Choisis le bon ton – Leçon d’écriture n°2

Suite de ma mini série “ce livre horrible qui m’a traumatisée”[débutée y a une putain d’éternité, avant le Japon, même, je crois]. Mais comme dans tout, on peut parfois tirer du positif du négatif genre “ça, je ne le ferai jamais”. Donc après le “arrête de t’auto spoiler”, voici le “tu ne crois pas que tu as du mal à trouver le bon ton, là ?”

Choisir le bon ton pour son roman

En fait, je crois que c’est de ça en particulier que m’est venue l’aversion particulière pour ce roman (ça et le fait que l’héroïne est complètement débile). Parce que j’ai pas su le situer exactement, je n’ai pas saisi les intentions de l’auteur… parce que trop de variation de ton. Pourtant le premier chapitre qui posait la toile m’avait assez emballée. Ca manquait totalement de nuances certes mais le côté “le Bloc national (je crois, je me souviens même plus) a été élu aux élections présidentielles, douche froide, les opposants sont brimés”, pia pia pia, ça met direct de la tension, de l’enjeu, on sent des personnages ordinaires mis au pied du mur par l’Histoire… pile mon thème de prédilection dis donc. Je lis donc ce premier chapitre, je laisse le roman pour la nuit et le lendemain soir, je m’y replonge avec une certaine excitation… et énorme fail. Un peu comme si j’avais prévu une nuit torride avec Jo Manganiello et qu’une fois le slip enlevé, j’avais droit à un vermicelle mi-mou et pas de négociation sur les réjouissances : c’est pénétration ou rien.

jo manganiello

Salut, tu veux voir mon spaghetto ?

Pour vous situer, tu passes d’un premier chapitre assez factuel, un peu dramatique à “hihi, je suis teubê et mon ex, c’est trop un relou”. Non mais vraiment, la meuf est embarquée dans un (certes faux) camp de concentration dans une France en pleine crise, tu es sous tension par rapport au 1er chapitre et on se retrouve avec une héroïne direct décrite avec un pyjama déchiré qui fait un caca mou car elle retrouve son ex, ex sur lequel elle avait écrit un livre pour se venger. Mais quelle claque, putain.  

Pyjama pour femme

Parce que comment tu veux rentrer dans un roman qui est censée te raconter une histoire dramatique sauf que c’est raconté par une nana qui a 13 ans dans sa tête… avec un style d’une enfant de 13 ans. Et encore, des enfants de 13 ans s’en sortent bien mieux. On est à la limite de démarrer chaque chapitre par un “cher journal”. Alors on avait déjà le problème de l’auto-spoiler qui te flinguait bien le suspense mais là, encore, comment tu veux créer un enjeu quand les événements sont décrits par une héroïne tellement débile qu’elle est plus inquiète pour le trou dans son pyjama que par sa propre déportation ? Non mais vraiment, pendant tout le passage dans le camp de concentration, passage qui débute par une (fausse) exécution quand même, l’héroïne te raconte ça sous le prisme du “ahlala non mais je dois partager ma chambre avec mon ex, trop dure la vie, pfff”. Ah ben écoute, si c’est ton seul problème alors que ta vie est potentiellement menacée, tant mieux pour toi. Par contre, tu m’excuseras mais niveau tension, c’est loupé…

Petite fille qui boude

Parce que oui, au-delà de l’histoire de fond, la forme ça compte aussi. On le dit souvent mais les mots ont un sens et la tonalité peut complètement changer le sens de l’histoire. Un exemple, vous allez le voir : “Dès la nuit de leur arrivée au pouvoir, le Bloc identitaire a décidé de déporter ses ennemis politiques. J’en faisais partie” et “Alors que j’étais en train de finir mon nouveau roman, des policiers sont arrivés et m’ont embarquée, je comprenais rien. Mais le pire était à venir : j’avais un trou dans mon pyjama et j’allais en plus retrouver mon pire ennemi. Mon ex.” Je ne dis pas qu’il faut être forcément hyper dramatique en toutes circonstances, cf La vie est belle mais là, comment tu veux accepter qu’un personnage est en danger quand son principal problème est un trou dans son pyjama ?

Jean femme troué

L’héroïne, d’ailleurs… va falloir qu’on en parle.

Rendez-vous sur Hellocoton !

Un dimanche à Tokyo (Jardin Impérial, Harajuku et Shinjuku)

1er octobre, 6h du mat. Le soleil entre tranquillement dans la chambre, nous réveillant paisiblement. Une douche et c’est parti pour l’aventure ! Première mission : trouver des adaptateurs car ceux que j’avais amenés et pourtant libellés ‘Japon” par Castorama ne s’adaptent pas. Donc on note : les prises pour le Japon sont juste constituées de deux tiges, laissez tomber celles qui n’y ressemblent pas.

Prise adaptateur Japon

Sauf que c’est dimanche et qu’à huit heures du mat, tout est absolument fermé. On croise ça et là des gens qui font la queue pour le café Square Enix, pour un spectacle ou pour l’Anime Center. On finit donc par se jeter dans le premier café ouvert pour notre petite dose de caféine et un petit grignotage ultra fat et on repart, les magasins ayant ouvert. Dans notre quête d’adaptateurs, nous sommes chanceux, nous habitons juste à côté d’Akihabara, “l’electric town” donc on remplit la mission sans trembler. Nous en profitons pour flâner un peu dans les rayons appareil photo puis on finit par repartir. Notre prochain arrêt : le Palais impérial et surtout son jardin. Motivé, Victor propose d’y aller à pied, allons-y gaiement ! Au bout de 500 mètres, on vire les surcouches. On nous avait prévenu : en cette saison, à Tokyo, il fait chaud. Et bien, sachez que c’est vrai. On se promène tranquillement, s’émerveillant d’un peu tout : une maison traditionnelle coincée entre deux énormes buildings, les boutiques organisées en quartier, assez pratique pour se repérer, les petites rues piétonnes qui surgissent de nulle part…

Tokyo, Akihabara Tokyo, Akihabara Tokyo, Akihabara Tokyo, quartier des affaires de sport restaurant dans Tokyo La rue piétonne Sakura à Tokyo Rue piétonne au coeur de Tokyo

Sans trop le faire exprès car mon guide (le Lonely planet, je balance) a décidé que les noms de rue, ça ne servait à rien, nous voici arrivés à destination. Autour du jardin impérial, des joggers qui abandonnent tranquillement leurs affaires (serviettes, eau) pour aller trotter léger. J’avais entendu parler de la légendaire sécurité qui règne à Tokyo, je confirme : la plupart des vélos sont simplement posés contre les barrières, les rares antivols semblent utilisés pour éviter les chutes de vélo pendant l’absence de son propriétaire.

La sécurité à Tokyo : les joggeurs laissent leurs affaires sans surveillance

Pont pour se rendre au jardin impérial de Tokyo Douves autour du jardin impérial

Entrons dans le jardin impérial, gratuit même s’il faut prendre un jeton en entrant et le rendre en sortant. Ce jardin est juste somptueux même si nous l’avons visité sous un soleil de plomb. Les maisons traditionnelles se succèdent, les points d’eau aussi, on aperçoit de rares carpes. Quelques bambous de ci, de là, des murailles, partout. Impossible d’apercevoir le Palais impérial où alors on n’a pas été du bon côté. Le jardin n’est pas sans me rappeler Central Park et sous pas mal d’aspects, Tokyo me fait penser à New York.

jardin impérial de Tokyo jardin impérial de Tokyo

jardin impérial de Tokyo

Quand je vous parlais du soleil de plomb, cette photo est complètement cramée

Femme en kimono dans le jardin impérial de Tokyo jardin impérial de Tokyo jardin impérial de Tokyo jardin impérial de Tokyo jardin impérial de Tokyo Jardin impérial de Tokyo Muraille dans le jardin impérial de Tokyo Jardin impérial de Tokyo : porte

Après une petite balade de santé, on se pose dans un petit bouiboui pour avaler des boulettes avec une pinte de thé et on repart avec enthousiasme pour le plus grand temple shintoïste de Tokyo, Meiji Jingu.

Pinte de thé à Tokyo

Oui, ceci est une pinte de thé

C’est très surprenant : on sort d’une gare blindée (la marée humaine au sens propre du terme), on se retrouve entre deux grues et une pelleteuse et au détour d’un virage…

Todom !

La porte du temple de Meiji Jingu à Harajuku, Tokyo

Préparez-vous à une expérience particulière. On s’enfonce dans une forêt (enfin avec un bon gros chemin bien balisé au milieu) avec la pénombre, la fraîcheur… et le croassement des corbeaux. Oui, ici, on a pas mal de corbeaux du genre “gros poulet” et y a vite moyen de se raconter une histoire de forêt qui fait peur. Oui, j’aime me raconter des histoires. On avance dans la forêt, on croise des empilements de tonneaux de saké faisant face à des tonneaux de bourgogne (?), nous passons sous une deuxième porte, nous rapprochant du temple. Le temple en lui-même est assez vite vu : une esplanade centrale, trois arrivées avec chacune une petite fontaine et une casserole à long manche pour puiser de l’eau qu’on versera dans ses mains pour boire [NDLA : à ce moment là de l’histoire, je ne savais pas qu’il ne fallait pas boire l’eau sacrée, qu’on se rince la bouche avec mais on n’avale pas]. Sur place, des gens font la queue pour prier en réalisant une sorte de petite chorégraphie : on s’incline deux fois puis on tape deux fois  dans ses mains.

Temple shintoiste meiji-jingu à Tokyo Temple shintoiste meiji-jingu à Tokyo Temple shintoiste meiji-jingu à Tokyo Temple shintoiste meiji-jingu à Tokyo Temple shintoiste meiji-jingu à Tokyo

On continue notre promenade et on tombe sur un nouvel espace vert… oui, comme Central Park, oui… mais à un élément prêt : sur la pelouse, on voit de nombreux élèves du dojo voisin.

Dojo au coeur de Meiji-jingu à Tokyo Elèves du Dojo au coeur de Meiji-jingu à Tokyo

16h30, nous sommes priés de quitter les lieux car la nuit tombe. N’écoutant que notre courage et ignorant nos pieds, nous envisageons de nous balader dans le quartier d’Harajuku mais vu la marée humaine qui se pointe face à nous, on se rabat sur Shinjuku, quartier coloré et festif où on va déguster notre premier whisky et déguster des brochettes dans un bouiboui sympa. On se retrouve très vite Lost In translation, on commande un peu au hasard… tellement au hasard qu’en commandant 4 brochettes, on se retrouve avec 5… La cinquième était du coeur de volaille, un plat que je n’aurais jamais commandé sciemment… une expérience culinaire étrange mais pas si déplaisante. Par contre, le whisky plus les brochettes plus du saké, autant vous dire qu’à peine rentrée à l’appart, je m’abandonne au sommeil.

Tokyo Harajuku

Quartier de Shinjuku, Tokyo Quartier de Shinjuku, Tokyo Quartier de Shinjuku, Tokyo Restaurant de brochettes à Shinjuku Restaurant de brochettes à Shinjuku

 

Rendez-vous sur Hellocoton !

Quand les femmes n’ont pas le droit à l’erreur

Coucou les petits choux ! Vous vous souvenez, la dernière fois, y a 15 jours parce que ma vie est horrible en ce moment (enfin, elle est horrible de 9h à 19h à peu près si vous voyez ce que je veux dire), je vous évoquais une conversation Twitter autour des femmes vidéastes. Du coup, après avoir parlé trolls, je vais vous parler du droit à l’erreur des vidéastes femme… Et du fait qu’il n’existe pas, en fait.

Femme humiliée

Despaired secretary picking up some files

Sur ce coup là, je vous renvoie en premier lieu sur le thread de Ginger, vidéaste dont j’ai déjà parlé et qui, étant une féministe assumée, se prend régulièrement des stormshits dans la gueule. Pour ceux qui auraient la flemme de lire le thread, je résume viteuf : quand t’es une femme vidéaste, tu crouleras sous les messages à la moindre erreur ou inexactitude (y compris dans la prononciation d’une ville) alors qu’un mec qui balancera une contre vérité sur un élément, ça passera crème. Et en fait, elle n’a pas tort…

Droit à l'erreur des femmes

Je vais sortir du cadre de l’Internet pour étudier un peu cette vérité dans la vraie vie (même si, sur ce blog, j’ai jamais eu droit à l’erreur non plus, me ramassant parfois des insultes pour une putain de faute d’inattention). Je vais vous parler de Boris, un garçon certes fort sympathique croisé dans une autre vie, dans un cadre pro. Boris était un mauvais exécutif, il multipliait les conneries par manque de soin sur ses dossiers, a réussi l’exploit de faire perdre un client car il l’avait critiqué sur son Facebook (en oubliant qu’il était pote avec ce dernier)… Bref, pas l’employé de l’année. Il est aujourd’hui directeur. Dans la même équipe, des femmes ont été virées pour des bourdes sans réelles conséquences (pas de client perdu) mais bon, tu comprends, ça ne le faisait plus trop, bla bla bla. Y en a une, je crois que je sais même pas ce qu’ils ont pu invoquer pour la virer. Dans une autre boîte, j’ai pu croiser la route d’Antonin, garçon fort sympathique mais brouillon dans son exécution qui fut un jour puni d’une terrible sentence “puisque tu es nul en exécutif, très bien, tu ne feras plus que de la strat !”. Alors que bon, moi, par exemple, dont on louait le sérieux et la rigueur, j’aurais bien aimé passer en strat, justement. C’est peut-être le hasard, me direz-vous. Sauf que…

Une femme en réunion

“Pfff, les féministes, vous vous cherchez toujours des excuses à vos propres échecs”. Ok alors on passe en level hardcore sur le pardon aux fautes des hommes alors que les femmes n’y ont pas droit, c’est parti pour le rayon dégueulasse du sexe et surtout des violences sexuelles voire viols. Si je vous dis Johnny Depp, Roman Polanski, Bill Cosby, même DSK… Ces hommes ont violenté ou violé des femmes et pourtant… rien n’a arrêté leur carrière, ce n’est que très récemment que les lignes ont bougé et encore : Cosby et Polanski restent libres, Depp à l’affiche d’un blockbuster, DSK se fait des tapis rouges avec sa copine à la cool. A côté, prenons Maruschka Detmers. Je ne sais pas si vous connaissez de nom, c’est une actrice des années 80 que j’avais vu pour ma part dans La vengeance du serpent à plumes où elle jouait une italienne alors qu’elle est néerlandaise. En 1986, le festival de Cannes ne parle que d’elle. Pourquoi ? Parce que dans le film Le diable au corps de Marco Bellochio, elle gratifie son partenaire d’une fellation non simulée. L’histoire prétend que ce geste était son initiative mais qu’elle le regretta car non seulement ces quelques secondes ont éclipsé tout son travail sur ce film (que j’ai pas vu donc pas d’avis) mais surtout que sa carrière en a été plombée. Sinon, un épisode de cleptomanie tuera plus sérieusement une carrière que des accusations (et condamnations) pour viol, n’est-ce pas Béatrice Dalle ou Winona Ryder. Une erreur coûte toujours plus cher à une femme qu’à un homme (bien que j’ai du mal à parler “d’erreur’ en matière de viol et de violence, mmm).

Maruschka Detmers

Et en politique ? Qu’une ministre n’ait pas le malheur de bafouiller ou c’est déluge contre elle, alors même que son homologue masculin faisant la même erreur n’aurait pas droit au même acharnement. Un exemple récent qui m’a un peu frappée : l’histoire de l’appartement du couple Corbière-Garrido. Alors juste un point : oui, je sais que leur occupation des lieux n’était pas illégale puisque l’immeuble a été classé HLM bien après leur arrivée et qu’ils auraient tout à fait pu rester là sans qu’il s’agisse d’un arrangement ou autre. Après, moralement, quand on a la thune, c’est sympa de céder sa place à ceux qui n’en ont pas. Mais ce n’est pas de ça dont je veux parler mais du fait qu’elle s’en est pris trois fois plus dans la gueule option insultes sur le physique, bien entendu, alors que c’est quand même lui le député donc qui devrait faire preuve d’une probité sans faille. Vous voyez ? Et je suis sûre que si on analysait la campagne 2007 (Sarko vs Royal), on retrouverait plus d’articles sur ses erreur à elle et écrits de façon fort peu sympathique alors que lui-même en a sorti pas mal.

Ségolène Royal

Et je suis sûre qu’en fouillant, je pourrais multiplier les exemples de journalistes femmes rabaissées pour une coquille alors que PPDA pouvait faire une fausse interview de Fidel Castro sans que ça ne lui coûte sa carrière. En fait, l’explication est assez simple : la parole des femmes ne paraît jamais tout à fait légitime. La moindre erreur et on se foutra de notre gueule à vie. On aura une dette de crédibilité impossible à remonter. Parce qu’on ne veut pas nous donner crédit, de toute façon. Pas plus tard que cette semaine, sur Twitter, une nana qui racontait que lors d’une réunion, elle avait pris la parole et qu’un client ou directeur avait sorti un “ah mais elle connaît son sujet en plus”. Ah oui, un pot de fleur expert, je comprends que ça surprenne, hein… Sur ce sujet, je vous renvoie à tous les tumblr “paye ta”, je vous en avais listé plein, on croule sous les témoignages qui pourraient se résumer à “si tu es jolie, tu ne peux pas être pertinente”. Du coup le moindre caillou qui viendrait conforter cet édifice serait exhibé à outrance. Et on aurait tôt fait de nous enjoindre de façon fort peu courtoise à “rejoindre notre cuisine”, là où serait notre vraie place. Oui, en 2017, on a encore droit à ça. Il serait peut-être temps, messieurs, que vous éduquiez vos potes, non ?

Rendez-vous sur Hellocoton !

Ravage de Barjavel, une madeleine au goût amer

Enfin, j’ai deux minutes à consacrer à ce blog, ouf. Et pour fêter ce “retour” mais aussi parce qu’on rentre en période de Noël, moment où raisonne en moi une douce nostalgie. Du coup, comme je reste dans ma logique des dystopies, je vais vous parler de la première dystopie à laquelle j’ai été confrontée (et non pas que j’ai lue, vous allez voir la nuance) : Ravage de Barjavel. Et sur le coup, j’ai pas aimé… du tout.

Ravage de Barjavel

On est con quand on a 14-15 ans, disait presque Rimbaud. Mon cul posé sur une chaise inconfortable, je découvrais avec mes camarades un extrait du roman sus-nommé, une histoire de viande autour d’une broche géante où l’on coupait une face régulièrement. Oui, moi aussi, ça me fait penser à un kebab. Donc nous lisions ça et nous étions un peu en mode “wuuuut ?”, ne nous sentant pas très intéressés par cette histoire de viande qui se reconstitue. Mais en grandissant, les goûts évoluent, la madeleine amère flatte soudain notre palais et nous remplit d’allégresse et de plaisir… Et ce fut pareil avec Ravage, que j’ai fini par lire après avoir été fortement encouragée à lire “La nuit des temps” de ce même Barjavel par mon cousin.

La nuit des temps de Barjavel

Donc Ravage, c’est quoi ? Une dystopie, évidemment, une dystopie qui critique la société récréative et surtout déconnectée de la nature et ça, gardez le en tête. L’histoire en bref : en 2052, François, un jeune “campagnard”, se rend sur Paris pour récupérer les résultats de son concours de chimie agricole, il en profite pour revoir son amie d’enfance, Blanche. François est d’ailleurs la personne qui mange la viande dont je vous parlais plus tôt. Blanche, elle, est happée par un tourbillon de glam’ et de paillettes, une carrière de mannequin-chanteuse se trace devant elle. On a ici un petit triangle amoureux : le producteur de Blanche est amoureux d’elle et décide d’évincer François en le faisant éliminer du concours. Mais chut, c’est le grand soir pour Blanche, elle va chanter à la télé. Alors qu’elle ouvre la bouche pour entamer son chant, l’électricité disparaît. Et c’est le chaos le plus total : la disparition de l’électricité déclenche des catastrophes en série (genre toutes les voitures volantes viennent gentiment s’écraser), les villes sont en feu. Les habitants, trop dépendants à l’alimentation chimique, dont la fameuse viande, se voient soudain dépourvus. Le feu se répand, la maladie aussi, François, Blanche et des gens qu’ils ont ramassés au passage, décide de migrer vers le sud, dans le village natal de François. Evidemment, l’épopée ne sera pas sans heurts, notre troupe faisant face à de nombreux dangers mais aussi la faim, la peur, et la folie. A la fin [saute au prochain paragraphe si tu ne veux pas savoir], François devient le patriarche d’une petite société naturaliste où le bonheur est assuré par ce retour à la nature. Mais le malheur n’est jamais très loin puisqu’un jeune garçon crée un petit moteur et suite à une altercation avec François le patriarche centenaire, le tue. Mais la petite communauté sera reprise en main par Paul, un disciple de François.

Paris dans Ravage de Barjavel

Ce qui m’avait marqué dans ce roman, c’était vraiment cette dichotomie entre la société électrique moderne qui brime les gens (à travers le personnage du producteur notamment) et le retour à la terre qui leur rend le bonheur. On est à nouveau ici dans cette idée que le progrès amollit les gens, comme disait Orwell, cette dystopie de l’abrutissement qu’on retrouve dans les oeuvres majeures du genre comme 1984, Fahrenheit 451 ou le meilleur des mondes mais aussi dans des oeuvres comme Albator ou Idiocracy. Un thème qui revient très (trop) régulièrement actuellement dans nos conversations à base de : la télé/Internet/les réseaux sociaux/le smartphone enferme les gens et les abrutit, discours qui m’agace toujours un peu dans la mesure où ce ne sont que des outils et que ce ne sont pas eux en soi qui abrutissent mais l’usage qu’on en fait. Grossièrement, je peux allumer ma télé pour regarder France 5 ou Arte ou Hanouna : même outil mais pas mêmes conséquences. Cependant ici, ce n’est pas tant le progrès que la déconnexion à la terre que Barjavel traite et quand on sait que le roman a été publié en 43, en plein régime de Vichy qui prônait justement ce retour au sources, on peut se poser des questions quant à l’orientation pétainiste de l’oeuvre. Rassurez-vous, l’Etat Français s’en prend pour son grade aussi.

BD tirée de Ravage de Barjavel

Il me faut à tout prix cette BD

Dernier point enfin et le plus important selon moi : la disparition de l’électricité n’est jamais expliquée. On sait qu’il y a une guerre en Amérique mais on ne sait pas avec certitude si c’est ce qui a déclenché la disparition de l’électricité. Et je trouve ça non seulement très cool mais aussi assez couillu. Dans nos oeuvres modernes (notamment au cinéma mais pas que), on nous explique tout jusqu’à ce que l’explication devienne presque plus insensée que l’événement d’origine. Par exemple dans Star Wars, dans la trilogie originale, le monde est régi par la force, c’est quelque chose qui existe et personne ne discute ça. Mais dans la 2e trilogie (épisodes 1,2 et 3, c’est putain de chiant à expliquer à chaque fois de quelle trilogie on parle), on vient nous mettre une couche de science là-dessus qui rend le truc bien trop concret pour coller avec la notion de force. Et c’est un peu là qu’on touche du doigt l’idiocracy, finalement : on ne laisse plus au spectateur des blancs à combler, tout est expliqué de A à Z. Viens, assieds-toi, on te prend par la main pour te raconte une histoire mais regarde bien là où on te dit de regarder, surtout, y a rien à voir sur les côtés. Bien sûr, ne pas tout expliquer ne doit pas être un prétexte à patauger dans l’incohérence mais laissez-nous juste un espace de rêve.

Imaginaire

Pour terminer, Barjavel évoque Ravage dans un autre roman, Le voyageur imprudent publié juste après la même année : un voyageur du temps se rend en 2052 pour comprendre ce qu’il s’est passé… et n’obtiendra aucune explication supplémentaire. A noter également qu’on retrouve quelques thèmes chers à Barjavel, notamment l’idée d’une guerre totale entre deux super forces (notamment La nuit des temps dont je parlais) mais aussi l’attaque un peu gratuite d’un Paris qui n’avait rien à voir dans l’histoire dans Une rose au paradis (qui reprend également l’idée d’un couple que l’on tente de sauver de l’apocalypse de la guerre qu’on retrouve dans La Nuit des temps). En fait, je crois qu’on touche ici à ce que j’aime le plus dans Barjavel : il réécrit peu ou prou la même histoire en changeant quelques paramètres… Et ça marche.

Rendez-vous sur Hellocoton !

Et si vous sermonniez les “trolls” , pour changer

Oui, j’ai pas fini de causer féminisme, sorry. Je vous avais promis la semaine dernière de vous parler de posture, j’ai finalement changé mon fusil d’épaule suite à des conversations croisées sur Twitter cette semaine. Un vidéaste sur Youtube, Dirty Biology, se demandait pourquoi il n’y avait pas plus de femmes vidéastes hors sphère beauté/mode/lifestyle. Et les réponses furent édifiantes : parce qu’une femme qui l’ouvre, elle se ramasse son lot de trolls plus méchants que bêtes. Et c’est encore à nous de gérer la situation.

Les trolls sur Internet

Les trolls, j’en ai déjà parlé, j’en ai mon petit lot. Alors autant à une époque où j’avais du temps à consacrer à mon blog et où je squattais les comms, j’avais une certaine accessibilité qui permettait à ceux qui… je sais pas s’ennuient ou haïssent les femmes qui “couchent avec tout le monde sauf avec eux” de me toucher mais aujourd’hui encore, alors que je passe ici littéralement en touriste, je m’en prends encore quelques uns. Genre celui qui s’est dit que m’attaquer sur l’article #metoo où je parle d’abus dont j’ai été victime, ça passe. Certains sont nés avant la décence, oui. Mais je ne suis qu’un exemple parmi tant d’autres, je vous invite à lire le thread de Ana Vdlb qui est proprement vertigineux. On en arrive à une règle : en tant que femmes, tu t’exposes sur le net même pour parler de choses très anodines, les hommes vont t’insulter, te menacer, te mépriser. C’est une fatalité.

Les trolls attaquent les femmes

“Ben suffit de pas les écouter”. Non. Tu fermes ta gueule avec cet argument. Ce n’est pas à nous de nous blinder. (Re)lisez le thread de Ana : quelle épaisseur de cuir est-on censé avoir avant d’oser parler de sujets qui nous intéressent ? Là encore, on cherche à nous remettre à notre place : dans l’espace privé, pas public. Si la démarche n’est pas forcément conscientisé, on est bien là : une femme qui “sort” de chez elle est vue comme à disposition des hommes qui peuvent lui dire toutes les horreurs. Cette vidéaste a quand même reçu des commentaires détaillant des fantasmes de viol à son encontre. A quel moment tu lis ça sans que ça te touche même un petit peu ? Vous vous mettez à notre place deux secondes ? On a beau être fortes, à force de se faire agresser même par des mots, ça attaque. Parce que y a des jours où on a une petite forme et qu’un.e inconnu.e vienne nous dire qu’on est physiquement ingrat, même si on a trente comms qui disent le contraire, c’est pas toujours facile de hausser les épaules et passer à autre chose.

Harcèlement scolaire

Parce que le problème, ce n’est pas nous, c’est eux. Pourquoi c’est toujours à nous de pallier votre comportement de merde ? A nous d’ignorer vos agressions permanentes, à nous de ne pas s’habiller comme ci ou comme ça pour éviter toute remarque déplacée (spoiler : perso, je me fais toujours draguer quand je suis en jogging parce que je dégage un potentiel message de vulnérabilité) ? Vous n’avez pas un peu l’impression que c’est double peine pour nous ? Qu’on tremble toujours un peu dès qu’on se fait jolie car un connard va forcément venir nous emmerder à un moment ? Qu’on prend la parole en public en sachant qu’il y aura toujours quelques connards qui vont tenter de nous rabaisser, nous humilier ? Et oui, ce n’est pas la majorité mais quelques grains de sables dans l’eau claire, ça peut être irritant, voyez… Puis on n’a pas à s’excuser d’être faibles face aux attaques parce que… il ne devrait pas y avoir d’attaques.

Le harcèlement à l'école

Sauf que vous êtes complices. Tous ceux qui disent “bah, les écoute pas”, vous êtes complices. Ceux qui disent “mais moi, je te fais des compliments, ça compte plus”, vous êtes complices. La solution n’est pas dans notre capacité à encaisser des merdes all day mais dans notre solidarité face à ces attaques. Quand vous voyez ce genre de comms, mordez, mordez en nombre. Parce que je vous vois, certains, bien cachés derrière leur écran en mode “vazy, ignore-les” mais qui n’iraient surtout pas se frotter à ses merdes de peur d’être éclaboussés. Parce que c’est ce qui arrive à chaque fois. Je le sais car parfois, quand j’ai un peu de temps ou pas envie de bosser, il m’arrive de voir des mascus qui emmerdent des jeunes femmes et de les mordre façon pitbull, sans rien lâcher. Les faire monter jusqu’au point de rupture, les faire sortir de leurs gonds. C’est parfois éprouvant même si, parfois, c’est tellement surréaliste que tu n’arrives plus à savoir à quel degré est la personne qui te parle (big up à celui qui semblait conclure que j’étais Noire et lesbienne). Parfois, vous pouvez tomber sur des tordus qui vont vous pister sur le net pour découvrir votre réelle identité et vous menacer (coucou celui qui m’a fait ça, aussi).

Jessica Alba dans Machete

La vérité, c’est que face à ce dégueulis nauséabond, nous sommes seules. Un peu de solidarité féminine parfois mais souvent, on affronte ça seule, les gens haussent les épaules en mode “t’as qu’à ignorer”. Bah, oui, faites-vous insulter H24 et venez nous dire que ça s’ignore facilement. Le harcèlement est un moyen de brimer essentiellement parce qu’il se repose sur un silence complice. Je ne dis pas qu’il faille systématiquement lire tous les commentaires d’une blogueuse, Youtubeuse, Twitta… mais si vous voyez un connard dépasser les bornes, arrêtez de faire comme si vous n’aviez rien vu. La femme qui subit ce genre de commentaires est la victime. Il est temps de s’en prendre au coupable.

 

Rendez-vous sur Hellocoton !

The circle de James Ponsoldt : le futur est déjà là

L’avantage quand on prend l’avion, c’est qu’on peut se refaire un peu niveau culture ciné (je pars de très très loin). A peine me suis-je installée que je commence à fouiller dans le catalogue des films et je tombe sur The circle, film que j’avais moitié envie de voir. Moitié oui parce qu’il paraît que c’est une dystopie, moitié non parce que sur l’affiche, il avaient mis des avis issus de Twitter, laissant présager un film moisi… Mais The circle, c’est quoi ?

Affiche du film The circle avec Emma Watson et Tom Hanks

C’est juste un avatar des GAFA. Qu’est-ce que c’est que ça, le GAFA ? me demanderez-vous. C’est juste l’acronyme de Google Apple Facebook Amazon, les quatre géants de la Silicon Valley. Donc on suit la vie de Mae, fraîche jeune fille qui a une vie un peu moyenne avec un boulot de téléopératrice pas top, un père malade (sclérose en plaque, il me semble), un pote, Mercer, avec qui elle semble flirtouiller et voilà. Mais elle a aussi une super amie, Annie, qui lui décroche un entretien pour la société “Le Cercle”, elle décroche un poste d’assistance clientèle. Nous allons donc découvrir la société du Cercle à travers les yeux de Mae : le campus où ils vivent tous avec cours de yoga (ou doga parce que tu peux le pratiquer avec des chiens), les concerts avec le caméo le plus forcé de l’histoire puisqu’Annie et Mae font un tour au concert, Mae fait “waaaah, c’est Beck !”, elles y assistent trois secondes et elles repartent. Mais surtout, sur le campus du Cercle, il y a régulièrement des talks d’un des trois fondateurs, Eamon Bailey. Mmm, un mec qui parle sur scène simplement vêtu et qui parle de ses nouveautés, ça me rappelle vaguement quelqu’un… Mmmm… Bon, au départ, Mae est moyen emballée, elle se fait très gentiment sermonner car elle ne prend pas le temps de poster des news sur sa page sur l’intranet. Elle poste donc une photo d’un lustre réalisé par son pote Mercer avec des bois de rennes (mmm…) et le mec se fait aussitôt pourrir alors qu’il n’avait rien demandé à personne.

The circle, Emma Watson

On va donc suivre Mae dans sa plongée au coeur de ce système du Cercle. Suite au harcèlement dont il est victime, Mercer va sur le campus pourrir Mae qui, énervée, va voler un kayak pour en faire en pleine nuit (oui, la qualité première de Mae n’est pas tellement son intelligence), elle est prise dans une tempête mais elle est sauvée grâce à un nouveau gadget : une caméra miniature en forme de bille placée sur une des bouées de la crique où Mae faisait son kayak. Reconnaissante, elle accepte la proposition de Bailey de devenir transparente : porter en permanence une caméra sur elle et tout partager sur ses réseaux sociaux, une pub vivante pour le Cercle quoi. Elle s’y prête de bonne grâce mais cette transparence va lui coûter cher.

Emma Watson dans the circle

Alors déjà, je suis un peu gênée par le qualificatif de “dystopie”. Je n’ai pas lu le roman mais dans le film… c’est juste un pseudo thriller, c’est juste La firme (de ce que j’en sais, j’ai pas vu le film). C’est au mieux de l’anticipation avec quelques gadgets qui n’existent pas encore tout à fait (des drones viennent régulièrement filmer les gens de façon un peu gratuite) mais sinon… Oui, le Cercle peut être vue comme une société à part entière et le déroulé du film nous fait bien plonger dans une sorte de contre-utopie mais je n’ai pas réussi à adopter cette grille de lecture. Pour moi, ce film est juste une critique des GAFA. Et c’est là son plus grand défaut.

Emma Watson devient transparente dans the circle

Je ne suis pas une grande fan des GAFA, notamment dans tout ce qui est traitement des données personnelles qui est un vrai sujet. J’ai de plus en plus de mal avec les talks qui nous bombardent d’injonctions qui peuvent se résumer à “si tu veux, tu peux, si tu ne réussi pas, c’est de ta faute !”. Je suis toujours un peu plus dubitative sur la critique classique des réseaux sociaux qui nous poussent à nous exhiber toujours plus… Les réseaux sociaux sont avant tout un outil qu’on utilise comme on le souhaite. Oui, je suis encouragée à peu près tout le temps par Facebook à poster des trucs mais je le fais assez peu. Je ne me montre pas du tout sur mon Instagram, dans la mesure où j’ai choisi de prendre la parole sous pseudo. Mais même sur mes réseaux à mon vrai nom, je m’exhibe peu. Peut-être question d’âge, je sais pas. Mais je digresse car là, le souci du film, c’est qu’il nous donne tellement un coup de coude à chaque scène en mode “Hé, T’AS VU MES SOUS ENTENDUS ?” qu’à la fin, ça te pète une côte. J’ai compris ton message, sois un peu plus subtil, putain !

Emma Watson dans the circle

Quant à l’intrigue.. Je sais pas, en fait. On en est à un niveau de “je m’en fous de ce qu’il se passe”, très élevé. Ce film m’a tenu en haleine… j’ai attendu pendant deux heures qu’il se passe quelque chose, vraiment. On te fait croire par moment qu’il y a du danger, que Mae pourrait être menacée mais tellement pas.  Y a bien un ou deux rebondissements et un plot twist de fin (nul) mais en fait… y a pas de fin. Vraiment pas. Le générique de fin tombe et t’es là en mode “oui ? C’était quoi l’histoire du coup ?” En gros, je vous résume deux heures de film :”attention, faut pas trop tout poster sur les réseaux sociaux parce que c’est méchant des fois”. Voilà. Et pour ce magnifique message de prévention de 2h, on nous a mis Emma Watson qui semble galérer dans sa carrière, Tom Hanks qui est venu cachetonner à la cool (le mec ne se donne pas une seule minute), Bill Paxton (pour son dernier rôle, du coup), John Boyega qui a sans doute voulu ne pas se cantonner à Star Wars. Bref, si vous avez deux heures à perdre… Regardez autre chose.

Rendez-vous sur Hellocoton !

Départ pour le pays du Soleil levant

29 septembre – Un voyage commence par l’excitation de partir sauf que moi, on me la vole toujours un peu. Mon mois de septembre fut fou : le boulot, des aventures d’écriture, une implication sans concession dans un groupe politique, la famille… Bref, je m’étais rêvée en agente de voyage qui aurait tout prévu pour que tout se passe au mieux, je me retrouve à l’avant-veille du voyage à la librairie pour acheter un guide en urgence.

Guide touristique Japon

Je ne recommande pas trop trop ce guide, si vous voulez savoir mais dans l’urgence…

Leçon n°1 de ce voyage : lâcher la pression. C’est pas grave si on ne voit pas tout, qu’on passe à côté d’un truc. On est tous les deux et c’est tout ce qui compte. Et puis, j’ai besoin de me détendre pour de vrai. Ce mois de septembre m’a tellement usé les nerfs que je suis partie en crise monumentale de larmes quand je n’ai pas trouvé mon passeport qui était rangé à un endroit si logique que je n’y suis pas allée direct. C’est pour ça que je ne range pas mes affaires, je ne les retrouve pas après. Une fois le passeport retrouvé, mon mec m’a lâché “et bah, heureusement que tu fais du yoga!”. Legit.

Lutter contre le stress avec le yoga

Les voyages me stressent. Pas le périple en lui-même mais plus cette fameuse phase de préparation parce que plus la date approche, plus j’angoisse sur ma (relative) non préparation, l’idée d’oublier ou perdre un truc… Parce qu’une fois sur place, je vous jure, je suis souple et détendue. J’essaie juste d’anticiper au maximum pour pouvoir partir l’esprit léger.

Les durs matins de juin #catstagram #cute #sunny #summer

A post shared by Nina Bartoldi (@ninabartoldi) on

Le voyage commence dès l’aéroport. Pas d’anecdote ici, on s’enregistre, on passe la sécurité, on embarque, six premières heures de vol paisibles jusqu’à Doha, le temps de mater trois films pas terribles. Trois heures à tuer à Doha, l’aéroport de l’improbable avec une navette automatique à l’intérieur qui ne sert pas à grand chose, un ourson géant plutôt angoissant. C’est parti pour le deuxième vol, quasi dix heures. Tentative de dormir malgré le peu de place, la lumière du monsieur du bout de la rangée qui ne semble pas pouvoir dormir dans la pénombre. J’aime bien les vols de nuit pour l’ambiance apaisée, calme. Les volets fermés tout du jour, on ne verra pas la lumière du jour en ce désormais 30 septembre.

Une navette dans l’aéroport au dessus des boutiques, bienvenue à Doha ! #doha #airport #train #subway #attraction

A post shared by Nina Bartoldi (@ninabartoldi) on

Tokyo, enfin. Mais le premier contact est… anecdotique. Il fait nuit. On fait connaissance avec les trains locaux, un truc de dingue : tu as tellement de place entre ton siège et celui de devant que tu peux y mettre ton sac tout en restant à l’aise. Je scrute par la fenêtre mais ne voit rien. On emprunte pour la première fois la Yamanote mais pas grand chose à voir au dehors. Un peu déçus de ce premier “non contact”, finalement, on se rend tranquillement vers notre AirBnB dans un quartier résidentiel. Ok, on verra demain… On récupère notre piaule. Littéralement une piaule avec la douche et la cuisine dans la chambre et un mini canapé en mousse qui ne sert à rien vu que quand tu t’assois dessus, ton cul touche le sol. Mais le lit est confortable, ça tombe bien. Après un voyage de 19h, nous sombrons.

train au pays du soleil levant

Matez moi toute cette place et ça, c’est juste le RER local !

Rendez-vous sur Hellocoton !

Tu veux pas débattre avec moi ? Nazi.e !

Le débat, ah, le débat… Sacralisé, c’est, paraît-il, le summum de l’ouverture d’esprit, le “je suis tellement mature pour un échange d’idées”, alors que je déteste le débat, en fait. D’abord parce qu’il ne sert à rien dans l’absolu, les impliqués ne changeront jamais d’avis, par conviction ou par ego. Après, ça peut toucher ceux qui écoutent mais surtout, cette sacralisation du débat fait qu’aujourd’hui, on se sent obligés d’opposer deux camps d’égal à égal alors que non. Mais surtout, refuser de débattre serait une preuve de faiblesse, un reproche légitime à faire. Oh vraiment ?

refuser de débattre

Revenons d’abord sur le problématique débat d’égal à égal évoqué plus haut mais que j’évacue en paragraphe deux pour ne pas perdre tout le monde. Je peux tout à fait comprendre le débat politique où l’on va tenter d’équilibrer les couleurs des intervenants, je n’ai, sur ce point, aucun souci. Même en étant quelqu’un de très fermement positionnée sur l’échiquier, ça peut m’apporter une certaine culture. Le problème du débat politique est surtout le manque de modération de la part des journalistes qui ont l’air de pioncer les ¾ du temps et on va se retrouver avec un débat où A accuse B de mentir sur des chiffres… et personne ne valide (ou pas) cette affirmation. Alors que ce serait justement le travail journalistique. Autant il est difficile de trancher sur les idées, sur les faits, y a peut-être du fact checking à faire et en direct, s’il vous plaît, tout le monde ne se rue pas sur Twitter pour voir ce que disent les comptes de fact checking, voyez… Mais le pire, ce sont les débats “pseudo” scientifiques où on donne la parole d’égal à égal à des personnes qui n’ont pas la même légitimité. Un exemple ? L’homéopathie. Alors oui, je suis fille de médecin donc je ne suis pas rigoureusement objective mais à quel moment des billes de sucre sont censé guérir quoi que ce soit en fait ? Non parce que des études cliniques ont été menées, l’histoire de la mémoire de l’eau complètement démontée et je suis à peu près persuadée que la moitié des gens qui prennent de l’oscillococcinum n’ont aucune idée que c’est censé contenir des cellules de foie et de coeur de canard de Barbarie. Je suis quelqu’un qui évite dans la mesure du possible de prendre des médocs à la moindre occasion mais mettre sur un pied d’égalité un médecin qui prescrit des médicaments qui ont subi des études concluantes et un homéopathe qui défend une médecine qui est scientifiquement reconnue comme inefficace, pardon mais non. A la limite, moi, si les gens sont rassurés par un placebo pour un rhume, ça me pose aucun souci mais quand on commence à se passer de certaines vaccinations parce qu’on prend des billes de sucre ou qu’on croit que ça marchera mieux que la chimio (comme l’ananas fut un temps ou le fruit du jacquier aujourd’hui), s’il vous plaît… Enfin, c’est étrange parce que sur le cancer, on a aussi des articles de merde te disant qu’il disparaîtra si t’arrêtes de manger du sucre… ce qui me paraît un peu antinomique avec l’homéopathie mais passons*.

Homéopathie

C’est rigolo parce que je trouve plein de photos avec des petites fleurs mais aucune avec un canard…

Passons maintenant sur l’obligation de débat. Ben pardon mais non. La semaine dernière, quelques hommes se sont indignés d’avoir été placé sur une liste Twitter référençant les comptes problématiques. Cette liste, on en fait ce que l’on veut, notez. Je peux m’en servir pour bloquer des comptes en préventif parce que j’ai pas forcément envie de m’attirer des mascus malsains dès que j’ouvre la bouche ou recevoir des dick pics non sollicitées. A dire vrai, j’ai déjà bloqué des comptes qui venaient me suivre et qui puaient les embrouilles genre le mec bien macho qui vient me suivre moi, le genre de compte où tu sais que son seul but sera de te faire fermer ta gueule dès que tu diras quelque chose d’un tout petit peu féministe. Donc oui, je me protège un peu et je ne comprends pas le scandale.

Le scandale

D’abord, Twitter, comme n’importe lequel de mes réseaux sociaux, c’est un espace personnel et j’y suis/lis qui j’ai envie de suivre/lire. Je n’ai aucune obligation de RIEN. Non mais déjà que dans la vraie vie, je suis obligée de me coltiner beaucoup de gens dont l’avis me file vite la nausée, les commentaires dignes des meilleurs PMU dans le métro entre deux personnes qui ont décidé de partager leur conversation à tout le monde… Voilà, dans la vie, on n’a pas toujours le choix d’entendre certains avis moisis, c’est pas pour me les récupérer aussi sur mes réseaux sociaux. “Mais tu m’as bloqué alors que je t’avais rien dit, ma liberté d’expression, blablabla”. Alors le fait que je te bloque peut signifier deux choses : je n’ai pas envie de te lire mais aussi je n’ai pas envie que tu me lises, des fois que tu décides de me casser les ovaires, comme déjà expliqué. Mais même en te bloquant, je ne nuis pas à ta liberté d’expression : tous les 12 millions d’utilisateurs actifs mensuels Twitter peuvent te lire sauf une… Je trouve que niveau censure, c’est ultra léger.

L'homme qui pleure

Bref, va falloir un peu désacraliser le débat, surtout pour les quidams qui n’ont aucune obligation à le faire, rien à vendre, pas d’élections à gagner… Par exemple. Je n’ai pas envie de répondre ou même de voir quelqu’un parler, c’est mon droit le plus absolu. “Mais t’es pas ouverte d’esprit”. Si par “pas ouverte d’esprit” tu veux dire que je n’ai pas envie de perdre du temps avec des gens aux idées nauséabondes (j’ai bloqué Boutin) ou ceux qui guettent mes mots juste pour tenter de me rabaisser le caquet… heu ben ok, pas de soucis. Par contre, si tu trouves à ce point intolérable une personne qui ne voit pas l’intérêt de rentrer en connexion avec toi, demande-toi ce qui te motive vraiment : défendre une cause ou consolider ta posture ? D’ailleurs, j’en parle souvent de posture, va falloir que j’écrive dessus, tiens.

* Si des pro homéopathie passent par là : le fait que vous, à un moment donné, ça vous a fait du bien ne démonte pas différentes études prouvant que ça ne sert à rien. Soignez-vous avec des billes de sucre en expliquant à qui vous voulez que les médicaments et les vaccins, c’est juste un truc de labos (sinon, l’oscillococcinum, c’est vendu par les laboratoires Boiron, bisous) mais perso, je m’en fiche donc épargnez moi vos complaintes, merci.

Rendez-vous sur Hellocoton !

Tokyo la dystopique

Je suis effroyablement en retard sur mes ambitions de carnets japonais mais ma vie en ce moment… je vous en parle pas pour pas salir cet article qui va me replonger avec délice dans ce voyage qui me paraît déjà si lointain… Quoique… Là, non, parce que je vais vous parler d’un aspect de Tokyo qui peut paraître étrange pour nous, Occidentaux mais Tokyo, c’est trop une ville dystopique.

Je suis une fille à imagination débordante : je lis, j’écris et quand je mets le pied dans une ville, je la scrute parfois comme un décor. Quelle histoire pourrais-je y raconter, quel élément du décor je vais pouvoir récupérer pour l’intégrer à mon récit ? Si New York était tellement Gotham City (mais quelques éléments ont d’ores et déjà pu me servir dans certains écrits, notamment mon histoire d’Ofelia dans son Néo-Rome), Tokyo, c’est… absolument Technopolis quand je vais le réécrire. C’est une ville du Futur… mais une ville du futur telle qu’on les imaginait quand j’étais plus jeune et que j’ai commencé à découvrir la SF et les romans d’anticipation.

#manhattan soleil couchant en direct de l’empire state building #sunset #latergram #Newyork

A post shared by Nina Bartoldi (@ninabartoldi) on


Quand j’ai écrit des romans d’anticipation se passant dans des villes futuristes, ce qui est donc le cas de Technopolis et Ofelia, les deux villes concernées avaient exactement la même structure : toutes en verticalité avec des buildings qui vont te gratter le ciel, tellement que le Burj Khalifa, c’est un Playmobil à côté, plus de voitures mais des monorails et des ascenseurs (quoi que dans la version 1 d’Ofelia, alors qu’elle s’appelait Cecilia (hommage discret à Moravia), elle conduisait des voitures arrondies pour apporter un peu de douceur dans une société en crise, blablabla) parce que mes villes du futur, elles sont écolos… en fait, non, elles sont surtout hyper contrôlantes donc évitent que les gens aient les moyens de se déplacer facilement mais dans l’absolu, je suis une militante acharnée des villes sans voitures. Ce qui n’est pas le sujet. Donc des villes en verticalité traversées par des transports en commun avec des écrans animés qui parlent, une sursaturation des sens qui t’empêche de réfléchir… Bordel, c’est Tokyo.

Tokyo la nuit

Je ne saurais trop dire si j’ai aimé ou pas Tokyo… D’abord parce qu’il n’y a pas un Tokyo mais plusieurs endroits très différents les uns les autres, comme dans toute grande ville. A Paris, il y a des quartiers que j’aime et d’autres où je fais la gueule dès que je dois y mettre les pieds. Mais si je devais donner mon avis sur Tokyo, je dirais que je l’aimais… de jour. La nuit, je la trouvais attractive avec ses néons partout, son côté tellement… tu peux pas tout voir tellement ça clignote, ça s’agite, ça impressionne… Ca saoule. Littéralement. De nos soirées tokyoïdes, on a surtout une grande fatigue alors même que le spectacle pouvait être magique comme à Odaïba (le quartier de la baie de Tokyo que j’ai absolument adoré parce qu’architecturalement parlant, c’était littéralement la fête du slip qui te ridiculise Noisy-le-Grand)(même si j’ai super envie d’aller faire des photos à Noisy-le-Grand vu que mes potes en ont fait plein). D’abord parce que ça grouille de monde mais surtout parce que ça te parle. Des écrans géants qui te diffusent des messages de pub en permanence avec cette voix japonaise que j’associe tellement aux grandes catastrophes (parce que j’ai trop regardé Evangelion, certainement). Tu te balades dans les rues multicolores, des voix te disent des choses en boucle sans que tu en sois conscient, on est à la limite du message subliminal, tout est sursaturé… et tu fais quelques mètres en dehors de la grosse zone, t’as plus un bruit.

 

Alors est-ce que Tokyo va m’aider pour mon écriture ? Pas pour le Néo-Rome d’Ofelia mais pour Technopolis reload de quand je l’écrirai… ABSOLUMENT. Parce que oui, pendant quelques secondes, j’ai joué à “je suis dans Technopolis” et je vous garantis que ça marche d’enfer. Limite, je me demande si Oceany ne devrait pas être rebaptisée Mitsuko et tout déplacer au Japon tellement le japonais irait trop bien à cet univers… Mmm…

Rendez-vous sur Hellocoton !

Vous voulez nos oppressions ?

Parce qu’on échange quand vous voulez. Bon, maintenant que je suis lancée dans ma petite série d’articles féministes, je poursuis, vu tout ce qu’il y a à dire sur le sujet, en ce moment, les sujets pullulent. Semaine dernière, nous avons eu droit à l’apparition puis la disparition quasi instantanée d’un “numéro anti relou”. Des mascus crétins en ont profité pour déverser leur haine débile mais aussi verser dans le pathos. Et là, je m’agace : ça va la victimisation ? Non parce que si vous voulez nos oppressions, on vous les file de suite.

oppression des femmes

Parmi tous les débats et interventions à côté de la plaque que j’ai pu lire sur la question de l’égalité et de la participation des personnes appartenant au groupe dominant “non mais faut pas exclure les gens, y a aussi des Blancs qui veulent l’égalité avec les Noirs”. Cette phrase me fait grincer des dents. Non pas que je trouve impensable qu’une personne non racisée s’investisse dans le combat pour l’égalité par delà les couleurs de peau mais la notion “des Blancs à égalité avec les Noirs”. C’est bien sauf que c’est l’absolu inverse. Pour une société parfaitement égalitaire, ce sont les Noirs qui doivent être à égalité avec les Blancs. Je chipote ? Là, c’est juste la couche de neige sur l’iceberg mais c’est symptomatique de ce que je veux démontrer : la victimisation du dominant.

Un homme qui pleure

Quand on parle des oppressions systémiques faites aux femmes (viols, violences conjugales, harcèlement de rue, harcèlement tout court), y a toujours au moins un gros con (mais en général, ça marche par troupeau) qui vient chialer “hé mais nous aussi, on peut être violés/battus…”. Une fois, un mec m’a même engueulée en mode “c’est plus dangereux d’être un homme dans la rue qu’une femme parce que nous, on se fait tabasser et pas vous”. Mmm alors je n’ai pas de stats précises mais si je suppose que nous nous faisons moins péter la gueule, on doit se prendre bien plus de claques ou de fessées que vous sans parler du fait que… ben si vous vous faites plus péter la gueule que nous, ya  peut-être une question de virilisme là-dessous, je ne sais pas… Mais surtout… Vous êtés nés avant la décence ou bien ? Vous êtes vraiment en train de faire un match pour savoir quel sexe est le plus opprimés ? Mais putain, j’adorerais que ce soit vous, sincèrement…

Un match de foot mixte

Les hommes victimes de violences conjugales, ça existe, oui. Des hommes violés, ça existe, oui, on n’a jamais dit le contraire, en fait. Sauf que ce sont les femmes qui meurent tuées par leurs compagnons (une femme tous les trois jours en 2016), que 96% des viols sont commis par des hommes (y compris sur d’autres hommes). On ne cherche pas à voler la parole des hommes victimes (c’est aussi ça, le patriarcat, les hommes ne pleurent pas, ne doivent pas être faibles, tout ça, tout ça). Mais pourquoi à chaque fois que l’on parle des violences systémiques faites aux femmes, vous venez réclamer votre part du gâteau ? Ca vous fait kiffer l’idée que vous aussi, vous pouvez être harcelés juste parce que vous avez eu l’audace de sortir dans la rue ? Vous souriez à l’idée que dès que vous passez une soirée entre amis à l’extérieur, faut éviter de rentrer trop tard et plutôt pas seule et que si on peut s’envoyer un sms les unes, les autres, pour être sûre que tout le monde est safe ? Ca vous excite de penser que quand on ouvre notre gueule sur un groupe de mascus, on risque de se retrouver en danger chez soi ou sur son lieu de travail ? Que peut-être que votre conjoint va vous tuer car ils vous soupçonne d’avoir une liaison ? Non parce que vraiment, nous, on échange ça avec vous quand vous voulez, hein, on en serait ravies, vous n’imaginez pas.

La violence faite aux femmes

C’est comme tous ces connards qui viennent pleurer au racisme parce qu’on les a traités de “sale Blanc”. Ok donc le fait qu’un abruti vienne t’insulter te donne le droit de te placer au même niveau que ceux qui souffrent d’un racisme systémique qui leur bloque l’accès à l’emploi ou au logement ? Et curieusement, ce sont les mêmes qui viennent hurler que “mais ça n’a rien à voir avec le racisme, vous voyez le racisme partout” dès qu’on parle du sujet et qui viennent pleurer sur le racisme anti-Blanc.

discriminations racistes

Bref, avant de vous victimiser, checker vos privilèges, ça vous évitera de vous vautrer dans l’indécence. Même si, pour certains, ça ne les arrêtera pas. A croire qu’ils aiment ça.

Rendez-vous sur Hellocoton !