J'ai une copine qui a fait de looooongues études pour devenir docteur es histoire. On appelle ça communément une thèse. Mais ce n'est pas tout, elle est également
normalienne et agrégée. En somme une fille qui entre dans la vie professionnelle avec une grosse valise Vuitton. Du moins le croit-on.
Après avoir passé 2 ans à New-York pour sa thèse, il est temps de rentrer en France pour devenir professeur. Dans mon monde parfait, l'agrégation me paraissait être
un sacré ticket pour enseigner à la fac mais en fait non, ça te garantit normalement de ne pas enseigner au collège. Donc notre amie thésarde regarde son affectation et après avoir hérité d'un
lycée dans une ville réputée difficile, elle hérite finalement d'un poste moisi à mi-temps ou un truc du genre (je ne suis pas très au fait, je ne suis pas dans l'enseignement). Salaire mensuel ?
1100 €.
Je précise que la scène se passe en région parisienne, le pays où les studios se louent 600 à 700 €. Donc si on enlève le loyer, l'électricité et la bouffe plus un
quelconque moyen de communication, la demoiselle devrait finir le mois avec à peu près - 300 € sur le compte. J'exagère ? Pas si sûr ! OH, je sais, des gens au smic, au vrai, y en a plein alors
je vais pas la jouer misérabiliste pour la petite prof de lycée. Certes. Sauf que là n'était pas tant mon propos.
Je l'ai déjà dit plusieurs fois, en France, on a un vrai problème avec nos études. J'avais un jour lu un article passionnant expliquant qu'il y a 50 ans, la
différence se faisait au brevet des collèges, y a 30 ans au bac (avant 68, seuls 20% des candidats avaient leur bac), aujourd'hui, c'est à bac+2. Ben oui, vu qu'on doit atteindre 80% des
candidats ayant leur bac, c'est du bradé. Surtout qu'il faut s'aligner sur les moyennes nationales. Quand Lucie bossait dans les Antilles, elle avait eu des copies catastrophiques, elle les avait
notées à leur juste valeur. Non, ça n'allait pas, les notes étaient trop basses. Du coup, les notes ont été relevées et des candidats qui ne méritaient sans doute pas leur bac l'ont finalement
eu. Pour ce que ça sert le bac, de toute façon... Je me souviens il y a 12 ans (pan! dans ma gueule au passage), quand je passais le bac, mes parents m'avaient bien saoulée sur l'importance d'une
mention. Ben là, avec le recul, ça me donne envie de m'en taper les cuisses de rire. Ma mention au bac, elle m'a servi à demi crâner en 1ère année de fac et sur mon CV pendant quelques années.
Depuis, ma "formation" débute direct à la maîtrise d'histoire, j'ai plus la place de détailler ce qu'il s'est passé avant. Je digresse, pardon.
Mais la réalité est bien triste. Un bac+8, c'est quand même pas à la portée de tous et selon les disciplines, avec un tel niveau, tu te fais un joli petit
salaire. Mérité, hein, tant d'abnégation, de volontarisme, ça doit se payer, c'est normal. Sauf qu'en France, je l'ai déjà dit mais j'adore me répéter, les filières littéraires, on s'en tamponne
franchement le cocotier, surtout l'histoire géo, on sait bien que ça sert à rien. Je suis sans doute partiale dans cette histoire mais ça me fout vraiment en colère. A quoi ça sert de faire de
longues (et brillantes) études si c'est pour se retrouver avec un salaire aussi bas ? La prime au mérite, ça ne vous dit rien ? Oui, c'est vrai, c'est son premier poste de titulaire alors on peut
comprendre que le salaire ne soit pas à hauteur de 3000 € mais il ne me semble pas que médecins ou pharmaciens ou chercheurs en science débutent au smic.
Et quelque part, ça m'écoeure, j'ai la sensation d'un "tout ça pour ça". On sait que certaines voies sont bouchées et que les choisir est synonyme de parcours du
combattant.Quand, après mon bac avec mention, j'ai choisi la voie Histoire au lieu de tenter Science Po ou même droit, mes parents étaient un peu sceptiques. A tort ou à raison, mes
fréquentations science-politologues m'ont un peu prouvé que Science Po (du moins Toulouse, je ne sais pas les autres), ça ne sert pas à grand chose avant le niveau master, ce n'est qu'une bonne
prépa pour les concours : tu apprends un peu de tout sans te spécialiser sur rien. Bien sûr, ça m'aurait plu vu que je suis une vraie pique-assiette de la connaissance et que j'ai toujours envie
d'apprendre de nouveaux trucs. Mais bon, c'est un peu pareil, quelle que soit la filière choisie, sans master, tu peux pas faire grand chose à part passer des concours. Mais normalement, les
longues études marchent par écrémage, un peu l'inverse du Cid "Nous partêmes 5000 mais par de vils partiels, nous nous vîmes 30 en arrivant en master" (ça ne rime pas mais oh, je suis pas
dramaturge en alexandrin, moi, j'ai pas fait les études pour). Faire donc une thèse, quelle que soit la matière, ce n'est pas donné à tout le monde, faut être bosseur et super opiniâtre. Parfois,
j'aime imaginer qu'un jour, je ferai une thèse parce que j'ai adoré faire de la recherche mais avant la retraite, reprendre des études, ça me paraît un peu mal barré. C'est con, j'ai 150 000
idées de sujets de mémoire. OU alors j'apprends à ne dormir que 3h par nuit sans être fatiguée et je demande à quelqu'un de me mettre un verrou parental sur yahoo! jeux. Bref donc une thésarde
agrégée, ça ne se trouve pas sous le sabot d'un cheval et je ne trouve pas ça normal de se retrouver dans une telle situation après de telles études, surtout dans la fonction
publique.

Parce qu'à l'arrivée, on se demande bien à quoi ça sert d'être un "cerveau" (le guillemet, c'est pour l'expression comme dans "fuite des cerveaux", je ne remets pas
du tout en cause les capacités intellectuelles de ma copine). On n'arrête pas de pleurer sur la fameuse fuite des cerveaux, justement, mais on ne fait rien pour les retenir. Surtout les
littéraires... Non parce que c'est quoi la morale de cette histoire ? Que t'aies un CAPES passé avec une licence (ce qui n'est plus possible aujourd'hui mais ça l'était jusqu'à peu) ou une
agrégation avec une thèse, c'est la totale égalité des chances, prie pour que le hasard soit clément avec toi ? Mais merde, l'égalité des chances, c'est pas à ce niveau qu'elle intervient, bande
de buses. Limite, ça donne l'impression d'une course de F1 où ma pote conduit une McLaren et qu'en face, y a des Lotus, tu fais ta course, tu surclasses la concurrence masi pas de bol, à la fin,
y a un tirage au sort et c'est ce seul résultat qui compte. Alors, c'est quoi le message ? Ca ne sert à rien de faire des études ? Remarque c'est pas faux, vu comme l'intelligence et la culture
me paraissent être limite une offense aujourd'hui, un défaut... Mais le souci, c'est que moins on fait d'études, plus vite on grossit les chiffres du chômage, c'est pas très bon non plus,
ça.
Bref, tout ça pour dire que je suis écoeurée, que ça m'énerve profondément et comme j'ai un peu arrêté de fumer, je suis un peu très tranchée surla question. Mais
merde, dans une prochaine vie, je me contenterai d'un BEP. Je gagnerai pas plus mais je le gagnerai plus jeune.
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