Spleen d’été

Du haut de mes 27 ans même pas et demi, je le déclare haut et fort : l’été 2007 est le plus pourri qui existe et de loin. Hier matin, je me suis éveillée, enroulée dans mes
couvertures, vêtue de ma chemise de nuit de célibataire (avec des nounours dessus qui a surtout l’avantage d’être épaisse. Seul mon nez dépasse et le reste de mon corps fait de la
résistance : non, non, on sortira pas, mes poils se dressent comme un seul homme pour protester. Et là, je me dis qu’en période de chômage, j’aurais passé la journée au lit.
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Oui, ce post parle de météo, je sais, ça craint, c’est pas glamour mais en ce moment, tout le monde ne parle que de ça. Moi, cet été, j’avais envie de me rouler dans la pelouse
grasse des parcs, de siroter un coca light en terrasse, cachée derrière mes lunettes de soleil, de marcher dans la rue au soleil, avec un sourire à tomber parce que je suis de bonne humeur, parce
que je me sens belle et conquérante et que j’expose même mes ongles de pieds vernis. Alors qu’en ce moment, je cours pour échapper à la pluie, je cache ma superbe chevelure brune sous une casquette pour pas me faire mouiller, je mets une veste fermée jusqu’au cou et même des chaussettes. Alors forcément, je suis pas des plus heureuses. Je suis pas malheureuse non plus, hein, mais j’ai juste envie de me rouler dans une couverture et roupiller. Bordel, j’ai déjà les symptômes de l’hibernation ! Et c’est général. Tout est moche en ce moment. Je remarque les taches de chewing gum sur l’asphalte, les gens sont ternes, on n’a envie de rien faire. Sur la plateforme blog où je bosse, on a un système pour envoyer un message aux gens qui nous annoncent leur suicide prochain en article. Oui, je sais, c’est glauque. Bon à la question le pensent-ils vraiment, comptent-ils passer à l’acte, j’ai pas de réponse, aucune idée. On dit que les vrais suicidaires ne l’annoncent pas, ils agissent sans qu’on comprenne pourquoi ni comment, j’ai malheureusement pu le constater par le passé. Mais on ne peut pas savoir si c’est du vent ou pas donc on envoie un message, on ne sait jamais. En général, on en a un maxi par semaine et encore, les mauvaises semaines. Là, en deux jours, on en a eu 5. La modératrice a fini par me demander quel temps il faisait
en face tellement elle était étonnée. Ben voilà, mistinguette, t’as tout compris : il fait dégueulasse.

Mais je suis une fille optimiste, si, si. Il paraît que ce week-end, il fait beau alors ce week-end, je suis dehors et c’est tout. A glander sur les pelouses planquée derrière mes
lunettes de soleil, mes orteils exhibés. Même pas peur. Et puis je me dis que ça fait quelques années que l’été est moyen alors qu’on a un automne radieux donc j’ai confiance en septembre, septembre sera beau, ensoleillé et moi guillerette et sans couvertures. Je parle bien sûr de draps, faut sortir couvert même en automne, c’est bien connu. J’ai hâte, j’ai hâte. Retrouver mon sourire et ma bonne humeur habituels au lieu de bouder dans mon coin parce que… mais juste parce qu’il fait mauvais, c’est ça qui est dramatique. Ma vie est merveilleuse en ce moment, je n’ai aucune raison de me plaindre alors ils commencent à me saouler les nuages à envahir mon espace et à m’empêcher de me noyer dans le bleu du ciel azuré. Non mais !

 

Enfin, l’avantage de ce temps étrange et déroutant, c’est que ça fait toujours quelque chose à dire.

« Bonjour, Mme Michaux, vous allez bien ?
– Oui et vous ?
– Oui malgré le temps.

– Oh, vous avez vu ça, quelle horreur ! Et ils nous causent du réchauffement de la planète après, prfffttt !

– Oui mais non mais en fait, le réchauffement décale les courants d’airs marins, ce qui fait que ça nous amène la pluie…

– Oui, c’est ça, c’est ça. Allez au revoir, hein ! »

Ca permet même à mon collègue Yohann de faire une super blague : « Ouais, il paraît que Dean va venir ici ! », blague lamentablement gâchée par votre cruche préférée qui parle sans réfléchir : « C’est qui Dean, un mec de Prague ? » « Heu, non, c’est le cyclone ». Ouais, bon, ok, je vais aller m’enterrer vivante, je reviens.

Bref, moi, je dis un grand et inutile stop au temps de merde en été, je dis un grand oui au soleil qui dore ma peau (ouais, ok, chuis allergique mais chut) et me rend toute jolie

car toute souriante. Moi, je dis, vive l’été quand il fait beau.

L’enfer des soldes

Par Enzo

J’avoue, je n’avais pas réalisé. Pourtant c’était dit clairement. De plus, les journaux télévisés avaient parlé de ça également. Je n’ai aucune excuse pour me plaindre. Je ne comprend vraiment pas pourquoi mon spider-sense n’a pas fonctionné pour me prévenir de ce danger potentiel…

Toujours est-il que je m’en suis rendu compte trop tard. Sur le pas de la porte du Printemps (le magasin, pas la saison, surtout qu’on est en été). Plein de monde. Une petite vague d’agoraphobie m’envahit. Je pose la question bête qui n’attend pas de réponse : « C’est le premier jour des soldes ? ». Ma copine me répond par l’affirmative.

Après quelques arrêts pour admirer des sacs, nous trouvons le chemin de l’ascenseur. Pour plonger au sous-sol, l’étage de la lingerie…

En temps normal, je pourrais simplement jouer à l’accompagnateur. Mais là mon avis est spécialement requis. C’est un achat « pour me faire plaisir » même si je n’ai pas exprimé ce souhait. Elle me montre des soutiens-gorges, de toutes les couleurs, de toutes les textures. Mes avis oscillent entre « bof » et « hmm ». Je n’arrive pas à avoir une palette très développée de qualificatifs quand on me montre une cinquantaine de soutiens-gorges qui se ressemblent presque tous. On me reproche mon manque de coopération. C’est bizarre mais je m’imagine mal lui montrant des dizaines de boxers et exigeant un avis argumenté sur chaque. En boudant si elle n’adore pas ce caleçon ‘homer simpson’. Elle me montre plusieurs fois le même pour tenter de me piéger et voir si je suis. Je passe l’épreuve. Après plusieurs tours de l’étage, elle commence à bouder et à craquer.

Comment peut-on vouloir se mettre un napperon en dentelle sur les seins ? Tiens celui avec les petites fleurs sur fond blanc ressemblent à la nappe que mon arrière-grand-mère avait brodé. Je ne dois pas avoir les goûts proposés/imposés par l’industrie de la mode. Rassurez-moi, la plupart des hommes ne tombent pas à genoux en criant à l’immaculée beauté lorsqu’on leur montre un bout de
tissu brodé ? Une fois porté par une demoiselle, je veux bien croire, et encore, c’est mieux sans l’emballage, non ? Là il n’y a que les deux séparés. Plein de demoiselles. Plein de soutiens-gorges. Mais pas les deux. Enfin si, plein de demoiselles avec des soutiens-gorges mais qu’on ne voit pas. Presque aucun décolleté. Quelques posters mais rien de génial.

Jane téléphone. On doit se retrouver bientôt. Le temps nous est compté. Je bénis le ciel d’être venu en fin d’après-midi dans ce magasin. Finalement, je suis plus volubile sur celui qu’elle m’a montré plusieurs fois. Couleur framboise et sans trop de dentelle à fleurs. De toute manière, jolie comme elle est, elle serait craquante avec n’importe lequel de ces trucs. Je trouve que malgré mon féminisme (ou à cause de), je deviens de plus en plus un cliché masculin (aucun goût pour la mode, boit de la bière, …), mais cela fera l’objet d’une prochaine note avec un titre du genre
« Plus je suis féministe, plus je deviens macho » !