mince, aussi, ça aide)

  5. Hi hi hi! trop bon!
    ça me rappelle bien des souvenirs, et ça me donne bien des idées… 😉

    Nina : Ca te rappelle des souvenirs? Toi aussi t’as appelé un mec pour lui déclarer sa flamme? Ne serais-je donc pas la seule tordue?? 😉

  6. J’étais exactement comme toi en seconde, je suivais un type qui était en terminale (en étant persuadée qu’il ne ferait pas attention à moi vue la dégaine que j’avais et vu que j’étais en seconde). Et finalement, il est sorti avec une fille de ma classe, là je lui ai parlé et je l’ai trouvé finalement très con comme la lune (un peu comme la fille de ma classe). Finalement, c’était un super plan mattage, mais je ne suis pas sure que si j’étais sortie avec, je serai restée plus d’une semaine avec lui…

    Nina : Des fois, il vaut mieux se limiter au mattage, effectivement, quelle désillusion, sinon… 🙁  En tout cas, ça me rassure de voir que je ne suis pas la seule à suivre les mecs, je suis d’une normalité affligeante, finalement! 😀

  7. liaisons foireuses? dsl je vois pas où est le "plan béton" dans ton blog. J en ai eu et pas qu une des liaisons foireuses, des lovelosing de hautes volés, rien a voir avec ce que tu écris

    Nina : Bah, si tu veux, je me trouve un mec qui va me battre, me foutre en cloque et m’abandonner… Que veux-tu que je te réponde? Je raconte ma vie telle quelle, de façon assez humoristique si possible. Ceci étant, un mec qui part à la pharmacie et un autre qui me traîne dans la boue après m’avoir sauté, je trouve ça assez foireux comme relation.

  8. C’est mignon tout plein ca!!! 😉

    La technique de suivre les gars, c’est vraiment féminin !! Moi, il m’arrive de mater, mais de là à suivre une fille ( ca ferait trop psychopathe!!)…

    Sinon, je trouve que ce que tu as fait c bien, y a pas de quoi avoir honte du tout même si ca a foiré! Un échec c’est mieux qu’un regret.

    Nina : Ca n’est pas psychopathe de suivre un mec dans la rue, non mais!! 😉  Des fois, j’avoue, je m’amuse encore à le faire : je repère un mec mignon dans la foule et je le colle jusqu’à ce que nos chemins se séparent, je trouve ça amusant… :p

    Mais tu as raison, j’ai bien fait de le faire… Ca me fait au moins un super plan râteau à raconter! 😉

  9. muarf moi au lycée j’étais asséxué, je draguais pas… les filles qui voulaient de moi (yen avait pas mal en plus) me le faisait comprendre, et moi je faisais mon marché, et puis… g fini pd lol normal non?

    Nina : Dire que tu aurais pu te taper une super brouetteuse et tu as dit non, pfffffffffffffffffffffffffffffff! 😉

  10. Gauthier, je te remercie, tu viens de me donner l’idée pour le rateau que je vais raconter pour le concours :o)

    Nina, je voulais savoir… le fabien en question, tu as le droit de l’approcher de combien de mètres, aujourd’hui ?

    Thom…

    Nina : Bah, il n’a pas porté plainte contre moi pour harcèlement! 😉 Là, je ne sais pas du tout ce qu’il fait dans la vie ni rien. Je l’avais recroisé en 99 à un concert mais depuis…

  11. "j’étais d’une timidité maladive"
    => L’amour veritable s’enveloppe toujours des mysteres de la pudeur, jusque dans son expression, car il se prouve par lui-meme ; il ne sent pas la necessite, comme l’amour faux, d’allumer un incendie. – H. de Balzac

    Nina : Oui, c’est tout à fait vrai. Perso, je suis pas du genre à dire "je t’aime" toutes les 2 minutes et à demander qu’on me le dise. L’amour, ça se voit surtout dans les petites attentions que dans les grandes déclarations vides de sens.

  12. Mes aïeux! Il m’est arrivé quasiment la même chose sauf qu’au départ c’est le mec qui me matait comme un gros malade (tout le monde avait remarqué, c’était tellement discret), et c’est ma meilleure copine qui m’a planté le téléphone dans les mains (avec l’autre qui attendait à l’autre bout du fil), pensant que c’était du tout cuit, et là il me sort le : »Ah ben non, je vois pas qui t’es… » (et en plus il me prenait pour une conne). Je crois que je ne m’en suis jamais remise!

  13. Sympathique témoignage. Je pense que nous avons tous vécu ce genre de situation un jour ou l’autre durant notre adolescence. Mon ‘Fabien’ à moi s’appelait Ludovic, mais lui était au même niveau que moi… Donc 3 ans à baver sans réaction, mais bon, on s’en remets ;o)

  14. Ohhhh une jolie vintagerie! Comme j’aime bien papotter sur les anciens articles (c’est calme, ya une petite couche de poussière qui donne un petit côté romantique) je vais raconter la (seule) fois où je me suis fait draguer. Un copain de copine qui me trouvait charmante (oui, à une époque où j’avais pas de seins, pas de look, et pas de personnalité…) et avait demandé mon numéro à la copine en question. Sauf que quand j’étais en 1ère, le téléphone, c’était fixe et puis c’est tout.
    Vendredi soir, dîner avec la famille… Le téléphone sonne, numéro inconnu. Comme ma mère filtre les appels, on laisse le répondeur se charger du message. Pas de message. C’était donc pas important. 5 minutes plus tard, ça sonne à nouveau. Toujours pas de message.
    Nous avons arrêté de compter les appels peu après le 20ème, quand on a coupé la sonnerie du téléphone. Je n’ai appris que le lundi suivant qui était le psychopathe qui avait passé sa soirée à entendre ma douce voix sur le répondeur sans laisser de message. Je me suis un peu caché pour le reste de l’année scolaire!

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