Quand je serai grande, je serai écrivain

[Article qui aurait pu s’articuler sous la forme “cher moi d’avant” mais j’ai pas envie]

L’autre jour, je devisais gaiement sur Twitter avec ma folle communauté parmi laquelle Florence Porcel qui se lamentait de ne jamais pouvoir lire la suite de Millenium. Je lui conseillais donc d’écrire la suite, lui précisant que j’avais envisagé un temps de réécrire Lost. J’ai même écrit 4 pages mais le temps est à jamais mon ennemi. De là est revenu mon fantasme de fin d’adolescence : devenir écrivain. Genre comme vrai métier.

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J’avais imaginé pas mal de choses. Déjà, je me voyais travailler sur un atelier péniche pour pouvoir écrire, certes, mais aussi faire de la couture ou autres travaux manuels si l’envie m’en prenait. La belle vie s’il en est. Connaissant ma légère tendance à la procrastination et à la sérendipité, j’avais prévu d’écrire plusieurs romans durant ma fin d’adolescence et années d’études pour avoir de la marge. Genre quand j’aurais publié le premier Technopolis, le second serait déjà fini, etc. Pas de télé dans ma péniche, juste de la musique. Et
un hamac parce qu’il faut se reposer parfois.

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Doux rêve. Etudiante, je pensais que le soir, en rentrant du boulot, j’aurais tout loisir pour écrire mais finalement, une fois salariée, le soir quand je rentre (si je rentre), il est soit juste l’heure d’aller se coucher, soit je ne fais rien, le cerveau hurlant qu’il a, lui aussi, le droit de se reposer. Et je vous parle même pas de mes yeux, myopisés par un usage trop régulier d’un ordinateur. Oui, j’invente des mots si je veux. C’est comme les licornes, les mots inventés, je les mets en scène quand j’en ai envie, regarde : . Bref, le soir, je suis vermoulue des neurones, l’imagination en berne. Même si elle a tendance à se réactiver au moment où je m’endors, vous connaissez ce phénomène ? “Aaaaah, dodo ! Dormir… Oh, je viens d’avoir une super idée!”. Idée obsédante que vous vous empressez de tisser au détriment de votre sommeil. Puis le dilemme : “bon, allez dors… j’ai plus sommeil, je veux écrire… Mais il est tard et je me lève demain… Bon allez, j’écrirai demain!”. Sauf que le temps manque, cercle vicieux.

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Et puis, j’ai réalisé un truc, un truc essentiel. Reprenons mon histoire de réécrire Lost. Imaginons que j’ai le temps de le faire et que je ponde un petit pavé de 200-250 pages word (j’ai tout le squelette et autant vous dire qu’il est solidement charpenté). Une fois le point final posé, qui ça va intéresser ? Moi. Eventuellement quelques amis. Et ensuite ? C’est totalement invendable, je pense. Même si en préface, je joue carte sur table : “Ca vous fait penser à Lost ? C’est normal!”. Mais les fan fics, c’est toujours globalement décevant, ça ne
séduit que son auteur et ses amis, les autres crient au sacrilège. Surtout qu’en l’espèce, je gardais juste l’idée d’une île mystérieuse mais je virais les Jack, Kate, Sawyer, les crashes d’avion et de bateaux. Bref, à l’arrivée, ce n’est pas vraiment un fan fic, plus une libre adaptation que j’écris pour moi, parce que j’ai été quelque peu frustrée de la fin de la série. Et je me demande s’il n’en va pas de même pour la plupart de ma prose. Parce que j’écris avant tout pour moi et je me fiche un peu que mes romans soient lus, ça me fait juste plaisir de coucher par écrit toutes les histoires qui fourmillent dans ma tête. Et Dieu sait qu’il y en a, j’ai actuellement en tête la suite et fin de Technopolis (y a 4 tomes, il m’en reste 2 et demi à écrire, tout va bien) ainsi que 4 autres romans et la revisite de Lost, donc. Ca fait 7 et demi…

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Bien, ne me reste qu’une chose à faire : trouver un mari très riche qui me paiera une péniche pour que je puisse jouer à l’écrivain toute la journée.

 

PS : J’ai décidé que la licorne allait devenir un mème de ce blog. Fallait pas la kiffer dans l’article sur les hommes mariés.

1…2…3…29…30 !

Et voilà, qui l’eut cru ? J’ai trente ans. Je me souviens quand je disais que ce blog n’existerait certainement plus, je m’étais trompée, il est toujours là, mais différent. Mais ne parlons pas du blog, c’est MON anniversaire, pas le sien.

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Alors, avoir 30 ans, ça ressemble à quoi ? Pour le moment à pas grand-chose. Je ne suis pas en train de pleurer de désespoir, j’étais même d’humeur particulièrement primesautière ce matin, le sourire aux lèvres, à tel point que je me suis ramassée tous les 20 minutes, métro et direct matin à la sortie du métro. Oui, les 3 plus encore un petit catalogue promo de je sais pas quoi. Mais bon, je ne suis pas sûre que ce soit directement lié à mon anniversaire, ça, plus à la nuit que je venais de passer et qui était… absolument parfaite pour faire le saut dans la trentaine.

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30 ans, donc. Je me disais il y a peu que c’était plutôt un âge confortable, un changement de décennie serein, par rapport aux 20 ans. Quand j’avais 20 ans, j’étais étudiante donc pas grand-chose en soit, je ne savais pas encore bien qui j’étais et ce que je voulais. Evidemment, c’est un peu facile de dire ça 10 ans après, sur le coup, je devais pas y penser mais voilà, je trouve que je viens de terminer la décennie la plus compliquée de la vie, celle du passage entre l’enfance et l’âge adulte. Même si on fait la fête et qu’on s’amuse, il faut tout construire. Là, à 30 ans, je fais toujours la fête mais je la fais avec mon argent… Ce qui devrait me rendre légèrement plus raisonnable au vu des efforts fournis pour le gagner, le dit argent mais arrive toujours un moment où la situation m’échappe et la CB se tend trop facilement. Mais là n’est point la question.

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Ces derniers temps, j’ai l’impression d’avoir appris à mieux me connaître et donc à mieux m’accepter, dans mes qualités (bon, elles, j’ai jamais eu du mal à les accepter) et dans mes défauts. J’ai enfin réalisé que je n’étais pas wonder woman et qu’on pouvait parfois trébucher sans que le monde ne s’écroule. Que mon hypersensibilité, ce n’était pas la peine de la cacher derrière une carapace parce que tout le monde la voit très bien et que je suis bien la seule à faire comme si elle n’existait pas. De toute façon, ce n’est pas une tare d’être hypersensible, ça peut même être une qualité. Par exemple, je suis sûre que ça ferait de moi une très bonne psy . Bon, ok, je suis loin d’être psy mais j’aurais sans doute pu, qui sait ?

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Par contre, si y a un truc qui n’est pas drôle à la trentaine et qui me fait une transition parfaite avec le paragraphe précédent, c’est le rétrécissement de l’horizon des possibles. A 20 ans, je pouvais m’imaginer devenir pas mal de choses. Enfin, je savais déjà que je ne serais jamais médecin mais dans la voie qui était alors mienne, je pouvais m’imaginer journaliste ou prof voire autre chose. Aujourd’hui, j’ai un métier (un que je n’imaginais pas faire à 20 ans vu que ça n’existait pas vraiment à l’époque), je suis établie. Ca pourrait me faire déprimer mais quelque part, ce petit socle de stabilité fait quand même plaisir et permet de construire autre chose, d’avancer sans trop s’angoisser sur les lendemains obscurs. Cette année, j’ai aussi appris qu’il était important d’équilibrer vie privée et vie professionnelle car sans ça, point de salut.


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Donc voilà, j’ai 30 ans, ça y est. L’horloge biologique reste au calme, je ne me sens pas vieille, « en retard » sur un plan logique de vie. Et du coup, va falloir faire la fête !

 

Jeune, tu es une manne pour les employeurs

 


Sauf qu’ils n’auront pas tous l’honnêteté de te payer à ta juste valeur. Pour ceux qui ne sont pas au courant, ô joie, le journal 20 ans ressort. Bon, je ne le lisais pas à  l’époque mais tiens, pourquoi pas. Je n’ai même pas eu le temps de l’acheter que je veux déjà ne plus rien savoir de ce torchon. Je ne parle pas des papiers (après tout, de prime abord, ils valent ceux des autres féminins) mais des révélations pas jolies jolies qui ont été faites sur la rémunération des « journalistes ». Entre guillemets parce qu’à ce niveau là, j’appellerais plutôt ça de pauvres victimes.

 


Il était une fois un groupe presse qui se dit « tiens, si on ressuscitait un magazine féminin connu pour se faire plein de blé ? » « Ouaiiiiiiiiiiiiis ! ». Alors prenons un magazine féminin mort style 20 ans qui bénéficie d’une bonne image nostalgique chez ses anciennes lectrices. Maintenant, prenons de très jeunes filles genre blogueuses ou étudiantes en école de journalisme ou comm et faisons leur une proposition d’enfer : « Alors, tu vois, tu vas travailler avec nous, ça va être trop top pour ta carrière, ça va faire super joli sur ton CV ! La paie ? 20 euros les deux pages, 10 euros l’une, 5 euros la demi page ». En gros, on t’encule à sec avec verre pilé sans lubrifiant et t’es mignonne, tu souris, merci.  Des tarifs scandaleux, une équipe inexpérimentée : la rédac chef avait 19 ans, stagiaire et s’est d’ailleurs fait remercier avant la sortie du 1er numéro. Et curieusement, le gentil directeur (Frédéric Truskolaski) rechignent à leur donner leur argent de poche. Oui, moi, j’appelle pas ça un salaire mais de l’argent de poche.




J’ai déjà parlé de ce patron de presse qui m’avait tenu sensiblement le même discours dans le temps. Pourtant, je n’ai rien contre la pige bénévole puisque j’en ai déjà fait (et que ça m’arrive encore), je pense même que c’est un bon tremplin. Mes deux ans de pige bénévole en tant que chef de rubrique sur un webzine étudiant m’a drôlement aidé à trouver du boulot. Il y a aussi l’aventure Sensuelles montée de toute pièce par une équipe motivée et bénévole. Mais là où il y a une énorme différence, c’est qu’en l’espèce, rien qu’une page de pub dans le magazine permettra de payer nos pauvres journalistes et le reste, direct dans la poche du patron. C’est ce qu’on appelle de l’exploitation, non ? Si.




Oui mais il reste quand même le volet expérience vont souligner les esprits grognons ou ceux qui ne savent pas ce qu’est la précarité et la course à la moindre pige. Non mais c’est vrai, elles font chier ses petites connes à chouiner alors qu’elles ont écrit sur 20 ans et ça va faire trop bien sur le CV. Et bah tiens ! 20 minutes ayant révélé ce qu’il se passait en coulisses, bonjour la crédibilité. Même si pour ma part, j’admire Claire Crepon, la jeune de 19 ans qui a réussi le lancement du mag en 1 mois et demi, sachant que tout se faisait par MSN vu qu’il n’y avait pas de locaux. Claire si tu me lis, je te paie un verre quand tu veux, ça me ferait plaisir de te rencontrer, ceci sans ironie. Le challenge qu’elle a relevé est juste énorme. Sauf que voilà, 20 ans, ça sent un peu mauvais suite à ce mini scandale. Travailler par MSN, c’est bon pour les magazines amateurs, pas pour les titres de presse avec plein de gros sous investis dessus.



Et voilà dans quel monde on vit. Entre les stagiaires et les piges payées avec les billets qui traînent dans la tirelire, on est loin de se sortir du trou. Tout ça m’écoeure et me donne envie de hurler. Parce que j’ai vécu ce genre d’expérience, parce que j’ai parfois été trop conne d’accepter parce que j’espérais que ça  m’ouvrirait des portes et que je m’en suis prises sur le bout du nez.  Que je vois nombre de webzines ne pouvant payer les gens qui écrivent dedans et qui s’excusent platement de ne pouvoir le faire (genre le très bon Save my brain ou Madmoizelle) et qu’à côté de ça, des mecs peu scrupuleux se font construire une jolie maison en exploitant nos espoirs en une belle carrière,  notre envie de bosser coûte que coûte, même si le salaire n’est pas là…



Et après, on nous dit que les jeunes ne sont pas travailleurs. Et bien…

Stage ou chômage, mon cœur balance

 

Lors de mes recherches d’emploi, on m’a proposé des stages. Souci majeur dans mon cas : je n’étais plus étudiante donc pas de convention. Du coup, j’ai envisagé de me réinscrire à la fac juste pour faire des stages. Mais est-ce bien utile ?

Octobre 2005, me voici officiellement diplômée d’un master professionnel de journalisme. Soyons honnête, ce diplôme ne vaut pas grand-chose mais deux expériences peuvent être mises en valeur : la création d’un journal de la promo (conception, écriture, réalisation, mise en page…) mais surtout mon stage. Pendant deux mois et demi, me voici rédactrice stagiaire spécialisée dans le rugby. J’avais enchaîné sur un autre stage mais tellement vide et inutile que je l’ai même pas mis sur mon CV. Ce stage n’était bien sûr pas le premier. En tant qu’étudiante, j’apprécie l’intérêt des stages : on est certes mal payés (voire pas payé du tout) mais au moins, on fait le métier comme n’importe quel employé, on grossit le pressbook, on apprend. Je ne le dirai jamais assez, on apprend 100 fois plus de choses en stage que dans un amphi comme par exemple : suis-je faite pour le métier que je vise ? L’histoire de Tatiana est très éclairante sur la question.

Mais une fois diplômée, dois-je encore postuler pour des stages ? Enfin, postuler également pour des stages, cela va sans dire. Au début de ma recherche d’emploi, j’avais une position très claire : je suis une grande fille à la recherche de son premier emploi, les stages, c’est fini. Sauf que le temps passe et on se rend compte qu’on ne décroche pas de job. Et là, le stage devient soudain un peu plus tentant : ok, ça paie pas le loyer mais ça comble les trous sur le CV, ça fait une expérience en plus et éventuellement le réseau qu’il nous faut. Evidemment, on hésite car ça représente quand même une régression par rapport à ce que l’on vise et surtout une crainte : pendant notre stage, on va chercher moins activement (voire plus du tout) vu qu’on est occupé. Est-ce une bonne idée de se retirer temporairement du marché du travail ?

Par ailleurs, les stages sont vite un cercle infernal. J’en avais déjà parlé à l’époque où j’avais rencontré Emilie Maume dont le livre Profession stagiaire m’avait limite donné envie de vomir. Des gens de 30 ans, surdiplômés, sont toujours en stage car ils ne trouvent pas d’emploi. Quand je lis dans ce même livre un mec du Nouvel Obs dire « les stagiaires, j’ai honte de ce qu’on les paie alors qu’ils arrivent avant nous et finissent toujours à pas d’heure ». Quand je lis aussi que les grandes entreprises tournent à 25% de stagiaires toute l’année, main d’œuvre pas chère… C’est dans ces moments là que j’avais envie de tout laisser tomber.

Et pourtant, le stage m’a semblé parfois une solution provisoire intéressante. Expérience, réseau mais surtout vie active. J’ai déjà expliqué le planning du chômeur alors à l’idée d’avoir des horaires, de quoi faire pendant mes journées… Ben ouais, arrive un moment où on accepte de rentrer dans le cercle vicieux. Ce qui fait que pendant une poignée de mois, on ne passe plus pour le branleur de service qui est suspect à force de ne pas trouver, la larve en jogging. Même si dire « je suis stagiaire », ça fait pas toujours rêver, on a enfin de quoi raconter en soirées, des anecdotes de bureau qui ne datent pas d’il y a un an. Alors certains diront que, forcément, l’Etat va pas se pencher sur cet épineux problème des stages, qu’un stage, ce n’est pas un vrai boulot. C’est vrai. Mais franchement, quand tu as le choix entre passer tes journées chez toi à prospecter en ramassant un RMI et exercer ton métier pour une somme à peu près équivalente, tu finis par ne plus hésiter. C’est certes reculer pour mieux sauter puisqu’il faudra bien chercher à nouveau mais on ne sait jamais : lors du stage, il est possible de rencontrer les bonnes personnes. Et ça fait toujours une ligne de plus au CV, un argument de plus pour séduire ton futur employeur.

La joie des ANPE et des assedics

Octobre 2005, me voici diplômée, je passe donc du statut d’étudiante à celui de chômeuse. Sauf que ça ne va pas durer, ai-je décidé. Donc je ne passerai pas par la case
ANPE/Assedics, non, non, non ! Ma grande naïveté me perdra. 4 mois plus tard, la mort dans l’âme, je finis par me connecter sur le site des assedics et c’est parti, je m’inscris. Je ne me doutais pas alors que je pénétrais dans un univers à vous rendre fou.

 

Je m’inscris, donc. En fait, au départ, j’appelle une dame qui m’explique que je m’inscris sur le net et c’est fini, je reçois tout par la Poste ensuite et tout va bien, merci. Je lui demande au passage s’ils délivrent des conventions de stage, on me répond oui. Tout va bien dans le meilleur des mondes. Quand je vous le dis que je suis naïve. Premier accroc : je ne
reçois pas les papiers. Inscription + 15 jours, je finis par appeler. Je n’ai guère d’estime pour les services de la Poste (j’ai bossé pour eux, je sais de quoi je parle) mais 15 jours pour une lettre dans un même département, même en début d’année, ce n’est pas normal. Donc, j’appelle :

« Oui Mlle Bartoldi, j’ai pas reçu les papiers.
– Ah, c’est pas normal.
– Je m’en doute.
– Bon, je vous les renvoie ».

Quelques jours plus tard, je les reçois et je comprends, l’adresse n’est pas la bonne puisque mon numéro a le malheur d’avoir un « bis ». J’ouvre et je constate que je suis priée de prendre rendez-vous avec l’ANPE avant le 10. On est le 17. Je prends rendez-vous avec l’ANPE, rendez-vous pris fin janvier. Bon, voilà, ça roule. Naïve moi.

Le jour dit, me voici à l’ANPE, face à une dame qui rentre consciencieusement mon dossier tout en commentant mon CV. Elle trouve bien que j’ai déjà eu deux entretiens, moi, cette
information me fait flipper. Deux en quatre mois, c’est pas brillant ! Pendant qu’elle remplit mon dossier, je lui explique que j’ai besoin d’une convention de stage car je viens d’en
trouver un de trois mois dans un grand groupe Internet. Là, j’ai réveillé la bête.

« Non mais attention, on donne pas de conventions comme ça ! C’est quoi ce stage ?

– Ben un stage de journaliste [comme si j’allais faire un stage d’esthéticienne…]

– Y a un emploi à la clé ?
– Non, je crois pas, il n’en a pas été question.

– Ah mais l’ANPE ne donne des conventions de stage que si le stage est suivi d’un CDD d’au moins 6 mois ».

C’est une blague ? Je veux pas dire mais si une entreprise compte m’embaucher, elle me prend direct en CDD ou CDI, pas en stage ! Conclusion : oui, techniquement, l’ANPE distribue des conventions de stage mais dans les faits, si elle en donne deux par an, c’est le bout du monde. Du coup, mon stage me passe sous le nez.

Deux mois plus tard, second rendez-vous. Oui, les rendez-vous mensuels, c’est un mythe. Je me retrouve face à une dame qui sera mon conseiller référent. Cool, on va pouvoir
avancer. Naïve, moi. Il faut savoir qu’un rendez-vous de ce genre dure 30 minutes. Ma nouvelle conseillère commence par rentrer mon dossier sur l’ordinateur. Mais… euh… on l’a déjà fait la dernière fois, ça… Bon, je me démonte pas.

« Ah, vous êtes journaliste !
– Ben oui.

– Et comment on fait pour trouver du travail dans votre branche ? »

Je regarde autour de moi : non, il n’y a aucune caméra cachée… Elle n’arrête pas de me dire d’aller à l’APEC jeunes diplômés, elle prend 5 bonnes minutes pour m’expliquer
comment y aller, des fois que mappy ne serait pas mon ami. Je veux bien y aller moi mais j’ai des questions. Mais elle s’en fout de mes questions, j’ai qu’à les poser à l’APEC. Ok, elle me file un nouveau rendez-vous un mois et demi plus tard, je repars un peu furieuse : c’est pas qu’une demi-heure, ce soit beaucoup mais franchement, j’aurais su, je serais pas venue.

Le jour du dit rendez-vous, je n’y vais pas car je suis en emploi mais j’avoue que j’oublie totalement de prévenir. Et je ne reçois aucun courrier à ce sujet. En somme, le
rendez-vous me paraît totalement fictif, ce qui m’étonne pas vu que Mme la conseillère n’arrivait pas à s’en sortir avec son ordi. Un mois plus tard, je reçois un courrier « Melle Bartoldi, vous avez rendez-vous avec M. Bidule à l’ANPE d’une ville-qui-n’est-pas-la-mienne ». Hein ? J’appelle.

« Oui mais c’est normal, ça marche par secteur.
– Ok. Mais là, en fait, je suis en stage.
– Vous avez un contrat ?

– Non, il n’a pas encore été fait, c’est pour une association en attente du récépissé de la préfecture.

– Ah ben faut venir alors ».
Oui ben, désolée, j’ai pas le temps.
 

Et c’est la dernière fois que j’ai entendu parler de l’ANPE. Après ce rendez-vous manqué, j’ai été virée des assedics, je me suis réinscrite aussi sec et… rien. Je suis inscrite et
c’est tout, on ne me demande plus rien, si ce n’est de pointer tous les mois. Ce que j’oublie à peu près systématiquement, j’avoue, mais vu que je ne touche aucune allocation chômage, ce n’est pas bien dramatique.

 

Bref, en conclusion de ce petit chapitre, notez : si en journalisme, du travail tu veux trouver, l’ANPE tu dois oublier.

Petit blog deviendra grand

En ce moment, vous l’aurez remarqué, je me fais un peu discrète par ici. Pourquoi ? Parce que j’ai besoin d’un peu de recul par rapport à ce blog, voir ce que je vais en
faire, si je le continue ou pas.

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Résumons un peu la situation : 2 ans et quelques de blogging sur les vingtenaires, une ligne éditoriale qui a évolué puisqu’on a un peu délaissé le côté « liaisons
foireuses » pour le côté « nos vies, nos envies, nos délires ». J’en suis d’ailleurs à me demander si le terme même de liaison foireuse vaut encore la peine puisque sur les 9, 3 et
demi sont en couple et ça se passe bien donc le côté foireux est un peu léger. Puis on parle tellement d’autres choses, maintenant, que l’intitulé du blog est bien loin de son contenu.

 Le contenu parlons en. Je ne parle plus guère de moi et ce pour plusieurs raisons. Le début de l’année 2007 a tourné exclusivement autour de ma recherche de taf, pour moi, mes

échecs, mes désillusions et, enfin, la lumière au bout du tunnel. Me voilà une grande fille, j’ai un taf. Pendant quelques temps, j’ai encore eu le réflexe de traîner sur les sites de recherche de taf, pas que j’en cherchais un nouveau mais c’était un bête réflexe. Maintenant, ça y est, je suis plus une étudiante, plus une chercheuse d’emploi, je suis une salariée, une vraie, toute la problématique de ma vie change. C’est pas pour autant que la question du chômage ne paraîtra plus jamais ici, au contraire, même. J’avais écrit une série d’articles sur le sujet pour un autre blog, ils paraîtront ici dans une série, je reviendrai plus tard sur cette histoire de série.

 

Ensuite, parlons de Nina, mon avatar bloguesque. Y a des jours où Nina me saoule franchement ou les rapports qu’ont les gens rapport à Nina. J’ai parfois l’impression que certains veulent juste me rencontrer pour savoir la gueule que j’ai mais c’est le seul intérêt, peu importe qui je suis en réalité. Parce que Nina, c’est qu’un bout de moi, je l’ai déjà dit, je suis plus riche et plus complexe que ce qui paraît ici. J’ai des avis sur pas mal de sujets que je n’aborde pas ici parce que c’est pas le lieu. Par exemple, j’ai lu récemment un livre sur le Québec qui m’a inspirée des tas de réflexion mais c’était tout simplement impossible de faire des articles sur le sujet ici, ce serait trop hors contexte. Un blog n’est pas un journal, on ne fait pas d’actu ici. Ca intéresse pas mal de vingtenaires, bien sûr mais si vous voulez de l’actu, allez sur le site du Monde ou de ce que vous voulez, pas sur des blogs. Surtout celui-ci. Ici, c’est un peu sociologie de comptoir. Par ailleurs, mon anonymat n’est plus qu’une utopie, aujourd’hui, pas mal connaissent mon vrai nom, ma vraie trombine. Des gens qui ne m’aiment pas me lisent aussi, je sais que mes loses les réjouissent, d’où mon sentiment que je ne peux plus dire ce que je veux aujourd’hui. De toute façon, dès que je le fais, on m’accuse de régler mes comptes. Mais bon, vu que certains me lisent pour trouver une demi phrase qui pourrait les incriminer, forcément, ils la trouveront même si ce n’est pas du tout ce que j’ai voulu dire. Enfin, y a les trolls mais ça, c’est un peu inévitable donc je vais pas chouiner sur le sujet surtout que bon, des inconnus qui m’insultent, je peux pas dire que ça me touche vraiment.

 

Mais c’est vrai qu’il y a des jours où j’ai envie de faire disparaître Nina, tout plaquer ici et recommencer ailleurs. Autre pseudo, autre lectorat, nouvelle liberté d’expression.
Pourquoi je le fais pas ? Parce que les vingtenaires, c’est mon bébé. Ca peut paraître bizarre de dire ça mais ce blog est ma réussite, quelque part. Combien de blogs apparaissent et
disparaissent sans même avoir atteint la centaine de lecteurs ? Moi, j’en ai 20 fois plus, des gens qui viennent tous les jours, des anonymes pour la plupart qui lisent nos petites histoires avec leur café du matin. Jamais je ne fermerai mon blog à cause de quelques indésirables, ça devra venir d’une vraie lassitude. Là, j’ai juste envie de faire évoluer le blog, en faire quelque 
chose d’un peu plus sociétal et un peu moins perso, ce qui est le cas depuis quelques temps. Je ne vous parle plus des hommes que je croise, juste quelques noms qui apparaissent de ci de là dans mes listes mais rien de précis. Et ça suffit. Pour vivre heureux, vivons cachés, comme on dit.

 

Bref, ce blog va devenir grand, plus adulte. Je parlerai moins de moi, plus de « nous », les vingtenaires. De ce qui fait qu’on est une génération qui vaut aussi le détour, tout comme les trentenaires, qu’on a notre propre vécu, nos propres expériences et que, non, on est définitivement pas la génération lose. Je vais lancer des « séries », plusieurs articles sur un même sujet, une sur le chômage et une sur le blogging. Le tout avec une certaine bonne humeur, histoire de rendre le café plus joyeux. Allez, c’est parti, nouvelle saison.

La théorie du tronc d’arbre

Comme tu le sais, lecteur, j’ai une passion dans la vie : les théories. Faut dire que j’ai le temps de cogiter, avec les 40 mn de transport que j’ai pour aller bosser et des
fois, au lieu de lire sérieusement, je rêvasse. Récemment, je réfléchissais à mon moi et à tous les changements que j’ai connus dans ma vie ces derniers temps. Parfois, j’ai l’impression que certains moments n’ont pas existé tant ils me semblent loin, loin.
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 Durant ces deux ans quasi et demi (la vache) de blogging, j’ai été tour à tour étudiante-stagiaire, chômeuse, salariée, stagiaire, chômeuse, chômeuse tristoune, chômeuse salement déprimée et enfin, tadam, salariée en CDI. Mes amis qui me lisent me disent qu’on a clairement vu un changement selon les périodes. A la fin de mon chômage, ça se voyait que ça n’allait plus du tout et que tout à coup, j’ai remonté la pente vitesse grand V. Des fois, j’avoue que cette sombre période me semble limite irréelle. Pourtant, elle a existé et je ne pourrai jamais l’oublier. Parce que j’ai sincèrement été malheureuse pendant cette période de ma vie. Faut savoir que jusqu’à la fin de mes études, tout m’a toujours souri sur le plan « professionnel » : tu veux un stage ? Trois lettres plus tard, j’en avais un. Un job d’été ? Tiens, machin ou machin te pistonnent. Les partiels ? Ciel, ça tombe pile sur ce que je voulais ! Enfin, je dis ça parce que j’idéalise. Si je refais l’histoire de la maîtrise d’histoire, j’en ai chié et pas qu’un peu, j’ai eu un nombre de merdes assez hallucinant. Je pense que je raconterai cette histoire un jour en détail. D’ailleurs, le jour de la soutenance, mon directeur de recherche m’a avoué qu’il était persuadé que jamais je n’arriverais jusque là et qu’il admirait mon opiniâtreté. Ben ouais, j’ai un côté Pitbull, je lâche jamais.
 

Ma vie est faite de différents moments et tout ça constitue mon moi actuel qui sera une couche de mon moi futur. Parce que je trouve que la vie nous renforce comme un tronc
d’arbre, avec un nouveau cercle à chaque période. On naît bouleau, on meurt platane ou cèdre. Je crois que je tiens là la phrase la plus surréaliste de mon blog mais c’est l’idée. Tout nous enrichit. Mon expérience du chômage est une très bonne leçon de vie pour moi que je ne dois jamais oublier. En gros, la vie n’est pas toujours de la tarte mais on est ce que l’on cherche à être. J’ai décidé que j’aurais du taf, j’ai tout fait pour et j’ai fini par y arriver. Bien sûr, j’ai aussi eu de la chance : si E. ne m’avait pas envoyé l’annonce, je n’y aurais jamais répondu mais ça fait partie de la vie, la chance. De la même façon, l’an dernier, j’ai vécu une rupture difficile dont j’ai cru ne jamais me relever mais finalement si. Tout ça sert mon moi actuel : souviens toi comme ça a été dur mais il peut toujours y avoir une issue favorable, il suffit de le vouloir et se battre pour que ça arrive. Pour la rupture, j’ai bien géré la convalescence, je pense, je me suis pas précipité. Je savais que j’avais besoin de temps, je l’ai pris. Ca m’a évité de faire souffrir quelqu’un au passage. J’en ai chié, ça oui, mais aujourd’hui, je sais que je peux me relever de ça. Idem pour le chômage : j’en ai chié, j’en ai même pleuré, j’ai failli laisser tomber mais les coups de pieds bien placés de ma sœur ne m’ont laissé aucun répit. Ce n’est pas en baissant les bras qu’on y arrive. Je ne dois pas douter de moi, de mes capacités. Je sais ce que je vaux, ça fait 27 ans que je me construis et mon tronc est solide.

Bien sûr, aujourd’hui, je dis ça sereinement, c’est un peu facile quand tout va bien. Mon nouveau cercle est beau et régulier et il a l’air d’aller toujours en s’améliorant. Disons
que si les portes qui s’ouvrent à moi actuellement restent ouvertes, ça va être un très très bel anneau. Mais les belles périodes sont aussi là pour nous servir de leçon, faut pas juste tirer enseignement des anneaux pourris. Par exemple, quand tout nous réussit, c’est un peu (beaucoup) grâce à nous, il faut s’en souvenir en période de doutes. Le bonheur, je l’ai déjà goûté, il n’y a aucune raison que ça ne se reproduise pas. La recette est, au fond, toujours la même, je la connais, autant m’en servir.

Bref, tout ça pour dire que la Nina d’aujourd’hui est le produit de mon vécu, de mes réussites et échec. Tout sert, il ne faut rien oublier. Avoir été presque au plus bas aide à
savourer le plus haut mais surtout, nous sert de mise en garde : mon boulot, je l’ai, je le garde, je ne veux plus jamais vivre le chômage. Mais si, par malheur, ça revenait, je sais qu’à force de volonté et d’opiniâtreté, je m’en sortirai. C’est pas comme si j’avais jamais vécu ça.

Louis

Sur Meetic, les photos tardent à être publié, il faut compter environ deux jours pour trouver sa photo sur son profil, à moins de payer. Etant étudiante, je n’avais aucune envie de donner des sous pour que mes photos soient en ligne plus rapidement d’autant que, au départ, je pensais sincèrement que l’aventure tournerait court. Les premiers jours, je m’amusais donc à visiter pleins de profils et à sélectionner des tas de gars, cachée derrière l’icône type que nous attribue meetic quand nous n’avons pas de photos (un œil, en fait, comme c’est sensuel).
 
Une fois ma photo validée, comme je n’avais pas choisi la plus moche, les visites et les flashs se sont multipliés.
Pour mes « recherches », je me suis d’abord limitée à ma ville, la région attendra. Je fais un peu ma sélection, je visite notamment la page d’un jeune homme que je ne sélectionne pas et flashe encore moins (ça, je ne le fais en général qu’après la rencontre, j’avance à couvert…). Le soir où mes photos sont publiées, je reçois un chat de sa part, j’essaie de répondre mais, comme d’habitude, ça ne fonctionne pas donc je lui envoie mon identifiant MSN et nous partons à chatter là-dessus. Il se prénomme Louis, il me bombarde de photos de lui, de sa moto, de sa future nièce, de son futur chat… En fait, je l’ai trouvé très touchant car, lors de notre second chat, il m’envoyait des photos de chats en train de venir au monde tout en se réjouissant du fait qu’il pourrait en récupérer un.
 
On chatte une semaine avant de se rencontrer, notre sujet de prédilection fut de commenter ce qui passait à la télé puisque nous regardions souvent le même programme. A partir du moment où nous avons fixé notre premier rendez-vous (la veille de l’ascension, pour ne pas avoir à se lever le lendemain), la conversation a pris un tour plus coquin tout en restant relativement soft. La veille de notre rencontre, puisqu’il était convenu que Louis viendrait dormir chez moi, nous avons eu une conversation assez hallucinante sur ce qu’il devait amener à la maison ou pas (« des serviettes de toilette, j’en ai de trop mais je n’ai pas de produit pour tes lentilles, vu que je n’en ai pas ! »)… Ca m’a rappelé ma tendre enfance, quand j’invitais des copines à dormir à la maison. Mais quelque part, ce fut troublant : c’était la première fois que je planifiais ce genre de nuit coquine ! Mais, en même temps, c’était excitant.
 
Le lendemain, le jour X, il passe me prendre directement chez moi pour qu’on aille au restaurant et il arrive dix minutes en avance. J’avoue que je ne suis pas habituée du tout aux hommes ponctuels, je suis toujours tombée sur des retardataires, jusque là, donc je n’étais pas tout à fait prête.
 
Il y a toujours un moment angoissant dans ce genre d’aventure : le moment où l’on se découvre physiquement. Est-il aussi bien que sur sa photo ? Ne va-t-il pas être déçu par la version réelle de ma personne ? Eternelles questions qui reviennent à chaque rencontre. Donc, le voilà derrière ma porte, il est temps d’ouvrir… Fin du suspense, nous nous retrouvons enfin face à face. Bon, il ne ressemble finalement à aucun de ses photos mais il est quand même assez charmant, il a d’immenses yeux bleus qui me scrutent de la tête aux pieds. C’est le jeu, après tout.
 
J’enfile ma ceinture toujours sur le regard appuyé du jeune homme et nous voilà partis pour le restaurant, un moment assez pénible, en fin de compte. La cuisine n’est absolument pas en cause mais mon prétendant n’a pas vraiment de conversation donc les blancs s’enchaînent et, à la fin, je ne fais plus l’effort d’entretenir un semblant de discussion. A 21 heures, nous voilà hors du restaurant et nous retournons tranquillement chez moi pour regarder une vidéo, à savoir « les indestructibles » de Disney, une séance hautement érotique, donc. Au moins, devant le film, on n’a pas besoin de faire semblant d’avoir des choses à se dire. Au fur et à mesure, on se rapproche un petit peu, bras contre bras, jambes contre jambes. Mon sens de l’autodérision me pousse à sourire de la situation, j’ai l’impression que nous sommes deux adolescents au cinéma, attendant impatiemment que l’autre fasse le premier pas. Finalement, c’est lui qui agit, sans doute car il connaissait déjà le film. Je commence à sentir ses doigts gratouiller gentiment mon bras, je prends son geste comme une invitation, à raison d’ailleurs. Nos lèvres s’effleurent et c’est parti pour une étrange séance d’embrassades que j’ai un peu de mal à maîtriser. En fait, Louis a une façon assez bizarre d’embrasser, sa langue fait de minuscules incursions dans ma bouche avant de se retirer, j’ai quelques difficultés à attraper le rythme. Le film continue à passer mais on n’y fait plus attention.
 
La nuit fut douce et câline, il est très demandeur de câlins, on s’endort dans les bras l’un de l’autre, c’est agréable et ça me fait oublier le calamiteux début de soirée. Le lendemain, il reste chez moi jusqu’à 16 heures, il pioche dans ma collection de mangas tandis que j’avance dans la lecture de mon roman, toujours aucune communication mais, étrangement, ça me dérange moins. Après le déjeuner, je me blottis contre lui pour regarder la télé…et je m’endors. Je suis assez coutumière du fait. Avec mon ancien petit ami, j’avais cette mauvaise habitude de m’endormir alors qu’on regardait un film et je ratais pas mal de scènes importantes, je ne comprenais plus rien. En même temps, si je m’endormais, c’est que le film n’en valait pas la peine.
 
Il finit donc par quitter mon appartement vers 16 heures en me donnant rendez-vous sur le chat le soir même mais, même sur Internet, la conversation est toujours aussi laborieuse mais je me suis faite une raison : il n’est pas bavard, je ne vais pas le forcer à me sortir de longues tirades.
 
Suite à ça, j’essaie de le recontacter pour qu’on se voit mais il a toujours mieux à faire. Légèrement agacée, je lui demande si il pense qu’on se reverra et, ô surprise, il me répond : « oui, sans doute. ». Bien ! Apparemment, il a été très satisfait de notre folle nuit, j’avoue que j’en suis un peu flattée, même s’il m’a avoué que je n’étais pas précisément son style de fille.
 
A partir de là, je ne le relance plus, occupée ailleurs. Ceci étant, on se parle toujours, il me demande de mes nouvelles, on se tient vaguement au courant de nos vies. C’est amusant de voir à quel point le dicton se vérifie : « je te suis, tu me fuis, je te fuis, tu me suis ». A partir du moment où je ne l’ai plus sollicité, c’est lui qui est revenu à moi jusqu’au jour où il me propose d’aller au cinéma, ce que je m’empresse d’accepter. Ce n’est pas tant que j’avais une folle envie de remettre le couvert avec lui (bien que je garde un très bon souvenir de nos ébats), mais je mourrais d’envie d’aller voir ce film, en l’occurrence Star Wars III, et je n’aime pas aller au cinéma toute seule.
 
Je lui file donc rencard le mercredi, vu que j’avais deux rendez-vous meetic le lundi et le mardi, dont celui avec Julien. Le jour J, le voici donc qui arrive chez moi, toujours en avance. C’est fou, ce doit être le seul individu à pénis qui est équipé d’une montre… Non parce que si on considère mon individu à pénis de référence, Gauthier, on comprend que je sois étonnée par un mec ponctuel. Au moment où il arrive, j’étais en train de rattraper mon chat dans le couloir donc je lui ouvre et ne lui fais ni la bise, ni ne l’embrasse… En fait, je ne savais pas trop ce que j’étais censée faire : nous ne sortons pas ensemble mais dans la mesure où il a exploré mon intimité, dois-je me contacter de lui faire la bise ou un contact linguistique serait plus approprié ? Avec Benoît, on s’embrasse à chaque fois mais, lui, c’est différent, il ne vient me voir que pour me sauter, pas pour aller au cinéma…
 
Il rentre donc chez moi et il s’installe sur mon canapé, tranquille, et reprend sa lecture de mangas tandis que je fais la cuisine, la conversation se limite à des banalités genre « ça va ? Oui, et toi ? ». En même temps, c’était le lendemain de ma rencontre avec Julien et j’étais en pleine réflexion, je n’avais pas envie de parler. Une fois le repas prêt, on mange en silence devant les infos puis on commence à regarder Clara Sheller, je lui explique rapidement l’histoire, mais nous n’avons pas le temps d’admirer cette œuvre française, nous repartons chez lui pour récupérer sa moto et foncer au cinéma.
 
Ici est le départ d’une grande aventure. En effet, j’ai passé 25 ans de ma vie sans poser mes royales fesses sur une moto donc je pressentais le pire… Pourtant, j’étais sortie avec un motard, dans le temps, mais il avait crashé sa moto et n’avait pas d’argent pour la réparer, donc… Bref, je découvre au passage son appartement et je comprends pourquoi il était plus simple de faire des folies de nos corps chez moi : outre la taille de l’appartement, 20 mètres carrés et un bordel indescriptible, son lit est situé en mezzanine. Donc pour s’envoyer en l’air, vous êtes priés de pratiquer le missionnaire, tout autre position étant soit impossible, soit fortement déconseillée (franchement, se fracasser le crâne pendant un coït endiablé, ça vous casse une ambiance…).
 
On récupère casques et gants, l’engin sur lequel je me hisse avec peine (ma souplesse n’est pas en cause : comment voulez vous que j’arrive à faire quoi que ce soit avec un casque intégral ? Je n’y voyais rien !) et c’est parti ! Comme je lui avais avoué ma virginité en moto, il m’avait expliqué comment se comporter, j’ai été très appliquée. J’avoue que cette expérience m’a beaucoup plu et je suis ravie de savoir que mon futur plan brouette (Cédric, j’en parlerai quand ce sera fait) est un motard et qu’il doit me promener sur cet engin-là. En fait, j’ai toujours aimé la vitesse même si, sur la route, je ne me suis jamais prise pour Fangio… Oui, évidemment, ma voiture était une Clio premier modèle mais tout de même…Sur la moto, on ressent très bien la vitesse, c’est vraiment grisant… Cuisses contre cuisses, mes bras autour de sa taille, le vent qui caresse mon casque… C’est hautement érotique, tout ça !
 
Nous arrivons sans encombre au cinéma mais la séance précédente n’est pas terminée donc il me questionne un peu sur mes aventures meetic, ce qui me dérange un peu. Bien que nous ayons partagé une folle nuit ensemble, j’ai du mal à le considérer comme un confident et je lui réponds très évasivement, il en fait autant. Heureusement, il est temps d’entrer dans la salle et la conversation s’arrête là.
 
Une fois le film terminé, on repart en moto, ce qui nous empêche de commenter quoi que ce soit. Devant chez moi, on s’embrasse de façon assez torride pour se dire au revoir (j’avais oublié qu’il embrassait bizarrement), chacun dormira dans son lit, cette nuit. Depuis, il continue à venir me parler. Un soir, alors que je ruminais des idées noires, il vient discuter, m’expliquant qu’il était avec deux amis. Déchaînée, je m’amuse à lui proposer que tout ce petit monde vienne chez moi pour une folle partie à 4, il entre dans mon jeu… Le plan à 4 est compromis car l’un des participants ne veut pas faire de cochonneries en groupe, l’autre est allergique au chat… Nous rigolons puis la conversation s’arrête. Quelques temps plus tard, je vois qu’un nouveau contact m’a ajouté dans sa liste MSN. Louis m’ayant dit qu’un de ses amis avait attrapé mon pseudo, je lui demande si la personne qui m’a rajouté est bien son ami. En effet, étant blonde naturellement, j’avais eu la grande idée d’utiliser mon pseudo MSN pour meetic donc je recevais de nombreuses invitations que je refusais toujours… En fait, la première fois que ça m’est arrivé, je pensais qu’il s’agissait de quelqu’un à qui j’avais effectivement donné mon adresse et je suis tombé sur un lourd… Je lui demande et là, réponse : « oui, en fait, je suis l’ami de Louis, il est parti aux toilettes »(merci de préciser…). Et voici le jeune homme qui commence à me parler. Je découvre qu’il ne sait absolument rien sur moi, si ce n’est : « tu es mignonne et tu n’habites pas loin »… Je me demande ce que Louis a dû dire sur moi pour que ce jeune homme se jette virtuellement sur moi… Je sais qu’il leur a montré des photos de ma personne mais a-t-il raconté nos brouettes ? En attendant, je sympathise avec Aurélien et, maintenant, je suis dans une situation bizarre : Louis me casse souvent Aurélien sans pour autant me déconseiller franchement de coucher avec lui (de toute façon, je fais ce que je veux et je ne suis pas sûre qu’il se passera quelque chose avec lui). Je ne sais pas si j’ai très envie d’être la fille que l’on se passe de pote en pote…
 
Cette semaine, Louis est un peu revenu dans mon paysage, j’avais besoin de ses services, en fait. En effet, je me suis pris un vent magistral avec Julien, le week-end dernier, mon catsitter attitré. Déjà, je narre mes malheurs à Louis sur MSN et ce charmant garçon décide de me remonter le moral en m’assénant une phrase pleine de poésie et d’amour : « Pourtant, tu es un bon coup ! ». Bon, mon ego devrait s’extasier de cette déclaration (bien que je n’ai jamais eu de doutes sur ce point…) mais il faudrait que les hommes comprennent que sous mon opulente et appétissante poitrine, un petit cœur bat. Ayant perdu mon catsitter officiel, je demande à Louis s’il peut le remplacer et il accepte. Voilà une bonne épine enlevée de mon pied, ô joie !
 
Avant de repartir dans ma province, je passe donc chez lui pour lui amener un double de mes clés. Il s’est laissé pousser la barbe et ça lui va bien, ça le vieillit un peu, je trouve. On se fait la bise, cette fois-ci, on discute quelques minutes, il a parfois tendance à me regarder droit dans les fesses (quelle idée !), ce qui me trouble un peu mais je n’ai pas le temps de m’attarder, j’ai un rendez-vous avec une collègue de mon ancien stage. En tout cas, une chose est sûre : je trouve ce garçon sympathique, il est gentil malgré sa maladresse et s’il est tenté pour une nouvelle nuit blanche en ma compagnie, j’accepterai avec grand plaisir…