Tu me connais lecteur, je honnis la drague dans des lieux publics, je l’ai suffisamment dit. Mais comme la vie aime bien me ridiculiser, ce qui devait arriver arriva : aujourd’hui, j’ai rencontré un homme dans le métro.
La journée fut pour le moins chaotique, il faut l’avouer. Une interview reportée, un RER C qui change de voie sans prévenir et me voilà partie sur la mauvaise branche (alors que j’ai vérifié plusieurs fois que j’étais sur le bon quai, bordel), une heure de perdue pour revenir à Choisy (où l’affichage ne fonctionnait plus), puis à Juvisy et enfin arriver à destination.
De retour sur Paris, me voici posée dans une rame de la ligne 14, le nez plongé dans mon bouquin du moment (un Van Cauwelaert parce que le Goncourt, il est lourd, dans le sens physique du terme). Ca monte, ça descend, ça monte, ça descend. A un moment, je lève le nez de mon bouquin et là, j’avise le mec d’en face. Oh la vache, le pur beau gosse ! Châtain, les yeux noisettes, un visage tout simplement sublime, d’une finesse. Bon, il a une cicatrice récente à la cicatrice et est habillé comme un syndicaliste étudiant. Ceux qui ont étudié au Mirail (ou qui y sont toujours) comprendront pourquoi ça me gêne un poil. Bilan de ma personne : emmitoufflée jusqu’au bout du nez dans mon manteau doudoune, l’écharpe, le chapeau, les lunettes… Bon, je vire le chapeau et me passe la main dans les cheveux pour éviter l’effet « casque plat de l’hiver, merci électricité statique de mes fesses ». Je vire les lunettes ou pas ? Ah, il me jette un regard. Bon, il m’a vue avec, on va les garder. Je fais mine de me replonger dans mon livre, je relève le regard et bim, nos regards se croisent encore. Mais bon, ça veut rien dire, on est en face, normal qu’on se regarde un peu… je suppose.
Il reste trois arrêts jusqu’au mien, je fais quoi s’il descend avant ? Je le suis ? Bon, comme je m’arrête au terminus, il pourra pas descendre après moi. Plus que deux, plus qu’une… Yes, il bouge pas ! Bon, il me lance un nouveau regard, il est beau, putain ! Je fais quoi, je fais quoi ? Il a l’air jeune quand même. S’il n’a qu’une petite vingtaine, ça va être la lose quand même… De toute façon, la journée a été merdique alors je crois qu’on va en rester là. Je me lève pour me mettre devant la porte, juste à côté de lui. J’aime bien être à proximité d’un beau mec que j’ai repéré, c’est complètement con mais ça m’amuse. On sort, je le devance légèrement, je me demande si je dois ralentir ou pas et là, j’entends un « mademoiselle ». Putain, putain, c’est lui qui me parle ? Je me retourne et il me tend le chapeau que j’avais enfourné dans ma poche et qui était tombé. Bon, le côté mystique de ma personne est troublé, là. Je le remercie en souriant avec mes lèvres et mes yeux. Il me rend mon sourire. Il est beau, putaiiiiiiiiiiiiiiin ! Et là, il me fait « je m’appelle Thomas ». Bon, forcément, je lui donne mon prénom, y voyant un appel du pied. Et là, l’audace, incroyable, ma bouche passe en pilote automatique et lui propose un café. J’aurais jamais cru être capable, tiens ! Surtout qu’il accepte.
Nous voici donc au café de St Lazare aux prix défiant toute concurrence. Comme je le pressentais, il est plus jeune que moi, 24 ans, et il finit ses études. Là, il fait un master pro en relations internationales (enfin, c’est pas ça l’intitulé, c’est un truc à la con). Je sens que je suis amoureuse, là. Forcément, moi, je kiffe les relations internationales aussi, je lui parle de mes études en la matière, de mon boulot de pigiste sur un webzine à la rubrique international, il me parle de son mémoire en cours sur la Russie (Slaviiiiiiiiiiiiiiiiiiie !) et le pouvoir de Poutine, c’est super intéressant. A un moment, je lui demande s’il est syndicaliste à la fac et ça le fait rire. Oui mais ici, ils sont pas acharnés comme au Mirail, il est même assez modéré, à l’entendre parler. Plus idéaliste que moi mais pas utopiste non plus. Je suis totalement en train de craquer le vernis protecteur de mon cœur a volé en éclat. Je me dis à part moi que tout ça est excessif, que je devrais me calmer un peu. Je suis tellement la pro pour m’emballer ! A un moment, il regarde sa montre et m’annonce qu’il doit s’en aller, suis un poil désappointée.
Je souris : il est pas descendu à son arrêt ! Il m’a suivie, chuis sûre ! Je finis par lui poser la question et il me répond évasivement qu’il rêvait et qu’il avait raté sa station. Mouais, tu parles ! Mais gentleman jusqu’au bout, il me raccompagne jusqu’à mon quai. Jusqu’au bout du quai (oui, je dois entrer dans le premier wagon deuxième porte pour être pile devant ma sortie). Il fait froid, je gigote un peu, je suppose que je devrais faire un truc intelligent mais quoi ? Il me demande si j’ai froid et j’acquiesce (surtout que j’ai pas remis mon chapeau) et là, il me prend dans ses bras. Oh ben putain, si je m’attendais ! Il me frictionne le dos pour me réchauffer. Audacieux le jeune homme et moi, malgré le froid, je fonds. Mais le train arrive. Il fait chier celui-là.
Je lui donne mon numéro de téléphone, à tout hasard… Bon, là, faut se quitter, je lève la tête pour lui faire la bise (ah oui, il est pas super grand mais je reste limite naine, moi) et là, il détourne la tête et smack. Je rigole un peu niaisement, surprise (pourquoi faut toujours qu’on soit niaise dans ces cas-là, je vous jure !) et puisqu’on est à ce degré d’intimité, je l’embrasse carrément. C’est drôlement prometteur… Dommage qu’on puisse pas poursuivre la soirée ensemble mais ce n’est que partie remise. Et encore, on a eu droit à un rab grâce à un crétin qui a tiré la sonnette d’alarme (non, c’était pas nous). Je suis rentrée chez moi, j’étais toute bizarre. Elle est trop dingue cette histoire, j’avais l’impression que c’était pas réel. Et pourtant…








