Petit éloge de l’échec

Parmi les sujets sur lesquels j’aime se pencher se trouve le thème de l’emploi, souvenir ému de l’époque où j’écrivais sur la chômagie, sans doute. Avouons que le sujet est passionnant et ô combien varié : trouver du travail, progresser sur l’échelle de la carrière, se créer des opportunités, travailler en bonne intelligence avec son manager quelles que soient ses qualités en la matière. Or ces derniers temps, je vois fleurir plusieurs articles sur l’échec professionnel. Tiens tiens.

SCENARIO ECHEC

Qu’est-ce qu’un échec professionnel ? Je ne crois pas en l’échec pur. Imaginons que je crée une petite entreprise et que, in fine, je me plante. Echec ? Financier, oui mais personnel, tout est relatif. La question est pour moi ailleurs. L’échec est-il dans l’essai non transformé ou l’absence d’essai tout court. Qui ne tente rien n’a rien et dans le contexte actuel, nul n’est garanti d’arriver à ses fins. Même avec de bonnes idées, un travail consciencieux et des comptes tenus méticuleusement. En amour comme au travail, le contexte est parfois vérolé. Ca n’enlève rien à votre valeur intrinsèque et à la qualité de vos idées et de votre travail. Bien sûr, nul n’est à l’abri d’une erreur, même les meilleurs entrepreneurs en commettent. D’ailleurs dans Management, il y a toujours cette question aux entrepreneurs qui ont réussi : “quelle a été votre erreur”. Sauf que parfois, par chance, l’erreur se corrige. Par malchance, ça plante.

plantage

Reconnaître ses erreurs est une démarche saine, on en commet tous et on apprend. Cependant un échec est-il réellement le fruit que d’une chaîne d’erreurs ou parfois simplement un coup de malchance ? Par ailleurs, je trouve le terme échec négatif. Oui, je me suis plantée MAIS j’ai appris des choses. C’est souvent ainsi qu’on progresse. Quand j’ai appris à marcher, je me suis gamellée plus souvent qu’à mon tour (je suppose, je ne m’en souviens pas). Quand j’ai appris à skier, j’ai passé d’abord plus de temps le cul par terre qu’à glisser sur la neige. Quand j’ai appris à écrire, mes lettres étaient maladroites, mal formées et mes mots truffés de fautes d’orthographe. Par exemple, quand j’étais en grande section, je ne savais pas faire les boucles. Un vrai traumatisme d’enfance surtout quand on devait écrire les prénoms d’autres enfants, plein de E et de L. J’y arrivais juste pas. Puis un jour, à force de m’entraîner, de me planter encore et encore, j’y suis arrivée. Je me souviens du prénom que j’ai réussi à écrire : Emmanuelle. Trois E, deux L. Aujourd’hui encore, je me plante. Lors de ma première plongée en mer, je me suis flinguée les oreilles. Aujourd’hui, ça passe sans problème. La dernière fois que j’ai dansé sur un bar, je me suis pétée la jambe. Depuis, je danse au sol. On apprend de nos erreurs. Mais tout ceci n’est pas un échec.

moue

Autre point intéressant : cette apparition soudaine de la notion d’échec dans les articles emploi où on nous parle généralement de succès, d’entrepreneurs qui ont la win, de la bonne façon d’être le meilleur du monde. Devrait-on y voir les signes qu’en ce moment, c’est pas la joie ? Qu’en cette période de crise et de licenciements économiques et autres plans sociaux, on essaie de nous donner un peu de baume au coeur. De “t’inquiète, on trébuche tous un jour” ? Le temps des self made (wo)men et des incroyables success stories est terminé ? Plus de Steve Jobs ou Mark Zuckerberg jusqu’à la fin de la crise ? Le mieux qu’on puisse réussir, c’est de sauver les meubles. Que de réjouissances…

ennui-fete

Ceci étant, cette histoire permet de trouver une utilité à cette foutue crise : nous reconnaissons désormais le droit aux travailleurs de ne plus être des machines 100% performantes. Soufflez les enfants, on a désormais le droit à l’erreur.

Adultère professionnel

Je vous préviens, je vais vous emmerder avec mon “je change de taf” parce que pour une fois qu’il m’arrive un truc qui peut générer plein d’articles, je vais pas me priver !

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Tout commença par un échange de mails. Dès le départ, je me sentis coupable de discuter avec ce Simon que je ne connaissais pas, de lui donner mon numéro de téléphone, de
guetter mon mobile, le cœur battant. Tu sonnes oui ? Mais je sauvais les apparences, je ne laissais rien paraître. Quand on discutait des démissions nombreuses que subit l’agence,
j’approuvais sans rien ajouter. Ouais, tous ces gens qui partent, c’est dingue, hein ! Ne rien dire, ne rien laisser paraître, surtout pas. Puis vint ce coup de téléphone, j’étais, Dieu
merci, chez moi. Dans la clandestinité la plus totale, je prenais rendez-vous avec Simon pour un entretien informel. Mmmm, delicious !

 

Le lundi de l’entretien, Nina dans sa salle de bain. Comment je m’habille ? Il faut que je donne envie de m’embaucher mais que je porte pas un écriteau « je vais à
un entretien » quand même ! Oui, je laisse tomber le style narratif passé simple et co, c’est rigolo un paragraphe, pas deux. Je me pomponne sans en avoir l’air. Mon pressbook est
énorme, je le cache comme je peux dans mon sac mais c’est pas trop ça. Je file vite à mon rendez-vous sans dire où je vais puis je fais un compte rendu à mes parents loin du boulot, au cas où. Ca 
y est, j’ai mordu dans le fruit interdit.

 Tout s’enchaîne, les coups de fils imprudents en pleine journée pour prendre rendez-vous, les confidences aux amis (mais pas beaucoup pour pas porter la poisse). Un jeudi, j’ai rendez-vous chez TMF, chantre de l’élégance et du raffinement donc je DOIS être super sapée. Je shoppe pendant ma pause déjeuner mais je ne trouve rien de rien, c’est laid, c’est moche, c’est triste, c’est mal taillé. Quelle angoisse. Obsédée, j’y retourne le soir et je trouve mon bonheur dans une sobre robe chasuble, parfait. Le lendemain matin, je pars conquérante et en robe à mon entretien mais peut-être en ai-je trop fait puisqu’en arrivant au boulot, avec mon sac Lancel dissimulant à peine mon gros pressbook, Claude me fait « bah alors, t’es drôlement bien habillée ! Tu avais un entretien ou quoi ? » Heu mais non, paaaaaaaaaaas du tout ! Mais les erreurs se multiplient
 

Une semaine plus tard, un peu plus, je reçois ZE coup de fil qui me confirme que je suis prise. Je vais devoir rompre avec mon entreprise pour courir dans les bras de la
nouvelle. Je me cache un peu dans une rue voisine pour appeler toute ma famille, je suis euphorique. Masque tes sentiments, mademoiselle ! Mais hiiiiiiiiiiiiiiiiiii quoi ! Mais le faux
pas n’était pas loin. Quelques jours plus tard, nouveau coup de fil pour m’annoncer mon salaire. Entre midi et deux, je vais à la FNAC et j’appelle ma mère en chemin pour lui en parler. Au retour, alors que je suis sur le quai du métro, ma mère rappelle pour me demander de repréciser certains trucs, je rentre dans la rame en pleine conversation, je m’assois et coupe la conversation. Et là, mon sang se glace : de l’autre côté de l’allée, Guillaume, mon collègue. Et là mon père qui rappelle « Oui, ta mère, elle se souvient pas de ton salaire… – Je te rappelle plus tard, je peux pas parler, là, suis dans le métro ! ». Putain, putain, est-ce qu’il m’a entendue ? On se fait la bise à notre station, on papote en cheminant il ne dit rien. Mais quelques temps plus tard, nous revoici tous les deux dans le RER, cette fois ci, pour aller à une réunion chez Big Entreprise. « Et tu te plais à l’agence ? ». Heu, pourquoi il me demande ça ? Réunion, retour, on reprend le bus et quand on monte dedans (on parlait de Big Entreprise), il me dit : « chut, les bus ont des oreilles ». Putain
mais pourquoi il dit ça ? Bon, comme j’ai pas encore eu l’occasion d’annoncer à tout le monde ma démission, je ne sais toujours pas s’il a entendu quelque chose ou pas, à
suivre.

 Maintenant que mon destin est officiellement lié à TGGP, il faut que je l’annonce à l’agence, comment va se passer la rupture ? A suivre dans le prochain épisode (non, ne me détestez pas !)