Ces lieux où l’on revient

J’aime m’arrêter quelques instants sur le hasard de la vie. Et si y’a bien un truc qui m’émerveille un peu, ce sont ces lieux où je me suis trouvée à un moment et où je reviens sans réelle volonté de ma part. Juste un Hasard de la vie.

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1er janvier 2013, je trie des photos pour les charger sur Picasa. Dans le lot, celles que j’avais prises à Marseille lorsque j’y suis allée pour la première fois en 2009. Depuis, je me suis mise à la plongée et Marseille, je maîtrise un peu. On m’y envoie même en séminaire. Mais en fouillant les photos, je retrouve celles du Frioul et je me souviens. Version 2009 : oh ouah, c’est trop mignon. Je ne savais pas qu’en 2012, je dormirais dans l’appartement juste là, je déjeunerais dans le restaurant juste là et que je me mettrai en tenue de plongée juste là avec un putain de mistral qui te gelait les fesses au sens propre du terme. Ça m’a amusée de projeter mon moi de 2009 et mon moi de 2012 évoluer dans ce même espace, le premier totalement inconscient de l’existence du second. Un peu comme dans les jeux vidéos quand vous avez le fantôme de votre première course pour illustrer votre avance ou votre retard.

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Je suis aussi la reine des hasards improbables : un entretien dans le même immeuble que celle que l’on vient de quitter, un client qui a ses bureaux dans le même immeuble que celui d’un ancien client alors même qu’il n’y a que trois entreprises dans la bâtisse. Ma vie me ramène souvent dans les mêmes parages, je met retrouve à travailler souvent dans le même quartier sans que ce soit une volonté de ma part. C’est un peu étrange de répéter les mêmes trajets sans pour autant se rendre au même bureau. J’avais déjà évoqué cette petite anecdote mais je la répète pour les nouveaux (anecdote qui date de 2007 quand même ) : quand j’avais un CDD en 2006, je fis une pause clope. Face à moi, l’immense immeuble d’un grand groupe de presse. Je me jurai d’y bosser un jour. Ce qui arriva même si dans les faits, je n’ai jamais bossé dans cet immeuble là. Puis j’ai quitté ce grand groupe de presse pour une petite régie pub. Juste avant mon arrivée, je devais aller en rendez-vous client (oui, dès le départ, ce poste puait vraiment la croquette mais à l’époque, j’étais super heureuse, je me rendais pas compte). Je me retrouve dans une agence qui avait un petit jardin et d’immenses frigos, je me disais ‘“ouahou, j’adorerais bosser ici!”. Janvier 2011, j’intégrai une des filiales de l’agence. Bon, dans les faits, le jardin, j’y vais pas sauf quand je bois un petit café avec ma soeur qui, elle, y bosse. Mais je reviens, encore et toujours, sur les mêmes lieux.

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Il est vrai que des agences comm/media dans ces parages, c’est pas ce qui manque. Plonger à Marseille ou au Frioul n’a rien d’incroyable. Mais j’aime revenir sur un lieu et me souvenir de la première fois où je l’ai vu. Comme ce que je trouvais bien, impressionnant… est devenu mon quotidien ou presque. Non parce que par exemple, le Frioul, j’avais trouvé ça super chouette. Maintenant, je ne m’en émerveille plus trop (même si ça reste sympa). Idem pour Marseille, je fais trop ma connasse qui s’y connaît alors que j’y suis allée 4 fois en tout et pour tout et que dans les faits, sorti du vieux port, de la pointe rouge et du Frioul, je connais que dalle ! Quand je me balade à Lavande sur Seine, je fais ma merdeuse “tu vois, j’ai bossé, là, là, là et là!”. Dire que j’avais refusé un appart là bas pour une sombre histoire de pizzeria juste en dessous, de vis à vis, d’humidité et de simple vitrage… Oui non ok, j’ai bien fait.

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Et cet été, je pars en Corse, normalement, là où je suis déjà partie deux fois. Je vais pouvoir me la péter fille qui connaît.

Je suis un boulet, je suis littéraire

J’aime bien quand notre gouvernement adoré me fait bien sentir comme un poids pour la société. Il y a quelques temps, Sarkozy avait dit, je cite : « il faut faire en sorte que la section littéraire ne soit pas une voie de garage ! ». Hein de quoi ? Tu veux dire que mon bac, il vaut tripette, que je suis partie là parce que j’ai pas voulu faire un bac pro ? Et là, c’est reparti : tiens, si on supprimait l’hist et géo pour les terminales S ?



J’avoue que cette nouvelle m’a profondément gonflée sur le coup. Vite, vite, produisons des ingénieurs, la culture G et les matières littéraires, mais quelle perte de temps. Qu’est-ce qu’on s’en fout de l’histoire, c’est le passé et c’est loin, loin. La géographie ? Ta secrétaire se chargera de te réserver les billets. Ben ouais, elle, elle a fait littéraire, la pauvresse, et finit comme une conne à taper sur son ordi ce que tu lui dictes… Tu crois que connaître la capitale du Honduras, ça va aider à trouver un vaccin contre le SIDA ou résoudre l’équation de Fermat ? Non alors tu vois que ça sert à rien l’hist et géo.

Evidemment, imagine comme je suis un boulet. Non seulement j’ai un bac littéraire (mais spé maths et je suis hypra forte en sudoku et calcul mental, je ne suis pas trop un cas désespéré) mais en plus, j’ai une maîtrise d’histoire. Mon dieu, j’étais bien mal partie dans la vie, j’aurais pu finir prof d’hist et géo, la matière qui sert à rien, là. Dieu merci, les aléas de la vie m’ont ballotée de journalisme en community management pour atterrir dans une régie pub. Malgré mes multiples voies de garage (j’ai entendu récemment une fille dire « moi, la fac, je voulais pas y aller, c’est pour les branleurs ! ». Ca fait toujours plaisir, surtout que je crois que j’ai jamais autant bossé de ma vie mais bon…), je m’en sors pas si mal que ça pour le moment.

Je force certes le trait mais j’en peux plus de cette culture où l’efficacité prime sur la diversité des connaissances. Sans prêcher particulièrement pour la cause de l’histoire et géographie (je n’ai pas d’actions dans les livres traitant de cette matière), je crois qu’un éventail large de discipline ne fait jamais de mal à personne. Chacun ses domaines de prédilection bien sûr mais dans ma filière pourrie, j’avais aussi des cours de sciences, certes peu poussés mais suffisamment pour comprendre que mettre trop de trucs sur le toit de la voiture la rend moins aérodynamique donc plus lente (et ça coûte plus cher en essence), je connais les principes de base de la reproduction et de l’effet de serre. Ca m’évite par exemple de creuser ma ridule du front que j’ai rebaptisé « ridule de la perplexité » quand on me parle de réchauffement de la planète. Je suis même assez calée pour comprendre les tenants et aboutissants de la grippe A mais j’ai lu un article extrêmement complet sur le sujet, aussi.





Alors c’est sûr que ma culture générale ne me sert pas quotidiennement dans l’exercice de mes fonctions. Par exemple, mon goût pour la renaissance italienne, Moravia ou Rostropovitch, je ne l’utilise pas tous les jours, pas plus que les règles de base de l’aérodynamique ou les ions et les anions et je ne sais plus résoudre une intégrale. Pas même du premier degré. Mais si je n’en ai pas d’utilisation concrète, toutes ces choses ne me paraissent pas inutiles, loin de là. Si on revient à l’hist et géo, qui peut comprendre le monde dans lequel on vit sans maîtriser un minimum l’histoire au moins du XXe siècle ? Et encore, tout ne s’explique qu’en repartant plus rien dans l’histoire, tout en maîtrisant un minimum la géographie, l’histoire des empires. Par exemple, qui sait que l’installation des premières colonies juives en Israël datait des années 20, quand la Palestine était sous protectorat anglais ? Quand on nous dit aujourd’hui que la 4e guerre mondiale risque de partir de cette région du monde, si on n’a pas ce socle historique, on risque de ne pas bien comprendre pourquoi les gens qui vivent là-bas se tapent dessus.

Mais manifestement, pour nos gouvernants, les scientifiques, notre chère élite de la nation, donc, n’a pas besoin de savoir tout ça. Ce n’est sans doute pas dans la géopolitique que se situe le vaccin du SIDA. Par contre, c’est con mais connaître les mouvements des populations à travers le monde pour comprendre la propagation d’une pandémie, ça peut aider… Par exemple.