Nina et le scary dentiste

J’eus un secret : pendant 5 ans, j’ai disparu de l’univers biscornu et incroyablement compliqué de la sécurité sociale. 5 ans où j’ai évité tout docteur (à part le gyneco qui m’a posé Gudrun en punition). Mais la vie a décidé que ça suffisait la blague et m’a refilé un abcès
dentaire. Tiens, dans ta bouche, va te soigner !


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Un dentiste, ok mais qui ? Au moment de mon abcès (le 03 janvier, ça sentait bon l’année où j’allais morfler), j’étais encore chez boite-qui-n’a-pas-de-nom et pas encore fixée sur mon avenir professionnel donc en toute intelligence, j’ai choisi un professionnel proche du seul lieu géographique dont on reste sûr : mon appart. Henri Moutiers, je te choisis comme dentiste.

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J’avais un peu les miquettes en y allant car j’ai quelque peu négligé mes dents par le passé. La dernière fois que j’y suis allée, j’avais un truc provisoire dans la bouche (un plombage, une couronne ?) et ça n’a jamais été achevé. C’était y a 10 ans… Et j’ai un peu des dents fragiles donc dents fragiles non soignées pendant 10 ans… Hmmm… Henri m’invite à m’allonger sur le siège, j’attends la dernière seconde pour ouvrir la bouche. « mmm, je vous mets une fessée ? ». Mais Henri, il est gentil, il me dit qu’il va tout me réparer.


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Seulement Henri, c’est un petit coquinou. 3e rendez-vous, me voici prisonnière du célèbre fauteuil et il me demande de tourner légèrement la tête vers lui. Bien élevée, j’obtempère. Et là : »Je vous demande ça parce que vous avez une trop grosse poitrine et ça me gêne pour bien travailler ». Ouiiiii ? »Enfin, trop grosse, c’est juste pour travailler sinon en tant qu’homme, je la trouve parfaite. » Heu… Ouiiiiii ?

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A partir de là, c’est la grosse marade. Il me fait une radio ? « Ah, j’ai enfin une photo de vous, dommage qu’elle soit en noir et blanc, huhu ! » « je vais vous aider à mettre votre veste, ma maman m’a appris à être galant », « passez me voir, je vous offrirai le café ». Je viens un jour où je n’ai pas rendez-vous car je me suis trompée de jour ? « C’est parce que je vous manquais ! ». Mon réveil sonne alors que je suis sur le fauteuil ? « Vous avez peur de vous endormir ? Croyez bien que si ça arrive, j’en profiterai ». Ahah quel blagueur cet Henri !

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Oh, je pense que c’est un sacré coquin et pas juste avec moi. Un soir, j’étais sa dernière patiente et sa femme a appelé, ils se chamaillaient genre « mais où veux-tu que je sois ? Je suis au cabinet en pleine extraction. Oui, c’est ça allez, à plus tard ». A noter que se faire enlever une dent par un dentiste excédé, c’est une expérience un peu effrayante. Sachant qu’il m’avait anesthésiée la bouche avec un immense tube vibrant (véridique), ce soir là, j’ai bien senti mon retour de karma dentaire. Donc madame est jalouse, tu m’étonnes. Surtout que le même soir, juste avant moi, il y avait une fille jeune et très jolie, il s’est précipité pour porter ses sacs de la salle d’attente au cabinet (il m’a fait la même avec mon sac à main).


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Évidemment, Henri, il est plus sexa que sexy et mon Œdipe étant résolu, me taper un mec démo-sociologiquement identique à mon père, comment dire… Non. Mais au moins, à chaque fois que j’y vais, je gagne une petite anecdote. Demain, je crois que c’est notre dernier rendez-vous, il me l’a donné en me laissant un étrange regard intense et mélancolique. Mais t’en fais pas Henri, tu l’as dit
toi-même, mes plombages sont en fin de vie, je repasserai les changer.

Complexée, moi ? Ben oui !

Aujourd’hui, au lieu de sonder nos âmes, sondons nos corps. Samedi, déjeuner familial entre mes parents et moi, on en vient à parler de ma sœur qui se drogue de sport en ce moment pour son super régime. Sauf qu’elle est tombée sur une diététicienne qui essaie de régler son problème psychologique : ma sœur hait son corps. Ainsi, quand la diététicienne l’a forcée à se regarder dans un miroir, elle a pleuré. Du coup, moi, ça m’interpelle.

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Comme la plupart des femmes, j’ai un rapport particulier avec mon corps. Des jours, je l’aime à peu près, des jours, je le déteste. Il y a des trucs contre lesquels je peux à peu
près lutter (cellulite, vilain bidou) et d’autres non (ossature forte, tendance génétique au ballonnement). Bon, m  a petite taille n’a jamais été source de complexe particulier : être une fille d’1m57, c’est plus mignon qu’effrayant, soyons honnêtes. Ma grosse poitrine, par contre, ça dépend. De suite, sur les photos, gros seins = grosse fille, si on a
qu’une photo de la tête et de la poitrine. Prenez par exemple Pamela Anderson, selon comment vous cadrez la photo, elle prend ou perd 10 kilos. Et puis j’en ai marre de jamais trouver de chemises qui ne baillent pas. Mais je m’égare, je vais pas vous faire la revue de ma personne, on s’en fout. Donc mon corps, je vis avec, pas le choix. Globalement, quand je le regarde (sans ma tête, elle, je la trouve très chouette à deux ou trois détails près mais l’ensemble me plaît, à la poubelle la modestie), c’est clair qu’il y a mieux mais c’est aussi clair qu’il y a pire. En général, les jours de mauvaise humeur, je l’aime pas, les jours de très mauvaise humeur, je le déteste (mais pas que lui, je déteste la terre entière), des jours, je me sens mal dans ma peau. Mais d’autres, ça va. Je passe beaucoup de temps à me regarder dans la glace, de face de profil, je rentre le ventre, j’adopte des positions. Jamais en public (quoi que les regards à peine discrets dans les vitrines qui renvoient mon image, je suis sûre que je suis pas la seule) mais en privé, c’est mon plaisir égoïste. Même que des soirs, je m’amuse à vider mon placard et à essayer plein de fringues, pour m’amuser.

Mais globalement, en France, on a un rapport plutôt conflictuel avec notre corps et j’ai pas l’impression que ça soit le cas à l’étranger. Y a quelques temps, je discutais avec Vicky, elle me parlait de son voyage en Angleterre, le pays où le micro short est limite l’uniforme de la rue. Elle m’expliquait qu’en gros, les Anglaises n’avaient aucun complexe à exposer leur cellulite et que, du coup, là-bas, tu te prends à porter des fringues méga mini que t’oseras jamais ressortir en France. De la même façon, quand je regarde certaines émissions américaines avec des obèses à moitié à poil ou les Californiens toujours en maillot prenant soin de leur corps en permanence ou encore les Allemands qui n’ont pas du tout de pudeur et semblent très à l’aise avec leur corps, je me pose très sincèrement la question : pourquoi, nous, on complexe ? Non parce que la plupart des gens complexent sans avoir de réelles raisons. On est trop gros ou trop maigres, voire trop grands ou trop petits mais jamais parfaits. On pourrait penser à une fausse modestie genre « mais non, voyons, mon corps n’est pas parfait, hihihi ! ». Mais non, pour les gens que je connais, les complexes sont réels. Rarement, ils nous empêchent de vivre mais ils sont là.

A côté de ça, je connais quelques personnes terriblement à l’aise avec leur corps et je les envie. C’est pas forcément des gens super bien foutus, en plus, mais ils sont tellement
bien dans leur corps qu’on ne fait même pas attention à leurs imperfections. Je les envie ces gens là, vraiment. J’aimerais être capable de me trouver parfaite comme je suis, de pas loucher sur mon vilain bidou (oui, en ce moment, c’est lui qui me fait chier mais ça peut être rotatif les complexes), de me sentir so irresistible. Oh, ça arrive, ces jours de grâce que j’adore où je suis de tellement bonne humeur que je me sens même plus mignonne mais carrément belle. Que je marche dans la rue comme si j’étais dans un clip vidéo dont je suis la star. Ces jours où, forcément, les hommes me regardent et me sourient.

Bref, des fois, je me dis qu’on devrait nous apprendre à l’école à aimer notre corps et à en prendre soin. Je lisais y a pas très longtemps dans le magazine Psychologies (pas trop

ma tasse de thé, le magazine) que les femmes ont souvent du mal à accepter la futilité des soins du corps, qu’elles ne se sentent pas dignes d’être parfaites ou à peu près, d’où le très bon slogan L’Oréal « Parce que tu le vaux bien ». Moi aussi, je le vaux bien, après tout. Oui, c’est futile de se tartiner la figure avec une bouillie verte pour avoir bonne mine, de se
vernir les ongles, de faire du sport pour avoir le corps qui nous plaît, de s’épiler les orteils parce que c’est la seule partie de mon corps vraiment poilue et ça fait chier. Mais j’ai aussi le droit de pas avoir de muscle si ça me plaît pas, de pas aimer courir, de vouloir être jolie et bien dans ma peau sans forcément manger 3 radis par jour maximum. Bref, je crois qu’il y a toute une éducation d’acceptation de son corps à faire. Tant que la santé n’est pas en danger, pourquoi ne pas nous accepter tels que nous sommes ? Après tout, si on arrive pas à mincir ou à grossir (selon les cas), c’est peut-être aussi qu’on est à notre poids de forme et qu’on est génétiquement pas faits pour être plus gros ou plus minces ?