Le mal français

Je suis toujours un peu agacée quand on catalogue les gens par nationalité genre « les Italiens sont dragueurs, les Portugaises poilues »… Clichés, clichés !
Pourtant, s’il y a bien un trait caractéristique en France, c’est bien celui-ci : nous sommes râleurs.

raleur+asterix

Lundi dernier, premier jour de job, je déjeune avec diverses personnes dont Pierre-Cecil qui raconte son voyage à New York. A un moment, il explique : « là-bas, c’est très différent d’ici, les gens ne râlent jamais. Eux, ils sont limite dans l’excès inverse. » Témoignage corroboré par mon cousin qui a vécu à Londres il y a quelques années : « Tu vois, les gens, tu les reconnais facilement dans la rue. Les gens qui marchent en groupe, ce sont des Japonais ou des Américains. Ceux qui parlent fort, ce sont les Italiens. Ceux qui râlent, les Français. » Je me suis retrouvée l’autre jour dans un métro plein d’Italiens et je confirme : ils ne parlent pas, ils hurlent.

 

C’est vrai que, globalement, en France, j’ai l’impression que rien ne va jamais. Vous voulez qu’on fasse ça ? Non. Et ça ? Non plus. Alors ça ? Toujours pas. Nous sommes paradoxaux : on ne veut pas de changement mais on ne veut plus du système en place. Heu… C’est dans ces moments précis que je m’étonne qu’il n’y ait pas plus d’internement d’hommes politiques en France ! Bon, je dis ça mais je suis pas la dernière à râler. En ce moment, je joue tous les jours un drame classique : « Nina contre l’administration ». Oui car je suis joueuse, j’essaie de joindre la mairie de Ville A et surtout un élu. Si la mairie répond toujours, le secrétariat de M. Elu ne répond quasiment jamais. C’est pas compliqué, en 15 jours, j’ai réussi à les avoir une fois. Donc je râle : « c’est quoi ces feignasses qui bossent pas ? ». De la même façon, pour faire un reportage sur la sécurité dans Ville A, j’ai besoin d’interroger des membres de la police municipale. Et bien figurez-vous que ça ne se passe pas comme ça, je dois demander une autorisation à la direction de la sécurité publique qui transmet ma demande à la Préfecture qui transmet ma demande à la police municipale. Avec, à chaque fois, une étude de ma demande. J’ai envoyé le fax mercredi. Jeudi, j’appelle : « vous l’avez reçu ?

– Heu…
– Non mais c’est important.
– Votre demande est urgente ?

– Oui, je dois impérativement faire cette interview la semaine prochaine.

– … Mais vous ne l’aurez jamais à temps, l’autorisation !

– … »

Bordel, c’est pas comme si je bossais pour un grand journal ! C’est pour un site interne, il y aura environ qu’un demi-millier de lecteurs !

 

Je râle quand je vais à la Poste : 20 minutes de queue pour retirer un colis, j’ai pas que ça à faire. Je râle contre la SNCF qui a oublié de dire sur son numéro surtaxé que son train était annulé. Je râle contre les gens qui n’avancent pas dans la rue, les couillasses qui cherchent leur ticket de métro juste devant le portique, empêchant les autres de passer, ceux qui mettent deux heures à payer au supermarché parce qu’il trouve pas une pièce de 2 cts, contre les caissières qui me jettent les provisions à la gueule pour que je range plus vite et que je me casse…Je deviens misanthrope, « l’autre », en tant qu’individu qui nuit à ma tranquillité, m’énerve au possible. Surtout les musiciens du dimanche qui envahissent le RER. J’aime la musique, c’est pas le souci. Je l’aime tellement que je me balade avec mon lecteur MP3 mais quand une fausse blonde vient chanter des chansons bizarres en espagnol, j’ai du mal à entendre (en plus, j’ai croisé deux nanas chantant exactement les mêmes chansons avec la même voix, faudrait pas se foutre de ma gueule non plus).

 

Pourtant, je ne suis pas une harpie. Râler, c’est français, on considère tout comme un dû. C’est normal que mon train soit à l’heure, que je sois peinarde dans le RER, que la mairie me réponde jusqu’à au moins 18h, je paye pour tout ça (enfin, non, je paie pas encore d’impôts, moi).

 

Sauf que râler, ça bouffe de l’énergie. S’enthousiasmer aussi, me répondras-tu, lecteur facétieux, mais quand on s’enthousiasme, on est heureux, on sourit, on s’exalte… Quand on râle, on s’aigrit et ça finit par faire mal à l’estomac. Bon, alors, en mon âme et conscience, je me dis : « prends exemple sur les Américains, ma fille. » Mais point trop n’en faut quand même, si je m’extasie sur tout, on va finir par trouver ça suspect. Non, gardons mes enthousiasmes pour des choses qui en valent la peine. Mais faut que j’arrête de râler. Mon train est en retard ? Ben, ça me laisse du temps pour fumer une clope de plus. Mon bus n’arrive pas et je vais arriver en retard au travail ? A Paris, c’est fréquent, personne ne me reprochera mes dix minutes de retard. La mairie refuse de me laisser communiquer avec M. Elu. Bon, là, par contre, ça m’emmerde parce que je peux pas faire mon boulot correctement. Mais personne ne me reproche de ne pas faire cet article… Alors zen. De toute façon, m’en fous, je rappellerai !

 

Bref, si c’était une résolution de vie, ça ? Ne plus râler, arrêter de ne voir que le côté sombre des choses et être un peu plus positive ? Bon, c’est vrai qu’il y a des choses exaspérantes mais ce n’est pas pire qu’ailleurs, je crois. Après tout, dans les autres pays, les gens semblent prendre ces petits désagréments de la vie avec fatalisme. Pourquoi les Anglais, les Allemands ou les Américains subissent ces petits soucis sans râler alors que nous en sommes incapables ? La nationalité ne change pas l’homme, s’ils ont cette ressource, nous l’avons aussi, faut juste la retrouver. Bon, promis, la prochaine fois que mon train est à la bourre, je ne lâcherai pas un « fais chier ! », je me contenterai de me plonger dans mon bouquin, en espérant que Kenya va arrêter de miauler.

 

Plutôt que de dénoncer les entreprises qui nuisent à ma bonne humeur, pourquoi ne pas les prendre de haut ? Je suis au-dessus de toutes ces considérations matérielles, le retard n’est rien. Qu’est-ce que dix minutes dans l’éternité ? E puis ce n’est qu’une donnée subjective : si ma montre avait dix minutes de retard, j’arriverais à l’heure selon ma montre. Et puis surtout, j’utilise ce retard pour cogiter. Donc si cet article vous a paru chiant, prenez-vous en à la RATP ou la SNCF, c’est leur faute !

 

Music is the soundtrack of your life

Depuis mon adolescence, je vis en musique. Si je devais faire la liste des inventions technologiques qui m’ont changé la vie : le walkman, le discman (quoi que ça sautait tout le temps, c’était pénible), le lecteur MP3, le CD enregistrable… Quand je pars en voyage, je ne peux pas oublier mon lecteur de musique. Sans ça, je me sens démunie.

musique

Quand je regarde en arrière ma courte vie, je me rends compte que ma vie a beaucoup changé grâce à la musique. Ca peut paraître bizarre mais c’est comme ça. Petite, je me souviens que vaguement ce que j’écoutais. Je sais que le matin, entre la maison et l’école, on écoutait la cassette de Chantal Goya, avec la chorale des sœurs Bartoldi : « ce matin, un lapin a tué un chasseur !!! C’était un lapin qui… avait un fusil !!! ». Donc mon père bénissait le moment où on quittait la voiture et qu’il pouvait enfin mettre la radio.

 

Début du collège, j’écoute toutes les daubes techno que mes congénères écoutent, je suis la génération Dance Machine. Avec le recul, y a quelques chansons que j’aime encore bien, genre « No limit » mais je dois avouer que la plupart des chansons étaient des insultes à la musique. Dire que j’ai deux CD de Dance Machine chez moi (enfin, je crois, j’ai dû réussir à m’en débarrasser, depuis), la honte ! Donc pendant mes années collège, j’ingère de la musique n’importe comment, juste parce que les autres aiment et que je veux être dans le coup (houhou !). En fait, c’est la musique qui m’a appris à sortir des sentiers battus, voici l’histoire. En 4e, je pars en voyage de ski avec mes parents dans un hôtel qui sert quelques animations. Bon, c’est pas trop notre genre, on aime bien être peinard en vacances mais soit. Pour la dernière soirée, il y avait une animation « le personnel de l’hôtel chante Starmania ». Moi, je préfère regarder Mystères. A la fin de l’émission, je descends pour rejoindre mes parents et j’écoute deux, trois chansons, c’est sympa. Du coup, de retour chez nous, ma mère achète un CD de Starmania (la version 94) et je tombe littéralement amoureuse du CD, je n’écoute plus que ça, je guette les concerts pour pouvoir y assister… J’achète toutes les versions disponibles, je deviens une pro.

 

De là, j’ai donc décroché de ce qu’écoutaient les autres. Bon, souvent, j’écoute la radio, Fun Radio, à l’époque, c’est très rock, tout à fait dans mon style. Maintenant, je suis beaucoup moins starmaniaque, ça m’a passé mais il n’en reste pas moins que cette comédie musicale a changé ma vie dans le sens où j’ai arrêté d’être comme les autres mais j’ai commencé à être moi.

 

Chaque période de ma vie est marquée par une chanson, un CD ou un artiste. Souvent, il s’agit d’un délire, d’une connerie et quand je ré-entends la chanson, ça m’émeut un peu, ça me rappelle de bons souvenirs. Côté musique débile : y a du Kylie Minogue (« Na, na, na, na… »), du Britney (Baby One more time ou Toxic) , du Gloria Gaynor (I will survive), du Tom Jones (Sex bomb)… Et y en a plein d’autres !

 

Souvent, aussi, certains artistes sont liés à des romans que j’écris. En fait, avec la possibilité d’attraper de la musique sur le net, j’ai une sacré playlist sur mon pc et, évidemment, selon la période, je n’écoute pas la même chose. Par exemple, le roman 1999, c’est plus l’album « Together Alone » d’Anouk et « Pieces of you » de Jewel. Pour Technopolis, j’avoue que je ne sais plus, y avait « Right here, right now » de Fatboy slim mais après… Une musique peut même m’inspirer un roman, le prochain dont je n’ai pas du tout le titre. Je l’avais déjà expliqué, c’est l’histoire de quatre sœurs italiennes dont une est violoncelliste. Evidemment, notre amie violoncelliste (qui s’appellera Cécilia), elle jouera du Jorane. Parce que la musique est une source d’inspiration comme une autre. Franchement, il y a des chansons qui raisonnent en moi de façon particulière, qui m’inspirent. Quelques mots prononcés en rythme et ça me percute : en voilà une histoire géniale, en voilà des mots qui collent parfaitement à ma vie.

 

De la même façon, j’adore cheminer avec de la musique dans les oreilles. Quand j’étais à Toulouse, les deux dernières années, j’habitais à 25 mn à pied de la fac, quasi autant avec le bus, pour peu que je ne l’ai pas de suite donc je préférais utiliser mes petites pattes pour pas arriver en retard. Donc iPod vissé dans les oreilles, je chemine tranquillement, plus ou moins rapidement selon la chanson qui passe. C’est fou comme une même rue peut avoir un air très différent selon la musique que l’on écoute. Et j’avoue que j’adore, avoir l’impression que ma vie
est un film. Quand l’héroïne erre dans les rues, seule, le réalisateur met souvent une musique par-dessus histoire de donner de la consistance à la scène. Bon, moi, quand je marche dans la rue, c’est pas parce que je suis en train de réfléchir comme dans les films, c’est juste que, des fois, j’ai besoin de me rendre quelque part.

 

Cette semaine, j’ai commencé un nouveau boulot, pour ceux qui n’ont pas suivi. Ma mission : faire découvrir aux employés la ville A. Donc il faut bien que je m’y rende, c’est pas que ça me réjouit mais bon… Récemment, ma mère m’a filé un petit lecteur MP3 (128 mo) qui me sert à charger un album que je viens de découvrir et l’écouter. Cette semaine, au banc d’essai : Etyl. En fait, j’avais croisé la route du CD il y a trois semaines, en vacances chez mes parents, ce nom ne m’était pas inconnu, j’aimais bien la chanson que j’avais entendu sur M6, la nuit, mais j’hésite à acheter. J’ai récemment été déçue par l’album de Camille (que je n’ai pas acheté), donc on télécharge d’abord, on verra ensuite. Résultat : je l’ai confondue avec une autre artiste (qui ?) mais je regrette absolument pas, j’adore, je suis totalement fan. Etyl, c’est en fait un groupe. Je me promène donc dans ville A, un peu complètement paumée mais peu importe, ma musique dans les oreilles, tout va bien. Je croise la route d’un parc où il y a de somptueuses tulipes rouges. Puis je vais me perdre dans un quartier résidentiel, je n’ai pas la moindre idée d’où je vais mais j’ai en point de mire les grues qui servent à édifier le futur bâtiment de l’entreprise. Je suis frappée par différentes chansons de l’album, j’ai l’impression que chaque titre marque un passage particulier de ma vie amoureuse des 6 derniers mois. Elle a copié sur ma vie, cette fille ou quoi ?

 

Quoi qu’il en soit, ça faisait longtemps que je n’avais pas eu un tel coup de foudre musical. Dans quelques années, quand je repenserai à cette partie de ma vie, je sais en tout cas quelles chansons ça m’évoquera !

L’’uniformisation américaine

Soyons clairs, je ne suis pas très fan des Américains. Oh, pas d’anti-américanisme à deux balles, je ne les fous pas tous dans le même panier. Sur 300 millions d’habitants, y en a
forcément des biens. Ceci étant, y a des trucs qui me gonflent, notamment leur volonté de nous imposer leur foutu culture en maltraitant nos petits produits français.

 

Jeudi soir, je tombe sur Taratata sur France 3 avec Placebo, cool. Bon, Nagui, j’aime bien son émission mais je le trouve un peu poussif lors des interviews mais peu importe, ce
que j’aime dans Taratata, ce sont les performances en direct. Suite à Placebo apparaît une petite fée brune en robe de tulle, la géniale Emilie Simon qui vient interpréter « Végétal ». Faut que je trouve quelqu’un pour aller au concert avec moi en septembre, tiens. Bref, la jolie Emilie interprète son titre et passe à l’interview et là, Nagui reparle de son travail sur la marche de l’Empereur. Je dois avouer que j’ai adoré ce film et encore plus la BO. Sauf que voilà, quand le film est parti outre Atlantique, nos amis Américains ont complètement changé la musique ainsi que le mode de narration si particulier. Mais ça leur arrive de respecter les choses, non ?

 

La spécialité des Américains, ce sont les remakes. Ca, ça m’insupporte. Bon, en France, on a cette sale manie en musique. Quand j’allume ma radio, entre les reprises française,
américaines, anglaise ou je sais pas quoi, j’ai l’impression que toutes les fréquences sont squattées par Nostalgie. Mais revenons-en à nos yankees. Ce qu’ils aiment : prendre un film français qui a plutôt bien marché dans notre petit hexagone, genre « trois hommes et un couffin » ou « un Indien dans la ville » (entre autres) et ils l’importent chez eux. Mais hors de question de passer ça sur leurs écrans, André Dussollier n’est pas Tom Selleck, il a même pas de moustache ce naze, bouh ! Donc on revoit le scénario en y rajoutant une bonne dose de ketchup et d’américanisme à deux balles. On prend une Christina Applegate à la place d’une Valérie Lemercier, c’est plus glamour. Autant, Christina, je l’adore dans « Mariés deux enfants », autant je la vois pas, mais alors pas du tout dans le rôle d’une bourgeoise au sang bleu.

En France, on a des idées mais apparemment, nos acteurs ne sont pas vendeurs, sauf rares exceptions genre Jean Reno qui joue toujours le Français qui mâche du chewing gum et qui s’appelle Philippe. Oui, tous les Français dans les films américains s’appellent Philippe, c’est curieux, ça, quand même. Bon, c’est sûr, c’est plus facile à dire qu’un prénom avec un R mais bon, nous aussi, on en a plein de prénoms, faut pas croire. Alors oui, un Hugh Grant, c’est plus vendeur qu’un Patrick Bouchitey mais quelque part, ça m’énerve que nos acteurs français ne passent pas sur les écrans yankees. Ils sont aussi bons que les Américains, voire meilleurs, selon lesquels on prend.

Je me pose une question : quand on est un réalisateur français et qu’on voit un gros ponte d’Hollywood arriver dans notre bureau pour racheter notre scénario (à défaut de
racheter notre film), on fait quoi ? Petite mise en situation. Imaginons que je suis la réalisatrice d’un film, un espèce de trio amoureux avec Charles Berling, Sagamore Stévenin et moi, évidemment. Oui, tant qu’à être dans l’absurde, autant ne rien se refuser. Bon, bref, comme je suis super talentueuse, les yankees débarquent dans mon bureau et proposent de me racheter les droits pour une somme astronomique. Seulement le but n’est pas de reprendre mon petit bijou cinématographique (hihihi !) et de traduire les mots, il s’agit de remplacer les acteurs, de tout remanier. Ca ne se passera plus à Montmartre mais à Manhattan, ce ne seront plus Charles Berling, Sagamore Stévenin et moi mais John Cusack, Julian McMahon et Sarah Jessica Parker (au hasard). Ca n’aura pas forcément grand-chose à voir mais au moins, je vais me faire de la tune et puis, au moins, mon œuvre sera reconnue dans le monde entier. Mon idée est si géniale qu’on veut me la racheter !

 

Mais après, un film est une œuvre d’art, mon œuvre et on ne veut pas la respecter ? Bon, dans la plupart des films exportés et retournés, ce sont des comédies sans réelles
volontés esthétiques (enfin, je crois pas) mais voilà si j’étais réalisatrice de film, je pense que chaque image aurait son importance, elle serait inscrite dans une logique esthétique particulière. Par exemple, si je fais une scène sous la pluie, ce serait plus pour exprimer la mélancolie, la tristesse, que sais-je ! Alors qu’aux Etats-Unis, sous la pluie, on s’embrasse dans un esprit de romantisme à la con (enfin, en vrai, j’aimerais bien qu’on m’embrasse sous la pluie aussi mais passons). Un baiser échangé devant l’Hôtel de ville serait un hommage à Doisneau. Dans la version américaine, un baiser devant ground zero ne serait qu’une ode pathétique à la vie et le rappel que les Etats-Unis sont des victimes.

 

Bref, quand on crée quelque chose, peut-on accepter de céder les droits et de voir son œuvre passer à la moulinette. La créativité et le sens artistiques se vendent-ils ? Accepterais-je qu’une œuvre que je me suis cassée le cul à monter, image par image, plan par plan, scène par scène, des heures et des heures de travail effacées par un vulgaire remake, un message qui ne sera plus le mien. Non parce que quand on voit ce qu’ils font de nos comédies, ça fait peur. Je n’ai pas vu « Un indien dans la ville », « 9 mois » ou « Les visiteurs à New York » parce que je pressens l’immonde navet. Pourtant, j’ai bien aimé les versions originales.

Quand Jean-Marie Messier avait annoncé que l’exception culturelle française n’existait plus, on avait crié au scandale mais ne sommes-nous pas en train de la tuer en acceptant de voir nos œuvres ainsi travesties ? La Marche de l’Empereur est un bon concept, des voies magiques (Charles, c’est quand tu veux qu’on se marie), une musique qui dessert parfaitement l’émotion dégagée par ce film. C’est bien la première fois que je suis émue par des histoires de manchot (les pingouins, pas les gens sans bras), j’avoue que j’ai été complètement transportée par le film. Je l’ai visionnée avec mes parents pour le réveillon de Noël, on en a oublié de manger nos toasts au foie gras tellement on était plongés dans l’histoire (« ah non, le gros oiseau, il va manger le bébé ! » « Oh non, il est mort le manchot ! »). Si on vire tout ça, il reste quoi ? Un simple documentaire animalier comme on en voit tous les après-midi sur France 5. Loin de moi l’idée de critiquer ces documentaires mais je trouvais que la Marche de l’Empereur avait un mode de narration tellement particulier qu’il rendait ce film magique. Une fois de plus, Hollywood nous a tuer.

Acteur ou témoin ?

Samedi 13 heures. Comme tous les samedis, la famille est installée devant la télé et regarde le JT. Peu importe la chaîne, au fond, le spectacle est sensiblement le même. En ce moment, ce qui fait fureur, ce sont les manifs Anti-CPE. Mais pas tellement le côté manifestation de syndicats qui ont un discours, non, pas tellement le côté les étudiants découvrent le militantisme et ont des choses (parfois même intéressantes) à dire, non. Ce qui est amusant de montrer, ce sont les casseurs, ces espèces de brutes épaisses qui ne savent sans doute même pas ce que veut dire CPE et qui croient que Chirac est juste un personnage en latex d’une émission bizarre. Et on les voit : là, ils brûlent une voiture, là, ils pètent une vitrine, là, ils cognent un étudiant qui n’avait rien demandé. Le tout sous le regard impitoyable de la caméra.

Je regarde donc les infos et là, grande réflexion. En tant que journaliste, tu serais à la manif, tu ferais quoi ? Est-ce que je filmerais aussi un pauvre gamin en train de se faire tabasser ou je poserais ma caméra pour essayer de faire quelque chose (bon, ok, du haut de mon mètre 57 avec ma tête de Bisounours, je ne fais pas vraiment peur mais quand même…) ? Suis-je avant tout journaliste ou citoyenne ? Franchement, ce questionnement me laisse perplexe, j’essaie de réfléchir. Je vous rassure, à la fin, je sais toujours pas. Et puis, je me dis
que c’est toujours facile de raisonner par l’absurde et de se donner les vêtements du héros tant qu’on n’est pas confrontés à la situation. Genre tous les gens qui disent : « moi, à la seconde guerre mondiale, j’aurais été résistant ». Mais bien sûr, c’est tellement facile de dire ça 60 ans après sans jamais avoir connu l’état de guerre. Ah, ça, les courageux virtuels, y, en a, mais pour le reste… Enfin, bref, je vous fais quand même part de mes élucubrations.

 
Journaliste

Bon, imaginons que je suive une formation de JRI (journaliste reporter d’images) et que je me retrouve employée par France 2, on me jette dans la manif. Alors, pour ceux qui n’ont pas fait journalisme, je préfère préciser : on ne part pas de la rédaction avec juste le matériel. Non, si on va là-bas, c’est avec une thématique précise. Par exemple, France 2 va envoyer deux équipes sur les manifs, une qui traitera de la manif en elle-même avec deux, trois interviews de syndicalistes étudiants et de manifestants lambda et une autre qui couvrira la violence des casseurs. Donc j’hérite du sujet et je pars avec mon acolyte, Jean-Paul. Nous voilà arrivés sur les lieux, on règle la caméra, c’est lui qui filme parce qu’une caméra, c’est lourd et que je suis une petite chose fragile. Surtout petite, je filmerais plus le cul des manifestants que leur tête et comme je suis censée bosser à France 2 et pas à Pink TV, ça le fait pas. Donc Jean-Paul
tourne, moi, je microtte et je repère ce qu’on peut filmer. Oh, devant moi, un gentil étudiant qui ne demandait rien à personne vient d’être la proie d’un groupe de casseurs qui l’ont fait chuter au sol et commence à lui filer des coups de pieds et de poing pour lui voler son portable. En tant que journaliste, que fais-je ? Je hurle : « tourne ! ». On filme donc l’agression, on coupe quand les agresseurs sont partis avec le portable, la montre, l’ipod et la paire de reebok (heureusement, le gars portait un slip pas tendance du tout). On attend que le
petit se relève, crache sa dent cassée et on attaque. On fonce sur lui avec notre caméra et interview. Avec de la chance, le petit est dégoûté par ce qu’il vient de lui arriver et va nous faire un bon petit témoignage. Hop, on enregistre, on prend son nom. Comme on est sympa, on reste deux minutes avec lui en attendant que quelqu’un vienne le soigner puis on file. Vous croyez quoi,
vous ? Qu’on fait un reportage de deux minutes avec juste une agression ? Mais non, il faut toute une série d’images choc, on fait deux, trois interviews d’agressés, le meilleur gagne le droit de passer au JT de 20 heures. Les autres, c’est définitivement pas leur jour mais avoir ses quinze minutes de gloire parce qu’on s’est fait piquer son sac, ça craint du boudin. Pour fignoler, on interroge un représentant des forces de l’ordre et direction la rédaction pour monter notre sujet. Ces gamins tabassés ne sont plus que des noms griffonnés sur un papier, on est plutôt content : on a bien travaillé. Tant pis si un de nos interviewés a eu le bras cassé.

 
La citoyenne

On recommence, Jean-Paul et moi, lui caméra, moi, micro. Le gamin se fait attaquer et là, en tant que citoyenne, je cherche de l’aide. Oui parce que passer de la journaliste à la citoyenne ne me fait pas grandir et ne me donne pas de muscles donc j’essaie de trouver très rapidement soit une autorité compétente soit des jeunes étudiants qui seront prêts à aider leur pote. Même Jean-Paul est prié de mettre la main à la pâte. Le gamin, une fois débarrassé de ses bourreaux, on l’aide à se relever et on l’amène vers les pompiers pour qu’on le soigne. Naturellement, je ne supporte pas la violence, c’est un truc qui me dépasse complètement. Une fois, j’ai été témoin d’une agression, j’étais en voiture avec Anthony, on s’était perdus du côté de Rosny sous Bois. Je vois des gamins courir et bondir sur un collégien, sur le coup, je me dis : tiens, ce sont ses copains. En trente seconde, le collégien se retrouve par terre roué de coups, le portable tiré et les voyous déjà repartis dans la cité. J’avoue que je n’ai pas tout compris tellement c’est allé vite, personne n’a réagi mais je m’en suis voulue de n’avoir rien fait. Bon, techniquement, je vois pas ce que j’aurais pu faire mais si tout le monde laisse faire tout le monde comme ça, on ne s’en sortira jamais, à mon avis.

Le dilemme est simple : dois-je faire mon boulot envers et contre tout ? Est-ce que filmer ses actes de violence ne revient pas finalement à les banaliser ? Ou au
contraire les dénoncer. Le problème essentiel du journalisme est, à mon sens, qu’à force de montrer des images spectacle, on finit par être comme anesthésiés. Par exemple, prenez des images du tsunami ou du 11 septembre. Au début, ça vous remue. Au bout de la 20e rediffusion, vous mangez vos spaghettis devant toutes ces vies qui s’achèvent sans sourciller. Autre problème qui me paraît de taille : la multiplication des vidéastes amateurs. Ah ça, pour sortir le camescope et tourner une scène de violence, va y avoir de plus en plus de monde mais pour bouger… Tout dépend de la situation, jamais je ne me scandaliserai si un amateur lambda filme une prise d’otage et n’intervient pas, c’est peut-être mieux. Mais souvenez-vous de la vidéo d’une femme en train
de se noyer au Mont Saint Michel… Et voilà, on filme avec indifférence une vie en train de s’achever. Il y avait un film pas mal du tout sur le sujet avec Elie Semoun, je ne me souviens absolument pas du titre, un journaliste qui travaillait aux States et qui filmait des gens mourant, comme ça, sans intervenir. Mais au fond, quel est le rôle du journaliste ? Montrer. Le journaliste n’est pas censé intervenir sur les événements. Je citerai ici Gérard Filion, journaliste Québécois et ancien directeur du journal Le Devoir : « Ceux qui l’écrivent [l’histoire] seraient incapables de la vivre ; ceux qui la vivent n’ont pas le goût de l’écrire. » Les journalistes sont, quelques part, nos yeux et nos oreilles, ils nous permettent de voir ce qu’il se passe partout dans le monde mais n’interagissent pas avec ce qui se déroule sous leurs yeux. Tel est leur métier, tel est mon métier.

Alors, à la question qu’aurais-je fait, je crois qu’il sera plus honnête de répondre : je tourne. Même si la violence me donne la nausée, même si ça m’emmerde de laisser ce pauvre gosse se faire tabasser au lieu de l’aider, je n’ai pas le choix. Mon métier, c’est montrer, relater, inscrire sur un support un moment de notre histoire. Suis-je contrainte d’accepter ça ? Oh non, je peux tout à fait me rebeller, dire au rédac chef d’aller se faire foutre, que je refuse de rentrer dans cette surenchère de la violence…et je peux retourner le cœur lourd à l’ANPE. Car si quelqu’un doit changer la société, ce ne sera pas, a priori, un journaliste.

 
(à suivre)

L’’alcool, ce douloureux problème de société

Par Gauthier

Il y a différentes formes d’alcoolisme, et je vais essayer d’identifier la mienne à l’aide d’un article à 45% (non dilué s’il vous plait).

Donc je vais commencer par mon préféré : l’alcoolisme mondain. Qu’est ce que c’est ? Tout simplement une forme élitiste de l’alcoolisme pmu-esque (que nous verrons tout à l’heure). L’alcoolique mondain se targue assez régulièrement d’une particule ou d’une dizaine de couv’ de Télé 7 jours. Les deux n’ont aucune importance, sauf pour celui qui les revendique fièrement. Un alcoolique mondain ça ne paye pas ses consommations. Il boit dans les dîners, dans les cocktails, dans les soirées VIP (Very Important People), toujours à l’œil. Et oui plus on est riches moins on doit dépenser d’argent. D’ailleurs heureusement pour lui, parce que s’il boit autant c’est pour oublier qu’il est has been, ou has never been… et donc complètement fauché ! Moi je paye trop souvent ce que je bois donc ce n’est pas moi.

 

Voyons maintenant l’alcoolisme domestique. L’alcoolique domestique (alcoolicus domesticus) est un être troublé et troublant. Tout le monde est susceptible de le devenir après une rupture, un défilé JPG raté, une baisse des taux d’intérêts ou une hausse du prix du tabac… Bref les déclencheurs sont différents, mais le résultat reste le même. Le pauvre bougre boira tout le temps, en permanence, et du lever au coucher, il aura une bouteille pleine à moins de 2 m de lui où qu’il soit. C’est pour ça qu’il sort peu, les femmes sont plus touchées, en effet, il n’est pas convenable pour une femme de se foutre minable en public, donc elle se cache ! Toutes les CSP peuvent être touchées. Donc l’alcoolique domestique boira de la villageoise, de la bière, de la vodka, de l’armagnac ou du champagne. Du moment qu’il y a de l’alcool… Mais lui il paye sa consommation, il se cache quand il achète les bouteilles au Shoppy, faisant jusqu’à trois superettes par jour pour brouiller les pistes. La désociabilisation est souvent le corollaire de cette forme d’alcoolisme. Je ne suis pas concerné, je ne bois pas tout seul chez moi, je suis hyper sociabilisé, et je n’ai aucune honte à boire comme un trou…

 

L’alcoolisme pmu-esque fait des ravages dans nos campagnes principalement. Où que vous viviez, qui que vous soyez, vous êtes déjà entré dans un PMU, ne serait ce que pour demander votre chemin. Et là votre regard se perd dans la foule des habitués, là un vieux à moustache, avec un gros nez rouge et un béret de travers, entre deux lampé du gros rouge qui lui sert de carburant, il réajuste son mégot de gitane maïs et se gratte la tête avec des ongles qui engendrerait un cataclysme par attaque cardiaque dans un salon de beauté… Là une femme, blonde décolorée délavée, avec un pull marin sale et déformé, elle doit avoir 29 ans sur sa carte d’identité, mais les poches sous ses yeux et ses dents pourries lui donne 48 ans, elle tient un verre de blanc, et fume des gauloise sans filtres. Là bas un homme, le mari de la blondasse apparemment, il fini vite son demi pour aller chercher leur progéniture à l’école, il ne s’est jamais brossé les dents de sa vie… l’alcoolique pmu-esque paye ses consommations, le plus souvent avec son RMI ou sa retraite. Si quelqu’un a pensé que ça pouvait être mon cas je le brûle sur place !!!! Je suis jeune, je suis beau, je dépense une fortune en crème miracle pour paraître frais en toutes circonstances, je m’asperge de parfum à 70€ la bouteille, et j’ai une hygiène irréprochable !!!! Non mais…

 

Il reste une catégorie : l’alcoolisme étudiants. Le brave étudiant qui travaille comme un forcené toute l’année pour obtenir des diplômes qui lui permettront un jour de rentrer, tête haute, dans son agence ANPE pour s’inscrire au RMI. Il doit décompresser, et donc que fait-il le week-end ? Il boit avec ses potes. Alors après les modalités diffèrent, il peut se mettre minable à domicile avec une bande de potes, ou sur un quai de Seine, toujours avec ses potes, mais aussi, encore avec ses potes plus quelques autres, dans la boite du coin. L’étudiant alcoolique a une espérance de vie réduite du moment qu’il vit en province et qu’il doit conduire pour rentrer… Les platanes ne sont pas vos amis, ils viennent se mettre juste devant votre voiture (mais que fait Sarkozy ?). Avec un peu de chances, il croisera la route du Lieutenant Lebo de la Gendarmerie de Péquins s/ Argoules qui lui retirera poliment son permis de conduire avant de le reconduire chez ses parents qu’il connaît depuis le collège. L’étudiant alcoolique est le plus souvent très gentil, très amoureux quand il boit un peu trop. Mais il y a aussi la forme bourrine : deux verres et il veut casser la gueule de tous ces cons qui le regardent de travers sur la piste. J’ai une très grande expérience du mec qui veut me dessouder parce que je parle avec sa meuf. Il me chope par le col et m’informe qu’il va me faire sortir les dents par l’anus, là s’armer de son plus beau sourire et tout en posant une main sur ses fesses lui dire : « Mais je préférerais faire autre chose avec mon anus, on t’a déjà dit que tu avais un cul d’enfer ? ». Là c’est quitte ou double, et perso je m’en suis toujours bien tiré, le bourrin arrête tout net, de peur que je le viole sur place. C’est fou ce que les hétéros ont peur des pédés ! Quelque part je suis un étudiant alcoolique, certes, mais je ne paye pas suffisamment mes conso pour ça, je sors trop souvent dans des endroits fréquentés par des VIP (Very Important Poufiasse).

 

Donc résumons, je suis un savant mélange d’alcoolisme mondain et d’alcoolisme étudiant… Nous voilà bien avancé… Mais dans tous les cas la seule chose à retenir c’est que je bois comme un trou, que j’aime ça, et que je l’assume complètement !!!! Maintenant il faut s’attaquer à l’autre souci : les trous de mémoire en soirée… Si vous avez un remède autre que « mais arrête de boire Gauthier bordel » je suis preneur…

Le sidaction

Le dimanche, en général, je vous gratifie d’un petit article léger mais là, je me suis dit qu’il valait mieux faire un article utile en adéquation avec l’actualité. J’aurais pu vous parler du CPE, des grèves de la SNCF dont j’ai été victime mais non… Je ferai de la politique à un autre moment, peut-être. Aujourd’hui, je veux vous parler du sidaction et, donc, du sida.


Je me souviens de la première fois que j’ai entendu parler du Sida, j’étais toute petite, je jouais avec mes cousins et on se battait pour savoir lequel de nos personnages aurait la maladie la plus grave et un de mes cousins dit : « moi, j’ai le SIDA ! » mais son frère lui répond : « mais non, on en guérit pas, tu vas mourir. » Moi, je les regarde avec des yeux ronds : le quoi ?

Je suis ce qu’on appelle la génération SIDA, la génération sacrifiée (et la génération Mitterrand aussi mais ça n’a rien à voir). Je savais même pas comment marchait un zizi que je savais déjà qu’il fallait que je mette dessus un préservatif. Mon adolescence a été bercée par des slogans : « l’été sera chaud, sortez couverts ». J’avoue que j’étais tellement coui-couille à cette époque là que je comprenais rien au slogan. Après, nous avons eu les préservatifs à un franc, avec une pub marrante avec des capotes qui tournaient avec la pièce de 1 francs, sur le « mon manège à moi » version Daho. On est la génération « capote sur l’obélisque », l’arrivée du petit ruban rouge. Je me souviens, ado, ma mère nous en avait acheté un, à ma sœur et à moi, que nous étions fières de porter. Nous étions la génération « nuit du zapping au profit du sidaction ».

 

Mais pendant quelques années, y a eu un essoufflement : plus d’émissions, plus de CD, le ruban rouge porté sur certaines personnalités engagées ne représentait plus rien. Les
capotes ne coûtent plus un franc, personne ne nous explique que la trithérapie n’est pas un remède, juste une façon de prolonger la vie d’un séropositif… Et encore, faut voir comment. Oui, la trithérapie, c’est pas comme prendre la pilule, c’est très violent, ça vous fait vomir, ça vous détruit tout… Comme la chimio, c’est très agressif pour le corps. La première personne qui m’en a parlé, c’est la doctoresse qui m’a fait un test du SIDA. En gros, elle me prend mon sang et m’explique que la trithérapie ne soigne pas du tout le sida. Bon, je le savais, je suis pas tombée des nues mais je me dis que tout le monde n’est pas dans mon cas et quand on fait le test, c’est un peu tard pour nous le dire…

Parce que si j’ai fait un test, c’est que j’ai eu un comportement à risque, j’en suis pas fière surtout qu’on m’a bien fait la leçon quand j’étais jeune. Mais nous avons tous des comportements à risque. Quand je vois mon propre comportement alors que j’ai été bien informée, je frémis pour les jeunes qui ne savent même plus comment on attrape le Sida. L’autre jour, j’écoutais le Mouv’, un buzz consacré sur le sida, un gars expliquait qu’il était parti faire de l’information dans des facs et des écoles de commerce et il avait entendu tout et n’importe quoi, notamment un élève d’école de commerce lui dire sans rire que le Sida s’attrapait aussi par la salive. C’est dingue ! Là, je pense à Clémentine Célarié qui avait roulé une pelle à un séropositif pour montrer que ça ne risquait rien : oublié, tout ça est oublié.
 

Hier, je lisais sur le blog de Julien Lem que les médias ne couvraient plus vraiment le sujet car ce n’est pas vendeur. En effet, c’était quand la dernière fois que le SIDA a fait la une des magazines ? Quand une actrice a révélé sa séropositivité. Et voilà, le sida devient désormais un sujet people, c’est franchement pas rassurant ! Surtout que j’ai l’impression que le sida devient de plus en plus une maladie des années 80 donc les ados d’aujourd’hui ne se sentent plus concernés. Un peu comme la syphilis, une vieille maladie désuète qui n’existe presque plus… C’est ça, oui ! Enfin, si aujourd’hui des gens croient que le SIDA ça se guérit ou ça s’attrape par la salive, c’est bien qu’il y a un déficit d’information énorme, personne ne s’en soucie donc ?

 

Le problème, je crois, aujourd’hui, c’est que le sida est typiquement une maladie qui « n’arrive qu’aux autres », à ceux qui ont une vie sexuelle déviante, aux drogués, aux homos. Mais pas à moi, adorable hétéro qui ne fréquente que des gentils garçons. Foutaises ! Quand on me voit, impossible de savoir si je suis saine ou pas. Oui, j’ai l’air d’une fille sérieuse et j’utilise des capotes mais il m’est déjà arrivé de constater après l’acte que la capote qui décorait le pénis de mon partenaire était tout déchiré, il m’est déjà arrivé d’avaler du sperme… Une fois, un de mes partenaires très occasionnels a tenté de me brouetter sans capote, il est entré sans capuchon… Et il est ressorti tout aussi vite. Connaissant le passif sexuel de ce mec, je savais que j’étais loin d’être la première à passer entre ses mains et que la capote, c’était pas son truc. Mais j’aurais pu aussi bien me laisser faire. Tout le monde n’a pas le courage de dire non… D’ailleurs, plus jeune, je ne l’ai pas eu, avec Pierre le pervers, comme quoi…

Le sida n’existe pas qu’en Afrique. Ca existe chez nous aussi et, en plus, c’est en recrudescence. Hé oui, à force d’oublier de se protéger, le sida revient en force et ça risque
de ne pas s’améliorer. Sur des sites de rencontre gay, Gauthier m’a montré des jeunes hommes se déclarant séropositifs et refusant de porter une capote. Véridique, je l’ai vu de mes yeux vus. Certains diront : « bah, s’ils couchent avec d’autres séropositifs… » Mais le sida est un virus particulièrement vicieux, il n’y a pas un virus type mais plusieurs : coucher entre séropositif comporte des risques aussi. Mais bon, ça, personne ne le sait, il n’y a plus d’information.

 

Il y a-t-il plus de population à risque que d’autre ? Je suppose, oui, mais je n’aime pas trop penser en ces termes-là. En effet, ce n’est pas parce qu’on ne fait pas partie de ces populations plus à risques qu’on n’en prend pas, de risques. De toute façon, y a pas de secret, le sida, il n’y a qu’une façon de ne pas l’avoir, c’est d’utiliser des préservatifs. Je crois qu’on ne le dira jamais assez…

Paris Dernière

Dans le paysage audiovisuel français, on a de tout (et n’importe quoi). Des émissions racoleuses, des émissions intellectuelles, des émissions musicales… Et puis il y a Paris Dernière, émission ô combien étrange qui ne ressemble absolument à rien de connu. Ca pourrait être un compliment mais non, ça ne l’est pas.
paris-derniere 

Cette émission existe depuis X années puisque j’en avais entendu parler dans Perso, à l’époque, quand j’étais en première année de fac, donc il y a 6 ou 7 ans. Le concept me paraissait intéressant : un gars se promène dans Paris, caméra au poing, et nous livre la vie de la capitale by night. Car s’il y a bien une chose que j’ai appris depuis que je vis ici, c’est que Paris ne dort jamais tout à fait. Le gars, c’est Frédéric Taddéï que j’avais vu dans Nulle Part Ailleurs aux côtés de Jérôme Bonaldi, soit. Mais bon, dans mon studio d’étudiante, j’avais pas le câble ni la freebox donc je ne pouvais voir ce soit-disant petit bijou d’originalité.

 

Il y a quelques temps, je suis passée chez free et là, j’ai découvert ce petit bijou… Ben ça pue la tocaille achetée aux vendeurs ambulants de la Tour Eiffel. En gros, l’émission a deux temps : d’abord, on nous présente les artistes underground de Paris, toujours « délicieusement subversifs », que les bobos snobs adooooorent tant. Genre on va à une soirée où un artiste vous cuisine du foie humain et tout le monde gobe ça avec délectation en s’extasiant sur l’esprit créatif dudit artiste. Je veux pas dire mais Hannibal Lecter a fait mieux. Et puis le foie d’animal, c’est déjà suffisamment dégueulasse pour pas que j’aille manger du foie humain. Donc voilà, M. Taddéï se promène dans la rue et rencontre des artistes parfois inconnus, parfois connus. Et M. Taddéï est profondément crétin. Nous avons tous dans notre entourage un mec (ou une nana) qui se la joue culturée genre je connais tout sur tout. Vous lui parlez d’un truc et il fait : « ah oui, je vois tout à fait. Moi, tu vois, je pense que… ». Sauf qu’il tombe complètement à côté de la plaque et vous le regardez d’un air navré : « Non, c’est pas ça du tout. » Je me souviens notamment d’une fois où il coince Michel Boujenah dans un resto. L’autre, il vient de se taper une représentation théâtrale, il veut bouffer tranquille et voilà Taddéï et ses caméras (oui parce qu’il a pas qu’une DV, il est suivi par une équipe) qui viennent s’installer à sa table. Bon, pour ceux qui ne connaissent pas Boujenah, ce monsieur est juif et il a fait une pièce sur le sujet et là, il tient un discours sur les origines, je ne sais plus quoi mais bon, en gros, c’est l’homme est homme avant d’avoir une nationalité.

Taddéï : ouais, ouais, t’as raison !
Boujenah : Et Taddéï, c’est quoi ? Italien
Taddéï : Ah non, c’est florentin ! »

Ah t’as tout compris à l’universalisme de l’homme que l’autre a mis trois plombes à t’expliquer, c’est bien.

Bon, des fois, y a des endroits sympas genre des petits bars, des petits restos ou des galeries mais bon, les trois quarts du temps, c’est atrocement bobo. De toute façon, faut pas se leurrer, Paris Dernière, c’est surtout fait pour montrer du cul. En effet, la deuxième partie montre en général du cul. Des anonymes qui baisent dans la rue ou des chauds du sexe qui croisent comme par hasard la route de M. Taddéï. Non parce que le Frédéric, lui, il se balade et hop, il croise un couple qui se rend chez le roi de la capote (véridique) donc il les accompagne. Curieusement, moi, quand je me promène dans la rue, à Paris, la nuit, la seule chose qu’on me demande, ce sont des clopes (ou des fois mes faveurs mais je réponds pas). Une fois aussi, M. Taddéï a croisé des gens en plein acte sexuel appuyés sur une Megan Scenic en pleine rue pour un « porno amateur qu’on mettra en ligne ». Il y a donc une bonne femme en pleine levrette et là,

interview :

« Vous faites quoi, là ?
– On baise (t’es con ou quoi ?)
– Ah mais vous faites quoi dans la vie ?
– Je suis comptable.

– Et dans votre entreprise, ils le savent que vous faites ça ?

– Mmmm, peut-être ! »

Oui, je la vois tout à fait, la Sylvie, arriver le lundi et expliquer à la machine à café qu’elle s’est faite troncher dans la rue par plein de gens très excités par la présence de caméras qui ne sont pas les leurs puisqu’en pleine interview, une bonne femme est venue lui lécher la tronche. Mais le plus merveilleux, c’est que la bonne femme parlait avec une voix tout à fait normale… Vous remplacez « je baise » par « je viens d’acheter mon pain » et la conversation n’aurait pas été différente. Curieusement, moi, en pleine levrette, j’ai du mal à soutenir une conversation… Enfin, j’ai jamais essayé mais je pense que ça aurait donné un « hmmmm oh oui, ahah, je baise, ahah, oh oui ! ». De la même façon, on a assisté à un strip tease intégral d’une pauvre fille en boîte, genre « je suis torride, je suis exhib », sauf que personne ne la regardait, c’est triste, hein ?

 

Une fois, aussi, scène très amusante, à mon goût. M. Taddéï tombe sur une écrivaine dans une boîte échangiste, je n’ai pas vu son nom à la fille (Eliette Abecassis ?). A un moment, il l’entraîne dans la backroom, on voit des gens qui baisent et la fille qui se la joue trop rebelle, elle se met à caresser une statue en exaltant les formes de la dite sculpture. Ah ouais, c’est sûr, j’irais dans une backroom, je m’extasierais sur la déco, moi aussi. Je suis une écrivaine subversive folle de sexe, je vais dans les backrooms et je caresse des statues,
mmm ! Donc, voilà, moi, je trouve ça très drôle. Autre grand moment : la scène dans la boîte SM avec une bonne femme d’au moins 60 balais torse nue qui balade son soumis avec une laisse avant de l’enfermer dans une cage pour qu’il lui lèche les bottes. Et bien une femme de 60 balais torse nue, ça fait peur. Sinon, nous avons eu aussi droit à une scène de partouze dans un appart,
j’ai pas compris comment on est arrivés là mais ce fut assez curieux de voir cinq ou six mecs totalement à poil ou juste le froc baissé (pas ridicule du tout, tiens), ramper sur une nana.

 

La semaine dernière, l’émission s’est finie par un « spectacle » trash donc hypra top tendance mais franchement, j’ai pas compris l’intérêt. Un mec à poil hurle des insanités et saute sur scène une poupée gonflable avec une bite en latex (la sienne sort de son carcan de temps en temps et il bande pas donc faut accessoiriser la chose). Bon au début, le mec, il a une sorte de couche. A un moment, il se frotte le bout, renifle ses doigts et se met à hurler dans un micro : « mon prépuce sent le fromage de chèvre ! ». Bon après, il décapite sa poupée gonflable qui meurt pas donc il la sodomise mais beurk, y a des défections et il fait manger ça à la tête de la poupée. Et là, on saisit toute l’essence de Paris
Dernière : sous prétexte d’être subversif et trash, on nous fait bouffer de la merde.

 

Ceci étant, y a quand même une chose de bien dans cette émission : la musique. Bon, ça fait très compil lounge mais c’est précisément ce que j’aime. Il existe des compils, d’ailleurs, je vous les conseille. La musique est gérée par Béatrice Ardisson, surtout connue pour être l’épouse de Thierry qui apparaît parfois dans 93, faubourg St Honoré. Globalement, je la trouve chiante, trop « mon mari est fantastique », mais elle arrive à sauver une émission du marasme complet. Bravo, Béatrice ! 

Le zizi culturel

Je pense que je tiens ici le titre le plus débile de ce blog. C’est pas que je suis obsédée par le pénis mais voilà une chose soumise à une certaine culture. Hé oui, messieurs, selon où vous vivez où selon votre religion, on vous enlève un petit bout. Et quelque part, ça me dépasse complètement.
 
Vendredi soir, je suis posée devant ma télé à fumer une clope avant d’aller faire des bulles dans mon bain (surtout que j’ai acheté des sucres effervescents, mmmm !). Je regarde une série profondément débile qui s’appelle Off Center, l’histoire de New Yorkais qui vivent en coloc… Non, ce n’est pas Friends, les héros sont juste plus jeunes (mais ils ont quand même leur café de prédilection). Les personnages masculins vont dans une salle de sport naturiste ( ???). Dans l’épisode de vendredi, l’Anglais de service vire son slip et là : « ah mais bah, qu’est-ce qu’il y a sur ton pénis ? » Un prépuce, cher. Donc pendant tout l’épisode, notre ami Européen se pose la question : prépuce or not prépuce, that’s the question.
 
Partant de là, je me mets à réfléchir au pénis et à la nécessité dans certains pays d’enlever la petite peau qui ne sert peut-être pas à grand-chose mais qui est d’origine. En tant qu’Européenne, je suis plus qu’habituée au prépuce de ces messieurs et j’avoue que ça ne me gêne pas, bien au contraire. Ca me fascine cette espèce de conformisme pénissal. Après tout, nous les femmes, on ne nous impose pas un stéréotype vaginal… On pourrait imaginer par exemple qu’en France, pour être normale, il faudrait une épilation en triangle alors qu’aux Etats-Unis, ce serait plutôt en ticket de métro. Par exemple.
 
Alors pourquoi se faire enlever un bout de peau pour être « comme les autres » ? Une femme refusera-t-elle de partager la couche d’un homme parce qu’il a gardé sa capuche ? Dans Sex and the city, effectivement, Charlotte part en courant d’un lit d’un monsieur « entier », on dira. Si je me mets à sa place (mais situation inverse, je suis habituée au prépuce), je ne crois pas que ça me ferait fuir, bien au contraire, j’étudierais ça avec passion. Je testerais différentes choses pour voir « ce que ça fait ». Parce qu’au fond, je me demande comment on peut rejeter un homme à cause d’un pénis équipé d’un prépuce ou pas. Aux Etats-Unis, apparemment, les femmes ne trouvent pas ça propre… Je veux pas dire mais ne pas avoir de prépuce ne signifie pas  que le monsieur est d’une hygiène irréprochable et vice-versa. Souvent, dans ces mêmes séries américaines, de jeunes hommes passent sur le billard pour se
faire enlever ce bout de peau « pour plaire à leur fiancée ». Alors si le mec vient de se convertir au judaïsme pour sa belle, je peux concevoir, mais sinon, ça me dépasse complètement. Un mec qui demanderait à sa fiancée de se faire siliconer les seins, se raboter le nez ou se faire liposucer, ça fait hurler mais qu’une fille demande à un mec de se faire enlever quelques bouts de peau, ça paraît tout à fait normal. Non mais au secours ! Elles peuvent pas accepter la queue de leur copain telle qu’elle est ? Parce que si elles acceptent pas ça, c’est qu’elles ne doivent pas l’aimer tant que ça, le monsieur.
 
C’est hallucinant comment le pénis est un objet culturel. Dans certains pays, ils sont tous tatoués (aïe !), on les enserre dans un espèce de tube qui remonte au nombril. Et là, je m’interroge : ces étuis me semblent assez étroits et ajustés : et si le monsieur a une érection, il se passe quoi ? Ca risque d’être très gênant, non ? Et puis les femmes ne sont pas si naïves ! Un pénis ne rentrera jamais dans leur nombril, arrêtez de rêver, les gars. Autre fait culturel intéressant : le prince Albert. Alors pour les incultes : non, ça ne vient pas du tout de M. Albert de Monaco, c’est beaucoup plus vieux que ça. Le prince Albert dont on parle est anglais. Pourquoi ce monsieur s’est-il percé la queue ? Et bien non, il n’était pas masochiste, c’était pour une question de bienséance : notre ami Albert avait mis un anneau au bout de son pénis pour y glisser un fil qui lui permettait de plaquer son sexe contre sa cuisse et éviter ainsi les renflements gênants…
 
Ca aussi, c’est culturel : souligner ou dissimuler son pénis ? Le mettre dans un étui ou le plaquer contre sa cuisse ? Je pense qu’il y a ici deux logiques qui s’affrontent : affirmation de sa virilité contre une certaine pudeur. Il faut dire ce qui est : quand un mec me plaît, je ne peux m’empêcher d’aller jeter un œil furtif à cet endroit-là, bien que je ne puisse en tirer de réelles conclusions (oui, un sexe au repos peut-être ridiculement petit par rapport à sa version en érection, tout dépend de ce que j’appelle la « capacité érectile »). Et dans nos sociétés, j’ai plutôt de la chance, les hommes aiment bien mettre des jeans moulants, mmmmm ! Pour autant, les messieurs ne mettent pas en valeur de façon outrancière leur service trois pièces en attirant le regard dessus. J’imagine bien des mecs se promener avec une coquille par-dessus leur jean, tiens, que ce serait mignon ! Le seul endroit où le sexe est à peine voilé, c’est à la plage, surtout avec les maillots de bain justement nommés moule-bites (je trouve ça anti sexy au possible). Un copain m’expliquait un jour qu’à la plage, il aimait bien avoir une demi érection : suffisamment pour présenter un bel engin qui gonfle sous son maillot mais pas assez pour que ça fasse piquet de tente. Effectivement, vous remarquerez qu’à la plage, y a toujours des gars allongés sur le dos, mains posés derrière la tête, qui nous montrent fièrement leur engin, soigneusement rangé dans leur maillot moule-bite. Messieurs, je vous le dis : y a rien de plus ridicule. Si vous voulez draguer avec votre pénis (technique qui me paraît hautement casse-gueule soit dit en passant), gardez quand même un peu de votre dignité. Parce que, moi, un guignol pareil, je lui ris au nez et il n’aura plus jamais l’occasion de me montrer popol.
 
Bref, pour en revenir à cette histoire de zizi culturel, tout ça me dépasse, sans doute parce que je ne suis qu’une fille. Comment on peut faire une fixette à ce point sur une partie de son corps que seul(e)s quelques privilégié(e)s vont voir ? Je sens la réplique : « oui mais vous, vous faites bien une fixette sur vos seins ? » Oui et non. D’abord, nos seins, même habillées, on les voit un peu plus que votre tuyau (j’adore cette expression) mais il n’y a pas que ça. Une fois, j’ai lu un magazine féminin qui m’expliquait que je devais à nouveau me raser en triangle parce que le ticket de métro, c’était dépassé. Ah oui, j’imagine la scène : me voilà avec un nouvel amant qui, quand j’ôte mon string, hurle :
« Quoi, mais t’es épilée façon ticket de métro ? Mais t’es trop has-been comme fille ! ». D’abord, je trouve l’épilation « ticket de métro » atroce, ça casse la forme de mon sexe, ensuite, je vois pas pourquoi le look de mon minou devrait être à la mode. Comme si je sortais de chez moi à poil, tiens ! Alors pourquoi les mecs devraient se conformer à ce point à la norme ? Après tout, la première personne à qui doit plaire ce sexe, c’est à eux, non ? Personnellement, j’irais pas me faire opérer du sexe juste pour être dans la norme. Surtout que cette opération est définitive : se faire enlever de la peau pour sa copine, c’est sympa. Sauf que si la survie de votre couple ne tient qu’à quelques centimètres de peau, je crois que votre couple aura une durée de vie limitée.

La musique, oui, la musique !

Ah, l’industrie du disque, en voilà une qui nous prend pour des cons et des vaches à lait. Je sens que je vais me faire allumer suite à la rédaction de cet article mais tant pis,
je l’écris quand même, même pas peur.
 
musique 
Ce que j’aime sur M6, ce sont les mini-émissions comme « lumière sur » ou « s comme son ». Bon, très honnêtement, je n’ai jamais compris la différence entre les deux, peu importe. En général, ces émissions d’un couple de minutes montre un artiste qui chante une daube fantastique et un monsieur le présente d’une voix extatique : « Pingoo le pingouin se donne à fond pour divertir son papa qui s’ennuie sur la banquise » (véridique, y a une chanson comme ça). Dans la même série, nous avons Ilona chais-pu-quoi (« un oiseau, une vache, une chèvre-euh ! »), le mannequin italien dont j’ai oublié le nom qui chante un truc qui fait « je t’aime, je t’aime, je t’aime, je t’aime… ». Bon, si faire une chanson, c’est répéter 20 fois la même chose, je vous fais un CD en une semaine.
 
Là, je me pose des questions : qui met ces…hum…œuvres en vente ? Qui décide que ce titre est gé-nial et va forcément cartonner ? Des chansons débiles, y en a toujours eu donc je vais pas me lancer dans un « bouh, c’était mieux avant » mais grâce à M6, je découvre ces titres comme les espèces d’extraterrestres tout moches qui chantent un atroce « gna gna gna gna ! » qui me donne envie de mettre de la super glue sur mes boules quiès pour ne plus jamais entendre ça. Et pourtant, les boules quiès, j’ai horreur de ça. Mais le pire, c’est que ça marche du tonnerre !
 
Niveau musique, je suis assez chiante, faut dire ce qui est. En boîte, y a des trucs sur lesquels je refuse de danser sur certains titres tellement je les supporte pas comme le truc des Las Ketchup qui me sort par le nez ou les Bratisla Boys à l’époque. Ouais, c’est super, c’est délire… Non, c’est du n’importe quoi. A côté de ça, y a des pauvres artistes qui font des trucs bien mais qui galèrent comme des malades. J’ai découvert récemment l’envers du décor grâce à mes anciens camarades de promo qui ont un groupe et ont enregistré leur première démo. Franchement, ce qu’ils font, j’adore, je me suis empressée d’acquérir leur galette car les enregistrements en MD lors des concerts dans les bars de Toulouse, c’était très pénible à écouter. Le problème, je crois, c’est qu’il faut tomber au bon moment. Hé oui, la musique, c’est comme tout, c’est un phénomène de mode. En ce moment, j’ai l’impression qu’on exploite à fond le phénomène adulescent (grrrrr, que ce terme m’énerve) avec des titres débilitants, on ressort les vieilles chanteuses de notre enfance qui puent la naphtaline. Oui, lecteur, tu ne le sais pas peut-être mais là, c’est le come-back de Dorothée qui nous ressort « hou la menteuse-euh, elle est amoureuse-euh ! », le tout avec un clip en image de synthèse.
 
En France (mais sans doute ailleurs), aussi, on aime bien les émissions à la Star Ac ou Nouvelle Star, on nous bombarde de jeunes artistes qui dureront… ou pas. Déjà, la Nouvelle Star, je trouve que c’est une émission incroyablement masochiste. D’un côté des candidats qui se ridiculisent pour passer à la télé (après une demi-journée de queue, c’est du travail d’avoir son quart d’heure de gloire), de l’autre un jury qui se dit amateur de musique et qui veut trouver un(e) artiste qui sortira des sentiers battus. Bon, j’avoue que dans ce jury, je connais que Marianne James, moi, qui est une fille que j’adore et qui a un humour terrible, je comprends pas ce qu’elle fout là. Donc de là nous sortira un petit gamin de 17 ans à tout péter qui sera lancé à toute vitesse sur le marché du disque histoire qu’on l’oublie pas entre la fin de l’émission et la sortie de son CD. De là nous sortira soit une nouvelle star, soit un nouveau dépressif, au choix.
 
Tous les jours sortent des dizaines et des dizaines de CD : album, CD deux ou quatre titre, best of… Bref, y en a pour tous les goûts même si certains CD sont plus faciles à trouver que d’autres. Mais je ne suis pas une vache à lait et j’aimerais qu’on arrête de me prendre comme telle. En effet, un CD, c’est en général une dizaine de titres au prix de 20 euros en moyenne. Or de plus en plus, les artistes sortent un album par an avec un voire deux titres audibles, une ou deux reprises et basta.
 
Autre truc qui m’énerve : le best of avec LE titre inédit. Alors, ça, je trouve ça immonde de faire payer 15 à 20 euros pour un titre qui nous manque ! Bon, personnellement, je ne suis pas assez fan d’un artiste pour avoir A TOUT PRIX besoin de ce CD comportant déjà des titres que j’ai par ailleurs, sauf un. Dans la même veine, le CD identique avec trois ou quatre pochettes différentes. La pro de ce genre de marketing, c’est Mylène Farmer : alors nous avons l’album normal, l’édition spéciale, l’édition super rare de la mort qui tue…La couverture noire, la couverture rose, la couverture blanche… Etre fan de cette fille, ça coûte vraiment cher !
 
Alors, maintenant, l’industrie du disque veut nous faire pleurer : bouh, le téléchargement, ça nous étrangle, notre métier va disparaître, au secours ! Bon, avant tout, soyons clair : ce n’est pas tellement la musique qui est menacée par le téléchargement mais plus le cinéma mais voilà un autre débat. Je ne suis pas vraiment une acharnée du téléchargement dans la mesure où j’achète beaucoup plus de CD depuis que j’ai découvert les mp3, au fond. Car quand j’aime un artiste, j’achète ses albums, histoire de l’encourager à en faire d’autres (logique). Grâce au téléchargement, j’ai découvert Jorane, Tori Amos, Fiona Apple, Emilie Simon ou encore Apocalyptica. D’un autre côté, il y a des CD que je suis ravie d’avoir téléchargé car à part le titre phare, il n’y a rien à récupérer. Après tout, dois-je me sentir coupable de ne pas acheter un CD dont un seul titre me plaît ? Ben non.
 
En France, le prix d’un CD normal est aujourd’hui trop élevé. J’avoue que je ne connais pas trop les prix à l’étranger mais je sais que ça me revient moins cher d’acheter mon CD au Canada et de me le faire livrer que d’aller à la FNAC. Bien sûr, ça me désole les artistes qui ont du mal à joindre les deux bouts parce qu’ils font de la musique pas commerciale pour un sous, contrairement à une gamine qui ne sait même pas chanter mais vu la promo, on ne peut que difficilement y échapper. Après, je me demande sincèrement qui achète ces disques mais apparemment, ça marche du tonnerre.
 
Des fois, je me demande comment des gens qui aiment vraiment la musique veulent encore en faire leur métier car il est plus sûr de passer dans une émission « fabrique à chanteurs » et de se faire composer des titres par des gens habitués à pondre des tubes en série. Aujourd’hui, l’audace musicale ne semble plus de mise. Et après, on nous explique que c’est notre faute : on n’achète plus de CD donc les maisons de disque ne prennent plus de risque en produisant des artistes un peu originaux. Un peu facile, non ? Il me semble que certains disques ramènent tellement d’argent qu’ils permettraient de financer un ou deux artiste moins vendeur, non ? Bref, plutôt que de pleurer pour de mauvaises raisons, que les gens soient honnêtes : s’ils préfèrent produire des chanteurs au talent…hum douteux qui font des titres parfaitement formatés pour réussir plutôt que des gens qui font des œuvres plus originales, c’est une question d’argent, mais pas celle qu’ils avancent.

8 mars, journée mondiale de la femme

Messieurs, aujourd’hui, c’est notre journée, hé oui. Et là, j’entends les sarcastiques : « ahahah, vous, vous avez un jour, nous, les 364 restant ! ». Ouais, ouais, ouais… La journée de la femme, en France, ça passe plus pour du folklore qu’autre chose. Hé oui, mesdemoiselles, réjouissons-nous : ici, on a le droit de faire ce qu’on veut.
 
Je suis née en ce bel après-midi d’avril (oui, le matin, moi je dors, même fœtus) avec un vagin et pas de zizi. Un drame pour mes parents ? Que nenni ! Hé oui, moi, j’ai
la chance d’être née dans un pays où avoir un bébé de sexe féminin n’est pas une catastrophe. En naissant en France, j’ai droit à pas mal de choses : à faire des études, à pouvoir avoir du sexe autrement que dans le but de procréer en me protégeant avec les moyens à ma disposition, à pouvoir avoir du sexe avant le mariage sans être la honte de la famille. Je pourrai même donner mon nom de famille à mes enfants si j’en ai envie et même si je suis mariée, youpi. Oui parce que si je me reproduis avec Brad Mortecouille, déjà qu’il y a peu de chance que je me marie avec lui pour porter un pareil nom (rassurez-vous, je ne suis pas pro mariage déjà à la base), mes enfants pourront naître Bartoldi et éviter les moqueries dans la cour de la maternelle. Bon, évidemment, en France, c’est pas partout pareil : dans certaines familles (et pas que musulmanes, très loin de là), ne pas avoir d’héritier mâle, ça la fout mal et les héritières femelles sont priées de ne pas avoir certains comportements…hum…indécents.
 
Mais bon, il y a des pays où naître fille est une vraie malédiction. Déjà, certaines sont tuées à la naissance car on n’a droit qu’à un bébé et un garçon, c’est mieux. Pour de nombreuses raisons, question d’héritage, question de dot… Quelque part, je me rends compte de ma chance à double titre : étant née fille, j’ai eu droit à une vie plus que décente et en plus, quand je me reproduirais à mon tour, on me reprochera pas d’avoir fait une fille. Surtout que c’est pas moi qui détermine le sexe du bébé mais le monsieur alors hein !
 
Il est des pays où les femmes ont droit à la vie : elles sont nées, elles sont là. Et point. Elles n’ont aucun droit : pas le droit de s’exprimer, pas le droit de voter, pas le droit de s’habiller comme elles veulent, pas le droit de sortir dans la rue sans un homme. Même pas le droit de porter plainte si leur mari les frappe. Enfin, techniquement, si, elles peuvent, mais ça ne servira à rien. Dès qu’une femme essaie de changer les choses, elle le paie de sa vie.
 
La journée de la femme, c’est surtout pour ses femmes là. Mais que faire pour elles ? Les féministes occidentales se concentrent surtout sur leur propre pays, ce qui peut se
comprendre aussi : comment un pays dit civilisé pourrait prétendre défendre les droits de femmes d’autres pays si dans leur propre patrie, leurs droits sont menacés ? En France, on n’est pas si mal, même si on est loin des pays scandinaves, leader sur ce point. En France, il reste encore des sujets graves, comme les femmes battues. Quand Marie Trintignant décède sous les coups de son compagnon, voilà qu’on nous apprend que 10 femmes décèdent des mêmes causes tous les mois. Combien de Marie Trintignant faudra-t-il pour que cela devienne un vrai crime ? Combien de Marie Trintignant pour que les femmes comprennent qu’être battue n’est pas honteux et qu’elles puissent enfin parler ? Et y a pas que ça. Combien de temps faudra-t-il encore pour qu’on n’entende plus : « elle s’est fait violer ? Fallait pas qu’elle s’habille comme une pute, aussi ! ». Mais bien sûr, et puis elle aurait pu s’abstenir de se balader avec l’écriteau « viole-moi » et si elle avait mis sa ceinture de chasteté, on n’en serait pas là… Bref !
 
Il y a donc des femmes bien plus mal loties que nous, mais que faire ? J’avoue que je n’en sais rien car de nombreux comportements sont inscrits dans les cultures depuis des siècles et des siècles, les faire changer relève de l’exploit. Le souci majeur, c’est qu’on ne peut leur imposer nos valeurs culturelles comme ça. D’une part, j’avoue que de dire que nos valeurs sont forcément meilleures que les leurs, ça me gêne, c’est ma vision des choses de petite Occidentale, ça. D’autre part, quand on impose quelque chose aux gens, on les braque plus qu’autre chose. Je crois qu’au lieu de condamner une société en bloc, il faut apprendre à la connaître et essayer de trouver les leviers qui permettront une égalité sexuelle. Après tout, nous, y a deux siècles, Napoléon promulguait le droit civil qui faisait de la femme une éternelle mineure…
 
Je ne le permettrai pas de cracher sur ces sociétés où les droits de la femme sont relativement inexistants, essentiellement parce que ce que je sais d’elle, c’est ce que j’en lis dans des journaux ou livres écrits par des Occidentaux, avec des yeux d’Occidentaux. Je ne suis jamais allée en Afghanistan ou en Tunisie pour voir sur place comment c’est. La bourka existe et je ne peux en nier l’existence mais je peux pas affirmer que toutes les femmes en Afghanistan sont vêtues comme ça, j’en sais rien (si quelqu’un a un témoignage sur le sujet, qu’il s’exprime). Ceci étant dit, je crois qu’un monde où tous les individus ont les mêmes droits indépendamment de leur sexe arrivera sans doute. Certains diront que c’est la faute à l’Islam. C’est sûr, nos nonnes, on ne les voile pas, nous, les femmes catholiques ne se couvrent pas pour aller à l’Eglise. Le problème, sans doute, vient du fait que les dogmes religieux ont été édifiés à une époque où les femmes étaient considérées comme des êtres inférieurs. Je crois vraiment que la lutte pour le droit des femmes ne doit pas se faire contre les cultures mais à un autre niveau, ce doit plus être une prise de conscience que tous les individus naissent libres et égaux, qu’ils aient un vagin ou un pénis. Mais bon, je ne suis pas utopiste, je ne dis pas que ça arrivera demain, je ne pense même pas que je verrai ça de mon vivant. Peut-être ma fille que je n’ai pas encore le verra, je ne sais pas.
 
Pourtant, être une femme, c’est beau. Certes, je ne pourrai jamais faire pipi debout et j’ai mes règles tous les mois mais je ne regrette pas d’être née femme. Un jour, je donnerai la vie à mon tour, je sentirai un enfant grandir en moi, je le verrais grandir en dehors de moi mais même quand il ne vivra plus dans mon ventre, un lien existera toujours entre nous quoi qu’il arrive. Je suis née femme et ce n’est pas un handicap car je suis née au bon endroit. Je suis maîtresse de mon corps et de ma vie.
 
Je rêve du jour où toutes les femmes, où qu’elles naissent, pensent comme moi. Je rêve du jour où toutes les femmes pourront choisir leur vie, leur métier, leur mari… Et je rêve d’un jour où les femmes auront droit à plus qu’une journée dans l’année pour qu’on pense un peu à elles.