Combien je vaux ?

Lors d’entretiens d’embauche, on arrive toujours à la délicate question du salaire. Deux scénarii possibles : soit le recruteur a déjà un salaire alloué au poste soit il vous demande de but en blanc combien vous demandez. Et là, panique à bord : je demande combien ?


En France, on aime être pudique sur l’argent, tous ces euros, c’est indécent. Même si, quand on postule pour un premier emploi, on ne va pas réclamer 300 000 euros de prime annuelle, heiiiiiiin. Le problème est donc de connaître l’état du marché, le salaire moyen de l’emploi auquel vous postulez en le pondérant selon vos diplômes et votre expérience professionnelle. Plus compliqué qu’une grille de sudoku. La première fois qu’on m’a posé la question, je suis restée coite, habituée à ce qu’on me donne une idée de salaire. Heu ?
Timidement, j’ai demandé 1500 brut. Le recruteur a souri : « Non, mademoiselle, avec votre profil, faudrait plutôt taper à 1800 brut ». Heu bé d’accord alors…


Il est délicat de réclamer un salaire. Toutes les entreprises n’ont pas les mêmes moyens pour commencer. En général, on prend le principe des revendications syndicales, à savoir demander le bras pour obtenir la main. Cependant, demander le bras de Hulk quand on a le CV aussi fin que la silhouette de Kate Moss, est-ce bien raisonnable ? Je sais, ma phrase précédente est capillotractée mais vous avez compris (j’espère). Parce que faudrait voir à rester crédible face au recruteur. Si le salaire moyen de l’emploi auquel vous postulez est de 24 k€, n’en demandez pas 30 non plus. Un peu de réalisme ne tue pas.


Par contre, il ne faut pas tomber dans le travers inverse. On aurait tendance à penser qui si on demande un salaire moindre, on aura plus facilement le poste qu’un candidat qui demande plus. Faux, on ne vous embauche pas pour un salaire mais pour des compétences ! Par aillers, demander un salaire trop bas peut donner une mauvaise image de vous. Demander trop peut paraître prétentieux, demander trop peu peut souligner un manque de confiance, un « je ne mérite pas plus ». De plus, si votre demande de salaire trop bas est acceptée, difficile de demander plus après. Quoi qu’il en soit, le salaire sera objet de négociation donc demandez toujours un peu plus que ce que vous souhaitez obtenir, dans la mesure du raisonnable.


Oui, ok, mais comment savoir combien demander quand on est à la recherche de son premier emploi, comme ce fut mon cas lors de l’entretien où j’avais demandé trop peu ? Là, j’ai pêché par manque de renseignements sur la question et j’ai eu tort. Sur nombre d’annonces, il y a une échelle de salaire, ça permet déjà de se faire une première idée. N’hésitez pas à demander aussi sur des forums professionnels (ou fouiller dessus car la question a sans doute déjà été posée). La question n’est pas stupide, il y a des choses qui ne se
devinent pas d’autant que, si on sort d’une école, on a un peu le melon gonflé à bloc par les profs qui nous serinent qu’on est les plus beaux, les meilleurs… Mais à 30 par promo multiplié par le nombre d’écoles et universités qui proposent une formation similaire, non, vous n’êtes pas unique et désiré donc on reste raisonnable.



Mais alors, si on me  propose un poste en deça de mon salaire de base, je refuse ? Nous verrons ça la semaine prochaine. Hé oui.

Entretien, acte 2

Souvenez-vous, la semaine dernière, nous étions en entretien. Après avoir tout préparé, nous voici devant M. le recruteur, prêt à démarrer cette joute orale qui nous donnera un emploi… Ou pas.


En général, ça se passe toujours de la même façon : le recruteur pose notre CV sous son nez et nous demande de nous présenter. Et c’est parti pour un récit de vie non exhaustif, allons à l’essentiel. Les vacances chez mamie en 1990, par exemple, on va s’en passer, bien sûr. Comme je suis une fille organisée dans ma tête, je fais par étape. D’abord les études. Le recruteur a beau avoir mon CV sous son nez, faut que je détaille. Pourquoi donc ai-je ce parcours, pourquoi ai-je choisi de faire histoire pour commencer ? Bon, je parle pas de mon choix de la série au bac parce que c’est un peu dépassé et qu’expliquer que le journalisme, c’est la voie depuis mes 15 ans, ça fait un peu « non mais c’est un choix de vie, vous savez, je voulais faire ça avant même de marcher ! ». Bon, inutile de trop rentrer dans les détails, expliquer que les cours sur l’Orient hellénistique dans la période antique, c’était bien sympa, ça ne fait pas avancer le schmiblick.

Après les diplômes, parlons des expériences professionnelles. Evidemment, en début de carrière, les expériences professionnelles, ça veut dire les stages, pour l’essentiel. Le but, là, est de tout valoriser. Je décris mes missions, book à l’appui pour montrer un peu ce que j’ai fait. Pour ma part, les stages pourris genre celui que j’ai fait en été 2005 dans une cave où j’ai quasi rien écrit, je l’ai même pas mis dans le CV pour éviter d’avoir à en parler. De toute façon, à cette période là, j’étais déjà pigiste pour un webzine pour lequel j’ai écrit deux ans donc inutile de tendre un bâton pour se faire battre. Donc voilà, on passe sous silence les côtés négatifs sauf s’ils peuvent servir à notre cause. Par exemple, si vous avez un un dossier sensible à traiter durant votre stage parce qu’on sait jamais, ça peut arriver, ne pas hésiter à le mettre en avant « oui, ça n’a pas été facile, j’ai dû prendre sur moi mais à l’arrivée, j’ai triomphé ». Blablabla. Oui, il faut comprendre que l’entretien, c’est comme un premier rendez-vous amoureux,on évite de trop parler de ses défauts.

Les défauts, parlons en. Les recruteurs sont joueurs, ils adorent nous poser des questions comme par exemple « quels sont, à votre avis, vos principales qualités et vos principaux défauts ? ». Pour les qualités, c’est facile, il suffit de reprendre les qualités demandées dans l’annonce et hop. Pour les défauts, par contre, bonjour la tarte à la crème. En général, on sort le lénifiant « perfectionniste ». Non mais sans déconner, ils attendent quoi « Bon, alors, moi, le matin, j’arrive pas à me lever alors m’attendez pas avant 10 heures, quoi ! » ou comme m’a dit un pote un jour « de temps en temps, je vais aux toilettes me fumer un joint ! ». J’avais envie de dire un jour « je fais mal le café » mais faut que le mec en fasse ait un humour solide… Et bon, quand on cherche un boulot, on préfère ne pas trop se griller.

Une fois que je lui ai raconté à quel point j’étais merveilleuse et compagnie, à lui de parler, de me présenter le poste. En bonne candidate que je suis, je prends des notes. Elles me serviront pas forcément mais c’est pour montrer que je suis vivement intéressée, que j’écoute bien ce qu’on me dit. Je n’hésite pas à prendre la parole au besoin, à bien faire remarquer que j’ai fait des recherches sur la boîte et que je sais tout à fait de quoi on parle. Oui, je préfère ne pas me la jouer passive, docile qui écoute, il faut de l’interactivité : poser des questions, s’intéresser, sans pour autant couper la parole, bien entendu ! Non parce que le recruteur, il n’a pas non plus envie de se répéter 150 fois, c’est normal.

Arrive le moment délicat que je déteste : les points pratiques et notamment le salaire. Parce que je ne sais jamais combien il est raisonnable de demander et comme une idiote que je suis, j’ai un peu tendance à demander bas, ce qui n’est pas forcément une bonne idée. Ca veut dire que j’ai une basse opinion de moi et que je n’ai pas forcément conscience de la réalité du marché. Demander trop haut n’est pas mieux non plus, même si c’est dans le but de négocier. Surtout qu’il y a tellement de facteurs à prendre en compte : mes diplômes, mes expériences professionnelles, même mon âge. C’est un vrai casse tête mathématique.

Maintenant, la sortie. Une fois l’entretien terminé, attendons un peu avant de se relâcher. Serrons la main du monsieur en souriant, en demandant quand on aura des nouvelles et on part digne. Une fois hors de vue du recruteur, là, on peut appeler sa maman, sa sœur, son chéri, n’importe qui pour tout raconter. Mais pas avant !

Est-il utile d’avoir un ami hautain ?

(suite de mes articles sur l’infidélité plus tard, là, suis pas motivée)
 
Récemment, j’ai lu un petit roman « 6 filles dans le vent », je vous fait le pitch rapidement : 6 copines se retrouvent ensemble à un repas pour fêter la grossesse de l’une d’elles et ça vire à la catastrophe et au règlement de compte. Parmi elles, Martha, la golden girl qui pète plus haut que son cul, pétée de tune et ultra jet set. Et forcément, Martha regarde ses amies de haut. Elle les aime mais les méprise quand même un peu.
 

En lisant, Martha me fait furieusement penser à une de mes anciennes amies, ma Martha. Incontestablement belle, assez riche, bien foutue, bien sapée. A chaque fois qu’on se voyait (ce qui arrivait régulièrement), elle taillait des costards un peu à tout le monde. Avec elle, fallait être à la hauteur. J’imaginais que moi aussi, je me prenais quelques scuds dans la tête.

Récemment, j’ai rencontré une fille qui la connaissait aussi « elle m’a dit ça d’elle, ça, d’elle. Toi, elle a dit que tu étais quelqu’un de super mais que tu savais pas t’entourer ». Là, mon ego explose ! Madame parfaite n’a trouvé à redire sur moi que mes amis. Et encore qu’un puisqu’elle n’en a connu qu’un et j’avais bien compris que c’était pas passé même si j’ai jamais su pourquoi. Enfin, elle a vu ma sœur aussi mais ma sœur, je l’ai pas choisie, ça fait 25 ans qu’elle est dans mon entourage et je compte pas couper les ponts avec ma propre sœur. Ah oui, elle avait critiqué aussi mon manque d’ambition en terme de salaire. Rien de très grave en somme.

Faut-il fréquenter ce genre de personnes ? Si j’ai arrêté de la fréquenter, ça n’avait aucun rapport avec ça. Je dirais que la médaille a deux revers : d’un côté, ça nous pousse en avant, s’arranger pour être la mieux possible dans tous les domaines pour être irréprochable. D’un autre côté, c’est fatigant de craindre la critique, la pique qui sort de nulle part et in fine, ne risque-t-on pas de perdre son moi pour plaire ? En fait, là se pose toute la question de l’amitié, pour moi. Qu’est-ce qu’un ami ? Quelqu’un qui nous prend tel que nous sommes ? Oui mais pas que. C’est aussi quelqu’un qui est capable de nous secouer les puces quand ça va plus. « Là, tu te négliges, bouge-toi ! ». Mais j’ai parfois l’impression que les rôles sont distribués de telle façon qu’on a d’un côté l’ami sucré tendance Bisounours qui nous aime quoi qu’on fasse et qu’on aime tout autant du coup et l’ami acide tendance peau de vache qui vous fait remarquer immanquablement que vous avez pris 500 grammes au niveau des cuisses et du coup, on n’a plus envie de le/la voir. Bon il est vrai parfois que l’acidité est affaire de jalousie. Bon, c’est peut-être typiquement féminin mais je crois pas. Qui n’a jamais eu cette bonne copine salope qui ne rate pas une occasion de vous rabaisser ? Car l’ami(e) hautain(e) n’est en aucun cas jaloux de vous puisqu’à ses yeux, il vous vaut largement, il vaut tout, il le vaut bien. Si l’ami hautain vous fait remarquer que vous êtes sapé comme un plouc, ce n’est pas par jalousie, c’est pour vous tirer vers le haut, à sa hauteur. « Tu comprends, chérie, Vanessa Bruno, c’est quand même bien mieux que tes fringues H&M ».
Sans doute mais moi, Vanessa Bruno, depuis le temps que j’en entends parler, je sais toujours pas ce qu’elle fait et je n’ai pas les moyens de me payer des fringues créateurs, ni la silhouette d’ailleurs. Non mais sans déconner, ce genre de fringues, si vous n’avez pas le corps d’un mannequin, ça tombe mal et bon courage pour trouver votre taille de toute façon. Moi, je suis définitivement un mini pouce… Mais je m’égare.

Au fond, l’ami hautain, le vrai (pas le jaloux ou le m’as-tu-vu) est dur à supporter, souvent vexant, blessant, mais c’est pour notre bien, paraît-il. Après tout, pourquoi pas. Par ailleurs, essayons de positiver : si l’ami hautain est notre ami, c’est qu’à ses yeux, nous avons de la valeur. Ben oui, l’hautain ne choisit que le meilleur pour tout, y compris ses amis. Et il considère que nous pouvons atteindre un niveau plus élevé car nous en sommes capables. Revers de la médaille : mais si tu veux me changer, c’est qu’à l’heure actuelle, je ne te
conviens pas ?

Bref, il m’est difficile d’être tranchée sur la question. En tant qu’amie, je ne choisis pas mes amis en fonction d’un certain standing. S’ils déconnent de trop à mon goût, je le leur dis, en essayant d’y mettre les formes. Mais je me contente de conseiller, pas d’imposer et si l’ami ne suit pas ce que je dis, tant pis. Au moins, je ne me reprocherai pas de n’avoir rien dit, c’est pas si mal.

Les vingtenaires n’existent pas

Début du mois d’octobre, je vais chez mon marchand de journaux glaner les titres du mois. Au menu, notamment, Technikart, ze magazine de référence de bobo qui se la pète. Je suis pas une bobo qui se la pète mais j’aime bien faire genre. La preuve : je roule même pas en Velib, je prends le métro. Ceci étant, vu mon sens de l’orientation, aller au taf en Velib, c’est la garantie de ne jamais y arriver ou alors très tard. 

Mais je m’égare, pour changer. Donc Technikart, en couverture, un petit con de 15 ans en costard, le dossier du mois ? Les ados tâclent les trentenaires, du genre « poussez vous les vieux, on arrive ». Et comme d’hab, qui a disparu du tableau ? Nous, les vingtenaires. Et bordel, ça me gonfle ! Parce que si les ados veulent piquer la place des trentenaires, les « vieux », nous, on fait quoi ? Personne ne veut piquer nos places, c’est déjà ça, mais peut-être aussi parce que nos places ne font pas envie. Ou alors, la vingtaine, c’est un âge où on est occupé à faire des études et à trouver un job donc bon, qui aurait envie de ça hein ? Ben, ça fait peut-être pas envie mais va falloir en passer par là, messieurs les ados, il ne suffit pas d’écrire un roman pour passer directement de la vie d’ado chez maman à celle de trentenaire épanoui. 

Je n’aime pas l’idée de conflit entre les générations, dès le départ. Je suis vingtenaire parce que je suis née en 80, ce n’est pas pour autant que je crache sur ceux dont l’âge commence par 1 ou 3, ça n’a aucune importance à mes yeux. Le 06 avril 2010, je passerai trentenaire, est-ce que cette date symbolique changera ma vie ? Est-ce qu’à partir de là, j’aurai le droit de dire du mal de la génération post soixante-huitarde « qui a tout pris et ne nous a rien laissé » ? Je crois pas, non. La seule différence, c’est que ce jour là, je passerai dans la catégorie des « trentenaires », celle qui a apparemment toute légitimité à ouvrir sa gueule, contrairement à nous, les vingtenaires. Je l’ai déjà dit sur ce blog à plusieurs reprises, notamment dans l’édito, mais j’ai l’impression que les médias ne s’intéressent pas à ce que nous avons à dire. Les ados, ça intéresse, forcément. C’est l’âge de la rébellion, de la formation de l’identité et, apparemment, les ados consomment beaucoup les artistes qu’on leur impose. Achète Star Ac, Nouvelle Star ou Popstar, achète  du rap, de l’émo rock, du métal, selon ta tendance. Achète des fringues, va voir ce film « de toute une génération avant même sa sortie ».
Ce sont tes parents qui payent, tout va bien. Pareil pour les trentenaires : hé, vous êtes posés dans la vie, vous avez un salaire et peut être même une famille, achète chez nous, achète chez nous ! Alors que les vingtenaires, étudiants, chômeurs ou jeunes travailleurs, t’as pas de tune et tes parents ne te paient plus rien parce que t’es grand alors on va pas te parler, tu consommes pas. Oui, moi, par exemple, je ne vais jamais dans aucune boutique, je n’écoute pas de musique, je ne regarde aucun film, je ne mange même pas. Bien sûr, et mon cul, c’est du poulet ? Ce n’est pas parce qu’on est une génération qui, sur le papier, consomme moins qu’il faut toujours nous oublier. 

Quand je regarde ma (courte) vie, je me rends compte que j’ai vécu 100 000 fois plus de trucs en étant vingtenaire qu’en étant teens. D’ailleurs, ma crise de rebellitude alcoolique, je l’ai vécue à 25 ans. Exception ? Pas si sûr, j’en connais pas mal dans ce cas mais c’est logique quelque part : ado, je vivais sagement chez mes parents dans ma petite ville de province, ne pensant pas à faire de conneries. Une fois partie dans la grand’ville faire mes études, je découvrais une nouvelle liberté que je ne goûtais pas immédiatement, me
retrouvant vite en couple option « les soirées pantoufles, c’est mieux que les soirées défonce ». Après, j’ai déconné, je suppose que c’est un passager un peu obligé même si ma rebellitude a vite trouvé ses limites et elles n’étaient pas bien loin. Dans ma vingtaine, j’ai vécu le célibat sage, le célibat survolté, des aventures éphémères, une vraie relation de couple. Dans ma vingtaine, j’ai déménagé, quitté ma région d’origine pour la capitale pour ma carrière. Dans ma vingtaine, j’ai connu la fin des études, le chômage, mes premiers emplois. Dans ma vingtaine, j’ai crée un blog et ça fait 2 ans et demi que je trouve quotidiennement quelque chose à dire. 

Et après, on voudrait me faire croire que ma décennie n’est pas intéressante ? On croit rêver !

Adultère professionnel

Je vous préviens, je vais vous emmerder avec mon “je change de taf” parce que pour une fois qu’il m’arrive un truc qui peut générer plein d’articles, je vais pas me priver !

adultere

Tout commença par un échange de mails. Dès le départ, je me sentis coupable de discuter avec ce Simon que je ne connaissais pas, de lui donner mon numéro de téléphone, de
guetter mon mobile, le cœur battant. Tu sonnes oui ? Mais je sauvais les apparences, je ne laissais rien paraître. Quand on discutait des démissions nombreuses que subit l’agence,
j’approuvais sans rien ajouter. Ouais, tous ces gens qui partent, c’est dingue, hein ! Ne rien dire, ne rien laisser paraître, surtout pas. Puis vint ce coup de téléphone, j’étais, Dieu
merci, chez moi. Dans la clandestinité la plus totale, je prenais rendez-vous avec Simon pour un entretien informel. Mmmm, delicious !

 

Le lundi de l’entretien, Nina dans sa salle de bain. Comment je m’habille ? Il faut que je donne envie de m’embaucher mais que je porte pas un écriteau « je vais à
un entretien » quand même ! Oui, je laisse tomber le style narratif passé simple et co, c’est rigolo un paragraphe, pas deux. Je me pomponne sans en avoir l’air. Mon pressbook est
énorme, je le cache comme je peux dans mon sac mais c’est pas trop ça. Je file vite à mon rendez-vous sans dire où je vais puis je fais un compte rendu à mes parents loin du boulot, au cas où. Ca 
y est, j’ai mordu dans le fruit interdit.

 Tout s’enchaîne, les coups de fils imprudents en pleine journée pour prendre rendez-vous, les confidences aux amis (mais pas beaucoup pour pas porter la poisse). Un jeudi, j’ai rendez-vous chez TMF, chantre de l’élégance et du raffinement donc je DOIS être super sapée. Je shoppe pendant ma pause déjeuner mais je ne trouve rien de rien, c’est laid, c’est moche, c’est triste, c’est mal taillé. Quelle angoisse. Obsédée, j’y retourne le soir et je trouve mon bonheur dans une sobre robe chasuble, parfait. Le lendemain matin, je pars conquérante et en robe à mon entretien mais peut-être en ai-je trop fait puisqu’en arrivant au boulot, avec mon sac Lancel dissimulant à peine mon gros pressbook, Claude me fait « bah alors, t’es drôlement bien habillée ! Tu avais un entretien ou quoi ? » Heu mais non, paaaaaaaaaaas du tout ! Mais les erreurs se multiplient
 

Une semaine plus tard, un peu plus, je reçois ZE coup de fil qui me confirme que je suis prise. Je vais devoir rompre avec mon entreprise pour courir dans les bras de la
nouvelle. Je me cache un peu dans une rue voisine pour appeler toute ma famille, je suis euphorique. Masque tes sentiments, mademoiselle ! Mais hiiiiiiiiiiiiiiiiiii quoi ! Mais le faux
pas n’était pas loin. Quelques jours plus tard, nouveau coup de fil pour m’annoncer mon salaire. Entre midi et deux, je vais à la FNAC et j’appelle ma mère en chemin pour lui en parler. Au retour, alors que je suis sur le quai du métro, ma mère rappelle pour me demander de repréciser certains trucs, je rentre dans la rame en pleine conversation, je m’assois et coupe la conversation. Et là, mon sang se glace : de l’autre côté de l’allée, Guillaume, mon collègue. Et là mon père qui rappelle « Oui, ta mère, elle se souvient pas de ton salaire… – Je te rappelle plus tard, je peux pas parler, là, suis dans le métro ! ». Putain, putain, est-ce qu’il m’a entendue ? On se fait la bise à notre station, on papote en cheminant il ne dit rien. Mais quelques temps plus tard, nous revoici tous les deux dans le RER, cette fois ci, pour aller à une réunion chez Big Entreprise. « Et tu te plais à l’agence ? ». Heu, pourquoi il me demande ça ? Réunion, retour, on reprend le bus et quand on monte dedans (on parlait de Big Entreprise), il me dit : « chut, les bus ont des oreilles ». Putain
mais pourquoi il dit ça ? Bon, comme j’ai pas encore eu l’occasion d’annoncer à tout le monde ma démission, je ne sais toujours pas s’il a entendu quelque chose ou pas, à
suivre.

 Maintenant que mon destin est officiellement lié à TGGP, il faut que je l’annonce à l’agence, comment va se passer la rupture ? A suivre dans le prochain épisode (non, ne me détestez pas !)

L’ être d’embauche

Par Lucas
 
Madame, Mademoiselle, Monsieur,
 
Jeune diplomé de la Business Cool de Reims, je souhaite bien évidemment ne pas pointer au chomage suite à cette « formation de qualité ».
 
63% de mes condisciples (en un seul mot) ont trouvé l’an dernier un emploi avant d’être diplomé. Notamment lors de la « Journée Entreprises » menée par l’école mais aussi grâce au Salon des Hauts Potentiels. Soit dit en passant, cet intitulé suscite mon hilarité benoite et un brin condescendante. Sauriez-vous me définir un « haut potentiel » . L’an dernier j’ai fait le test au Palais Brongniart et sur 53 personnes interrogées (« Bonjour, en quoi vous pensez être un Haut Potentiel ? »), 52 m’ont répondues: « Parce que j’ai fait un Bac + 5 » et seulement 1 m’a dit : « Parce que j’me sens moins con que la moyenne ».
 
Sic Transit Gloria Mundi…
 
Mais revenons à ce qui va être notre avenir commun. Ou pas…
 
Je ne vous dirai pas que les cuisines Rowenta me font rêver la nuit et que la fonction d’Assistant Marketting Produits Dérivés suscite en moi des orgasmes comparables à ceux
engendrés par une pin up.
 
Je ne vais pas vous raconter de blagues sur les motifs qui pourraient vous inciter à me choisir. Si je postule pour ce job les raisons sont très simples et ne méritent même
pas un phrasé ampoulé :
 
– je ne suis pas débile et je peux donc répondre à vos attentes. En disant celà, j’applique tout bêtement un slogan publicitaire de je ne sais plus quelle boite : « Lucas,
le bon sens en action ». Bah oui, on va pas jouer les faux modestes quand on est là pour trouver un djeub.
 
– mais la raison principale qui m’anime c’est bien entendu le Salaire, l’argent, la tune, le fric, la maille. 36K€, c’est la moyenne des 1ers salaires à la sortie de
Reims Manadjemeunte’s Cool. A croire que les embaucheurs payent seulement la marque parce que je peux vous garantir qu’il y a de gros boulets autour de moi. Pardon qu’avez vous dit?
C’est moi le gros boulet ? Pfff…
 
– Bah en fait j’ai pas d’autre motivation que le salaire. Faut pas chercher, les cuisines Rowenta, c’est pas glamour.
 
Sur les raisons qui pourraient vous inciter à me choisir, je vais vous laisser jeter un coup d’oeil rapide à mon cévé, notamment les cases experience professionnelle et
études. Non parce que je sais bien que la première chose que vous lisez, c’est tout ce qui est Loisirs et Divers. Ouhai ouhai ouhai, on me l’a fait pas à moi. D’ailleurs vous noterez bien que je
vous ai facilité la vie, je vous ai mis les loisirs tout en haut de la page. Eh ouhai, pas con le frelon. 
 
Remarquez neanmoins que ce CV a été édulcoré, pomponné, épousseté, stereotypé et surtout sterilisé avec une prof de « Developpement Personnel ». Un CV qui est
devenu, parait-il, accrocheur, riche et séduisant et qui me parait surtout banal, générique et emmerdant.
Vous noterez d’ailleurs que j’applique skeurupulusement la loi et que j’ai scotché tout en bas en bas le fameux sticker en caractères gras: LIRE TROP DE CV TUE.
 
En esperant pas vraiment que vous me répondrez parce que voila quoi : Rowenta, paye ta mission pour  être motivé et aller bosser en étant heureux le matin,
 
Je vous souhaite bon courage avec tous les candidats stereotypés, pusillanimes et main stream que vous allez devoir affronter dans les heures et les jours à venir.
 
Et si vous êtes une femme je vous fais un bisou.
 
Humainement,
 
Lucas d’Amore.

Improvisation

14h20, dans un studio de la banlieue parisienne, une jeune femme entre et fait un câlin à son chat qui miou mioute beaucoup. Des fois que je sois sourde. La jeune fille a des cernes violettes et le maquillage au milieu des joues et elle se rend compte qu’elle a rien de prêt pour son blog. Elle aurait pu faire un sketch mais là, elle est cuite. Une BD ? Déjà qu’en pleine forme, elle sait pas dessiner, imaginez la cata.



Alors, je me lance dans un article impro. Le problème, c’est qu’il y a pas mal de trucs que j’ai prévu de mettre dans ma liste de samedi et je vais pas tout déflorer maintenant. Mais je vais faire du teasing, juste pour que vous veniez samedi, mouahahahah. Par exemple, samedi, je vous parlerez des décérébrés de la plate-forme où je bosse. Genre y en a qui ont un QI inférieur à leur pointure de chaussure mais vraiment. Non mais vous verrez à quel point j’exagère pas. Et puis je vous parlerai d’expériences extrêmes que j’ai eues le week-end dernier (oui, j’exagère) parce que
je suis méga wild. Vous avez envie d’en savoir plus ? Ben je dirai tout samedi.

Puis je pourrais vous parler des articles que j’ai en avance aussi. Parce que j’en ai plein vu que mes collègues de blog sont prolixes en ce moment et moi inspirée et j’en ai encore plein d’avance. Sans parler de ceux entamés pas encore terminés. Ah puis c’est bientôt l’anniversaire du blog aussi, va falloir que je prépare un article sur le sujet, gloups !

Bon, là, je parle, je parle, mais je ne dis rien. Peut-être pourrais-je parler de la réflexion que j’ai eue tout à l’heure en rentrant chez moi, cheminant sous la bruine qui n’arrange pas les restes de mon maquillage. Ma vie est cyclique à un point que ça en est impressionnant. Prenons ma vie professionnelle par exemple. 2005 : stage cool de fin mars à mi juin puis stage foireux l’été. 2006 : taf cool trouvé fin mars et qui m’amène jusqu’à début mai puis stage pas forcément foireux mais je devrais être enfin payée la semaine prochaine (si, si ! Même que le monsieur, il a dit qu’on allait fêter mon nouveau job). Après, d’octobre à fin mars, désert, des opportunités non concrétisées et tout ça. Là, aujourd’hui, je sors du cycle, à priori, puisqu’étant en CDI, y a peu de chances que je me retrouve dans un plan taf foireux cet été et dans une période de chômage d’octobre à mars. Puis en amour/sexe, c’est pareil. Mais bon, j’aimerais un peu sortir du cycle aussi, histoire de me reposer. Bon, en fait, j’ai remarqué ça mais je sais pas quoi en faire, c’est juste que j’aime bien jouer ma mystique.

Mon Dieu que cet article ne veut rien dire, c’est fou ! Je m’éclate comme une perdue à balancer des infos sans les développer pour titiller votre curiosité, même si c’est prétentieux. Après tout, peut-être que vous vous en foutez de ma vie, peut-être que vous aimez juste les articles « magazines » de ce blog. Tiens, je vais lancer un sondage sur la question, pour voir. Le résultat sera amusant, je pense. C’est fou comme les blogueurs (dont moi, hein) ont cette manie de penser que leur vie intéresse tout le monde, qu’ils passent leur vie à dire « ahahah, si les lecteurs savaient ». Mais peut-être qu’ils s’en branlent. Ou que s’ils savaient, ça changerait rien. D’ailleurs s’ils savaient, ça changerait pas leur vie puisque nous ne sommes pas le centre de leur univers. Enfin, faudra que je développe ça dans un article, tiens.

Bon, là, je crois que j’arrive en bout de route, mes yeux se disent merde, je raconte ma nuit à future coloc et on disserte sur nos vies affectives, c’est rigolo. Elle va être d’enfer cette future coloc. Dans 15 jours, je récupère une vraie fiche de paie avec un vraie salaire dessus (la première, c’était un demi salaire) et là, ce sera la fête du slip !

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On vous rappellera… pas

Comme tu le sais, lecteur, en ce moment, je suis en recherche active d’emploi. J’ai des alertes mail partout, je clique sur tous les liens « recrutement », j’envoie,
j’envoie, j’envoie. 5 ans d’expérience nécessaire ? Pas grave, je tente quand même, on ne sait jamais. Non mais 5 ans pour écrire dans le catalogue de « l’Homme moderne », c’est une blague ? Bon, ok, c’est la classe, l’Homme moderne, y a des tas de gadgets, j’adore le feuilleter ! (même si j’achète rien, faut pas déconner non plus). Bref, en ce moment, ma seule exigence, c’est « un boulot avec un salaire dans un domaine journalistique ou proche ».

 

Donc j’envoie mes CV. De temps en temps, je reçois une réponse automatique du genre :

« Bonjour, nous avons bien reçu votre candidature et nous vous remercions de l’intérêt que vous portez à notre société. Nous étudierons votre candidature avec l’attention qu’elle mérite. Cependant, considérez que si vous n’avez pas reçu de réponses d’ici 15 jours, ce sera négatif. Et merci de pas nous appeler, nous recevons tellement de candidatures ». Traduction : « t’es au chômage, on va déjà perdre 5 mn à lire ton CV, nous fais pas chier ! Et puis tu crois vraiment qu’on va prendre la peine d’écrire un mail pour te dire non, tu dreames en blue, ma pauvre. » Oui, nous, les chômeurs, nous n’avons même plus le droit à la moindre considération, on est trop nombreux pour ça.

Maintenant, on rappelle même pas après entretien. J’ai passé un entretien la semaine dernière, tailleur, talons, tout ça. Bon, le poste était à pourvoir dans l’urgence (genre ça commençait hier) et vendredi à 18h, j’avais toujours pas de news. J’imagine qu’on prévient pas les gens un lundi à 8h30 pour qu’ils commencent à 9h donc j’ai compris. J’aurais dû rappeler vendredi, certes, j’ai attendu au plus tard car je préfère avoir un mail/coup de fil « non, on vous prend pas », que d’appeler pour entendre la même chose. Mais bon, le coup de fil avec ma maman ayant duré plus longtemps… Bon, j’ai eu hier soir des nouvelles donc j’arrête de râler après eux, j’ai pas été prise malgré la « qualité du communiqué » que je leur avais fait (c’est toujours ça de pris) car ils ont pris quelqu’un de plus expérimenté (c’est sûr que moi, la comm, je débute un peu…) et qu’ils n’ont pas réussi à joindre mes derniers employeurs… Soit cette foutue
asso de mes fesses qui commence sérieux à me gonfler, je viens de refaire mon CV pour qu’ils n’apparaissent plus en dernière expérience pro, surtout au vues de nos relations actuelles. Oui, le président de l’asso me trouve gonflée d’avoir envoyée une lettre en AR pour réclamer mes salaires manquants parce que j’étais quasi pas sur Paris ces derniers mois. Ah ? Première nouvelle,
tiens ! Enfin, ça doit se régler NORMALEMENT vendredi. Mais je m’égare.

 

Des fois, j’ai l’impression qu’en tant que chômeuse, je ne suis qu’une moins que rien aux yeux de pas mal de gens. D’ailleurs, je ne dis plus « je suis journaliste  quand on me demande ma profession, je dis que je suis chômeuse, ça évite les « ah… » quand à la question « tu bosses dans quel journal », je réponds « aucun ». Bon, je suis pas en train de jouer les Cosettes, ne vous trompez pas. Je ne suis pas unique, je fais même partie d’un groupe de près de 9 millions. Les employeurs savent qu’ils auront de dix à vingt candidatures pour un poste, ils vont pas nous bichonner non plus. Doit-on les blâmer ? J’en suis même pas sûre. Ca me fait penser aux mecs du métro qui font leur discours pour qu’on leur donne une pièce et que les gens ignorent. Nous, c’est pareil, on envoie notre CV avec une lettre de motivation toute fleurie (vous êtes merveilleux, moi aussi, marions-nous !) et les responsables du recrutement nous snobent. C’est la vie. Apparemment, il y a même des entreprises qui s’amusent à nos dépends. En surfant sur categorynet, j’ai découvert que certaines sociétés (Ubiqus, Hors Ligne et je sais plus le 3e nom, c’est le même truc en fait) demandaient de très hauts diplômes (Science Po, journalisme, bac +4 ou 5), convoquent les gens pour des batteries de tests et y a jamais de suite. Si j’ai pas bien compris le but de la manœuvre, je suis carrément atterrée. D’un autre côté, un tel niveau pour faire de la bête prise de note en CE, ça m’étonnait aussi.

Mais bon, des fois, je rêve d’un mail de refus plutôt qu’un long silence, un « vous ne correspondez pas car… », histoire que je puisse m’améliorer.
 

Alors oui, je peux appeler, demander des explications, mais encore faut-il avoir une réponse. L’an dernier, j’avais postulé à une annonce taillée sur mesure pour moi mais vraiment. J’appelle deux jours plus tard pour savoir où en est ma candidature « ah mais non mais les postes ont déjà été pourvus ». Deux jours après le passage de l’annonce ? Mais bien sûr ! Du coup, j’écris un mail à la recruteuse pour avoir une raison au fait que j’ai pas été prise. Evidemment, je n’ai jamais eu de réponse. Parce que je peux concevoir qu’on m’embauche
pas mais au moins, qu’on me dise pourquoi ! Parce que là, pour l’entretien de mardi, je commençais à me refaire le film de l’entretien, cherchant ce que j’avais mal fait. Bon, c’était pas l’entretien idéal, une des deux nanas n’arrêtait pas de rentrer et de sortir, coupant court à certaines conversations. Peut-être est-ce mon signe astro qui a bloqué (puisqu’on m’a posé la question) ? Peut-être est-ce le fait que je viens d’arrêter de fumer (puisqu’on m’a posé la question) ? C’était peut-être mon tailleur ? Mon haut rose fuschia ? Mes talons ? Moi ? Et finalement, non. Je vais faire un tour sur pages jaunes et retrouver le numéro de DRH choupinou (il a déménagé donc c’est peut-être plus le même) comme ça, je le donnerai la prochaine fois. Et comme l’asso a un peu sombré dans les méandres de mon CV (à la rubrique stages), j’arrêterai d’être obligée de préciser que nous sommes en litige quand on me demande leur numéro.

 

Bref, en attendant, je fous mon CV partout sur la toile, on verra ce que ça donne. En espérant que mon prochain refus sera signalé au moins par un mail plutôt que par un silence évocateur.

De l’’art de l’’entretien

La semaine dernière, je suis allée passer un entretien d’embauche à trou du cul du monde land. Selon ratp.fr, je mettais une heure à y aller. Ok, ils me disent de prendre le train de 14h33 donc je m’exécute sagement. Cette fois-ci, je n’oublie pas mon press book (on ne commet pas deux fois la même erreur), je ne rate pas mon train (on ne commet pas deux fois la même erreur). Après, j’enchaîne les transports : RER puis bus dans la campagne yvelinoises. Le dépaysement à une heure de chez vous, yeah !


Mais c’était quoi cet entretien ? Non parce que je commence même pas par le début, je suis trop une rebelle, moi. La semaine dernière, en plein trip « cherchons du boulot », je tombe sur un site qui cherche des lecteurs. C’est-à-dire qu’en gros, je suis payée pour faire des revues de presse. Quelques postes sont dispo : deux de 15h30 à minuit et deux de nuit. Bon alors, comme je ne peux pas faire la fine bouche sur les horaires, j’envoie CV et lettre de motivation. Deux jours plus tard, coup de fil : « Bonjour, je vous appelle de la part de la société Pouet Pouet, vous nous avez envoyé un CV et nous souhaiterions vous voir en entretien, vous êtes disponibles quand ? » « Quand vous voulez ! » « Bon, demain, 16h, vous devez vous rendre au siège social mais le Poste est à tel endroit, juste à côté de chez vous ». Bon, nickel chrome !

Me revoici dans mon bus. Le trajet en RER était facile, je posais mon cul et j’attendais le terminus. Mais dans le bus, c’est pas si simple : il n’y a pas de plan de ligne et je ne sais pas du tout où je vais, je connais juste l’arrêt où je dois descendre. Je me lance donc dans une surveillance attentive du petit texte défilant annonçant l’arrêt suivant. Sauf que, des fois, ça bugge. Non mais on vient de le passer l’arrêt Bidule, annonce le suivant ! Zut, on s’arrête à nouveau et il donne pas le nom de l’arrêt ! Ah, il se remet à jour… Bon, finalement, après 30 mn d’angoisse, je descends au bon arrêt, je regarde ma montre : 15h35. Le rendez-vous est donc à 16h. Et quand je dis que je suis à trou du cul land, j’exagère pas : l’entreprise est en pleine zone résidentielle (mais je crois que toute la ville est une zone résidentielle), pas un café où poser mon fessier, un marchand de journaux pour feuilleter les magazines en attendant, rien de rien ! Enfin, si, y a un bureau de poste… Donc, du coup, j’appelle Gauthier, je lui explique qu’il y a une maison avec un chat en plâtre incrusté dans le mur. Je vous jure, c’est vrai ! Bon, finalement, je me pointe à moins 10, en espérant que la dame avec qui j’ai rendez-vous soit en avance. Bon, j’arrive à l’accueil, je tombe sur deux bonnes femmes, la quarantaine bien tassée, elles m’indiquent un siège pour attendre. Il y a une revue de presse faite par la société sur la table, parfait, je vais lire ça. Quelques temps plus tard, une jeune fille, certainement plus jeune que moi, me reçoit pour l’entretien.

Bon elle attaque direct par un « bon, parlez moi de vous ! ». Je lui demande avant pour quel poste ils m’ont appelée, vu que j’ai postulé à plusieurs, histoire de cibler mon entretien, elle me répond lectrice dans elle ne sait quel domaine, le boulot étant le matin… de 5h30 à 13h. « Ouais, super ! Moi, je préfère comme ça, ça me laisse tout le reste de la journée pour faire des choses, c’est parfait ! ». Bon, je raconte ma vie : mes études, mes expériences pro, le pourquoi je vis à Paris et comment je les ai trouvés. Après, elle me demande qu’elles sont les qualités essentielles à avoir pour le boulot. « Ah ben la curiosité, déjà, faut tout lire… Ca tombe bien, moi, si j’ai voulu faire journaliste, c’est justement car je suis curieuse et ça me permet de toujours apprendre de nouvelles choses. Ensuite, faut être réactive, faut donner les infos de suite. Non parce que les entreprises qui vous commandent une revue de presse, elles veulent l’info immédiatement et pas trois semaines après. Et il faut être concentrée, aussi, car si on loupe une info, ça le fait pas ». Bon, je n’ai pas dit ça comme ça mais vous saisissez l’idée. La nana a l’air ravie par mes réponses, c’est limite si elle applaudit pas. Je glisse au passage que j’ai lu la revue de presse en bas, histoire de dire que je sais de quoi je parle. « Mais vous n’avez pas peur d’être frustrée de ne pas écrire ? » « Mais non puisque j’écris dans des webzines à côté ! » « Vous avez une voiture ? Parce qu’à 5h30… » « Non mais j’habite juste à côté ! Je crois qu’il y a des trains à cette heure là mais sinon, je me trouverai un vélo ». Elle me demande de commenter un fait d’actu, aussi, je lui parle de Ségo, expliquant que j’étais allée la voir en meeting « bien que je ne sois pas militante ».

Bref, je suis tout sourire quand le couperet fatidique tombe. « Vous avez du temps là ? » « Mais bien sûr ! » « Parfait, on va vous faire passer un test culture G ». Panique à bord ! Je ne savais pas qu’il y en avait un, je suis pas préparée ! Je sais, ça peut paraître stupide mais ce genre de surprise, j’aime pas du tout, un peu comme les interros surprise au lycée. C’est psychologique, je suis pas prête, je vais me planter. « C’est un QCM ou des questions ouvertes ? ». « Non, non, des questions ouvertes ». Elle me laisse seule dans une salle avec ordre de « rendre mon questionnaire à l’accueil en partant ». Bon, 44 questions. Je sais pas répondre à la moitié, mais vraiment pas. Pourtant, y a des trucs que je sais mais ça revient pas. Et d’autre que je sais pas. Y a beaucoup de questions de santé, un domaine où je ne connais rien. « Quel laboratoire a sorti le viagra ? » « Quels sont les concurrents du viagra ? » (c’est une boîte d’impuissants ou quoi ?) « Citez 5 laboratoires pharmaceutiques », « citez des maladies oncologiques » « que signifient les initiales j’ai même pas retenu », « que veulent dire les initiales de l’entreprise » (ça, c’est la lose de pas savoir). Bref, une hécatombe totale. Je repars toute penaude : si le questionnaire compte, je suis morte. Heureusement, au retour, j’ai été draguée par un jeune homme charmant mais en parlant, j’ai eu un doute : il doit avoir 20 ans à tout casser ! Bon, j’ai pris son numéro, on verra si je le rappelle ou pas.

Et depuis ? Rien. La nana m’a expliqué qu’elle transmettait les dossiers lundi au chef de service et que je serais contactée dans la semaine. Vendredi, toujours pas de news, je pense que c’est mort, je devrais recevoir une lettre pour m’avertir de mon échec (youpi !). En plus, mercredi, j’ai pas arrêté de recevoir des coups de fil : le proprio, l’entreprise qui gère ma chaudière, le scénariste de Modo (bon, c’était pour parler taff mais ça l’a aussi amusé de faire sonner mon tel, le méchant !). Donc un échec. Bon, je relativise : c’était pas le boulot de ma vie et de la veille média, je peux en faire ailleurs avec des horaires plus humaines. Enfin, avec tout ce que je balance comme CV en ce moment, je vais bien finir par trouver un boulot, un vrai, avec un salaire (qu’on me verse pour de vrai) et un bureau. Et, soyons folles, un ou deux collègues choupinous !

J’’ai honte

Hier soir, j’ai pris une petite leçon de vie qui m’a bien refoutue à ma place. J’appelle ma mère pour discuter un peu et la rassurer sur mon état de santé et tout ça (et lui faire savoir que non, chuis pas morte). Après m’avoir donné un bulletin de santé de ma brave Kenya qui a élu domicile chez le voisin trentenaire (celle-là, dès qu’il y a un mec dans le coin, faut qu’elle aille le coller !), elle me raconte un peu la vie de certaines personnes, et c’est pas gai.

Première histoire : l’ex de Yohann, mon presque-frère, qu’elle a croisé avant-hier. Jeune fille belle comme le jour et adorable, intelligente et tout ça mais qui a vraiment une vie de merde. Son père est mort il y a deux ans d’un cancer, sa mère est décédée six mois plus tard d’un accident de la route puis son mec vient de perdre son père à son tour donc il a quitté la demoiselle. Du coup, elle a décidé de partir, de quitter la France et elle a un gros sentiment d’injustice, on comprend pourquoi…

Deuxième histoire : un couple, fraîchement trentenaire, s’apprête à avoir son premier enfant. Lors de l’accouchement, la mère fait une grave attaque cérébrale. Depuis, elle est tétraplégique, elle ne bouge plus que la tête mais comprend parfaitement ce qu’il se passe puisqu’elle reconnaît son bébé et fait de graves crises de nerfs. Quant au bébé, il est lourdement handicapé.

 

Quand vous entendez ça (et c’est véridique !), deux pensées vous traversent l’esprit :

– pourquoi le sort s’acharne comme ça sur les mêmes personnes ? Et accessoirement comment on arrive à continuer à vivre malgré tout ?

– je devrais avoir honte de chouiner sur mes petits soucis.
 

Analysons rapidement ma vie pour voir où on en est. Boulot : ok, un stage, c’est pas un CDI mais c’est ach’ment mieux que le chômage et puis ça me plaît donc pas de soucis majeurs. Evidemment, je pourrais râler sur le salaire (oui, en stage, on gagne pas le smic), sur le fait que je bosse chez moi et qu’il y a des jours, j’aimerais avoir une vraie vie sociale mais vraiment, c’est de l’anecdotique. Vie amicale : Lucie vient de partir mais elle n’est pas morte et grâce aux moyens à notre disposition, je mettrai pas 11 mois à avoir de ses nouvelles. Vie familiale : R.A.S. Vie amoureuse : oui ben j’ai souffert ces derniers mois, beaucoup pleuré mais il n’est pas mort et moi non plus. Et si je me sens pas prête à retomber amoureuse pour le moment, ça n’empêche pas la tendresse et l’affection avec de beaux jeunes hommes. Bref, globalement, ma vie n’est pas parfaite mais quelle vie l’est, de toute façon ? Ma période de lose n’est plus qu’un mauvais souvenir, mine de rien, j’ai arrêté de guetter la prochaine catastrophe. Et c’est très reposant.

Bref, quand on voit comment c’est ailleurs, nos propres problèmes sont relativisés. On a tous nos petits soucis, c’est humain. Des fois, on se noie dans un verre d’eau, on considère un petit souci comme un énorme problème alors que si on le regarde posément, il n’y a rien d’ingérable. Le chômage, c’est chiant mais ça ne durera pas toute la vie, j’ai bien réussi à m’en sortir, pour le moment. Et sans que je force les portes des rédactions en plus. L’amour, ça reviendra quand ce sera le moment. A écouter mes exs et mes futurs, je suis un fille fantastique. Hé oui, même mes exs, ils disent du bien de moi, c’est que je dois vraiment être terrible. Je n’ai jamais eu de soucis de santé majeurs, j’ai une famille solide… Ben, voilà, je regarde les cartes que j’ai en main et finalement, j’ai un bon jeu (ça change, j’ai jamais de chance au jeu, je ramasse toujours les pires cartes !). Mais plutôt que de me focaliser sur ces pécatilles, je devrais savourer ma chance, mon immense chance d’être celle que je suis avec ce que je possède (matériellement ou spirituellement), ceux qui m’entourent…

Hier soir, en raccrochant, j’avais le moral à la baisse, tout comme ma mère qui doit soigner cette maman tétraplégique. Puis j’ai eu honte, j’ai eu vraiment honte. Comment puis-je oser me plaindre ? J’avais tellement de peine pour ces gens-là qui souffrent réellement, qui sont brisées à 20 ou 30 ans… Moi, à 26 ans, je n’ai finalement rien vécu de réellement dramatique. Evidemment, j’ai perdu des êtres chers mais j’ai encore mes deux parents et ma sœur, je n’ai jamais perdu un ami. Je n’ai jamais eu de graves maladies ni d’immenses pépins.

Bref, hier soir, j’ai compris que ma vie était belle. Maintenant, quand je baisserai les bras face à une petite colline, je penserai à la montagne que d’autres doivent gravir. Et je suis sûre que ça ira de suite mieux.