Récemment je me suis demandé si je n’allais pas repasser le concours d’entrée des écoles de commerce qui sont à mon niveau (c’est à dire tout ce qui est derrière les
« parisiennes »). Histoire d’aller passer ce monument de rigolade qu’est l’oral des concours.
Ne cherchez pas, même les plus débiles des entretiens d’embauche arrivent rarement à la hauteur de cet oral.
Bon d’accord, il m’est arrivé très souvent de réprimer un gloussement en entretien pour un stage… Mais là, à Sup Déco, (Sup Déco, le diplôme qu’il fait joli sur ton CV) on
atteint des sommets de futilité.
Je dis ça mais je dois rester honnête… La palme de la noyade dans un verre d’eau reste à Calyon.
Chez Calyon, pour faire un stage à Nouyorque, on vous fait passer devant une madame psychologue qui va voir si vous n’êtes pas un dangereux psychopathe qui pourrait faire du tort à Calyon. Bah oui on n’sait jamais.
Puis avec deux autres candidats on vous fait faire un jeu de rôle qui n’est pas un jeu drôle, un truc où vous devez organiser la construction d’un barrage par une grand mère et
expliquer ce à quoi elle doit faire attention.
Ensuite vous devez critiquer intelligemment les suggestions faites par les deux blaireaux qui jouent avec vous, en leur présence (ça c’est fun et honnête au moins) en expliquant
pourquoi c’étaient de grosses truffes, puis vous devez faire un test de personnalité, et enfin l’entretien proprement dit avec le directeur RH. Un test d’anglais ? Bah non… Pourquoi ?
Au milieu de tout ça, vous avez pris soin de glisser un repas au resto du coin et des conversations futiles et hypocrites avec vos compagnons de lutte. Ouhai ouhai ouhai, une
journée entière de recrutement pour un stage à NYC, ils n’déconnent pas chez Calyon.
Bizarrement je devais être trop bête ou pas assez malléable car en dépit des qualités évidentes de [ma] candidature ils ont été au regret de ne pas pouvoir y donner
suite, et ne passez pas par la case Départ, ne recevez pas 20000 Frs, etc.
J’ai jamais été aussi content de rater un test tellement ces RH étaient fielleux, malsains et robotisés. C’était il y a 3 ans : plus jamais je ne rentre dans cette boite… Pardon ? Tous les DRH sont comme ça ? Bon d’accord, et le 36mm est fourni avec ?
Mais revenons à l’oral d’école…
L’oral c’est une opération séduction qui dure 20 minutes.
On est face à un prof de l’école et un ancien élève désormais ancré dans le monde du travail. Ils passent 10 minutes à lire votre CV avant l’entretien histoire de préparer des
questions à la con pour savoir si vous avez de la personnalité et de l’intelligence. En bref, si vous pouvez être un bon élève qui apportera une plus value à l’école pendant et après les
études.
Si je repassais ce concours pour le fun, j’irai à l’entretien avec une camera cachée et un CV bidon de chez bidon où je dirais avoir fait des études de Backgammon, une Licence de
Tongues ou un Doctorat de matage de pubs. En même temps ya pas plus carré et inquisiteur qu’un jury de concours. Ils vous posent des questions terribles.
Allez, toi aussi mets toi dans la peau d’un candidat !
Imagine-toi à Sup de Co Reims, dans un bureau faisant face à deux interlocuteurs…
Toutes les questions qui suivent sont véridiques. Et la plupart des réponses « officielles » ne sont guère éloignées de ce que dirait un candidat…
– Pourquoi voulez-vous faire une école de commerce ?
– Pour la tune, pour avoir un salaire de malade et faire des cadeaux à mes proches. Pour avoir une formation de qualité afin de travailler plus tard dans le secteur bancaire.
– Donnez moi une raison de vous choisir…
– Je fais vachement bien les tagliatelles à la carbonara. Mon expérience passée en Droit ne peut que s’enrichir d’un passage en école de commerce et de la même façon enrichir mes condisciples. En un seul mot.
– Est-ce que vous pouvez me citer le nom du président de l’ONU ?
– Non et je m’en contrefous du moment qu’il fait bien son boulot. Non, pas du tout mais je sais que Kofi Annan l’était encore il y a un an…
– Racontez nous une blague…
– C‘est l’histoire de deux idiots qui écoutent un jeune prétentieux déblatérer des conneries pour expliquer en quoi il y a Business Cool… Pour faire aboyer un chat on lui donne une tasse de lait et il la boit…
– Qu’est ce que vous allez apporter à l’école ?
– Mon chat, je peux ? Et des Dragibus aussi… De l’astuce. De l’allant. Un regard différent, critique et audacieux. Une nouvelle interaction élève-enseignant dans un respect mutuel et utile, propice à l’évolution positive de l’institution.
– Donnez moi une raison de ne pas vous prendre…
– Heu… tout de suite là ? Mais je ne suis pas homosexuel… Je suis parfois un peu dans la lune. (toujours lâcher un défaut mineur…)
– Je vois que vous êtes sportif. Quelles sont les valeurs auxquelles vous attachez de l’importance ?
– La créativité, l’audace, l’intégrité. Le respect mutuel, la camaraderie, la solidarité.
– Vous n’êtes pas un peu idéaliste ?
– Et ta sœur elle est idéaliste ? Certes un peu, mais mon expérience m’a appris a garder mes idéaux pour les bonnes occasions et à être réaliste la plupart du temps. Les idéaux, c’est ce qui nous fait aller plus loin, plus haut, plus fort…
– Coubertin..
– Non, perdu, c’est le Grand Schtroumf, connard. Exactement.
– Vous avez un idéal dans la vie ?
– Oui, passer une nuit avec Pénélope Cruz. Oui, mettre fin à la faim dans le monde.
– Et des projets particuliers ?
– Là, je me ferais bien un Big Mac, puis une tablette de chocolat au lait de Lindt et une bouteille de Sauterne. Oui, gravir le Mont Blanc.
– Vous avez un modèle dans la vie ?
– Le Commissaire Bialès. Pierre Kosciusko-Morizet
– Pourquoi ?
– Parce que Bialès, c’est un séducteur… Parce que Pierre a été salarié 5 ans aux States avant de revenir en France créer PriceMinister.com, une boite qui cartonne
– Qu’est-ce que vous comptez faire « à la sortie de l’école » ?
– Faire la manche devant la porte de sortie. Ah, par « sortie », vous vouliez dire « à la fin de mes études » ? Jouer du saxo dans les clubs le soir, faire la grasse mat le matin, et faire des prophéties rigolotes l’après midi. Etre auditeur junior chez PriceWaterHouseCoopers pour commencer…
– Et ensuite ?
– Me marier avec Penelope Cruz, vous ne suivez rien, ma parole. Créer une boite pour embaucher des gens et contribuer à résorber le chômage.
– Ce n’est pas un peu idéaliste ?
– Vous m’avez demandé tout à l’heure si j’avais un idéal, moi ça me paraît cohérent. Les rêves les projets c’est ce qui nous fait avancer, non ?
– Bien sûr… Bon nous en avons terminé, avez vous des questions, des remarques ?
– Oui, votre cravate Bugs Bunny, c’est très fun. Oui, si je suis pris à l’ESC Rouen, donnez moi une raison de venir ici…
– On a un meilleur classement qu’eux !
– Vous avez peut-être pris des produits dopants…
– Non mais sans rire vous avez vu les locaux là bas ?
– L’habit ne fait pas le moine…
– Attendez, vous n’avez pas l’impression d’inverser le rapport de force là ? C’est nous qui passons l’oral ?
– Simple jeu…Ce constat aurait pu vous sauver mais non, c’est raté, j’irai à Rouen. Au revoir Messieurs.
– …
Notez qu’en fin de compte ils m’ont pris quand même… Comme quoi ça m’a servi de faire des concours de plaidoirie et d’être candidat à la Conférence Berryer La question essentielle maintenant c’est : saurais-je mettre de l’eau dans mon vin et être hypocrite diplomate, une fois en entreprise, plus tard ? Mystère…