Halte au terrorisme intellectuel

L’autre jour, en lisant mes blogs préférés, une discussion en comm m’interpelle. Dans sa planche, notre ami blogueur explique qu’il n’aime ni Céline ni Vian et en comm, ça ne rate pas : « mais comment tu peux dire ça ? ». Et oui, les goûts personnels n’ont pas leur place en culture, apparemment.
 

Bon, tu me connais lecteur, je ne supporte pas l’inculture. Ne pas savoir qui a écrit Le Rouge et le Noir, les Misérable, le Horla, les Yeux d’Elsa ou Voyage au bout de la nuit, ça me dépasse. Surtout que bon, suffit d’écouter ses cours de français pour le savoir. Alors quand je regarde des trucs du genre Qui veut gagner des millions ? (enfin, je regarde plus justement) et que le candidat sait pas répondre à des questions de ce genre, ça me fait frémir. Mais ce n’est pas parce que j’estime qu’il faut connaître ses classiques qu’on doit les apprécier. Honnêtement, jamais réussi à lire Le rouge et le noir ou Madame de Bovary (malgré plusieurs tentatives), j’ai sauté des paragraphes entiers des Misérables… Bref, je connais les auteurs de ces romans, je sais qu’ils existent, j’ai essayé de les lire mais je ne les ai pas appréciés. Même quand j’étais en histoire et que ces romans « sociaux » m’auraient été utiles pour illustrer mes dissertations. Et alors, je devrais m’en excuser ?

En maîtrise d’histoire, j’ai eu un cours sur « l’histoire du genre et de la sexualité » (avec une prof topissime) et, à un moment, la prof nous parle de Bourdieu. Alors, moi, Bourdieu, c’est un peu le sociologue qui me fait marrer : « il faut rendre la sociologie accessible à la plèbe mais je vais pas vulgariser ma prose, faut pas déconner non plus ». J’ai fait un exposé sur Bourdieu, plus tard, je vous jure que je devais lire chaque phrase plusieurs fois pour la comprendre. Dommage car Bourdieu, des fois, il a des observations très intéressantes. Notamment sur le bon goût et hop, je récupère le fil de mon article. Selon M. Bourdieu, donc, ce sont les valeurs bourgeoises qui définissent ce qui est de bon goût et ce qui ne l’est pas. En somme : il est de bon ton quand on a un certain statut social d’avoir lu ses classiques. Et il est bien vu de les avoir appréciés. Je me souviens, petite, ma grand-mère paternelle, pour qui le mot pédante a dû être inventé, m’expliquait toute fière : « tu vois, Nina, moi, j’ai des Proust dans ma bibliothèque, mais moi, au moins, je les ai lus, c’est pas comme beaucoup de gens ! ». Moi, je savais pas qui c’était Proust mais depuis, dès qu’on me parle de Proust, les premières choses qui me viennent à la tête, c’est « auteur chiant que personne ne lit mais tout le monde fait semblant ». Et après la chanson de Dave (« Et si on allait un tour du côté de chez Swan, lalalala ». Maudissez-moi, vous allez l’avoir dans la tête, maintenant) mais ça, je devrais pas le dire. Même les madeleines, ça arrive après.

Alors, là, je prête fantastiquement le bâton pour me faire battre alors rien que pour vous emmerder, je désamorce de suite pour pas que vous puissiez le dire en comm. Alors : « Non mais toi, Nina, si méprisante envers les incultes, tu te foutrais pas un peu de notre gueule ? ». Pif paf, dans ma gueule, toute seule. Oui, c’est vrai, c’est curieux de réclamer le droit de ne pas aimer les classiques, de les trouver mauvais alors que je n’accepte pas que les gens ne connaissent pas les noms de ces auteurs. Sauf que je les ai lus, ou du moins, j’ai commencé, je ne les ai pas rejetés à priori en hurlant à la chiantise. Mais d’un autre côté, s’il me paraît normal d’avoir de la culture générale (il me semble quand même pas incroyable de savoir que Notre Dame de Paris est un livre de Victor Hugo avant d’être un film, un dessin animé ou une comédie musicale), je pense qu’il faut avoir l’honnêteté d’affirmer ses goûts plutôt que de suivre la foule et surtout la bienséance. Dire que Flaubert, c’est chiant, ça se fait pas. Alors que lui, je trouve vraiment qu’il a la palme. Et là, je parle de littérature mais on peut faire pareil pour le cinéma ou la musique. J’ai une culture cinématographique « impressionnante » sur papier, genre je connais le nom des grands films, des grands acteurs, l’histoire du cinéma en gros mais je n’ai vu aucun classique ou presque. Au moins, je connais le nom mais qu’on m’insulte pas si dans ma DVDthèque, je les ai pas (alors que c’est vrai que j’ai Cube). Je n’ai pas tellement le goût des vieux films, pour le moment. Mais même sans parler des classiques, il y a des films qu’il est bon ton d’aimer et d’autres qu’on regarde en cachette. Faites un test autour de vous, parlez cinéma. Et bien, tout le monde vous dira avoir vu et adoré des films classiques genre La Dolce Vità ou le Mépris ou ce que vous voulez et personne, oh non, n’est allé voir Brice de Nice ou les tribulations cinématographiques de Michaël Youn. C’est comme à la télé, personne ne regarde Julien Courbet mais il pète les scores d’audience. Franchement, des films de merde, j’en ai vu un beau paquet et je m’en cache pas. Oui, Scary Movie, c’est lourd et prévisible mais moi, ça me repose le cerveau et je l’ai vu ! Et même que j’ai rigolé. Et même que je suis pas la seule parce que y a toujours quelqu’un pour y faire référence à un moment (ou à American Pie, au choix). Bon, par contre, Michael Youn, je peux pas.

 Bon, je pourrais développer l’exemple pour la musique mais t’es pas idiot, t’as compris. Alors, moi, ça m’agace qu’on me demande : « mais comment tu oses aimer ça et ne pas aimer ça ? ». Mais je n’en sais rien comment j’ose, c’est comme ça et puis c’est tout. J’ai le goût des styles littéraires légers avec un vocabulaire riche mais précis. Le verbiage pompeux, ça me fatigue. J’aime Moravia qui est mon modèle absolu en la matière. J’aime bien le style d’Amélie Nothomb (même si je trouve qu’elle retombe toujours sur les mêmes thèmes), j’aime les intrigues de Barjavel, je suis incapable de lâcher un Van Cauwelaert une fois entamé. J’aime les films comme Cube, faits avec trois bouts de ficelle et qui reposent sur un scénario original, j’ai aimé Dark City et le principe de Matrix (le principe, pas le film, attention). J’aime les Tim Burton. Mais Lelouch m’a toujours fait chier, aujourd’hui comme hier. J’ai failli mourir d’ennui rien qu’en regardant la bande annonce de l’épisode 2 de sa trilogie parisienne. Le seul intérêt que j’ai trouvé dans « La belle histoire », c’est Gérard Lanvin en Jésus châtain aux yeux verts, jamais Jésus n’avait été aussi sexy. Je n’ai vu qu’un seul Woody Allen (« Tout le monde dit I love you ») et je m’en fous. Je ne vais pas m’excuser pour tous les classiques que je n’ai pas vus/lus/entendus. Je peux m’excuser de ne pas avoir essayé de le faire, ça, oui. Mais si j’accroche pas, je vais pas me forcer pour faire bien en société. Parce que Monsieur et Madame Pouet-Pouet-j’me-la-pète, s’il le faut, dans le secret de leur chambre, ils se fendent la poire devant Les Bronzés plutôt que de se pâmer sur le génie esthétique du Cuirassé Potemkine.
 
Moi, des fois, j’ai des goûts « de merde » et en plus, j’assume. Surtout qu’en général, quand je confesse regarder « Amour, gloire et beauté » ou « Sunset Beach », y a toujours quelqu’un pour s’esclaffer : « Ahah, moi aussi ! ».

Le physique de l’’emploi

Il y a quelques temps, je lisais le blog de B. qui expliquait que, souvent, les attachées de presse sont des filles super jolies. Dans les faits, je travaille avec deux attachées de presse dans l’asso où je suis, deux brunettes franchement agréables à regarder. En journalisme, selon les rédactions, y a quand même un physique type. Alors, question : est-ce que j’ai le physique de l’emploi.

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Bon, globalement, quand je me regarde dans la glace, qu’est-ce que je vois ? Une fille de 26 ans qui en fait facilement 3 ou 4 de moins avec de longs cheveux châtains clairs incroyablement soyeux (merci Nutri Gloss, ton shampoing, ton masque capillaire…) et de grands yeux bleus. Une vraie tête de bisounours. Je ne sais pas ce que pensent les gens quand ils me voient mais je crois pas faire peur, bien au contraire. Souvent, j’inspire confiance aux gens, ce qui fait que j’ai rapidement droit à des confidences parfois très intimes. Pour le reste, pas grand-chose à dire. Je suis petite avec des épaules larges, des seins assez volumineux, une silhouette charnue. Des fois, j’ai l’impression d’avoir un corps de femme avec un visage juvénile. Bon, alors, ce physique là, qu’en fais-je ?

Mon physique peut être un inconvénient dans mon boulot, surtout ma tête de jeune fille à peine sortie de l’adolescence. On ne me prend pas toujours au sérieux au premier abord. Quand j’étais journaliste rugby, j’avais couvert une des demi-finales pro D2. A la fin du match, je pars dans les vestiaires pour interviewer les joueurs, mon job, quoi. Arrivée devant la porte, le vigile me bloque en me regardant genre : « et tu crois aller où minette ? ». Je sors donc mon papier prouvant que je suis journaliste : « Heu… je voudrais aller interviewer les joueurs, je suis journaliste… ». Souvent, quand les gens me voient arriver, ils sourient, genre : « oh, qu’elle est jolie la petite fille, qu’est-ce qu’elle veut ? ». Heureusement, cet a priori sur ma trombine passe assez vite quand je commence mon métier parce que je suis une pro.

Mais mon physique devient rapidement un avantage. Mon côté « on dirait presque une ado » m’attire la sympathie des gens qui me prennent rapidement sous leurs ailes. Déjà, quand j’interviewe les gens, j’ai le sourire donc ça les met pas mal en confiance. Je me souviens, quand j’ai couvert le match de barrage l’an dernier, je vais voir un joueur d’Aurillac. Pour ceux qui ne suivent pas, Aurillac a fait une très bonne première mi-temps mais suite à une erreur de ce joueur en deuxième mi-temps, ils se sont pris un essai et, à partir de là, ça a été la bérézina, Pau marquant essais sur essais. J’arrive donc à approcher le joueur qui me pleure limite dans les bras. A la fin de l’interview, je lui adresse un ultime sourire et lui fait comprendre que des erreurs, on en fait tous et que leur fin de saison a été impeccable, pas de regrets à avoir.

Les gens me prennent donc sous leur aile. Quand je bossais pour le canard de ma ville natale, j’ai fait un reportage sur un spectacle monté par une troupe de théâtre locale très active. Du coup, la chef de la troupe m’a pris en affection et m’appelait dès qu’il y avait un truc à faire, allant jusqu’à organiser la conférence de presse de la rentrée juste pour moi. Mine de rien, grâce à cette femme, j’ai fait un nombre assez impressionnant de papiers qui m’a valu les éloges du rédac’ chef par intérim (celui qui a pris les rênes du journal pendant les vacances). Lui, il m’adorait. Il a croisé ma mère lors d’un dîner, récemment, il lui a parlé de moi pendant tout le repas. Ca fait plaisir de voir qu’on marque les gens, comme ça. Pareil quand je faisais mon stage rugby, l’entraîneur d’Aurillac m’avait pris sous son aile. Après la finale, j’attendais dans le couloir et il me dit : « Bon, tu veux interviewer qui ? Je te l’envoie ! ». Qu’il est bon de travailler dans ses conditions.

C’est triste à dire mais le physique est un atout dans ce métier quand on est amené à rencontrer des gens. Un journaliste qui fait la gueule et qui balance ses questions sans faire attention au mec qui répond en face, ça va pas passer. Pour moi, une bonne interview, c’est celle où le mec en face de moi finit par oublier le cadre strict de l’interview et se lâche un peu. Le problème, c’est que le journalisme passe de plus en plus par téléphone aujourd’hui (ou pire, par Internet) et que, mine de rien, ces médias cassent un peu la sympathie qui peut se créer entre l’interviewé et le journaliste. Dans ma vie, j’ai croisé pas mal de journalistes, par la force des choses et, souvent, ce qu’il en ressort, c’est que le journaliste est quelqu’un d’aspect peu soigné. Vous auriez vu la touche de mon prof de journalisme à l’IEP, une pure catastrophe. Il était très sympa mais la première fois qu’il nous a fait cours, j’ai cru qu’il était venu en pyjama… Personnellement, je suis toujours soignée, question d’habitude, je trouve que c’est une question de politesse. Je me vois mal rencontrer quelqu’un avec le cheveu sale et habillée comme pour aller au supermarché. De toute façon, j’ai jamais les cheveux sales, c’est un truc que je ne supporte pas (tout comme le reste de ma personne, d’ailleurs). C’est con mais il est plus facile de se confier à une personne avenante. Et pas la peine de dire : « han, mais non, le physique ne compte pas ! ». Quand vous rencontrez quelqu’un, c’est la première chose que l’on voit et quelqu’un qui se néglige, ça fait de suite mauvais effet.

Encore, moi, j’ai de la « chance », je veux pas faire de télé donc j’ai pas d’impératif physique. Il y a quelques années, j’avais maté avec Anne un « Ca se discute » spécial « les femmes journalistes ». Invitée (entre autres) : Elisabeth Quin, la madame cinéma de Paris Première. Je suis pas super fan de la demoiselle, ça me fait un peu rire de casser l’intellectualisme d’un film dans un verbiage pompeux qui ne veut pas dire grand-chose, une fois analysé. Mais peu importe. La demoiselle explique qu’elle sort toute pimpante de son école de journalisme et explique qu’elle veut faire de la télé et là, on lui répond qu’elle n’a pas trop la tête pour. Bon, je ne suis pas une experte de la beauté féminine mais Elisabeth Quin me paraît pas repoussante. Alors, c’est sûr, elle n’a pas le glamour d’une présentatrice de LCI mais c’est super révélateur. Pour être journaliste à la télé, faut d’abord être canon. Tous les soirs, je regarde le 20 heures sur Direct 8 : y a que de nanas plutôt jolies mais pas forcément très douées. Entre les cafouillages et les phrases tellement longues qu’on ne sait plus où elles commencent et où elles finissent et surtout qui ne veulent rien dire… Mais je note. Plutôt que d’investir dans des cours de diction et de français, je vais investir chez L’Oréal, ses shampoings et ses soins pour le visage me rendront esthétiquement capable de présenter un JT. J’exagère ? Vous avez déjà vu une présentatrice de JT moche, vous ? Oui, bon, ok, y en a mais de moins en moins, la nouvelle génération se doit d’être glamour et topless dans Voici.

Le journalisme, c’est un travail qui intègre pas mal de relations avec l’autre (le public, l’interviewé, la personne qu’on va micro-trotter…J’adore les néologismes). C’est sûr que quand on travaille à Elle qui est l’image même du Glamour quadra, on peut décemment pas bosser avec le cheveux sale et le jean sans marque informe. Mais quand même, la première qualité du journalisme n’est-elle pas d’informer ? Perso, j’ai pas suivi de cours de stylisme durant ma formation et pourtant, je sais que mon physique doit véhiculer l’image du journal ou de l’entreprise pour laquelle je bosse. Quelque part, le journaliste est le VRP de son titre.
Sur ce, je vais ramer un peu, suis pas sûre que des bras flasques soient bons pour la marque du futur journal qui m’embauchera.