Ici, on parle d’amour. Amour entre un homme et une femme, amour entre un homme et un homme mais un sujet que l’on a jamais abordé, c’est l’amour filial. Parfois, je parle de mes parents, ici, assez peu, il faut le reconnaître. Non pas que je n’aime pas mes parents mais vivant loin d’eux, je leur parle surtout par téléphone et même si les conversations avec ma môman sont parfois comiques, pas de quoi faire un article.
Il y a quelques temps, j’ai donc rencontré Alex. A son contact, je me suis rendue compte de la chance que j’avais. Je ne vous parlerai pas de sa famille parce que ce serait déplacé mais, en gros, j’ai vraiment compris que mes parents étaient géniaux. Et quand je parle à mes amis, c’est souvent l’impression que j’ai.
Je viens d’une petite ville de province où la norme est à la famille entière. Je me souviens, en maternelle, j’avais une camarade qui n’avait pas de papa et je trouvais ça bizarre comme concept. Oui, au début des années 80, les enfants de divorcés (surtout en maternelle), c’était pas si courant que ça. Bref, si on regarde la liste des vingtenaires à gauche de votre écran, seul Mister Big a des parents divorcés. Ce n’est pas pour autant que nos familles sont des modèles de stabilité, Gauthier a déjà parlé de sa famille par ailleurs.
Donc revenons à la famille Bartoldi, il y a papa, maman, Alice, un frère pas biologique qui passe par intermittence Yohann et moi, donc. Mes parents ne sont pas parfaits comme tous les parents, on s’est souvent pris la tête comme dans toutes les familles. Mais je crois que mes parents m’ont bien élevée. Mon père est médecin donc d’un niveau socio-professionnel élevé. J’aurais donc pu être élevée comme la progéniture de ses collègues : je claque des doigts et j’ai tout. Mais non, ça marche pas comme ça dans la famille Bartoldi, on n’a rien sans rien. Je me souviens, une fois, je parlais au fils d’un ami de mon père hyper friqué (et qui le montre bien) et le mec me fait « ouah, la semaine dernière, j’ai crashé la BMW dans un fossé, hihihi ! ». Je l’ai regardé, atterré. Moi, la seule voiture que j’ai eu droit de conduire à la maison, c’est la vieille Clio de ma mère qui m’est revenue quand elle a changé de voiture (d’ailleurs, ils l’ont revendue, bouhouhou !). En même temps, je ne me plains pas. Moi, les grosses voitures, j’ai tellement peur de les abîmer que je préfère pas les toucher. Non pas que je conduis mal mais la moindre éraflure sur ces voitures coûte bonbon donc je préfère m’abstenir, on ne sait jamais. Et puis moi, je ne sais conduire que des petites voitures, c’est bien suffisant pour ma petite personne.
Evidemment, je vis dans une belle maison et mes parents ont pu me permettre de partir à Paris mais ils n’ont pas financé ce déménagement pour que je m’éclate au loin. Mes parents, c’est mon havre de paix. Quand j’ai rompu avec Guillaume, j’ai appelé ma mère en larmes pour lui dire que je rentrais. Ca peut paraître curieux de rentrer chez ses parents dans un moment pareil mais j’avais besoin de me sentir soutenue et qui mieux qu’eux pouvaient le faire ? Enfin, je parle de mon cas car pour beaucoup de gens, ce n’est pas chez leurs parents qu’ils vont pouvoir se reconstruire. Ma mère avait déjà ramassé ma sœur lors de sa rupture avec Anthony, elle a elle-même subi une rupture difficile dans sa jeunesse et sait très bien ce que nous ressentons. Mon père, lui, il dit rien mais il est là.
Mes parents ont fait de moi ce que je suis, pas uniquement en me payant mes études. Ils m’ont appris des valeurs simples et j’ai toujours eu un foyer stable. Ado, je leur en voulais de pas me laisser avoir une télé dans ma chambre comme certains de mes petits camarades. Aujourd’hui, je les en remercie. Cette mesure peu draconienne (il faut l’avouer) m’a permis de passer mes soirées à lire et/ou à écrire plutôt que de rester jusqu’à pas d’heures à avaler des merdes télévisuelles. Si je suis aussi équilibrée (si, si), c’est grâce à eux. Ils m’ont donné beaucoup d’amour et continuent à le faire, je peux donc en donner à mon tour et ne pas avoir peur de l’avenir. J’ai grandi dans un foyer sans conflits et je suis quelqu’un, du coup, très serein. Quand, fin décembre, je commençais à glisser doucement sur la pente de la déprime et du désespoir à cause de mon chômage et que je me suis mise à pleurer, mon père a dit une phrase, une seule, qui m’a redonné du courage : « mais enfin, on le savait que tu allais galérer ». Moi qui avais la peur viscérale de les avoir déçus, je me rendais compte que ce n’était pas le cas. C’est con mais cette petite phrase m’a redonné un coup de fouet.
Ce n’est pas que je vis pour mes parents mais j’aime qu’ils soient fiers de leur fi-fille. Si ma réussite me concerne au premier plan, je veux leur montrer qu’ils n’ont pas eu tort de me faire confiance. Parce que mes parents ne m’ont jamais rien imposé. Depuis la 6e où j’ai choisi de faire allemand LV1 jusqu’à aujourd’hui, j’ai choisi mes orientations toute seule comme une grande. Mes parents sont aussi suffisamment intelligents pour ne pas faire jouer la concurrence entre Alice et moi, genre : « tu vois, ta sœur, au moins, elle réussit ». Car outre le fait que nous sommes très différentes, nous n’avons pas du tout fait les mêmes études. Par exemple, pour le bac. Je me suis défoncée pour avoir une mention pour mon papa, je m’explique. Quelques temps avant les épreuves, mon père a eu un problème au cœur : un bout de chair sur une oreillette qui provoquait des fibrillations. Rien de très grave, que du très chiant. Bref, pour s’en débarrasser, il a dû subir deux petites interventions (la première n’ayant pas fonctionné) dont la deuxième pendant mon épreuve de maths (je m’en souviendrai de celle-là). Je me retrouve donc avec cette foutue mention et là ma sœur fait un peu la gueule : « mince, maintenant, je vais devoir faire aussi bien que toi ! ». Mais non, petite ! Comme lui ont dit mes parents après, elle n’a pas choisi la même série que moi, c’est carrément incomparable.
Mes parents sont généreux. Quand Yohann s’est retrouvé seul après un drame familial, nous lui avons ouvert les portes de notre foyer. Il est un peu le troisième fils et il se rend compte qu’il doit beaucoup à mes parents. Sans eux, ils se serait effondré. Quand son père est décédé, c’est mon papa (pourtant pas très communicatif) qui est allé lui parler, l’a soutenu. De la même façon, Gauthier m’a avoué que sans mes parents, il n’aurait jamais survécu à son coming out. Sans entrer dans les détails, quand ses parents ont découvert son homosexualité, c’était particulièrement tendu chez lui et il venait souvent passer le week-end à la maison. C’est marrant mais mes parents se soucient souvent de nos amis. J’ai parlé à ma mère de la trithérapie du Gaugau, elle me demande régulièrement s’il a des résultats de test. Même que l’autre jour, j’ai eu l’air très con.
Bref, si ma vie sentimentale est catastrophique, j’ai la chance d’avoir une belle vie de famille.





