Les chevaliers du fiel, un humour sud ouest

Depuis hier, je suis dans mon pays et je revis. Enfin du calme, plus de stress, plus rien, je suis zen. Même si le retour a été une véritable épreuve mais je raconterai ça demain, histoire de rajouter une nouvelle page au dossier « j’ai la lose ! »

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Hier soir, ma mère me propose de regarder un DVD avec eux, j’avais au choix Millenium, éliminé car trop long. Il faut savoir que mon voyage en train ne m’ayant pas permis de finir ma nuit comme à l’accoutumée (il part à 7h54, parfait pour roupiller une partie du trajet), j’étais un peu claquée genre à 18h30, enroulée dans une couverture, je me suis légèrement endormie en lisant mon magazine.  Nous avions aussi au choix Première Etoile, une comédie française qui est « dans la lignée de Rasta Rocket ». Autant petite, j’avais adoré ce film (pas revu depuis, je sais pas si j’aimerais toujours, tiens), autant un Rasta Rocket version française, ça me fait un peu peur, malgré le mec qui a l’air beau gosse sur la jaquette (à vérifier sans lunettes de soleil). Du coup nous reste le dernier spectacle des Chevaliers du Fiel « La brigade des feuilles ».


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En regardant le spectacle qui m’a bien fait rire (il tape pas mal sur les syndicats, ça devrait plaire à quelques uns…), une question surgit : mais comment ces mecs là peuvent marcher en dehors de Midi Pyrénées ? La plupart des vannes concernent les bleds d’ici à part une référence à Narbonne qui est en Languedoc mais qu’on connaît tous puisque c’est la première plage que l’on croise en partant de Toulouse (une heure et demie, ça fait rêver hein ?). Par exemple vanne sur Rodez ou Millau que vous connaissez sans doute de nom (Millau, vous avez intérêt, avec le viaduc, quand même). Par contre Caussade ou Labastide St Pierre, je suis moins sûre. Oh, je sais ce que vous vous dites à part vous, avoir une maison secondaire à Labastide St Pierre, ça doit être sympa tellement ça sonne bien.  Perso, les seuls souvenirs que j’en ai ne sont plutôt pas bons (ma cousine et sa famille y vivaient quand nous étions petites et y avait un sale chien à côté, genre mini chien teigneux, qui venait toujours aboyer quand on allait chez ma tante et je le détestais) . Mais ouais, le nom sent bon le sud, c’est vrai.

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Et je ne vous parle pas du sketch de la chanson en patois. Même moi, j’ai été un peu larguée alors que mes parents se roulaient par terre de rire. Oh, je pourrais pleurer  sur le fait que c’est encore une langue qui va se perdre. Imagine, lecteur, si j’avais su parler le patois… J’aurais maîtrisé la langue de mes ancêtres, celle de ma génération (on va dire le verlan. J’ai droit, je suis pas musulmane*) et il fut une époque où je gérais incroyablement bien le sms. J’ai un peu perdu depuis mais sa revi1 vit (lol). Enfin, je m’égare, je me rêvais pont entre les générations. Donc pour en revenir à mon histoire de Chevaliers du Fiel, je me demande si c’est facilement exportable. J’avais vu leur spectacle « L’assassin est dans la salle » sur Paris Première donc manifestement oui. Après tout, peu importe qu’on soit déjà allés ou non à Caussade ou à Rodez, on peut comprendre ce qu’il se trame derrière. On pourrait remplacer par Berck ou Sainghin en Mélantois (si, ça existe) et on comprendrait de suite mieux. Evidemment, je ne suis pas certaine de l’effet comique du coup vu que nos amis ont quand même un accent du sud bien audible, ça pourrait créer un décalage étrange… Un espèce de bienvenu chez les chtis bis… Heu non…

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Bref, tout ça pour dire que me voici de retour dans mon pays et j’ai déjà envie de dire que je ne reviendrai jamais à Paris. Ce qui est faux bien entendu mais quand je vois à quelle vitesse je me suis toute détendue… Et ça va durer  quasi jusqu’en 2010.

* Pour les 3 excités du fond qui googlisent les mots du genre « musulmane » ou « immigration » ou que sais-je encore juste pour venir crier au racisme, je précise que le contenu de cette parenthèse est une référence à une actualité…

Comment ne pas déprimer face à la crise ?

Jeudi dernier ou par là, je m’éveille avec le doux ronron de mon réveil qui me raconte que le chômage a atteint son plus haut niveau depuis des lustres et que plein de gens cherchent du travail. Là, je me suis dit : « heureusement que je ne vis plus en chômagie, je crois que je me serais mis un sac sur la tête et la tête dans le four.

A l’époque de mon chômage, le phénomène était globalement inverse : le chômage ne cessait de baisser même si les syndicats dénonçaient la radiation de certains chômeurs de l’ANPE pour diminuer le chiffre. Toujours est -il que quelque soit le calcul, j’étais encore du mauvais côté de la barrière, même si on m’expliquait que les hauts diplômés (enfin, les bac++) mettaient en moyenne un an et demi à décrocher leur premier CDI. Je ne pense pas qu’être dans la norme m’ait consolée…

Mais là, c’est la criiiiiiiiise. Celle qui va tuer le capitalisme paraît-il. Je ne disserterai pas sur ce point. Ca licencie à tour de bras, les embauches sont gelées, c’est la merde. Comment continuer à y croire ? Surtout que même le gouvernement nous dit que ça va durer au moins jusqu’en 2010. Et y a même pas que Fillon qui le dit, ils le disent tous. Non parce que Fillon, je trouve que plus ça va, plus il ressemble au fossoyeur de Lucky Luke et il m’inquiète. Je ne crois pas qu’un premier ministre sous lexomil nous aide beaucoup pour cette satané crise. Mais alors que faire pour sortir de la chômagie dans ces temps difficiles ?


Et bien, il n’y a pas de solution miracle mais rien n’est joué, certains secteurs continuent leur vie pépère. Je sais de quoi je parle, je viens de changer de boulot. Evidemment, certains profitent de la crise pour geler salaires et embauches et réserver les bénéfices 2008 aux actionnaires mais même en période de gel des embauches, un CDD est toujours possible. Bref, en un mot : la crise ne doit pas servir de prétexte à baisser les bras, interdit ! On n’a pas dit que ce serait facile mais rien n’est impossible. Même s’il est vrai que dans certains secteurs, c’est franchement la cata.

En fait, en cas de criiiiiiiise, je crois que la seule solution pour ne pas se faire bouffer par l’alarmisme médiatique, c’est encore de le snober. On n’écoute plus ni télé ni radio, on ne lit plus que les articles concernant son métier, histoire de toujours être au courant des dernières évolutions mais pas plus. Bon, si vous travaillez dans le secteur de la banque, pas de chance… Mais le chômage est suffisamment pénible à vivre sans que les oiseaux de mauvaise augure viennent encore étouffer l’atmosphère. De toute façon, est-il réellement nécessaire de regarder un JT tous les jours ? Moi, je me contente des journaux en ligne, j’en peux plus de la télé de toute façon. Puis y a des jours, on a l’impression de revoir exactement les mêmes journaux que la veille. Quant à la crise, ils en parlent tous les jours sans rien dire de nouveau, super utile ! Et après, on s’étonne de l’aspect auto-réalisateur de la crise : plus on parle, moins les gens consomment, plus c’est la crise.


Bref, la seule façon de continuer à chercher efficacement en ce moment est de couper un peu ce brouhaha médiatique. Sauf pour ceux qui aiment les défis : trouver un job en temps de crise, la classe !

C’est la grève (comme tous les autres jours)

Lundi matin, j’arrive à la gare : pas de train avant 30 minutes. N’étant pas tout à fait stupide, le soir, je vais voir sur ABCDTrains et bonne nouvelle :
le trafic sera normal le lendemain. Sauf que pas de chance, un conducteur se fait agresser lundi soir à 19h40 et quand j’arrive à la gare hier matin, y a écrit en gros : « pas de train du tout ». Ah ben comme ça au moins…


Arrivée au boulot, je pianote sur le net pour savoir ce qu’il s’est passé exactement, c’est quoi cette histoire d’agression. Je ne commenterai pas le fait que j’ai du mal à comprendre pourquoi c’est tout le réseau St Lazare qui est paralysé alors que l’agression a eu lieu sur la ligne A du RER. De toute façon, ça fait à peu près un an que j’ai des soucis de train toutes les semaines, je pourrais lister les différents motifs de grèves ou pannes mais on s’en fout, là n’est pas le propos de l’article. Et non, en fait, je ne vais pas dire que la grève, c’est bien mais qu’on en a tellement abusé que ça ne veut plus rien dire là (un an de perturbations entre les grèves dures et les remises en service plus les pannes), que je trouve assez scandaleux qu’un syndicat utilise l’agression d’un conducteur pour expliquer que c’est la faute de la direction qui veut pas céder à leurs revendications ( ?) ou encore parler du collègue de ma mère, infirmier aux urgences, qui se retrouve avec un collier cervical et un arrêt de travail d’un mois sans que ça n’émeuve personne. On pourrait aussi parler du fait que le moindre pet de travers du côté des syndicats est surcouvert par les médias alors qu’il faut attendre que quelqu’un meure aux urgences pour qu’on se dise que, quand même, y a comme un souci. Mais c’est Noël, on va oublier et manger, merci bien. Je pourrais enfin faire remarquer que privatiser ne multipliera cependant pas les rails et qu’Air France n’est plus un service public et pourtant… Bref, voilà, je balance tout, je développe rien et je passe à la suite.

Plus intéressants que les articles qui ne nous apprennent pas grand chose sur le sujet (et qui, pour celui du Monde, est écrit avec les pieds), les commentaires. Alors, ça, c’est mon péché mignon. Prenez un sujet polémique et allez lire les commentaires, c’est carrément jubilatoire. Entre les usagers mécontents, les acharnés de la privatisation et les « tout ça, c’est un complot du gouvernement pour nuire aux syndicats », je me régale. Mauvaise foi contre mauvaise foi, propos décousus (y a des gens, je comprends pas ce qu’ils cherchent à dire), gens qui mêlent des choses qui n’ont rien à voir dans le débat, anecdotes personnelles, effleurement du point Godwin (celui là, j’aime le distribuer). Ça vous rentabilise une grève en deux minutes.


Je parle des grèves mais ça marche pour le reste. Il faut surtout lire ceux concernant la France et là, c’est droite comme gauche, c’est tout blanc ou tout noir. Parce que tout est la faute de l’UMP mais toi, t’es trop con, tu es influencé par les discours anarco syndicalistes, alors hein… Oui parce que de façon générale, dans les débats sur le net (et surtout sur le net), chacun est persuadé de détenir la vérité absolue et indéniable alors que tous les autres sont influencés par les médias. On peut prendre le cas du Proche-Orient, un vrai cas d’école. On a de tout : du sang, des larmes, des intérêts géostratégiques, des morts, des soldats, des attentats, des religions, des « moi je sais, pas toi ». Perso, moi, je ne sais pas vraiment. Je ne vis pas là bas donc les chiffres qui me parviennent, parfois contradictoires, je ne peux pas savoir lesquels sont vrais, lesquels sont faux, quelle source est fiable et quelle autre est vérolée. De façon générale, je préfère éviter de me prononcer sur le conflit essentiellement parce que ça finit toujours par dégénérer. C’est pas pour autant que je n’ai pas un avis mais il suffit de tomber sur une personne qui est pour l’autre camp et là, c’est parti : « t’es trop conne, tu répètes ce que disent les médias mais t’en sais rien. Franchement, quand on sait pas, on ferme sa gueule ! ». Je suis toujours assez fascinée par cette sensation que semblent avoir tous les commentateurs d’actualité de savoir. Y compris quand ils ont tort et qu’on leur prouve par A+B car des fois, oui, il y a moyen de démontrer qu’ils ont tort mais au lieu de fermer sa gueule ou de s’excuser, la personne attaque sur un autre point. Je me souviens d’avoir eu ce débat sur ce blog même. Une fille m’explique qu’en France, les résidants d’outre mer et les gens issus de l’immigration n’ont pas le droit d’être élus de la République, je lui cite quelques noms pour lui prouver le contraire. Réponse : « et alors, tu trouves qu’il y a de quoi être fier ? ». C’était pas la question, à la base…

 

Mais j’aime. J’aime vraiment ces joutes verbales, ces interpellations, c’est « moi je sais et pas toi », cette mauvaise foi qui transparaît et les raccourcis parfois hallucinants qui sont faits. Cette sensation que parfois, les gens ne pensent pas selon la même logique pour arriver de A à C en passant par T. Sauf qu’il y a un effet pervers : à force, on a tendance à ne plus donner raison à personne et d’être totalement désabusé. Et du coup, dans les débats en soirée, on n’a aucune envie de donner son opinion vu qu’aucune option ne nous convient. Par contre, pour les sadiques de la contradiction, c’est bon : vous aurez des contre- arguments quoi qu’on vous soutienne. Quoi qu’il en soit, dans les soirées en ville, si on vous demande votre avis sur un sujet dont vous vous foutez et qu’il serait mal vu de ne pas répondre, vous avez au choix : « Tout ça, c’est la faute à Sarkozy/l’UMP ! » ou « non mais arrêtez, vous êtes intoxiqués par les médias ! ». A la limite, si vous êtes dans un repas où il est bon ton d’être de droite, vous pouvez un peu tacler sur le PS : « Pffff, arrête de t’emballer, on dirait Ségolène Royal/Martine Aubry ».

Non mais comment voulez vous que je me lasse ? En tout cas, le seul truc que je retiens de tout ce que j’ai lu, c’est cette question : « et sinon, à quand des transports plus écologiques? ». Aucun rapport avec la grève mais j’aimerais savoir, aussi.

Un après-midi au salon de thé

Avec Summer, on a un truc : les après-midi salon de thé. On ne choisit pas n’importe lesquels ! Quitte à se faire plaisir autant y aller franco et franchement, le macaron à la framboise des deux Magots, il déchire sa maman.

Lesdeuxmagots

Donc vendredi, nous voici installées aux Deux Magots, en train de refaire le monde ou à peu près, elle avec son thé et son opéra, moi avec mon macaron framboise et mon chocolat chaud (mais pour le chocolat, je préfère celui du Flore). Je lui montre mon appareil photo, on se raconte nos vies, nos recherches d’emploi, tout va bien dans le meilleur des mondes. Mais le drame est sous-jacent. A un moment, une des deux dames assises à notre droite se lève pour aller aux toilettes, abandonnant sa camarade. Celle-ci, décidant que rester toute seule, c’était pas drôle, décide de nous aborder : « mesdemoiselles, fermez vos sacs et faites attention, même ici, on peut vous voler ». Bon, ok, on s’est un peu étalées mais dans la mesure où on est assises côte à côte, nos sacs devant nous, faut être particulièrement habile pour piquer quoi que ce soit. Mais peu importe, c’est pas le sujet.

La dame décide donc de nous parler « oh, vous, les jeunes, vous êtes insouciants », blablabla. Là, elle nous demande ce qu’on fait dans la vie donc on lui répond, en précisant qu’on était au chômage. Là, elle nous regarde gravement et me fait : « vous, c’est pas facile » puis fait à Summer : « vous, ce sera plus facile… Maintenant, les gens de couleur n’ont plus de mal à trouver du boulot. » Zbaaaaaaaaam ! Alors, là, j’avoue que je l’avais pas vue venir celle-là ! Oui, il faut savoir que Summer, elle est pas aussi aryenne que moi mais j’avoue que j’ai jamais pensé à sa couleur de peau comme un atout ou un inconvénient pour son boulot. Là, je sens qu’on est en face d’un spécimen « je suis pas raciste mais… » et j’ai pas tort. Là, elle nous explique que, quand même, les Français de souche sont mieux élevés que les Français qui le sont pas (sous-entendu les immigrés). Ah, ça la fascine tout ça, elle demande à Summer ses origines, lui demande si elle a pas des gênes « négroïdes »… A la fin, elle nous avait fait de Summer une pub Benetton à elle toute seule. Là, elle commence à se poser des questions sur la génétique : « c’est marrant, hein, mais dans un couple où y a un Noir, l’enfant l’est aussi, c’est fou. C’est parce qu’ils ont la peau plus épaisse. C’est passionnant la génétique ! ».

Là, son amie revient enfin (elle était tombée dans le trou ou quoi ?) et je me dis qu’on en est débarrassée parce qu’avec Summer, on en peut plus, on arrête pas de se filer des coups de coude, je me suis jamais autant concentrée pour manger un macaron (ça m’évitait de rigoler, aussi). Pas de chance, notre amie nous présente sa cops et celle-ci me prend à parti tandis que la première repart sur Summer, j’ai entendu un « les deux fléaux de notre société, c’est les syndicats et la religion ! ». Ma nouvelle copine, qui a du rouge à lèvres sur les dents (c’est terrible comme quand je remarque un truc comme ça, je peux pas m’empêcher de le fixer) me parle très sérieusement du fait que les gens issus de la bourgeoisie lyonnaise sont des cons. Parce qu’elle, elle est partie en croisière en Turquie et elle partageait sa cabine avec une dame de Lyon et elle lui avait des mises en pli tous les jours et de l’eau de riz quand elle avait chopé la tourista. Non parce qu’en Turquie, faut rien boire, même pas du coca, c’est fait avec de l’eau de là-bas donc du coup, tout le monde chie mou. Et ben, figurez-vous que quand elles sont descendues de l’avion, la dame de Lyon lui a même pas dit au revoir ! Entre deux bouchées de macaron, je me sens un peu obligée de lui indiquer que je connais pas de Lyonnais. Enfin si mais pas issus de la bourgeoisie. De toute façon, ils sont gentils et je vois pas bien l’intérêt de la conversation.

Finalement, le serveur leur amène une glace et elles la mangent dans leur coin, ouf ! Mais bon, elles abordaient plein de gens dont un jeune couple arrivé avec un bébé épagneul ou cocker (jamais su la différence entre les eux) effectivement super mignon. Mais franchement, j’ai eu super peur qu’on s’en dépatouille pas. Or avec Summer, si on a voulu se voir vendredi, c’était pour papoter tranquille, pas pour se faire vampiriser par des gens.

En conclusion, je citerai notre amie qui disait que les Français étaient des cons car ils croyaient encore avoir des colonies et tout ça. « Non mais des cons, y en a partout mais si on trouve tout le monde con, c’est qu’on l’est soi même ». Belle perle, nan ? Elles étaient gentilles les mémés mais bon, c’est vrai que quand elle a commencé à parler de la couleur de peau de Summer, j’ai quand même eu très très peur.

Workin’ girl

Comme tu le sais, lecteur, depuis un mois maintenant (juste ciel, que ça passe vite !) je suis en stage. Bon, évidemment, c’est un stage donc sous payé mais déjà payé. Surtout que l’association vient d’être créée et les mecs me payent de leur poche. D’ailleurs, samedi, j’ai eu mon premier salaire, en liquide. Oui, la préfecture n’ayant toujours pas fourni de récépissé, l’association ne peut ouvrir un compte en banque et me payer avec les sous qu’il y a dessus. Que fais-je ? Je travaille sur la problématique de la place des jeunes dans la société et leur sous-représentation dans les milieux économiques, politiques et syndicaux. Plus concrètement, je fais une revue de presse deux fois par semaine sur le sujet (au début, c’était quotidien), je rédige des articles à partir de synthèses du CEREQ ou autres, je prépare des interviews que je ferai par la suite, je mets sur le site mes articles et ceux des autres et je me retrouve même attachée de presse officielle de l’association. Et j’interdis aux quelques journalistes mâles qui traînent sur le blog de dire que, du coup, je suis devenue très intime avec des tas de journalistes. Je m’appelle pas Elsa Linux, moi, je suce que si je veux (et qui je veux). Donc pour 300 euros par mois, vous avez une Nina journaliste, webmastrice et attachée de presse. Quelle promo !

 

Ce boulot a des avantages et des inconvénients. D’abord, je travaille chez moi ce qui fait que je ne perds pas de temps dans les transports. A peine levée, habillée, nettoyée, je peux me mettre à bosser avec mon petit capuccino et mes biscuits petit déjeuner au chocolat et céréales. Des fois, je me fais aussi un petit jus d’orange pressé maison. Comme je suis libre de mes horaires, je déjeune de temps en temps avec Gauthier ou Sab, je dois voir Zoé aussi pour qu’on se remette à jour côté potins. Mais travailler à domicile, c’est ne voir personne. C’est passer la journée devant un ordi à communiquer avec l’extérieur que par ce biais là. Et y a des jours où c’est un peu pesant. La seule différence avec ma période de chômage, c’est que je n’ai pas le droit de me lever après midi (déjà, après 9h, ça craint du boudin) et que j’ai des choses à faire donc les journées passent à la vitesse la lumière et c’est pas plus mal. En plus, comme je bosse chez moi, je n’ai pas tellement de frais de bouffe et tout ça, sauf quand je vais manger avec Gaugau, je peux traîner toute la journée en jogging et T-shirt, ne même pas me maquiller… Mais du coup, je fume beaucoup plus que si je travaillais dans un bureau avec obligation de sortir pour avoir ma dose de nicotine.

Par contre, ce qui me fait très peur dans ce boulot, c’est qu’il me rende un peu dépressive. Pourquoi je dis ça ? C’est très simple : tous les jours, je travaille sur le fait que nous sommes une génération qui n’a aucune chance d’atteindre le niveau de confort de la précédente. Que nos salaires serviront surtout à aider nos parents à avoir leur retraite. Que nous finirons par perdre les acquis sociaux de nos parents genre la retraite, les 35 heures… car sinon, on va droit dans le mur. Je lis tous les jours qu’il n’y a pas de place en politique pour les jeunes, que les éléphants du parti, comme ils aiment dire, refusent de céder leur place. Et dans les syndicats, c’est encore pire : la moyenne d’âge est de 57 ans ! D’ailleurs, vous remarquerez que pour le CPE, les syndics ont fait grève en annonçant qu’ils se battaient « pour leurs enfants », ça montre bien l’âge des syndiqués. Quant au marché du travail, même pas la peine d’en parler, plus je lis et plus j’ai envie de changer de branche. Pourquoi j’ai pas fait une école de commerce hein ? Bon, certes, je suis aussi motivée par le commerce que par le curling mais bon, ça ouvre plus de portes que la fac. Mais bon, pas de panique, le chômage des jeunes a baissé. Mais on reste quand même les premières victimes, youpi you ! Elle est où la Seine ?

 

Sinon, dans l’asso, je ne vois surtout que les deux chefs, Simon et Michel et même carrément plus Michel. Il m’a à la bonne, lui, on s’appelle deux à trois fois par jour pour le boulot, vaut mieux qu’on s’entende. Samedi, on s’est fait une petite réunion à une terrasse de café, on a surtout parlé de la société actuelle et tout ça… Bref, j’ai la côte mais je ne sais pas pourquoi, trois hypothèses :

– je suis trop belle, il veut m’épouser (mais c’est pas du tout réciproque)

– je suis trop intelligente et il est super fan de moi, il adore qu’on discute ensemble

– il est homo et sent la gay friendly en moi. Oui parce que j’ai des doutes. D’abord, j’ai trouvé chez lui les mêmes allumettes que la boîte gay où on va. Puis sa sonnerie de portable, c’est Madonna. Ca, si c’est pas une preuve à charge !

Toujours est-il qu’un mois plus tard, il y a encore plein de gens que je n’ai pas rencontrés comme le concepteur du site, le photographe-graphiste, la nana qui travaille sur les solidarités intergénérationnelles… En fait, ce qu’il y a de fantastique dans cette asso, c’est que je suis vraiment la prolétaire de service. Petit extrait d’un dialogue en réunion :

« Ce serait bien qu’on parle à quelqu’un du Ministère de l’Education. Tu connais personne ?

– Si bien sûr. Je connais aussi le vice-président de ni pute ni soumise, un directeur de cabinet, mon ex est réalisateur de clips vidéos… »

C’est simple, dès qu’une phrase commence par « tu connais pas quelqu’un qui… », je n’écoute pas la fin. Je n’ai pas d’amis dans les ministères ni dans les hautes sphères. Je connais plein d’étudiants, par contre, s’ils veulent, mais y en a pas besoin. De la même façon, quand ils commencent : « ouais, je vais le contacter par les anciens d’HEC. Nina, si tu as besoin, je te filerai ma carte Science Po pour aller à la BU », moi, je regarde en l’air. Et quand ils parlent de leur week-end, c’est du « oui, là, je bosse pour mon 5ème DEA. » Heu… Moi, j’en ai même pas un. Bon, ben je suis définitivement complexée.

 Seul point qui me rassure : toutes les nanas de l’asso sont canons. Je pense avoir été recrutée uniquement sur mon CV et mon talent lors de l’entretien mais j’espère être au niveau de ces demoiselles. Après tout, si on m’a pris pour faire l’attachée de presse, c’est que je dois assurer et être toute séduisante ! (lectrice, si tu es attachée de presse, ne le prend pas comme une attaque personnelle).
 

Encore trois mois. Un trimestre. C’est bon de pas se préoccuper de son avenir pendant une petite période, c’est reposant. Enfin, si, je m’en préoccupe mais je suis plus sereine. En plus, petit élément super flatteur. L’autre soir, le directeur de publication d’un webzine où je bosse vient me parler sur MSN, il me demande gentiment ce que je deviens, je lui raconte ma vie et il me fait : « tu sais, tes articles et ton talent nous manquent. Tu comptes revenir ? A moins que tu trouves que notre petite structure ne convient plus à ton talent ». Ohlala, je deviens une vraie star, moi. Je ne compte pas abandonner le webzine, faut que je gère tout en même temps. Parce que, mine de rien, changer de sujet de temps en temps, ça fait du bien. Et se sentir désirée à ce point, ça motive. Se sentir à la hauteur, voilà un sentiment qui me va comme un gant.

Acteur ou témoin ?

Samedi 13 heures. Comme tous les samedis, la famille est installée devant la télé et regarde le JT. Peu importe la chaîne, au fond, le spectacle est sensiblement le même. En ce moment, ce qui fait fureur, ce sont les manifs Anti-CPE. Mais pas tellement le côté manifestation de syndicats qui ont un discours, non, pas tellement le côté les étudiants découvrent le militantisme et ont des choses (parfois même intéressantes) à dire, non. Ce qui est amusant de montrer, ce sont les casseurs, ces espèces de brutes épaisses qui ne savent sans doute même pas ce que veut dire CPE et qui croient que Chirac est juste un personnage en latex d’une émission bizarre. Et on les voit : là, ils brûlent une voiture, là, ils pètent une vitrine, là, ils cognent un étudiant qui n’avait rien demandé. Le tout sous le regard impitoyable de la caméra.

Je regarde donc les infos et là, grande réflexion. En tant que journaliste, tu serais à la manif, tu ferais quoi ? Est-ce que je filmerais aussi un pauvre gamin en train de se faire tabasser ou je poserais ma caméra pour essayer de faire quelque chose (bon, ok, du haut de mon mètre 57 avec ma tête de Bisounours, je ne fais pas vraiment peur mais quand même…) ? Suis-je avant tout journaliste ou citoyenne ? Franchement, ce questionnement me laisse perplexe, j’essaie de réfléchir. Je vous rassure, à la fin, je sais toujours pas. Et puis, je me dis
que c’est toujours facile de raisonner par l’absurde et de se donner les vêtements du héros tant qu’on n’est pas confrontés à la situation. Genre tous les gens qui disent : « moi, à la seconde guerre mondiale, j’aurais été résistant ». Mais bien sûr, c’est tellement facile de dire ça 60 ans après sans jamais avoir connu l’état de guerre. Ah, ça, les courageux virtuels, y, en a, mais pour le reste… Enfin, bref, je vous fais quand même part de mes élucubrations.

 
Journaliste

Bon, imaginons que je suive une formation de JRI (journaliste reporter d’images) et que je me retrouve employée par France 2, on me jette dans la manif. Alors, pour ceux qui n’ont pas fait journalisme, je préfère préciser : on ne part pas de la rédaction avec juste le matériel. Non, si on va là-bas, c’est avec une thématique précise. Par exemple, France 2 va envoyer deux équipes sur les manifs, une qui traitera de la manif en elle-même avec deux, trois interviews de syndicalistes étudiants et de manifestants lambda et une autre qui couvrira la violence des casseurs. Donc j’hérite du sujet et je pars avec mon acolyte, Jean-Paul. Nous voilà arrivés sur les lieux, on règle la caméra, c’est lui qui filme parce qu’une caméra, c’est lourd et que je suis une petite chose fragile. Surtout petite, je filmerais plus le cul des manifestants que leur tête et comme je suis censée bosser à France 2 et pas à Pink TV, ça le fait pas. Donc Jean-Paul
tourne, moi, je microtte et je repère ce qu’on peut filmer. Oh, devant moi, un gentil étudiant qui ne demandait rien à personne vient d’être la proie d’un groupe de casseurs qui l’ont fait chuter au sol et commence à lui filer des coups de pieds et de poing pour lui voler son portable. En tant que journaliste, que fais-je ? Je hurle : « tourne ! ». On filme donc l’agression, on coupe quand les agresseurs sont partis avec le portable, la montre, l’ipod et la paire de reebok (heureusement, le gars portait un slip pas tendance du tout). On attend que le
petit se relève, crache sa dent cassée et on attaque. On fonce sur lui avec notre caméra et interview. Avec de la chance, le petit est dégoûté par ce qu’il vient de lui arriver et va nous faire un bon petit témoignage. Hop, on enregistre, on prend son nom. Comme on est sympa, on reste deux minutes avec lui en attendant que quelqu’un vienne le soigner puis on file. Vous croyez quoi,
vous ? Qu’on fait un reportage de deux minutes avec juste une agression ? Mais non, il faut toute une série d’images choc, on fait deux, trois interviews d’agressés, le meilleur gagne le droit de passer au JT de 20 heures. Les autres, c’est définitivement pas leur jour mais avoir ses quinze minutes de gloire parce qu’on s’est fait piquer son sac, ça craint du boudin. Pour fignoler, on interroge un représentant des forces de l’ordre et direction la rédaction pour monter notre sujet. Ces gamins tabassés ne sont plus que des noms griffonnés sur un papier, on est plutôt content : on a bien travaillé. Tant pis si un de nos interviewés a eu le bras cassé.

 
La citoyenne

On recommence, Jean-Paul et moi, lui caméra, moi, micro. Le gamin se fait attaquer et là, en tant que citoyenne, je cherche de l’aide. Oui parce que passer de la journaliste à la citoyenne ne me fait pas grandir et ne me donne pas de muscles donc j’essaie de trouver très rapidement soit une autorité compétente soit des jeunes étudiants qui seront prêts à aider leur pote. Même Jean-Paul est prié de mettre la main à la pâte. Le gamin, une fois débarrassé de ses bourreaux, on l’aide à se relever et on l’amène vers les pompiers pour qu’on le soigne. Naturellement, je ne supporte pas la violence, c’est un truc qui me dépasse complètement. Une fois, j’ai été témoin d’une agression, j’étais en voiture avec Anthony, on s’était perdus du côté de Rosny sous Bois. Je vois des gamins courir et bondir sur un collégien, sur le coup, je me dis : tiens, ce sont ses copains. En trente seconde, le collégien se retrouve par terre roué de coups, le portable tiré et les voyous déjà repartis dans la cité. J’avoue que je n’ai pas tout compris tellement c’est allé vite, personne n’a réagi mais je m’en suis voulue de n’avoir rien fait. Bon, techniquement, je vois pas ce que j’aurais pu faire mais si tout le monde laisse faire tout le monde comme ça, on ne s’en sortira jamais, à mon avis.

Le dilemme est simple : dois-je faire mon boulot envers et contre tout ? Est-ce que filmer ses actes de violence ne revient pas finalement à les banaliser ? Ou au
contraire les dénoncer. Le problème essentiel du journalisme est, à mon sens, qu’à force de montrer des images spectacle, on finit par être comme anesthésiés. Par exemple, prenez des images du tsunami ou du 11 septembre. Au début, ça vous remue. Au bout de la 20e rediffusion, vous mangez vos spaghettis devant toutes ces vies qui s’achèvent sans sourciller. Autre problème qui me paraît de taille : la multiplication des vidéastes amateurs. Ah ça, pour sortir le camescope et tourner une scène de violence, va y avoir de plus en plus de monde mais pour bouger… Tout dépend de la situation, jamais je ne me scandaliserai si un amateur lambda filme une prise d’otage et n’intervient pas, c’est peut-être mieux. Mais souvenez-vous de la vidéo d’une femme en train
de se noyer au Mont Saint Michel… Et voilà, on filme avec indifférence une vie en train de s’achever. Il y avait un film pas mal du tout sur le sujet avec Elie Semoun, je ne me souviens absolument pas du titre, un journaliste qui travaillait aux States et qui filmait des gens mourant, comme ça, sans intervenir. Mais au fond, quel est le rôle du journaliste ? Montrer. Le journaliste n’est pas censé intervenir sur les événements. Je citerai ici Gérard Filion, journaliste Québécois et ancien directeur du journal Le Devoir : « Ceux qui l’écrivent [l’histoire] seraient incapables de la vivre ; ceux qui la vivent n’ont pas le goût de l’écrire. » Les journalistes sont, quelques part, nos yeux et nos oreilles, ils nous permettent de voir ce qu’il se passe partout dans le monde mais n’interagissent pas avec ce qui se déroule sous leurs yeux. Tel est leur métier, tel est mon métier.

Alors, à la question qu’aurais-je fait, je crois qu’il sera plus honnête de répondre : je tourne. Même si la violence me donne la nausée, même si ça m’emmerde de laisser ce pauvre gosse se faire tabasser au lieu de l’aider, je n’ai pas le choix. Mon métier, c’est montrer, relater, inscrire sur un support un moment de notre histoire. Suis-je contrainte d’accepter ça ? Oh non, je peux tout à fait me rebeller, dire au rédac chef d’aller se faire foutre, que je refuse de rentrer dans cette surenchère de la violence…et je peux retourner le cœur lourd à l’ANPE. Car si quelqu’un doit changer la société, ce ne sera pas, a priori, un journaliste.

 
(à suivre)