C’est la grève (comme tous les autres jours)

Lundi matin, j’arrive à la gare : pas de train avant 30 minutes. N’étant pas tout à fait stupide, le soir, je vais voir sur ABCDTrains et bonne nouvelle :
le trafic sera normal le lendemain. Sauf que pas de chance, un conducteur se fait agresser lundi soir à 19h40 et quand j’arrive à la gare hier matin, y a écrit en gros : « pas de train du tout ». Ah ben comme ça au moins…


Arrivée au boulot, je pianote sur le net pour savoir ce qu’il s’est passé exactement, c’est quoi cette histoire d’agression. Je ne commenterai pas le fait que j’ai du mal à comprendre pourquoi c’est tout le réseau St Lazare qui est paralysé alors que l’agression a eu lieu sur la ligne A du RER. De toute façon, ça fait à peu près un an que j’ai des soucis de train toutes les semaines, je pourrais lister les différents motifs de grèves ou pannes mais on s’en fout, là n’est pas le propos de l’article. Et non, en fait, je ne vais pas dire que la grève, c’est bien mais qu’on en a tellement abusé que ça ne veut plus rien dire là (un an de perturbations entre les grèves dures et les remises en service plus les pannes), que je trouve assez scandaleux qu’un syndicat utilise l’agression d’un conducteur pour expliquer que c’est la faute de la direction qui veut pas céder à leurs revendications ( ?) ou encore parler du collègue de ma mère, infirmier aux urgences, qui se retrouve avec un collier cervical et un arrêt de travail d’un mois sans que ça n’émeuve personne. On pourrait aussi parler du fait que le moindre pet de travers du côté des syndicats est surcouvert par les médias alors qu’il faut attendre que quelqu’un meure aux urgences pour qu’on se dise que, quand même, y a comme un souci. Mais c’est Noël, on va oublier et manger, merci bien. Je pourrais enfin faire remarquer que privatiser ne multipliera cependant pas les rails et qu’Air France n’est plus un service public et pourtant… Bref, voilà, je balance tout, je développe rien et je passe à la suite.

Plus intéressants que les articles qui ne nous apprennent pas grand chose sur le sujet (et qui, pour celui du Monde, est écrit avec les pieds), les commentaires. Alors, ça, c’est mon péché mignon. Prenez un sujet polémique et allez lire les commentaires, c’est carrément jubilatoire. Entre les usagers mécontents, les acharnés de la privatisation et les « tout ça, c’est un complot du gouvernement pour nuire aux syndicats », je me régale. Mauvaise foi contre mauvaise foi, propos décousus (y a des gens, je comprends pas ce qu’ils cherchent à dire), gens qui mêlent des choses qui n’ont rien à voir dans le débat, anecdotes personnelles, effleurement du point Godwin (celui là, j’aime le distribuer). Ça vous rentabilise une grève en deux minutes.


Je parle des grèves mais ça marche pour le reste. Il faut surtout lire ceux concernant la France et là, c’est droite comme gauche, c’est tout blanc ou tout noir. Parce que tout est la faute de l’UMP mais toi, t’es trop con, tu es influencé par les discours anarco syndicalistes, alors hein… Oui parce que de façon générale, dans les débats sur le net (et surtout sur le net), chacun est persuadé de détenir la vérité absolue et indéniable alors que tous les autres sont influencés par les médias. On peut prendre le cas du Proche-Orient, un vrai cas d’école. On a de tout : du sang, des larmes, des intérêts géostratégiques, des morts, des soldats, des attentats, des religions, des « moi je sais, pas toi ». Perso, moi, je ne sais pas vraiment. Je ne vis pas là bas donc les chiffres qui me parviennent, parfois contradictoires, je ne peux pas savoir lesquels sont vrais, lesquels sont faux, quelle source est fiable et quelle autre est vérolée. De façon générale, je préfère éviter de me prononcer sur le conflit essentiellement parce que ça finit toujours par dégénérer. C’est pas pour autant que je n’ai pas un avis mais il suffit de tomber sur une personne qui est pour l’autre camp et là, c’est parti : « t’es trop conne, tu répètes ce que disent les médias mais t’en sais rien. Franchement, quand on sait pas, on ferme sa gueule ! ». Je suis toujours assez fascinée par cette sensation que semblent avoir tous les commentateurs d’actualité de savoir. Y compris quand ils ont tort et qu’on leur prouve par A+B car des fois, oui, il y a moyen de démontrer qu’ils ont tort mais au lieu de fermer sa gueule ou de s’excuser, la personne attaque sur un autre point. Je me souviens d’avoir eu ce débat sur ce blog même. Une fille m’explique qu’en France, les résidants d’outre mer et les gens issus de l’immigration n’ont pas le droit d’être élus de la République, je lui cite quelques noms pour lui prouver le contraire. Réponse : « et alors, tu trouves qu’il y a de quoi être fier ? ». C’était pas la question, à la base…

 

Mais j’aime. J’aime vraiment ces joutes verbales, ces interpellations, c’est « moi je sais et pas toi », cette mauvaise foi qui transparaît et les raccourcis parfois hallucinants qui sont faits. Cette sensation que parfois, les gens ne pensent pas selon la même logique pour arriver de A à C en passant par T. Sauf qu’il y a un effet pervers : à force, on a tendance à ne plus donner raison à personne et d’être totalement désabusé. Et du coup, dans les débats en soirée, on n’a aucune envie de donner son opinion vu qu’aucune option ne nous convient. Par contre, pour les sadiques de la contradiction, c’est bon : vous aurez des contre- arguments quoi qu’on vous soutienne. Quoi qu’il en soit, dans les soirées en ville, si on vous demande votre avis sur un sujet dont vous vous foutez et qu’il serait mal vu de ne pas répondre, vous avez au choix : « Tout ça, c’est la faute à Sarkozy/l’UMP ! » ou « non mais arrêtez, vous êtes intoxiqués par les médias ! ». A la limite, si vous êtes dans un repas où il est bon ton d’être de droite, vous pouvez un peu tacler sur le PS : « Pffff, arrête de t’emballer, on dirait Ségolène Royal/Martine Aubry ».

Non mais comment voulez vous que je me lasse ? En tout cas, le seul truc que je retiens de tout ce que j’ai lu, c’est cette question : « et sinon, à quand des transports plus écologiques? ». Aucun rapport avec la grève mais j’aimerais savoir, aussi.

Super Nanny

Il y a des soirs, comme ça, où on a envie de ne rien faire, pas penser, pas bosser donc que faire ? Regarder la télé, évidemment. Donc la semaine dernière ou par là, je glandais devant la télé, la zappette à la main. Bon, il y a Matrioschki sur Paris Première à 22h30, série que j’aime bien. Bon, en attendant, je regarde quoi ?
super-nanny
 
La zappette magique m’amène sur M6 où ils passent « Super Nanny ». Une émission avec des gosses hystériques et mal élevés ? Bon, ben, allons-y, ça va encore accroître mon instinct maternel. Pour ceux qui n’ont jamais vu ce…ce truc, je résume. C’est une bonne femme en chignon et tailleur noir avec de fines lunettes d’institutrice de film porno. Elle, je suis sûre qu’elle manie la cravache avec doigté, toute gainée de cuir dans les milieux underground de la nuit. Enfin, bref, notre maîtresse SM a fort à faire dans ces émissions : elle doit remettre des sales gosses sur le droit chemin. Oui, ces graines de délinquants, de racailles prêtes à mettre le feu aux cités. Cette émission doit beaucoup plaire à Nicolas Sarkozy (cette phrase sert juste à voir si des gens vont tomber sur mon site en tapant Nicolas Sarkozy). Ces derniers temps, M6 semble avoir une passion pour les émissions disciplinaires, entre leurs pensionnats, leur camp de redressements, leurs mamans échangées et tout ça…
 
Quand je vois cette émission, je n’ai qu’une envie : me ligaturer les trompes. Seigneur, comment des gamins de 3 ou 4 ans peuvent être aussi monstrueux ? Comment peut-on en arriver là ? Quand je vois comment je suis avec mon chat, je suis potentiellement la future mère d’Attila de ce genre et je sais même pas si Super Nanny existera encore pour m’aider à les remettre sur le droit chemin !
 
Je n’ai pas vu beaucoup d’épisodes de cette émission mais j’ai remarqué que les familles avaient souvent un même schéma : un père absent (soit il travaille très beaucoup, soit il se tape de sa famille, soit il vit carrément plus là), une grande sœur décalée des petits monstres qui joue la maman et qui souffre beaucoup de la situation parce qu’on lui vole son adolescence, une mère totalement incapable de faire preuve d’autorité. Les pauvres sont au bord de la dépression, on sent qu’elle commencent à détester cordialement leurs gosses et on les
comprend, parfois. Surtout que les gosses, une fois sur deux, ils ont vraiment une sale gueule. C’est physique, je les vois, j’ai envie de les baffer. Mais bon, c’est tourné de telle façon qu’on a forcément envie de leur faire avaler son doudou pour qu’ils s’étouffent avec.
 
Bon, l’épisode se déroule en général comme ça : petite présentation de la famille : le papa s’il y en a un, la maman dépressive, la grande sœur effacée qui fera une
merveilleuse cliente pour Prozac et les gamins turbulents qui font les cons devant la caméra. Bon, vous noterez que j’ai pas d’enfants mais cette émission a un effet pervers dès le départ : en général, les enfants, dès qu’on les place sous une caméra allumée, ils font les intéressants. Je le faisais, ma sœur aussi. D’ailleurs, ce week-end, on a revu une vieille vidéo d’un petit repas de famille avec mes deux grands mères (je ne savais même pas qu’elles s’étaient retrouvées au même endroit depuis que j’étais née, hors les églises pour les baptêmes et communions), une tante et nous quatre. Bon et bien, on faisait les belles avec ma sœur et, à un moment, on m’a demandé de chanter un truc parce que, petite, j’étais la diva de la famille, je minaudais que j’en pouvais plus. Donc, forcément, ces gamins de la super Nanny, des caméras les suivent en permanence, ils vont trop se la jouer et être encore plus insupportables. Enfin, bref. On voit un peu la vie de famille ave des gamins qui hurlent, tapent du pied, font des colères (oui, ils choisissent pas l’image du gamin mignon qui fait un truc tranquille dans son coin). Une fois sur deux, le gamin dort dans le lit conjugal à la place de la maman, charmant ! Remarquez, on est sûr que ce couple-là ne se reproduira plus. Apparemment, les enfants n’aiment pas dormir seuls.
 
Là, arrive Super Nanny ! On voit notre maîtresse SM marcher dans la rue, un cartable à la main (pourquoi faire ?), elle fonce d’un pas décidé, air pincé, vers la demeure de la famille en détresse tandis que la voix off nous explique sur une musique rétro que « Super Nanny a élevé 52 enfants » et je sais plus quoi. Bon, super Nanny arrive dans la maison et découvre l’ampleur des dégâts. Là, c’est super drôle car elle regarde les parents faire des conneries sous l’œil relativement indifférent des parents et elle commente : « Qu’est-ce que c’est que ça ? Cet enfant ne sait absolument pas ce qu’est l’autorité ! Sa maman crie mais il ne sait même pas pourquoi ! ». Ce qui est amusant, c’est qu’elle dit ça
style : « je te prends téléspectateur, à part, pour dire du mal », comme on le fait des fois, dans un café, on médit à voix basse avec une personne qui passe. Sauf que là, en vrai, la super Nanny est encadrée par les caméras avec un gros micro au dessus de la tête et la famille fait mine de ne pas entendre les commentaires acerbes de notre dominatrice perverse. Ils nous prennent vraiment pour des cons !
 
Arrive « le conseil de guerre », on peut vraiment appeler ça comme ça. Notre super Nanny a observé la famille et fait un super planning pour remettre les choses en place. Donc elle interpelle tout le monde en leur donnant des autres : « Madame ! Vous DEVEZ réintégrer votre lit CONJUGAL. Le petit Hugo doit dormir dans SON lit ! ». Oui, super Nanny, elle détache tous les mots et en accentue certains. Ce qui est amusant, en fait, c’est qu’elle parle aux parents comme aux enfants. Une fois, elle va au parc avec le papa d’enfants qui n’en a franchement rien à foutre de sa progéniture. De toute façon, lui, je suis sûre qu’il avait une maîtresse et que ça le faisait chier de rentrer chez lui. Donc elle l’amène  l’entrée du par cet lui montre un panneau : « Regardez, MONSIEUR. Il est ECRIT : in-ter-dit-aux-chiens (en suivant les mots avec son doigts), pas aux papas ! ». L’autre, il fait un « ouais, ouais », comme un petit garçon qu’on réprimanderait et qui sait qu’il a tort. Parce que, finalement, dans ce truc, ce ne sont jamais les enfants les fautifs mais les parents et ils passent leur temps à se faire engueuler par la nounou sadique.
 
Bon, la Nanny est super forte, elle remet de l’ordre en deux temps, trois mouvements, les gamins filent droit, les mamans pleurent dans les bras de super Nanny pour la remercier, les grandes sœurs peuvent enfin vivre leur vie d’ado et les papas… ben rien. Mais après, super Nanny s’en va, laissant la famille seule face à elle-même et, souvent, ça craque. Le truc vicieux
avec cette émission, c’est que le MOINDRE faux pas est montré, démontré, disséqué sous nos yeux moqueurs et on se dit : « cette bonne femme est incapable d’élever ses gosses, quelle pitié ! ». Je me dis qu’il faut vraiment être désespérée ou en manque maladif de notoriété pour passer dans cette émission. Mais le truc qui m’hallucine le plus, c’est de voir que cette femme à qui il ne manque que les cuissardes en cuir se montre plein de tendresse avec les enfants qu’elle appelle « mon ange », « mon cœur » alors qu’elle est intraitable avec
les parents.
 
Mais cette émission se veut pédagogique : on ne fait pas que se moquer de ses pauvres familles moyennes qui survivent dans des HLM avec un RMI, on apprend des choses, aussi : de temps en temps, des petits conseils apparaissent au bas de l’écran. Bon, j’essaie d’appliquer à Kenya, pour voir. Exemple : « toujours se mettre au niveau de l’enfant pour lui parler ». Donc je prends mon chat et la soulève à mon niveau (oui parce que je vais pas me rouler par terre pour lui parler, non plus), je la regarde droit dans les yeux et dit : « Il ne FAUT PAS faire pipi sur le TAPIS que Clara m’a OFFERT ! ». Bon, elle détourne le regard et se lèche les babines. Rien à faire de ce que je lui dis. Pourtant, je suis une élève assidue. J’ai appris qu’il fallait prévenir avant de sévir : « Kenya, si tu continues, tu finis dans la salle de bain ! » Et bien, curieusement, ça ne la calme
pas… Enfin, de toute façon, d’ici que je me reproduise, j’aurais oublié les conseils précieux de cette émission. Et comme j’ai raté plein d’histoires, j’ai raté pleins de petites notices pour élever parfaitement mes enfants. Bon, il ne me reste plus qu’à trouver un géniteur plus doué pour l’éducation que moi !
 

Nina, l’’idole de vos jours (et de vos nuits, aussi)

Petit à petit, je deviens une star, hé oui. Vous êtes près de 800 à venir tous les jours suivre ma petite vie et celle de mes amis, certains rêvent même de moi la nuit (n’est-ce pas oui-oui !). Ainsi, toute star modeste que je suis, je dois me plier à l’incontournable exercice : l’interview.
 
Ma première interview, je l’ai subie alors que je n’étais pas encore Nina mais une simple étudiante en journalisme. En fait, dans le cadre de notre master, nous avons crée un journal dont je ne donnerai pas le nom (ce n’est pas que j’en ai honte, juste pour pas qu’on retrouve mon nom). Le « numéro zéro » fut créé dans des conditions épiques : quinze jours avant les élections présidentielles américaines pour laquelle mon IEP organisait une soirée (youpi !), notre super directeur de master nous fait : « et si vous faisiez le premier numéro de votre journal pour l’occasion ! ». 12 personnes pour créer un journal dont nous n’avions même pas le nom à l’époque en quinze jours et le garnir, tout va bien ! Bon, la veille du jour J (jour de l’impression, pas des élections), nous finissons la mise en page et l’impression du modèle type à… 5 heures. Je reste dormir chez la camarade qui nous avait gentiment prêté son appart pour cette folle soirée. 8 heures, l’heure de se lever car nous avons cours. Toilette rapide, je ne mange rien (je n’ai jamais faim au réveil), direction la fac pour apprendre que, non, en fait, nous n’avions pas cours. Mais comme nous avions rendez-vous à midi pour discuter avec un stagiaire du canard local de notre merveilleux journal, impossible de rentrer dormir donc je vais prendre un café à la cafétéria avec mes camarades d’infortune mais je n’avale rien. Midi, on rejoint le stagiaire et on se pose dans un café où j’ai l’idée du siècle : commander un vin chaud (dégueulasse, au passage). Donc, pour l’interview, j’étais un peu saoule et, curieusement, aucun de mes propos n’est apparu dans l’article. En même temps, je ne sais même plus ce que j’avais dit si ce n’est : « moi, moi, moi, je ferai les pages sport, moi, moi, les pages sport ! ».
 
Une blog-interview
Après cette première tentative pour le moins ratée, je suis devenue Nina, cette star anonyme du net comme il en existe tant. A une époque, il était à la mode de se faire des interviews entre blogueurs, Banana m’en a parlé à plusieurs reprises mais j’étais un peu circonspecte. Oui, c’est une bonne idée sur le fond mais je ne suis pas la seule à officier sur mon blog. Quant à faire une auto-interview, mon égocentrisme a encore certaines limites. Ceci étant, je pense que je vais vous servir une interview de tous mes vingtenaires, n’est-ce pas une bonne idée ? Bref, passons.
 
Peu de temps après, je rencontre Bouc et Moustache, journaliste de son état. Bon, évidemment, dès que je sais ça, je lui « saute » virtuellement dessus en lui disant que j’aimerais bien qu’on discute ensemble de ce sujet. Un soir, il vient donc me cueillir chez moi et m’embarque sur les Champs pour faire une interview croisée. Je vous préviens, mesdemoiselles, ce garçon est un fin séducteur ! Regardez comme il m’a bien cernée : il me fait parler de moi, domaine dans lequel j’excelle. Donc on se pose chacun des questions, je suis restée assez sage dans les miennes (surtout qu’il ne m’avait pas du tout parlé de son idée et que je n’avais pas eu le temps de réfléchir), ne pensant pas qu’il me poserait des questions un peu poussées sur ma sexualité. (voir l’interview ici)
 
L’avantage pour lui, c’est que je suis une très bonne interviewée, je fournis de la matière. L’inconvénient pour moi c’est que, en tant que journaliste, je sais très bien comment ça marche et que je devrais être un peu plus prudente quand je parle avec un représentant de cette profession qui note avec frénésie ce que je raconte. Car je suis un peu trop spontanée, je réponds sans tourner sept fois ma langue dans ma bouche (ni dans la sienne… pardon, j’ai pas pu résister à ce jeu de mots débile) et me voilà à lui raconter ma première expérience sexuelle qui fut un peu traumatisante, à lui expliquer que je ne fais pas l’amour dans des lieux publics car je suis bien trop expressive dans ses moments-là. La question était juste : « as-tu déjà fait l’amour dans des lieux publics ? », j’aurais dû me contenter d’un « non », plutôt que d’un « non. Tu comprends, c’est pas possible, je suis très bruyante dans ses moments-là et on se ferait forcément attraper ». Heureusement « Bouki », comme on l’appelle désormais, n’est pas sadique, il a censuré nombre de conneries que j’ai dites et a respecté ma volonté de ne pas évoquer certaines histoires dont je ne veux plus entendre parler. Car Bouki aurait été journaliste à Voici, au lieu de ressortir la phrase « je suis bruyante quand je brouette », il aurait fait part à la France entière de mon aversion pour certaines personnes dont j’ai simplement refusé de parler.
 
Il faut savoir qu’un journaliste cherche la phrase choc, la déclaration qui tue et qui, mise en première page, va faire vendre. Tant pis si placée hors contexte, elle ne veut plus rien dire. On s’en fout, nous, on veut juste avoir une exclu, un scoop, faire vendre notre torchon pour avoir des sous pour partir en vacances. Donc cette interview avec Bouki aurait dû être un excellent entraînement pour m’apprendre à fermer un peu ma délicate bouche. Et bien, non.
 
Le début de la gloire !
Quelques temps plus tard, coup de téléphone : c’est mon ami Bouki, toujours. Il me laisse un message sur mon répondeur, mon téléphone n’ayant pas daigné sonner. En gros : « Nina, c’est Bouki, j’ai un truc qui pourrait t’intéresser, rappelle-moi ». Donc je rappelle pour les trois du fond qui n’ont pas suivi que ce jeune homme est journaliste et que je suis au chômage donc immédiatement : « super, il a entendu parler d’un poste pour moi ! ». Raté : une journaliste de Zurban l’a appelé. Elle prépare un papier sur les célibataires à Paris avec un encadré spécial sur les blogs. Elle l’a d’abord appelé lui puisqu’elle est tombée en premier sur son blog et, après avoir répondu à ses questions, l’a renvoyée vers moi qui suis une personne (je cite) « fortement intéressante ». Et je peux vous dire que la demoiselle n’a pas été déçue ! A la question : « le blog est-il un bon plan pour les célibataires ? », je me suis exclamée : « Ah ben j’ai jamais autant baisé que depuis que j’ai ce blog ! ». Bravo, très bien et ta langue dans ta bouche, tu l’as tournée ? Qu’est-ce que tu es allée raconter ça, triple nouille ! Je sais pas encore ce que ça a donné au final, le numéro de Zurban sort aujourd’hui et à l’heure où je tape cet article (dans le train), je l’ai pas encore  lu. Mais si elle retient ça, il va se passer que je vais avoir plein de jeunes hommes lubriques qui vont venir sur mon blog uniquement dans l’espoir de me brouetter. Youpi… (enfin, si l’un d’entre eux est Brad Pitt, là, je veux bien me sacrifier). En tout cas, over-blog risque de voir le nombre de blogs augmenter après une telle déclaration (vous avez vu, les gars, comme je bosse bien pour vous). Enfin, je vais lire l’article et voir s’il est besoin que j’écrive un article dessus pour réagir. Mais la journaliste était très sympa (trop), elle m’a mise en confiance et du coup, je me suis lâchée, omettant à la fin de la vouvoyer comme si je parlais à une copine. Note à moi-même : copiner avec les interviewés pour qu’ils se livrent (mais bon, ça, je le faisais déjà avant). En fait, j’ai lu l’article en question, depuis, et elle a rien retenu de ce que j’ai dit… Mais j’ai réussi mon défi : voir le mot brouette écrit dans un magazine !
 
Interview à trois
Jamais deux sans trois et voici ma dernière interview en date : re- Bouc et Moustache. Cet homme est fou de moi, ma parole ! Non, je plaisante, il a décidé de faire une interview croisée d’Alya, Banana et de votre dévouée. Nous voici donc rendus chez Alya (que je n’avais jamais physiquement rencontrée), il y a également « Lui », l’amoureux de Banana. Bon, au début, on discute de tout et de rien puis vient le moment de l’interview que je vous laisse découvrir sur le blog de Bouc et Moustache. Bon, ce genre d’interview convient mieux, je laisse échapper moins de conneries (il me semble) car, à trois, je n’ai pas le monopole de la parole. En même temps ça peut avoir un effet pervers puisqu’une va dire un truc et les deux autres peuvent s’exclamer : « ah ben tiens, c’est vrai. » Aurions-nous répondu la même chose individuellement ? Rien n’est moins sûr. Je ne dis pas que nous nous sommes influencées les unes les autres au point de répondre le contraire de ce que l’on pense mais que certaines réponses ne nous seraient peut-être pas venues à l’esprit. Au début, il y a eu un QCM et c’est franchement difficile d’y répondre. Par exemple, la question sur ma mère, « est-elle ma meilleure amie, un refuge, un hôtel trois étoiles ou une étrangère », aucun ne correspond vraiment… Il fallait que je donne une réponse donc j’ai choisi un refuge (ce qui n’est pas faux en soi) mais je n’avais pas le droit de donner une cinquième réponse. Pour info, vu que certains me l’auraient demandé en comm, je considère ma mère comme un modèle sur certains points, une bonne camarade avec qui je peux plaisanter mais une amie, c’est trop fort, je ne lui confie que peu de choses sur ma vie privée. Mais bon, c’est le jeu, je m’y prête de bonne grâce. A l’arrivée, je crois que Bouki était satisfait du résultat.
 
Bref, je suis à l’orée de ma vie de star (comme je me la joue) et déjà, je me rends compte qu’il est urgent d’arrêter de papoter comme je le fais si je ne veux pas détruire ma carrière avec une interview titrée : « Nina : le triolisme, ça me fait triper et j’emmerde la morale ! ».
(Pour la jouer encore plus star, j’ai mis une photo de moi où on ne voit rien!)