Episode 17

Bill ne put s’empêcher de sourire en regardant sa chère ville. Il était le maître absolu, il les menait tous par le bout du nez et aucun d’entre eux ne s’en rendaient compte, trop occupés à
commander de beaux produits sur leur ordinateur ou à admirer les merveilles architecturales qu’il leur offrait. Mais il y avait une ombre au tableau, un détail insignifiant qui le rendait fou : les
rebelles. Il devait les éliminer à tout prix, mais comment ? Il ne savait pas où les trouver et la police était totalement incompétente. Mais s’il en attrapait un, il montrerait à tous qu’il ne
fallait pas le provoquer, il ferait de ce rebelle un exemple . Tous ceux qui oseraient le braver le paierait de leur vie.
Il se leva et se posta devant son tableau de David. Personne ne savait qu’il s’agissait en réalité de l’original, qui avait résisté à la guerre, tout comme d’autres tableaux tels que la Joconde ou
le Radeau de la Méduse, ou certaines statues comme la Vénus de Milo qui étaient exposés dans ses bureaux qui ne servaient qu’à ça, de toute façon. Toutes ces merveilles pour son bonheur personnel,
personne d’autre que lui ne pouvait les contempler. C’était ça, aussi, le pouvoir : la foule ne pouvait pas approcher ses sublimes trésors, ils n’étaient qu’à lui. De toute façon, ils étaient
totalement inculte et se moquaient bien de l’art, Mark en était un parfait exemple. Incapable d’admirer les belles choses, il ne pensait qu’aux femmes et semblait très attiré par sa future fiancée.
Bill avait de l’affection pour Oceany, elle semblait plus sensible à l’art que les autres et ferait sans doute une bonne épouse pour Mark. Heureusement, elle n’avait pas hérité du caractère de son
père. Bill avait haï peu de personnes dans sa vie, mais Hank en faisait partie : il était d’une arrogance insupportable, traitant tous ses collaborateurs comme des bêtes, ne se préoccupant que de
son bien-être personnel, n’aimant que lui, ne voyant que lui. Le jour de sa mort, Bill n’avait pu s’empêcher de ressentir un sentiment de soulagement intense, même si on n’avait pas pu confirmer
son décès. Personne n’avait jamais trouvé son corps et les recherches pour le retrouver avaient vraiment été réduites au minimum, mais il s’en moquait bien. L’humanité était débarrassée de l’un de
ses déchets. Peut-être avait-on voulu le faire disparaître avec son inavouable et honteux secret…sa mort avait vraiment arrangé pas mal de monde. Peu importe qui l’avait supprimé, ça avait été une
bonne action en fin de compte. Le plus triste c’est que Hank pensait que Bill était son ami, mais un homme pouvait-il se réjouir de la mort d’un de ses amis ? Peut-être avait-il mal compris Hank,
mais peu importait, il s’en moquait bien, les vivants ne devaient pas perdre leur temps à pleurer les morts.
Il repartit à son bureau et se rassit, pour contempler sa ville dont il était le maître, le Roi. Quelle pensée grisante.

—–

Oceany leva les yeux et regarda l’enchevêtrement de voies de monorails qui l’empêchaient de voir le ciel. Mais elle n’était pas vraiment intéressée par ce qu’elle voyait, elle n’arrêtait pas de
penser à ce baiser dans le parc. Ca l’avait tellement surprise, elle ne s’était pas du tout attendue à un tel comportement de la part d’Ethan. Mais ce qui la gênait, c’était qu’elle ne savait pas
comment réagir. D’un côté, elle devait avouer qu’elle avait trouvé ce baiser agréable, mais de l’autre, elle était véritablement furieuse contre Ethan : il prenait beaucoup trop de libertés à son
goût et s’il ne rentrait pas dans les rangs, ils risquaient de rentrer en conflit.
Juan se posa à côté d’elle et leva à son tour la tête, cherchant ce qui pouvait fasciner la jeune femme, mais il n’y avait rien de particulier.

« Ca va ? demanda-t-il.

– Oh…euh…oui. Tu as pu parler à Maria ?

– J’ai essayé mais elle m’a envoyé promener, elle ne veut plus me voir. Elle se sent un peu trahie, mais ça passera.

– Tu sais aussi bien que moi que c’est faux. Elle nous en veut et, vu son caractère emporté, ça m’étonnerait qu’elle revienne avec nous comme si de rien n’était. Merde ! Comme si on avait besoin de
ça ! On doit déjà se battre avec le maire et ses sbires et voilà que nous avons un nouvel ennemi !

– T’as l’air énervée, qu’est ce que tu as ?

– C’est juste que…j’en ai assez des mecs !
– Pardon ?

– Non, mais c’est vrai : vous vous croyez toujours tout permis, vous m’embrassez sans me demander mon avis, comme si…comme si…bon sang, j’ai le droit de donner mon avis aussi, je suis un être
humain !

– Mais de quoi tu parles ?
– De rien laisse tomber.»

Il l’observa un instant, étonné par cette attitude : depuis qu’il la connaissait, il ne l’avait jamais vu s’énerver sur ses relations avec les hommes. Il savait que ça ne l’intéressait pas, pour le
moment : elle voulait se consacrer entièrement à sa mission, elle aurait le temps de se trouver un petit ami plus tard, alors que se passait-il ?

Oceany se força à lui sourire puis repartit à l’intérieur, pour mettre fin à cette conversation, d’une part, mais aussi parce qu’elle avait besoin de réfléchir. Elle n’ignorait pas l’attirance que
Juan avait pour elle et c’était maladroit de lui parler de Mark ou d’Ethan. Ceci étant, elle ne comprenait pas pourquoi ce baiser la perturbait autant, qu’est-ce que cela signifiait ? Elle marcha
sans regarder devant elle et se cogna à Kirstie, qui faillit tomber.

« Oh, excuse-moi ! Je ne t’avais pas vue. Ca va ?

– Ne vous en faites pas pour moi.

– Tu sais, on peut se tutoyer, ici.

– Je n’ai pas l’habitude de tutoyer des gens que je connais à peine.

– Tu avais l’habitude de vouvoyer ta famille ?

– Pas d’après mes souvenirs, mais j’étais petite quand ils sont tous morts.

– Maintenant, nous sommes ta famille.
– Je ne crois pas.

– Ecoute, je sais que tu as du mal à être de notre côté, mais…

– Je ne suis pas une Américaine et je n’ai pas envie de vous aider à régler vos problèmes.

– Je ne me considère pas moi-même comme une américaine, ça n’existe plus les Etats-Unis, maintenant. Il n’y a qu’opprimants et opprimés et si tu ne veux pas nous aider, rien ne te retient ici. Mais
si tu sors, tu seras vite rattrapée.

– Pourquoi je me joindrais à vous ?

– Je ne sais pas, ce n’est pas à moi de trouver tes motivations. Mais peut-être pour avoir ce que tu n’as jamais eu : la liberté.

– Moi, j’ai envie de venger mes parents.

– La guerre est finie depuis trop longtemps, laisse tomber. Tu ne pourras jamais les venger. Mais pense à ce que sera ta vie quand tu pourras sortir sans avoir peur de te faire rattraper, quand tu
pourras faire ce que tu veux sans obéir aux ordres de ton maître. Ca vaut le coup, non ?

– Je ne sais pas, je verrai. Ce qui me dérange, en fin de compte, c’est d’agir main dans la main avec la fille d’un meurtrier.
– Pardon ?

– Votre père, Hank Antelwort, c’est bien lui qui a crée ce sale virus qui a tué des millions et des millions d’êtres humains, non ? J’appelle ça un meurtrier, moi.

– Il n’avait pas le choix, il obéissait aux ordres et il a fait ça pour nous sauver.

– Pour vous sauver, je ne faisais pas partie du lot, moi. »

Oceany ne sut que répondre et laissa la jeune Noire partir. Elle n’avait jamais considéré son père comme un assassin, il avait dû obéir aux ordres et il n’avait pas que son virus allait se propager
ainsi à travers le monde. Il n’était pas coupable de toutes ces morts, il fallait plutôt incriminer ceux qui avaient commandé ce virus.

Ethan posa sa main sur son épaule, interrompant ainsi sa réflexion.

« Bon, et si on y allait ? Il commence à se faire tard et je n’ai pas envie de faire de mauvaises rencontres comme tout à l’heure.

– Vous avez besoin que je vous tienne la main pour que vous rentriez chez vous ? Vous connaissez le chemin, maintenant, non ?

– Ouah, quelle agressivité ! Une explication à ce comportement ?

– Vous n’êtes pas le chef, ici, alors, arrêter de vous conduire en tant que tel ! Je suis assez grande pour savoir quand je dois rentrer et vous n’aviez pas le droit de m’embrasser sans me le
demander avant !

– Vous avez eu l’air d’apprécier, pourtant.

– Oh, mais la question n’est pas là ! J’aimerais que vous soyez un peu plus respectueux envers moi, un point c’est tout !

– Quel tempérament ! Je suis impressionné.

– Oh la ferme ! Demandez à Myo de vous raccompagner en moto et fichez-moi la paix ! »

Il haussa les épaules et partit rejoindre le Chinois pour lui demander de le raccompagner. Apparemment, cette dispute ne l’affectait absolument pas, alors qu’elle était véritablement hors d’elle,
elle avait envie de lui coller une bonne paire de claques pour lui remettre les idées en place…Ca ne lui ressemblait absolument pas de s’emporter aussi facilement, elle avait sans doute besoin de
se reposer un peu, ça lui ferait le plus grand bien.
—–
« Tu sais à quoi j’ai pensé ? »

Bill leva le nez de son bouquin et regarda sa femme d’un air interrogateur : en général, elle ne le dérangeait jamais pendant qu’il lisait, elle en profitait pour s’endormir, ou plutôt faire
semblant, pour éviter d’accomplir son devoir conjugal. Mais ce soir-là, c’était différent, elle semblait surexcitée comme une gamine devant ses cadeaux de Noël.

« Non, je ne suis pas devin.

– Si on organisait un fête gigantesque pour les fiançailles de Mark ?

– On a le temps, rien n’est encore officiel.

– Non, on n’a pas de temps à perdre, on doit organiser quelque chose de merveilleux pour leur en mettre plein la vue à tous.
– Tu as de drôles d’idées, parfois.

– Non, pas tant que ça : les rebelles peuvent accéder aux sommets, n’est ce pas ? Tu crois qu’ils vont manquer une occasion pareille de faire du grabuge ?

– J’ai du mal à te suivre, là.

– Réfléchis : si tu étais un rebelle et que tu savais qu’une somptueuse fête était organisée dans la salle de réception de la ville, qu’est ce que tu ferais ?
– J’achèterais un costume.

– Je suis sérieuse, Bill ! Je m’arrangerais pour faire sauter cette salle et tous les gens importants qui s’y trouvent ! Donc, pour ça, j’installerais une bombe un peu avant, quand la salle est
sans surveillance et quand tout le monde est là, je déclenche le feu d’artifice !

– Oui, et ? Tu veux te suicider ou quoi ?

– Non, mais nous pourrons l’attraper avant qu’il ne fasse tout exploser en surveillant la salle intensivement et une fois qu’on en aura attrapé un, on procédera à une exécution publique, pour les
fiançailles de ton fils, pour montrer l’exemple aux autres. Et pour que tout le monde puisse profiter du spectacle, nous diffuserons ça sur écran géant à travers toute la ville, y compris en
bas.

– Ca en dissuadera plus d’un, c’est sûr…tu es diabolique.
– Non, géniale. »

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La fin de mon rêve d’’adolescence

Comme en ce moment, je ne suis pas la personne la plus joyeuse au monde, remontons un peu le niveau avec un article de type « gros n’importe quoi ». Alors, aujourd’hui, lecteur, je vais te parler de mon fantasme d’adolescence : Jacques Villeneuve (mais pas que de lui, reste !).

villeneuve_jacques

Ado, j’étais pas trop boysband. Déjà, à l’époque, je préférais les mecs bourrés de charme que des mecs plastiquement beaux mais qui dégagent autant que les mannequins en plastique dans les magasins. Déjà, à l’époque, je craque sur les lunetteux au sourire craquant et à la bonne bouille et s’ils ont omis de se raser, c’est parfait. Tiens, c’est marrant comme mes goûts n’ont pas tellement évolués, finalement. Bref. Ado, comme toutes les jeunes filles, je craquais sur des célébrités. Bon, j’étais pas névrosée à me dire : « oui, sûr qu’un jour, on se rencontrera et on s’aimera », faut pas pousser non plus. Donc mes fantasmes, pour ceux dont je me souviens : Johnny Depp, David Duchovny, George Clooney, Dean Cain (mais si, Superman avec Loïs Lane qui joue maintenant dans desesperate housewives mais quand il a ses lunettes. En superman, il est ridicule), Nick de Hartley cœur à vif (me demandez pas son vrai nom), Rock Voisine (oui bon, ça va !) et Jacques Villeneuve. Parce qu’il a des beaux yeux bleus, des lunettes, un sourire à craquer, qu’il oublie de se raser et qu’en plus, il est Canadien. Oui, déjà, à l’époque, j’étais une obsédée du Canada. Donc voilà. Et, ô drame, jeudi, en lisant mon site de F1 préféré (www.f1-live.com/fr/ pour ceux que ça intéresse), j’ai appris qu’il s’était marié. Et qu’en plus, sa nouvelle femme est déjà enceinte de lui. Damned ! Cet enfoiré m’a même pas attendue.

 

En vérité, je m’en fous. Mais ça me rappelle comme j’étais midinette à une époque. Je récupérais tous les articles sur lui, les photos que je pouvais trouver et j’avais tout mis dans un classeur. J’étais une fan très appliquée, je récupérais l’Equipe de mon papa le soir, j’achetais les magazines F1. Le seul qui manquait à ma collection que j’ai pas osé acheter à l’époque, c’était un playboy où notre ami Jacques avait fait une super opération de comm’ en posant (habillé) avec une playmate. Hé oui, femmes à poil et grosses cylindrées, ça va de pair, on le sait bien. Je me souviens même d’une fois où mon père était en voyage donc, le soir, en rentrant de l’école, pas l’Equipe, on a couru toute ma ville pour trouver un marchand de journaux qui avait encore des exemplaires disponibles.

 

Il y a une anecdote particulière, aussi. En 1999, quelques pilotes viennent faire des essais privés sur le circuit de Nogaro dans le Gers, à deux heures de chez moi en voiture. Les pilotes : Rubens Barrichello, Johnny Herbert, Pedro Diniz, Mika Salo et… Jacques Villeneuve. Donc je supplie mes parents d’y passer une journée. Au début, ma mère ne veut pas : j’ai le permis depuis moins d’un an et je conduis peu, surtout en ville, je n’ai pas de voiture à moi alors forcément… Du coup, au début, ma mère refuse : deux heures de conduite sur des routes départementales de merde, hors de question. Là, je lui sors un truc ignoble (oui, j’avoue, j’aurais mérité des baffes là) : « si tu m’empêches d’y aller, je t’en voudrais toute ma vie ! ». Du coup, elle me laisse la voiture. La veille, je fais mon plan de route (oui, je connais pas DU TOUT le Gers). Le matin, je me lève aux petites heures, je prends mes cassettes audio et c’est parti. Pendant deux heures, je roule comme une débile, excitée comme une puce, je chante avec joie dans la voiture, la vie est belle. Arrivée sur le circuit, c’est noir de monde, je me gare puis j’appelle mon papa pour lui dire que je suis arrivée sans encombre à la cabine téléphonique, n’ayant pas de portable à l’époque. Je monte sur les gradins et là, qui passe juste sous mon nez dans sa monoplace qui fait un bruit d’enfer ? Notre ami Jacques. Je suis aux anges. J’ai un petit appareil photo jetable et je mitraille comme une folle. A midi, les pilotes s’arrêtent pour manger donc je grignote les fruits que j’ai amenés puis je traîne au niveau du passage qui permet d’accéder aux stages, j’essaie de faire du charme au mec qui fait la sécurité qui me dit gentiment que je suis certes très charmante mais que je passerai pas quand même. Du coup, j’entame la conversation avec des gens qui sont là. Les essais recommencent, je passe l’après-midi avec deux mecs qui suivaient les essais aussi. A la fin des essais, mes nouveaux amis et moi attendons à la sortie des stands mais personne ne sort. Par contre, y a la copine de Pedro Diniz qui arrive et qui met la main devant son visage genre on va la prendre en photo. Déjà, Diniz, c’est une trop super star alors imaginez sa copine… Mais le temps passe et je dois déjà repartir donc je file mon appareil photo jetable à un des gars avec mon adresse avec ordre de prendre des photos du Jacques et de me renvoyer l’objet. Ben un mois plus tard, j’ai reçu l’appareil qui contenait deux photos de notre pilote préféré. Autre anecdote marrante avec la F1 : un copain très amoureux de moi au lycée se tapait les tous les GP le dimanche pour venir m’en parler le lundi. Même que plus tard, il a animé une émission sur le sujet dans une petite radio locale. Et il m’a dit : « ça, c’est à toi que je le dois. Sans toi, je me serais jamais intéressée à la F1 ». Quand je vous dis que je suis une fille fantastique.

 

En grandissant, ma « passion » pour notre ami Jacques s’est considérablement calmée, j’ai trouvé de nouveaux candidats pour mes fantasmes : Brad Pitt (beaucoup mieux avec ses pattes d’oie, y a pas à dire), Michael Weatherly, le mec qui joue Quentin dans Nip/Tuck, Julian McMahon, Sawyer dans Lost, le docteur Doriand dans Scrubs (qu’il est choupinou !)… Bon, la liste évolue selon les jours. C’est gratuit, c’est juste pour le plaisir des yeux. Une fois la télé éteinte, on n’y pense plus. C’est juste que c’est marrant.

 

Alors, Jacques, je ne t’en veux pas. Je te souhaite même plein de bonheur avec ta femme et votre futur bébé, donc. Bon, si tu avais eu l’occasion de me rencontrer, c’est moi que tu aurais épousé mais la vie en a voulu ainsi. C’est pas grave, dans ma liste de fantasmes, y en a plein d’officiellement célibataires !

Workin’ girl

Comme tu le sais, lecteur, depuis un mois maintenant (juste ciel, que ça passe vite !) je suis en stage. Bon, évidemment, c’est un stage donc sous payé mais déjà payé. Surtout que l’association vient d’être créée et les mecs me payent de leur poche. D’ailleurs, samedi, j’ai eu mon premier salaire, en liquide. Oui, la préfecture n’ayant toujours pas fourni de récépissé, l’association ne peut ouvrir un compte en banque et me payer avec les sous qu’il y a dessus. Que fais-je ? Je travaille sur la problématique de la place des jeunes dans la société et leur sous-représentation dans les milieux économiques, politiques et syndicaux. Plus concrètement, je fais une revue de presse deux fois par semaine sur le sujet (au début, c’était quotidien), je rédige des articles à partir de synthèses du CEREQ ou autres, je prépare des interviews que je ferai par la suite, je mets sur le site mes articles et ceux des autres et je me retrouve même attachée de presse officielle de l’association. Et j’interdis aux quelques journalistes mâles qui traînent sur le blog de dire que, du coup, je suis devenue très intime avec des tas de journalistes. Je m’appelle pas Elsa Linux, moi, je suce que si je veux (et qui je veux). Donc pour 300 euros par mois, vous avez une Nina journaliste, webmastrice et attachée de presse. Quelle promo !

 

Ce boulot a des avantages et des inconvénients. D’abord, je travaille chez moi ce qui fait que je ne perds pas de temps dans les transports. A peine levée, habillée, nettoyée, je peux me mettre à bosser avec mon petit capuccino et mes biscuits petit déjeuner au chocolat et céréales. Des fois, je me fais aussi un petit jus d’orange pressé maison. Comme je suis libre de mes horaires, je déjeune de temps en temps avec Gauthier ou Sab, je dois voir Zoé aussi pour qu’on se remette à jour côté potins. Mais travailler à domicile, c’est ne voir personne. C’est passer la journée devant un ordi à communiquer avec l’extérieur que par ce biais là. Et y a des jours où c’est un peu pesant. La seule différence avec ma période de chômage, c’est que je n’ai pas le droit de me lever après midi (déjà, après 9h, ça craint du boudin) et que j’ai des choses à faire donc les journées passent à la vitesse la lumière et c’est pas plus mal. En plus, comme je bosse chez moi, je n’ai pas tellement de frais de bouffe et tout ça, sauf quand je vais manger avec Gaugau, je peux traîner toute la journée en jogging et T-shirt, ne même pas me maquiller… Mais du coup, je fume beaucoup plus que si je travaillais dans un bureau avec obligation de sortir pour avoir ma dose de nicotine.

Par contre, ce qui me fait très peur dans ce boulot, c’est qu’il me rende un peu dépressive. Pourquoi je dis ça ? C’est très simple : tous les jours, je travaille sur le fait que nous sommes une génération qui n’a aucune chance d’atteindre le niveau de confort de la précédente. Que nos salaires serviront surtout à aider nos parents à avoir leur retraite. Que nous finirons par perdre les acquis sociaux de nos parents genre la retraite, les 35 heures… car sinon, on va droit dans le mur. Je lis tous les jours qu’il n’y a pas de place en politique pour les jeunes, que les éléphants du parti, comme ils aiment dire, refusent de céder leur place. Et dans les syndicats, c’est encore pire : la moyenne d’âge est de 57 ans ! D’ailleurs, vous remarquerez que pour le CPE, les syndics ont fait grève en annonçant qu’ils se battaient « pour leurs enfants », ça montre bien l’âge des syndiqués. Quant au marché du travail, même pas la peine d’en parler, plus je lis et plus j’ai envie de changer de branche. Pourquoi j’ai pas fait une école de commerce hein ? Bon, certes, je suis aussi motivée par le commerce que par le curling mais bon, ça ouvre plus de portes que la fac. Mais bon, pas de panique, le chômage des jeunes a baissé. Mais on reste quand même les premières victimes, youpi you ! Elle est où la Seine ?

 

Sinon, dans l’asso, je ne vois surtout que les deux chefs, Simon et Michel et même carrément plus Michel. Il m’a à la bonne, lui, on s’appelle deux à trois fois par jour pour le boulot, vaut mieux qu’on s’entende. Samedi, on s’est fait une petite réunion à une terrasse de café, on a surtout parlé de la société actuelle et tout ça… Bref, j’ai la côte mais je ne sais pas pourquoi, trois hypothèses :

– je suis trop belle, il veut m’épouser (mais c’est pas du tout réciproque)

– je suis trop intelligente et il est super fan de moi, il adore qu’on discute ensemble

– il est homo et sent la gay friendly en moi. Oui parce que j’ai des doutes. D’abord, j’ai trouvé chez lui les mêmes allumettes que la boîte gay où on va. Puis sa sonnerie de portable, c’est Madonna. Ca, si c’est pas une preuve à charge !

Toujours est-il qu’un mois plus tard, il y a encore plein de gens que je n’ai pas rencontrés comme le concepteur du site, le photographe-graphiste, la nana qui travaille sur les solidarités intergénérationnelles… En fait, ce qu’il y a de fantastique dans cette asso, c’est que je suis vraiment la prolétaire de service. Petit extrait d’un dialogue en réunion :

« Ce serait bien qu’on parle à quelqu’un du Ministère de l’Education. Tu connais personne ?

– Si bien sûr. Je connais aussi le vice-président de ni pute ni soumise, un directeur de cabinet, mon ex est réalisateur de clips vidéos… »

C’est simple, dès qu’une phrase commence par « tu connais pas quelqu’un qui… », je n’écoute pas la fin. Je n’ai pas d’amis dans les ministères ni dans les hautes sphères. Je connais plein d’étudiants, par contre, s’ils veulent, mais y en a pas besoin. De la même façon, quand ils commencent : « ouais, je vais le contacter par les anciens d’HEC. Nina, si tu as besoin, je te filerai ma carte Science Po pour aller à la BU », moi, je regarde en l’air. Et quand ils parlent de leur week-end, c’est du « oui, là, je bosse pour mon 5ème DEA. » Heu… Moi, j’en ai même pas un. Bon, ben je suis définitivement complexée.

 Seul point qui me rassure : toutes les nanas de l’asso sont canons. Je pense avoir été recrutée uniquement sur mon CV et mon talent lors de l’entretien mais j’espère être au niveau de ces demoiselles. Après tout, si on m’a pris pour faire l’attachée de presse, c’est que je dois assurer et être toute séduisante ! (lectrice, si tu es attachée de presse, ne le prend pas comme une attaque personnelle).
 

Encore trois mois. Un trimestre. C’est bon de pas se préoccuper de son avenir pendant une petite période, c’est reposant. Enfin, si, je m’en préoccupe mais je suis plus sereine. En plus, petit élément super flatteur. L’autre soir, le directeur de publication d’un webzine où je bosse vient me parler sur MSN, il me demande gentiment ce que je deviens, je lui raconte ma vie et il me fait : « tu sais, tes articles et ton talent nous manquent. Tu comptes revenir ? A moins que tu trouves que notre petite structure ne convient plus à ton talent ». Ohlala, je deviens une vraie star, moi. Je ne compte pas abandonner le webzine, faut que je gère tout en même temps. Parce que, mine de rien, changer de sujet de temps en temps, ça fait du bien. Et se sentir désirée à ce point, ça motive. Se sentir à la hauteur, voilà un sentiment qui me va comme un gant.

Episode 16

Kelly regarda soigneusement autour d’elle, pour vérifier qu’il n’y avait personne et se dirigea vers le milieu du tapis en velours rouge qui décorait l’une des nombreuses pièces inutiles de la
mairie. Elle s’agenouilla afin de soulever une latte du plancher. Un meuble se mit alors à pivoter pour laisser apparaître un passage secret. Elle se dépêcha d’y entrer et appuya sur un bouton pour
refermer l’ouverture, puis alluma sa lampe de poche pour rejoindre la salle des ordinateurs où travaillait Bryan. A part eux et une poignée d’initiés, personne ne connaissait l’existence de cette
salle, pas même Bill, qui pensait avoir le pouvoir absolu. Mais il n’était qu’un pauvre pantin, comme tous les autres : cette ville était entièrement sous leur contrôle.
Elle arriva enfin à la salle des ordinateurs et regarda l’écran géant qui occupait tout un mur, qui représentait un plan détaillé de toute la ville, parsemé de milliers de petits points jaunes
indiquant les ordinateurs en marche. Ils pouvaient savoir qui s’en servait, à quel moment et même ce qu’ils étaient en train de faire dessus et pouvaient ainsi leur envoyer des messages subliminaux
qui vantaient Oxford et sa merveilleuse ville. Elle embrassa Bryan dans le cou et s’assit à côté de lui, pour voir ce qu’il faisait.
« J’ai appris pas mal de trucs intéressants sur cette fille, Antelwort et tu avais raison de t’en méfier : regarde un peu ce qu’elle était en train de consulter, il n’y a pas cinq minutes. »
Il tapa quelque chose sur son clavier et cliqua sur la souris pour faire apparaître un fichier qu’elle avait déjà vu des dizaines de fois, mais elle avait du mal à en croire ses yeux. Oceany avait
réussi à se procurer les dossiers de la mairie.
« Oh, merde !
– La bonne nouvelle, c’est qu’elle n’a pas pu accéder au fichier confidentiel : elle n’a pas le code, mais elle a de l’imagination, elle a dû en essayer une bonne centaine. Elle sait pas mal de
choses sur notre ami Bill.
– Oui, sauf que ce dossier confidentiel n’est pas à lui : il ne doit même pas savoir qu’il existe. Il passe ses journées à regarder la ville dans son bureau et à admirer ses jolis tableaux, en
s’imaginant être le maître du monde. On a vraiment trouvé le pigeon idéal, avec lui.
– Ouais, mais faut espérer que ça va durer : je me demande comment il réagirait s’il voyait qu’il ne contrôlait rien.
– Il ne s’en apercevra pas : il est aveuglé par son propre ego. Qu’est ce qu’on fait pour la fille ?
– Rien, pour le moment : on ne peut pas l’éliminer aussi facilement, les gens se poseraient des questions. Attendons un peu, nous trouverons peut-être un moyen infaillible de la supprimer, mais
elle n’est pas dangereuse.
– Pour le moment, mais elle fait partie des rebelles et elle m’a défiée, en libérant Kirstie. Je ne supporte pas ça.
– Ce n’est pas toi qu’elle a voulu défier, mais Bill.
– C’est du pareil au même : je trouverai un moyen de la faire payer, tu peux en être sûr. »

—–

Maria se faufila dans le dépôt d’armes et étudia un instant les lieux, puis avança vers un tas de caisses dans lesquelles elle devrait trouver son bonheur. Elle avait bien fait de quitter les
autres en emportant un passe, elle n’aurait pas pu accomplir ses projets sans. Elle avait été obligée de se rendre dans la réserve d’armes de la police pour leur voler des revolvers et des
explosifs afin de fabriquer des bombes assez puissantes pour détruire les piliers. Ce qu’elle avait pris aux rebelles était bien insuffisant. Elle allait damer le pion à cette garce d’Oceany, elle
allait lui montrer qui était la plus forte…elle aurait donné tout ce qu’elle avait pour pouvoir voir sa tête quand la bulle de verre allait s’écraser sur elle en détruisant sa luxueuse chambre,
mais elle devrait fuir. Pas question de mourir pour tous ces idiots, elle installerait un système de commande à distance pour faire exploser les quatre bombes en même temps et lui permettre d’être
à l’abri à ce moment-là. Elle ne savait pas encore par où elle allait sortir de la ville, il faudrait peut-être faire exploser un coin de cette horrible bulle de verre prétendue indestructible ou
étudier le plan des égouts. Ca devait bien mener quelque part hors de la ville/ Mais elle n’en était pas encore là, elle avait le temps, il fallait d’abord construire les bombes.
Elle saisit son pied de biche et s’en servit comme levier pour faire sauter le couvercle d’une des caisses et sourit en découvrant ce qu’il y avait à l’intérieur : tout ce qu’il lui fallait pour
fabriquer des bombes, c’était vraiment parfait. Elle attrapa son sac à dos et le remplit de tout ce matériel, puis fila en vitesse, essayant de dissimuler sa joie, mais en vain : elle allait
bientôt offrir à cette ville un feu d’artifice mémorable.

—–

Kirstie observa les autres s’agiter et soupira : elle se sentait complètement inutile, parmi eux, elle aurait préféré être ailleurs, mais où ? L’Américain avait raison, elle leur devait
beaucoup de l’avoir délivrée de cette famille de dingue, mais elle ne voulait pas collaborer avec lui. Sa famille était morte à cause de tous ces yankees égocentriques qui s’étaient pris, une fois
de trop, pour les maîtres du monde. Même si ceux qui étaient là n’étaient pas responsables de la faute de leurs parents, elle refusait de les aider. Chacun sa croix, qu’ils se débrouillent avec
leur ville esclavagiste. La Chinoise s’approcha d’elle et lui sourit. Elle était la plus gentille de toute, mais elle s’en méfiait quand même : elle était du côté des américains, pas du sien.
« Ca va ?
– Oui.
– Tu n’as pas l’air dans ton assiette, et je sais pourquoi. Mais tu devrais faire taire tes rancœurs et te joindre à nous.
– Pourquoi ?
– Je t’ai déjà expliqué pourquoi. Ecoute, Kirstie, tu vois le problème sous un mauvais angle : si tu nous rejoins, tu ne seras pas du côté des Américains, bien au contraire. Tu seras contre cette
société qui nous opprime.
– Alors, pourquoi dans ce groupe il y autant d’Américains, tu peux m’expliquer ?
– Ce sont des rebelles, comme nous, ils se battent au nom de l’humanité et pas à celui de leur ancienne nation. Tu crois vraiment qu’Oceany t’aurait libéré de ta prison si elle avait été fière de
son pays ? Moi, je ne crois pas. Tout ce qu’elle veut, ou plutôt ce que nous voulons, c’est une société juste, où nous pourrons tous nous promener dans la rue et voir le soleil quelles que soit nos
origines et la couleur de notre peau.
– C’est une utopie.
– Non, c’est réalisable, mais plus nous serons nombreux, plus ce sera facile de parvenir à nos fins. Alors, tu vas nous aider ?
– Je ne sais pas, je verrai. »
Mai-Li lui adressa un nouveau sourire et retourna auprès de son compagnon, sans plus insister. Elle était si gentille avec elle, elle devrait accepter de rejoindre leur groupe, rien que pour la
remercier de son attitude envers elle. Mais elle restait rebutée par tous ces Américains…Mai avait beau dire, c’était d’abord pour eux s’ils se battaient pour qu’ils retrouvent leur liberté, mais
qu’allaient-ils faire des esclaves ? A aucun moment, il n’avait été question de les libérer. S’ils avaient un plan pour sortir ses congénères de leur prison, elle voulait en faire partie. Pour le
reste, il était encore trop tôt.

——

Alyson s’approcha de la fenêtre et admira le paysage que Technopolis, mais dès qu’elle regardait vers le bas, c’était sordide. Elle retourna devant son écran et voulut se concentrer sur ce
qu’elle faisait, mais l’image de la ville la hantait, elle haïssait…
Technopolis m’apporte le bonheur
Non, elle ne haïssait pas cette ville, c’était trop fort, mais elle s’y sentait si mal, c’était un véritable fiasco, tout…
Technopolis est un vrai paradis terrestre
Il y avait cependant quelques belles réussites, notamment les quatre anges qu’elle avait toujours admirés, mais quand la nuit tombait…
Technopolis est la ville parfaite
Toutes les lumières s’allumaient, c’était si beau, on se serait cru à Noël, avec les guirlandes, comme dans son enfance…
Bill Oxford fait un travail fantastique
Elle éteignit son ordinateur et soupira : elle s’ennuyait. Au départ, elle avait trouvé ça fantastique, cette idée de supprimer l’argent et le travail, mais que faire durant ces longues journées ?
On ne vendait plus de livres, tout passait par ordinateur et tous les classiques avaient disparu. Les programmes télés n’avaient aucun intérêt. Quant à aller se balader…elle avait vite fait le tour
des hautes sphères et elle refusait de descendre plus bas, c’était trop dangereux. Cette société était malsaine, elle était…parfaite. Non, ce n’était pas ça, c’était le contraire, Technopolis
n’était pas parfaite, elle était…un vrai paradis terrestre. Elle posa ses mains sur sa tête et serra, pour tenter de remettre un peu d’ordre dans sa tête, mais en vain : pourquoi tant d’idées
contradictoires, ça n’avait aucun sens, elle avait l’impression de…oui, de ne plus être maîtresse de ses pensées.
Elle se leva et se précipita dans la chambre d’Oliver où le garçonnet était en train de jouer avec de petits bonhommes en plastique. Elle se jeta littéralement sur lui et le couvrit de baisers, ce
qui le surprit.
« Mais qu’est ce que tu fais, maman ?
– Je…je t’aime, mon chéri, tu le sais, ça, hein ?
– Ben, oui. »
Elle était peut-être en train de devenir folle et si elle continuait sur cette voie, elle allait se retrouver enfermée, loin de ses enfants qu’elle aimait plus que tout, elle en mourrait
certainement. Elle avait peur, pour elle, mais surtout pour eux : que deviendraient-ils si elle partait ? Oceany était presque fiancée et pourrait s’en sortir seule, mais Oliver pourrait-il grandir
sans sa mère ? Le pauvre enfant était né dans des conditions chaotiques, ça avait été même de la folie de le garder, mais elle n’avait pas eu le cœur d’avorter. Il fallait qu’elle reprenne le
contrôle, pour lui.

Chapitre 11

Oceany regarda sa montre et soupira : Ethan était en retard et elle ne se sentait pas à l’aise dans cette station de monorail. Un type plutôt louche ne cessait de la lorgner et elle n’aimait pas
ça. S’il l’attaquait, elle saurait se défendre sans problème, certes, mais elle n’aimait pas se battre et ne le faisait qu’en dernier recours. L’homme lui adressa un sourire qui en disait long sur
ses intentions, ce qui la fit se raidir, mais elle ne bougea pas. Heureusement, une rame arriva et Ethan en descendit.
« Vous êtes en retard ! dit-elle, énervée.
– Excusez-moi, mais ce n’est pas ma faute ; j’ai dû inventer une histoire abracadabrante à Neve pour expliquer mon absence. J’allais quand même pas lui dire que j’étais aller voir une autre femme,
elle en aurait fait tout une histoire.
– Peu importe. Ne restons pas ici. »
Elle se dirigea vers la sortie, suivie de près par le jeune homme qui ne semblait pas particulièrement mal à l’aise dans cet endroit, ce qui l’étonna un peu. En général, les élitaires ne se
promenaient pas par ici, mais lui était comme un poisson dans l’eau. Ils traversèrent un petit parc sombre, qui ne lui inspirait pas confiance et elle sentit qu’il allait se passer quelque chose
quand un des buissons se mit à s’agiter sans raison apparente. Il y avait quelqu’un là-dedans. Elle se retourna vers Ethan et lui parla à voix basse :
« Vous courez vite ?
– Je me débrouille pas mal.
– D’accord. A mon signal, vous foncez, OK ?
– Pourquoi ?
– Faites-le, c’est tout. »
Il haussa les épaules, mais elle n’eut pas le temps de faire quoi que ce soit qu’une dizaine de types sortirent de la végétation, les encerclant, Oceany sembla nerveuse : ça s’annonçait mal
« Salut, les mecs ! fit Ethan, qui ne semblait pas apeuré du tout.
– Vous les connaissez ? s’étonna-t-elle.
– Et bien…ce ne sont pas nos…
– Non, pas du tout, je ne les connais pas. »
Il prit alors conscience de la situation et perdit toute sa belle assurance, mais il ne craqua pas : après tout, ce n’était pas la première fois qu’il se faisait agresser.
« Ecoutez, je vais faire diversion et vous, vous allez foncer au hangar chercher des renforts, ordonna-t-elle.
– Je ne sais pas où c’est et il n’est pas question que je vous laisse ici.
– Je me bats beaucoup mieux que vous, vous ne feriez que me gêner. Le hangar se trouve au fond d’une impasse, deuxième rue à gauche. »
Le type qui la lorgnait dans la station de monorail apparut alors et s’approcha d’elle, arborant toujours son sourire obscène. Il la saisit par le menton et lui caressa la joue avec son pouce.
« Comme on se retrouve, ma jolie ! C’est pas gentil de m’avoir laissé tout seul, tout à l’heure, j’étais pas content. Ecoute, j’ai une idée : tu me donnes ton passe et je te promets que je ne te
ferai aucun mal.
– Je ne vous crois pas.
– Je ne te ferai aucun mal, je te promets, mais ça ne veut pas dire que je ne te ferai rien. On peut s’amuser un peu, tous les deux, non ?
– J’ai d’autres projets pour ce soir, désolée. »
Elle lui envoya son genoux entre les jambes, ce qui lui coupa le souffle. Elle cria alors à Ethan de partir, tandis que les autres types lui tombaient dessus. Elle donna des coups à l’aveuglette,
ne sachant pas trop qui elle frappait, mais elle savait qu’elle allait vite perdre : à dix contre un, ça n’était pas équitable. L’un d’eux l’attrapa brutalement par les cheveux et la tira en
arrière, la faisant chuter, puis se jeta sur elle pour la ruer de coups, mais Ethan lui administra un fantastique coup de poing dans la figure qui le mit K.O, ce qui déplut fort à ses acolytes qui
commencèrent à s’en prendre au jeune homme. Oceany se releva rapidement et tenta d’aider son ami, mais ce n’était pas évident. Elle cogna un peu tout le monde sans trop réfléchir à ce qu’il fallait
faire, mais son sang se glaça quand elle vit un des voyous sortir son couteau et le pointer vers Ethan. Elle se rua vers lui et envoya son pied sur la main du bandit qui poussa un cri de douleur et
lâcha l’arme qu’elle récupéra aussitôt, puis elle saisit l’homme qui était en train de geindre par les cheveux et plaça la lame au niveau de la jugulaire.
« Bon, on arrête de jouer, maintenant ! Vous vous tirez ou je transforme votre copain en bouffe pour asticot, c’est compris ?
– Oh, ça va, t’énerve pas comme ça ! On se tire. »
Ils commencèrent tous à s’éloigner et elle relâcha alors son otage, qui s’enfuit piteusement. Ethan se jeta sur elle et l’étreignit fortement, apparemment ivre de joie :
« Ouah ! Vous êtes géniale, vous les avez atomisés ! Ils n’avaient pas l’air très glorieux en s’enfuyant !
– Ethan, je vous avais dit d’aller chercher les autres et vous ne l’avez pas fait. Ca aurait pu très mal tourner !
– Vous êtes sérieuse ? Je vous ai sauvé la vie.
– Pardon ?
– Si je n’étais pas intervenu, ce type vous aurait tabassé à mort et c’est comme ça que vous me remerciez ? On peut pas dire que la gratitude vous étouffe.
– Mais…
– Ne me dites pas que vous auriez pu vous en sortir seule, vous savez très bien que c’est faux.
– Je…merci, Ethan, de m’avoir aidée sur ce coup-là, mais à l’avenir, ne me désobéissez pas, d’accord.
– Si vous voulez, mais vous m’en devez une.
– Vous n’êtes pas sérieux, là ! On n’a pas de temps à perdre avec ce genre de futilités, et… »
Il l’attira brusquement vers lui et lui donna un baiser passionné, ce qui la calma complètement Pour la première fois depuis bien longtemps, elle s’abandonna au plaisir et mit plus de fougue dans
ce baiser, puis Ethan s’écarta d’elle et déclara : « On est quitte », avant de repartir tranquillement, les mains dans les poches, vers le hangar.

Merci Papa, merci Maman

Non, je ne compte pas remercier mes parents de m’envoyer en colonies de vacances, j’ai passé l’âge. Puis je suis jamais allée en colo, moi, j’allais juste au centre aéré. Mais c’est pas le sujet.
7th_heaven
 

Ici, on parle d’amour. Amour entre un homme et une femme, amour entre un homme et un homme mais un sujet que l’on a jamais abordé, c’est l’amour filial. Parfois, je parle de mes parents, ici, assez peu, il faut le reconnaître. Non pas que je n’aime pas mes parents mais vivant loin d’eux, je leur parle surtout par téléphone et même si les conversations avec ma môman sont parfois comiques, pas de quoi faire un article.

 

Il y a quelques temps, j’ai donc rencontré Alex. A son contact, je me suis rendue compte de la chance que j’avais. Je ne vous parlerai pas de sa famille parce que ce serait déplacé mais, en gros, j’ai vraiment compris que mes parents étaient géniaux. Et quand je parle à mes amis, c’est souvent l’impression que j’ai.

Je viens d’une petite ville de province où la norme est à la famille entière. Je me souviens, en maternelle, j’avais une camarade qui n’avait pas de papa et je trouvais ça bizarre comme concept. Oui, au début des années 80, les enfants de divorcés (surtout en maternelle), c’était pas si courant que ça. Bref, si on regarde la liste des vingtenaires à gauche de votre écran, seul Mister Big a des parents divorcés. Ce n’est pas pour autant que nos familles sont des modèles de stabilité, Gauthier a déjà parlé de sa famille par ailleurs.

 

Donc revenons à la famille Bartoldi, il y a papa, maman, Alice, un frère pas biologique qui passe par intermittence Yohann et moi, donc. Mes parents ne sont pas parfaits comme tous les parents, on s’est souvent pris la tête comme dans toutes les familles. Mais je crois que mes parents m’ont bien élevée. Mon père est médecin donc d’un niveau socio-professionnel élevé. J’aurais donc pu être élevée comme la progéniture de ses collègues : je claque des doigts et j’ai tout. Mais non, ça marche pas comme ça dans la famille Bartoldi, on n’a rien sans rien. Je me souviens, une fois, je parlais au fils d’un ami de mon père hyper friqué (et qui le montre bien) et le mec me fait « ouah, la semaine dernière, j’ai crashé la BMW dans un fossé, hihihi ! ». Je l’ai regardé, atterré. Moi, la seule voiture que j’ai eu droit de conduire à la maison, c’est la vieille Clio de ma mère qui m’est revenue quand elle a changé de voiture (d’ailleurs, ils l’ont revendue, bouhouhou !). En même temps, je ne me plains pas. Moi, les grosses voitures, j’ai tellement peur de les abîmer que je préfère pas les toucher. Non pas que je conduis mal mais la moindre éraflure sur ces voitures coûte bonbon donc je préfère m’abstenir, on ne sait jamais. Et puis moi, je ne sais conduire que des petites voitures, c’est bien suffisant pour ma petite personne.

 

Evidemment, je vis dans une belle maison et mes parents ont pu me permettre de partir à Paris mais ils n’ont pas financé ce déménagement pour que je m’éclate au loin. Mes parents, c’est mon havre de paix. Quand j’ai rompu avec Guillaume, j’ai appelé ma mère en larmes pour lui dire que je rentrais. Ca peut paraître curieux de rentrer chez ses parents dans un moment pareil mais j’avais besoin de me sentir soutenue et qui mieux qu’eux pouvaient le faire ? Enfin, je parle de mon cas car pour beaucoup de gens, ce n’est pas chez leurs parents qu’ils vont pouvoir se reconstruire. Ma mère avait déjà ramassé ma sœur lors de sa rupture avec Anthony, elle a elle-même subi une rupture difficile dans sa jeunesse et sait très bien ce que nous ressentons. Mon père, lui, il dit rien mais il est là.

 

Mes parents ont fait de moi ce que je suis, pas uniquement en me payant mes études. Ils m’ont appris des valeurs simples et j’ai toujours eu un foyer stable. Ado, je leur en voulais de pas me laisser avoir une télé dans ma chambre comme certains de mes petits camarades. Aujourd’hui, je les en remercie. Cette mesure peu draconienne (il faut l’avouer) m’a permis de passer mes soirées à lire et/ou à écrire plutôt que de rester jusqu’à pas d’heures à avaler des merdes télévisuelles. Si je suis aussi équilibrée (si, si), c’est grâce à eux. Ils m’ont donné beaucoup d’amour et continuent à le faire, je peux donc en donner à mon tour et ne pas avoir peur de l’avenir. J’ai grandi dans un foyer sans conflits et je suis quelqu’un, du coup, très serein. Quand, fin décembre, je commençais à glisser doucement sur la pente de la déprime et du désespoir à cause de mon chômage et que je me suis mise à pleurer, mon père a dit une phrase, une seule, qui m’a redonné du courage : « mais enfin, on le savait que tu allais galérer ». Moi qui avais la peur viscérale de les avoir déçus, je me rendais compte que ce n’était pas le cas. C’est con mais cette petite phrase m’a redonné un coup de fouet.

 

Ce n’est pas que je vis pour mes parents mais j’aime qu’ils soient fiers de leur fi-fille. Si ma réussite me concerne au premier plan, je veux leur montrer qu’ils n’ont pas eu tort de me faire confiance. Parce que mes parents ne m’ont jamais rien imposé. Depuis la 6e où j’ai choisi de faire allemand LV1 jusqu’à aujourd’hui, j’ai choisi mes orientations toute seule comme une grande. Mes parents sont aussi suffisamment intelligents pour ne pas faire jouer la concurrence entre Alice et moi, genre : « tu vois, ta sœur, au moins, elle réussit ». Car outre le fait que nous sommes très différentes, nous n’avons pas du tout fait les mêmes études. Par exemple, pour le bac. Je me suis défoncée pour avoir une mention pour mon papa, je m’explique. Quelques temps avant les épreuves, mon père a eu un problème au cœur : un bout de chair sur une oreillette qui provoquait des fibrillations. Rien de très grave, que du très chiant. Bref, pour s’en débarrasser, il a dû subir deux petites interventions (la première n’ayant pas fonctionné) dont la deuxième pendant mon épreuve de maths (je m’en souviendrai de celle-là). Je me retrouve donc avec cette foutue mention et là ma sœur fait un peu la gueule : « mince, maintenant, je vais devoir faire aussi bien que toi ! ». Mais non, petite ! Comme lui ont dit mes parents après, elle n’a pas choisi la même série que moi, c’est carrément incomparable.

 

Mes parents sont généreux. Quand Yohann s’est retrouvé seul après un drame familial, nous lui avons ouvert les portes de notre foyer. Il est un peu le troisième fils et il se rend compte qu’il doit beaucoup à mes parents. Sans eux, ils se serait effondré. Quand son père est décédé, c’est mon papa (pourtant pas très communicatif) qui est allé lui parler, l’a soutenu. De la même façon, Gauthier m’a avoué que sans mes parents, il n’aurait jamais survécu à son coming out. Sans entrer dans les détails, quand ses parents ont découvert son homosexualité, c’était particulièrement tendu chez lui et il venait souvent passer le week-end à la maison. C’est marrant mais mes parents se soucient souvent de nos amis. J’ai parlé à ma mère de la trithérapie du Gaugau, elle me demande régulièrement s’il a des résultats de test. Même que l’autre jour, j’ai eu l’air très con.

« Il a eu les résultats de ces tests, Gauthier ?
– Oui, il a eu son semestre, il est content.
– Non, je parlais de son HIV ! »
Oups…
 

Bref, si ma vie sentimentale est catastrophique, j’ai la chance d’avoir une belle vie de famille.

Deux ans

L’autre jour, je discute avec ma mère qui me fait une révélation : mon cousin vient de quitter son compagnon de deux ans et demi et est retourné vivre chez sa mère en attendant. La discussion se poursuit sur le sujet et ma mère me fait :

« ouais ben c’est comme toi quand tu as rompu avec Guillaume l’an dernier.

– Maman, ça va faire deux ans. »
 

Ben voilà, ça fait deux ans depuis le 03 juin. Deux ans de célibat entrecoupés de petites histoires. C’est pas que je sois une fana des bilans (enfin, si, quand même) mais en ce moment, je suis assez déprimée par ma situation sentimentale et cet anniversaire tombe un peu mal. Pourtant, il s’en est passé des choses en deux ans, j’ai quitté le système universitaire, j’ai déménagé, j’ai commencé ma vie active (si, j’ai eu un CDD !). Côté privé, j’ai côtoyé plus d’hommes en deux ans que pendant tout le reste de ma vie mais à l’arrivée, ben, me voilà seule. Bon, grâce à ses aventures, il paraît que je suis très épanouie sexuellement (c’est pas moi qui le dit). Sans doute que j’aurais pu m’abstenir de partager ma couche avec certains mecs mais au fond, je n’ai aucun regret, ça ne sert à rien. Après tout, je ne peux pas toujours tomber sur des mecs biens, ça se saurait, sinon. J’ai eu mon lot de connards, comme tout le monde, j’ai aussi eu des mecs bien, ouf !

Depuis quelques temps, je me suis lassée des relations sans lendemain, j’avais plus envie de m’engager, de commencer à construire ma vie privée. Après tout, maintenant que ma vie professionnelle se stabilise un tout petit peu, essayons de voir si je peux aussi trouver l’amour. Sur ces bonnes résolutions, je rencontre Alex et j’y crois fort, j’oublie de me protéger et je me prends un mur. C’était pas le bon moment, Alex a des choses à régler et ne peut pas construire quoi que ce soit au niveau amoureux. Je n’en dirai pas plus. Curieusement, c’est l’histoire la plus courte que j’ai jamais eue mais j’ai du mal à tourner la page. Sans doute parce qu’Alex est un mec fantastique qui plairait même à mes parents et même à ma vilaine grand-mère. Bon, ben, ça n’a pas marché, je n’ai pas de rancœur à ce niveau-là. Par contre, Alex a un talent particulier : il me révèle toutes mes failles, tout ce que je n’ai pas réglé dans mon passé amoureux. Je ne m’en étais pas rendue compte mais ma dernière histoire avant lui m’a fait vraiment du mal. Pas à mon petit cœur, non, mais à la confiance que je peux avoir en moi. Déjà que je suis la pro pour me remettre en cause, quand un homme avec qui j’ai eu une aventure me fait bien comprendre qu’il doute aussi de moi, de mes capacités à trouver du boulot, de tout ce que je peux dire y compris des choses insignifiantes, ça finit par faire mal. C’est aussi pour ça que je me suis autant accrochée à Alex car il m’a percée à jour très vite, il me comprend et j’avais pas besoin de lui mentir. Il me prenait telle quelle et c’était tellement rassurant de se sentir appréciée pour soi et pas pour l’image que l’on peut donner. Et puis, toute cette histoire n’a pas servie à rien, bien au contraire. A défaut d’être le futur père de mes 3 enfants, Alex est toujours quelqu’un de très proche avec qui il est bon de parler et que j’adore.

 

En même temps, j’aurais dû me douter que ça ne pouvait pas durer. Je connaissais ses problèmes, je savais qu’on ne vivait pas à côté, je savais qu’on était débordés par nos boulots respectifs mais je me suis dit qu’on s’en sortirait bien. Parce que y a un truc qui cloche chez moi quand même : plus une histoire est compliquée, plus je m’y jette tête baissée. Pourquoi ? Ben j’en sais absolument rien. Peut-être parce que le côté « c’était pas gagné mais on l’a fait » me transcende. Par ailleurs, j’ai une attirance pour les hommes en souffrance. Entre ceux qui ont des problèmes avec leur passé sentimental, ceux qui ont des problèmes relationnels avec leurs parents ou même les deux… Ouais ben y a pas dire, les écorchés vifs, ça me branche. Pourtant, je n’aspire qu’à une histoire simple, pourquoi faut toujours que je me retrouve dans des situations compliquées ? C’est peut-être une question de pas de chance mais ça n’explique pas tout. Quand j’ai parlé d’Alex à Gauthier, j’ai eu droit à un : « mais tu le fais exprès ou quoi ? ». Heu… Le froid m’a dit que c’est nous qui les attirions (et non l’inverse). Heu aussi…

Peut-être que je suis une incurable romantique qui ne veut que des histoires folles, passionnées, délirantes. Difficiles aussi mais l’happy end me paraît toujours possible. Quand j’ai commencé à sortir avec Guillaume, c’était mal barré : il vivait à l’époque chez ses parents. Il s’entend mal avec son père assez autoritaire et il ne pouvait pas sortir en semaine donc pour avoir de l’intimité, il fallait se caler des trous entre mes cours pour aller chez moi. En plus, il sortait d’une longue période de célibat et, au début, je vivais mal le fait de ne pas beaucoup le voir hors de la fac, de le voir passer beaucoup de temps avec ses potes et peu avec moi. En plus, au départ, je connaissais pas son père donc je croyais que tout cela était exagéré mais finalement, non. Il était très gentil avec moi papa Guillaume mais il s’entendait pas avec son fils et tout était susceptible de partir en dispute. Donc, au début, c’était mal barré, Gauthier m’a même dit qu’il y croyait pas, à notre couple. J’ai passé des nuits à pleurer en me disant qu’on s’en sortirait pas… Et finalement, si. Donc cet exemple me fait peut-être un peu trop croire que quand on veut, on peut. Mais tout n’est pas si simple.

 

Et maintenant ? Pour l’heure, je suis encore un peu trop dans la nostalgie de mon histoire avec Alex pour avoir envie de fréquenter un autre homme. Et puis je me rends compte que je suis actuellement trop fragile pour tenter une nouvelle aventure amoureuse, je crois qu’un nouvel échec me foutrait un coup trop grand, je dois me préserver un peu. Il faut que je me reconstruise, aussi, que je panse ces foutues plaies que j’avais même pas vues, que je reprenne confiance en moi. Je suis une fille super, pas un boulet. Je peux être aimée, comme les autres filles. Je n’ai pas à tricher pour plaire. Puis même qu’il paraît que je suis belle, même sans maquillage. Et faut que j’arrête de me trouver des histoires compliquées, aussi. C’est pas parce que la relation est simple qu’elle est sans passion. Moi aussi, je finirai par trouver une moitié. Tiens, faudra que j’aille revoir M. le marc de café car mine de rien, s’il est très mauvais pour situer les événements dans le temps, ce qui m’a dit s’est réalisé. J’ai bien eu deux entretiens d’embauche et un boulot avec un monsieur à double prénom (Pierre-Cécil, le DRH choupinou) et j’ai fini par rencontrer un mec très bien qui avait des problèmes aux yeux. Bon, tout est décalé de trois mois par rapport aux dates qu’il donne mais à l’arrivée… Mais je vais rester célibataire quelques temps. De toute façon, après avoir discuté avec Gauthier, je me rends compte que je ne veux ni d’un mec ni d’un amant, juste une paire de bras réconfortants pour me réconforter. Là, je préfère me concentrer sur mon travail et ne plus me poser de questions. Ca sera plus simple. Je n’attends plus rien, advienne que pourra. En attendant, ses deux années n’ont pas été vaines, je sais maintenant que quand je veux un mec, je peux l’avoir.

En attendant, vu que je n’ai pas de plan M et qu’il n’y a pas de choupinou à l’asso où je bosse, je bénis TF1 de repasser Lost tous les soirs à 17h. Mater Sawyer pendant trois quarts d’heure, ça fait du bien aux yeux.

Episode 15

Maria entra dans le hangar et enleva son masque qu’elle avait de plus en plus de mal à supporter et vit Oceany en train de se balader tranquillement avec le prisonnier. Alors, il avait finalement
rejoint leur camp, ou, du moins, faisait-il semblant pour pouvoir rentrer chez lui et tout révéler à la police. Elle s’était toujours méfié des élitaires, en particulier d’Oceany. Elle détestait sa
façon de vouloir tout diriger et ses manières de petit chef et elle ne pouvait plus supporter d’être sous ses ordres, d’autant plus qu’elle savait que la jeune femme avait tort. Mais elle se
taisait pour ne pas se fâcher avec Juan, qui semblait vraiment fou d’elle. C’était vraiment le pire qui pouvait arriver : l’amour, ce n’était jamais bon pendant la guerre. De plus, si le nouvel
élitaire était vraiment de leur côté, ça poserait des problèmes : Juan serait certainement jaloux et les deux hommes seraient en permanence en conflit. D’ailleurs, il regardait le prisonnier d’un
mauvais air et ne semblait pas apprécier de le voir traîner avec celle qu’il aimait.
Comme si elle s’était rendue compte qu’ils les observaient, Oceany tourna la tête vers eux et leur fit signe de venir.
« Ethan a enfin changé d’avis, il est avec nous, maintenant.
– Qu’est ce qu’il te prouve que c’est vrai ?
– Enfin, Maria !
– Non, c’est normal qu’elle ne me fasse pas confiance.
– Pourquoi avez-vous changé d’avis ?
– Parce que j’ai parlé avec Kirstie et que j’ai été révolté par ce que j’ai entendu.
– Pourtant elle est noire et vous êtes raciste. Pensez-vous vraiment pouvoir cohabiter avec des gens d’ethnies différentes ?
– L’avenir nous le dira.
– Ca suffit, Maria. Ethan, allez voir Myo, là-bas, il vous ramènera chez vous. »
Elle le suivit du regard pendant un bref instant, puis revint sur les deux latinos. Apparemment, elle semblait furieuse.
« Bon, il faut qu’on discute tous les trois.
– Je ne vois pas de quoi, répliqua Maria.
– Oh si, tu sais très bien de quoi je veux parler. On ne peut pas continuer comme ça, il faut mettre les choses au point ! Vous savez aussi bien que moi que nous sommes inférieur au gouvernement de
cette ville et si nous ne sommes pas absolument soudés les uns aux autres, je ne donne pas cher de nos peaux. Alors, il va falloir se calmer ! Maria, si tu as quelque chose à me reprocher, vas-y,
je t’écoute. »
Elle sentit la colère monter en elle et fut à deux doigts de flanquer une gifle à cette petite prétentieuse, mais elle ne voulait pas avoir cette conduite devant son frère. Elle se contenta donc de
serrer les poings et de parler posément, mais, malgré ses efforts, la rage transparaissait dans sa voix.
« Tu sais très bien où se situe le problème.
– Non, ça, c’est qu’un prétexte. Tu ne m’as jamais tolérée, j’aimerais savoir pourquoi.
– D’accord : pour qui est ce que tu te prends ? Tu prétends vouloir rétablir l’égalité dans cette ville et tu es la première à abuser des pouvoirs que te donne ton rang : à peine arrivée ici, tu
t’es autoproclamée chef de notre groupe, même si nous n’étions pas d’accord, mais ça, tu t’en fiche. De plus, tu ne comprends rien au problème, tu veux tout régler de façon pacifiste, mais tu fais
fausse route, ça ne marchera jamais.
– Juan, t’es d’accord avec elle ?
– Non.
– Mais…
– Je ne suis pas d’accord avec toi, Maria, que ça te plaise ou non. Tu es tout simplement jalouse d’elle, mais tu as du mal à l’admettre.
– Pourquoi je serais jalouse d’elle ?
– Parce que tu es jalouse de toutes les femmes qui m’approchent, c’est tout. Tu as toujours voulu avoir une influence totale sur moi et quand Oceany n’était pas là, tu pouvais contrôler tout le
monde à ta guise, ici, mais ce n’est plus le cas maintenant, et tu ne supportes pas ça.
– Comment peux-tu dire ça ? Juan, enfin…
– N’aggrave pas ton cas, Maria. »
Elle ne put pas se retenir plus longtemps et donna la claque initialement réservée à Oceany à son frère : il l’avait humiliée devant tout le monde et elle refusait de se laisser faire sans rien
dire, ce n’était pas dans son caractère. Juan se passa la main sur sa joue pour calmer un peu la douleur et la regarda avec dédain, ce qui finit de la rendre hors d’elle.
« Vous valez pas mieux l’un que l’autre, j’ai pas besoin de vous, j’me tire d’ici. »
Elle partit en direction de la porte et la calqua violemment après être partie. Tout le monde regardait à présent vers leur direction et Juan se sentit gêné : il n’aimait pas se donner en
spectacle, en particulier devant ses hommes. Il entraîna donc Oceany un peu à l’écart pour lui parler tranquillement.
« Tu penses qu’elle reviendra ? demanda-t-elle, visiblement inquiète.
– Ca m’étonnerait beaucoup : elle a trop de fierté pour ça.
– Et merde !
– Ce n’est pas si grave que ça, enfin, nous sommes assez nombreux pour se défendre correctement.
– Le problème n’est pas là…j’ai peur de ce qu’elle pourrait faire. Je lui ai dit comment détruire la ville et je crois qu’elle ne va pas nous attendre pour le faire.
– Elle n’y arrivera jamais seule.
– Je n’en suis pas si sûre : elle est très douée pour les bombes et il suffit de faire exploser les quatre anges pour se débarrasser de Technopolis. Elle en est parfaitement capable.
– Je crois que tu la surestimes mais je vais essayer de la faire changer d’idées, ne t’en fais pas pour ça. J’arriverai sans doute à la ramener à la raison. Tu sais, elle a toujours été jalouse des
filles qui… hum…m’intéressaient. »
Elle rougit à cette annonce, ne sachant trop que répondre. Juan ne la laissait certes pas indifférentes mais la situation était suffisamment tendue pour ne pas en rajouter. Sortir avec lui, ce
serait mettre le feu aux poudres.
« Ecoute, Juan, je t’apprécie énormément, tu es quelqu’un ce courageux, honnête, gentil…et tu as un tas d’autres qualités, mais…
– Tu ne m’aimes pas.
– Surtout, je crois que ce serait une grave erreur. Regarde les tensions que ça crée alors qu’il n’y a strictement rien entre nous. Si ça allait plus loin, ce serait un véritable drame. En plus,
nous sommes les leaders de ce groupe, si jamais on se disputait, ça foutrait tout en l’air.
– C’est pas grave, je ne peux pas t’en vouloir. Tu préfères Mark, sans doute, ce qui est plutôt normal : il est séduisant et fait plus partie de ton univers.
– Je n’aime pas Mark.
– Tu t’es fiancée avec lui, pourtant.
– Je ne suis pas fiancée avec lui, d’une part et, de toute façon, je n’ai pas eu le choix, tu le sais bien. Et puis, je ne deviendrai jamais sa femme, nous aurons détruit la ville avant. Laisse
tomber, s’il te plaît.
– Je ferai ce que je pourrai. »

Chapitre 10

Oceany s’étira lentement et poussa un long bâillement, avant de s’extirper lentement de ses draps en soie. Elle avait eu beaucoup de mal à trouver le sommeil, à cause de ce qu’il s’était passé avec
Maria. Et si Juan n’arrivait pas à la calmer, qu’allait-il se passer ? Personne ne le savait, mais on pouvait présager le pire. Elle se leva et enfila sa robe de chambre, pour se rendre dans la
cuisine, où elle trouva sa mère en compagnie d’Ethan, ce qui la gêna terriblement. Elle n’avait pas vraiment la tenue adéquate pour recevoir de la visite.
« Bonjour, Oceany ! s’exclama Alyson d’un ton joyeux. Devine qui vient te rendre visite ?
– Je parie que c’est M. Wadeker.
– En effet.
– Bonjour Oceany, fit-il, visiblement amusé par la tenue de la jeune femme.
– J’étais en train d’expliquer à Ethan à quel point sa mère était inquiète à son sujet.
– Oui, j’ai eu tort, mais je devais faire ce que j’ai fait. Tout est réglé, maintenant, ça va. Mais je ne voudrais pas que ça s’ébruite : Neve serait folle de rage si elle apprenait ça.
– Pauvre Ethan, être obligé de se fiancer avec cette chipie, je n’aurais pas aimé être à votre place.
– Dans une autre société, ça n’aurait pas eu lieu, fit remarquer Oceany d’un ton amer.
– Oh si, ça se faisait avant aussi, ma chérie. Je sais que tu n’aimes pas cette ville et son gouvernement, mais ne l’accuse pas de tous les maux, tu aurais tort. Bon, je vous abandonne, jeunes
gens, je vous laisse discuter en paix. »
Alyson se leva prestement et quitta la pièce d’un pas léger ; par moment, Oceany avait du mal à reconnaître sa mère ; avant, elle était si sérieuse, si haineuse envers Technopolis et elle avait
changé si vite d’avis, ça paraissait surnaturel. Quand elle se fut assez éloignée, Oceany invita Ethan à la suivre dans sa chambre.
« Et bien, vous êtes plutôt rapide, plaisanta-t-il.
– Ne vous faites pas trop d’illusions, Wadeker, répondit-elle du tac au tac en souriant. N’oubliez pas que vous êtes fiancé.
– Ah oui, c’est vrai j’avais oublié. »
Elle sourit et le conduisit jusqu’à sa chambre et remarqua avec un peu de honte que son lit n’était pas fait et que ses sous-vêtements de la veille traînaient sur sa chaise. Elle les dissimula
rapidement et appuya sur un bouton pour ouvrir les stores électriques, tandis qu’Ethan s’installait sur la chaise, face à l’ordinateur qui était éteint. Il jeta un coup d’œil autour de lui,
détaillant la chambre qui sembla lui plaire, puis expliqua l’objet de sa visite :
« Je suis venu vous voir par rapport à notre…heu…association.
– Je suis assez surprise de vous voir ici : je ne vois pas trop ce que vous voulez dire par là.
– Ben…ça va vous paraître idiot, mais je ne sais pas retourner au hangar. Quand vous m’y avez amené, je n’étais pas conscient et hier soir, j’étais…trop nerveux pour repérer le chemin : il conduit
comme un fou, ce Myo.
– Il faut bien : cette moto a été volée, on ne peut pas prendre le risque de traîner avec. Vous n’aurez qu’à me rejoindre à la station 107 du monorail, vers 19 heures. Votre brusque changement de
position m’étonne, Ethan.
– Vous n’êtes pas la seule : c’est comme si j’avais eu une révélation.
– Je pense que c’est surtout parce que, pendant quelques jours, vous n’avez pas été soumis à la propagande d’Oxford.
– La propagande ?
– Il endoctrine les élitaires en les faisant vivre dans un univers luxueux aux multiples fêtes, comme Hitler le faisait en son temps. Pour être un bon dictateur, il faut avoir l’art de la mise en
scène.
– Mais pourquoi ne s’occuper que des élitaires ?
– Parce que nous sommes les plus dangereux : est-ce que vous avez vu un ordinateur, en bas ? Non. Ils n’ont pas les moyens de lutter.
– Alors pourquoi continuent-ils ?
– Parce qu’ils ont deux gros atouts dans leur poche et s’ils savent s’en servir intelligemment, la victoire leur sera assurée.
– Et c’est quoi, ces deux atouts ?
– Nous. Regardez un peu ce que j’ai rapporté de la mairie, l’autre jour. »
Elle s’assit à côté de lui et lui montra tous les fichiers qu’elle avait volés, puis ils essayèrent ensemble de trouver le code pour accéder au dossier confidentiel, mais ils échouèrent, une fois
de plus.
« Pourquoi vous me montrez tout ça ? demanda-t-il. Qu’est ce qu’il vous prouve que je suis vraiment de votre côté ? J’aurais très bien pu venir ici pour vous demander la localisation du hangar et y
envoyer la police.
– Vous êtes beaucoup trop loyal pour ça, Ethan. La fois où je suis venue récupérer les passes dans la salle de réception, vous auriez très bien pu appeler la police, mais vous ne l’avez pas fait.
Vous vouliez lutter d’égal à égal, et puis, vous êtes différent des autres.
– Différent ?
– Oui : la plupart des élitaires auraient la nausée rien qu’à l’idée de descendre dans les bas étages, alors que vous, vous êtes venus plusieurs fois, pour diverses raisons. Tout ça vous révolte,
au plus profond de vous, mais vous étiez tellement distrait par toutes ces fêtes, que vous n’aviez aucune envie de vous battre pour faire tout changer, mais c’est différent maintenant : vous avez
vécu dans des conditions effroyables, vous avez parlé avec des esclaves, vous avez compris ce qu’était la misère et vous trouvez ça injuste. Au fait, que vous a dit Kirstie pour que vous changiez
ainsi d’avis ? »
Il sembla hésiter, cherchant une réponse à lui donner, mais il fut sauvé par Oliver qui entra dans la chambre pour saluer sa sœur, qui l’embrassa affectueusement avant de lui demander de repartir
jouer dans sa chambre.
« Vous l’aimez, ce petit, ça crève les yeux.
– C’est en partie pour lui que je me bats. Je ne veux pas qu’il grandisse dans ce monde et qu’il devienne raciste, comme les autres, je veux qu’il puisse être libre d’aller où il veut, de pouvoir
être en contact avec la nature…vous savez ce qu’il m’a dit, hier ? Il m’a demandé pourquoi on ne voyait pas les étoiles et, quand je le lui expliqué, il s’est indigné et a dit que c’était injuste.
C’est là que j’ai vraiment compris que j’étais sur le droit chemin.
– Parce que vous en doutiez avant ?
– Des fois, oui : je me retrouvais là, dans ma merveilleuse chambre avec tout ce que je désire à portée de main, et je me disais : pourquoi se battre, ce n’est pas mon problème, après tout, et
puis, je n’ai pas à me plaindre, c’est bien ici. Mais quand je retourne en bas, que je voie Mai, Myo et Kirstie qui sont condamnés à rester cachés toute la journée, je comprends que j’ai raison de
lutter.
– C’est pas facile de résister.
– Mmm. Leur propagande est vraiment excellente, même moi, je m’y laisse prendre, par moment…mais je suis plus forte qu’eux, je ne me laisserai pas abattre et vous non plus, promettez-le-moi.
– J’ai quelques comptes à régler avec Oxford et sa famille, pas question de baisser les bras avant que ce soit fait. D’ailleurs, vous devriez vous méfier d’eux, ne vous en approchez pas trop, ils
sont dangereux.
– Ne vous inquiétez pas, Ethan, je sais me défendre. »

Episode 14

Chapitre 9


    Ethan était couché sur son lit, somnolent, laissant ses pensées divaguer, quand quelqu’un entra dans sa cellule. Il ne bougea pas, n’ayant pas envie de montrer un tant soit peu
d’intérêt à ses geôliers. Mais quand il réalisa qu’il s’agissait d’Oceany, il se redressa et s’assit sur son lit. Elle était la seule à qui il acceptait de parler, parce qu’elle était de la même
race que lui. Elle vint s’installer à côté de lui et après l’avoir observé un court instant, se mit à parler.
« Ca va ?
– J’ai vu mieux, grommela-t-il.
– Oui, je m’en doute, mais comme ça, vous pourrez mieux comprendre les conditions de vie, ici. Vous avez réfléchi à notre conversation d’hier soir ?
– Oui.
– Et ?
– Rien. Je continue à penser que vous avez tort et que cette société est la plus parfaite que nous ayons connu jusqu’ici.
– Je ne suis pas d’accord, parce que cette société nous vole ce que nous avons de plus précieux : notre liberté.
– Qu’est ce que vous racontez ?
– Vous avez déjà essayé de sortir de la ville ? Non, bien sûr, mais si vous aviez essayé, vous vous seriez rendu compte que c’était impossible : il n’y a aucune sortie. Vous trouvez ça normal, vous
? Cette ville n’est rien de plus qu’une immense prison et tous nos droits sont bafoués, mais tout le monde s’en fout. Tout le monde sauf une poignée de gens que l’on appelle, de façon péjorative,
rebelles. Nous ne sommes pas des anarchistes, Ethan, nous sommes des défenseurs des droits de l’Homme et je suis certaine qu’au fond de vous, vous êtes comme nous.
– Vous n’arriverez pas à me convaincre, vous avez tort et vos arguments ne me paraissent pas valables. De toute façon, je ne vois pas pourquoi on sortirait d’ici, toutes les autres villes ont été
rayées de la cartes et, à part quelques tribus ça et là, tout le monde vit déjà ici.
– Oh, vous êtes têtu ! Mais regardez la réalité en face, bon sang ! Vous êtes totalement prisonniers : vous ne pouvez aller que là où les monorails vous amènent, c’est pour ça qu’ils ont supprimé
les voitures. Et ce n’est pas tout : vous ne pouvez acheter que ce que le pouvoir vous autorise à acheter avec votre ordinateur. Vous ne pouvez pas choisir votre dirigeant, il s’est imposé de
lui-même. Vous n’êtes pas libre de choisir la femme que vous allez épouser, et enfin vous ne pouvez pas dire ce que vous pensez car si vous êtes contre Oxford, vous vous retrouvez hors-la-loi. En
résumé, plus de liberté de circulation, d’opinion et d’expression…avant, on appelait ça de la dictature, aujourd’hui, on dit que c’est une société quasi parfaite, c’est fou ce que les mentalités
évoluent. Forcément, vous, en haut, vous êtes choyé, vous êtes dupé par l’aspect des choses, mais cette société est mal faite, il faut tout changer. Avez-vous déjà discuté avec un esclave.
– Non, et je ne vois pas pourquoi je le ferai. Ce sont des ennemis de la nation, c’est leur faute si on en est arrivé là.
– Non, c’est faux. J’aimerais que vous parliez avec une esclave qui avait 3 ans quand la guerre a commencé : pouvez-vous honnêtement l’accuser d’être responsable de ce qu’il s’est passé ? Je ne
crois pas.
– Je n’ai pas envie de parler avec elle.
– Faites-le pour moi, Ethan, je vous le demande comme une faveur personnelle. S’il vous plaît. »
Il la regarda un instant et n’eut pas le courage de le lui refuser : ça semblait lui tenir tellement à cœur. Et puis, s’il se montrait coopératif, il pourrait peut-être sortir enfin de cette
horrible cellule et retrouver son appartement si douillet, retrouver sa mère… Il serait même content de revoir Neve. Il soupira et accepta de voir l’esclave en question. Oceany sourit et sortit de
la pièce, pour laisser la place à une jeune noire qui semblait un peu perdue. Elle était très jolie, il devait l’admettre, mais la couleur de sa peau lui posait un problème. Cependant, il avait dit
à Oceany qu’il lui parlerait et il voulait tenir parole. La Noire resta debout pendant un moment, jusqu’à ce qu’il lui proposa de s’asseoir, ce qu’elle fit en silence, puis elle demeura immobile,
n’osant parler et fuyant son regard. On aurait dit un animal apeuré.
« Bon, vous voulez me dire quelque chose ?  »demanda-t-il.
Il n’eut aucune réponse et sentit l’impatience le gagner : elle se moquait de lui.
« Je m’appelle Ethan, et vous ?
– Kirstie.
– Et vous êtes une esclave, c’est ça ?
– Oui.
– Et bien, vos n’êtes pas très bavarde.
– On m’a appris à ne pas parler inutilement, c’est tout.
– Vous êtes originaire d’où ?
– Birmingham en Angleterre.
– Ah. Vos parents étaient des militaires, ils se sont battus contre le gouvernement américain, c’est ça ?
– Non, pas du tout : ils sont morts avant même que les combats entre l’Europe et votre sale pays ne commence, ils ont attrapé votre virus et sont morts, c’est tout. »
Sa voix était particulièrement haineuse et elle le regardait enfin droit dans les yeux. Il aurait préféré qu’elle continua à fixer le sol, ça ne l’aurait pas mis autant mal à l’aise.
« C’est une erreur regrettable, mais nous n’y sommes pour rien, et…
– Parce que vous croyez vraiment que ma famille y était pour quelque chose dans votre guerre ? J’avais deux sœurs et trois frères, ils sont tous morts, il ne reste que moi et des fois, j’aimerais
être morte, moi aussi. Je hais votre pays, sa soi-disant justice et ses merveilles technologiques. Je vous hais vous et tous vos congénères, vous n’êtes que des êtres méprisants et mauvais. Je ne
trouve pas ça juste que vous ayez gagné et que vous ayez fait de nous des esclaves. Mais vous vous en foutez, vous, vous êtes du bon côté de la barrière, vous n’avez même pas idée de ce que j’ai pu
vivre.
– Expliquez-moi.
– Je…j’ai été maltraitée, battue, exploitée, considérée comme un simple objet ! Oxford se foutait bien de ce que je pouvais ressentir, je ne valais pas mieux qu’un robot pour lui Quant à son fils…
»
Des larmes jaillirent de ses yeux et elle ne put finir sa phrase, visiblement bouleversée, ce qui le mit vraiment mal à l’aise. Il ne savait pas ce qu’il devait faire, s’il devait parler ou se
taire, l’encourager à continuer pour qu’elle puisse se vider ou, au contraire, la faire arrêter, s’il devait la prendre dans ses bras pour la consoler ou garder ses distances. Finalement, il
s’approcha d’elle et posa une main réconfortante sur son épaule, mais elle se leva précipitamment et s’éloigna de lui, le visage défiguré par la haine.
« Ne me touchez pas !
– Mais je ne vous veux aucun mal.
– C’est ce qu’il me disait toujours, mais il mentait.
– Qui, il ?
– Ca n’a aucune importance.
– Pourquoi vous avez parlé de Bill Oxford ?
– Je travaillais chez lui.
– C’est lui qui vous faisait du mal ?
– Ca n’a aucune importance, répéta-t-elle.
– Si, ça en a, je vous assure : ça vous fera du bien de parler.
– Qu’est ce que vous me voulez ?
– Mais rien !
– Arrêtez de mentir : je ne suis qu’une petite esclave, vous vous foutez totalement de ce que je peux ressentir.
– C’est faux, je ne suis pas sans cœur, Kirstie. Parlez-moi, vous vous sentirez mieux après. Qui vous faisait du mal ?
– Mark.
– Mark Oxford ?
– Oui, bien sûr.
– Qu’est ce qu’il vous faisait ?
– Il…enfin…il »
Elle baissa les yeux et il sentit sa gêne ; était-il possible que Mark ait abusé d’elle ? Ca lui semblait impossible : ce jeune homme paraissait si doux, si gentil…
« Dites-le-moi, Kirstie, je n’en parlerai à personne.
– Il me faisait faire…des choses… qui ne sont pas correctes.
– Oh Seigneur, c’est pas vrai !
– Je vous jure que si. Hier soir, encore, quand sa fiancée est partie, il semblait assez en colère alors il m’a forcé à…vous savez.
– Quel salopard !  »
Il était véritablement furieux contre Mark. Il n’avait jamais été choqué par l’esclavagisme jusqu’à présent, mais cet abus l’écœurait profondément. Il n’avait qu’une envie, c’était d’inculquer à
Mark une leçon de savoir-vivre , de lui apprendre le respect de son prochain…mais qui était-il pour faire ça ? Quelques instants auparavant, il haïssait tout les êtres humains qui n’étaient pas de
la même couleur que lui et voilà qu’il voulait défendre une jeune noire. Sans doute parce qu’il s’était rendu compte que l’esclavagisme n’était pas juste et punissait des innocents, comme Kirstie
et comme la Chinoise qui vivait ici. Elle était jeune, elle aussi et devait être une enfant quand la guerre avait commencé. Mais même si cette société n’était pas juste à ce niveau-là, il restait
convaincu que c ‘était la meilleure depuis le début de l’humanité. Il accepterait peut-être de lutter contre l’esclavagisme, mais ça n’irait pas plus loin.
Kirstie s’essuya les joues du revers de la main et sembla se calmer un peu. Il comprenait sa gêne, ce n’était pas évident de parler de ça à quelqu’un, mais elle devait mettre Oceany au courant, car
si elle fréquentait trop ce pervers, elle risquerait peut-être d’avoir quelques problèmes.
« Vous devez en parler à Oceany.
– Non, pas question.
– Pourquoi ?
– Parce que c’est humiliant.
– Mais vous lui devez bien ça : elle doit se fiancer avec Mark, il faut la prévenir !
– Elle ne risque rien : s’il m’a…enfin, s’il s’en est pris à moi hier, c’est parce qu’elle n’a pas voulu. C’est sa faute.
– Vous exagérez. Elle vous a sorti de cet enfer.
– Pour m’envoyer directement dans un autre. Vous avez vu où on est, c’est horrible, ici ! Au moins, là-haut, j’étais bien logée.
– Et violée régulièrement, c’est sûr que c’est beaucoup mieux qu’ici. Vous devez une fière chandelle à Oceany et le mieux c’est de lui parler des mauvaises habitudes de son futur fiancé.
Ecoutez-moi bien : il y a encore une heure, je pensais que tous ces gens étaient des fous anarchistes se battant pour du vent, mais grâce, ou à cause de vous, je me suis rendu compte qu’ils avaient
raison. On ne respecte pas vos droits, vous devez vous battre pour les reconquérir. Que dirait votre mère si elle vous voyait accepter votre condition aussi facilement ? Je crois qu’elle aurait
honte. Elle, à votre place, elle se serait battue et vous devez en faire autant.
– Vous ne connaissez pas ma mère… Moi non plus, d’ailleurs, j’étais trop jeune quand elle est morte. Je peux partir, maintenant ?
– Faites ce qu’il vous plaît, je suis pas votre maître. »
Elle ressortit immédiatement, visiblement soulagé d’en avoir fini avec cette pénible entrevue. Elle ne dirait rien à Oceany, ça paraissait évident et il allait devoir s’en charger. Mais il ne
savait pas vraiment comment présenter les choses, d’autant plus qu’il avait un peu de mal à y croire. Mark paraissait si doux, mais il ne fallait jamais se fier aux apparences. Il allait se
recoucher quand il s’aperçut que la porte de sa cellule était entrouverte. Il en avait assez de cette chambre, il devait sortir. Il quitta donc sa geôle et découvrit le hangar dans lequel il était
enfermé, et fut fasciné par l’énorme hélice qui tournait, produisant de véritables éclairs. C’était donc ça le bruit infernal qui ne cessait jamais.
« Ca impressionne toujours, au début. »
Il se retourna pour faire face à Oceany qui se tenait à quelques mètres de lui, debout, les bras croisés. Apparemment, ça ne la dérangeait pas vraiment de le voir hors de sa cellule. Elle s’avança
vers lui et se posa juste à sa droite, fixant à son tour l’immense rotor.
« Vous…heu…ça ne vous fait rien que je sois sorti de ma cellule ?
– Non, parce que je sais que vous n’allez pas vous échapper.
– Vous savez ?
– Je sais ce que ça fait de parler avec un esclave, ça fait toujours réfléchir…c’est la première leçon que j’ai apprise des exclus.
– Pourquoi les avez-vous rejoint ?
– Au début, j’étais comme vous, aveuglée par tout le luxe qu’on étale, là-haut. Un soir, je me suis perdue dans le coin et je suis tombée sur les rebelles. Ils ont d’abord voulu voler mon passe,
mais je leur ai donné du fil à retordre ; Quand on naît et grandit en période de guerre, on apprend deux, trois trucs utiles pour se battre. J’ai impressionné Juan, qui est leur chef et il m’a
convaincue de faire partie des leurs, en me parlant de leurs conditions de vie, et tout le reste. Au début, je n’étais pas convaincue, ce n’était que du vent, tous ces beaux discours, et puis j’ai
parlé avec Mai-Li, et là…j’ai compris qu’on ne pouvait pas continuer comme ça.
– Bon, écoutez, Oceany, je veux bien vous aider à lutter pour nos droits, mais je continue à dire qu’il ne faut pas détruire cette société.
– Je ne m’en fais pas pour ça : d’ici une semaine, vous serez totalement rallié à notre cause. Mais je suis ravie de savoir que vous avez enfin ouvert les yeux.
– Où sont tous les autres ?
– A la chasse au passes, pour les uns, les autres sont allés chercher quelques trucs chez les flics et ceux qui restent se reposent, là-bas. Bienvenu à bord, Ethan, je vais vous expliquer comment
ça fonctionne, ici. »

L’’origine de mon talent indéniable en matière de BD

Aujourd’hui, c’est férié mais je ne vous ferai pas subir de nouvelles BD. Non pas que j’ai pitié de vous mais surtout que je ne sais plus quoi dessiner. Kenya ne m’a pas fait de connerie mémorable depuis (enfin, elle m’en fait tous les jours mais de là à faire une BD sur le fait qu’elle fait des têtes trop rigolotes, non), ma machine à laver est restée sage et l’ensemble de mes appareils électroménagers ont compris qui était le maître (moi). Donc j’ai pris le parti de vous raconter comment j’ai développé mon sacré coup de crayon.

 random-crayons

Classe de seconde. Bon, comme toute lycéenne qui se respecte, je dessine sur les marges de mes cours ou sur la table. D’ailleurs, je profitais de ce média pour laisser mes petits messages d’amour : « Sagamore S. de terminale ES, je t’aime ». Oui, j’étais vraiment TRES conne au lycée. Bref, cette année là se trouve dans ma classe une jeune fille, Charlotte, avec qui je vais devenir amie. Mais drame : à la fin de l’année scolaire, Charlotte quitte la ville pour Montpellier. No soucy, pour ne pas perdre contact, Cécile et moi prenons l’habitude de lui écrire des lettres puis je perpétue la tradition seule.

Ces lettres sont de purs joyaux que je regrette de ne pas avoir photocopié. Faut dire qu’au lycée, déjà, je souffrais d’écritorite aiguë. A la fin des devoirs surveillés, comme je finissais toujours très en avance, j’utilisais mes feuilles de brouillon pour écrire des lettres qui n’étaient destinées à personne, sortes de journaux intimes. En gros, qu’est-ce que je racontais ? « Là, je viens d’avoir un DS d’allemand, je vais me planter, c’est sûr, j’ai rien compris au texte ! Si j’ai 3, ce sera le bout du monde… » Puis on enchaînait sur « Je suis amoureuse de Jean-Luc, tu verrais comme il est trop beau ! Cette nuit, je rêvais qu’il me parlait, waaaaaaah ! ». C’est fascinant l’adolescence quand même… Il y a quelques temps, je suis tombée sur quelques archives de ces lettres, j’avoue que j’ai bien ri, j’étais vraiment débile au lycée, un délice.
 

Donc je reprenais un peu le même principe pour mes lettes à Charlotte, je lui racontais TOUTE ma vie, je lui retranscrivais même certains dialogues parce que, des fois, il m’arrivait de discuter avec mes cibles. Mais bon, c’était du genre :

Nina : Oh, il pleut.
Cible : Ouais. T’as un effaceur ?
Nina : Oui tiens
Cible : Merci !

Ce dialogue était retranscris en couleur avec plein de petits cœurs autour. Je vous ai dit que j’étais TRES conne au lycée ?

 

Arrivée à la fac, j’ai pas perdu l’habitude. J’allais à certains cours rien que pour écrire ces fameuses lettres. Exemple en licence, j’avais cours d’histoire moderne de la Méditerranée le vendredi matin à 8h avec une prof qui était une véritable connasse. Outre le fait qu’elle ne savait pas de quoi elle parlait, elle était odieuse et raciste. Dès qu’il fallait s’en prendre à quelqu’un, elle s’en prenait à la pauvre beurette de service qui était super adorable, en plus. Donc comme j’étais passée en contrôle final dans cette matière, je faisais acte de présence histoire que connasse 1ère enregistre ma gueule si je passais à l’oral avec elle. Pour me motiver à aller à ce cours où je n’écoutais rien, j’avais deux trucs : apercevoir les Pyrénées quand le métro passait au dessus de la rocade et écrire mes lettres à Charlotte. D’ailleurs, les lettres étaient parsemées de : « Bah mais tu verrais comme elle est fringuée la prof, c’est trop moche ! » ou des « ah berk, elle vient de mettre ses doigts dans son nez, c’est dégueulasse ! » (véridique). Bon en général, mes lettres faisaient 8 pages, 8 pages de ce genre de considérations. Pour illustrer mes propos déjà très percutants, je faisais des petits dessins dans la marge. Bon, c’était encore moins évolué que les BD présentées sur ce blog, à savoir que pour faire les yeux des gens, je faisais des points de couleur. Mais le mieux, c’était la « goutte ». Oui, je suis très influencée par les mangas donc dès qu’une personne avait une révélation, je lui mettais une goutte sur la tête. Genre : « Hé Gauthier, tu savais que Rachel voulait sortir avec toi ? » Hop, on voit le Gaugau dessiné avec une goutte sur la tête. D’ailleurs, comme m’a fait remarquer Gauthier un jour : « Moi, j’ai toujours une goutte sur la tête ! ». C’est pas ma faute s’il lui arrive que des merdes à Gaugau !

Le pire, c’est que mes lettres étaient devenues célèbres auprès de mes amis proches. Pas des autres car je leur taillais de foutus costards aux pintades qui nous ont fait vivre un enfer. D’ailleurs, à un moment, je racontais ma vie sous la forme « Sunseat Beach de l’amour et de la beauté au Mirail », un truc du genre. Et malgré tout, j’ai réussi à avoir mes diplômes, quel talent.
 

Depuis trois ou quatre ans, je n’écris plus ces lettres mais j’ai toujours des nouvelles de Charlotte. Récemment, elle s’est fiancée, faut que je vous raconte la demande de M. Charlotte, c’était fantastique. En fait, ils se sont fait un réveillon à 4 dans un chalet en montagne. A minuit, ils se fêtent la bonne année et s’amusent à gratter des jeux de la Française des jeux, ceux qu’on achète dans les enveloppes. Charlotte gratte et râle : rien de rien. « Putain, j’ai jamais de chance, moi ! ». Et là, son mec lui fait : « Mais, attends, tu m’as moi ! ». Et là, il se met à genoux et sort sa bague. Ben, franchement, M. Charlotte, il assure parce qu’elle ne l’a pas vu venir le bougre.

 

Enfin, voilà. Si vous voulez vous plaindre de mes dessins, je vous filerai le mail de Charlotte.

Episode 13

Oceany vérifia que personne ne rôdait autour de sa chambre puis elle enfila le CD-ROM qui contenait les fichiers volés dans le bureau de Bill. Elle commença à le consulter, mais la
porte s’ouvrit soudain, la faisant violemment sursauter. Elle ouvrit vite sur une nouvelle fenêtre afin d’empêcher son visiteur de voir ce qu’elle faisait, mais quand elle réalisa qu’il s’agissait
d’Oliver, elle soupira de soulagement. Il ne s’amuserait pas à fureter dans ses affaires.
« Tiens, Oliver, qu’est ce que tu viens faire ici ?
– Tu m’avais promis de jouer avec moi, hier, tu te souviens ? Je m’ennuie tout seul.
– Ah oui, c’est vrai…bon, c’est d’accord, mais pas trop longtemps, j’ai beaucoup à faire.
– Génial !  »
Il se précipita vers elle et grimpa sur ses genoux. Oceany lança le programme des jeux et ils commencèrent une partie de bataille sidérale, le jeu préféré du petit garçon. Elle était un peu ennuyée
de ce petit contretemps, mais elle ne pouvait rien refuser à son petit frère. Tout ce qu’elle faisait, sa lutte contre Technopolis, c’était pour lui. Il n’avait pas connu grand chose en dehors de
la guerre et de cette horrible cité, il n’avait pas pu apprécier les beautés de la nature qu’elle avait pu admirer, avant, ça leur était interdit, à présent. Elle lui avait souvent parlé des ciels
étoilés, des montagnes enneigées ou, tout simplement, du contact de la pluie et de son odeur sur sa peau, mais pour lui, ce n’était que des fables, des contes fantastiques au même niveau que les
sorcières et les dragons. Mais un jour, il pourrait connaître tout ça, lui aussi, elle se l’était jurée.
« Ouais, j’ai gagné !  » s’exclama-t-il, tout heureux.
Elle sourit et l’embrassa tendrement sur sa chevelure dorée et, à ce moment là, il lui posa une question qui la fit frémir.
« Ces trucs blancs, sur le jeun, c’est des étoiles, hein ?
– Oui.
– Pourquoi je les vois pas en vrai ?
– Parce que la bulle de verre qui est au-dessus de nous reflète la lumière de la ville et nous empêche de voir le ciel.
– Mais c’est pas juste ! Je veux voir les étoiles, moi !
– Je te jure qu’un jour, je t’emmènerai les voir.
– Quand ?
– Bientôt.
– C’est quand bientôt ?
– Quand tu seras sage. »
Oliver soupira, visiblement agacé d’entendre toujours la même réponse ; Finalement ? tous ses efforts pour être un gentil petit garçon ne servaient pas à grand chose. Il reprit sa manette et
recommença à jouer, mais il ne put pas finir sa partie car Oceany reçut de la visite. En effet, quelqu’un frappa à la porte et Mark entra, ce qui la surprit fort : qu’est ce qu’il pouvait bien
venir faire là ?
« Oliver, tu peux retourner dans ta chambre, s’il te plaît ?
– Oui. J’éteins juste le jeu.
– Non ! » s’écria-t-elle.
Oliver la dévisagea, interloqué, se demandant certainement ce qu’il avait pu faire comme bêtise pour qu’elle refuse ainsi de le laisser faire, mais s’il se trompait de fenêtre et ouvrait celle où
se trouvait les fichiers volés, elle était perdue. Elle lui sourit gentiment et lui sortit une excuse valable qui satisfit le petit garçon qui repartit dans sa chambre.
Elle resta un instant silencieuse, mal à l’aise. La dernière fois qu’elle s’était retrouvée seule dans une chambre avec lui, il lui avait carrément sauté dessus et elle n’avait aucune envie de
rejouer la même scène.
« Vous l’aimez beaucoup votre petit frère, hein ?
– Oui…vous voulez quelque chose ?
– Ouais, en fait…je venais m’excuser pour mon attitude d’hier, dans la chambre, je n’ai pas été correct, je m’en veux.
– Ce n’est pas grave, c’est déjà oublié. Au moins, on a mis les choses au clair sur ce sujet, il aurait fallu le faire à un moment ou à un autre.
– Ouais, c’est vrai. Je suis content que vous réagissiez comme ça, j’avais un peu peur que ça nuise à notre bonne entente. Je crois que ça aurait rendu mon père encore plus furax !
– Pourquoi ?
– Et bien, il trouve que vous êtes quelqu’un de bien pour moi, et s’il savait que j’ai failli tout gâcher en me comportant comme un idiot, il m’aurait passé un de ces savons ! Il est tellement
énervé, en ce moment, avec tout ce qu’il lui arrive.
– Qu’est ce qu’il lui arrive ?
– Kirstie s’est enfuie.
– Qui c’est, Kirstie ? demanda-t-elle en feignant de ne pas se souvenir d’elle.
– Notre esclave, vous savez, la noire. Elle a été aidée par des rebelles.
– Parce que les rebelles ont accès à nos étages ? Oh Seigneur, c’est plutôt inquiétant.
– Non, ils ne peuvent rien contre nous, ils sont trop faibles, ne vous en faites pas. De toute façon, mon père va tout faire pour les éliminer. D’ici quelques temps, les rebelles ne seront plus
qu’un mauvais souvenir. Bon, puisque tout est réglé, je ne vais pas m’attarder, j’ai à faire. A bientôt, Oceany. »
Il l’embrassa chastement sur la joue et repartit. Il était vraiment gentil, mais elle ne pouvait pas se permettre de ressentir quelque chose pour lui, c’était son ennemi.
Elle attendit un instant, puis retourna à son ordinateur pour pouvoir, enfin, étudier son CD-ROM. Elle consulta tous les fichiers concernant la constitution de la ville et en apprit ses points
faibles : les piliers. S’ils venaient à s’écrouler, la bulle de verre viendrait s’écraser sur la ville et détruirait tout, mais sacrifier tant de vies humaines était-il juste ? Non, certainement
que non, il faudrait penser à évacuer les gens avant de tout détruire, mais comment ? Il faudrait trouver un moyen de sortir hors le la ville et de permettre à ceux qui ne voulaient pas mourir de
partir.
Elle ouvrit d’autres fichiers peu intéressants, mais sa curiosité fut éveillée par l’un d’entre eux figurant sous le nom de confidentiel. Elle cliqua dessus et le lança, mais une fenêtre s’ouvrit,
lui informant qu’il lui fallait entrer le mot de passe ; elle tapa d’abord Bill, puis passa à Kelly et Mark, mais ça ne fonctionnait pas, alors elle essaya tout ce qu’il lui passait par la tête en
rapport avec Oxford, des noms de dictateurs les plus célèbres aux peintres de la Renaissance, mais aucun d’entre eux ne marcha. Au bout d’une heure, elle renonça et décida de partir rejoindre ses
amis, en bas : la nuit allait bientôt tomber et personne ne ferait attention à elle.
—–
    Kelly s’amusa à faire glisser son doigt sur le torse musclé de Bryan, qui ne réagit pas, habitué à ce petit manège. Elle adorait se retrouver seule avec lui dans le lit conjugal,
avec le risque de se faire surprendre qui augmentait son plaisir.
« Les rebelles sont montés jusqu’ici, déclara-t-il, soudain.
– Oui, je sais. C’est notre esclave qu’ils sont venus enlever, je te rappelle.
– Mais je croyais qu’avec les passes et tout ça, ils…
– Ils les ont volés, c’est pas plus compliqué que ça et je suis quasiment certaine de savoir qui les a aidés.
– Qui ?
– Oceany Antelwort Geller.
– C’est qui, celle-là ?
– La copine de Mark, voyons ! Elle est venue hier ici, et Kirstie a disparu le soir même et je suis la seule, dans cette maison, à trouver ça bizarre : Mark est complètement aveuglé par son amour
pour elle et Bill est persuadé que son fils est comme lui : il ne se trompe jamais. Quel crétin.
– Tu l’as épousé, pourtant.
– Je n’avais pas le choix, je n’ai fait qu’obéir aux ordres : il pense avoir le pouvoir absolu sur tous et ce n’est pas gênant tant qu’il se contente de décorer des salles ou, à la limite, de
lutter contre l’insécurité, mais on doit l’empêcher de faire des réformes, sinon tout va tomber à l’eau.
– Il ne fera jamais ça. Il est persuadé d’être omnipotent, une sorte de Dieu terrestre. Il est si fier de son succès qu’il ne changera rien, c’est certain, tout lui sourit.
– Espérons que tu aies raison. En attendant, surveille la petite Antelwort, je n’ai pas confiance en elle.
– OK, chef : si elle devient gênante, je ferai en sorte qu’elle soit…éliminée.
– Tu es vraiment parfait, ça mérite une récompense. »
Elle se pencha vers lui et l’embrassa fougueusement, tout en laissant sa main glisser sur son torse jusqu’à son sexe, afin de réveiller son désir.
—–
    Mai-Li se leva et rejoignit la nouvelle venue qui regardait la grande hélice, perdue dans ses pensées. Depuis son arrivée, elle n’avait quasiment rien dit, se méfiant de ses
sauveurs, ce que Mai comprenait parfaitement. Elle avait vécu la même chose quelques mois auparavant.
« Ca va ? demanda-t-elle à Kirstie, qui daigna cesser de regarder l’hélice pour porter son attention sur son interlocutrice.
– Oui.
– Je sais ce que tu ressens, j’ai été esclave, moi aussi. Ce n’est pas facile, au début, on se demande ce qu’on peut bien faire ici, enfermés dans cet horrible hangar sans pouvoir sortir, mais on
fait ça pour ton bien.
– Pour mon bien ? Je ne gagne rien, ici. En haut, j’étais prisonnière, mais ici, c’est pareil, j’ai pas le droit de sortir et, en haut, au moins, j ‘avais une chambre décente et une nourriture
correcte.
– Ici, tu retrouves ta dignité. Ils te traitaient comme un animal, là-haut, c’est tout simplement inadmissible ! On se bat pour faire respecter le droit de chacun et tu dois nous aider.
– Pourquoi ?
– Parce que ton droit le plus fondamental a été bafoué. Tous les hommes naissent libres et égaux en droit. Quels droits avais-tu là-haut ? Aucun, et tu n’es pas la seule dans ce cas, nous sommes
tous prisonniers, ici, il n’y a aucune liberté ! Nous ne pouvons pas aller où bon nous semble, nous sommes considérés comme inférieurs par rapport à l’élite et ça n’est pas normal. Au début, je ne
voyais pas l’intérêt de me battre pour tout ça, mais après réflexion, ça vaut le coup. Penses-y, Kirstie. »
La jeune noire retourna à sa contemplation de l’hélice, sans rien ajouter, indiquant à son interlocutrice que la conversation était terminée. Mai soupira et partit rejoindre Myo, son conjoint, qui
était en train de démonter un revolver de la police. Elle lui passa tendrement ses bras autour de son cou et l’embrassa sur la joue.
« Qu’est ce que tu fais ?
– J’essaie de le rendre plus performant : la police est vraiment sous-équipée, c’est pitoyable. Tu as parlé à la nouvelle ?
– Ouais : elle ne sait pas trop où elle en est, pour le moment, mais je pense qu’elle ne tardera pas à nous rejoindre. C’est toujours dur, au début.
– Mmm…je m’en souviens, en effet. Il est temps que tout ceci finisse, j’en ai marre de cette société.
– Moi aussi, mais on n’est pas encore prêts, il faut attendre. »
Myo ne répondit pas et recommença à trafiquer l’arme, jusqu’à l’arrivée d’Oceany, suivie de près par Maria.
« Bonsoir ! s’exclama la première d’entre elles. Ca va ?
– Oui, je suis en train de vous préparer un petit bijou.
– Et Kirstie ?
– Je lui ai parlé, ça devrait aller.
– Tu as lu le CD-ROM ? lui demanda Maria.
– Oui, j’ai après quelques trucs intéressants sur la ville, mais il me manque un mot de passe pour accéder au fichier confidentiel. J’ai beau m’être creusé la tête tout l’après-midi, je ne l’ai pas
trouvé. Enfin, si on veut détruire la ville, il faut s’attaquer aux quatre piliers.
– C’est parfait : on passe à l’action quand ?
– Enfin, Maria, réfléchis un peu : on ne peut pas faire ça, ça tuerait trop de gens innocents.
– La fin justifie toujours les moyens.
– Je refuse de faire ça, un point c’est tout. Nous nous battons pour rendre aux gens leur liberté et leurs droits, pas pour les tuer. Pour foutre toute cette ville en l’air, il faut s’attaquer à ce
qui fait sa force.
– C’est à dire ?
– L’informatique. On vous appelle les exclus parce que vous n’êtes pas équipés, vous ne pouvez que difficilement survivre dans cette ville à cause de ça. Les ordinateurs ont remplacé l’argent. Vous
en avez, tant mieux, vous n’en avez pas, tant pis. Si on trouvait le centre informatique de la ville et qu’on le détruisait, Technopolis serait paralysé et les gens paniqueraient assez vite, ce qui
créerait une révolte qui briserait tout sur son passage.
– D’accord, on va essayer ça, mais si ça ne marche pas, je fais tout sauter, avec ou sans ton aide. »
Maria lui jeta un regard noir et repartit vers un autre groupe qui préparait une expédition dans le parc, pour voler d’autres passes : on n’en avait jamais assez. Myo observa un instant leur chef
d’un air interrogateur, puis finit par formuler sa question :
« Qu’est ce qu’il lui prend ?
– Elle a une dent contre moi, je vais aller lui parler, quand elle rentrera, pour la calmer, un peu. On doit être soudés au maximum. Au fait, comment va Wadeker ?
– Il est plutôt calme, ça va, il ne fait pas d’histoire. Un vrai prisonnier modèle.
– Mmm…je pensais à un truc : il faudrait qu’il discute avec Kirstie.
– En voilà une drôle d’idée ! s’exclama Mai.
– Peut-être pas. Je pense qu’il sera révolté quand il apprendra que Bill Oxford avait une esclave , car c’est de l’abus de pouvoir. Et peut-être qu’en voyant sa réaction, Kirstie se rendra compte
que ce qu’elle a vécu était inadmissible et acceptera de se battre avec nous pour changer tout ça.
– Je ne sais pas si ça va marcher.
– On peut toujours essayer. Je vais déjà commencer à préparer le terrain et, avec de la chance, nous aurons bientôt un nouvel allié dans l’élite. Ca marche ?
– Si tu penses que ça peut marcher, pourquoi ne pas essayer ? répondit Myo. Après tout, on n’a rien à perdre.
– Exactement. Bon, je vais discuter avec Wadeker pour le sensibiliser, un peu et, quand j’aurai fini, on y enverra Kirstie. Je suis certaine que ces deux-là auront un tas de choses à se dire. »

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