Friends

« I’ll be theeeere for youuuuu ! » En 1997, j’allume la télé un soir d’été et je tombe sur une série bizarre, débile et qui me
fait mourir de rire : Friends. Je connaissais de nom, la série passait depuis quelques temps sur Canal Jimmy et tout le monde en parlait sur Fun Radio ou dans le magasine XL (oui, là, je viens de démontrer qu’ado, j’étais une super pintade). Du coup, j’étais méfiante. Quand on hurle au génie, j’ai peur de l’effet de mode. Donc comme rien ne vaut ma propre opinion, je regarde.

 

Voici donc l’histoire de 6 New-Yorkais pré-trentenaires. Rachel, Monica, Phoebe, Chandler, Joey et Ross. J’avoue que je ris comme une bossue, je suis totalement fan. Bon, je m’abstiendrai de présenter les personnages, je pense que tout le monde connaît la série et l’a vu au moins une fois. Cette série a « révolutionné » ma culture de fin d’adolescence. Au lycée, dans notre groupe d’amis, on ne parlait que de ça, j’étais surnommée « Phoebe » parce qu’à l’époque, j’étais totalement mystique, un peu timbrée et surtout, je voulais devenir
chanteuse. Oui, moi, mon rêve, ado, c’était de me retrouver seule sur une scène avec ma guitare. Bon, presque 10 ans plus tard, je n’ai jamais pris un cours de guitare mais les rêves d’adolescence sont très beaux. Bref, on en était accro, on s’était amusé à doubler un épisode, on en parlait souvent : « et tu as vu Friends, hier soir ? ». Cette série m’a d’ailleurs valu une déclaration d’amour particulière. Je raconte. J’ai donc 17 ans et je fais une soirée chez moi, trois copains restent dormir à la maison. Je vais me coucher et quelques
instants plus tard « toc, toc, toc ». Je vais ouvrir : Julien, un des trois garçons. Il m’explique que les deux autres font les cons et qu’il a envie d’un peu de calme donc on commence à discuter et on dérive sur Friends. A un moment, je babillais sur le sujet et je me prends un : « je t’aime ». Là, je bloque et je réponds : « Heu… Tu dis ça pour moi ou pour Friends ? ». Oui, quand je dis qu’ado, j’étais vraiment nulle dans mes relations homme/femme, je mens pas.

Bref, revenons à Friends. Les personnages sont assez caricaturaux, pour provoquer des situations burlesques, mais je pense que nous nous reconnaissons tous un peu dans ces personnages. Ado, j’étais plutôt Phoebe, aujourd’hui, je serais plutôt Rachel. Un peu gamine, un peu pleurnicheuse, carriériste, enthousiaste et totalement nulle en matière de drague. Non parce qu’il faut l’avouer, ce que je préfère chez Rachel, c’est quand elle s’amourache d’un mec et ne sait comment se déclarer. Et ses galères, je connais. Comment faire comprendre au mec trop craquant qu’on aimerait bien qu’il nous fasse des câlins, qu’on s’installe ensemble et tout ça ? En plus, j’adore la façon dont elle s’habille, faudrait que je m’inspire un peu de son style.

Pour les garçons, j’ai remarqué que la plupart d’entre eux se reconnaissent plus dans Chandler ou Ross. Sans doute parce que Joey, même s’il est très mignon et attendrissant, est un sacré idiot. Même si Phoebe a un côté très naïf, elle aussi, elle se montre redoutablement intelligente quand il s’agit de manipuler les gens. Donc les mecs aiment bien se sentir proche de ces deux-là. Je me souviens de Guillaume the first qui essayait de copier le mouvement de tête de Ross quand il part brutalement après une lose, genre « je garde ma dignité ».

Friends, c’est un peu la vie dont tout le monde rêve : une bande de potes qui reste unie quoi qu’il arrive. Ils vivent dans de beaux apparts, ont des boulots plutôt peinards (ils passent leur vie au café), ont des gardes robes impressionnantes, ont toujours des histoires amoureuses avec des personnes physiquement très séduisantes… Bref, tout est plutôt rose. Bien sûr, ils connaissent les loses du quotidien : les problèmes d’argent, les problèmes de boulot, les problèmes sentimentaux… Mais ils finissent toujours par s’en sortir, notamment grâce au soutien de leurs amis. Il y a aussi des décès, comme la grand-mère de Ross et Monica puis la grand-mère de Phoebe. Il y a des naissances également : Phoebe donne naissance aux triplés de son frère, Rachel a une fille avec Ross. A la fin, Monica et Chandler, qui ne peuvent se reproduire, adoptent des jumeaux. Il y a des mariages aussi : Monica et Chandler, Phoebe et Mike. Ross
s’est marié deux fois dans la série, la série débute juste après sa séparation de sa première femme, Carole, devenue lesbienne. Le jeune homme a épousé Emily et Rachel avant de se séparer d’elles.

Ce qui est fantastique, c’est qu’ils vivent tous en coloc : Monica et Rachel et Joey et Chandler puis Ross vient vivre chez les garçon, Monica et Chandler s’installent ensemble donc Rachel part chez Phoebe alors que Ross se prend un appart. Suite à un incendie, Rachel part vivre chez Joey puis Phoebe chez Monica et Chandler avant de récupérer son domicile. Puis lors de sa grossesse, Rachel part vivre chez Ross avant de revenir chez Joey. Ce sont les entreprises de déménagement qui doivent être contents. Notons aussi que pendant un temps, filles et garçons ont échangé leur appart et qu’avant le début de la série, Phoebe vivait chez Monica. C’est compliqué, hein ? Au moins, ça fait des économies pour les décors.

Le truc qui m’agace un peu dans Friends, ce sont les incohérences : lorsque Rachel arrive lors du premier épisode, Monica lui présente Chandler qu’elle n’est pas censée connaître. Or, lors de plusieurs flash back, on apprend qu’ils se connaissaient déjà (Chandler étant l’ami de Ross, Rachel celle de Monica), ils se sont même échangés un baiser à la fac puis Rachel s’est faite draguer par le même Chandler quand elle était fiancée à Barry (celui qu’elle a abandonné) mais elle l’oublie à chaque fois, le pauvre garçon ! Par ailleurs, il y a de gros
soucis avec les âges. Lors de la 1ère saison, Monica a 26 ans. A la 5e saison, on apprend que Ross a 30 ans. Or Monica devrait arriver à sa 31e année et vu qu’elle est la petite sœur du monsieur, y a comme un souci. D’ailleurs, dans la 7e saison, Rachel fête ses 30 ans alors qu’elle a le même âge que Monica et devrait donc arriver aux 33. Or une saison équivaut bien à une année chez nos amis puisqu’on a systématiquement droit à l’épisode de Thanksgiving. De la même façon, certaines pistes intéressantes sont abandonnées : une
fois que Phoebe a accouché, on ne revoit quasiment plus son frère et les triplés, elle en parle de temps en temps mais je la trouve pas très préoccupée par ses neveux, la tatie. Idem pour Emma, la fille de Ross et Rachel qui passe plus de temps chez ses grands-parents ou chez la nounou qu’avec ses géniteurs.

A l’inverse, certains éléments sont présents tout au long de la série comme le chien blanc en marbre acquis par Joey lors de la 2e ou 3e saison qui navigued’appart en appart jusqu’à la fin de la série. Il y a aussi la porte coupée de la chambre de Chandler. Par contre, l’élément récurrent le plus agaçant de la série est le personnage de Janice. Petite amie de Chandler durant la 1ère saison, elle revient régulièrement dans la vie du jeune homme. A partir du moment où il sort avec Monica, Janice revient de temps en temps, croisant par hasard nos héros mais je trouve que son personnage est surexploité à la fin, il n’apporte rien du tout à l’intrigue et ses : « OH MON DIEU, Nahahahahahahahah ! » sont plus agaçants que drôles, à la longue. Je veux bien croire que les hasards de la vie nous fait revoir certaines personnes mais qu’elle croise tout ce petit monde au resto, à l’hôpital (comme par hasard, elle accouche en même temps que Rachel), ou se retrouve future voisine de Monica et Chandler, faut pas déconner non plus.

Friends, c’est fini. Et ce n’est pas plus mal, il faut savoir arrêter les choses tant qu’elles marchent et pas trop tirer sur la corde. D’ailleurs, la dernière saison n’est pas forcément la meilleure et pue un peu trop la guimauve à mon goût. Phoebe se marie, Monica et Chandler adoptent des jumeaux, Rachel et Ross se retrouvent et Joey part faire carrière à Hollywood. Manquerait plus que l’un d’eux gagne au loto ! Ce qui est agaçant, aussi, ce sont les réactions excessives du public. Exemple : lors du dernier épisodes, il font des
« houhou » en applaudissant comme des fous quand Monica et Chandler présentent des jumeaux à leurs amis qui n’étaient pas au courant de la nouvelle. Mais le public sait puisque l’une des scènes précédentes montre l’accouchement. Alors c’est pas la peine de s’exciter, hein ! Mais bon, c’est pareil dans toutes les séries, ils doivent être super bien chauffés pour être au bord de l’hystérie, comme ça.

Ceci étant, je pense que Friends est et restera une série culte emblématique de la fin des années 90, début 2000. Malgré le côté caricatural, on se reconnaît tous plus ou moins dans les galères de ses pré-trentenaires. Et moi, je l’avoue, je revois cette série avec plaisir, surtout que toutes les chaînes du câble s’empressent de la rediffuser…

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Music is the soundtrack of your life

Depuis mon adolescence, je vis en musique. Si je devais faire la liste des inventions technologiques qui m’ont changé la vie : le walkman, le discman (quoi que ça sautait tout le temps, c’était pénible), le lecteur MP3, le CD enregistrable… Quand je pars en voyage, je ne peux pas oublier mon lecteur de musique. Sans ça, je me sens démunie.

musique

Quand je regarde en arrière ma courte vie, je me rends compte que ma vie a beaucoup changé grâce à la musique. Ca peut paraître bizarre mais c’est comme ça. Petite, je me souviens que vaguement ce que j’écoutais. Je sais que le matin, entre la maison et l’école, on écoutait la cassette de Chantal Goya, avec la chorale des sœurs Bartoldi : « ce matin, un lapin a tué un chasseur !!! C’était un lapin qui… avait un fusil !!! ». Donc mon père bénissait le moment où on quittait la voiture et qu’il pouvait enfin mettre la radio.

 

Début du collège, j’écoute toutes les daubes techno que mes congénères écoutent, je suis la génération Dance Machine. Avec le recul, y a quelques chansons que j’aime encore bien, genre « No limit » mais je dois avouer que la plupart des chansons étaient des insultes à la musique. Dire que j’ai deux CD de Dance Machine chez moi (enfin, je crois, j’ai dû réussir à m’en débarrasser, depuis), la honte ! Donc pendant mes années collège, j’ingère de la musique n’importe comment, juste parce que les autres aiment et que je veux être dans le coup (houhou !). En fait, c’est la musique qui m’a appris à sortir des sentiers battus, voici l’histoire. En 4e, je pars en voyage de ski avec mes parents dans un hôtel qui sert quelques animations. Bon, c’est pas trop notre genre, on aime bien être peinard en vacances mais soit. Pour la dernière soirée, il y avait une animation « le personnel de l’hôtel chante Starmania ». Moi, je préfère regarder Mystères. A la fin de l’émission, je descends pour rejoindre mes parents et j’écoute deux, trois chansons, c’est sympa. Du coup, de retour chez nous, ma mère achète un CD de Starmania (la version 94) et je tombe littéralement amoureuse du CD, je n’écoute plus que ça, je guette les concerts pour pouvoir y assister… J’achète toutes les versions disponibles, je deviens une pro.

 

De là, j’ai donc décroché de ce qu’écoutaient les autres. Bon, souvent, j’écoute la radio, Fun Radio, à l’époque, c’est très rock, tout à fait dans mon style. Maintenant, je suis beaucoup moins starmaniaque, ça m’a passé mais il n’en reste pas moins que cette comédie musicale a changé ma vie dans le sens où j’ai arrêté d’être comme les autres mais j’ai commencé à être moi.

 

Chaque période de ma vie est marquée par une chanson, un CD ou un artiste. Souvent, il s’agit d’un délire, d’une connerie et quand je ré-entends la chanson, ça m’émeut un peu, ça me rappelle de bons souvenirs. Côté musique débile : y a du Kylie Minogue (« Na, na, na, na… »), du Britney (Baby One more time ou Toxic) , du Gloria Gaynor (I will survive), du Tom Jones (Sex bomb)… Et y en a plein d’autres !

 

Souvent, aussi, certains artistes sont liés à des romans que j’écris. En fait, avec la possibilité d’attraper de la musique sur le net, j’ai une sacré playlist sur mon pc et, évidemment, selon la période, je n’écoute pas la même chose. Par exemple, le roman 1999, c’est plus l’album « Together Alone » d’Anouk et « Pieces of you » de Jewel. Pour Technopolis, j’avoue que je ne sais plus, y avait « Right here, right now » de Fatboy slim mais après… Une musique peut même m’inspirer un roman, le prochain dont je n’ai pas du tout le titre. Je l’avais déjà expliqué, c’est l’histoire de quatre sœurs italiennes dont une est violoncelliste. Evidemment, notre amie violoncelliste (qui s’appellera Cécilia), elle jouera du Jorane. Parce que la musique est une source d’inspiration comme une autre. Franchement, il y a des chansons qui raisonnent en moi de façon particulière, qui m’inspirent. Quelques mots prononcés en rythme et ça me percute : en voilà une histoire géniale, en voilà des mots qui collent parfaitement à ma vie.

 

De la même façon, j’adore cheminer avec de la musique dans les oreilles. Quand j’étais à Toulouse, les deux dernières années, j’habitais à 25 mn à pied de la fac, quasi autant avec le bus, pour peu que je ne l’ai pas de suite donc je préférais utiliser mes petites pattes pour pas arriver en retard. Donc iPod vissé dans les oreilles, je chemine tranquillement, plus ou moins rapidement selon la chanson qui passe. C’est fou comme une même rue peut avoir un air très différent selon la musique que l’on écoute. Et j’avoue que j’adore, avoir l’impression que ma vie
est un film. Quand l’héroïne erre dans les rues, seule, le réalisateur met souvent une musique par-dessus histoire de donner de la consistance à la scène. Bon, moi, quand je marche dans la rue, c’est pas parce que je suis en train de réfléchir comme dans les films, c’est juste que, des fois, j’ai besoin de me rendre quelque part.

 

Cette semaine, j’ai commencé un nouveau boulot, pour ceux qui n’ont pas suivi. Ma mission : faire découvrir aux employés la ville A. Donc il faut bien que je m’y rende, c’est pas que ça me réjouit mais bon… Récemment, ma mère m’a filé un petit lecteur MP3 (128 mo) qui me sert à charger un album que je viens de découvrir et l’écouter. Cette semaine, au banc d’essai : Etyl. En fait, j’avais croisé la route du CD il y a trois semaines, en vacances chez mes parents, ce nom ne m’était pas inconnu, j’aimais bien la chanson que j’avais entendu sur M6, la nuit, mais j’hésite à acheter. J’ai récemment été déçue par l’album de Camille (que je n’ai pas acheté), donc on télécharge d’abord, on verra ensuite. Résultat : je l’ai confondue avec une autre artiste (qui ?) mais je regrette absolument pas, j’adore, je suis totalement fan. Etyl, c’est en fait un groupe. Je me promène donc dans ville A, un peu complètement paumée mais peu importe, ma musique dans les oreilles, tout va bien. Je croise la route d’un parc où il y a de somptueuses tulipes rouges. Puis je vais me perdre dans un quartier résidentiel, je n’ai pas la moindre idée d’où je vais mais j’ai en point de mire les grues qui servent à édifier le futur bâtiment de l’entreprise. Je suis frappée par différentes chansons de l’album, j’ai l’impression que chaque titre marque un passage particulier de ma vie amoureuse des 6 derniers mois. Elle a copié sur ma vie, cette fille ou quoi ?

 

Quoi qu’il en soit, ça faisait longtemps que je n’avais pas eu un tel coup de foudre musical. Dans quelques années, quand je repenserai à cette partie de ma vie, je sais en tout cas quelles chansons ça m’évoquera !

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Fabien

Je me moque des plans drague foireux dont je suis victime mais quand je m’y mets, j’avoue que je peux être catastrophiquement nulle.
dring dring!
 
Avril 1996 : je suis en seconde. Durant la première partie de l’année, j’ai bavé comme une malade sur « le beau gosse là-bas », un très grand brun aux yeux noirs et à la peau mate, hmmmmm ! Notre histoire s’est résumé à ce seul mot : « pardon ! » proféré une fois alors que je lui étais rentrée dedans sans même le faire exprès. Petit à petit, mon cœur s’est tourné vers un autre « beau gosse là-bas », Fabien. Brun, yeux noisettes, beaucoup moins beau gosse que le précédent mais je le trouve charmant quand même. Evidemment, j’ai jeté mon dévolu sur LE mec inaccessible, pour changer : non seulement il n’est pas dans ma classe et nous n’avons pas de relations communes mais en plus, il est en terminale. Et justement, que se passe-t-il en terminale : le bac.
 
Etape 1 : drague discrète (voire inexistante)
Rentrée des vacances d’avril, je reviens d’un voyage scolaire en Italie le cœur léger, l’œil brillant, je retrouve mes amis dont ma meilleure amie Cécile, dont je suis inséparable. On fait un beau duo :  je suis petite, boulotte et bavarde, elle est grande, fine et silencieuse. Or, en ce jour de rentrée, drame atroce : les terminales ne sont pas là ! Les terminales ont disparu ! Mais où sont-ils ? Et surtout Fabien, les autres, je m’en tape. Et là, la vérité, terrible, tombe sur mes épaules : ils passent le bac blanc. CQFD : dans 2 mois, ils passent le bac tout court et je ne pourrai plus jamais voir Fabien. Panique à bord !
 
Jusque là, ma technique de drague était pour le moins passive. En fait, je suis même gonflée de parler de drague, il s’agissait plutôt de matage. A chaque récréation, le jeune homme et ses amis se posaient sur une table où étaient déposés quelques journaux (le journal local et l’Equipe), juste en face du tableau d’affichage. Donc je passais mes pauses à lire le tableau (il n’y a pas de profs absents, sûr ?) et à lire mon horoscope avec les copines dans le journal local. Je parlais assez fort pour me faire entendre, trop forte la fille !
 
Etape 2 : le suivre.
Avec Cécile, notre grand jeu, c’était de suivre les garçons qui nous plaisaient. A midi, on attendait que notre cible sorte et on la suivait. Ainsi, j’ai découvert où habitait Fabien, j’ai ainsi appris son nom de famille. Hasard incroyable : Fabien n’est autre que le grand frère du garçon dont ma sœur a été amoureuse durant le primaire (le petit frère était sacrément mignon, il faut avouer). Nous étions d’une discrétion exemplaire : on le suivait à 10 mètres. Il n’empêche que ça nous occupait beaucoup de suivre les mecs. En première, nous avons suivi de septembre à décembre un garçon qui lui plaisait beaucoup. Lassée de voir que les choses n’avançaient pas alors que nous savions que le garçon était amoureux de Cécile, j’ai décidé d’accélérer les choses : je suis allée voir une copine qui connaissait bien le garçon en question pour lui dire que Cécile était amoureuse. Ça va faire 8 ans qu’ils sont ensemble, merci qui ?
 
Nous étions discrètes mais pas tellement : un jour, nous discutions avec Cécile et une très bonne amie, Charlotte (mon amie épistolaire) au pied de l’immeuble de Fabien. Soudain, le voilà qui arrive, nous cessons aussi sec notre conversation et une fois la distance des 10 mètres atteinte, nous voilà parties vers le lycée. Quelle discrétion, bravo ! Mais Fabien ne semblait pas réagir, je devais attaquer, mais comment ? Je n’avais pas du tout conscience de mon pouvoir de séduction (absolument pas mis en valeur), j’étais d’une timidité maladive alors comment aller lui parler ?
Etape 3 : édification du plan béton.
Je dois lui avouer mais comment faire ? Première idée : lui envoyer Cécile. Je lui en parle, réponse : « non mais ça va pas ? Je vais pas aller le voir, je ne le connais pas ! » Oui, Cécile es encore plus timide que moi, elle ne parle ni aux mecs qui lui plaisent, ni aux mecs qui me plaisent. Vite une solution de secours ! Un dimanche soir, j’écoutais la radio (Fun, vive les radios libres !) et il y avait une jeune fille qui appelait un mec pour se déclarer. En voilà une idée ! Folle d’excitation, je prends ma décision : ça passera par téléphone (mais pas à la radio). Le lundi, je me jette sur Cécile et lui raconte ton plan : « tu es folle ! ». J’aurais plutôt dit désespérée. Le soir, je rentre chez moi, j’attends que ma mère emmène ma sœur à la gym et je saisis le téléphone. Vive les pages blanches, au passage ! Ça sonne, je vais faire une crise cardiaque ! « Allo ? » Aaaaaaaah ! « Oui, bonjour, répondis-je d’une voix tremblotante, pourrais-je parler à Fabien ? ». Et la personne (son frère ?) passe le combiné au dénommé Fabien, je ne peux plus reculer !
« Oui…euh… tu ne me connais pas mais je voudrais sortir avec toi. Je suis en seconde un, je suis comme ça et comme ça, j’étais habillée comme ça, aujourd’hui.
– Ah. Je ne vois pas du tout qui tu es ! »
Bim, dans les dents. Mais je ne me dégonfle pas :
« Ben, tu regardes dans le livre de l’école, sur la photo de classe, je suis assise à côté d’une black. 
– Ouais ben je vais faire ça.
– Ah…ben d’accord, salut ! »
Je raccroche. Mais comme je suis nulle ! C’est pitoyable ! En plus, je jette un œil au livre en question et je me rends compte qu’il peut y avoir quiproquo : dans ma classe, il y avait une noire et une métisse (oui, dans les lycées privées, le métissage n’est pas trop de rigueur). Or j’étais assise à côté de la métisse elle-même assise à côté de la noire : s’il comprend qui je suis, on aura de la chance.
Le lendemain matin, j’arrive à l’école et qui passe devant la classe ? Fabien ! Morte de trouille, je me faufile dans la classe et vais tout raconter à Cécile qui me requalifie de folle.
 
Etape 4 : Il aurait peut-être fallu transformer l’essai
Et ensuite ? Rien. J’ai pas osé aller lui parler mais j’ai su quelques années plus tard que Johanne était allée lui parler pour lui dire qui j’étais. Pourtant, j’avais fait des efforts. Un jour, je me suis pointée au lycée dans un ensemble haut sans manche/jupe courte superbe. Moi, en jupe ? Mais c’est la fin du monde ou quoi ? Ça m’allait bien, en plus, surtout que la jupe faisait un super effet gaine et me rendait plus mince. Mais à l’époque, je n’assumais pas ma féminité, je ne m’habillais qu’en jean et T-shirt XL, forcément sexy…
 
Et bien, c’est ce qui s’appelle un vent. Du coup, le « plan béton » est devenue une expression entre Cécile et moi pour désigner des idées totalement à la con qui finiront forcément dans le mur. Quelques années plus tard, j’ai raconté cette histoire à Guillaume, mon ex, qui s’est moqué de moi : « Non mais tu crois vraiment qu’un terminale serait sorti avec une seconde ? » Réponse : « Chéri, quand tu étais en terminale, j’étais en 4e… ».
 
Peut-être que si j’étais allé lui parler… Peut-être que si j’avais été en terminale, aussi… Peut-être que si j’avais été plus féminine…Ce qui est sûr c’est que je n’ai plus jamais appelé un mec pour lui dire que je voulais sortir avec lui.
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