Je ne sais pas

Je me demande souvent ce qu’est la maturité. Je pense qu’il n’y a pas de réponse type, je l’imagine plus comme une sorte de puzzle, de mosaïque constituée de petites choses, de petits pas en avant. Mais la définition même des pièces du puzzle, leur forme et leur couleur évolue selon l’âge. Je crois que la maturité s’éloigne ou plutôt reste distante de nous car à chaque pas en avant, un autre pas nous attend. Un peu comme un escalier dont on découvrirait à chaque marche qu’il y en a encore une autre.

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Quand j’étais ado, la maturité, c’était payer ses impôts. Aujourd’hui que je les paie, ça ne compte plus et quand je les paie, je me dis que ça me console pas de me dire que ça veut dire que je suis indépendante. Mais depuis un an, à peu près, j’ai trouvé une nouvelle pièce, une nouvelle touche dans ma mosaïque de maturité : savoir dire qu’on ne sait pas. Ca peut paraître anodin mais pendant des années, j’ai eu du mal, affirmant que oui, je savais dès qu’on me posait la question, y compris quand je ne savais rien. Ce qui provoquait quelques situations inconfortables où l’on vous pose une question sur ce que vous êtes censée savoir puisque vous avez dit que “si, si, je sais”. Là, on bégaie un “heu…j’ai un trou, merde…”. Bon, hélas, ma maturité étant arrivée un peu avant mon smartphone, j’ai jamais pu répondre : “heu…j’ai un trou… attends, on va regarder sur wikipedia”. 


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Non, je ne sais pas tout. DIEU MERCI. N’ayant que 31 ans, je me ferais chier durant le reste de ma vie. J’aime apprendre, j’aime qu’on m’initie à de nouvelles choses, qu’on me fasse découvrir de nouvelles données, que ce soit une “révélation” ou juste un détail, une anecdote, un petit quelque chose. Quand j’étais avec l’Amoureux (qui devient désormais l’Ex, il est temps d’écrire officiellement cet état de fait et puis si je continue à l’appeler l’Amoureux, on va plus comprendre si je suis avec quelqu’un ou non), nous avions des univers assez différents. Vous savez, le couple le scientifique et la littéraire. On avait des points communs mais des passions aussi différentes, ce qui nous permettait de partager et j’aimais bien. Je me
souviens d’un épisode précis où il m’expliquait la réaction de Maillard et ça m’a mise en joie parce que j’apprenais un truc. Il y a quelques temps (temps que je ne mesure pas), j’aurais dit que, oui, je savais ce qu’était la réaction de Maillard, “bien sûr!”. Parce que ne pas savoir fut pour moi une honte pendant longtemps, une faille dans le système, un accroc dans mon image de fille intelligente et cultivée. Ce qui créait le sentiment paradoxal d’une imposture. J’ai toujours eu un certain complexe par rapport à ma culture, j’ai toujours eu l’impression de ne rien savoir mais de donner l’illusion de.


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Aujourd’hui, je suis bien plus mesurée. J’ai une culture. Je vais me passionner sur un sujet et me renseigner le plus possible dessus. Je vais avoir mes marottes, des Chevaliers de la table ronde à l’univers AB en passant par Moravia et Barjavel, les histoires de terrorisme et d’indépendantisme, une fascination pour les passionarias et les romans d’anticipation… A côté de ça, je n’y connais strictement rien à la culture et à l’histoire espagnole, je n’ai découvert que récemment la loi de Boyle-Mariotte alors qu’elle est essentielle en plongée (j’en connaissais cependant le mécanisme), je suis une merde totale en peinture contemporaine, je ne suis pas sûre de comprendre les règles du golf (mais ça, j’avoue que ça m’intéresse pas trop), je suis une bille totale en botanique et je ne connais que quelques races de chien. Et je ne sais pas reconnaître la plupart des marques de voiture. Et encore, je ne parle que ce qui me vient à l’esprit, imaginez tout ce que je ne sais pas, tout ce dont je ne soupçonne même pas l’existence. 

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Alors quand on me parle de quelque chose que je ne connais pas, je ne prends plus mon air entendu de “celle qui sait”, j’exprime clairement ma méconnaissance, je pose des questions et, stade ultime de l’achèvement de la pièce du “je ne sais pas”, je suis désormais capable de dire que je ne comprends pas. 

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Tiens, faudrait d’ailleurs que je me trouve une nouvelle lubie.

Oh mais bosser jusqu’à 65 ans, c’est rien !

Deux ans plus tard, je réagis un peu à la question des retraites, j’aurai un jour la prime de la réactivité, je vous promets. Evidemment, on peut se demander si la question des retraites a une réelle légitimité sur un blog s’appelant les vingtenaires mais je pense que oui car le problème nous touche au premier plan. 


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Principe de base : va falloir travailler plus longtemps pour payer les retraites de tout le monde, solidarité, tout ça. Moi, je dis pourquoi pas. Après tout, les 30 glorieuses, c’est fini et la solidarité, ça me plaît, tous la main à la pâte (et au porte-monnaie). Ouais, je suis le genre de meuf à payer les impôts sans trop s’indigner, essentiellement parce qu’on me prélève un peu tous les mois et que ça me fait pas trop mal au cul. Sauf la redevance télé, ça me saoule de payer pour une télé regardée par les + 70 ans… Mais j’écoute la radio publique alors je dis trop rien (et y a des trucs bien sur France 4 et 5 aussi). Alors ok, cotisons ce qu’il faut. 42,5 ans pour partir avec la retraite à taux plein. Oui alors si on considère que j’ai eu mon premier CDI à 27 ans et que j’ai pas mal bossé à droite à gauche avant, on va dire 26 ans, 26+42,5 ans = 68, 5 ans. Youpi les amis, pas de panique, il me reste quasi 15 ans de retraite si je suis conforme à l’espérance de vie moyenne, youhou !

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Sauf que. Mon calcul (simpliste) est bien joli mais je vois un souci en amont et en aval qu’on appelle communément le chômage. Prenons le problème sous un autre angle : les gens vivent plus vieux donc faut cotiser plus longtemps pour permettre aux vieux de ne pas crouler sous la misère. Ce qui reste assez relatif, ma grand-mère avait environ 300 € de
retraite… Léger mais bon, soit. Moi, je veux bien cotiser longtemps mais d’abord, mon métier, faut des bac++ pour l’exercer donc par souci de calcul, on se retrouve diplômés à 25 ans. Mais là, drame, même pas on a du boulot à la sortie et notre diplôme marron douteux sert juste à orner les toilettes (c’est marrant comme la couleur du diplôme va parfaitement dans ce lieu magique, c’est pour en illustrer la couleur). Selon les statistiques, un jeune diplômé met un an et demi à trouver son premier emploi donc 26,5 ans + 42,5 = 69. Certains verront dans ce chiffre hautement érotique une allégorie de la baise monumentale que nous inflige le système mais je ne suis pas là pour dénoncer, moi, je calcule. Ok donc on va bosser jusqu’à 69 ans. Question : quelle entreprise voudra de nous à 69 ans ?

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Je vois la vie professionnelle ainsi, vision toute personnelle certes mais je pense que la plupart sera d’accord : début de carrière, on se défonce puis plus on avance, plus nos priorités changent. Surtout que l’ingratitude de certains patrons n’aide pas à se défoncer soirs et week-ends en sus.   Au début, on avance, on apprend, on progresse. Puis un jour, on trouve que notre vie privée en a pâti et on rééquilibre. On laisse tomber les dossiers à ramener à la maison. De toute façon, je trouve ça assez stupide avec le recul, arrive un moment où 12h de boulot dans la journée ne peut pas être synonyme d’efficacité, le cerveau fait pshhhttt ! Peu importe, la vie et l’âge font qu’on baisse en performance et en ambition. Or imaginons que par un drame épouvantable, on se retrouve au chômage à 55 ans. Selon mon calcul, il nous reste 14 ans à cotiser, le tiers ! On fait quoi ? On postule bien sûr mais qui voudra de quelqu’un plus proche de la retraite que du début de son activité et qui n’a plus grand-chose à apprendre de la vie professionnelle. Car là est tout le drame de ma démonstration. Travailler plus longtemps, ok, mais au vu de la précarité de nos emplois, qui pourra vraiment cotiser à taux plein ? Plus j’avance dans ma vie professionnelle et plus je vois des employés jetés à la poubelle à la première crise. La rupture conventionnelle, c’est sympa mais pas que pour les employés, en fait… Si je prends mon cas, il y a 6 mois, je bossais dans une boîte ayant 11 employés à temps plein sur Paris. Aujourd’hui, ils sont 3 et nous n’avons été que 3 à partir volontairement… Oui, si tu comptes, 5 ont sauté du jour au lendemain à cause de la crise… Bon, par la magie de
l’interchangeabilité des employés, 2 d’entre eux sont à nouveau en poste, 1 en pleine création d’entreprise et les 2 autres, je sais pas. Dans ma nouvelle boîte, ça rentre et ça sort dans tous les sens, je ne comprends pas bien. Mais en somme, si t’es pas content, tu pars, on ne te retient pas. Nul n’est irremplaçable. Alors quand on arrivera à l’âge de la baisse de régime, qui va nous garder, franchement ? 

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Mais ça, personne n’en parle, on préfère se dire que les gens sont juste paresseux et ne rêvent que d’une vie oisive. Mais bien sûr…

Ode à la naïveté

Récemment, j’ai eu une révélation : être réaliste, mature, adulte, c’est chiant. Je ne sais plus bien pourquoi j’ai pensé ça tout à coup mais ça m’a paru évident. Du coup, je me demande s’il est possible de revenir à l’état de naïveté ou s’il est déjà trop tard.

Force est de constater qu’en ce moment, ça ne tourne pas très rond le monde. On peut parler de politique mais pas que, c’est général : entre la pollution, la misère d’un côté et les richesses extrêmes de l’autre, l’impression qu’on ne pourra jamais s’en sortir… Bref, tout ça, c’est moche, bouh. Si on se recentre sur nos cas personnels, on a tous des sujets d’inquiétude : trouver du boulot, trouver une moitié pour construire une vie matrimoniale, améliorer ses conditions de vie… Ou prendre soin de sa santé aussi. Bref, on a de quoi se
ronger les sangs. Y a des jours, je soupire : « c’était mieux quand j’étais petite ». C’est vrai, mes problèmes d’enfant, même s’ils me paraissaient dramatique sur le coup (mon voisin de classe m’avait piqué mon crayon rose et je savais pas comment le lui reprendre), on se dit que l’insouciance, c’est beau.

Evidemment, une fois adulte, on ne peut pas trop perdre le sens des réalités. Faut bien payer les factures. J’avoue que cette année, ça m’a déprimé de payer les impôts. Pas tellement pour la somme, c’est light cette année, mais parce que je me rappelle quand j’étais en terminale et que tout ce côté administratif me faisait flipper. Y a 10 ans, j’en avais peur, aujourd’hui, c’est ma réalité. Je suis une adulte à part entière, je ne suis plus la petite fille qui grandit dans le jupon de papa maman. Je dois être responsable, gérer mon budget. Et
dans quelques années, ce sera à mon tour de gérer un petit être qui sera la chair de ma chair, le sang de mon sang. Faudra être responsable pour deux. Déprimant, dit comme ça, même si je suis persuadée que la maternité est source de joies que je ne peux pas imaginer à l’heure actuelle.

Mais je crois que ce qui me déprime le plus, c’est qu’on n’a plus le droit d’être optimiste de nos jours. De façon générale, je suis du genre à voir la vie en rose, le verre plus plein que vide même si des fois, j’ai des coups de blues. Mais une fois passé, je relativise. J’ai perdu ma carte bleue ? Ben, du coup, je fais des économies, je ne vais pas dépenser mon argent n’importe comment. J’ai fait un scandale à free pour qu’ils m’envoient un technicien qui n’a fait que changer ma prise électrique (la 4e en 2 ans et demi). Bon, au moins, j’aurai pas à attendre 3 semaines qu’ils se décident de me l’envoyer. Mes amies vont mal ? J’essaie de les rassurer, de leur expliquer que, peut-être, dans trois mois, elles se rendront compte que leur malheur du moment était finalement un mal pour un bien. Prenons un exemple personnel : il y a deux ans, j’avais passé un entretien pour un poste qui me plaisait vraiment et qui m’avait échappé d’un rien. Sur le coup, je l’ai super mal vécu, j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. C’est bien de pleurer, des fois, ça soulage. Un an et demi plus tard, je me rends compte que j’aurais eu ce poste là, je ne serais pas où j’en suis aujourd’hui, j’aurais un salaire inférieur à celui que j’ai actuellement et en plus, je pense que les perspectives d’évolution seraient moins intéressantes. Là, je suis dans un groupe de presse tentaculaire et les possibilités de promotions internes sont nombreuses. Dans ce job là, je n’aurais pas pu avoir mieux, une fois embauchée.

Pourtant, dès que vous faites preuve d’optimisme, on vous tape sur les doigts, on vous traite de naïve, comme si c’était une insulte. Oui, il faut toujours envisager le pire pour ne pas être déçu, ne jamais trop se réjouir, toujours trouver le gris dans le rose. Et ça me saoule, à force. La vie est une chienne, ok, il n’y a aucune règle ni justice mais après tout, si j’ai envie de croire aux lendemains qui chantent, si j’ai envie de croire que le mec que je viens de rencontrer est fait pour moi ? Si j’ai envie de croire qu’en me bougeant comme il faut, je vais avoir une promotion ? Franchement qui ça dérange ? Je ne dis pas qu’il faut vivre en dehors des réalité, dépenser le double de son salaire parce que la vie est belle, ce n’est PAS une bonne idée. Je dis juste qu’il faut arrêter de bouder son plaisir. J’ai rencontré un mec qui me donne des papillons au ventre ? Je savoure au lieu de me dire que je ne dois pas m’emballer, que ça peut foirer, blablabla. Si ça ne dure pas, je vais regretter de ne pas avoir profité à fond, en plus. J’ai envie de voir les choses en grand, d’être optimiste, limite naïve, et alors ? Si je tombe et que je me fais mal, c’est la vie. Je peux me faire mal aussi sans rien faire et me trouver nulle de végéter. Puis toujours envisager le pire, ça aigrit. Je préfère croire qu’il y a une espèce de justice en ce bas monde et que si je fais les choses biens, ça se paiera forcément un jour ou l’autre. Et si ce n’est pas le cas ? Peu importe, ce qui compte, c’est l’enthousiasme qui est le mien quand je fais la chose. Arrêtons de bouder notre plaisir. Sinon, à ce tarif là, on ne fera plus rien au prétexte que la vie est une chienne.

Faut-il partir en vacances avec ses parents?

Par Jane
 
Après le groupe d’amis, voyons aujourd’hui d’autres énergumènes avec qui nous pouvons partir en vacances: la famille, et plus précisement les parents.
 
Les parents, ce sont ces gens qui nous ont conçu il y a une bonne vingtaine d’années, et plus ou moins élevé depuis. Les miens ont baissé les bras depuis longtemps, mais c’est une autre histoire.
 
Quand t’es djeunz, partir avec tes parents, whahaha c’te lose! Un vrai djeunz part en vacances avec ses potes, son boyfriend ou sa girlfriend, squatte chez les uns ou les autres, sur un coin de canapé ou sous une tente dans le jardin, bref, a une vie trépidante et passionnante. Je le sais, j’ai eu un djeunz à la maison. Parce que j’ai parfois l’impression de ne jamais avoir été djeunz (ce qui est totalement faux en fait, je me rappelle d’un été où j’ai tout bonnement retourné la maison de mes parents qui était officiellement devenue un salon de massage, un hôtel (avec possibilité de prendre une chambre à l’heure) un fumoir, un frigo géant et un chenil)
 
Quand tu vieillis, que tu as perdu de D et le Z de djeunz (oui, tu as aussi rajouté un E, mais là ça devient limite lourd comme explication de texte, et j’aime à croire lecteur que tu as l’esprit vif et l’oeil taquin), ce qui fait de toi un début d’adulte (cet âge maudit des dieux où tu commences à te lever tôt le matin pour gagner ta vie et à payer des impôts) tu reconsidères un peu le tout.
 
Les parents, ce sont ces gens que tu vois 2 fois par an, pour Noël et ton anniversaire, parce qu’ils ont accompli leur destin et sont maintenant les heureux propriétaires d’une grande maison/petit pavillon/camping car en province/banlieue/du côté du périph’. Toi t’es dans une plus grande ville parce que voilà, t’es jeune (sans D sans Z) et donc tu penses carrière. Ca fait un peu enfant indigne de te déplacer uniquement quand il y a du câdo en jeu et un festin au menu. D’un autre côté, t’es jeune et fauché, et les pâtes tu satures, et d’abord z’avaient qu’à pas faire des gosses si c’était pour ne pas les soutenir jusqu’à… on va dire la retraite hein mon papounet?
 
Alors parfois, sur un coup de tête, alors que t’es un peu bourrée et que ta mère te tiens la jambe depuis 20 minutes au téléphone, tu sors une connerie plus grosse que toi. Genre « Cet été, je passe les vacances avec vous! » Parce que sur le coup, le côté rapprochement familial, l’émotion partagée, les liens intergénérationnels, ça te semble vachement cool. Surtout quand t’es bourré. Parce que quand tu décuites, c’est autre chose…
 
Tu te rappelles que ton père pense que tu as encore 5 ans. Et aucune volonté propre. Que tu réussis à passer environ 3 heures (grand max) avec ta mère sans te fritter. En gros, tu te rappelles que tu viens de saborder tes vacances.
 
La technique pour survivre? Miser sur l’éloignement du reste de l’année. Redevenir le bébé de la famille. Et prendre sur soi. Maman veut un câlin avec son bébé? Maman aura un câlin. Ca fait du bien en plus un câlin de Maman. Papa a tendance à se braquer quand on parle politique? On va parler du tour de France. En balançant quand même que ce vaste spectacle populaire n’est qu’une défilé de présentation de laboratoires pharmaceutiques (« Nous, on a réussi à mettre 3 cyclistes sur le podium grâce à nos produits, il est bon notre EPO, il est bon! On vous offre une transfusion gratuite pour 5 effectuées, ça serait dommage de rater ça! ») Parce que faut pas déconner, ya quand même des limites. Et puis de toute façon le tour de France est en même temps que le psychodrame de M6 de l’après-midi, ça permet de libérer la télé.
 
Le tout est de bien se rappeler qu’on n’est absolument pas un adulte fier et indépendant, mais juste le bébé de la famille. Parce que l’adulte indépendant, il dirait à Maman qu’il vient pas en vacances pour récurer une maison de fond en combles. Le bébé va juste dire que c’est l’heure de la sieste. L’adulte dirait à Papa que la région parisienne a bien changé depuis son époque. Le bébé lui rappelle que depuis son époque, il y a l’électricité et DisneyLand…

Le suicide est-il un acte lâche?

Par Lucas

Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs les assesseurs,
Mesdames, Messieurs les Jurés,
Monsieur le Procureur,

Le Ministère Public, en la personne de Monsieur le Procureur, vient à l’instant de finir son réquisitoire contre mon client, le Suicide. Son propos était clair et cohérent. Bien construit, fondé sur des éléments propres à notre culture…
Vous vous demandez sûrement ce qu’on peut répondre à un tel argumentaire.
La chose est simple.

Mon client, le Suicide, existe depuis la nuit des temps.
Pardonnez-moi cette généralité basique mais elle martèle avec évidence le caractère profondément humain de cet acte final.

Le Suicide est le plus souvent un acte réfléchi. Certains jeunes, ados prépubères, ont pu inciter les observateurs journaleux à jeter sur le Suicide un discrédit sévère. Mais ces jeunes ont commis l’acte (ou tenté de le faire) pour manifester d’une angoisse existentielle, trop lourde à supporter pour leur maigre volonté. Un cri d’alarme en somme, souvent final.
Nous sommes ici confronté à un appel au secours déguisé de manière théatrale derriere une action violente et criarde.
Et nous sommes à des années lumière du suicide, le vrai.

Pour autant, je vous en conjure, n’en restez pas à l’approche primaire. Mon client vaut plus que ça.
Le Suicide n’est pas une échappatoire facile ou un acte égoiste.
Je vous le dit, les yeux dans les yeux : le Suicide est injustement décrié.
Les exemples sont légion de personnes suicidées qui ont pris leurs précautions afin que leur famille n’ait pas à souffrir en terme financier de la perte de leur proche.
Permettez moi d’éluder le pan sentimental, le fait que le suicidé laisse la tristesse derriere lui : nous sommes ici dans un tribunal.
Et laissez moi revenir au rôle social qu’on ne reconnait pas au Suicide.

Moult exemples nous le démontrent : nombreux sont les suicidés qui ont commis l’acte irréparable parce qu’ils ne trouvaient plus leur place dans la société.
Je sous-entends, une place utile. Un rôle.
Seuls et incompris, inutiles et rejettés, les suicidés ne voyaient plus en quoi leur existence pouvait être féconde et aider autrui.
D’aucuns me répondront que les suicidés payaient des impôts. je choisis volontairement un exemple d’impôt utile la Contribution Sociale Géneralisée (CSG), impôt de solidarité permettant d’assurer le
financement de notre Sécurité Sociale. Certes.

Mais cet impôt anonyme, froid comme un feuille de papier, cet impot, et l’usage qui en est fait, n’évoquent que de ternes images : des lits d’hopitaux, des infirmieres le soir entre chien et loup,
la tristesse blanchâtre d’un couloir de clinique.
Bref, le désespoir d’un soir de juin quand la journée a été lourde, difficile et oppressante.
En un mot, desespérante.

Comprendrez-vous, Mesdames, Messieurs du jury, qu’un certain soir, une personne qui rentre du travail, puisse jeter un regard lassé face à ce quotidien morose…
Comprendez- vous que cette personne décide, un Martini à la main, debout sur son balcon, humant les odeurs de cuisine de la voisine, le regard posé au loin, que cette personne donc, décide de
quitter cet univers lugubre pour…
Mais pour quoi ?

Oublions tout de suite l’hypothèse religieuse, trop basique.
Le suicide n’est pas un pari sur l’avenir, un espoir de jours meilleurs dans un paradis hypothétique
Le suicide est une finalité, un acte reflechi, mené par un être volontaire et courageux.
Un être qui préfère mettre fin à son existence médiocre plutot que de continuer à sous vivre.
Un être qui a donné de la voix, qui a essayé de s’en sortir, de progresser, mais qui n’a pas reussi.
Et c’est là l’essence même du suicide, celle que les précheurs lui refusent et lui dénient.

Le suicide est l’acte ultime de volonté d’un Homme qui a tenté d’améliorer son quotidien, ou de trouver une aide, sans y parvenir. Le suicide est l’acte ultime d’un Homme souhaitant donner SON point final à SON existence, sans laisser la place au hasard ou à la fatalité.
Une existence qui l’a malmené et qu’il ne dirige peut-être plus.
Or, quand vous ne pouvez plus contrôler un objet, quelle issue vous reste t-il ?

Le Suicide est donc l’acte de volonté ultime. Celui par lequel certains manifestent de leur indépendance d’esprit.
On dénie au Suicide toute morale car on est lobotomisé par le Christianisme et son cortège de valeurs archaïques.
Mais le suicide est, dans son essence même, l’acte moral ultime d’un être qui prefere rester fidèle à ses valeurs plutôt que de transiger avec une existence morne et insipide.
J’insiste
Le suicide est, dans son essence même, l’acte moral ultime d’un être qui préfère rester fidèle à ses valeurs plutôt que de transiger avec une existence morne et insipide.

Mesdames, Messieurs du jury, j’en ai fini avec mon propos.
Je vous invite donc, dans vos délibérés, à defendre la moralité de mon client, son bien fondé, et sa vitalité qui en fait son essence même.

Je vous remercie.

Tous victimes !

La semaine dernière, je lisais Le mur des lamentations d’Abiker qui caricature le besoin que l’on a de se faire plaindre. Bon, je vous raconte pas le livre, lis-le, lecteur. Oui, il faut lire, ça détend, ça fait du bien et ça occupe dans le métro. Et dans le train, aussi. Et dans l’avion mais moi, je le prends pas, j’ai trop peur. Mais c’est pas du tout de ça dont je voulais parler ! Mais qu’est-ce que j’adore les digressions, quasiment autant que les métaphores pourries !

Donc je voulais vous parler de cette manie complètement humaine qu’on a de se plaindre. C’est totalement universel. Par exemple, je prends ma famille : mes grands-mères râlent, mes parents râlent, ma sœur râle et moi aussi. Et ce n’est pas spécifique à ma famille. Va dans la rue et tend l’oreille, lecteur, tu n’entendras que des doléances, encore et toujours. « Je paie trop d’impôts pour financer ces feignasses de chômeurs », « y a plus de saisons ma pauv’ dame ! », « dans la rue, y a plus que des voyous », « j’ai un cancer », « je viens de redoubler mon année », « mon prof m’a saqué », « tous des connards »… Bon, vous voyez le topo. Selon les âges et les personnes, les plaintes ne sont pas les mêmes. Par exemple, moi, je peux me plaindre de pas avoir été payée pour mon stage ou que le journalisme est un boulot galère mal considéré, mal payé mais je peux pas me plaindre de me lever trop tôt le matin (pour le moment, je bosse de chez moi donc bon), de perdre une heure dans les transports (pour la même raison) et je peux même pas sortir « tous des connards » puisqu’aucun mec ne me fait chier en ce moment. Et je ne m’en plains pas, c’est reposant de sortir de la guerre des sexes et de regarder ça d’un œil neutre. Surtout que, du coup, je finis par croire que je pourrai me trouver une moitié qui ne m’énervera même pas. Même s’il paraît que les Français sont particulièrement râleurs, c’est une manie mondiale ! Tout le monde a un truc qui cloche toujours, c’est comme ça.

Pourquoi on se plaint ? Pour se faire plaindre, ça paraît logique, mais pas que. Il est vrai qu’il y a des moments où on tombe tous dans le syndrome de la « victime égocentrique » à base de « mon problème est super grave et tu dois compatir ! ». Bon, ça ne me gêne pas de compatir, surtout quand moi, ça va. Alors, j’écoute, je compatis, j’hoche la tête, j’essaie de distraire mais la distraction est à manier avec précaution. Si vous sortez une blagounette pendant que Charlotte se plaint que son Etienne l’a quitté pour Jennifer qui a un prénom de pouffe et des cuisses tellement
énormes que l’une d’entre elles suffirait à éradiquer la famine en Afrique, ça peut vous retomber dessus. Oui, on peut être particulièrement garce avec la rivale, la sale biiiiiiiiiiiip qui a osé nous piquer notre mec. Donc imaginons, Charlotte se plaint qu’Etienne est parti avec cette pétasse et vous, inspirée, vous sortez : « avec de la chance, il se retrouvera étouffé entre ses deux grosses cuisses, ça lui servira de leçon, mouahahahah ! ». Oui, des fois, j’ai un humour vraiment pourri. Mais bon, voilà, j’ai commis l’impair : au lieu de pleurer avec Charlotte, j’ai OSE essayer de dédramatiser la situation, de nier la gravité de la situation ! Parce qu’à force de comprendre la victime et lui prêter une oreille attentive, c’est nous qui devenons sa victime. Charlotte vient de se faire plaquer, elle m’appelle, logique. « Bouhouhou, je suis malheureuse ! ». Ok, j’arrive. Bon, évidemment, en deux heures, c’est pas réglé, il faut le temps. Seulement au bout d’un moment, c’est un peu fatigant de repasser en boucle le CD « Etienne est un gros con » sans avoir le droit d’aborder un nouveau sujet. Mais au bout d’un moment, on en a un peu fait le tour (même en abordant « Jennifer est une pouffe obèse même pas belle ») et ça sert plus à rien de ruminer. Donc on essaie de changer de sujet mais ça passe pas. On passe pour une traître, une indifférente. Mais non,
justement, j’essaie de te faire comprendre que c’est pas en ressassant toujours la même chose que l’on s’en sort ! Je me souviens d’une époque où la pauvre Anne s’était retrouvée à consoler une nana qui avait littéralement pété un plomb après que son mec ait rompu, allant jusqu’à téléphoner à la mère du jeune homme… Après 6 mois de relation ! « Je l’aime, je le déteste, je l’aime, je le déteste… ». Au bout d’un moment, la pauvre Anne n’en pouvait plus. Un soir, on se fait une soirée sex and the city à trois… Bon, ben la fille a comparé tous les personnages masculins à son ex, c’était assez lourd. Et puis, surtout, n’osez pas vous plaindre sinon s’engage une compétition débile.

« Etienne est un enfoiré, il m’a plaqué pour Jennifer !

– Oui bah tu sais, il m’est arrivé la même chose mais moi, ça faisait deux ans que j’étais avec lui…

– Oui mais moi, il m’a piqué des CD !

– Moi, j’ai dû partir de notre appart commun et dormir pendant deux mois chez une copine.

– Oui… Ben, moi, il a violé mon chat !
– … »
Autre cas courant : celui qui se plaint pour quémander des compliments. Quand j’étais au collège, une fille m’avait dit une fois : « Non mais tu vois, Anaïs, elle se plaint pour qu’on lui fasse des compliments. Elle dit qu’elle est grosse pour qu’on lui dise qu’elle est mince et tout ça. ». En observant les faits, j’ai constaté que c’était vrai. Mais c’est risqué parce que si elle continue, elle va finir par se prendre un : « ouais, c’est vrai, t’es grosse, tu fais au moins du 48, non ? ». De façon toute personnelle, quand je me plains, c’est avant tout pour vider mon sac. Et là, quand ça explose, c’est parti : « Putain, fais chier, j’en ai marre ! Je trouve pas de boulot, j’ai plus de tunes, j’ai des factures qui pleuvent, cette putain de CAF qui me verse plus rien alors qu’ils doivent me donner plein de sous, mon asso qui a oublié de me payer, j’ai pas de mecs, mon chat n’arrête pas de vomir sur la moquette, ma mère a un lupus, ma sœur est dépressive, j’ai même
pas demandé à naître ! ». Enfin, voilà, je dis tout en même temps, ce qui me vaut en général la réponse : « heu… Je sais pas quoi te dire ! ». Ben, y a rien à répondre, juste que ça me fait du bien de balancer tout ça, ça soulage, c’est un peu comme mettre la poubelle au vide ordures. Mais bon, en général, quand j’ai des petits soucis, rien ne vaut l’autodérision. Oui, j’ai la lose, alors rions-en ! Faisons des BD mal dessinées sur ma machine à laver qui déconne et mon chat qui vomit (je crois qu’elle me fait de la boulimie, en fait). Au lieu de passer pour la chieuse jamais
contente de service, je passe pour la rigolote ! Parce que se plaindre sans saouler son auditoire, c’est tout un art. Si on tombe dans le larmoyant et le pathétique, les gens vont vite se lasser. Parce que quelqu’un qui ne va que mal, à la fin, on lui demande même plus si ça va car on sait que l’on va lancer la valse des litanies.
Alors faisons comme David : plaignons-nous mais avec panache et humour !