Les politiques ne sont pas Julien Courbet

Je le confesse : j’ai des penchants masochistes. De type lire encore des commentaires sur des articles d’actualité. Quand bien même je ne le ferai pas, j’ai droit aux fulgurances de mec contacts Facebook ou Twitter. Et des fois, je lève les yeux au ciel et je me pince le haut du nez. C’est pas possible d’être aussi cons… Parce que, mesdames, messieurs, le politique n’a pas pour mission de régler vos petits problèmes particuliers.

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Mise en situation : prenez un gouvernement lambda, de droite ou de gauche, on s’en fout. Comme tout gouvernement, il va faire des lois, c’est son rôle. Gouvernement annonce donc sa nouvelle loi et forcément, forcément, quelque part dans l’Hexagone, un Français se sent lésé. Sortez les violons, c’est parti pour une longue litanie « gouvernement de merde, moi, cette loi me va pas. Ce gouvernement fait tout pour [choisir la catégorie socio-demo adéquate]. Et moi, il fait quoi pour moi ? ». Rien. Parce que le gouvernement, son taf, c’est pas de régler les problèmes particuliers de chaque citoyens mais tenter de préserver le bien commun (vision certes très idyllique de la politique mais je vais pas commencer à nuancer ça ici sous peine de vous pondre un article de 10 pages qui fera chier tout le monde).

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Je suis toujours amusée de constater que dans chaque débat (pseudo) politique, chacun débute son argumentation par un « oui mais moi… ». Donc parce que toi, tu n’y trouves pas ton compte, tu souhaiterais que personne ne bénéficie d’une loi qui pourrait améliorer le quotidien d’autres personnes (au pluriel) ? Reprenons le « débat » sur l’autoentreprise menée par un exilé fiscal qui n’est même pas autoentrepreneur. Disons le franchement : ce statut est merdique. On fout sous le même intitulé des gens générant un chiffre d’affaires inférieur à 1000 € et des gens ramassant jusqu’à 32000 € de CA. Bref d’un revenu argent de poche à une véritable source de revenus. L’autoentreprise n’est pas un cadeau pour les petits revenus qui pourraient faire de leur marotte un métier. Non, c’est un cadeau aux entreprises qui se retrouvent avec une masse salariale disponible sur laquelle il n’aura à payer aucune charge sociale, celle-ci incombant désormais au salarié précaire. Mais l’autoentreprise, c’est génial ! Je suis mon propre chef et j’ai dégagé un bénéfice net de 2000 € en un an, hihihi. Bon, pour terminer sur ce paragraphe (je suis hors sujet), je trouve ce système pratique pour se faire un peu d’argent de poche quand on décide de vendre le fruit de ses travaux manuels ou de son écriture mais ça manque salement de garde-fous et faudra bien un jour se pencher sur cette usine à gaz pour discipliner un peu tout ça (et envisager une sorte de statut où l’on peut monter un petit truc pour gagner un peu d’argent de poche sans appeler ça crânement et faussement « entreprise »). Bref, quand le gouvernement a souhaité donner un coup de pied dans la fourmilière, énorme levée de boucliers chez les autoentrepreneurs de mes réseaux sociaux à base de « moi, ça me,permet de gagner de l’argent », « moi, je veux pas passer en SARL »…. À la fin, tu avais l’impression de lire les complaintes des rois du Pétrole et qu’on allait ruiner la France à les empêcher de gagner leurs quelques milliers d’euros. Peu importe l’intérêt global, passer en SARL les faisait chier, fin du débat.

usine

Mais le gouvernement, c’est pas Julien Courbet. Jean-Marc Ayrault va pas appeler la petite PME à côté de chez toi pour que tu trouves du boulot, Arnaud Montebourg n’appellera pas le promoteur immobilier véreux qui ne t’a pas livré la maison de tes rêves et Benoît Hamon ne viendra pas voir ton voisin pour tenter de vous réconcilier. Quoi que ça, y a Stéphane Plaza et Karine Lemarchand qui le faisaient à une époque (ils méritaient un césar pour leur prestation de personne impliquée dans un conflit dont ils n’avaient, de fait, rien à foutre). Le gouvernement a pour mission de faire voter des lois pour atteindre un équilibre entre les citoyens, lutter contre les inégalités, les discriminations. À l’occasion, ils aideront un citoyen qui a publiquement fait appel à eux pour la beauté du geste (et surtout de l’image) mais ce n’est pas leur rôle. Alors oui, Citoyen, toi, t’es pas content parce que, toi, tu te sens lésé ou tu considères qu’il y a une loi plus importante que celle actuellement votée et qui ne te concerne pas (« argument » lu 30 fois durant le débat pour le mariage pour tous. J’ai surtout aimé les gens de droite conspuant le temps gaspillé sur ce débat, oubliant que ça a été si long grâce à la pluie d’amendements et de rappels au règlement des députes… De droite justement). Au moins, le citoyen lésé fera la joie du JT de 13h qui fera un petit reportage sur lui…

On va tous crever !!!

[Titre de note à lire en mode panique, aaaaaaaaaah ! film catastrophe, tout ça]

Vendredi, au cours d’une journée relativement calme (mais j’avais quand même un peu de travail, incroyable !), les 5 rescapés de la boîte du mois d’août sur 9 reçoivent un mail de notre RH : « Veuillez trouver ci-joint les consignes en cas de pandémie de grippe A ». On est 5, il fait chaud, on a le rire facile. Et là, on nous envoie 4 pages en PDF (oui, 4 !) pour nous mettre dans une ambiance un peu fin du monde.


Je vous résume le meilleur. En cas de pandémie, on ne serre aucune main, on ne fait pas la bise, on crache et on miasme dans un mouchoir ( ??). Mais le mieux, ce sont les consignes en cas de salarié contaminé. En un, il faut l’isoler donc forcément, nous, on imagine la traque avec placage de rugby à la clé. Ce salarié, une fois capturé, doit être isolé dans une pièce fermé MAIS pourvu d’une fenêtre car le but est qu’à la fin, il ne meure pas (ou alors de la grippe pour nous faire peur mais pas de privation d’oxygène). Une fois le salarié enfermé…enfin, mis en quarantaine, pardon, il faut qu’on aère la pièce et qu’on nettoie tout au kärscher ou à peu près. Mmmm. Et si ça devient trop trop grave, on devra travailler de la maison. Ah, ça, ça me plaît bien ! Ca fait longtemps que j’avais pas bossé en pyjama .


Bref, on a bien rigolé et pour cause, je dirais. Pour l’heure, nous comptons un décès en France, une pauvre jeune fille qui était déjà très malade. Une bonne partie de l’équipe de rugby l’a contractée et ils ont bien survécu. Alors forcément, niveau panique, je suis quand même bien en deça de l’OMS et du gouvernement. Alors, OUI, je sais qu’un tel virus peut muter et qu’il est difficile d’en mesurer la dangerosité, surtout que notre virus H1N1 risque de faire copain copain avec le virus de la grippe classique qui va arriver sur ces entrefaites et là, on risque de moucher sévère. Tout ce la est-il un complot de Kleenex ?



Je n’aime pas trop les effets d’annonce et de panique surtout que dans les faits, si on nous fait peur par devant (comme ça, on oublie la crise ?), par derrière, c’est un peu plus relax. Mon père m’expliquait que lors de l’arrivée de la grippe aviaire en Europe (mortalité plus élevée que celle-ci), il avait reçu un kit anti épidémie, on va dire, avec masque et lunettes en plexiglas « très pratiques pour tondre ». Là, ça c’est limité à une directive vite fait et basta. Pourtant, quand j’étais en vacances, il a été appelé pour un cas où on suspectait la grippe A mais ce cas s’est manifestement volatilisé dans la nature. Dommage, j’aurais bien fait une quarantaine, ça m’aurait rallongé les vacances. Quoi qu’au vu de mon système immunitaire taquin, c’est sûr que je l’aurais chopé la grippe et je serais revenue de vacances blanche avec le nez pelé.



De façon générale, je me méfie de ce genre de panique.  On nous avait déjà fait le coup avec le SRAS, ça a duré deux mois en tout, je crois et aujourd’hui, plus personne ne s’en souvient. Ce qui m’agace en fait, c’est qu’aujourd’hui, on peut mesurer la vitesse de propagation d’une pandémie. Quand on sait qu’en une demi-journée, on traverse un océan, forcément, les maladies voyagent aussi. Mais voilà, à force de tirer la sonnette d’alarme sur des maladies à faible mortalité (oui, je sais, possibilité de mutation, gna gna gna), je me dis que le jour où va y avoir un truc sévère, on sera tellement blasés que ça risque de faire très mal.


En attendant, moi, ça me plairait bien une semaine ou deux de télétravail.

C’est l’open bar des opinions racistes

Depuis quelques jours, nous avons droit à un débat sur la burqa. Pourquoi ? Non mais c’est vrai, d’où ça sort ? Pour ma part, je n’ai jamais croisé de femme en burqa, on va partir du principe que ça existe, le gouvernement n’oserait pas nous lancer un sujet extrêmement polémique juste pour nous occuper quand même…  Ahem.

Bref, la burqa. Les journaux se sentent donc obligés de traiter la question en nous assénant des portraits de musulmanes qui nous expliquent que c’est leur choix et
que ce n’est pas juste qu’il ne soit pas respecté. Paris Match n’ayant pas trouvée de femme en burqa a envoyé une journaliste grimée dans la rue pour voir et j’avoue que cet article m’a sérieusement perturbée. J’ai été choquée qu’un serveur ait refusé de servir la journaliste juste parce qu’elle était en burqa et ça m’a fait sérieusement réfléchir à la question. Mais je ne disserterai pas plus sur la question en elle-même, l’article de Valérie a parfaitement résumé ce que je pensais, inutile de réécrire la même chose.

Par contre, en lisant tous ces articles, je me suis évidemment adonnée à mon pire vice : la lecture des comms. Faut vraiment que j’arrête car une fois sur deux, j’ai envie de « crier » sur les gens et ce n’est pas bon pour ma tension. Surtout que là, je sens bien que j’ai définitivement basculé dans la catégorie des surtendus. Mais je ne peux m’en empêcher et là, j’ai découvert (ou redécouvert) une vérité terrible : le Français est raciste. Même pas xénophobe, carrément raciste. Et très con, intolérant. Par exemple, un article dans Le Monde sur une femme qui porte le niqab, c’est parti dans les comms : « si elle est pas contente, elle n’a qu’à rentrer chez elle ! », « dehors », « moi en pays arabe, je me couvre, elle a qu’à se découvrir ici ! ». Et évidemment, personne n’est capable de faire la nuance entre arabe et musulman, c’est du pareil au même et manifestement, les arabes/musulmans sont tous des barbares arriérés qui ont l’outrecuidance de ne pas accepter notre si merveilleuse culture. J’avais lu une fois un comm excellent à ce sujet, sur Rue89, je pense : « Oui, en Arabie Saoudite, on impose à toutes les femmes de se couvrir mais je ne crois pas que la France aurait quelque chose à gagner en se montrant aussi intolérante qu’une
dictature ». Ce genre de commentateurs, j’ai toujours un peu envie de leur sauter dessus pour abuser sauvagement de leur vertu. Quelle réponse merveilleuse ! Mais non, manifestement, puisque les « Arabes » (entre guillemet puisqu’il faudrait parler des Musulmans mais que les commentateurs ne le font jamais) nous impose le voile, nous, on va leur imposer de l’enlever, non mais.

Alors voilà, puisque la burqa est montrée du doigt, c’est le bon moment pour exprimer tout son racisme. Allez, on y va sur l’arriérisme et la barbarie attribués à
l’Islam. Il est vrai que ces personnes ont un peu oublié que les femmes chrétiennes doivent aussi entrer dans une église couverte et que « nos » religieuses  sont également voilées. Et que dire de nos amis juifs qui se couvrent d’une kippa et se baladent dans la rue avec leur chapeau dont je ne connais pas le nom et leurs anglaises ? C’est également un signe ostentatoire de religion et ça a d’ailleurs été interdit dans les écoles publiques mais curieusement, on s’énerve moins contre ça. Mais bon, il est moins admis d’être antijuif qu’anti arabe (les deux étant de l’antisémitisme, à l’arrivée), apparemment.

Et au fond, dans ce débat sur la burqa que je trouve un peu surréaliste (mais bon sang, pourquoi ça sort maintenant ?), c’est cette impression que ça autorise
les gens à se complaire dans un racisme primaire pourtant interdit par la loi, à priori. Plutôt que de rejeter violemment tout ce qui ne correspond pas à notre idéal judéo-chrétien, pourquoi ne pas comprendre enfin l’intérêt d’un multiculturalisme ? A Londres, certaines vendeuses sont voilées et après ? Ca ne les rend pas moins compétentes, c’est leur choix, je ne vois pas en quoi, moi, ça me dérangerait. Et pour ceux qui sont prêts à me dégainer la carte de la laïcité, j’ai une question : trouvez-vous normal que dans un pays aussi fier de sa laïcité, tout un gouvernement se soit rendu à l’église pour prier pour les défunts  du vol AF447 ? D’autant que des cérémonies ont aussi eu lieu dans des synagogues et mosquées donc le choix d’aller à l’église montre bien qu’avant d’être laïque, la France reste avant tout catholique.

Quoi qu’il en soit, cette affaire me semble agiter de mauvais épouvantails et montre qu’en France, en 2009, soit tu suis la culture judéo chrétienne, soit tu te
barres. Tant pis pour ce que tu aurais pu apporter d’un point de vue culturel, on s’en fout, on n’en veut pas. Les « Arabes », ils se dévoilent ou ils se barrent.

Navrant.

PS : Pas d’images pour cause que ça fait 2h que j’essaie d’en mettre et ça marche pas.

Comment ne pas déprimer face à la crise ?

Jeudi dernier ou par là, je m’éveille avec le doux ronron de mon réveil qui me raconte que le chômage a atteint son plus haut niveau depuis des lustres et que plein de gens cherchent du travail. Là, je me suis dit : « heureusement que je ne vis plus en chômagie, je crois que je me serais mis un sac sur la tête et la tête dans le four.

A l’époque de mon chômage, le phénomène était globalement inverse : le chômage ne cessait de baisser même si les syndicats dénonçaient la radiation de certains chômeurs de l’ANPE pour diminuer le chiffre. Toujours est -il que quelque soit le calcul, j’étais encore du mauvais côté de la barrière, même si on m’expliquait que les hauts diplômés (enfin, les bac++) mettaient en moyenne un an et demi à décrocher leur premier CDI. Je ne pense pas qu’être dans la norme m’ait consolée…

Mais là, c’est la criiiiiiiiise. Celle qui va tuer le capitalisme paraît-il. Je ne disserterai pas sur ce point. Ca licencie à tour de bras, les embauches sont gelées, c’est la merde. Comment continuer à y croire ? Surtout que même le gouvernement nous dit que ça va durer au moins jusqu’en 2010. Et y a même pas que Fillon qui le dit, ils le disent tous. Non parce que Fillon, je trouve que plus ça va, plus il ressemble au fossoyeur de Lucky Luke et il m’inquiète. Je ne crois pas qu’un premier ministre sous lexomil nous aide beaucoup pour cette satané crise. Mais alors que faire pour sortir de la chômagie dans ces temps difficiles ?


Et bien, il n’y a pas de solution miracle mais rien n’est joué, certains secteurs continuent leur vie pépère. Je sais de quoi je parle, je viens de changer de boulot. Evidemment, certains profitent de la crise pour geler salaires et embauches et réserver les bénéfices 2008 aux actionnaires mais même en période de gel des embauches, un CDD est toujours possible. Bref, en un mot : la crise ne doit pas servir de prétexte à baisser les bras, interdit ! On n’a pas dit que ce serait facile mais rien n’est impossible. Même s’il est vrai que dans certains secteurs, c’est franchement la cata.

En fait, en cas de criiiiiiiise, je crois que la seule solution pour ne pas se faire bouffer par l’alarmisme médiatique, c’est encore de le snober. On n’écoute plus ni télé ni radio, on ne lit plus que les articles concernant son métier, histoire de toujours être au courant des dernières évolutions mais pas plus. Bon, si vous travaillez dans le secteur de la banque, pas de chance… Mais le chômage est suffisamment pénible à vivre sans que les oiseaux de mauvaise augure viennent encore étouffer l’atmosphère. De toute façon, est-il réellement nécessaire de regarder un JT tous les jours ? Moi, je me contente des journaux en ligne, j’en peux plus de la télé de toute façon. Puis y a des jours, on a l’impression de revoir exactement les mêmes journaux que la veille. Quant à la crise, ils en parlent tous les jours sans rien dire de nouveau, super utile ! Et après, on s’étonne de l’aspect auto-réalisateur de la crise : plus on parle, moins les gens consomment, plus c’est la crise.


Bref, la seule façon de continuer à chercher efficacement en ce moment est de couper un peu ce brouhaha médiatique. Sauf pour ceux qui aiment les défis : trouver un job en temps de crise, la classe !

Faire de la politique ou vivre de la politique ?

Par Lucas

Cher René,

J’ai failli intituler cette bafouille « La politique n’est plus ce qu’elle était » mais je me suis rappelé à temps que je t’avais déjà chourave ce titre pour un autre article, terne et vide. Tu as donc évité de faire des triples lutz piqués et des doubles axels dans ta tombe : ne me remercie pas, voyons, tout le plaisir est pour moi.

Pour autant, tu as bien fait de clamser il y a quelques années.
La politique n’est définitivement plus ce qu’elle était, René.

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Les hommes politiques n’ont plus aucun engagement pour des idées intelligentes et utiles.
Le Monde Diplomatique a fait tout un dossier dans son numéro 667 d’octobre 2009 qui s’intitulait « Faire de la politique ou vivre de la politique ». On a atteint un degré incroyable de théâtre et de faux semblants. Depuis 40 ans, notre personnel politique cherche simplement à faire preuve d’à propos pour se maintenir en place et pour profiter de ses indemnités. Au gouvernement, comme dans
l’opposition, il n’y a pas un seul esprit qui ne soit pas inféodé au qu’en dira t-on, pas un seul esprit qui ait une vision d’avenir. Et quand une politicienne parle de désir d’avenir, c’est seulement un message marketing pour faire rêver le consommateur…

Parce que l’électeur est un consommateur comme un autre pour un produit comme un autre.
Tu t’en doutais un peu, René, ça devait arriver un jour. Tu l’avais plus ou moins suggéré…

Aujourd’hui, il faut un propos vendeur, il faut exprimer ce que l’électeur attend. Il faut anticiper et ruser, faire des coups d’éclat et des opérations coup de poing, de la promotion et du marketing. Pire… Aujourd’hui quand tu prends les media, l’info n’est plus, René. L’info est morte, vive l’évènement ! Attends, va te prendre un mojito et reviens vite que je t’explique…

Je ne regarde pas là télé mais j’ai observé, depuis 5 ans, l’évolution du journal de 13h sur France Inter, un des plus écoutés de France si ce n’est LE plus écouté. Eh bien, vois-tu, René, même là, même sans image, c’est le règne de l’info produit, du coup médiatique, du truc glamour à dire pour susciter l’émotion de l’auditeur. Ce n’est que du maquillage : on a atteint le degré zéro de l’épure (oui, je fais du pastiche et je convoque Roland Barthes pour que tu te sentes moins seul à ronchonner)

 Vois-tu, René, j’ai eu un arrière grand père qui était au Congrès de Tours en 1920, un grand père qui a toujours voté marxiste, un père qui a créé les jeunesses communistes de Bagneux à 14 ans et qui a voté… Sarkozy en 2007.
Et moi, je ne sais plus que penser.
Taubira (radical) en 2002, Ségolène x 2 en 2007…
Je refuse la complaisance du Modem et les blagounettes utopiques de Besancenot,
Je renie la démagogie du PS et la cosmétique de l’UMP…
Vais-je donc voter Cohn Bendit pour confirmer ma lassitude et adouber son apparent « parler vrai » ? (t’as raté un super débat entre lui et Bayrou aux dernière élections, un débat ou François s’est ridiculisé et où DCB a tenu un propos humain avec des vrais morceaux de sincérité dedans ; trop frais)

Trop frais…

Vois tu c’est bien ça le problème…
Les simagrées et les discours niaiseux des uns et des autres m’insupportent et me lassent.
D’un coté on fait des lip daubes, de l’autre on s’excuse partout où on passe : bref, on fait le show…

Si je me suis engagé pour la campagne des Européennes, c’est parce que j’ai trouvé un parti,Newropeans, qui me semblait aller au delà du clivage stérile Droite Gauche, un parti utile quand on sait que 85% des lois sont votées à Bxl et transposées ensuite par le Parlement
Français. Mais tu sais bien que nos 72 représentants au Parlement Européen (les 72 hommes et femmes politiques les plus puissants de France) n’ont pas le droit de proposer des textes : ils ne peuvent qu’entériner ou refuser les décisions et les choix faits par les technocrates…

C’est parce que je rejetais ce déni de démocratie que je me suis engagé chezNewropeans.
Parce que je refusais ce vaudeville scabreux qu’est devenu le jeu politique français.
Je refusais l’inanité lâche et la comédie niaise des débats entre une majorité et une opposition dont la frontière est incertaine.
La politique vaut mieux que ça, René, et tu le sais bien. Toi qui a connu l’époque des Mendes France (« Gouverner c’est choisir« ) toi qui a du nécessairement lire ce discours de Jean Jaurès dans lequel il martèle l’évidence. Rappelle-toi, René…

« Il n’y a de classe dirigeante que courageuse. A toute époque, les classes dirigeantes se sont constituées par le courage, par l’acceptation consciente du risque. Dirige celui qui risque ce que les dirigés ne veulent pas risquer. Est respecté celui qui volontairement accomplit pour les autres les actes difficiles ou dangereux. Est un chef celui qui procure aux autres la sécurité en
prenant pour soi les dangers. » (…)
« Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux
applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques »

Et pourtant, je suis le premier à faire ça, René.
A faire écho aux huées fanatiques et aux discours creux.
Pire, j’ai été le premier à stigmatiser ces 500 conducteurs de la ligne A du RER de Paris qui bloquent 1 million de personne (bon, OK, j’étais frustré…)
Je suis défait, René. Il n’y a plus de place pour les idées, il n’y a plus que l’urgence.
Oppressés par le poids des média, on jette de ci de là, de nébuleux messages sans jamais s’engager ; des trucs stériles pour « donner l’impression que »… On pourrait même détourner un peu Céline (non, pas celui qui fait des voyages jusqu’au bout de la nuit, je te parle d’une chanteuse québéqouhèze) :

Tu les entends dire des phrases sans aucun sens
Qu’importe les mots n’ont plus la moindre importance…
Car le Ballet a commencé…

Un ballet où tout n’est que gestuelle calculée et entrechats plus ou moins lestes sur la grand scène illuminée de l’opéra existentiel (je fais des phrases prétentieuses si j’veux)

Voila René…
J’espère sincèrement que tu profites bien de ta mort parce que là, en ce qui nous concerne, on en chie vraiment avec tous ces macaques.
Dernière chose. Si tu pouvais faire un truc qui me ferait graaaave plaisir,
Passe mon bonjour à Salengro et à Beregovoy…

Je suis un boulet, je suis littéraire

J’aime bien quand notre gouvernement adoré me fait bien sentir comme un poids pour la société. Il y a quelques temps, Sarkozy avait dit, je cite : « il faut faire en sorte que la section littéraire ne soit pas une voie de garage ! ». Hein de quoi ? Tu veux dire que mon bac, il vaut tripette, que je suis partie là parce que j’ai pas voulu faire un bac pro ? Et là, c’est reparti : tiens, si on supprimait l’hist et géo pour les terminales S ?



J’avoue que cette nouvelle m’a profondément gonflée sur le coup. Vite, vite, produisons des ingénieurs, la culture G et les matières littéraires, mais quelle perte de temps. Qu’est-ce qu’on s’en fout de l’histoire, c’est le passé et c’est loin, loin. La géographie ? Ta secrétaire se chargera de te réserver les billets. Ben ouais, elle, elle a fait littéraire, la pauvresse, et finit comme une conne à taper sur son ordi ce que tu lui dictes… Tu crois que connaître la capitale du Honduras, ça va aider à trouver un vaccin contre le SIDA ou résoudre l’équation de Fermat ? Non alors tu vois que ça sert à rien l’hist et géo.

Evidemment, imagine comme je suis un boulet. Non seulement j’ai un bac littéraire (mais spé maths et je suis hypra forte en sudoku et calcul mental, je ne suis pas trop un cas désespéré) mais en plus, j’ai une maîtrise d’histoire. Mon dieu, j’étais bien mal partie dans la vie, j’aurais pu finir prof d’hist et géo, la matière qui sert à rien, là. Dieu merci, les aléas de la vie m’ont ballotée de journalisme en community management pour atterrir dans une régie pub. Malgré mes multiples voies de garage (j’ai entendu récemment une fille dire « moi, la fac, je voulais pas y aller, c’est pour les branleurs ! ». Ca fait toujours plaisir, surtout que je crois que j’ai jamais autant bossé de ma vie mais bon…), je m’en sors pas si mal que ça pour le moment.

Je force certes le trait mais j’en peux plus de cette culture où l’efficacité prime sur la diversité des connaissances. Sans prêcher particulièrement pour la cause de l’histoire et géographie (je n’ai pas d’actions dans les livres traitant de cette matière), je crois qu’un éventail large de discipline ne fait jamais de mal à personne. Chacun ses domaines de prédilection bien sûr mais dans ma filière pourrie, j’avais aussi des cours de sciences, certes peu poussés mais suffisamment pour comprendre que mettre trop de trucs sur le toit de la voiture la rend moins aérodynamique donc plus lente (et ça coûte plus cher en essence), je connais les principes de base de la reproduction et de l’effet de serre. Ca m’évite par exemple de creuser ma ridule du front que j’ai rebaptisé « ridule de la perplexité » quand on me parle de réchauffement de la planète. Je suis même assez calée pour comprendre les tenants et aboutissants de la grippe A mais j’ai lu un article extrêmement complet sur le sujet, aussi.





Alors c’est sûr que ma culture générale ne me sert pas quotidiennement dans l’exercice de mes fonctions. Par exemple, mon goût pour la renaissance italienne, Moravia ou Rostropovitch, je ne l’utilise pas tous les jours, pas plus que les règles de base de l’aérodynamique ou les ions et les anions et je ne sais plus résoudre une intégrale. Pas même du premier degré. Mais si je n’en ai pas d’utilisation concrète, toutes ces choses ne me paraissent pas inutiles, loin de là. Si on revient à l’hist et géo, qui peut comprendre le monde dans lequel on vit sans maîtriser un minimum l’histoire au moins du XXe siècle ? Et encore, tout ne s’explique qu’en repartant plus rien dans l’histoire, tout en maîtrisant un minimum la géographie, l’histoire des empires. Par exemple, qui sait que l’installation des premières colonies juives en Israël datait des années 20, quand la Palestine était sous protectorat anglais ? Quand on nous dit aujourd’hui que la 4e guerre mondiale risque de partir de cette région du monde, si on n’a pas ce socle historique, on risque de ne pas bien comprendre pourquoi les gens qui vivent là-bas se tapent dessus.

Mais manifestement, pour nos gouvernants, les scientifiques, notre chère élite de la nation, donc, n’a pas besoin de savoir tout ça. Ce n’est sans doute pas dans la géopolitique que se situe le vaccin du SIDA. Par contre, c’est con mais connaître les mouvements des populations à travers le monde pour comprendre la propagation d’une pandémie, ça peut aider… Par exemple.

Ah tiens, c’est encore grève ?

Je suis fascinée par l’adaptabilité de l’homme à son environnement et aux obstacles qui se dressent contre lui. Si, si, tout le monde ne se noie pas dans un verre d’eau. Un exemple
totalement au hasard : les grèves des transports. Dans l’épisode 1, tout le monde était catastrophé/énervé/tassé dans le métro. Dans l’épisode 2, on garde l’entassement mais pour le reste, j’ai l’impression d’une globale indifférence. Boaf, on fera avec, c’pas grave !
 

Si je prends mon cas personnel, j’avoue que cette fois-ci, la grève constitue un problème mineur mais y a une grosse différence, aussi : j’ai changé de taf. Et alors ? Et
alors c’est plus facile d’aller à taf 2 en tant de grève qu’à taf 1. Juste pour vous expliquer :

– taf 1 : 15 minutes de marche, métro 1, métro 2, re-10 mn de marche

– taf 2 : 15 minutes de marche, métro et 15 mn de marche, point.

Forcément, un métro de moins, ça fait la différence et en plus, il fait beau donc c’est pas gênant de marcher. Même que du coup, j’arrive au travail réveillée et déjà en pleine
ébullition alors qu’avec les transports, j’arrive au travail la tête dans le pâté et en plein manque de caféïne. Mais si moi, j’ai de bonnes raisons d’être plus zen, j’ai l’impression que je ne suis pas la seule. Au boulot, c’est devenu limite une blague « et c’est la grève, je viens en vélo, demain, hihihi ! ». Oui, je bosse avec des filles maintenant donc on rigole en
i. Même le pauvre Alix qui met 2h30 à venir est totalement résigné. C’est comme ça, c’est comme ça, puis c’est tout.

 

Après tout, on peut pester tant qu’on veut, ça ne changera rien. Je ne suis ni syndicaliste ni au gouvernement donc je peux râler tant que je veux, ça fera pas avancer le schmiblick. Et puis, c’est con à dire mais on s’habitue. La première fois, on est emmerdés et on finit par trouver la solution au problème. Bien sûr, les rythme de travail sont décalés, pour nous
qui continuons, je fais du 11-20 en ce moment plutôt qu’un 10-19 (voire un 9h30-18h30) histoire d’éviter la foule qui m’empêche même de lire mon livre alors que c’est un tout petit livre de poche et que les gens qui montent, qui descendent et qui font marée humaine, ça finit par me donner la gerbe. Sauf aujourd’hui parce que vendredi, c’est petit déj et que c’est même mon service qui l’organise alors faut assurer quoi. Alors, certains diront un peu catastrophés et défaitistes : « non, mais c’est horrible, c’est comme l’histoire de la grenouille ! ». Pour ceux qui ne connaissent pas l’histoire de la grenouille, je vous explique : si on plonge une grenouille dans de l’eau bouillante, elle en sort aussi sec mais si on la met dans de l’eau normale et qu’on fait chauffer à mesure, elle bouge pas et finit cuite. Maintenant, vous saurez cuisiner la grenouille grâce à moi, ce blog est vraiment une mine d’information. En gros, la parabole de la grenouille, c’est « quand on se retrouve subitement dans la merde, on se bat pour en sortir mais quand la merde vient petit à petit, on y reste ». Donc, là, si on reprend mon histoire de grenouille appliqué à la situation présente, les défaitistes pessimistes fatalistes disent en gros : « on perd vite notre capacité à s’indigner ». Ouais ok mais j’ai pas que ça à faire, moi, de m’indigner, j’ai une vie aussi.

 Par contre, je crois qu’il ne faut pas tomber dans l’euphorie optimiste non plus, ce n’est pas parce qu’on ne râle plus que toute l’opinion publique va supporter la cause des

cheminots. Selon un sondage lu dans le Monde de mercredi, si mes souvenirs sont bons, 59% des Français approuvent le gouvernement dans cette affaire. Moi, je pense juste que cette résignation face aux grèves n’a rien à voir avec mon opinion sur la question. Je reste à me demander si les méthodes utilisées sont les bonnes et je reste à voir le pour et le contre de chaque réponse. Je reste aussi à dire que ça me scandalise que certains métiers ne soient pas reconnus pénibles alors qu’ils le sont et qu’ils le méritent mais à la limite, ça, c’est une autre histoire (et je refuse d’en débattre en comm, c’est pas le sujet et c’est pas un blog politique, ici, merci de ne pas confondre). Bref, moi, je vois dans tout ça la politique du « faisons contre mauvaise fortune, bon cœur » parce que ça ne sert à rien de gueuler pendant 107 ans, on n’est pas impliqués dans le débat en cours, ce qu’on dit ne changera rien. En attendant, moi, je marche. Tant qu’il pleut pas, c’est plutôt agréable.