Le Grand Oral

Par LucasUn peu de pub au passage : http://singulierpluriel.over-blog.net/

 Récemment je me suis demandé si je n’allais pas repasser le concours d’entrée des écoles de commerce qui sont à mon niveau (c’est à dire tout ce qui est derrière les

« parisiennes »). Histoire d’aller passer ce monument de rigolade qu’est l’oral des concours.

 

Ne cherchez pas, même les plus débiles des entretiens d’embauche arrivent rarement à la hauteur de cet oral.

Bon d’accord, il m’est arrivé très souvent de réprimer un gloussement en entretien pour un stage… Mais là, à Sup Déco, (Sup Déco, le diplôme qu’il fait joli sur ton CV) on
atteint des sommets de futilité.

 

Je dis ça mais je dois rester honnête… La palme de la noyade dans un verre d’eau reste à Calyon.

Chez Calyon, pour faire un stage à Nouyorque, on vous fait passer devant une madame psychologue qui va voir si vous n’êtes pas un dangereux psychopathe qui pourrait faire du tort à Calyon. Bah oui on n’sait jamais.

Puis avec deux autres candidats on vous fait faire un jeu de rôle qui n’est pas un jeu drôle, un truc où vous devez organiser la construction d’un barrage par une grand mère et
expliquer ce à quoi elle doit faire attention.

Ensuite vous devez critiquer intelligemment les suggestions faites par les deux blaireaux qui jouent avec vous, en leur présence (ça c’est fun et honnête au moins) en expliquant
pourquoi c’étaient de grosses truffes, puis vous devez faire un test de personnalité, et enfin l’entretien proprement dit avec le directeur RH. Un test d’anglais ? Bah non… Pourquoi ?

Au milieu de tout ça, vous avez pris soin de glisser un repas au resto du coin et des conversations futiles et hypocrites avec vos compagnons de lutte. Ouhai ouhai ouhai, une
journée entière de recrutement pour un stage à NYC, ils n’déconnent pas chez Calyon.

Bizarrement je devais être trop bête ou pas assez malléable car en dépit des qualités évidentes de [ma] candidature ils ont été au regret de ne pas pouvoir y donner
suite
, et ne passez pas par la case Départ, ne recevez pas 20000 Frs, etc.

J’ai jamais été aussi content de rater un test tellement ces RH étaient fielleux, malsains et robotisés. C’était il y a 3 ans : plus jamais je ne rentre dans cette boite… Pardon ? Tous les DRH sont comme ça ? Bon d’accord, et le 36mm est fourni avec ?

Mais revenons à l’oral d’école…
 
L’oral c’est une opération séduction qui dure 20 minutes.

On est face à un prof de l’école et un ancien élève désormais ancré dans le monde du travail. Ils passent 10 minutes à lire votre CV avant l’entretien histoire de préparer des
questions à la con pour savoir si vous avez de la personnalité et de l’intelligence. En bref, si vous pouvez être un bon élève qui apportera une plus value à l’école pendant et après les
études.

Si je repassais ce concours pour le fun, j’irai à l’entretien avec une camera cachée et un CV bidon de chez bidon où je dirais avoir fait des études de Backgammon, une Licence de
Tongues ou un Doctorat de matage de pubs. En même temps ya pas plus carré et inquisiteur qu’un jury de concours. Ils vous posent des questions terribles.

Allez, toi aussi mets toi dans la peau d’un candidat !

Imagine-toi à Sup de Co Reims, dans un bureau faisant face à deux interlocuteurs…

Toutes les questions qui suivent sont véridiques. Et la plupart des réponses « officielles » ne sont guère éloignées de ce que dirait un candidat…

 

–           Pourquoi voulez-vous faire une école de commerce ?

–           Pour la tune, pour avoir un salaire de malade et faire des cadeaux à mes proches. Pour avoir une formation de qualité afin de travailler plus tard dans le secteur bancaire.

–           Donnez moi une raison de vous choisir…

–           Je fais vachement bien les tagliatelles à la carbonara. Mon expérience passée en Droit ne peut que s’enrichir d’un passage en école de commerce et de la même façon enrichir mes condisciples. En un seul mot.

–           Est-ce que vous pouvez me citer le nom du président de l’ONU ?

–           Non et je m’en contrefous du moment qu’il fait bien son boulot. Non, pas du tout mais je sais que Kofi Annan l’était encore il y a un an…

–           Racontez nous une blague…

–           C‘est l’histoire de deux idiots qui écoutent un jeune prétentieux déblatérer des conneries pour expliquer en quoi il y a Business Cool… Pour faire aboyer un chat on lui donne une tasse de lait et il la boit…

–           Qu’est ce que vous allez apporter à l’école ?

–            Mon chat, je peux ? Et des Dragibus aussi… De l’astuce. De l’allant. Un regard différent, critique et audacieux. Une nouvelle interaction élève-enseignant dans un respect mutuel et utile, propice à l’évolution positive de l’institution.

–           Donnez moi une raison de ne pas vous prendre…

–           Heu… tout de suite là ? Mais je ne suis pas homosexuel… Je suis parfois un peu dans la lune. (toujours lâcher un défaut mineur…)

–           Je vois que vous êtes sportif. Quelles sont les valeurs auxquelles vous attachez de l’importance ?

–            La créativité, l’audace, l’intégrité. Le respect mutuel, la camaraderie, la solidarité.

–           Vous n’êtes pas un peu idéaliste ?

–           Et ta sœur elle est idéaliste ? Certes un peu, mais mon expérience m’a appris a garder mes idéaux pour les bonnes occasions et à être réaliste la plupart du temps. Les idéaux, c’est ce qui nous fait aller plus loin, plus haut, plus fort…

–           Coubertin..

–           Non, perdu, c’est le Grand Schtroumf, connard. Exactement.

–           Vous avez un idéal dans la vie ?

–           Oui, passer une nuit avec Pénélope Cruz. Oui, mettre fin à la faim dans le monde.

–           Et des projets particuliers ?

–           Là, je me ferais bien un Big Mac, puis une tablette de chocolat au lait de Lindt et une bouteille de Sauterne. Oui, gravir le Mont Blanc.

–           Vous avez un modèle dans la vie ?

–           Le Commissaire Bialès. Pierre Kosciusko-Morizet

–           Pourquoi ?

–           Parce que Bialès, c’est un séducteur… Parce que Pierre a été salarié 5 ans aux States avant de revenir en France créer PriceMinister.com, une boite qui cartonne

–           Qu’est-ce que vous comptez faire « à la sortie de l’école » ?

–           Faire la manche devant la porte de sortie. Ah, par « sortie », vous vouliez dire « à la fin de mes études » ? Jouer du saxo dans les clubs le soir, faire la grasse mat le matin, et faire des prophéties rigolotes l’après midi. Etre auditeur junior chez PriceWaterHouseCoopers pour commencer…

–           Et ensuite ?

–           Me marier avec Penelope Cruz, vous ne suivez rien, ma parole. Créer une boite pour embaucher des gens et contribuer à résorber le chômage.

–           Ce n’est pas un peu idéaliste ?

–           Vous m’avez demandé tout à l’heure si j’avais un idéal, moi ça me paraît cohérent. Les rêves les projets c’est ce qui nous fait avancer, non ?

–           Bien sûr… Bon nous en avons terminé, avez vous des questions, des remarques ?

–           Oui, votre cravate Bugs Bunny, c’est très fun. Oui, si je suis pris à l’ESC Rouen, donnez moi une raison de venir ici…

–           On a un meilleur classement qu’eux !

–           Vous avez peut-être pris des produits dopants…

–           Non mais sans rire vous avez vu les locaux là bas ?

–           L’habit ne fait pas le moine…

–           Attendez, vous n’avez pas l’impression d’inverser le rapport de force là ? C’est nous qui passons l’oral ?

–           Simple jeu…Ce constat aurait pu vous sauver mais non, c’est raté, j’irai à Rouen. Au revoir Messieurs.

–           …

Notez qu’en fin de compte ils m’ont pris quand même… Comme quoi ça m’a servi de faire des concours de plaidoirie et d’être candidat à la Conférence Berryer La question essentielle maintenant c’est : saurais-je mettre de l’eau dans mon vin et être hypocrite diplomate, une fois en entreprise, plus tard ? Mystère…

Notre Amourette Eternelle

Par Lucas
Je dédie cet article à l’Allemagne dont la conso surabondante d’électricité  samedi soir nous a permis de dîner pendant une heure à la chandelle et m’a ainsi donné l’opportunité romantique de babiller des mots doux à Cédille, la jolie institutrice avec qui on-est-pas-allé-plus-loin mais-on-aurait-dû. (Lucas, futur webmaster de http://les-occasions-manquées.com )
 
Samedi, je suis allé à un mariage. Un mariage teeeeerrible, avec toutes les options. Je vous en cite quelques unes, en vrac: le bébé qui couine à la messe, mes larmes en voyant entrer la mariée dans l’église, la cascade de champagne au buffet, les sketchs des copains entre deux plats et Gilbert Montagné après le repas. Oui parce qu’un mariage sans les sunlights des tropiques c’est un peu comme un lundi matin sans cotons tige (Aston c’est pour toi…)
Pour autant, comme je suis un peu rabat joie, je ne vais vous parler de la fête mais du mariage en lui-même.
 
En l’occurrence la cérémonie religieuse a duré 3 plombes. Non, vraiment : j’exagère à peine. A un moment, c’était tellement inintéressant que tout le monde a préféré suivre la course effrénée entre le bébé rigolo précité et son papa (nettement moins hilare). Le prêtre était tellement vexé de ne plus être la star qu’il s’est répété 4 fois pour être sûr qu’on ait bien compris son message. Un message niais et dogmatique qui en a enervé plus d’un, dont votre serviteur.
Perso, je me suis retenu de lui balancer des cailloux (de crack). D’une part, ça m’a toujours paru cheulou qu’un prêtre s’autorise à parler du concept de couple. D’autre part, son discours sentait horriblement mauvais. Et que je te glisse l’allégeance au Seigneur ici, et que je te place l’importance de la fidélité par là. Purée, ça a le don de m’énerver !!! M’enfin, s’ils se marient c’est un choix réfléchi ! Ce n’est pas maintenant qu’il faut leur faire la morale, c’était ya 6 mois au moment où ils pouvaient encore faire machine arrière !! Quant aux gens qui sont venus ici, ce n’est pas pour écouter tes préceptes moraux nauséabonds ! C’est pour assister à l’union de leurs enfants ou amis alors arrête avec ta morale à deux sous !!
 
On vous souhaite…tout le bonheur du monde…
 
Vous l’aurez compris, je ne suis pas croyant. Mais alors pas du tout. Pour autant, quand je croise un homme d’Eglise, je ne lui saute pas dessus pour lui arracher les yeux à la petite cuillère. Je n’ai pas été baptisé, je ne suis jamais allé au cathé et la Bible c’est comme le Coran ou la Torah : je les ai lu une fois chacun, vite fait. Quoique la Torah je ne l’ai même pas fini… (En conséquence je ne vous raconte pas mon désarroi quand je vais dans les musées et que je mate des oeuvres portant sur des sujets religieux. Je capte peanuts… Mais ce n’est pas le sujet…)
 
J’ai l’impression que toute mon éducation, menée par des parents non croyants, m’a conféré des valeurs morales qui n’auraient pas à rougir face certaines valeurs chrétiennes… (NB: Il est certains que parmi mes valeurs il doit y en avoir beaucoup qui ont une assise chrétienne). Pourtant, du fait de mon athéisme je m’autorise à jeter une oreille critique sur les discours religieux. J’ai envie de croire qu’on peut jeter un regard neutre et neuf sur des cérémonies religieuses et faire un benchmarking, comme on dit quand on est auditeur junior chez Ernst&Young : une comparaison quand on est un francophile ou un honnête homme.
 
Pour le coup, samedi, j’ai vraiment fait un effort : j’ai écouté le discours du prêtre, âgé de 29 ans et j’insiste : je l’ai trouvé digne d’un Schtroumpf à Lunettes de compète. Au dernier mariage où je suis allé en juin, le prêtre de 80 balais n’avait pas prononcé une seule fois le mot divorce : le vieil homme avait parlé de confiance, de clarté et rappelé que l’important n’était pas la parole divine mais l’amour dans le couple… en accord avec l’amour que Djizeusse avait pour nous. Propre, simple, pas prosélyte pour un sou. J’avais adoré. (or, pour qu’un athée intégriste comme moi reconnaisse ça, il faut vraiment que son discours m’ait plu…)
 
Quand j’aime une fois…
 
En tant que non croyant, si je dois un jour me marier j’espère bien tomber sur quelqu’un d’aussi athée que moi. Non pas que je sois d’une intolérance crasse, mais je me vois mal aller faire risette et me plier au protocole d’un mariage religieux alors que je n’ai aucune considération pour l’Eglise. Bien sur si ma promise me le demande gentiment je ne vais pas faire un caprice. Mais cela me paraît d’une hypocrisie aussi répugnante que celle de milliers de couples qui ne vont JAMAIS à l’église, qui sont croyants quand ils ont le temps mais qui se marient à l’Eglise parce que ça a de la gueule. Tiens, le voila THE problème…
 
Samedi, alors que je ronchonnais j’écoutais le prêtre faire son speech, je me suis demandé comment un couple athée pourrait donner un petit coté spirituel à un engagement purement civil… Comment donner une âme, une sorte de mystique humaniste, fraîche et originale, en accord avec les valeurs des deux époux. En somme, comment magnifier le mariage sans passer par la religion. Certains lecteurs me diront que c’est l’Amour qui transcende tout en sa simplicité… D’autres, choqués par ma violence, me feront remarquer que l’Eglise n’est qu’amour et ouverture, que tout athée peut trouver dans la parole de dieu des idées humanistes. Certes. Mais même à travers une lecture philosophique cela reste des textes religieux et quelque part cette mainmise implicite me gêne.
 
Perso, si je pouvais épurer au maximum la cérémonie, en rester à l’acte républicain à la mairie et ensuite faire une fête avec mes amis et ma famille, je serais aux anges !
Pour en avoir discuté avec des amis ou des connaissances athées ou agnostiques, je me rends compte que nombreux sont les gens qui ressentent le besoin d’un petit plus… En fait, ce qui me gêne c’est que beaucoup de couples se marient à l’église parce que, je cite, « c’est quand même plus chaleureux que la mairie ». Zut, quoi ! Dans ce cas, pourquoi n’a t-on aucun pendant républicain « chaleureux » au mariage religieux !!? Franchement, je rêve d’un mariage à la mairie avec des témoins qui prennent la parole pour lire des textes de St Exupery ou d’Aragon ; des textes qu’ils leur paraissent en harmonie avec le mariage de leurs amis. Certains d’entre vous ont-il déjà connu ça ? Vous avez des suggestions, sinon ? Une idée pour rendre un mariage purement civil moins procédurier ? Imaginez un jour un maire qui rentre dans la salle des mariages avec sa gratte en chantant Love Is All…

L’Hippopotame et le Rhinocéros

Bon, cette semaine j’aurais a-do-ré vous donner toutes mes différences et tous ces défauts qui sont autant de chances mais voila Nina elle a dit tu m’fais un papier considérations générales.  Du coup, comme je suis frustré de ne pas pouvoir vous raconter ma life, je vais vous faire un article de mec complètement aigri. C’est vachement bien car ça me donne une caution morale de ouf. Je peux trasher autant que je veux, de toute façon les gens diront « – Purée, Lucas il a trashé trop de gens dans son article. – Oui mais c’est parce qu’il était aigriiiiii« . Trop cool, non ?
 
Donc pour revenir à nos moutons, cette semaine on avait le choix entre les études, le boulot ou l’amuuuur. Avec un mauvais esprit de malade je me suis dit, méprisant : il y aura bien un gros blaireau de concurrent qui va nous faire un article sur l’amuuuuur. J’ai donc choisi de me rabattre sur les études pour vous parler (très rapidement) de cette institution sympathique que sont les Grandes Ecoles de Commerce. En la matière je m’y connais un peu vu que j’ai passé 5 ans à la fac avant d’aller me perdre dans la concupiscence graveleuse des écoles. Comment ça je prends parti ?
 
T’es gentil t’es mignon mais tu pues.
 
Alors bien sur je vous vois déjà venir avec vos cohortes de clichés sur les écoles de commerce et je dois vous dire que c’est trèèèèèèès mal de partir comme ça avec des préjugés faciles du style « en école de commerce, on boit, on ne fout rien, et on achète son diplôme ». Non, franchement ce n’est pas sympa de colporter des choses pareilles. En plus c’est presque pas vrai.
 
Commençons par l’alcool et les soirées.  A raison d’une soirée BDE par semaine, la fête n’est plus un exutoire mais une institution. Un peu comme la tise. Pour beaucoup d’étudiants, l’alcool n’est plus un moyen mais une fin. But du jeu : se mettre une grosse race. Du coup, je passe un peu pour le gros rabat joie de service avec mes bayleys grenadine.  Bah oui, pour moi l’alcool, c’est un cintre qui permet de déposer ma timidité au vestiaire, me désinhiber, choper une nana et pouvoir faire picoti picota all night long. Pas vous ?  Et bien, pour un élève de première année, l’alcool n’est pas un instrument mais un jeu équivalent à « devine qui a la plus grosse teub ». Quelque part c’est assez symptomatique du gel post pubère qu’ont connu les élèves en entrant en prépa (et qui fondent alors en école après deux années de stérilité monastique). Oui bien sur je force le trait, mais pour peu que vous discutiez avec eux vous verrez que je ne suis pas si loin de la vérité… Heureusement les comportements évoluent avec le temps.
 
Allez viens, je t’emmène au vent…
 
Quand on intègre en admission parallèle mon programme Grande Ecole (c’est d’un prétentieux…), on passe 3 mois à rattraper toute la première année. Du coup, pendant 3 mois il faut bosser comme un chacal. Seulement voila, arrivé en janvier, on bascule officiellement en 2eme année avec un choix de « cours à la carte ». Autant vous dire qu’on peut, dès lors, se construire un cursus de glande interstellaire comme on peut en chier un max sur des cours exigeants en volume et en qualité des rendus.
 
Quelque part, c’est un peu comme à la fac, pour un TD d’une heure et demi en fisca : vous pouvez ainsi préparer la séance et vous inonder de sens et de joie à la BU pendant 9 heures. Mais vous pouvez aussi arriver comme un touriste sans avoir ouvert le fascicule. D’un autre coté, je vous dis que j’en ai chié pendant les 3 mois de rattrapage mais une copine en 3eme cycle DJCE a fait exactement mon programme en 2 mois chrono. Du coup la question se pose : les écoles de commerce sont elles plus performantes que la fac ? Eh bien quite à ce que mes camarades de cours me piquent les yeux avec des épingles rouillées, je dois dire : PAS DU TOUT !
 
 Je suis intimement persuadé qu’un bon DESS (M2…) en Gestion des Nems est beaucoup plus formateur q’un cursus Gestion des Nems dans une école de commerce (même celles du Top 5) et ce pour plusieurs raisons :
 
– d’abord parce que la fac c’est l’école de la débrouillardise. On n’a pas de prof sur le dos pour nous faire bosser, pas d’administration qui nous prend par la main. On doit travailler de manière autonome et on a du temps à coté pour travailler et découvrir la « vraie vie ». A ce titre, les CVs des jeunes qui arrivent de prépa sont d’un vide étourdissant… Ils ont perdu deux ans à gagner un vernis culturel foireux. Pour moi la fac, forme plus les esprits et les responsabilise dix fois plus.
– Ensuite la fac c’est quand même une certaine mixité sociale (certes relative) qu’on retrouve beaucoup moins en école mais qui permettrait à certains élèves issus des meilleurs lycées de banlieues chics de ne pas avoir une conception faussée du monde. Mais si je commence dans ce jeu là je vais devenir encore plus aigri…
– Enfin, même si le système de sélection est plus sournois, la fac est tout de même dure… dans certaines filières. Le but ultime est d’intégrer un bon DEA ou un bon DESS (M2…) et pour cela il faut avoir un bon dossier. Du coup, l’écrémage se fait tout seul, sans concours. Seuls les meilleurs atteignent les bons 3eme cycles. Et là, la charge de boulot peut être particulièrement intense.
 
Where all the good people go…
 
Au final, on peut avoir un étudiant qui a fait un DESS de malade, qui est un technicien hors pair en son domaine et qui aura du mal à trouver un boulot parce que sa formation n’est pas valorisée. On en arrive au dernier cliché sur les écoles de commerce à savoir l’achat du diplôme. En fait, en école on achète pas son diplôme, on achète un annuaire et un accès à un réseau. Un réseau d’anciens, un réseau d’entreprises recruteuses. C’est un système qui me fait gerber ; un système lénifiant, qui n’incite pas à prendre des risques, encore moins à innover et créer. Les boites viennent à l’école pour des rencontres avec les étudiants et au final c’est en moyenne 65% de la promo qui est embauchée dans les deux mois qui PRECEDENT le diplôme. « oh oui j’ai trop envie de venir travailler chez vous à Clermont Ferrand, d’ailleurs mon papa il roule en Michelin, la vulcanisation des pneus, le caoutchouc c’est chou, allez soyez cool, embauchez moi ».
 
Le suçage de boules généralisé pendant la fameuse semaine entreprise est un truc qui filerait la nausée à toute personne un peu intègre. Des légions d’étudiants sortent de là avec un job (et un tube de vaseline à la main).  L’archétype, c’est le jeune diplômé, 23 ans, qui va commencer en auditeur junior chez PriceWaterHouse Coopers ou en marketing opérationnel chez Kraft Food. Perso, ce n’est pas vraiment le genre de truc qui me fait bander au réveil mais il se peut que j’aie des goûts de merde. Notre jeune diplômé est quant à lui ravi.  Il va intégrer la boite, il va sûrement y retrouver des gens qui ont le même profil que lui, le même cursus, la même conception de la vie et ils riront tous ensemble des mêmes blagues à deux balles à la cantine à midi. Le genre de mecs si on les payait en coups de lattes il mériteraient trois ou quatre SMIC.
 
Je pourrais enchaîner encore sur le sujet mais je préférerais avoir votre avis sur la question. Surtout que j’ai volontairement laissé quelques zones d’ombres et amorcé quelques polémiques (trop) faciles. C’est donc à vous mais avant de partir, je vais vous laisser avec un truc rigolo. C’était il y a 4 mois, je me suis pointé avec ma camera vidéo au Palais Brongniart à Paris (la Bourse) où avait lieu un salon de recrutement, sobrement intitulé « Salon des Hauts Potentiels ». J’y suis donc allé pour interviewer les gens et leur poser la question suivante « En quoi êtes-vous un haut potentiel ? » Et bah vous me croirez si vous voulez mais une seule personne n’a pas répondu « Parce que j’ai un Bac + 5 » . Sic transit gloria mundi…