Sur les rotules

Depuis quelques temps, me voici devenue une working girl. C’est plutôt une bonne nouvelle, vu ce que j’ai galéré pendant les 6 derniers mois. Cette semaine, j’ai donc entamé un nouveau stage. Problème : la masse de travail est énorme et je suis pour l’instant seule à l’accomplir. Jeudi et vendredi, ce fut donc après-midi boulot chez Michel pour déblayer un peu le terrain. Résultat : mon week-end à Toulouse va être des plus réduits car je dois être de retour lundi à 8h. C’est parti pour un week-end marathon.

 


Jeudi, je sors de ma première réunion et j’ai compris : inutile d’espérer pouvoir partir le lendemain en province, j’ai encore une réunion et elle va finir tard. Effectivement, elle a terminé à 21h. Bon, c’est le début, ça va se calmer après. Donc je prends le train samedi à 7h30. Oui, vous avez bien lu, moi, dans un train à 7h30. Samedi, 6h, mon réveil me tire de mon sommeil. Fais chier, je serais bien restée au lit. Et c’est parti pour une des journées les plus longues de l’année. Je me lève, je m’habille, je finis mon sac et 6h30, je sors de chez moi (je me suis pas maquillée, ça fait gagner du temps). 7h, me voilà arrivée à la gare donc avec une demi heure d’avance qui m’ont servi à boire un café. Dans le train, ô misère, je tombe dans un compartiment, c’est impossible de dormir là-dedans, je fais comment pour finir ma nuit, moi ? Autant ne plus y compter. Heureusement, à Limoges, je change de train et dans le nouveau, y a de la place donc je dois dormir/somnoler deux bonnes heures. Sauf que dormir dans le train, ça fait mal au dos et aux cervicales. Donc décision : cet après-midi, je fais la sieste sinon, je ne tiendrai pas.

Arrivée à la gare, je retrouve mes parents et là, on croise la mère d’Anne qui vient justement chercher sa fille. On reste un peu à papoter et voilà justement Anne qui me propose de passer chez elle. Donc, je rentre chez mes parents, je jette mon sac dans un coin, mon linge dans la machine (oui, pour les draps, un sèche-linge, c’est top et je n’en ai pas), mon café dans le gosier, Technopolis sur le blog et je repars. Après-midi chez Anne à me gaver de thé et de café car je sais que je pourrai plus dormir. On papote de nos vies, de nos hommes (surtout d’eux, des oreilles ont dû siffler samedi après-midi), on dit un peu de mal des gens mais pas trop. Bref, un après-midi normal entre filles.

18h15, retour chez moi, opération « douche ». Mmmm, que ça fait du bien. Sauf que le drame se noue. En sortant de la douche, je tends la main pour attraper mes vêtements posés sur le rebord de la baignoire (oui, dans la salle de bain de mes parents, y a une cabine de douche ET une baignoire) et je fais tout tomber dedans. Ce qui est ennuyeux car il y a un phénomène de reflux donc toute l’eau que j’ai utilisée pour me laver stagne au fond de la baignoire et mes fringues trempent désormais dedans. Et merde ! Donc je fais une expédition punitive dans le placard de ma mère qui, heureusement, se fringue bien et fait la même taille que moi. Du coup, je suis à la bourre, je me maquille en parlant à ma maman qui venait de finir ses courses (dont la carte de vœu pour Gaugau, une carte miniature…).

Je pars enfin pour Toulouse, je perds une plombe à la station essence puis je prends l’autoroute. Arrivée sur place, je récupère Lucie et on va manger chez un couple d’amis. Première partie de la soirée calme, on mange des pizzas tout en jouant à la belote. Ben, mine de rien, j’adore la belote et ça devait faire plus d’un an que j’avais pas joué et ça m’a fait bien plaisir, surtout que mon partenaire et moi avons rétamé Lucie et son collègue lors de la deuxième partie. Bon, nous, on avait du jeu et pas eux. D’ordinaire, j’ai pas de chance aux jeux, moi, j’espère que je ne dois en tirer aucune conclusion… (je plaisante).

Nous sommes arrivées à 20h30. 22h, Gauthier commence à nous harceler pour qu’on se dépêche mais on finit notre repas-belote quand même surtout que j’apprends par Lucie que je dois récupérer trois personnes au passage. Sympa de me prévenir, c’est quand même moi qui conduit. Bon, on finit par partir vers 22h45 puis on tourne dans Toulouse pour récupérer les 3 personnes et on part enfin chez Mister Big. Ô miracle, on trouve une place en bas de chez lui, même pas besoin de faire un créneau. J’étais partie sur un : « à 1h, je me casse ». Finalement, le temps qu’on parle, qu’on fasse les cadeaux et tout ça, on décolle un peu avant 3h, je redépose mes passagers de l’aller moins une et je finis finalement par me coucher à 4h, totalement épuisée. Je ne m’endors qu’une demi heure plus tard.

Le lendemain mati, j’émerge à 12h30 et c’est reparti. Un bisou à ma mamie qui est venue manger, une douche vite fait avec lavage de cheveux obligatoire et hop, on déjeune. On mange sans se presser en avalant les infos, arrêt sur images (ouais, j’ai enfin réussi à faire regarder cette émission à mes parents !), les Guignols et le zapping. On débarrasse, je fais un tour rapide sur le net pour lire mes mails et les comms sur le blog. Je redescends, ma grand-mère part, je lui fais un bisou. Puis comme il est hors de question que je m’allonge et qu’il n’est que 14h30 (mon train étant à 16h39), on décide d’aller faire un tour dans la nouvelle voiture de ma mère, qui a la particularité d’être décapotable. Yeah. Je fais donc mon sac et vers 15h, nous voilà parties sur les routes de la campagne. Bon, c’est super agréable de se balader en décapotable, faut le dire, même si la luminosité me dérange un peu au départ. Bon, au bout d’un moment, la gorge me gratte et mes yeux se mettent à pleurer mais ce n’est pas très grave. Ca fait longtemps que mon allergie au pollen ne s’était pas à ce point manifestée.

Le problème, c’est qu’on se promène, on se promène et qu’à un moment, je fais : « maman, mon train part dans 20 minutes ». « Maman, mon train part dans 10 minutes… ». « Maman, a priori, je n’aurai pas mon train et le prochain me fait arriver à 23h50. » Bon, on va quand même à la gare, j’arrive et je vois que le train est là, voie 2, donc je prends les escaliers en courant avec ma valise qui pèse un peu quand même, j’arrive sur le quai d’en face, le coup de sifflet vient de retentir mais une porte est encore ouverte, deux contrôleurs discutant donc j’essaie de me jeter à l’intérieur mais ils me bloquent : « non, mademoiselle, aucun passager de cette gare ne peut monter dans ce wagon. » Bon, sur le coup, je me dis que je suis tombée sur un farceur mais apparemment, non, ce n’est pas le cas. Il m’a expliqué mais je n’ai rien compris et je m’en fous : le train est encore ouvert, je suis sur le quai, je veux monter. Il me dit qu’il y a une majoration de 35 euros, je réponds que je les paierai mais je veux partir ! Heureusement, le contrôleur du train est plus sympa, il me fait monter avec la promesse que je change de wagon à l’arrêt suivant (c’est un grand convoi avec deux TGV collés). Je m’installe donc tout au bout du premier TGV et docile, à l’arrêt suivant, je descends et je change de place. Sauf que la SNCF est très joueuse, elle ne m’a attribuée aucune place précise…Je trouve cependant une banquette libre, je m’y installe. A l’arrêt suivant, personne ne vient me chasser de là, un gars vient s’asseoir à côté de moi et m’explique que, comme moi, il n’a aucune place attribuée… Décidément ! Surtout que le train est loin d’être plein… Enfin, je suis assise. Au menu : écriture puis quand l’ordinateur bippera la fin de sa batterie, je lirai avant de m’assoupir. En rentrant chez moi, j’ai beaucoup de boulot mais ça attendra. Ce soir, je ne fais rien, ça me changera de ce week-end. En tout cas, j’aurai réussi en 26 heures à voir mes parents, ma mamie, Gauthier, Mister Big, Lucie, Emma et Anne, à fêter un anniversaire, faire deux parties de belote, boire un peu (Mister Big, ton margarita fraise, mmmm), me faire un nouvel ami qui est une machine à compliments, mettre mon blog à jour, faire une balade avec ma maman et apprendre les derniers potins de la famille (Gaugau, parenthèse pour toi : mon cousin pas beau de 20 ans va être papa… au secours), faire une lessive, prendre deux douches (dont une où je me lave les cheveux), noyer mes vêtements… Finalement, y a que dormir qui manque à la liste. Et le week-end prochain, le frère de Gauthier monte… Seigneur !

 

Episode 12

Oceany referma la porte de la cellule avec le cadenas et rejoignit tous les autres qui s’affairaient, ne se préoccupant absolument pas d’elle, à
l’exception de Mai-Li qui l’attendait un peu plus loin, assise sur un vieux fauteuil à moitié défoncé. Depuis quelques temps, la Chinoise semblait fatiguée et Oceany s’inquiétait pour elle. Si
elle était malade, elle ne pourrait pas consulter de médecin : elle était une fugitive. La jeune Chinoise lui sourit et fit un signe de la tête en direction d’un siège voisin, l’invitant
ainsi à s’asseoir.
« Alors ?
– Je crois que c’est mal parti, il est complètement endoctriné. J’arrive pas à comprendre comment des gens intelligents, comme lui, peuvent se
laisser embobiner comme ça . Même ma mère est en train de changer de camp : plus le temps passe, plus on est seuls. Il faudrait peut-être accélérer le mouvement.
– Non, il ne faut pas se précipiter, on risquerait d’échouer et tu sais bien qu’on n’a pas le droit à l’erreur.
– Mmm. J’aimerais quand même bien savoir comment ils font. A propos, nous avons une mission spéciale, ce soir : libérer une nouvelle
esclave.
– Je ne crois pas que ce soit une bonne idée. Ils ont installé un nouveau système de sécurité à la prison et on va avoir énormément de mal à
passer.
– Oui, mais l’esclave dont je parle n’est pas en prison, mais chez Bill Oxford.
– Quoi ? Tu es folle, on ne peut pas faire ça !
– Enfin, Mai, on ne peut pas laisser faire ça ! Toi qui a été esclave, ça devrait te révolter encore plus que moi : ils la traitent comme
un animal, c’est vraiment atroce, on doit agir.
– C’est trop dangereux, Oceany, tu vas te faire attraper.
– Qui ne tente rien n’a rien, je veux y aller.
– Aller où ?  »
Maria se tenait à présent devant elles et les regardait d’un air interrogateur, se demandant sans doute ce qu’elles étaient en train de
manigancer.
« J’ai découvert cet après-midi que Bill Oxford avait une esclave et je veux, non, je dois aller la libérer, parce qu’il n’a pas le droit de
traiter un être humain de la sorte. Mais Mai ne veut pas que j’y aille.
– Elle a raison, tu ne dois en aucun cas te faire prendre. Juan et moi, on va se charger de cette histoire. Tu as pu accéder à la
mairie ?
– Oui et j’ai pu leur voler pas mal d’informations, mais je n’ai pas encore eu le temps de voir de quoi ça parlait.
– D’accord. Raison de plus pour que tu n’y ailles pas : si tu te fais attraper, on ne pourra jamais avoir accès à ces informations. Bon, on va
attendre une heure pour être tranquille, puis on va s’occuper de cette fille.
– Je vais vous faire un plan pour vous expliquer comment accéder à sa chambre…si on peut appeler ça comme ça. »
—–
            Oceany regarda sa montre et soupira. Ils mettaient beaucoup de temps pour libérer
Kirstie, ça devenait inquiétant. Et s’ils s’étaient fait attraper ? Elle espéra que ce n’était pas le cas, mais ça ne la réconforta pas vraiment. Ce n’était pas en restant les bras croisés
dans cet entrepôt qu’elle pourrait les aider. Mai-Li vint s’asseoir à côté d’elle et lui passa la main dans les cheveux.
« Ne t’inquiète pas, je suis sûre que tout se passe bien, ils ne vont pas tarder à rentrer.
– J’espère vraiment que tu as raison, mais j’ai des doutes. Je n’aurais jamais dû les envoyer là-bas.
– C’est une mission risquée mais nécessaire. L’esclavagisme est tout simplement inadmissible et nous sommes les seuls à pouvoir y mettre un
terme.
– Comment ça se fait que nous soyons si peu nombreux à nous rebeller ? Ca m’échappe, ça : je ne peux pas être la seule élitaire à me rendre
compte de la situation.
– Ils sont tous heureux, dans leur petit appartement luxueux, que demander de plus ?
– De l’air pur, de pouvoir regarder les étoiles, de pouvoir sentir l’odeur de la pluie…J’ai l’impression d’être la seule à qui ça manque, tout ça…ils
préfèrent vivre dans leur bulle géante, bien tranquilles. Moi, je ne rêve que de sortir de là.
– Patiente un peu, ce sera bientôt possible.
– Mmm…cet air en conserve n’est pas bon : tu as mauvaise mine depuis quelques jours, et plus vite on aura fini, mieux ce sera pour toi. De toute
façon, toutes ces ondes électromagnétiques doivent être néfastes, à la longue.
– Ne t’inquiète pas pour moi, je vais bien. Si j’ai l’air fatigué, ces derniers temps, c’est parce que…je suis enceinte. »
Oceany regarda son amie, muette de surprise et partagée entre deux réactions : d’une part, elle était heureuse pour son amie et son compagnon,
mais d’un autre côté, ce n’était pas du tout prudent, compte tenu de leur situation actuelle.Mais elle ne voulait pas inquiéter la future maman et décida donc de lui manifester sa joie. Elle la
prit donc dans ses bras et la serra fort.
« C’est formidable ! Ca fait combien de temps ?
– Trois semaines.
– Et tu me le dis que maintenant ?
– Je ne savais pas comment tu réagirais parce que…nous sommes des fugitifs et on ne peut pas s’encombrer d’une femme enceinte, et…
– Arrête ! Tu es notre amie et on t’aidera à te sortir d’ici, enceinte ou pas. Je… »
Elle fut interrompue par le vombrissement des motos, annonçant le retour de Maria et Juan. Quand elle les vit entrer dans le hangar en compagnie de
Kirstie, elle se sentit profondément soulagée. Elle alla à leur rencontre et se chargea d’accueillir Kirstie.
« Je suis heureuse de vous revoir, Kirstie ! Je vois que tout c’est bien passé.
– Ca a été juste, expliqua Juan. Oxford ne traite pas sa propre sécurité à la légère. On a dû semer tout un groupe de vigiles, ça n’a pas été facile,
mais tu sais bien qu’on est les plus forts ! Apparemment, M Oxford a installé un système d’alarme qui prévient immédiatement la police. Bon, je vais m’occuper de Kirstie, lui présenter tout
le monde et lui montrer sa nouvelle chambre, si on peut appeler ça comme ça. Tiens, je t’ai volé ça pour toi, chez Oxford. »
Il lui jeta quasiment l’objet à la figure et partit sans même attendre qu’elle ait regardé ? elle regarda le cadeau et soupira : il
s’agissait d’une photo de Mark. Il avait apparemment du mal à accepter ses futures fiançailles, mais elle n’y pouvait rien, il ne fallait pas la blâmer. Il ressentait cette alliance comme une
sorte de trahison : leur amie qui se lie à l’un de leurs pires ennemis, ça paraissait peu concevable. Maria passa à côté d’elle et la bouscula légèrement, mais ne s’excusa pas ; il
devenait urgent de calmer les esprits. Mais ce soir-là, elle était trop fatiguée pour ça, elle n’avait aucune envie de subir ce genre d’épreuves. De toute façon, elle n’était pas à un jour
près : tant qu’ils ne se lançaient pas à l’attaque de Technopolis, ils n’avaient pas besoin d’être absolument soudés. Mais dès que la mission commencerait, la moindre erreur aurait d’énormes
conséquences.
Elle abandonna la photo sur une table, pour indiquer à Juan qu’elle ne ressentait rien pour le jeune homme et retourna au centre du hangar, à côté de
Mai qui étudiait un plan de la ville. Elle regarda longuement la porte de la cellule d’Ethan : quel camp allait-il choisir ? Elle ne pourrait pas le forcer à être de leur côté. Au
contraire, ça ne le rebuterait qu’encore plus. Mais il était nécessaire de le convaincre de rejoindre leur camp : ça leur ferait un allié de taille. De plus, elle ne pouvait pas le libérer
tant qu’elle n’était pas absolument certaine qu’il ne révélerait pas son secret mais ils n’étaient pas en mesure de le garder prisonnier indéfiniment. Déjà, ils n’avaient jamais envisagé la
possibilité de retenir quelqu’un et avait dû sacrifier une chambre pour en faire une cellule.
Mais ce n’était pas pour ces raisons qu’elle aurait aimé qu’il les rejoigne, mais parce qu’elle l’appréciait et qu’elle savait qu’il se donnerait
corps et âme pour leur cause. Ils avaient besoin de gens surmotivés car d’un point de vue objectif, ils n’avaient quasiment aucune chance. Mai-Li lui montra quelque chose sur la carte en lui
faisant un bref exposé de la situation, mais elle ne l’écouta pas, perdue dans ses pensées, essayant de se convaincre qu’Ethan Wadeker allait les rejoindre. Mais il était si endoctriné, comment
faire pour le convaincre qu’il avait tort ? Mais elle n’était pas prête de baisser les bras, elle avait encore quelques arguments dans la poche.
 
 
Chapitre 8
 
            Bill s’étira longuement puis observa un instant sa femme qui était en train de
dormir à ses côtés. Elle était si belle, si désirable…elle ne l’aimait pas, il le savait, elle était uniquement attiré par son pouvoir. Mais il ne voulait pas se séparer d’elle, car il avait
besoin des rares moments d’amour qu’elle consentait à lui accorder. De plus, cette relation l’excitait particulièrement et lui prouvait chaque jour que le pouvoir pouvait tout lui offrir. Le
pouvoir. Rien qu’à entendre ce mot, il entrait quasiment en transe : il contrôlait toute cette ville et les idiots qui y vivaient et qui lui accordaient une confiance aveugle.
Au bout d’un instant, il se leva enfin du lit et enfila une robe de chambre pour descendre dans la cuisine, où il s’installa tranquillement, mais il
remarqua immédiatement l’absence de Kirstie. De toutes les esclaves de Technopolis, il avait fallu qu’il tombe sur la plus feignante de toutes. Il se leva brusquement et se rendit jusqu’à la
chambre de la jeune femme, pour lui apprendre l’exactitude. Il ne supportait pas de se lever le matin et de constater que rien n’était prêt, ça le mettait de mauvaise humeur pour toute la
journée.
Il appuya énergiquement sur le bouton de la porte de la chambre pour l’ouvrir et quand le passage fut libre, il entra dans la pièce et commença à
crier, mais il s’arrêta instantanément : elle était vide. Où était passé son esclave ? Il inspecta rapidement la maison en l’interpellant, réveillant au passage sa femme et son fils,
mais il ne trouva trace de la jeune femme : était-il possible qu’elle se soit enfuie ?
Kelly le rejoignit, visiblement agacée par tout ce remue-ménage et lui demanda ce qu’il se passait.
« Kirstie a disparu.
– Quoi ? Qu’est ce que tu racontes ?
– Quel mot tu n’as pas compris dans la phrase : Kirstie a disparu ? Elle s’est échappée.
– Voyons, c’est impossible ! Cette maison est surveillée nuit et jour, elle n’a pas pu s’enfuir sans être repérée.
– Et pourtant…je vais consulter la police pour voir ce qu’il s’est passé. Ces maudits robots ne sont pas fiables, il va falloir y
remédier. »
Il se précipita vers le visiophone et demanda un compte-rendu de la soirée ; il apprit ainsi que des intrus s’étaient introduits chez lui et
avaient fui avec deux motos qui avaient été volées quelques temps auparavant. Il demanda à voir la vidéo surveillance des robots qui avaient poursuivis les fuyards et reconnut parfaitement
Kirstie, mais les deux autres portaient d’étranges masques, empêchant toute identification. Quand il eut fini de consulter les images, il raccrocha et retourna à la cuisine où il retrouva Kelly
et Mark, qui semblait avoir été mis au courant de la situation.
« Ce sont des rebelles qui ont fait le coup, avec des motos volées à la police. Cette histoire est profondément humiliante, que vont penser mes
citoyens ?
– Ils n’en penseront rien car ils ne sauront rien : qui pourrait parler ? Peu de gens savent que nous avons une esclave et ceux qui
remarqueront la disparition de Kirstie, nous dirons que nous l’avons changée parce qu’elle n’était pas assez compétente et travailleuse. Quant à la police, ce ne sont que de vulgaires robots, à
qui veux-tu qu’ils racontent ça ? Et tu n’as aucun soucis à te faire pour la presse, puisque c’est toi qui la contrôle. Personne ne sera au courant de cette histoire.
– Comment savaient-ils que Kirstie était ici ? questionna Mark.
– Je n’en sais rien. Et comment ont-ils pu monter jusqu’ici ? Ils doivent avoir des alliés jusque dans l’élite.
– C’est ridicule : qui pourrait vouloir semer la pagaille ici ? C’est tellement merveilleux !
– Il y a toujours eu des anarchistes, des asociaux, des révolutionnaires…enfin des gens qui n’ont aucun respect pour le pouvoir et la société et font
tout pour tout détruire. Tu vois, Mark, mon but est d’éliminer ces gens pour que tous puissent être heureux et vivre sans crainte. J’espère arriver à mes fins avant ma mort, mais si j’échoue, je
souhaite que tu reprennes dignement le flambeau.
– Je te le promets, papa.
– Bien. Bon, je vais aller m’habiller, sinon je vais être en retard. »
Il quitta la cuisine et se rendit dans sa chambre pour enfiler un de ses costumes sombres, mais il n’eut pas le temps de finir de s’habiller que
Kelly le rejoignit.
« C’est elle, déclara-t-elle.
– Quoi ?
– Je parie qu’Oceany Antelwort Geller est mêlée à toute cette histoire.
– Qu’est ce que tu racontes, voyons ? C’est la future fiancée de mon fils, dont tu parles, je te le rappelle.
– Je sais, mais réfléchis un peu, Bill. Elle est venue ici hier et a fait la connaissance de Kirstie et comme par hasard, le soir même, les rebelles
viennent la libérer. Tu ne trouves pas ça bizarre ?
– Comme tu l’as dit, c’est un hasard. Oceany n’a aucune raison de faire ça, cette idée est ridicule.
– Vraiment ? Ils ont un complice parmi nous, sinon comment se seraient-ils procurés les passes ? Je n’ai pas de preuves mais pour moi, il
n’y a pas l’ombre d’un doute : Oceany est contre nous.
– Je n’ai pas le temps de partager tes délires, Kelly, je suis en retard. On en reparlera ce soir. »
Il acheva d’attacher sa cravate et passa à côté de sa femme pour sortir, sans même lui accorder un regard : il n’était pas question pour lui
d’envisager que sa future belle-fille puisse être une menace pour lui. Il avait le pouvoir absolu sur tous les élitaires et Oceany ne faisait pas exception à la règle.

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Que c’’est indécent !

La vie est une chose vraiment curieuse. En ce moment, je ne cesse de m’émerveiller sur les surprises qu’elle me fait. Enfin, mon ange gardien s’est réveillé et là, il se fait pardonner des looses subies depuis octobre. Après 6 mois de sales coups, là, je cumule les coups de chance.

 

Donc, il y a trois semaines, je commençais un CDD et j’en étais plutôt contente. Un boulot dans le journalisme, c’était rêvé. Mais voilà, au bout d’une semaine et demi, je retrouve mes vieilles angoisses : après, je fais quoi ? On arrive au mois de mai, c’est bientôt les vacances DONC les DRH s’en foutent de ma candidature, ils verront ça plus tard. Dois-je griller ma super idée de candidature maintenant ou attendre septembre ? Et je fais quoi en attendant ? Je commence à me dire que je vais faire de l’interim en attendant septembre de pouvoir me réinscrire à la fac et faire des stages au besoin. Mais m’inscrire en quoi ? Maman, au secours, je suis perdue ! Donc, je commence à emmerder ma sœur : faut qu’on se voie, faut qu’on mette un plan sur pied. Oui, j’ai promue ma sœur « agent de la Nina ».

Jeudi, avant dernier jour de travail, je fais tranquillement mon boulot en vérifiant de temps en temps mes mails. Là, je vois un mail d’un dénommé Simon Jospin intitulé : « stage, urgent », en gros. Je jette un œil, le CV des gens avec qui je vais travailler me pousse à répondre de suite : CELSA, HEC, Science Po (Paris), oh pinaise ! Je VEUX ce stage. Donc je réponds aussi sec : « je suis disponible à partir de demain mais attention à la convention de stage, j’en ai pas ». Une heure plus tard, Simon me remercie de ma réponse rapide et me dit qu’il me recontacte dès que possible.

Le lendemain, alors que je commençais à désespérer, « tititit », mon téléphone sonne, un numéro que je ne connais pas. C’est mon ami Simon ! Il veut me voir de suite, il me propose un entretien samedi mais je refuse : je préfère passer ma journée avec Alex. Donc rendez-vous est pris pour lundi. Lundi matin, téléphone : Simon m’annonce que le rendez-vous est avancé de 30 mn et que je ne le verrai pas puisqu’il travaille (il est avocat). J’aurai donc rendez-vous avec Michel et Karima, deux autres membres de l’association. Comme j’étais prête, cette petite demi-heure ne me gêne pas. J’enfile mon tailleur (oui, j’aime bien mettre des tailleurs donc j’en profite), mes chaussures à talons (là, j’aime moins) et c’est parti. Je trouve le lieu sans trop de problème, j’appelle Michel qui m’introduit dans un appartement, il me présente Karima. Bon, désolée de faire de la discrimination physique mais ces deux là ont une bonne bouille, ce doit être de jeunes trentenaires qui ont l’air d’avoir 25 ans à tout casser. D’ailleurs, à la fin de l’entretien, quand je parle des difficultés que je peux rencontrer à cause de ma tête de Bisounours (disons qu’on me prend toujours pour la petite stagiaire de 20 ans) et Michel me fait : « Ah ben, on a le même problème ! ».

Première phase : qui sont-ils ? Une association qui sera créée dans les prochains jours mise en place par des gens brillants. Leur mission en gros : aider les jeunes à se faire une place dans les milieux politique, économiques et syndicaux. Donc ma mission : une revue de presse quotidienne sur le sujet, faire du lobbying auprès des partis, entreprises et syndicaux, s’entretenir avec des universitaires sur le sujet… Dans mes yeux, des étoiles s’allument. Je vois mon carnet d’adresse qui se remplit. Je vois une envie de m’investir. Je vois des articles passionnants. Je vois des rencontres avec des gens hautement cultivés et intéressants. Ok, c’est vendu, je veux être prise.

Deuxième phase : qui suis-je ? Ah, partie que je commence à maîtriser. Je balance mon press book qui impressionne toujours un peu (oui, en trois ou quatre ans, j’ai multiplié les expériences mais je dois le refaire). J’explique que je suis une grande curieuse qui adore découvrir de nouveaux horizons, d’où mon CV assez particulier (en gros : du sport, du local, du féminin, des relations internationales, de l’universitaire…) mais je détaille. Je suis trop jeune pour m’enfermer dans un style et j’adore m’attaquer à de nouveaux domaines. J’ai une grande capacité d’adaptation et je suis opiniâtre, ça tombe bien. Rien ne me fait peur. Karima m’explique que je dois gérer la rédaction ET la communication, faire la journaliste et l’attachée de presse. Là, grand sourire : « oui, en temps normal, journalistes et attachées de presse ne s’aiment pas. Moi, au contraire, ça me plaît de coiffer plusieurs casquettes. Au niveau de l’expérience, c’est idéal. » Bon, j’avoue, je suis super motivée donc c’est facile de rebondir sur tout ce qu’on me dit pour m’exclamer : « ah ouais, super, je veux ! ». Bon, il y a le petit souci de la non-convention de stage mais on verra. J’explique que je comprends leur démarche : j’ai des amis dans la politique, j’ai connu les syndicats étudiants et à peine sortie de là, j’ai découvert le monde du chômage. J’ai fait un tabac, d’ailleurs, avec la phrase : « J’ai quitté le monde universitaire pour entrer dans celui du chômage », ça les a fait mourir de rire. Comme je suis trop drôle comme fille, je le fais même pas exprès.

Phase trois, la plus surprenante. Mes deux nouveaux amis me disent :

« Maintenant, on va te laisser cinq, dix minutes pour préparer une interview de Michel.

– Oui mais sur quel sujet ?

– Ben, sur l’association. Mais tu dois faire une interview négative, genre notre association ne sert à rien. Fais ton Fogiel ».

Donc me voilà seule pendant dix minutes et je me prépare à faire ma chienne. En gros, je passe en mode : les jeunes ne sont que des sauvageons qui pètent tout, qui en ont rien à foutre de la politique, de toute façon, et dès qu’on leur propose des solutions pour trouver du boulot (CPE), ils crachent dessus. Nina, odieuse journaliste réac, c’est moi. L’interview commence mais soudain, le ou la candidate suivante appelle donc Michel nous abandonne quelques minutes et Karima me fait :

« Mais tu écris quoi, là ?
– Ben, les réponses qu’il me donne.
– Ah bon, tu notes tout ?
– Ben oui, on me dit de faire une interview, je le fais à fond. »

Bon, bref, fin de l’interview, on en parle un peu. Michel maîtrise parfaitement bien son discours et me renvoie tous mes arguments à la figure sans la moindre agressivité. Les propos sont simples et cohérents, j’apprends pas mal de choses sur leurs objectifs et l’association, ça me rassure. Le but n’est pas de foutre les vieux dehors mais de permettre aux jeunes d’avoir une représentation équivalente à leur poids dans la société. Je dis :

« Oui, enfin, les questions que j’ai posées doivent être assez classiques.

– Ah non, non, pas du tout, certaines ont été très surprenantes ! »

Bon, j’ai essayé de mettre au max des références d’actualité pour montrer que j’avais un peu de culture.

On se sépare là, Michel m’explique qu’ils m’appelleront mercredi pour me donner la réponse car je ne suis pas la seule sur les rangs, une autre personne attend d’ailleurs dans la pièce voisine. Merde, je croyais être la seule sur les rangs. Je pars, plutôt satisfaite de moi-même. Même si j’ai un peu peur de ma non convention de stage, je l’avoue.

Mercredi, 13h, téléphone sonne. C’est Alexandre : « t’as pas de nouvelles ? ». Bah non. 15h30, pas de nouvelles, pas de mails. 16h, toujours rien, c’est le désert. Enfin, le téléphone sonne, je sais que c’est Michel mais mon téléphone refuse de fonctionner. Enfin, on arrive à communiquer et là, il m’annonce la nouvelle : « on voudrait que vous rejoigniez nos rangs ! ». Yes !! En résumé : j’ai été la meilleure. Aujourd’hui, premier déjeuner avec mes nouveaux collègues, j’ai hâte. Je suis extrêmement motivée, ce stage est une chance en or. Je commence de suite et ce jusqu’en septembre, je serai payée 300 euros par mois. C’est pas énorme mais entre un boulot rémunéré n’ayant aucun rapport avec mon métier et ce stage, il n’y avait même pas à hésiter.

Depuis toujours, j’ai pu compter sur ma bonne étoile. Elle avait un peu disparu pendant 6 mois mais là, elle brille à nouveau : vie pro, vie privée, tout me sourit. Bon, il y a une petite ombre au tableau puisque le médecin a confirmé que ma mère avait un lupus mais c’est la forme bénigne de la maladie. Normalement, avec les médicaments, ça ira. Elle a également un accident en sortant de la clinique où elle venait d’apprendre le diagnostic mais seule la portière a morflé (et le malus, aussi, ça fait le deuxième accident en un mois où elle est totalement en faute). Rien de grave, en somme mais quelque part, ces ombres me rassurent un peu. Tant de bonheur, c’est limite indécent.

 

Accusé de réception

« Cher Père Noël,

Alors que je m’apprêtais à écrire à ton SAV pour dire que j’avais pas reçu l’homme idéal que j’avais commandé, le voilà qui m’arrive enfin ! Avec une semaine de retard sur le délai que je t’avais demandé mais on va pas chipoter pour une semaine. J’avoue que ce fut une belle surprise, je l’ai pas vu venir. Tu as plutôt bien respecté mes demandes, excepté les yeux verts et les 3 heures de train… Oui, faudra un jour qu’on m’explique comment je me débrouille pour toujours trouver des mecs qui vivent loin. Bon, je te confesse que tu as bien respecté certaines de mes demandes, comme la barbe (mmmm…), le beau profil, l’humour, la culture… Et il est même pas allergique aux chats, même si, pour l’heure, il n’apprécie pas trop Kenya. Bon, ok, c’est pas sa faute, elle est particulièrement chiante en ce moment.

Laisse-moi te raconter un peu l’arrivée de ton cadeau dans ma vie et surtout la livraison. Donc, comme je te disais, ce fut une belle surprise, je ne m’y attendais pas (ou plus, comme tu veux). Dès notre première conversation MSN, on ne se quittait déjà plus, on a fini par se déconnecter à 6h du matin… Heureusement, en ce moment, il y a de longs week-end. Bref, tous les soirs, on se retrouve, on se parle et on n’arrive pas à se quitter. Je t’avoue que me coucher tous les soirs entre 2 et 3h du matin, ça n’aide pas à être en forme au boulot le lendemain mais j’assume, je suis une professionnelle. Bon, j’ai la tête dans le cul et Pierre-Cécil doit se demander ce que je fais de mes nuits mais passons.

Avec le jeune homme, Alexandre, on se reconnaît, on s’attache, on devient accro l’un à l’autre. Le soir, je rentre, je jette mes affaires pour me mettre sur MSN et lui parler. Ce n’est pas que j’ai beaucoup de choses à lui raconter, mes journées ne sont pas palpitantes, mais j’adore parler avec lui. Et c’est réciproque. A tel point qu’il décide de venir me voir dans la capitale. Je suis excitée comme une puce, je souris bêtement quand il m’appelle ou m’envoie un SMS, une vraie adolescente, en somme. Au départ, il devait dormir chez son meilleur ami et finalement, il vient directement chez moi. De toute façon, faut être honnête, il aurait passé toutes les soirées et nuits chez moi donc autant faire gagner du temps à tout le monde.

Mardi, le jour J, je suis trop nerveuse. Après avoir nettoyé mon appart, je me refais une beauté et je file le chercher à la gare mais le parcours est semé d’embûches. D’abord, j’arrive aux abords de ma gare, je vois le train arriver donc c’est parti pour un sprint. Sauf que pour arriver sur le quai, y a une sacrée pente donc je cours, mes abdos et mes jambes protestent, j’arrive en haut et… je me rends compte que le train n’arrive que dans 3 minutes, celui que j’ai vu ne s’arrêtait pas. Argh ! Bon, je prends mon train, j’arrive à la gare et je m’en vais prendre le RER. Toute guillerette, je glisse mon ticket dans la machine, je pousse la barrière d’un coup de bassin et… Aïe, il s’ouvre pas ! Bon, je reprends mon ticket et je vais au portique suivant, rebelote. Quoi ? Le ticket tout neuf du mois de mai qui me coûte les yeux de la tête ose me résister ? Je regarde autour de moi, personne ne vient. Bon, portique, c’est pas que ça m’enchante mais je vais te passer dessus. Comme je suis très maladroite, je vérifie quand même une dernière fois que personne ne vient car je pressens que je vais me péter le dos ou une dent (au choix). Pied droit, pied gauche… Ciel, je suis de l’autre côté et entière ! Bon, tant mieux, aller chercher Alex à la gare avec un dent pétée, ça l’aurait pas fait.

Donc je rejoins la gare où le jeune homme arrive, je suis un poil en avance et totalement stressée donc j’allume une clope. Au loin, je vois le phare du train qui arrive, mon cœur bat à tout rompre. Ben, merde, me voilà aussi nerveuse qu’une collégienne qui a rendez-vous avec un garçon pour son premier baiser. Le train s’arrête, les gens descendent et là, panique : sans lunettes, je ne distingue pas les visages. Il va arriver et je le verrai même pas, ça le fait pas de coller un vent à ce pauvre garçon d’entrée de jeu. Dieu merci, il était au courant de ma vision pas très nette donc il a mis un T-shirt que je lui connaissais. On se retrouve enfin face à face, en vrai… La rencontre est plus que chaleureuse puisqu’on s’embrasse à en perdre haleine. Enfin, on se trouve !

Bon, ensuite, on va au resto, on rigole bien. C’est un peu comme si on se connaissait déjà, on est très à l’aise. On se dévore des yeux, on se caresse du bout des doigts. Bon sang, Père Noël, t’as quand même bien fait les choses, quel charme ! Déjà, en photo, il était bien mais en vrai, miam ! Après un bon dîner, on repart, le cœur léger, on monte dans le métro mais au bout de deux stations, panique : il n’a plus son ordi portable. On retourne fissa au resto, il est persuadé qu’on lui a piqué, moi, je reste positive. Le séjour ne peut pas mal commencer, c’est obligé. Quand je lui sors mon argument, il me promet un massage si on retrouvait le pc. Ben, j’ai gagné (mais je l’ai pas eu, mon massage, je n’oublierai pas de le réclamer la prochaine fois !).

Comme on est un peu pressés de rentrer, on opte finalement pour un taxi. Comme on est très chanceux, on tombe sur un chauffeur qui a oublié de se doucher depuis quelques temps, le taxi pue la sueur, ce qui nous amuse. On se chahute un peu puis on arrive enfin chez moi. Bon, la tentative de massage a très vite dégénérée mais je n’en dirai pas plus, Père Noël, tu es un vieux monsieur et je ne voudrais pas te choquer. Sache en tout cas que je suis très satisfaite des performances du jeune homme…

La semaine en compagnie d’Alex fut plus qu’agréable et j’avais la gorge serrée quand il est parti. Une fois de plus, me voilà partie dans une histoire pas simple, je dois les chercher, quelque part. Mais bon, je pense que tout ira pour le mieux, vu que tout me sourit en ce moment. Puis tu es gentil, Père Noël, t’es pas comme le petit Jésus, tu fais pas des coups foireux. Puis tout le monde s’extasie sur mon nouvel épanouissement. Malgré mes courtes nuits et mes longues pauses coquines entre deux reportages (hihihi), malgré mes cernes, apparemment, j’ai bonne mine.

Voilà, merci donc pour mon cadeau, je vais en prendre bien soin, rassure-toi. Je voulais t’envoyer une photo du monsieur mais j’ai pas pu la mettre sur le pc… Je te l’enverrai quand je pourrai, tu verras comme je le traite bien.

Bisous Père Noël (et à la mère Noël aussi, ne soyons pas sectaire)

Nina, heureuse. »

 

Episode 11

Chapitre 7
 

            Ethan entendit des pas dans le couloir et se prépara à accueillir son geôlier. Il
avait bien l’intention de s’échapper et les menaces d’Oceany n’y changeraient rien. De toute façon, elle ne pourrait rien lui faire, une fois qu’il serait retourné là-haut. Il attrapa donc la
chaise qui se trouvait dans sa cellule et s’apprêta à la lancer à la figure de celui qui allait entrer, mais il s’arrêta net quand il s’aperçut que c’était Oceany. Au fond, il l’appréciait
toujours et ne voulait pas lui faire du mal. Ca aurait été plus facile si ça avait été un de ces métèques.

« En voilà un accueil, Ethan. Je vous conseille de reposer cette chaise ou vous pourriez le regretter. »

Il s’exécuta docilement, tandis qu’elle refermait la porte et allait s’installer sur le lit. Elle lui tendit un objet noir, ce qu’il l’étonna un peu,
puis il se rendit compte qu’il s’agissait d’un visiophone portable.

« Qu’est ce que vous voulez que je fasse avec ça ?

– Appelez votre mère, elle est folle d’inquiétude.

– Qu’est ce qui m’empêchera de la prévenir que je suis en danger ?

– Ca, fit-elle en pointant sur lui un revolver.

– Bon sang, vous avez trouvé ça où ? Je croyais que les armes étaient interdites, ici.

– C’est le cas, mais les cyborgs policiers sont nuls en matière de sécurité, on leur pique ce qu’on veut. Et si vous vous amusiez à la prévenir quand
même, j’ai un de mes hommes juste à côté de chez votre mère. Il l’abattra si je lui en donne l’ordre. Bon, appelez et dites-lui que vous allez bien et que vous êtes chez votre
maîtresse.

– Mais je peux pas dire ça !

– Que vous voulez passer quelques jours avec elle avant de la quitter et d’épouser Neve.

– Mais ça va la tuer si je lui dis ça.

– Non, ce qui va la tuer, c’est que vous ne l’appeliez pas : elle est folle d’inquiétude. Faites-le Ethan.

– D’accord. »

Il attrapa le combiné et composa le numéro de sa mère. Il était plutôt étonné par l’attitude de la jeune femme : il ne s’était jamais imaginé un
ravisseur inquiet pour la mère de sa victime. Enfin, elle décrocha.

« Ethan ! fit-elle, ivre de joie. Je m’inquiétais tellement pour toi, où tu es ?

– C’est assez compliqué, je suis…chez une femme, pour quelques temps, encore, et…

– Une femme ? Oh mon Dieu, Ethan ! N’as-tu pas honte ? Que va dire Neve ?

– Tu n’es pas obligé de lui dire, non plus. Ecoute, je vais rompre avec cette femme, mais je veux vivre mes derniers jours de liberté avec elle, tu
comprends ?

– Oui… De toute façon, je peux pas t’en empêcher, soupira-t-elle. Rappelle-moi dès que tu rentres, d’accord ?

– Oui, maman.

– Je suis contente que tu aies appelé, je me faisais du soucis, tu sais.

– T’en fais pas, je vais bien.

– Je t’embrasse mon chéri.
– Moi aussi, m’man. »

Il raccrocha et rendit le combiné à la jeune femme, qui resta silencieuse, perdue dans ses pensées. Il avait du mal à croire que c’était elle qui le
retenait, elle avait l’air si douce, si inoffensive…Il ne fallait jamais se fier aux apparences, il le savait, mais quand même…

« Merci, dit-il, pour rompre le silence.

– De quoi ?

– De m’avoir permis de téléphoner à ma mère.

– C’était dans mon intérêt : elle n’alertera pas la police, comme ça. Que pensez-vous des Chinois ?

– Pourquoi cette question ?

– Vous êtes raciste, comme les autres, ça ne va pas me faciliter la tâche, mais je ne renonce jamais.

– Je vous promets que je ne garderai votre secret, si vous me relâchez.

– Pas question : j’ai besoin d’alliés et vous vous battez plutôt bien, pour un élitaire. Bon, trêve de plaisanterie, je n’ai pas beaucoup de
temps à vous consacrer, et…

– Fichez-moi la paix, je ne rejoindrai jamais votre groupe. Bon sang, vous trafiquez avec des Chinois, vous êtes une ennemie de la nation et ce n’est
pas parce que vous vous appelez Antelwort Geller qu’ils vont passer l’éponge aussi facilement. Vous allez vous retrouver avec tous vos copains asiatiques au fond d’une cage, c’est tout ce que
vous aurez gagné. Arrêtez de faire n’importe quoi, Oceany : vous jouez avec le feu et vous allez vous brûler.

– Je m’en fiche pas mal, au fond. Je refuse d’accepter cette société telle qu’elle est actuellement, parce qu’elle est mauvaise, mai personne n’a
l’air de s’en rendre compte, là haut.

– Enfin, cette société est celle qui s’approche le plus de la perfection, depuis le début de l’humanité : il n’y a plus de guerre, plus
d’argent, plus de travail, plus de…

– Mais ouvrez les yeux, Ethan ! Tout ça, ce n’est bon que pour nous, là-haut, mais regardez un peu où vous vivez : c’est minable, ici, il y
a vraiment le strict minimum en matière d’hygiène et personne ne voit jamais le soleil. La journée s’est passée et si vous y réfléchissez bien, le soleil ne s’est pas levé, en bas.

– Dans toutes les sociétés, il y a eu des miséreux, des laissés pour compte, c’est inévitable. Mais ici, leur pourcentage est réduit par rapport à la
société d’avant. Et puis, le capitalisme était quelque chose d’horrible, qui broyait les gens faibles. Il fallait travailler encore et encore, quitte à se tuer à la tâche pour gagner quelques
sous pour pouvoir subsister. Maintenant que l’argent a disparu, tout va mieux : pourquoi croyez-vous qu’il y a eu cette maudite guerre ? Parce que les Chinois voulaient agrandir leur
territoire. Pourquoi ? Pour avoir plus de terres à cultiver, plus de matières première, etc. tout ça dans le but de gagner plus d’argent et de devenir une puissance plus importante. L’argent
était un cancer qui rongeait la société précédente et l’a amené à l’inévitable : la destruction. Maintenant, dites-moi sincèrement, pensez-vous vraiment que la vie d’avant guerre était mieux
que celle de maintenant ? Technopolis nous offre tout ce dont nous avons besoin pour pas un sous.

– Je n’ai jamais dit que le capitalisme était mieux que notre système actuel et, de toute façon, on ne peut pas comparer, ça n’a rien à voir. Oui,
c’est vrai que Technopolis offre des avantages fantastiques qu’on aurait pas pu imaginer il y a trente ans, que l’argent était un mal, si vous voulez, ce n’est pas là, le problème. Vous avez déjà
entendu parler de Scott Rogers ?

– Non, je ne sais pas qui c’est et je m’en moque.

– Vous vous souvenez du bombardement de la Chine par le virus, le 24 juin 2004 ? Rogers était un des quatre pilotes de la section spéciale qui a
arrosé Hong Kong, il est mort durant l’opération, avion abattu par une roquette ennemie, ainsi que son collègue. Ce type a donné sa vie pour nous et vous savez comment Oxford a remercié sa veuve
et son fils ? Il les a enfermés dans une cage à lapin au premier étage de la ville, tandis que le colonel Leighton qui dirigeait les opérations, tranquillement, à l’abri dans sa base, se
prélasse sur son balcon, là-haut. Les vrais héros, ceux qui sont morts sur le terrain, personne n’a pensé à leur rendre hommage, vous trouvez ça juste, vous ? Moi, pas. Le classement a été
trop mal fait, mais on ne peut plus rien changer : il n’y a aucune possibilité de promotion sociale. C’est vrai, le capitalisme avait ses défauts et ils étaient nombreux, mais grâce au
travail, un pauvre pouvait espérer se faire une place au soleil, mais maintenant, c’est plus possible. Imaginez un instant que votre mère ait été célibataire, sans mari ou homme à la
maison ou alors que votre père ait été invalide : la guerre débute, votre foyer ne peut envoyer personne sur le front et, à cause de ça, vous échouez au rez-de-chaussée avec des tas de
machines qui font un bruit d’enfer et qui produisent tellement d’ondes électromagnétiques que votre vie est raccourcie d’au moins dix ans. Maintenant, allez-y, recommencez-moi votre belle
apologie sur Technopolis et ses avantages.

– Comment vouliez-vous qu’on fasse pour qu’on détermine ceux qui devaient être en haut et ceux en bas ? Après une guerre, le mérite militaire me
semblait évident. Bien sûr, ce n’est pas juste pour tout le monde, mais qu’est ce qu’on y peut ? Je persiste à dire que cette société est bien meilleure que la précédente.

– Mais, bon sang ! Tout est figé, on ne peut pas avancer ou régresser sur l’échelle sociale, on a fait un bond immense en arrière, on est revenu
au temps de la Monarchie absolue.

– Ca n’a aucun rapport, voyons, nous sommes en démocratie.

– En démocratie ? Ils vous ont lavé le cerveau ou quoi ? Réfléchissez un instant, Ethan : le maire a tous les pouvoirs, ici, OK ?
On peut dire que c’est le président de cette société ; Comment est-il arrivé au pouvoir ? Le peuple ne l’a pas choisi, il s’est imposé et si vous y repensez, vous remarquerez qu’on n’a
jamais parlé d’élections municipales. Oxford est devenu le Roi de la ville et quand il sera mort, c’est son fils qui lui succédera : c’est la Monarchie. D’ailleurs, tous les vieux
comportements se sont remis en place d’eux-mêmes. Vous avez été obligé de vous choisir une fiancée parmi l’élite, même si vous ne l’aimez pas, parce qu’on ne mélange pas les classes. Et toutes
ces réceptions, là-haut, c’est un simulacre de cour du Roi et même les décorations inspirées de Versailles, entre autres…nous sommes totalement prisonniers, Ethan et si personne ne bouge, rien ne
changera.

– Qu’est ce que vous proposez, à la place ?

– Je ne sais pas, mais cette ville sera bientôt détruite, avec ou sans votre aide.

– Vous êtes complètement cinglée, ma pauvre fille, vous me faites de la peine.

– Vous êtes né en quelle année ?

– 1996, mais je ne vois vraiment pas ce que ça peut vous faire.

– Vous aviez donc neuf ans quand la guerre a commencé…vous vous souvenez de la société d’avant, de vos camarades de classes d’avant ? De quelle
couleur étaient-ils ? Ca m’étonnerait qu’ils aient été tous blancs. Vous avez partagé vos jeux d’enfants avec des noirs, des arabes, des asiatiques ou des latinos et, à l’époque, ça vous
paraissait normal, alors que maintenant, ça vous choque de voir des yeux bridés ailleurs qu’en prison. Vous vous souvenez du fameux melting-pot qui faisait la fierté des Etats-Unis ? Si oui,
vous avez de la chance, parce que ce n’est pas mon cas et ma meilleure amie, Mai-Li, est obligée de rester enfermée ici, parce qu’elle risquerait de se faire arrêter si elle mettait le nez
dehors…des milliers d’asiatiques américains ont été arrêtés alors qu’ils étaient innocents, dès qu’ils voient des jaunes, comme ils disent, ils les mettent en prison, sans même savoir s’ils sont
Chinois ou non. Réfléchissez à tout ça, Ethan. »

Elle quitta le lit et repartit sans rien ajouter. Il était surpris de voir tant de maturité chez cette femme, à peine adulte. Même s’il ne partageait
pas ses opinions, il devait avouer que ses arguments étaient troublants et dénotaient une intelligence et surtout une culture remarquable. Il s’étala sur le lit et fixa le plafond, pensif…en
effet, il n’avait pas vu le moindre rayon de soleil de toute la journée.

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Episode 10

(bonus du 1er mai. Attention, il y a une scène assez longue…)

            Elle se réveilla le lendemain matin et entendit des voix dans le salon. Sa mère recevait certainement une de ses
amies. Elle enfila rapidement sa robe de chambre pour saluer les deux femmes et eut la mauvaise surprise de constater que l’invitée en question n’était autre que Lauren Wadeker, en larmes.

« Je suis sûre qu’il lui est arrivé quelque chose ! gémit-elle.

– Mais non, ne vous en faites pas. Il a simplement découché, ça arrive à tout le monde. Vous avez appelé chez sa fiancée pour voir s’il n’avait pas passé la nuit chez
elle ?

– Non, mais il n’aurait jamais fait ça. Il ne l’aime pas vraiment, vous comprenez, et il tient à ne pas la toucher avant le mariage.

– Oh, je vois… Tiens, bonjour Oceany ! Tu te souviens de Mme Wadeker ?

– Oui, bien sûr. Bonjour, Mme Wadeker. Qu’est ce qu’il vous arrive, si ce n’est pas trop indiscret ?

– Mon fils a disparu, sanglota-t-elle de plus belle.
– Oh, je suis désolée.
– Ne le soyez pas, ce n’est pas votre faute, ma petite.

– Je suis sûre qu’il va bien ne vous en faites pas. Il est peut-être parti…faire une pause avant le mariage.

– Oui, sans doute, mais où est-il allé ? J’espère qu’il n’est pas allé traîner dans les bas étages ! L’autre soir, on lui a volé son passe et il a dû rentrer avec la
police et il avait un bleu énorme, là. Le monstre qui l’a attaqué devait mesurer au moins deux mètres et peser cent cinquante kilos ! C’est déloyal de s’attaquer à plus faible
que soit. »

Oceany dissimula son sourire derrière sa main : elle ne ressemblait pas du tout à la description de Lauren. Sans doute Ethan avait-il un peu enjolivé l’histoire : il
devait être honteux d’avoir été battu par une femme. Elle s’excusa auprès des deux femmes, puis retourna dans sa chambre, où elle avait beaucoup à faire. Elle s’habilla élégamment et se maquilla
soigneusement, pour téléphoner à Mark. Les concepteurs avaient eu la mauvaise idée d’installer un visiophone, ce qui signifiait qu’ils ne pouvaient plus appeler en pyjama ou en petite tenue…ils
n’avaient vraiment plus aucune liberté. Cependant, durant ses préparatifs, elle ne cessa de penser à Lauren. Elle lui avait fendu le cœur et elle s’en voulait de retenir son fils prisonnier, mais
elle ne pouvait pas le libérer, il n’était pas encore prêt et elle se demanda même s’il le serait un jour. Il était raciste, ça n’arrangeait pas les choses. Ils devraient avoir une longue
conversation, tous les deux, elle arriverait peut-être à le faire changer d’avis sur les étrangers.

Elle secoua la tête et soupira : ce n’était pas le moment de penser à ça. Elle se posa devant son écran d’ordinateur et composa le numéro de Mark, qui répondit assez
rapidement. Son visage emplit l’écran et elle put voir sa joie de constater que son interlocuteur n’était autre que sa future fiancée.

« Oh, bonjour Oceany ! Je ne pensais pas que vous m’appelleriez.

– Mon beau-père m’a parlé de nos…projets en commun et je suis très flattée. C’est d’ailleurs pour ça que je vous appelle. En tant que future belle-fille du maire, je souhaiterais
visiter ses bureaux : il paraît qu’ils sont magnifiques et je suis très curieuse, vous savez. Par ailleurs, j’adore l’art ! Vous avez d’ailleurs remarqué ma profonde admiration pour la
fresque de la salle de réception.

– Oh, oui, en effet. Je serai ravi d’être votre guide, Oceany, et vous pourrez rencontrer mon père, ainsi.

– J’en serai enchantée.

– Bien, je passerai vous prendre, vers 15 heures, ça vous ira ?

– Oui, c’est parfait. A tout à l’heure, Mark. »

Elle raccrocha et un large sourire fendit son visage : c’était trop facile. Myo avait raison… Elle n’aimait pas trop se servir de Mark ainsi, mais sans lui, elle n’aurait
jamais pu pénétrer au cœur de Technopolis d’où elle pourrait retirer des informations très intéressantes.

Elle se leva et ouvrit son tiroir où traînaient des CD-ROM vierges. Elle allait en avoir besoin pour voler quelques données aux ordinateurs de la mairie. Elle ne savait pas encore
comment elle allait se débrouiller, mais elle trouverait bien une occasion. Il le fallait, de toute façon, ils comptaient tous sur elle, en bas. Avec toutes ces informations, elle pourrait enfin
lutter d’égal à égal avec Bill Oxford. A présent, ça allait devenir dangereux, mais intéressant.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Chapitre 6
 

            Oceany regarda autour d’elle, frappée par la beauté des lieux : Bill Oxford avait fait de ses bureaux
l’endroit le plus agréable de Technopolis. Sur le plafond se trouvaient différentes reproductions de tableaux célèbres de la Renaissance italienne, tandis que les murs étaient en réalité
d’immenses aquariums dans lesquels nageaient toutes sortes de poissons. Mark la conduisit à travers cet impressionnant labyrinthe de poissons et de peintures jusqu’à une grande porte en fer
forgé, sur laquelle était représenté un ange semblable aux quatre piliers. Le jeune homme tapa un code qu’elle tâcha de retenir, puis la fit entrer dans une sorte de salle d’attente où se
trouvaient quatre ordinateurs commandés par quatre robots, ainsi qu’une dizaine de fauteuil en velours rouge.

« Ces ordinateurs sont reliés aux quatre commissariats de la ville et notent tout ce qu’il se passe d’anormal. L’insécurité est le plus grand problème de Technopolis et même
si elle n’est pas élevée, mon père lutte activement contre les rebelles et essaie de trouver une solution pour que Technopolis soit une ville sûre à 100%. Je vais voir s’il est dans son bureau et
s’il peut vous recevoir. Installez-vous et lisez le journal, si vous voulez, en attendant. »

Dès qu’il fut parti de la pièce, elle s’approcha d’un ordinateur et y glissa un CD-ROM pour y télécharger tous les dossiers. Le robot restant totalement impassible, elle en fit
autant sur les trois autres, puis alla s’asseoir sur un fauteuil, priant pour que les CD soient prêts avant le retour de Mark, ce qui, heureusement pour elle, fut le cas. Apparemment, Oxford
semblait introuvable. Elle glissa les quatre CD dans son sac et ouvrit un magazine qu’elle feuilleta rapidement. La presse de Technopolis avait la particularité d’être totalement futile et sans
intérêt, mais c’était le propre de chaque dictature de contrôler la presse. Personne ne parlait de l’insécurité ou de la misère des bas étages, on préférait lire des articles sur les soirées
mondaines ou quelques conseils beauté connus de tous.

La porte se rouvrit enfin et Mark apparut, souriant.

« Mon père n’est pas là, pour le moment, mais je pense que ce sera plus agréable pour vous de l’attendre dans son bureau : la vue est unique.

– Oh, je ne manquerai ça pour rien au monde. »

En réalité, elle se moquait éperdument de la vue, elle voulait juste approcher le PC d’Oxford et en retirer des informations. Elle suivit docilement jusqu’au bureau d’Oxford,
traversant trois pièces dans lesquelles étaient entreposés divers livres.

« Je n’ai jamais vu autant de livres de ma vie ! s’exclama-t-elle.

– Oui, mon père adore ce genre de vieilleries.
– Où les trouve-t-il ?
– Je n’en ai pas la moindre idée. »

Apparemment, Mark ne partageait pas le goût de son père pour les livres, ce qui était plutôt normal. Cette société avait fait en sorte que plus personne ne s’intéresse à ses
vieilleries et il était devenu impossible de lire un roman antérieur à Technopolis, hormis quelques grands classiques compilés sur CD-ROM. Ils montèrent ensuite un escalier en colimaçon et ils
aboutirent enfin au bureau d’Oxford, une grande pièce circulaire aux murs de verre. Mais le plus étonnant, c’est que tout tournait : assis à son bureau, Oxford pouvait voir toute la ville
sans bouger. Elle resta un moment immobile, les yeux écarquillés, la bouche entrouverte : elle s’était attendue à tout, sauf à ça. Mark, visiblement très fier de son père, l’entraîna
derrière le pilier carré qui se trouvait au milieu de la pièce et par lequel ils avaient accédé à la place et lui montra la reproduction du « Sacre de Napoléon » de David, exposé face
au bureau. Oxford avait le choix, il pouvait contempler soit la ville, soit le tableau.

« C’est…

– Grandiose, époustouflant, génial…mon père voulait avoir un bureau dans lequel il était agréable de travailler et c’est réussi, non ? Et dans quelques années, ce bureau sera
à moi : n’est-ce pas merveilleux ?

– Je…heu…

– Et après, ce sera notre fils qui prendra la succession…et quand nous serons mariés, vous pourrez venir tant que vous voudrez, dit-il en lui prenant les mains. Je pourrais…je
pourrais installer un autre bureau, de l’autre côté de la pièce, derrière le pilier, ça serait le vôtre, vous y feriez ce que vous voudriez.

– Je ne vois pas trop ce que je ferai avec un bureau.

– Vous m’aiderez bien sûr ! Je trouve que mon père a tort de toujours tout faire tout seul, il est beaucoup trop stressé et ne peut demander conseil à personne. Moi, quand je
serai maire, vous gouvernerez avec moi, je vous le promets.

– Oh…je suis flattée. »

Il sourit et l’embrassa affectueusement sur la joue, ce qui la mit mal à l’aise. Il lui faisait entièrement confiance et elle en abusait, ce n’était pas loyal, mais la fin justifie
toujours les moyens. Cette société était profondément inégalitariste et inégalitaire, on ne pouvait permettre tout ce cirque plus longtemps, elle le savait bien.

« Je vais chercher mon père. C’est si grand, ici, c’est pas facile de retrouver quelqu’un dans ce labyrinthe. Installez-vous dans le fauteuil, si vous voulez, ne vous gênez
pas. Je me dépêche. »

 Il la laissa seule une nouvelle fois et elle attrapa un nouveau CD-ROM vierge. Heureusement, elle en avait pris plusieurs. Elle commença à y copier tous les fichiers, mais
l’opération semblait s’éterniser et pour s’occuper en attendant, elle alla se planter devant l’excellente reproduction du tableau de David, qui correspondait exactement au caractère
d’Oxford : un despote mégalomane.

« Il est réussi, n’est ce pas ?  »

Elle se retourna vivement et eut la désagréable surprise de voir Bill Oxford qui la détaillait d’un air malveillant.

« Je…hum…je suis Oceany Antelwort Geller, je suis la future fiancée de votre fils.

– Je sais qui vous êtes.

– Oh. Je suis enchantée de vous rencontrer, dit-elle en lui tendant la main.

– Où est mon fils, répondit-il en ignorant la main tendue.
– Il est parti vous chercher.

– Ne vous offensez pas, mais je n’aime pas qu’on fasse entrer quelqu’un dans mon bureau sans mon autorisation : nous sommes dans le cœur même de Technopolis.

– Oui, je sais, et c’est pour ça que j’ai demandé à Mark de me faire visiter. Cette ville est un vrai paradis sur terre, j’admire tellement tout ce que vous avez fait pour nous,
c’est…

– Oh, c’est bien peu de chose. »

Apparemment, elle venait de rentrer dans ses bonnes grâces, il suffisait de le flatter un peu, comme la plupart des mégalomanes et elle se mit à le haïr encore plus qu’avant. Il ne
consentait à être poli avec elle que si elle se pâmait devant son œuvre, alors qu’en réalité, elle exécrait cette ville.

L’ordinateur bippa, indiquant que l’opération était terminée et Oceany sentit la panique monter en elle : elle allait être découverte.

« Qu’est ce que c’est ? demanda Oxford.

– Oh, je n’en sais rien. Vous avez peut-être reçu un message, sans doute rien d’important.

– Non, ça ne fait pas ce bruit là, c’est autre chose, c’est curieux. Je me demande si…

– Ah, tu es là, papa !  »

Oxford se retourna et regarda son fils des pieds à la tête, d’un air sévère et oublia instantanément l’ordinateur, ce qui soulagea profondément Oceany qui avait vraiment eu peur
pendant un instant. Mark s’avança vers eux et prit la jeune femme par le bras.

« Papa , je te présente Oceany, ma future femme. Oceany, voici mon père, le maire de Technopolis.

– Pour les présentations, c’est un peu tard, maugréa Bill. Ta jeune amie s’est déjà présentée d’elle-même.

– Oh, je suis désolé : j’étais en train de te chercher. C’est si grand, ici ! Oceany est la fille d’Hank Antelwort.

– Je sais qui c’est, je ne suis pas né de la dernière pluie. J’ai connu votre père, il y a quelques temps, maintenant.

– Vraiment ? J’aimerais encore qu’il soit parmi nous, vous savez. Il est mort quand j’avais treize ans, et…

– Je sais. Mais les choses sont ce qu’elles sont, on ne peut rien changer. Bien, j’ai à faire, je ne peux pas rester plus longtemps ici. Je suis heureux d’avoir fait votre
connaissance, Oceany, nous nous reverrons bientôt, sans doute. Mark, tu peux l’amener à la maison, c’est autrement plus agréable qu’ici. »

Il fit un vague signe de tête puis partit, les laissant seuls. Oceany calcula comment récupérer son CD, mais ça n’allait pas être facile : ils allaient partir, eux aussi et
quand Oxford trouverait l’objet dans son PC, il comprendrait très vite d’où ça provenait.

« Je suis désolé pour mon père. Il est comme ça depuis la mort de ma mère, il ne l’a pas supporté.

– Il s’est remarié, pourtant.

– Oh, il n’aime pas Kelly, il l’a juste épousé pour la façade, en quelque sorte. Mais c’est une salope, je ne l’aime pas.

– Vraiment ?

– Oui : y a que mon père pour croire que Bryan est son demi-frère. C’est son amant, en réalité.

– Oh !  »

Il n’était pas aussi naïf qu’elle l’avait cru, en fin de compte, il avait au moins compris les véritables relations de sa belle-mère et de son prétendu frère.

« Nous ferions mieux d’y aller.

– Attendez, j’aimerais…regarder le paysage, je n’ai pas eu le temps de bien l’apprécier, encore et c’est tellement plaisant, cette pièce qui tourne.

– Si ça vous amuse. »

Ils se rapprochèrent de la baie vitrée, mais elle se rendit compte qu’elle ne pouvait pas récupérer son bien sans attirer l’attention du jeune homme. Il fallait le divertir, mais
que faire ? Elle le savait bien, mais ça l’ennuyait, parce qu’elle avait vraiment l’impression de se moquer de lui et de ses sentiments envers elle, qui paraissaient sincères.

« Nous ne devrions pas nous attarder, mon père est de mauvaise humeur, aujourd’hui et… »

Il n’eut pas le temps de finir sa phrase qu’elle se jeta sur lui et l’embrassa avidement, ce qui sembla totalement le déstabiliser, au départ, mais il s’adapta très vite et lui
rendit son baiser. Elle s’arrangea pour reculer légèrement, l’entraînant avec elle et put enfin accéder à l’ordinateur ; heureusement, elle connaissait le clavier par cœur et put faire
sortir le CD-ROM du PC. Quand le terminal bippa pour indiquer qu’il avait bien saisi la commande, Mark fit mine de regarder ce qu’il se passait, mais elle l’attira encore plus vers elle et il
oublia l’ordinateur. Quand elle eut fini son opération, elle le relâcha et il s’éloigna, puis se retourna, gêné. Elle en profita pour glisser le CD-ROM dans son sac.

« Je…je suis désolée, fit-elle enfin, faussement dépitée. Je ne sais pas ce qu’il m’a pris, je…

– Ce n’est pas grave, après tout, on va bientôt se fiancer, non ?

– Oui, mais ce n’est pas une raison pour me conduire comme je l’ai fait. Je suis désolée, Mark.

– Ce n’est rien, vraiment. De toute façon, moi aussi, j’en avais envie. Bien, ne nous attardons pas ici, mon père serait furieux s’il nous trouvait ici en revenant. »

Il lui prit la main tendrement et la reconduisit à travers les longs couloirs de la mairie, sans rien ajouter, visiblement satisfait de la tournure que prenaient les choses. Quant
à elle, elle était surprise de la facilité qu’elle avait eu à voler toutes ces informations. Ca leur permettrait d’apprendre beaucoup de choses sur leurs rivaux et ils pourraient alors le
vaincre. Ils allaient sortir quand Bryan, le frère de Kelly se posa en travers de leur chemin.

« Sécurité, annonça-t-il. Je dois vérifier que vous n’emportez rien. »

Oceany se sentit prise au piège : elle ne pouvait pas se débarrasser discrètement des CD sans se faire remarquer…ils allaient tous comprendre ses véritables intentions, elle
était perdue.

« Bryan, je t’en prie, arrête ce numéro : je ne vois pas ce que j’aurais pu prendre ici. Tout sera à moi, un jour.

– Je ne parle pas de toi, mais de la demoiselle, là. Veuillez ouvrir votre sac.

– Arrête, c’est ma fiancée, fiche-lui la paix. Viens Oceany, on s’en va. »

Il l’entraîna vers la sortie, fusillant Bryan du regard, au passage. Quand ils furent sortis, il explosa :

« Quel crétin, ce type, je peux pas le supporter ! Non, mais il se prend pour qui ? Je vous jure que, quand je serai maire, je le virerai en vitesse.

– Comment se fait ce que ce ne soit pas un robot qui assure la sécurité ? Je croyais que les hommes n’avaient plus à travailler.  

– Lui, c’est différent. Mon père a besoin d’un garde du corps infaillible et les robots ne sont pas parfaits, dans ce domaine. Et puis, Bryan est un hyper actif, il a besoin de
bouger, de s’occuper…alors mon père a eu pitié et l’a fait travailler.

– Ah, je comprends.

– C’est qu’un petit merdeux, il a besoin de se sentir important, alors il abuse un peu de son autorité. Bon, j’en ai assez de parler de ce pauvre type, si nous allions chez
moi ?

– Oh, je…oui, mais je ne dois pas rentrer trop tard.
– D’accord. »

Ils se rendirent à la station de monorail la plus proche et grimpèrent dans l’engin dès qu’il arriva. C’était un des éléments de Technopolis le plus réussi : silencieux et
écologique, le monorail était d’une rapidité inégalée et desservait parfaitement tous les recoins de la ville. Sauf le rez-de-chaussée, où personne ne voulait jamais aller, sauf elle, bien
évidemment. De plus, avec ses larges baies vitrées, il était assez lumineux et offrait à ses voyageurs une vue de la ville originale.

Ils arrivèrent à destination et Mark l’entraîna vers son appartement dont il semblait très fier. Il s’agissait en fait d’une sorte de maison sur le toit d’un grand immeuble, avec
un étage. L’avantage de vivre tout en haut était que l’on avait que le ciel au-dessus de la tête, et non l’étage supérieur, comme les autres. L’extérieur était une sorte d’imitation miniature de
l’ancienne maison blanche, qui avait été détruite longtemps auparavant. Quant à l’intérieur, il ressemblait tout à fait à son propriétaire : totalement mégalomane. Un immense miroir
tapissait le mur de l’entrée tandis que, de l’autre côté se trouvait un énorme escalier en marbre blanc qui menait à l’étage. En longeant la grande glace, on aboutissait à un immense salon où se
trouvaient, entre autre, une cheminée, un piano deux immenses bibliothèques et un tableau surdimensioné de Bill Oxford qui prenait une pose similaire à celle de Louis XIV sur le tableau de
Hyacinthe Rigaud. Au moins, il affichait clairement ses ambitions. Une jeune noire entra dans la pièce et se planta devant Mark. Oceany fut plutôt surprise de voir une personne de couleur dans
les étages de l’élite, mais à la façon dont elle était habillée et dont elle fuyait leur regard, elle comprit avec effroi qu’il s’agissait d’une esclave.

« Oceany, vous voulez boire quelque chose ?
– Non, ça ira, merci.

– Bon. Dans ce cas, Kirstie, apportez-moi juste un verre de muscat bien frais. Kelly est ici ?

– Madame est dehors, au bord de la piscine.

– Oh, oui, la piscine ! Il faut que vous voyiez ça !  »

Il la prit par la main et l’amena sur le balcon sur lequel se trouvait un grand bassin entouré de verdure et de palmiers ; décidément, Oxford ne se refusait rien.

Kelly, vêtue d’un simple bikini était tranquillement étalée sur une chaise longue, en train de prendre le soleil, un luxe que seuls les plus riches pouvaient s’offrir. Elle souleva
paresseusement ses lunettes de soleil pour étudier rapidement la nouvelle venue, puis les rebaissa et reprit sa séance de bronzage. Mark ne fut pas rebuté par cette attitude et se dirigea droit
vers elle.

« Kelly, je te présente ma future fiancée, Oceany.

– Oui, je me souviens de vous. Vous dansiez avec Mark, à la réception des Wadeker, n’est ce pas ? Tu as de la chance, Mark, elle est très jolie. »

Oceany ne put s’empêcher de rougir : elle n’était pas trop habituée au compliments et elle était toujours un peu gênée quand on lui en faisait. La jeune femme quitta enfin son
transat et tendit la main à la nouvelle venue.

« Bienvenue dans la famille, Oceany. Je crois que Mark a fait le bon choix, vous ferez certainement une bonne épouse. Nous devons fêter ça. Kirstie !  »

La jeune noire apparut presque immédiatement et avança jusqu’à sa maîtresse, en évitant soigneusement de la regarder dans les yeux. Que c’était triste !

« Apportez-nous trois bouteilles de champagnes et prêtez un maillot à Mlle Antelwort.

– Oh, je ne voudrais pas…

– Ici, c’est une tradition : nous buvons toujours le champagne dans la piscine, ça lui donne un meilleur goût. Kirstie, conduisez notre invitée dans une des chambres d’amis
pour qu’elle puisse se changer.

– Oui, madame. »

Kirstie la guida dans l’immense demeure, sans jamais la regarder, jusque dans une grande chambre dans les tons bleues, décorée avec goût. L’esclave lui offrit un maillot et allait
partir, mais Oceany la retint et referma la porte de la pièce, pour pouvoir discuter un instant seule avec elle.

« Ca fait longtemps que vous êtes ici ?
– Depuis que M Oxford est maire.
– Mmm, je vois. Où se situe votre chambre ?
– Pourquoi me demandez-vous ça ?

– Parce que j’ai envie de vous sortir de là : vous êtes un être humain et c’est lamentable de vous traiter ainsi.

– Pourquoi vous feriez ça ? demanda-t-elle, méfiante.

– Parce que je suis contre l’esclavagisme, d’une part, et parce que je suis contre l’injustice qui existe dans cette ville et qui crée trop de miséreux. Faites-moi confiance, je
suis de votre côté. »

Pour la première fois, la jeune noire la regarda droit dans les yeux, cherchant à voir si elle disait la vérité ou non. Sans doute rassurée, elle répondit à sa question avant de la
laisser se changer. Oceany considéra un instant le bikini mauve qu’on venait de lui prêter et essaya désespérément d’enfiler le haut, mais il était trop petit.  Apparemment, Kelly avait une
poitrine plus petite que la sienne. Mais elle ne pouvait pas apparaître avec uniquement le bas, ce serait terriblement déplacé et puis, elle ne voulait pas que Mark se fasse trop d’idées. Déjà,
elle commençait à regretter de l’avoir embrassé, mais elle n’avait vraiment pas eu le choix : c’était ça ou se faire attraper. Elle s’escrima donc avec le maillot et réussit à l’enfiler.
Même si elle n’avait pas fière allure, mais c’était déjà mieux que de sortir à moitié nue.

Elle rejoignit Kelly et Mark, qui étaient déjà dans l’eau et se dépêcha d’aller les y retrouver ; au moins, dans la piscine, on voyait moins sa poitrine compressée dans le
petit maillot. Kirstie arriva à sa suite, apportant trois coupes de champagnes qu’elle apporta à ses maîtres, ce qui fit bouillir Oceany . Ils ne la considéraient même pas comme un être
humain, ils auraient manifesté plus d’affection à un chien.

« Bien, fit Kelly en tendant sa coupe. Aux heureux fiancés. Que votre mariage soit réussi et que…vous ayez pleins de petits.

– Aux fiançailles !  » répéta Mark, euphorique.

Oceany avala rapidement son verre et sentit que sa tête commençait à tourner. Elle ne buvait jamais et ne supportait pas du tout l’alcool, mais apparemment, personne ne s’en rendit
compte : Kelly sirotait tranquillement son champagne, tandis que Mark continuait de sourire comme un idiot.

« Tu lui as fait visiter la maison ?
– Non, pas encore, j’y vais sur-le-champ.
– Heu, Mark, attendez : j’aimerais me changer, avant.

– Ah, oui, bien sûr. Faites comme chez vous, je vous en prie. »

Elle se rendit donc dans la chambre où se trouvaient ses vêtements et retrouva avec bonheur ses affaires qui étaient à sa taille. Quand elle fut changée, elle sortit de la pièce et
se retrouva nez à nez avec Mark, ce qui la fit sursauter : elle ne pensait pas le trouver là. Il sourit et la prit par la main pour la guider. Avec lui, elle avait un peu l’impression d’être
une petite fille qui suivait sagement son papa et ça l’énervait prodigieusement. Il lui montra toute la maison, qui était écœurement luxueuse, remplie d’objets d’art, de miroirs sur lesquels se
promenaient de fins fils d’or. Tout était en marbre, ronce de noyer, or, argent…elle pensa à tous ses amis, en bas, qui avaient tout juste une pièce pour se loger et un matelas défoncé pour
dormir, quel déséquilibre, c’était inadmissible.

Il finit la visite par sa propre chambre, plutôt dépouillée, par rapport au reste de la maison. Pas d’œuvres d’art, pas de bibliothèque, un petit miroir accroché au-dessus de la
commode et un simple lit, sans fer forgé, ni rien.

« C’est différent, ici.
– C’est moi qui l’ai décorée.

– Vous ne semblez pas partager la passion de votre père pour l’art et les livres.

– Non, je trouve que c’est une perte de temps. Je préfère la simplicité et puis, je trouve que tout ce luxe est futile : ça ne sert à rien de vouloir en mettre plein la vue
aux autres, tout ça ne représente rien. Quand je serai maire, je ne perdrai pas mon temps à tout ça, je chercherai plutôt des solutions aux vrais problèmes.

– Les vrais problèmes ?

– L’insécurité. Quand ce sera résolu, cette ville sera parfaite.

– Vous croyez ?
– Oui, j’en suis certain. »

Non, Technopolis ne serait pas parfaite tant qu’il existerait les exclus, mais Mark, tout comme son père, ne semblait pas s’en soucier. Sans doute parce qu’ils représentaient un
pourcentage assez faible de la population et que la plupart des élitaires ne savaient pas dans quelles conditions vivaient les exclus. Elle le savait et devait faire quelque chose pour les aider
à se sortir de là.

Soudain, Mark se jeta sur elle, la faisant tomber sur le lit et l’embrassa sauvagement. Elle comprenait mieux pourquoi il avait terminé la visite par sa propre chambre, pour
arriver tranquillement à ses fins, sans être dérangé. Mais il n’était pas question de se laisser faire, il fallait qu’elle se sorte de là. Elle repoussa la main baladeuse qui commençait à se
glisser sous sa jupe et se redressa brutalement, ce qui surprit le jeune homme.

« Qu’est ce qu’il se passe ?

– Il se passe que…hum…je veux rester vierge jusqu’au mariage.

– Quoi ?

– Oui, c’est comme ça. Ma mère m’a toujours appris que, quand on faisait partie de l’élite, il fallait se préserver pour la nuit de noce, alors, c’est ce que je fais.

– J’ai jamais entendu dire ça.

– Mais si, regardez : Neve Woodart et Ethan Wadeker n’ont pas encore consommé leur union.

– Oui, mais eux, ils ne s’aiment pas.

– Il y a tout un tas d’exemples, vous vous arrêtez à des détails. De toute façon, je dois y aller, j’ai beaucoup à faire.

– Je vous raccompagne. »

Il quitta le lit d’un air renfrogné et la reconduisit jusqu’à la porte d’où il la salua poliment, mais sans chaleur. Il devait se sentir très frustré, mais elle devait poser les
limites dès le début, sinon, elle allait perdre totalement le contrôle et il ne fallait pas que ça arrive. La moindre faute pouvait être très dangereuse pour les rebelles et pour
elle-même.

Episode 9

Ethan ouvrit péniblement les yeux et regarda autour de lui sans reconnaître l’endroit. Il voulut se passer la main sur le visage mais constata qu’il était attaché
par des menottes à une chaise. Cette information eut pour effet de le réveiller totalement.

Il inspecta mieux l’endroit et découvrit qu’il était dans une espèce de placard très sombre et humide qui sentait mauvais. Que s’était-il passé ? Il se
souvenait du cri d’Oceany, puis plus rien. Il avait été stupide : il savait qu’elle n’était pas seule, puisqu’il l’avait entendue parler à un homme, mais il n’y avait pas fait attention,
trop occupé à savourer sa brève victoire sur elle.

Il essaya de voir s’il ne pouvait pas libérer ses mains des bracelets de fer, mais il n’y parvint pas. Il poussa un cri de rage. Il ne pouvait pas rester là, il
devait s’échapper…qu’est ce qu’on allait lui faire ? Au moins, ils ne l’avaient pas tué, c’était peut-être bon signe. Il continua à s’agiter dans tous les sens pour tenter de se détacher,
mais il fut interrompu. La porte du réduit venait de s’ouvrir et la lumière l’éblouit, si bien qu’il ne vit d’abord qu’une vague silhouette féminine. Quand ses yeux se furent habitués, il
constata avec effroi qu’il s’agissait d’une Chinoise. Il détestait ces gens, ils avaient tué beaucoup de ses compatriotes.

La fille s’avança vers lui, le regarda un instant, sans rien dire, ce qui l’énerva prodigieusement.

« Qui êtes vous ? Qu’est ce que vous voulez ? Espèce de sale garce, tu comprends même pas l’anglais.

– Je n’aime pas qu’on me traite de garce gratuitement. Continue à me traiter comme ça et je t’en colle une. Tu as faim ?

– Pardon ?

– Je te demande si tu as faim. Tu comprends pas l’anglais ?

– Non, je veux partir.

– Je ne crois pas que ce soit à l’ordre du jour pour le moment. Tu as soif ?

– Un peu oui.

– D’accord. »

Elle sortit et revint un instant plus tard avec une bouteille d’eau, qu’elle lui colla sur la bouche. Il but avec avidité, content de pouvoir enfin se désaltérer.
Il s’en voulait un peu de l’avoir insultée, alors qu’elle s’occupait de lui. Il avait eu de la chance qu’elle ne soit pas rancunière car elle l’aurait laissé se dessécher. Quand il eut fini, il
décida de s’excuser.

« Je suis désolé pour ce que j’ai dit, tout à l’heure, vous n’êtes pas une garce.

– Je suis une Chinoise : pour vous, les Américains, les deux vont de paire. »

Elle reprit la bouteille et ressortit en refermant la porte : où était-il donc ? Les Chinois étaient tous des esclaves… Celle-ci avait dû s’enfuir, ce qui
signifiait qu’elle devait avoir une dent contre tous les Américains. Il risquait de passer un mauvais quart d’heure quand elle déciderait de le torturer. Mais comment avait-elle pu
s’évader ? Il était persuadé que la sécurité de Technopolis était sans faille…Quoique Oceany était parvenu à entrer sans problème dans la salle de réception alors qu’elle n’avait pas la
clef.

La porte se rouvrit et il reconnut immédiatement Oceany, qui avait enlevé son masque. Elle referma la porte à clef, puis lui ôta les menottes.

« Ca sera mieux comme ça, je pense. Vous avez récupéré assez vite, finalement. Vous êtes plus solide que ce que je ne pensais. Bon, il faut que nous
discutions : nous avons un sérieux problème. »

Elle tira sur une ficelle qui alluma une vieille ampoule qui se balançait du plafond. Il croyait que ce genre d’éclairage n’existait même plus, il était habitué aux
spots halogènes qui éclairaient si bien…il put alors constater qu’il n’était pas dans un petit placard, mais dans une sorte de cellule avec un petit lit de camp, un bidet, un lavabo et la chaise
sur laquelle il avait été attaché. Oceany s’assit sur le lit et grimaça.

« Hou ! Il n’est pas aussi confortable que votre grand lit, mais il faudra vous y habituer. Je suis navrée de ne pas vous offrir autant de confort qu’en
haut, mais nous sommes au rez-de-chaussée, ici, c’est un tout autre univers.

– Qu’est ce que vous allez faire de moi ?

– Pour le moment, rien, après, on verra. Disons que si vous nous rejoignez, vous  survivrez, sinon, on se débarrassera de vous.

– On va remarquer mon absence.

– Oui, ce pauvre Ethan Wadeker a disparu ; il faut avouer qu’il a la mauvaise habitude de se balader dans les bas quartiers, il fallait bien que ça arrive. On
raconte que l’autre soir, on lui a volé son passe et il a dû rentrer avec la police. Peut-être a-t-il une maîtresse, en bas ? Ca expliquerait sa disparition. Il préfère rester avec elle
plutôt qu’avec son odieuse fiancée…je ne crois pas qu’on s’inquiète beaucoup pour vous.

– Ma mère sait que je n’ai pas de maîtresse, ici.

– Oh, regardez la pauvre Lauren : elle est persuadée que son fils est un petit saint. La pauvre, si elle savait…

– Vous allez vous faire attraper, vous ne pourrez pas me garder ici, indéfiniment.

– Ce n’est pas mon but. J’ai besoin d’alliés, en haut, et j’aimerais vraiment que vous vous joigniez à nous.

– Si je dis oui, vous me relâchez ?

– Pas immédiatement. Ce serait trop facile, pour vous : si je vous relâchais maintenant, vous fileriez à toute vitesse et je n’aurais plus aucune nouvelle de
vous. Il faut d’abord que vous vous rendiez compte des conditions de vie, ici.

– Mais…

– Vous ne pouvez pas vraiment discuter. Je devrais peut-être vous présenter ceux qui vont s’occuper de vous, ce sont mes amis, évitez de les traiter de tous les
noms, d’accord, sinon… »

Elle se releva et ouvrit la porte. Cinq personnes entrèrent, ce qui réduisit considérablement l’espace libre de la cellule. Il y avait la jeune fille chinoise qui
lui avait donné à boire et un autre nippon et deux hispaniques: quelle mosaïque ! Ce devait tous être des esclaves évadés, des ennemis des anciens Etats-Unis et de Technopolis.

« Bon, Ethan Wadeker, je vous présente, Mai-Li, Myo, Juan et Maria. Si j’étais vous, j’éviterais de leur faire de mauvais coups. Si vous aviez la mauvaise idée
de vous enfuir, je viendrais régler votre compte en personne et vous risquez de regretter toute votre vie de m’avoir énervée. Bon, j’aurais bien aimé discuter avec vous plus longtemps, mais je
dois rentrer. Bonne nuit, Ethan, vous pouvez faire comme chez vous, ici. Bonsoir. »

Elle sortit, suivie par tous ses amis, le laissant seul dans sa « chambre ». Il était tout simplement furieux, il avait été trop présomptueux en croyant
pouvoir récupérer les quatre passes volés. Au fait qui était la quatrième victime d’Oceany ? Peu importait, il ne pouvait pas lui rendre son bien, il était coincé ici. Il devait à tout prix
s’échapper ! Il n’était pas question de rester dans cet endroit avec tous ces étrangers, ça le rendait malade rien que d’y penser…des Chinois, des Espagnols, et tout ce bruit qui ne cessait
jamais, qu’est ce que c’était ? Comment Oceany avait-elle pu pactiser avec ces gens, ça semblait totalement impensable…Elle devait être folle, il n’y avait pas d’autres
explications.

—–  

            Oceany referma le cadenas qui maintenait la porte de la cellule fermée et rejoignit les autres,
installés autour de la table sur laquelle ils travaillaient sur leur plan.

« Je viens d’avoir une idée, annonça Myo.

– A quel propos ? le questionna Maria.

– Nous ne connaissons pas exactement le fonctionnement de la mairie, nous ne voyons que ce qu’Oxford veut bien nous montrer, d’accord ? Nous ne pouvons donc
difficilement attaquer si nous n’avons pas un minimum d’informations sur l’ennemi.

– Où veux-tu en venir ?

– Et bien, puisque notre chère Oceany va se fiancer avec Mark, le propre fils du tyran, on va l’exploiter à fond. Oceany, ma chère, demain, tu vas appeler Mark et
t’arranger pour te faire inviter à la mairie et récolter un maximum d’infos.

– Oh, je ne sais pas si je pourrai entrer dans l’antre de la bête, fit-elle avec une voix exagérément grave. Mark ne semble pas très au courant des
affaires de son père.

– C’est une bonne idée, approuva Maria.

– Vas-y, ma grande ! renchérit Mai.

– D’accord, je vais essayer, mais je ne vous garantis rien. Ca pourra toujours nous servir. Bon, je dois vraiment rentrer, il ne faudrait pas qu’on s’aperçoive de
mon absence.

– OK, je te ramène, annonça Juan.

– Je préfèrerais que tu restes ici, au cas où… Ethan est assez fort, pour un élitaire. Il vaut mieux que Myo et toi montiez la garde, au cas où.

– Je te raccompagne, déclara Maria. Surveillez notre nouvel invité, il va nous faire un coup tordu : c’est un raciste.

– Comme tous, ici, soupira Oceany. Bon, on y va. »

Les deux jeunes femmes se rendirent près des motos et décollèrent rapidement. Durant le trajet, elles ne parlèrent pas, mais ce n’était pas vraiment étonnant :
elles n’avaient pas beaucoup d’atomes crochus, toutes les deux. Maria arrêta l’engin devant le balcon de sa passagère et attendit qu’elle soit descendue.

« Je ne sais pas à quoi tu joues, mais tu devrais faire attention : ça pourrait se retourner contre toi.

– De quoi tu parles ?

– Tu sais très bien de quoi je parle : laisse mon frère tranquille et il ne t’arrivera rien de fâcheux.

– Ton frère ? Mais pourquoi tu me parles de lui ?

– Tu crois que j’ai pas remarqué comment tu le regardais ?

– Mais, pas du tout, je…

– Arrange-toi pour que ça ne se reproduise pas. »

Elle redémarra et partit en trombe. Ce n’était pas bon signe, il ne fallait surtout pas commencer à avoir des inimités dans le groupe. Ils étaient déjà en position
de faiblesse, par rapport à Oxford et ses sbires. S’ils n’étaient pas parfaitement soudés, ils étaient certains d’échouer. Elle éclaircirait la situation avec Juan dès le lendemain et parlerait à
Maria de leur petit différend : ça ne pouvait pas continuer.

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Changement de cycle

 Reste donc lecteur, je ne compte pas de parler de machine à laver, même si je pourrais faire un article sur la mienne tellement chaque lavage se transforme en épopée fantastique. Par exemple, la dernière fois, ma machine a voulu me livrer sa propre version du déluge. Principales victimes : mes pauvres pantoufles déjà pas très en forme. Mais passons mes histoires de machine, tout le monde s’en fout, même Gauthier qui a vécu l’aventure en direct.


 Je le sentais, ce foutu vent qui se décidait enfin à tourner ! Le déclic a eu lieu lors de mon dernier voyage chez mes parents, fin mars. D’abord l’espoir. Après un trajet un peu pénible avec des histoires de vomi et de place réduite dans le train (pourquoi je paye 5 euros pour avoir le droit de faire voyager mon chat alors que je n’ai pas le droit à plus de place ?), je retrouve enfin ma maison, je papote avec ma maman (aussi bavardes l’une que l’autre, imaginez) et je vais faire un tour sur le net pour voir un peu ce qu’il s’est passé sur le blog pendant mon absence et vérifier qu’aucun amoureux transi ne m’a envoyé de mails. A défaut d’une demande en mariage de Brad, je trouve un mail curieux me proposant un stage. Bon, je sais que ça va capoter, je peux pas avoir de conventions mais je vais quand même donner suite, on ne sait jamais. Et là, tout s’enchaîne.
 
Vie pro

J’ai déjà raconté l’histoire de cet entretien surprise. Au départ, je dois réaliser un stage non conventionné de 2 mois, payé 25% du SMIC. Bon, la rémunération est minable mais je ne peux prétendre à mieux sans convention et, de toute façon, pour une fois qu’on me rémunère pour un stage… Je repars de l’entretien surexcitée, emballée par le projet et par Pierre Cécil, le DRH choupinou qui ressemble à David Duchovny. Ils me prennent, c’est sûr. Le lendemain, coup de fil, choupinou et sa voix sexy : « Oui, alors comme on peut pas faire un stage non conventionné de 2 mois, je te propose un CDD de 3 semaines, parce qu’on peut pas plus, niveau salaire. » Forcément, je m’empresse d’accepter. Forcément, je préviens ma sœur et Zoé sur MSN, forcément, j’appelle ma mère (qui, comme d’hab, n’a pas compris qu’un portable, ça marche mieux quand c’est allumé). Je suis carrément euphorique. Non parce qu’un stage, on ne sait jamais trop ce qu’il y a derrière, je peux avoir été stagiaire « je fais le même boulot qu’un journaliste » ou une stagiaire « je suis la pro de la photocopie ». Alors que là, c’est un CDD. Pour la première fois de ma vie, me voici pleinement journaliste, avec les responsabilités qui vont avec. Et ça, c’est la classe !

Après une première semaine, je suis comme un poisson dans l’eau. Pierre-Cécil me présente des tas de gens tous les jours que je ne retiens pas mais je leur adresse un grand sourire : « Salut ! Tu vas bien ?

– Oui, oui. »

Bon, ça va, le fait que je n’utilise pas son prénom ne l’a pas traumatisée. En plus, en RH, y a que des bonnes femmes, sauf choupinou donc c’est pas facile de les différencier. Puis je m’en fous, c’est pas avec elles que je bosse. Quoi qu’il en soit, après une première semaine, ce que j’ai rendu les satisfait donc je continue sur ma lancée. Cette semaine, je dois finir le rédactionnel pour la dernière semaine ne faire que de la mise en place et seconder Pierre-Cecil s’il a besoin de moi. Enfin, tout ça s’annonce bien.

La vie perso

Là aussi, piou piou les petits oiseaux. Déjà, côté familial, les bonnes nouvelles pleuvent. En ce moment, je m’entends à la perfection avec tout le monde, tant mes parents que ma sœur. De plus, le copain de ma sœur a été admis aux Pompiers de Paris ce qui semble être plutôt une exploit car le concours est difficile mais je me faisais pas vraiment de soucis pour lui pour être honnête. D’abord, les cartes m’avaient dit qu’il allait réussir. Ensuite, ça fait 5 ou 6 ans qu’il est pompier volontaire donc il sait quand même de quoi il s’agit. Donc voilà, il va bientôt entamer sa formation.

Côté « ma maman est une farceuse », il y a un mois, elle m’appelle et mauvaise nouvelle :

« mes analyses sanguines sont mauvaises, j’ai peut-être un lupus.

– Heu… Je sais pas ce que c’est.

– C’est une maladie dégénérative. Bon, c’est pas rapide, ça se dégrade sur 50 ans mais bon… »

Oups, en effet, ce n’est pas vraiment une bonne nouvelle. Bon, on fait le tour des médecins car les analyses sont curieuses : disons que tous les tests sont négatifs sauf son taux d’agents antinucléaires. Donc son médecin lui fait arrêter les bétabloquants qu’elle prenait pour son hypertension « pour voir ». Samedi, elle m’appelle : « Bon, j’ai tous mes résultats, tout va bien et en plus, ton père va me payer une nouvelle voiture ! ». Les deux parties de cette même phrase n’ont aucun rapport l’une avec l’autre mais elle était euphorique comme une gamine à qui on offre la maison Playmobil. Du coup, sa voiture actuelle échoit à Anthony et Alice mais elle me rassure : « tu sais, si tu as besoin d’une voiture, un jour, on t’en achètera une, hein, te sens pas lésée ! ». Je ne me sens pas du tout lésée et je vois pas ce que je ferais d’une voiture ! Actuellement, j’ai 15 mn de bus pour aller bosser, je peux lire Courrier International durant le voyage, j’ai pas à m’emmerder à garer mon véhicule où que ce soit… Qu’est-ce que je ferais d’une voiture ? De toute façon, j’ambitionne de devenir une vraie citadine à la Carrie Bradshaw, moi, c’est-à-dire, prendre le taxi en toute circonstance. D’ailleurs Carrie Bradshaw a-t-elle le permis ? Rien n’est moins sûr.

Vous me direz, ne reste que l’amour pour que le tableau soit complet. Et bien, il l’est complet, le tableau, une histoire qui se dessine à une vitesse peu croyable mais ce n’est pas encore le moment d’en parler, je le garde pour moi. Disons que l’histoire est merveilleusement résumée par cette chanson d’Etyl, « Moi, je » (oui, c’est ma came musicale, en ce moment) :

 
Moi qui suis pourtant restée seule,
Pour n’en vouloir qu’à moi-même
Quand ça va pas
Fatiguée de reprocher
Les mêmes manques, les mêmes
Erreurs, les même faux pas
 
Refrain : Moi qui me protège, qui court qui vole
Je me vois aujourd’hui
Sûre de vouloir être là
Oh j’ai tant cru en de belles paroles
Que tes silences timides
Me rassurent tout bas
 
Moi qui suis pourtant malhabile,
Encombrante, jamais docile
Me voilà
Avec toi, devenue plume
Une fois la nuit tombée devenue lune
Devenue chat
 
(refrain)
 

J’ai retrouvé le sourire, il ne me quitte plus. Et c’est le pied ! Vu toutes les loses qui se sont accumulées les 6 derniers mois, pour compenser, je ne peux avoir que le bonheur.