L’ être d’embauche

Par Lucas
 
Madame, Mademoiselle, Monsieur,
 
Jeune diplomé de la Business Cool de Reims, je souhaite bien évidemment ne pas pointer au chomage suite à cette « formation de qualité ».
 
63% de mes condisciples (en un seul mot) ont trouvé l’an dernier un emploi avant d’être diplomé. Notamment lors de la « Journée Entreprises » menée par l’école mais aussi grâce au Salon des Hauts Potentiels. Soit dit en passant, cet intitulé suscite mon hilarité benoite et un brin condescendante. Sauriez-vous me définir un « haut potentiel » . L’an dernier j’ai fait le test au Palais Brongniart et sur 53 personnes interrogées (« Bonjour, en quoi vous pensez être un Haut Potentiel ? »), 52 m’ont répondues: « Parce que j’ai fait un Bac + 5 » et seulement 1 m’a dit : « Parce que j’me sens moins con que la moyenne ».
 
Sic Transit Gloria Mundi…
 
Mais revenons à ce qui va être notre avenir commun. Ou pas…
 
Je ne vous dirai pas que les cuisines Rowenta me font rêver la nuit et que la fonction d’Assistant Marketting Produits Dérivés suscite en moi des orgasmes comparables à ceux
engendrés par une pin up.
 
Je ne vais pas vous raconter de blagues sur les motifs qui pourraient vous inciter à me choisir. Si je postule pour ce job les raisons sont très simples et ne méritent même
pas un phrasé ampoulé :
 
– je ne suis pas débile et je peux donc répondre à vos attentes. En disant celà, j’applique tout bêtement un slogan publicitaire de je ne sais plus quelle boite : « Lucas,
le bon sens en action ». Bah oui, on va pas jouer les faux modestes quand on est là pour trouver un djeub.
 
– mais la raison principale qui m’anime c’est bien entendu le Salaire, l’argent, la tune, le fric, la maille. 36K€, c’est la moyenne des 1ers salaires à la sortie de
Reims Manadjemeunte’s Cool. A croire que les embaucheurs payent seulement la marque parce que je peux vous garantir qu’il y a de gros boulets autour de moi. Pardon qu’avez vous dit?
C’est moi le gros boulet ? Pfff…
 
– Bah en fait j’ai pas d’autre motivation que le salaire. Faut pas chercher, les cuisines Rowenta, c’est pas glamour.
 
Sur les raisons qui pourraient vous inciter à me choisir, je vais vous laisser jeter un coup d’oeil rapide à mon cévé, notamment les cases experience professionnelle et
études. Non parce que je sais bien que la première chose que vous lisez, c’est tout ce qui est Loisirs et Divers. Ouhai ouhai ouhai, on me l’a fait pas à moi. D’ailleurs vous noterez bien que je
vous ai facilité la vie, je vous ai mis les loisirs tout en haut de la page. Eh ouhai, pas con le frelon. 
 
Remarquez neanmoins que ce CV a été édulcoré, pomponné, épousseté, stereotypé et surtout sterilisé avec une prof de « Developpement Personnel ». Un CV qui est
devenu, parait-il, accrocheur, riche et séduisant et qui me parait surtout banal, générique et emmerdant.
Vous noterez d’ailleurs que j’applique skeurupulusement la loi et que j’ai scotché tout en bas en bas le fameux sticker en caractères gras: LIRE TROP DE CV TUE.
 
En esperant pas vraiment que vous me répondrez parce que voila quoi : Rowenta, paye ta mission pour  être motivé et aller bosser en étant heureux le matin,
 
Je vous souhaite bon courage avec tous les candidats stereotypés, pusillanimes et main stream que vous allez devoir affronter dans les heures et les jours à venir.
 
Et si vous êtes une femme je vous fais un bisou.
 
Humainement,
 
Lucas d’Amore.

Complexée, moi ? Ben oui !

Aujourd’hui, au lieu de sonder nos âmes, sondons nos corps. Samedi, déjeuner familial entre mes parents et moi, on en vient à parler de ma sœur qui se drogue de sport en ce moment pour son super régime. Sauf qu’elle est tombée sur une diététicienne qui essaie de régler son problème psychologique : ma sœur hait son corps. Ainsi, quand la diététicienne l’a forcée à se regarder dans un miroir, elle a pleuré. Du coup, moi, ça m’interpelle.

 Couv_corps_bataille

Comme la plupart des femmes, j’ai un rapport particulier avec mon corps. Des jours, je l’aime à peu près, des jours, je le déteste. Il y a des trucs contre lesquels je peux à peu
près lutter (cellulite, vilain bidou) et d’autres non (ossature forte, tendance génétique au ballonnement). Bon, m  a petite taille n’a jamais été source de complexe particulier : être une fille d’1m57, c’est plus mignon qu’effrayant, soyons honnêtes. Ma grosse poitrine, par contre, ça dépend. De suite, sur les photos, gros seins = grosse fille, si on a
qu’une photo de la tête et de la poitrine. Prenez par exemple Pamela Anderson, selon comment vous cadrez la photo, elle prend ou perd 10 kilos. Et puis j’en ai marre de jamais trouver de chemises qui ne baillent pas. Mais je m’égare, je vais pas vous faire la revue de ma personne, on s’en fout. Donc mon corps, je vis avec, pas le choix. Globalement, quand je le regarde (sans ma tête, elle, je la trouve très chouette à deux ou trois détails près mais l’ensemble me plaît, à la poubelle la modestie), c’est clair qu’il y a mieux mais c’est aussi clair qu’il y a pire. En général, les jours de mauvaise humeur, je l’aime pas, les jours de très mauvaise humeur, je le déteste (mais pas que lui, je déteste la terre entière), des jours, je me sens mal dans ma peau. Mais d’autres, ça va. Je passe beaucoup de temps à me regarder dans la glace, de face de profil, je rentre le ventre, j’adopte des positions. Jamais en public (quoi que les regards à peine discrets dans les vitrines qui renvoient mon image, je suis sûre que je suis pas la seule) mais en privé, c’est mon plaisir égoïste. Même que des soirs, je m’amuse à vider mon placard et à essayer plein de fringues, pour m’amuser.

Mais globalement, en France, on a un rapport plutôt conflictuel avec notre corps et j’ai pas l’impression que ça soit le cas à l’étranger. Y a quelques temps, je discutais avec Vicky, elle me parlait de son voyage en Angleterre, le pays où le micro short est limite l’uniforme de la rue. Elle m’expliquait qu’en gros, les Anglaises n’avaient aucun complexe à exposer leur cellulite et que, du coup, là-bas, tu te prends à porter des fringues méga mini que t’oseras jamais ressortir en France. De la même façon, quand je regarde certaines émissions américaines avec des obèses à moitié à poil ou les Californiens toujours en maillot prenant soin de leur corps en permanence ou encore les Allemands qui n’ont pas du tout de pudeur et semblent très à l’aise avec leur corps, je me pose très sincèrement la question : pourquoi, nous, on complexe ? Non parce que la plupart des gens complexent sans avoir de réelles raisons. On est trop gros ou trop maigres, voire trop grands ou trop petits mais jamais parfaits. On pourrait penser à une fausse modestie genre « mais non, voyons, mon corps n’est pas parfait, hihihi ! ». Mais non, pour les gens que je connais, les complexes sont réels. Rarement, ils nous empêchent de vivre mais ils sont là.

A côté de ça, je connais quelques personnes terriblement à l’aise avec leur corps et je les envie. C’est pas forcément des gens super bien foutus, en plus, mais ils sont tellement
bien dans leur corps qu’on ne fait même pas attention à leurs imperfections. Je les envie ces gens là, vraiment. J’aimerais être capable de me trouver parfaite comme je suis, de pas loucher sur mon vilain bidou (oui, en ce moment, c’est lui qui me fait chier mais ça peut être rotatif les complexes), de me sentir so irresistible. Oh, ça arrive, ces jours de grâce que j’adore où je suis de tellement bonne humeur que je me sens même plus mignonne mais carrément belle. Que je marche dans la rue comme si j’étais dans un clip vidéo dont je suis la star. Ces jours où, forcément, les hommes me regardent et me sourient.

Bref, des fois, je me dis qu’on devrait nous apprendre à l’école à aimer notre corps et à en prendre soin. Je lisais y a pas très longtemps dans le magazine Psychologies (pas trop

ma tasse de thé, le magazine) que les femmes ont souvent du mal à accepter la futilité des soins du corps, qu’elles ne se sentent pas dignes d’être parfaites ou à peu près, d’où le très bon slogan L’Oréal « Parce que tu le vaux bien ». Moi aussi, je le vaux bien, après tout. Oui, c’est futile de se tartiner la figure avec une bouillie verte pour avoir bonne mine, de se
vernir les ongles, de faire du sport pour avoir le corps qui nous plaît, de s’épiler les orteils parce que c’est la seule partie de mon corps vraiment poilue et ça fait chier. Mais j’ai aussi le droit de pas avoir de muscle si ça me plaît pas, de pas aimer courir, de vouloir être jolie et bien dans ma peau sans forcément manger 3 radis par jour maximum. Bref, je crois qu’il y a toute une éducation d’acceptation de son corps à faire. Tant que la santé n’est pas en danger, pourquoi ne pas nous accepter tels que nous sommes ? Après tout, si on arrive pas à mincir ou à grossir (selon les cas), c’est peut-être aussi qu’on est à notre poids de forme et qu’on est génétiquement pas faits pour être plus gros ou plus minces ?