Episode 8

Oceany allait se coucher quand on frappa à sa porte. Elle enfila rapidement une robe de chambre et donna la permission d’entrer, ce que firent sa
mère et son beau-père. Elle appréciait beaucoup Nicholas et trouvait qu’il était le compagnon idéal pour sa mère : d’une part, il était très séduisant, avec ses cheveux blonds dans lesquels
serpentaient de fins cheveux d’argent et son visage droit. Mais par-dessus tout, il était très tendre et patient avec elle et s’occupait parfaitement de l’éducation d’Oliver.

Alyson s’approcha d’elle, posa une main sur son épaule et se mit à sourire bêtement, tandis que Nicholas lui annonça la nouvelle :

« Oceany, nous sommes heureux de te t’apprendre que nous t’avons trouvé un fiancé idéal.

– Mais je ne veux pas me fiancer, je suis trop jeune.

– Enfin, ma chérie, j’avais 22 ans quand je t’ai eu, soit quasiment ton âge, ce n’est pas trop jeune, crois-moi.

– Mais je ne me sens pas prête, moi, je…

– Attends de savoir de qui il s’agit.

– Oui, figure-toi, reprit Nicholas, que, ce soir, Mark Oxford en personne est venu me demander ta main et j’ai accepté avec joie.

– Mark ?

– N’est ce pas merveilleux ? Il est très joli garçon et vous vous entendez si bien ! Et puis, il sera maire de la ville dans un futur assez
proche et ton fils sera à son tour maire, etc. Tu dois être heureuse, non ?

– C’est pas exactement le mot que je cherchais. »

Sa mère l’étreignit affectueusement dans ses bras et repartit, toute guillerette vers son époux, ils la saluèrent tous les deux puis quittèrent la
pièce. Oceany s’écroula sur son lit et soupira : elle n’avait pas la moindre envie de se marier. D’abord, elle était trop jeune et devait accomplir sa mission avec les rebelles. Cependant,
Mark était naïf et certainement influençable et s’il devenait maire, elle pourrait améliorer les choses…mais il n’aurait pas le pouvoir avant trente ans, au moins : son père n’avait pas
soixante ans et semblait avoir une santé de fer. C’était trop long, il fallait agir avant. Par ailleurs, elle commençait à s’inquiéter sérieusement de l’attitude de sa mère : elle savait
qu’Alyson ne montrait pas sa haine envers cette ville et son système devant Nicholas, mais elle ne jouait pas la comédie, quand elle lui avait manifesté sa joie quelques minutes auparavant.
Avait-elle été conquise par cette vie facile comme tous les autres ? Non, il y avait quelque chose qui n’allait pas dans tout ça. Alyson n’avait jamais été une femme influençable, elle avait
toujours fait preuve d’une volonté à toute épreuve. Mais, à présent, elle semblait s’être abandonnée à la cause d’Oxford, comme tous les autres d’ailleurs… seuls les exclus n’étaient pas dupes,
mais pourquoi étaient-ils moins sensibles à la propagande que les autres ? Parce qu’ils n’avaient pas d’ordinateurs, télés et tous les appareils qui facilitaient la vie et qu’ils étaient si
insignifiants qu’Oxford ne s’était pas donné la peine de les séduire : s’ils se rebellaient, ils ne pourraient jamais renverser le pouvoir en place, il n’avait pas les moyens. Mais Oxford
n’avait pas imaginé qu’une élitaire allait se joindre à eux et leur fournir de quoi se battre. D’ici quelques temps, ils pourraient enfin faire entendre leur voix, dénoncer le caractère
inégalitaire de la ville. Elle imaginait déjà la réaction du Maire, il allait en faire une syncope. Mais ils avaient encore des détails à régler, tout n’était pas encore prêt. Mais, bientôt,
cette ville allait connaître la révolution.

—– 

            Ethan soupira et s’écroula sur son canapé, épuisé : il avait cru que cette
soirée ne se finirait jamais. Mais Dieu dans sa miséricorde lui avait enfin accordé le droit de se reposer.

« Ethan !  »

Dieu était donc un sacré farceur. Sa mère venait d’entrer dans le salon et semblait furieuse, mais il n’avait pas la moindre idée de ce qui avait pu
la mettre dans cet état.

« Mon passe a disparu !

– Quoi ?

– On a aussi volé mon passe durant ta réception ! Mon Dieu, c’est un comble ! Je croyais que l’entrée était rigoureusement
surveillée ! Je vais écrire à l’agence de sécurité pour qu’ils améliorent leur robot, parce qu’apparemment ils ne fonctionnent pas bien.

– Ca ne sert à rien d’écrire, cette société est régie par des machines, comme toutes les autres et les machines ne lisent pas le courrier. Tu l’as
peut-être perdu.

– Bien sûr que non ! Je ne suis pas aussi gâteuse que Mme Thornton, je sais que je l’avais mis dans mon sac. Est-ce que tu crois que c’est un de
tes invités ?  »

Il ne répondit pas immédiatement, se demandant s’il devait l’avouer ce qu’il avait découvert sur Oceany Antelwort Geller ou s’il valait mieux se
taire. Après tout, il n’avait aucune preuve et il avait peut-être commis une erreur.

« C’est certainement Bill Oxford qui a pris le tien parce que le sien n’était plus valable, ironisa-t-il. Non, bien sûr que non, ça ne peut pas
être un de nos invités, il n’y avait que l’élite.

– Tu sais, la cleptomanie, ça touche toutes les couches sociales. Qui s’est rendu aux vestiaires ?

– Et bien, si on excepte ceux qui sont allés poser leurs affaires et qui sont allés les chercher, personne. Tout le monde a pu voler ces passes,
s’ils ont bel et bien été volés, et…

– Tu doutes de ce que je te dis ?

– Non, mais…

– Tu prétends que l’on ne m’a pas volé mon passe, alors qu’il a disparu de mon sac ? Seigneur, Ethan, comment oses-tu traiter ta mère de la
sorte ?

– D’accord, on a peut-être, non, on a certainement volé ton passe, mais pour les Thornton, j’ai des doutes. Tu sais comme moi qu’elle n’a plus toute
sa tête, la pauvre femme. Quant au tien, tu l’as peut-être fait tomber en cherchant quelque chose dans ton bric-à-brac : ton sac est un vrai capharnaüm, avoue-le. J’irai faire un tour de la
salle, demain soir, pour vérifier que tu ne l’as pas perdu là-bas, et puis, je retrouverai certainement de petits objets comme des boucles d’oreilles, des papiers sans importances et
compagnie : tu sais qu’on perd toujours quelque chose dans ce genre de soirée.

– Si tu veux, mais je suis sûre que ces passes ont été volés. Bon, je retourne chez moi me coucher. Bonne nuit, Ethan. La soirée était très réussie,
si l’on excepte cette petite mésaventure, je suis fier de toi.

– Je n’aurais pas pu réussir sans toi et sans…sans Neve. C’est un travail d’équipe, en quelque sorte.

– Oui, et une équipe du tonnerre. »

Elle déposa un baiser sur la joue du jeune homme et repartit dans son appartement, qui communiquait avec celui de son fils. Il était plutôt heureux
de savoir que la soirée lui avait plu, parce que c’était uniquement pour elle qu’il avait accepté ce rituel ridicule appelé « fiançailles » et qui était, à son avis, parfaitement
inutile.

Il se rendit dans sa chambre, se déshabilla et enfila le bas de son pyjama avant de se coucher. Il n’avait jamais autant apprécié de se retrouver sur
ce matelas moelleux dans ses draps en soie bleue. Il ferma les yeux mais constata avec une certaine surprise qu’il n’arrivait pas à trouver le sommeil, parce qu’une question le tourmentait :
était-ce vraiment Oceany qui avait volé les passes ? Si ce n’était pas le cas, il risquait d’être très mal vu et le mariage entre leurs futurs enfants semblait compromis…De toute façon, il
trouvait ridicule de faire des projets à si long terme. C’était bien Neve, ça : elle ne ferait des enfants que pour satisfaire ses idées de grandeur et ça l’attristait. Ces pauvres enfants
allaient devoir se démener comme des fous pour arriver à combler les désirs de leur mère qui ne les aimerait qu’à partir du moment où ils réussiraient. Mais lui, il se moquait bien de marier ses
enfants à ceux du maire ou de la voisine, du moment qu’ils étaient heureux… Mais cette société ne privilégiait pas le bonheur individuel.

Par ailleurs, il regrettait d’avoir fini la soirée sur une mauvaise note, avec Oceany. Il appréciait la jeune femme et aurait bien aimé gagner son
amitié, mais il avait probablement tout gâché par son manque de tact …Il aurait mieux fait de se taire. Mais ce qui était fait ne pouvait se refaire et il s’arrangerait pour lui présenter
ses excuses quand il la reverrait. Sauf s’il avait la preuve qu’elle était bien la coupable, évidemment. S’il ne s’était pas trompé, il aurait la réponse dès le lendemain soir. D’ailleurs, il
avait besoin de repos : elle savait se battre et s’il était à moitié endormi, elle le mettrait au tapis en moins de deux.

Il se retourna et regarda l’heure : déjà six heures et demie. Il resterait au lit toute la journée, il n’avait rien de mieux à faire de toute
façon : Technopolis avait éliminé le travail et lui avait offert du temps libre. Il en faisait ce qu’il lui plaisait, tout était prévu pour que l’homme n’ait pas le temps de s’ennuyer et il
fallait avouer que c’était articulièrement réussi. Une société presque idéale. Presque.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Chapitre 5
 

            Oceany regarda plusieurs fois autour d’elle et bondit sur le balcon, suivie de
Juan qui avait placé la moto en mode « lévitation ». Elle essaya d’ouvrir la porte-fenêtre mais constata qu’elle était verrouillée, alors elle saisit une carte magnétique et la passa
devant le montant qui fit entendre un déclic et ils purent ouvrir la porte.  Oceany avait fabriqué elle-même son passe-partout en suivant les indications sur le web : grâce aux
perturbations magnétiques que provoquait cette carte, tous les verrous électroniques cessaient de fonctionner pendant cinq à dix secondes, largement le temps d’ouvrir n’importe quelle porte. Ils
entrèrent dans la pièce qui était à présent vide et s’avancèrent vers le vestiaire, mais avant d’y pénétrer, Juan la retint par le bras.

« Attends, je dois te parler.

– De quoi ? Je ne crois pas que ce soit le moment de parler de quoi que ce soit, il faut agir vite.

– Oui mais tu me parais préoccupée. Tout va bien ?

– Oui, oui…

– Tu peux te confier à moi, je suis ton ami.

– Je… je… je vais me fiancer.

– Hein ?

– Mark Oxford a demandé ma main à mon beau-père : on se croirait revenu au XVIème siècle ! Et puis, on est trop différents, tous les deux
et…laisse tomber.

– Ne t’en fais pas, on aura détruit le système en place avant ton mariage.

– Sans doute…on reparlera de tout ça plus tard, ce n’est pas le moment. Bon, je vais récupérer les passes et toi, tu vas monter la garde : à la
moindre alerte, tu me préviens d’accord ?

– Compte sur moi. »

Elle sourit puis se dirigea rapidement vers les vestiaires. Ils ne risquaient rien et même si quelqu’un les apercevait, ils avaient leur masque, mais
elle ne sentait pas très à l’aise, sans doute parce que c’était la première fois qu’elle évoluait ainsi dans son propre milieu. Le risque d’être reconnue était multiplié par cent, au
moins.

Elle ouvrit précautionneusement la porte et jeta un œil dans la pièce : tout semblait en ordre ; elle entra et fila vers sa cachette d’où
elle extirpa, à l’aide d’une pince à épiler l’enveloppe qui était admirablement bien dissimulée. Elle allait la glisser dans son sac quand elle perçut un mouvement derrière elle. Elle se retourna
et évita de justesse un manche à balai qui aurait dû frapper sa tête et l’assommer. Elle fit un bond sur le côté et frappa le manche qui se brisa en deux et regarda enfin son agresseur pour
constater avec surprise qu’il s’agissait d’Ethan Wadeker. Encore lui.

« Tiens donc, comme on se retrouve, fit-il. J’étais sûr que vous étiez mêlée à la disparition des trois passes.

– En fait, j’en ai volé quatre.

– Cette fois, vous ne m’échapperez pas. »

Elle recula légèrement, prête à lui sauter dessus au moindre geste, mais il avait tout prévu. Il n’aurait pas pu gagner à la régulière, il avait donc
du trouver un moyen de la désavantager et il n’avait rien trouvé de mieux que d’accrocher un filet au plafond, retenu par une corde qu’il tenait dans la main. Il bougea légèrement, la faisant
reculer et, dès qu’elle fut sur le filet, lâcha la corde. Elle réagit au quart de tour et sauta sur le côté mais pas assez rapidement et ses pieds s’emmêlèrent au piège, la faisant chuter. Il se
jeta sur elle et lui arracha son masque ayant la confirmation de ce qu’il avait pensé : il s’agissait bien d’Oceany Antelwort.

« J’en étais sûr, je savais que c’était vous.

– Et alors, qu’est ce que vous y gagnez ? Personne ne vous croira si vous racontez ça.

– Et comment vous expliquerez votre présence ici, ce soir ?

– Je n’aurai pas à me justifier. »

Elle se mit à crier étonnement fort, ce qui le fit reculer. Il la regarda, médusé, se demandant ce qu’elle cherchait à faire et n’entendit pas Juan
arriver par derrière. Le latino lui administra un magnifique cou sur la nuque, ce qui assomma immédiatement le jeune homme, qui s’écroula lourdement sur le sol. Oceany se débarrassa du filet et
rejoignit son complice.

« Bien joué. Faut pas traîner ici, on a pu m’entendre. Qu’est-ce qu’on fait de lui ?

– On le tue ?

– Non, il ne faut pas qu’ils sachent qu’on peut accéder aux sommets. On l’embarque.

– Pourquoi ne pas le laisser ici ?

– Il sait qui je suis, c’est trop risqué ; quand on s’inquiétera de sa disparition, je m’arrangerai pour rappeler qu’il aime bien se promener
dans les bas étages. Bon, ne traînons pas, il ne vaut mieux pas se faire attraper. »

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La fable de la journaliste

Il était une fois, dans une ville de la banlieue parisienne, une jeune fille en passe de réaliser son rêve. Cette fille avait travaillé dur pour devenir journaliste et, enfin, elle allait entamer son premier CDD, le rêve. La veille, elle se couche tard (oui, bon, ça va…), elle a du mal à dormir. « Demain, je serai journaliste. ». Prudente, la jeune fille met tous les réveils de son domicile à sonner. Après avoir passé 6 mois à ne pas voir les premières heures de la journée, la jeune fille devait se lever à 8h45. Y arrivera-t-elle ?

 journaliste

8h45, le réveil sonne mais elle est déjà réveillée, Kenya la terrible ayant eu envie d’un gros câlins quelques instants plus tôt. Il faut savoir que Kenya la terrible est un chat joueur qui, pour arriver à ses fins, utilise plusieurs techniques : le « je m’étale sur ta figure », le « j’essaie de rentrer ma patte dans ta narine », le « j’imite le cri de la peluche » ou encore le « je te ronronne dans l’oreille ». Notre jeune fille se lève et se rend tel un automate dans la salle de bain pour la séance « ressemblons à quelque chose ». Sauf qu’elle a tellement peur d’arriver en retard qu’elle est prête une demi-heure en avance. Qu’à cela ne tienne, notre journaliste est facétieuse, elle va faire une expérience punitive chez Paul le pâtissier, achetant un délicieux beignet à la framboise (ce soir, c’est rameur). Le beignet, c’est bon mais le sucre glace qui tombe partout ou la confiture rouge qui gicle au coin de la bouche, beaucoup moins. Professionnelle, elle s’assoit à l’abribus et entame la lecture de Courrier International de la semaine. Journaliste jusqu’au bout des ongles, on vous dit. Le bus est à l’heure et notre amie journaliste arrive à l’entreprise vingt bonnes minutes en avance donc elle s’autorise une petite cigarette et c’est parti.

Arrivée à l’accueil, première épreuve : le badge manquant. Oui, l’assistante de son patron est joueuse, elle n’a rien prévu pour son arrivée et voilà notre journaliste un poil déconfite. Mais voilà le prince Pierre-Cécil qui s’amène, il va la sauver de ce mauvais pas. Oui car dès le premier jour, notre amie journaliste et Pierre-Cécil sont déjà super synchro. La portière du Palais donne à notre héroïne un badge journalier, je sens que cette histoire de badge va être un des éléments croustillants de cette aventure. Le prince dit « le DRH choupinou » embarque notre amie et commence à lui taper la conversation, passant directement du vous au tu, il l’amène dans l’ascenseur et là, ils ne font pas l’amour comme des fous, on n’est pas des sauvages ! L’entreprise est morte : entre les vacances et les ponts, il n’y a personne, surtout pas l’assistante qui devait s’occuper de mon ordinateur (heureusement, j’ai amené mon portable), de ma connexion Internet (je dois surfer avec le pc de DRH choupinou donc pas de balade sur les blogs), de mon mail perso (héhéhé, quand je l’aurai, je m’écrirai juste pour pouvoir me la péter), de mon numéro de poste perso, de mon badge… Heureusement, aujourd’hui, choupinou ne mange pas à la cantine donc la journaliste va hériter de son badge. 10h30, choupinou n’a pas l’air motivé pour bosser donc il entraîne notre magnifique héroïne à travers les couloirs de la boîte, café en main, il lui présente des gens, la demoiselle dit bonjour en se demandant à qui elle est censée parler et comment elle va réussir à retrouver son chemin toute seule quand choupinou la laissera seule. Peut-être va-t-elle recycler l’histoire du petit poucet, ce serait une bonne idée.

 

A la machine à café, choupinou lui raconte ses vacances : il est parti à New York car sa femme est américaine. Notre héroïne n’aime pas trop savoir que choupinou est marié mais en même temps, il porte pas son alliance, gniark ! gniark ! La journaliste, en pro qu’elle est, note l’information, on ne sait jamais. ( A noter qu’il est en communication avec une collègue, là, et il vient de m’appeler « petite jeune fille »… Non mais oh, on fait l’histoire de la journaliste, là, pas le petit chaperon rouge !). Bon, voilà, ils montent et descendent les étages, la journaliste est perdue mais elle fait semblant de pas être déstabilisée par les 9 étages de cette bâtisse. Elle finira par se retrouver, promis. Ceci étant, si vous n’avez pas de nouvelles de la journaliste d’ici 24 heures, merci de prévenir la police.

 

Bon, après cette fascinante balade, voilà la première réunion en tête-à-tête entre choupinou et la demoiselle, une demi-heure de franche discussion. Choupinou porte vraiment bien son surnom mais la journaliste est pro, on vous a dit ! Les idées fusent. Idées de reportage : les balades à faire dans la ville où va emménager l’entreprise, un déjeuner shopping dans le centre commercial voisin… Mmmm, la journaliste est ravie à l’idée de faire ces reportages, c’est plutôt sympa. Par contre, elle se rend compte à un moment qu’un peu de sucre glace est resté collé sur le rebord de ses lèvres et là, c’est la honte.

 

Bon, après cette réunion yeux dans les yeux avec choupinou (qui a eu la bonne idée de pas mettre sa cravate aujourd’hui, c’est beaucoup mieux), la journaliste n’a rien de particulier à faire donc elle commence la rédaction de cet article et lit Courrier International (c’est pour son prestige mais n’empêche que c’est toujours intéressant), elle rédige un petit mail pour Zoé qu’elle postera plus tard. Puis la journaliste en bonne toxico qu’elle est descend à l’étage fumeur pour exercer son vice (le tabac, hein, bande de petits pervers) et se retrouve face à deux pintades qui se racontent leur vie en ignorant délibérément la demoiselle. Mais la journaliste s’en fout, elle au moins, elle n’a pas des cernes de 3 km de long sous les yeux, na !

 

Midi, l’heure de la cantine. Frédérique, la chargée de comm, vient la chercher pour déjeuner, elle me retrouve donc à table avec 4 nanas donc deux qui revenaient de vacances, le thème fut donc : « Seigneur, les vacances en club, c’est fatigant, ils sont cons les gens ». Et là, nos deux amies dépeignent le beauf de base en vacances dans ce genre de club, ça se résume à : « Y a que des vieux et des Loana ! ». Bon, la journaliste étant insupportablement snob, elle se marre comme une bossue. Car la journaliste a expérimenté dans le temps ce genre de vacances avec ses parents délicieusement snobs aussi et franchement, c’est un peu pénible d’être toujours sollicités pour les jeux apéros et compagnie. Là, arrive choupinou qui s’installe en face de moi et qui raconte ses vacances à New York, notamment une comédie musicale sur Brodway qui devait être écrite par les auteurs de South Park. L’histoire, en très gros, c’est sur les concours d’orthographe qui sont légions aux Etats-Unis, vous savez, ce truc qu’on voit toujours dans les séries américaines : « débilitant, D. E. B. I. L. I. T. A. N. T ». A un moment, choupinou explique qu’un personnage est troublé par une demoiselle de l’assistance et du coup, il perd et il doit entamer une chanson qui commence par : « I had an erection ! ». Ben, là, il paraît que les Américains, ils ont été un peu choqués… Puis y a Jésus qui débarque à un moment… Du grand n’importe quoi, donc. Donc choupinou raconte ça en faisant son numéro et la journaliste bave. Plus elle le regarde et plus il est craquant, aaaaaaaaaaaaaah !! Ça va être trois semaines fort plaisantes. Sinon, la journaliste a trouvé son alter ego féminin, une frappadingue qui explique : « Ah non mais moi, petite, je détestais le cirque : j’avais peur des clowns et les animaux en cage, ça me rend malade. En plus, se mettre en rond autour d’une piste, je trouve ça d’un débile. » Notre héroïne exulte : elle aurait pu tout à fait énoncer ce genre d’opinions.

Ensuite, café avec miss Frédérique, choupinou ayant un rendez-vous (annulé depuis, le pauvre, j’ai prêté une oreille attentive à ses malheurs) donc normalement, au menu : « quelle est la mission de la journaliste ? » mais ce fut « la journaliste raconte sa vie parce qu’elle adore ça. ». Retour au bureau, notre demoiselle ne peut rien faire car elle n’est pas connectée à Internet donc elle écrit ce présent article et Technopolis 2 quand choupinou l’appelle auprès de lui pour lui montrer un truc sur son pc, elle se penche pour regarder l’écran, regardant au passage qu’en plus d’être craquant, choupinou a un parfum très agréable (mais des ongles crades par contre, gros point négatif). Il lui montre le logiciel de gestion du personnel sur lequel il travaille. Car choupinou peut savoir tout sur ses employés, leur situation familiale, leur salaire, leur contrat, les prêts contractés à la banque, la taille de leur pénis (non, je déconne)… Parenthèse : au moment où j’écris cette phrase, choupinou décroche le téléphone en disant : « je sais tout ! ». Comme on est merveilleusement en phase.

Bon choupinou s’en va et le monsieur qui gère l’informatique m’apporte mon poste de travail, un pc tout pourri qui est en train de virer au noir et blanc mais ça évitera que je trimballe le mien, c’est pas plus mal. Et là, il me fait : « bon alors votre code secret, c’est bretagne. » Oh putain, il lit mon blog et il m’a reconnue, c’est pas possible autrement ! Ah, je flippe, au secours !

Enfin, 18h15, je décide de partir, j’ai encore des choses à faire (genre m’acheter à manger). A partir d’aujourd’hui, je commence à 9h…

Alors petit bilan après le premier jour. Bon, choupinou porte délicieusement son nom, voilà un sacré plan M ! Les gens ont l’air sympa, le peu que j’ai croisé, et je suis grandement motivée. On verra dans trois semaines pour le boulot ! 

Episode 7

Chapitre 4

            Ethan regarda son interlocutrice, ne sachant trop ce qu’elle pensait : elle
avait dit sa dernière réplique sur un drôle de ton. Elle tourna la tête et leur regard se croisèrent, de jolis yeux gris, ce qui était assez rare…Soudain, un flash traversa sa mémoire et il revit
la voleuse lorsqu’il l’avait agrippé…des yeux gris, des cheveux cuivrés, des traits fins…il n’arrivait pas à le croire. Se pourrait-il que sa voleuse ne soit autre qu’Oceany Antelwort
Geller ? Elle pencha légèrement la tête, d’un air inquiet.

« Ca ne va pas ? Vous êtes tout pâle, tout à coup.

– Si, ça va très bien, c’est juste que…rien. »

Il regarda derrière elle et feignit d’admirer la vue, cherchant à ne pas se trahir. Si elle découvrait qu’il savait, elle pourrait faire appel à ses
complices et ils viendraient peut-être le kidnapper, perspective qui lui glaçait le sang… même si, grâce à ça, il pouvait échapper à ses fiançailles.

L’orchestre entama un air de salsa et il eut brusquement envie de danser, mais Neve ne pouvait pas se déhancher dans son horrible robe…il se dit
alors qu’il pourrait inviter Oceany. Après tout, il valait mieux être dans ses bonnes grâces.

« Vous dansez ?

– Oh, je ne sais pas, je ne suis pas très douée, et…

– On ne refuse jamais rien au fiancé.

– Dans ce cas, c’est d’accord : allons danser. »

Il lui prit la main et l’entraîna vers la piste où se déhanchaient quelques couples. La plupart des femmes portaient des robes qui interdisaient ce
genre d’exercice, quant aux hommes, la plupart étaient trop âgés. Il constata avec joie qu’Oceany dansait beaucoup mieux qu’elle ne le prétendait et bougeait parfaitement en rythme. Etant
lui-même assez bon dans cet exercice, ils éclipsèrent rapidement les autres couples qui s’arrêtèrent pour les regarder d’un air curieux et amusé. Pendant un instant, Ethan oublia qu’il était en
train de danser avec une criminelle et prit un réel plaisir. A la fin, il la renversa et tout le monde applaudit, charmé. Quand elle se redressa, leur visage se rapprochèrent et leur regard se
rencontrèrent et il eut la fugitive impression qu’il avait réussi à la dompter, mes ses yeux reprirent vite cet éclat sauvage, qui lui indiqua qu’il n’avait aucune emprise sur elle. Dommage, il
l’appréciait beaucoup et aurait bien aimé en faire son amie, mais avec ce qu’il savait, ce n’était pas possible.

Il lui baisa la main pour la remercier et l’orchestre entama un slow. Mark s’approcha d’elle pour l’inviter à danser, proposition qu’elle accepta
avec joie, tandis que lui se retrouva avec sa propre fiancée. Il craignit pendant un instant une scène : elle allait certainement lui reprocher son attitude etc. mais, au contraire, elle
était ravie.

« Tu sais ce que j’ai entendu dire, ce soir ? Et bien, il paraîtrait que Mark Oxford et Oceany Antelwort Geller pourraient se fiancer
prochainement ! Est-ce que tu sais ce que ça veut dire ?

– Que tu vas pouvoir ressortir ta robe à leurs fiançailles.

– Mais non, idiot : nous allons marier un de nos enfants à l’un des leurs : cette union va faire de notre enfant une des personnes les plus
importantes de Technopolis, peut-être même le futur maire !

– Pauvre Oliver, il vient de perdre sa fiancée…

– Ce que tu peux être agaçant, par moment ! Enfin, puisque tu as l’air de bien t’entendre avec Oceany, nous avons toutes nos
chances.

– Mais enfin, tu parles de choses qui ne sont pas certaines, tu tires toujours des plans sur la comète ! Rien ne dit qu’ils vont vraiment se
fiancer et même si c’était le cas, ils n’ont pas encore d’enfants…tu imagines que tu parles d’événements qui ne se passeront pas avant une vingtaine d’années ? La vie est pleine d’imprévus,
on ne sait pas ce qu’il va se passer.

– Tu es d’un pessimisme ! Je cherche ce qu’il y a de mieux pour nos enfants, c’est tout. »

Il soupira mais ne répliqua pas : les conversations tournaient toujours en rond avec elle, il ne valait mieux pas insister. Il jeta un œil
vers le couple de futurs fiancés en question et dut avouer qu’ils avaient l’air plutôt bien, ensemble. Ils avaient de la chance : eux, au moins, ils pourraient peut-être épouser quelqu’un
qui leur convenait vraiment, au lieu de subir une union qui les rendrait malheureux. Oceany croisa son regard et lui fit un étrange sourire qu’il ne sut pas trop interpréter. Elle pouvait
très bien lui témoigner son amitié, se moquer de la robe de Neve ou encore lui faire savoir qu’elle savait qu’il l’avait reconnue et qu’il allait bientôt passer un mauvais, un très mauvais
moment. Il resta un instant perplexe puis sourit à son tour, par politesse. Après tout, comment aurait-elle pu deviner qu’il connaissait ses activités nocturnes ? C’était quasiment
impossible.

—–    

            Oceany détourna le regard et leva à nouveaux les yeux pour admirer la grande
fresque au-dessus de sa tête, mais elle n’y fit pas vraiment attention, perdue dans ses pensées : l’avait-il reconnue ? Son comportement ne laissait entrevoir rien de tel, mais on ne
pouvait jamais savoir ce qu’il se passait dans la tête des autres. S’il savait qui elle était et que quelqu’un s’apercevait de la disparition des passes avant la fin de la soirée, elle risquait
de passer au mauvais moment.

« Elle est superbe, n’est ce pas ? déclara Mark.

– Pardon ?

– Cette fresque, elle est tout simplement magnifique. Mon père adore les artistes de la Renaissance et cherche à leur rendre hommage dans la moindre
de ses œuvres : par exemple, les piliers, qui représentent les anges, se sont inspirés de la Vénus de Botticelli et puis cette fresque, au-dessus de notre tête, parfaite reproduction de
l’originale.

– Ca compensera la perte de la vraie, détruite pendant la guerre, ainsi que la plupart des œuvres des peintres si chers à votre père. Mais comment
ont-ils fait pour créer une copie aussi fidèle simplement de mémoire ?

– Mon père a tout un tas d’ouvrages sur la question.

– Oh, vraiment ? Ce n’est pas très courant d’avoir des livres chez soi, dans cette ville. 

– A quoi ça servirait ? C’est dépassé, tout ça ! Avec notre ordinateur, nous pouvons accéder à une quantité de savoir extraordinaire et
puis, nous n’avons plus besoin de lire : les émissions télévisées nous expliquent tout.

– Oui, c’est vrai. Tiens, voici votre oncle, là-bas.

– Mon oncle ?

– Bryan, le frère de votre mère.

– Ce n’est pas le frère de ma mère mais celui de Kelly. En fait, c’est son demi-frère.

– Oh, je vois. »

Ils avaient vraiment de drôles de mœurs dans cette famille. Finalement, Kelly n’était pas aussi écervelée qu’elle ne l’avait pensé, bien au
contraire, elle était même très rusée. Peut-être même faisait-elle partie de la poignée de dirigeants de la ville et si elle avait une influence assez forte sur Oxford, elle devenait même la
personne la plus puissante de la ville, donc la plus dangereuse. Dans ce cas, elle avait eu de la chance de l’avoir surprise en charmante compagnie : si Kelly s’attaquait à elle, en retour,
elle raconterait tout à Oxford et la jolie blonde serait bannie. Voilà qui était intéressant.

—–

            Ethan s’assit sur une chaise et se frotta les yeux. La fatigue commençait à se
faire plus lourde et il avait hâte de rentrer chez lui, mais les gens ne semblaient pas décidés à partir. Enfin, au bout d’un moment, il vit M et Mme Thornton prendre leur affaire dans le
vestiaire et se diriger vers la porte. Il se leva afin de les saluer, quand la femme se mit à crier :

« Mon passe a disparu ! On m’a volé mon passe !

– Tais-toi, Margaret, tu as dû le faire tomber.

– Mais non, le tien aussi a disparu.

– Attendez ici, dit Ethan, je vais voir dans le vestiaire s’ils ne sont pas tombés de votre sac. »

Il se précipita vers la salle en question et jeta un rapide coup d’œil au sol, mais il savait qu’il ne les y trouverait pas. Il avait d’ores et déjà
une petite idée sur l’identité du voleur : Oceany. Il regarda la centaine de sacs posés les uns à côté des autres et tenta de trouver celui de la jeune femme. Au bout du vingtième, environ,
il poussa un soupir de soulagement : il avait dans sa main la carte d’identité de la voleuse. Il regarda dans le sac mais fut étonné de ne découvrir qu’un seul passe, celui
d’Oceany.

« Je peux savoir ce que vous cherchez dans mon sac ?  »

Il se retourna et la vit plantée à quelques mètres de lui, les mains sur les hanches, l’air furieux.

« Je…heu…je vérifiais que votre passe y était : deux ont disparu.

– Oui, j’ai entendu, mais ce n’est pas vraiment étonnant de la part de cette pauvre Mme Thornton, elle est un peu gâteuse.

– Oui, mais je ne crois pas que ce soit l’explication. Je pense que quelqu’un a pris ces passes, n’est ce pas ?

– Seriez-vous en train de suggérer que c’est moi, la voleuse ? Pensez-vous vraiment que j’ai l’air d’une délinquante ?

– Entre l’être et le paraître, il y a une grande différence.

– Je ne les ai pas volés : d’ailleurs, vous avez pu constater qu’ils n’étaient pas dans mon sac. »

Elle lui prit l’objet des mains et lui jeta un regard mauvais avant de retourner dans la salle. Il soupira et décida de refaire une rapide inspection
de la pièce, mais il ne trouva pas le moindre passe. Où les avait-elle mis ? Peut-être les avait-elle donné à un complice qui était tranquillement reparti ? Non, personne n’aurait pu
rentrer ici sans être muni d’une invitation : elle avait dû les cacher par-là. Il allait les récupérer, il devait bien ça à ses invités.

Il retourna auprès des Thornton et leur expliqua qu’il n’avait rien trouvé mais ils les avaient certainement oubliés chez eux. La salle commença à se
vider peu à peu, chacun rentrant chez lui et Ethan n’en fut pas fâché : il tombait de fatigue et l’épisode du sac l’avait énervé. Il savait que c’était elle, il l’avait reconnue, mais elle
avait nié et l’avait fait passer pour un idiot, il n’aimait pas ça. Mais elle ne perdait rien pour attendre.

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Toujours pas d’’amour

Ici, nous sommes sur un blog de gens hautement cultivés donc je cite du Priscilla, même pas peur. Mais cet article ne concerne pas cette mini-chanteuse qui file tout droit sur les traces d’Alyzée. Puis un petit clin d’oeil à Emma rapport à cette chanson. 

 

Bon, résumons la situation. Il y a trois mois, je décidais de me racheter une virginité, espérant que mon gentil voyant avait raison en disant que sur le plan amoureux « ça allait évoluer sur les trois prochains mois ». Oui, bon, techniquement, il n’a pas eu tort, il y a eu évolution mais ça s’est soldé par un rien. Bon, rassurez-vous, je suis pas en train de pleurer sur ces trois derniers mois que je ne considère pas comme perdus, quelque part, j’y ai gagné. En très résumé : j’ai rencontré quelqu’un que je trouvais trop bien pour moi mais finalement, non, nous étions à égalité.  Donc, au moins, ça a regonflé mon ego même s’il ne s’est rien passé pour des raisons que je ne détaillerai pas ici.

Mais bon voilà, ma nouvelle virginité ne m’a rien apporté, finalement. Dimanche soir, je réfléchissais en faisant mon sudoku (oui, je fais du sudoku pour rêvasser, je suis bizarre) et je me demandais ce que je devais faire. La situation est simple : je n’ai pas de petit ami potentiel et je sais pas vraiment où en trouver. Sur meetic ? Non, déjà donné. Dans les camarades de promo de Gauthier ? Heu ben non plus, le seul à peu près potentiellement baisable, y a une fille qui a fait pipi dessus pour marquer son territoire (métaphore) et elle jette des glaçons sur la première femelle qui s’en approche. Là, c’est pas une métaphore, c’est véridique.

Alors que faire ? Trouver un plan D (comme dérivatif) en attendant ? Dans ma besace à mec, il ne me reste que Laurent dit l’obsédé. Bon, alors, certes, il était très mignon et j’ai un bon souvenir de nos brouettes mais vu comme il m’a saoulée, je ne suis pas sûre que ce soit très bon pour mon ego de me retrouver entre ses pattes. Car le souci majeur, c’est que je sais déjà pas où je pourrais trouver un plan L (comme Love) alors un plan D… Enfin, si, un plan D, je peux en trouver en boîte, par exemple mais bon, en boîte, j’y vois rien donc si c’est pour repartir avec un gars qui ne me plaît pas, autant laisser tomber.

Bon, alors, aucune perspective d’avenir amoureux ? Bah, techniquement, si : avec Zoé, on a prévu une soirée plan M. Elle invite chez elle le petit Ludovic et Bastien plus un couple d’amis et on voit ce que ça donne. Bon, a priori, j’hériterais de Bastien mais rien n’est moins sûr. Enfin, ce n’est pas forcément pour me déplaire : beau petit brun journaliste rugbalistique, y a quand même pire. Mais bon, autant ne pas capitaliser là-dessus, on ne sait jamais… Enfin, quoi qu’il en soit, Zoé m’a promis de s’occuper de moi, vu que M. Zoé fait un retour remarqué. Cool.

Y a un an, j’en étais au même point : « bouhou, mais où trouver un homme ? » Bon, la différence majeure entre l’an dernier et cette année, c’est qu’avant, j’étais limite désespérée (d’où mon inscription meetique). Là, ça fait un an que je suis à Paris, j’ai un réseau d’amis non négligeable et donc des potentialités de rencontres infinies. Par ailleurs, cette petite année m’a montré que j’étais pas le vilain petit boudin que je croyais être et comme je suis en phase de régime, je me sens mieux dans ma tête. Rien ne me stimule plus que
ma petite demi-heure de rameur quotidienne, je transpire, j’écoute la musique, je sens mes muscles qui travaillent et je suis même pas mâchée donc aucune raison de s’arrêter en si bon chemin.

Mais bon, même si le célibat en lui-même ne me pèse pas, le fait de ne pas avoir de perspective amoureuse est un peu ennuyeux. Oui, je m’ennuie, je n’ai rien pour rêvasser le soir, pas de carotte au bout du bâton pour être encore plus motivée pour ramer et ne pas aller au McDo du coin me substanter. Heureusement pour moi, je fais confiance à la vie, je sais bien qu’elle va me mettre dans les pattes un charmant jeune homme au moment où je m’y attendrai pas. Déjà, la semaine prochaine, je vais commencer un nouveau boulot, y aura peut-être un choupinou rien que pour moi. Bon, certes, il y a le DRH qui est très mignon mais bon, un supérieur hiérarchique, c’est pas l’idée du siècle, il me semble. Mais bon, y a un millier d’individus dans cette foutue entreprise, ça multiplie les contacts.

Après, il y a toujours des moyens de multiplier les rencontres. Je pourrais, comme Anne, me mettre à la danse, c’est très bon pour rencontrer des hommes mais je sais pas si je suis particulièrement douée pour cet exercice. Je suis pas sûre que bousiller les pieds de mon partenaire soit une merveilleuse idée pour le convaincre de venir boire un verre chez moi (ou aller en boire un chez lui, je suis pas sectaire). De plus, nous sommes en avril, ce genre d’activités se termine en juin et j’ai un peu raté les six derniers mois de cours donc je ne pense vraiment pas que ce soit une bonne idée.

L’an dernier, alors que je sortais ma litanie : « bouh, personne il m’aime et je sais même pas où trouver un homme ! », Gauthier m’avait suggéré de faire du caritatif : un bel homme généreux, c’est le pied. Oui, certes, sauf que donner de mon temps pour une mauvaise raison (trouver un homme, pas aider mon prochain), je ne sais pas si c’est vraiment une bonne idée. Très honnêtement, ça fait quelques temps qu’un engagement social me titille : quitte à avoir du temps libre, autant que ça serve à quelqu’un qui n’est pas moi. Mais je peux pas faire ça dans une optique de drague, ce n’est pas honnête. Quelque part, ce serait exploiter le malheur d’autrui pour mon propre bonheur donc même si un gars engagé me paraît être un bon parti, je ne rejoindrai jamais une ONG ou association dans cette optique-là. Mais merci de m’aider à remédier à ma solitude, mon moumour.

Le problème en amour, c’est que moins on le cherche, plus on le trouve et vice-versa. Alors que faire ? Attendre patiemment que ça nous tombe dessus ? Attendre et patiemment ne faisant pas particulièrement partie de mon vocabulaire, je me vois mal rester le cul posé sur une chaise et voir ce qu’il se passe. D’un autre côté, mes expériences passées m’ont montré que plus je cherchais, plus je me fourvoyais. Et l’amour avec un petit ou un grand a est toujours arrivé par la petite porte, celle que je n’avais même pas vue. Seulement, pour ne pas la voir, il ne faut pas la fixer. Et pour ne pas la fixer, faut avoir un plan D pour nous divertir. Mais où le trouver mon plan D ? Hop, on en revient au point de départ.

Donc, voilà, ma vie sentimentale ressemble à un rubik cube et je suis aussi nulle en amour qu’en géométrie spatiale. En attendant de réussir ce foutu casse-tête et décider quel chemin emprunter, je rêvasserai à Brad Pitt, ça m’occupera

Cravachons l’’hippopotame

Les années se suivent et ne se ressemblent guère. Il y a un an, à peine arrivée sur Paris, je fêtais mon anniversaire avec Gauthier et Lucie montés pour l’occasion, Clara qui
vivait chez moi et son meilleur ami et Pedro, qui nous avait bien emmerdé toute la soirée (« non mais moi je veux pas faire ça ou ça. Et puis d’abord, c’est Nina qui choisit, tu veux faire ce que Gauthier propose ou ce que je propose ? » Curieusement, Gauthier a gagné). Une soirée sympathique mais qui ne restera pas forcément dans les annales (sauf ma bûche mémorable sur le trottoir à St Michel).

 

Cette année, je fus gourmande : pour fêter mes 26 ans, qui me rapprochent inexorablement de la trentaine, j’ai décidé de le faire trois fois. En fait, au début de l’année 2006, j’étais trèèèès pessimiste sur ces 26 ans, j’avais un peu peur de revivre mes 22 ans, la pire année de ma vie, d’après mes souvenirs (premier échec scolaire de ma vie, des décès en pagaille dans mon entourage, rupture d’Alice et Anthony…). Pourtant, plus l’échéance approchait et plus je me sentais sereine, je pense que mon petit CDD a bien aidé. Première fête d’anniversaire à Toulouse avec Mister Big, Anne, Lucie et un couple d’amis. On va boire dans un bar toulousain et on rit comme des petits fous, quelle merveilleuse séance d’abdos. J’avoue que j’étais ravie de cette petite soirée car, l’an dernier, je n’avais pas pu le faire avec Anne, mon amie d’enfance, et ça m’avait fait un peu bizarre. Fête deux : avec ma famille. Samedi soir, le lendemain, petite soirée en famille, papa, maman, Johann et Alice (Anthony étant resté sur Paris pour passer son concours de pompier). Et comme j’avais pas encore assez mangé et bu du week-end, le dimanche, on se fait un petit repas en famille avec ma mamie et ma tante. Tout ça se solde par un paquet de nouvelles fringues, un livre de cuisine et un kit de massage (ma famille chercherait-elle à me caser ?).

 

Retour sur Paris. Mon anniversaire étant jeudi soir, il paraît logique de fêter ça le vendredi soir comme ça, on peut se coucher tard. La liste des invités est la
suivante :

– 3 vingtenaires : Tatiana, Gauthier et moi.
– 2 blogueuses : La rouquine et Lilvirgo
– 3 lecteurs : Lefroid, Bernardin et Sechev
– 2 amies parisiennes : Sab et Zoé
– 1 membre de ma famille : Alice
– 1 élément rapporté que je connais pas : un copain gay de la rouquine.

Bon, tout le monde arrive (en retard) sauf Zoé qui est malade mais qui n’a pas l’appendicite, rassurons-nous. Forcément, nous avions réservé une table dans notre bar-restaurant de
prédilection, où nous passons pas mal de soirées depuis octobre. Bon, on est un peu serrés à table, nous voilà tous très intimes. A côté de moi, j’ai pris ma sœur qui ne connaît pas le blog donc ordre du jour : deux mots sont interdits : « Nina » et « vingtenaire ». On discute et Alice me sort : « bon, et faut appeler les gens par leur vrai nom ou leur pseudo ? » Mon cerveau passe en mode alerte : mais comment elle sait ça, elle ? J’ai bien envoyé un mail à tout le monde sauf la miss pour donner les vrais prénoms,
aurais-je commis la faute de lui adresser aussi ? Non, c’est mon Gauthier d’amour qui a envoyé un mail à tout le monde (y compris ma soeurette) de sa boîte gauthier.vingtenaire en intitulant le dit message : « anniversaire [biiiiiiip]/Nina ». Bon, ça, c’est fait.

Elle a eu droit aussi à la fameuse histoire du sperme qui rend la peau douce. Comme je ne suis pas sûre que cette histoire ait été racontée ici, je vous la retranscris. C’était en deuxième année de fac, j’étais au resto U avec Gauthier et un copain commun, Guillaume (pas celui avec qui je suis sortie). J’étais en train de bouquiner quand Guillaume dit : « et alors, il paraît que le sperme, ça rend la peau douce. » Et là, je me frotte le coin de la bouche et je lâche un merveilleux : « ah ouais ! ». Bon, elle a eu droit à plein d’autres histoires sur ma personne, notamment celles où je fais l’amour à des étagères et des grilles en fer forgé en boîte. Donc ma sœur ne me regardera plus jamais comme avant, c’est clair et net. Elle m’a aussi révélé au passage qu’elle savait que je fumais. C’est fou comme c’est difficile de cacher des choses aux gens qui vous connaissent…

 

Bon, je ne parlerai pas de la qualité de la bouffe, très bonne, mais là n’est pas la question. Abordons l’essentiel : mes cadeaux. Bon, comme j’en ai eu plusieurs (hihihihi),
ils ont été distillés tout au long du repas. Oui, les cadeaux, c’est comme les brouettes, faut pas tout donner d’un coup, faut profiter de chacun d’entre eux. Entre en piste cadeau n°1 : un petit hippopotame tout bleu, tout doux, avec de grands yeux tout mignons et qui a la particularité de vibrer. Bon, déjà, on a mis deux heures à mettre les piles, le couvercle refusant de se fermer puis le gentil hippopo a fait plusieurs fois le tour de toute la table, toute la table voulant l’essayer : « oh, mais c’est tout doux ! », « oh, ça vibre ! », « oh ouah ! Ca fait vachement de bien » (personne ne l’a testé de façon intime, je préfère préciser). Mon ami l’hippopotame, baptisé Hugo, a été l’objet de toute l’attention, Le Froid a même tenté de me le subtiliser (la photo est d’elle, on applaudit).

 

Après le plat principal entre le cadeau n°2, celui que je réclamais à corps et à cris depuis 6 mois et qui était enfin entre mes petites menottes excitées : une cravache que
j’ai baptisée Monica. Oui, j’aime donner un nom à mes objets coquins et alors ? Monica n’est pas très grande mais elle est très jolie, tout à mon image. Elle manque encore un peu de souplesse mais ça viendra avec le temps. J’ai donc passé le reste de la soirée à jouer avec, à l’agiter sous le nez des gens quand je veux leur parler et à en cravacher quelques uns. Bref, si Gauthier avait eu quelques doutes sur ce cadeau, il n’en avait plus, après. Enfin, troisième et dernier cadeau : un après-midi shopping, youhou ! Je vous tiendrai au courant de cette dernière partie du cadeau. J’ai aussi eu droit à deux roses, une offert par La rouquine, une autre par un gars qui fêtait son anniversaire à la table d’à côté. Ca devait faire trois ou quatre ans qu’un homme m’avait pas offert de roses…

 

Enfin, samedi, j’ai eu un dernier petit cadeau qui m’a fait très plaisir. Nous sommes sortis avec La rouquine, Le froid et Gauthier (of course), une folle soirée où j’ai dansé
comme une folle. Note pour moi-même : ce n’est pas une bonne idée de danser quand on a eu un torticolis dans la semaine, faut que j’apprenne à danser sans jeter ma tête de droite à gauche pour faire de supers effets avec ma chevelure. Bref, vers 4h du matin, Gauthier et moi décidons de nous transposer dans notre boîte gay préférée, prenant Le Froid sous le bras. La semaine précédente, j’avais harcelé le barman pour qu’il m’offre la merveilleuse paire de menotte en foufoune rose qui pendait à côté des bouteilles et qui étaient toutes malheureuses, seules, inutiles, inexploitées. Donc cette semaine, je reviens et je fais : « hé, tu sais, c’était mon anniversaire, jeudi ! ». Et là, je les ai eues, mes belles menottes. Et bien, la foufoune rose est très douce, je me suis baladée pour la fin de la nuit avec mes menottes au poignet, yahaa !!

 

Bon, maintenant, me reste plus qu’à trouver le monsieur qui fera la connaissance Monica et des menottes à qui j’ai pas donné de nom…

 

Voilà, j’ai maintenant 26 ans et je reprends ma vie en main, j’ai profité du week-end pour régler des choses qui ne pouvaient plus attendre, il est temps de ne plus subir les
événements mais de les maîtriser. Déjà, à peine ai-je soufflé mes bougies que je vais commencer un nouveau boulot. Ca commence plutôt bien, non ?

 

Pour terminer : je remercie les gens qui sont venus à mon anniversaire, j’ai passé une super bonne soirée et j’étais ravie de mes cadeaux. On se refait ça l’an prochain,
hein ?

Episode 6

Ethan serra une dizaine de mains avant d’arriver devant Bill Oxford. Il était vraiment impressionné par cet homme qui avait conçu cette ville et la dirigeait de main de maître.
Après tout, on ne pouvait pas lui imputer la responsabilité de ce qu’il se passait chez les exclus : lors du recensement, on avait fait des erreurs de calcul et il n’y était pour
rien.

Bill l’aperçut et lui sourit, ce qui lui fit battre le cœur : c’était la première fois de sa vie que quelqu’un d’aussi important faisait attention à lui et lorsqu’il lui serra
la main, il ne put s’empêcher d’afficher un sourire idiot.

« Oh, Bill, regarde, c’est Nicholas Geller, là-bas, remarqua Kelly. Allons le saluer. Excusez-nous. »

Elle entraîna son époux vers le général, plantant là tous ceux qui avaient voulu saluer leur maire bien aimé. Neve lui attrapa le bras et l’entraîna à l’écart.

« Je peux savoir où tu étais ? Ce sont nos fiançailles et tu dois être avec moi pour accueillir les gens : j’ai l’air de quoi, moi, toute seule ?  »

Il soupira et la suivit pendant une bonne demi-heure parmi les divers groupes, ce qui l’ennuyait au possible : il n’était pas très doué pour les mondanités. A un moment, il
aperçut Oceany Antelwort            Geller en pleine conversation avec Mark Oxford. Elle était plutôt jolie, même si on ne pouvait pas dire
qu’elle appartenait aux canons de beautéen vigueur, contrairement à Kelly Oxford, notamment. Elle était plus petite et plus musclée, ce qui était plutôt étonnant pour une élitaire : en
général, elles ne faisaient pas de sport, hormis de l’équitation ou le tennis. Elle lui rappelait  vaguement quelqu’un, mais il ne voyait pas qui. Il continua de l’observer, étudiant
minutieusement chacun de ses traits.

« Ethan ! On t’a posé une question, annonça Neve, légèrement agacée.

– Pardon ?
– M Leighton t’a demandé si tu jouais encore au tennis.

– Oh, excusez-moi, je regardais pour voir si tout allait bien…Hum, je n’ai pas joué depuis très longtemps, il faudrait que je m’y remette. »

Les autres repartirent dans leur conversation et il fit semblant de les écouter en hochant la tête de temps en temps, histoire de manifester un quelconque intérêt à ce que disaient
ses invités. Mais le récit des exploits sportifs de Leighton n’était pas vraiment passionnant.

—–

            Oceany jeta un coup d’œil discret en direction de la grande horloge qui produisait un véritable spectacle
aquatique. A chaque seconde, un plateau descendait, faisant basculer un plan incliné, faisant tomber de l’eau dans un circuit…mais ce n’était pas ce qui l’intéressait, elle voulait juste savoir
quelle heure il était. Mark Oxford ne semblait pas vouloir la lâcher et elle craignait de ne pas pouvoir s’introduire dans les vestiaires pour subtiliser quelques passes. Cependant, elle s’en
voulait un peu de se conduire ainsi : Mark était un garçon charmant, même s’il était très naïf. Il ne se rendait pas compte que son père n’était pas le gentil démocrate qu’il prétendait être
et se foutait totalement de la vie de ses concitoyens, du moment qu’il pouvait en faire ce qu’il voulait. Ils discutèrent pendant près de trois-quarts d’heure sur des sujets qu’elle jugeait
futiles, mais qui correspondaient tout à fait à ce genre de soirées et à ceux qui les fréquentaient. Etait-elle si différente des autres ? Soudain, Kelly vint les interrompre, ce qui la
surprit : elle était persuadée que la jeune femme se moquait éperdument de son beau-fils et ne pensait qu’au fantastique pouvoir de son époux.

« Ah, te voilà, Mark, ton père et moi nous demandions où tu étais passé. Je ne connais pas ta jeune amie, tu fais les présentations.

– Oui : Oceany Antelwort Geller, voici ma belle-mère, Kelly Oxford.

– Oh, mais oui, vous êtes la petite Antelwort, je me souviens de vous, maintenant. »

« Elle se souvient plutôt de mon nom »pensa la jeune fille en réprimant un sourire moqueur.

« Oh, Mark, il faudrait que tu ailles voir ton père, il voudrait te présenter à des gens.

– D’accord. A plus tard, Oceany. »

Il lui baisa galamment la main, puis partit en compagnie de sa belle-mère. Elle s’avança jusqu’au buffet et se servit un verre de punch et s’en renversa discrètement sur son
gant. 

« Oh non, je me suis tachée ! se plaignit-elle à une femme qui était à côté d’elle. Ce que je peux être maladroite.

– Oh, je sais comment faire pour…

– Ne vous en faites pas, j’en ai d’autres dans mon sac qui est au vestiaire, je vais les chercher, mais c’est très gentil à vous de vouloir m’aider.

– C’est naturel. Je suis la mère du fiancé et je veux que cette fête soit réussie pour tout le monde sans exception.

– Et bien, vous avez réussi : cette soirée est vraiment très bien. »

Mme Wadeker sourit et allait commencer à discuter sur sa fête, mais Oceany lui montra son gant avec un sourire d’excuse, puis se dirigea vers les vestiaires. A présent, elle avait
une excellente excuse pour s’y rendre et si des gens se plaignaient de vol, elle pourrait aisément expliquer pourquoi elle y était entrée et Mme Wadeker la soutiendrait. Parfait.

Elle allait entrer dans la pièce quand la porte glissa brusquement et elle entra en collision avec quelqu’un. Elle recula légèrement et s’aperçut qu’il s’agissait de Bryan Masson,
le beau-frère d’Oxford qui semblait assez ennuyé d’avoir été surpris.

« Excusez-moi »marmonna-t-il en filant rapidement. Elle le suivit un instant du regard, puis haussa les épaules : ce type était bizarre, mais elle n’avait pas le
temps de chercher pourquoi. D’ailleurs dès qu’elle entra dans la pièce, elle comprit tout : Kelly était en train d’arranger sa robe et son rouge à lèvres avait bavé. Elle ouvrit de grands yeux
horrifiés quand elle vit Oceany et rougit violemment.

« Qu’est ce que vous faites ici ? demanda-t-elle.

– J’ai taché mon gant, je viens en prendre un autre : je sors toujours avec deux paires de gants blancs, en cas d’accident. Et vous ?

– Je…euh….je…

– Vous veniez remettre votre rouge à lèvres : le vôtre a bavé. Ne vous inquiétez pas, je ne dirai rien, mais y a des endroits plus discrets pour faire ça. »

Kelly devint cramoisie et la fusilla du regard avant de sortir. Oceany attendit un instant, puis dès qu’elle fut sûre que Kelly était partie, elle plongea la main dans le sac à
côté du sien et chipa deux passes. Elle adorait les maris qui confiaient tout à leur femme. Elle répéta l’opération d’à côté et en récupéra un troisième. Elle continua son inquisition, un peu
plus loin et en trouva deux autres mais elle n’en prit qu’un : il ne valait mieux pas trop en prendre et se faire pincer. Ensuite, elle les glissa dans une enveloppe qu’elle dissimula
derrière l’un des piliers de la salle, en prenant soin de les dissimuler parfaitement. Si quelqu’un s’apercevait avant la fin de la soirée que son précieux bout de plastique avait été volé et
qu’on fouillait tous les sacs, elle ne risquerait rien. Elle viendrait les récupérer plus tard. Avec ses acolytes, ils étaient devenus des maîtres dans l’art d’entrer par infraction dans
n’importe quel lieu.

Elle ressortit du vestiaire avec ses nouveaux gants et se rendit sur le balcon, pour prendre un peu l’air : la salle était surchauffée. Elle leva les yeux au ciel mais ne vit
aucune étoiles car la bulle de verre réfléchissait la lumière et empêchait de voir. Elle sentit une main se poser sur son épaule, mais elle n’eut pas besoin de se retourner pour savoir de qui il
s’agissait, car elle l’avait reconnue. C’était sa mère.

« Qu’est ce que tu fais ici, ma chérie ?
– J’essaie de voir les étoiles, mais c’est impossible.
– Oui, je sais, dit-elle, une pointe de regret dans la voix.

– Tu te souviens comment c’était avant ? Quand, le soir, on s’asseyait avec papa dans le jardin pour voir les étoiles et essayer d’oublier la guerre…et après, dans le camp,
quand Jimmy nous parlait des constellations et nous racontait des histoires sur la mythologie. On pourra plus jamais vivre ça.

– J’en suis consciente. Je n’aime pas beaucoup cette ville, mais que veux-tu y faire ? Nous avons de la chance, nous faisons partie du bon côté, penses-y. Et puis, si tu veux
regarder les étoiles, tu peux le faire avec ton ordinateur et…

– Ce n’est pas pareil, tu le sais bien, et puis…pourquoi on ne peut pas sortir de cette ville, tu peux m’expliquer ? On est enfermés.

– C’est pour notre bien, pour nous protéger. De toute façon, il n’y a plus rien dehors, pourquoi sortir ? Nous sommes mieux ici. »

Oceany fronça les sourcils. Sa mère n’avait jamais été aussi tendre avec Technopolis, elle haïssait tellement cette ville…qu’est ce qu’il lui arrivait ? Peut-être
commençait-elle à vieillir et à perdre sa volonté, comme les autres. Après tout, l’endoctrinement avait toujours été le point fort des dictateurs et Oxford semblait particulièrement habile dans
cet exercice.

« Qu’est ce qu’il t’arrive, maman ?
– Pourquoi tu me demandes ça ?

– Tu hais cette ville plus que tout, pourquoi tu la défends, tout à coup ?

– Je ne la hais pas, tu exagères. Je m’habitue, c’est tout. Viens, rentrons : le bal a déjà commencé. »

Oceany regarda sa mère rentrer dans la salle et soupira. Même elle s’était laissée séduire par les avantages que lui offrait Technopolis, qui serait le prochain à céder ?
Elle, peut-être. Après tout, pourquoi lutter alors que ce serait si facile de se fondre dans le moule et de laisser les autres se débrouiller seuls. Mais elle ne devait pas abandonner, trop de
gens comptaient sur elle, en particulier Mai, elle n’avait pas le droit de la laisser tomber. Elle se pencha légèrement et tenta d’apercevoir le rez-de-chaussée, mais c’était impossible :
ils étaient trop haut et les enchevêtrements des lignes de monorail semblaient tisser une protection opaque.

« Ne vous penchez pas trop, vous risqueriez de tomber. »

Elle se retourna vivement et vit Ethan près d’elle : qu’est ce qu’il pouvait bien faire ici ? Il devrait être en train de danser avec sa fiancée.

« Vous n’êtes pas en train de danser avec Neve ? demanda-t-elle, pour faire la conversation.

– Non, elle ne peut pas trop danser avec sa robe meringue. »

Elle ne put s’empêcher de rire, mais plaça rapidement une main devant sa bouche : elle avait peur de s’être montrée incorrecte. Après tout, il était le fiancé de la demoiselle
en question. Ethan se rapprocha d’elle et regarda le vide à son tour, avant de reprendre la parole.

« Vous pouvez rire, si ça vous amuse. Pour ma part, je trouve cette robe ignoble.

– Vous n’avez pas l’air d’aimer votre fiancée.
– Vous êtes perspicace.

– Non, simplement observatrice. Voilà à quoi nous sommes condamnés, à épouser des gens de notre condition que nous n’aimons pas. Les autres nous envient, mais s’ils
savaient…

– Qu’est ce que vous faites ici ?
– Vous m’avez invitée.
– Non, je voulais dire : sur ce balcon.

– Je regardais le ciel : on ne voit plus les étoiles, ça me manque. Pas vous ?

– Je préfère ne pas y penser, et puis, je me dis que ce que nous avons perdu est compensé par ce que nous avons gagné.

– Qu’est ce que nous avons gagné ?

– La liberté, voyons : l’homme avait toujours été prisonnier de l’argent, depuis toujours, nous avons enfin réussi à nous en libérer…Tous ces soucis en moins, c’est si
génial ! Nous pouvons avoir tout ce que nous voulons sur simple commande. Et puis, nous avons gagné la paix aussi. Tous les survivants ou presque sont dans cette ville, heureux.

– Sauf que la moitié d’entre eux sont des esclaves.
– S’ils ne nous avaient pas déclaré la guerre, ils…

– Les chinois ne nous ont pas déclaré la guerre, c’est nous qui les avons attaqués, révisez votre histoire.

– Oui, mais c’était pour sauver ce qu’il restait d’indiens. Ils ont perdu, ils doivent payer, maintenant. Mais avouez que cette société est presque parfaite, non ?

L’’histoire de Nina le foeœtus

Il y a 26 ans, je poussais mon premier cri, un dimanche de Pâques… J’avoue que je m’en souviens pas mais il y a plein d’histoires autour de la conception de Nina, je vous les livre.

 

Juin 77, Papa Nina et maman Nina se marient, ils sont jeunes, ils sont beaux… Pour parfaire le tableau, ne manque qu’une chose : un bébé. Oui mais voilà, les tests de grossesse se suivent et le résultat reste le même : négatif. Au bout de deux ans, maman Nina passe des tests : tout va bien. Donc le problème viendrait de papa Nina. Avant de subir un spermogramme, papa et maman Nina décident de partir en vacances, la dernière tentative. Pendant quelques jours, papa et maman Nina s’aiment sur le divan qui sert de lit dans l’appart au bord de la mer de papi et mamie Bartoldi.

 

Retour at home. Les règles de maman Nina sont en retard, serait-ce enfin le moment tant attendu ? Un soir, papa et maman Nina font la fête entre amis. Le lendemain, ils se lèvent aux aurores, l’heure de vérité est enfin arrivée. Maman Nina fait un test de grossesse, ils attendent, le cœur battant et là : bingo, il est positif ! Ivre de joie, mon papa va acheter le journal (???) et le marchand de journaux lui rend une pièce de 2 francs toute neuve : hé oui, ce jour de test de grossesse est aussi celui de la sortie des pièces de 2 francs et le marchand de journaux dit à mon papa : « C’est la première que je donne ». Papa et maman Nina décident donc de collectionner toutes les pièces de deux francs pour ce petit embryon de vie qui vient de surgir dans leur existence. Sauf qu’ils ont arrêté avant que je naisse, arf !

 

Enceinte, ma maman est persuadée que je suis pénissalement équipée et que je m’appellerai Pierre. Je pense ici qu’il y a un certain traumatisme puisqu’à un moment dans ma vie, je ne flashais que sur des Pierre (et même que des fois, je concluais). Notre couple se promenait main dans la main en regardant avec émotion les meubles pour enfants : « ça ira bien dans la chambre de Pierre. Oh, ce serait trop mignon pour Pierre. » Raté, l’échographie révèle que je suis en fait une Pierrette. Donc, il faut se mettre d’accord sur un prénom. Mon père milite
pour Isabelle, ma mère pour Flavie (là, j’ai gardé les vrais prénoms). Je dois avouer que 26 ans plus tard, je bénis toujours mon père de ne pas avoir cédé. Finalement, ce sera Nina. Et là, c’est papi Bartoldi qui fait la moue : petit, il avait été traumatisé par une Nina, vilaine petite fille moche qui l’embêtait. Mais bon, la décision est prise, je serai Nina.

 

Le problème, c’est que je suis un fœtus chiant. A 6 mois, ma mère se retrouve alitée et doit suivre un traitement parce que j’ai une furieuse envie de sortir : pas née et déjà impatiente, quelle catastrophe. Mais à 6 mois, je suis pas finie donc hors de question de me faire sortir. Comme je suis chiante mais pas trop, je reste dans le ventre de ma maman.

 

Arrive la fin de la grossesse et là, ça devient épique. 21 mars, ma maman fête ses 25 ans. Hé hop, contractions ! Elle va à l’hôpital, la sage femme (accessoirement une grande tante) dit à ma mère : « elle arrive la petite, tu vas accoucher incessamment sous peu ! ». Mais ma maman n’a rien sur elle donc elle doit vite retourner à la maison avec papa pour récupérer quelques affaires. Pas de chance, mamie Parmentier (la maman de ma maman) et la sœur de ma maman ont décidé de passer à la maison pour faire une surprise à maman Nina pour ses 25 ans. Or ma mère ne veut pas les tenir au courant que son fœtus veut sortir, elle essaie de les éconduire poliment pour filer à l’hôpital. Retour à la case hôpital et là…rien. Finalement, je ne naîtrai pas le même jour que ma maman.

 

6 avril. Pendant 15 jours, ma mère est allée plusieurs fois à l’hôpital mais finalement non, je voulais plus sortir. En même temps, j’étais prévue pour le 12, quand c’est pas l’heure, c’est pas l’heure. Mais revenons au 6 avril, dimanche de Pâques. Ce jour-là, papa et maman Bartoldi ont rendez-vous avec mamie Parmentier et toujours la même tante pour un déjeuner pascal dans une auberge. Sauf que je fais à nouveau des miennes, je veux sortir ! Donc au lieu d’aller au restaurant, mes parents vont à l’hôpital. L’infirmière, très désagréable, manipule ma mère avec une délicatesse peu commune et perce la poche des eaux. Bon, ben, là, c’est la bonne, je vais donc naître.

 

L’accouchement ne se passe pas très bien (c’était pas l’heure, bordel !) et les médecins veulent utiliser les forceps pour me sortir de là. Et demandent donc à mon père d’aller voir ailleurs s’il y est. Or mon père, en tant que médecin, a fait un stage en maternité et sait qu’un bébé qui naît sous forceps a une tête en forme de huit, après. Ma mère hurle : « non mais c’est sa fille autant que la mienne, il reste ! ». Oui, ma mère, même en me donnant la vie, elle garde son caractère.

 

Pendant ce temps, dans l’auberge. Hé oui, mes parents ont un peu omis de prévenir leurs deux compagnes qu’ils ne viendraient pas pour cause d’accouchement. Mamie Parmentier, inquiète, finit par appeler et apprend l’évolution de la situation (n’oublions pas la tatie sage-femme). Il faut savoir que ma grand-mère est très discrète donc toute une auberge a suivi ma
naissance en direct. Pas née et déjà une star, tel est mon destin.

 

Enfin, à 14h45, je crie. Je ne suis pas très grande ni très épaisse : 48 cm pour 3 kg, un petit bébé même pas avec une tête en forme de huit. La fin de l’histoire, selon ma mère : mamie Parmentier arrive enfin à la maternité et me kidnappe des bras de mon papa, tout étonné.

 

Et voilà, 26 ans plus tard, j’ai bien grandi (si d’abord !). Aujourd’hui, ma maman va m’appeler et elle me dira : dire qu’il y a 26 ans, tu étais un petit bébé, tu as bien grandi. Hé oui. Des fois, je me demande ce que ressent une mère quand elle voit son bébé pour la première fois. Selon ma maman, ce fut : « qu’elle est belle ». Alors que pour ma sœur qui était toute rouge et toute fripée, ce fut : « Seigneur, c’est nous qui avons fait ça ? ». Rassurez vous pour ma sœur, elle s’est défripée et a retrouvée une couleur normale depuis (et non, Bernardin, tu toucheras pas à ma sœur). Est-ce qu’une jeune mère imagine l’avenir de son petit bébé ? Ma mère imaginait-elle que je serais une journaliste de
26 ans (certes au chômage) belle comme le jour. Bon, c’est mon anniversaire, les fleurs sont pas chères, j’ai le droit de m’en envoyer.

 

Les années passent et je me rends compte que mon anniversaire a moins d’importance qu’avant. Mais ça m’ennuie quand certaines personnes l’oublient, quand même. Maintenant, c’est plus l’occasion de faire la fête avec mes amis et ma famille. Cette année, j’ai droit à trois fêtes : la familiale, la toulousaine et la parisienne. Trois fois plus de cadeaux, donc ! Non, je plaisante, les cadeaux n’ont pas d’importance. Ce qui compte, c’est d’être avec les gens que j’aime et de passer un bon moment avec eux.

Episode 5

Ethan ouvrit les yeux et s’étira longuement avant de se rendre à la salle de bain. Il se mira dans le miroir et constata avec amertume qu’il avait un
gros bleu sur le ventre, souvenir de la petite peste qui l’avait agressé …quelle sauvage, cette fille, on n’avait pas idée d’être aussi violent. Il se rasa et alla à la cuisine pour prendre son
petit déjeuner, mais il remarqua que la porte du salon était ouverte. Il fronça les yeux : il était certain de l’avoir fermé, la veille. Et si l’un des exclus s’était introduit chez
lui ? Il attrapa un club de golf qui traînait dans l’entrée et jeta un œil rapide, tentant de se dissimuler derrière le chambranle de la porte, mais ne vit personne. Il la poussa avec
précaution et entra dans la pièce, mais elle était vide. Devenait-il paranoïaque ? Il baissa sa garde et soupira de soulagement, mais, soudain, il entendit un craquement derrière lui,
il se retourna vivement en brandissant son club et en poussant un cri d’attaque, mais il s’arrêta net quand il vit que c’était sa mère, qui hurlait encore plus fort que lui.

« Bon sang, Ethan ! Mais qu’est ce qu’il te prend, je peux savoir ?

– Maman ! Je croyais que c’était…quelqu’un d’autre.

– Je peux savoir qui tu accueilles avec une canne de golf ?

– Non, je croyais que c’était les types qui m’avaient volé mon passe qui étaient…hum…entrés par effraction.

– En voilà une idée ! Si tu n’étais pas allé te balader par là-bas, toi aussi : mais qu’est ce qu’il t’a pris ?

– Je voulais profiter de ma dernière nuit de célibataire pour découcher, voilà. Tu comprends, à partir de ce soir, je serai fiancé et aurai des
obligations envers Neve et…j’avais besoin de prendre l’air une dernière fois sans avoir à me justifier, mais c’est totalement raté.

– C’est une femme, c’est ça ? Tu es allé voir une femme faisant partie des exclus ? Mais quelle honte !

– Mais non, c’est pas ça, maman. Je marchais et je n’ai pas fait attention à l’endroit où je me trouvais.

– Mais tu es blessé, fit-elle en désignant son bleu. Ca te fait mal ?

– Non, ça va.
– Et si j’appuie ?

– Aïe ! Bien sûr que oui, c’est un bleu, voyons ! Faut pas appuyer dessus ! Mais c’est pas grave, ça va passer. Au fait, qu’est ce que
tu viens faire ici ?

– Je voulais vérifier que tu allais bien, après ce qu’il s’est passé hier soir…tu dois être en forme pour ce soir, ce sont tes
fiançailles.

– Oui, je sais, mais ça ira. Déjà, je ne serai pas torse nu, donc on ne verra pas mon hématome et je ne parlerai de cette histoire à personne, je me
sens bien assez humilié comme ça. Et puis, je n’ai pas besoin d’avoir la super forme pour sourire et serrer la main à des gens en les remerciant d’être venus. Quant à l’animation, Neve s’en
chargera très bien : elle sera ravie d’être le centre de l’attention générale.

– Essaie au moins de faire semblant d’être content.

– Mais je cache ma joie, chère maman. Rien ne pouvait me faire plus plaisir que d’épouser cette charmante femme qui a autant d’esprit qu’un
oiseau.

– Je sais que tu n’apprécies pas beaucoup Neve pour le moment, mais je suis certaine que dès que tu la connaîtras mieux, tu l’aimeras, tu
verras.

– Même toi, tu ne la supportes plus et pourtant, tu es un modèle de patience…cette fille est un vrai tyran et je vais détester les nombreuses années
qui me séparent du repos éternel.

– A ton âge, on ne devrait pas avoir ce genre d’idée : tu n’as que 30 ans, tu as la vie devant toi, et puis, je suis certaine qu’elle va
changer : je te parie tout ce que tu veux que dès qu’elle sera maman, elle va devenir plus raisonnable, ça va lui mettre du plomb dans la cervelle. 

– Espérons que tu aies raison. »

Il soupira et s’écroula sur le canapé : dans quelques heures, son destin serait scellé à celui d’une femme exécrable et rien ne pourrait changer
ça, sauf un cataclysme et rien de tel n’était prévu. Mais il y avait sa mère, elle tenait à ce qu’il soit marié avec une femme qui prendrait soin de lui avant de trépasser. Même si elle était
dans la fleur de l’âge, elle avait une santé fragile et elle pouvait très bien attraper une grave maladie à tout moment. Il souhaitait évidemment que ça n’arrive pas, il l’aimait tellement, mais
la vie ne se déroule jamais comme on voudrait et ce soir, contre son gré, il se fiancerait à sa harpie.

 
 
 
 
 
Chapitre 3
 

            Alyson attrapa le bras de sa fille et entra en même temps qu’elle dans la
magnifique salle de réception de Technopolis, aux parois en verre qui permettaient d’embrasser la ville d’un seul coup d’œil. Les colonnes, en verre également, étaient sculptées de telle sorte
qu’elles réfléchissaient la lumière en la décomposant, créant de magnifiques spectres lumineux. Le robot placé à l’entrée prit leur invitation et les annonça, ce qui interpella Neve Woodart
qui se précipita à leur rencontre.  

« Nicholas, Alyson ! Je suis ravie de vous voir ici ! Oh, c’est la petite Oceany ? Mais elle est devenue une jeune femme
superbe ! Et voici Oliver : qu’il est mignon !  »

Elle continua de babiller pendant cinq minutes, leur parlant comme s’ils étaient de vieilles connaissances alors qu’ils n’avaient jamais discuté
ensemble. Oceany détestait ce genre de femmes qui ne pensaient qu’à côtoyer les personnes les plus en vues du moment, mais s’ils tombaient en disgrâce, elle leur passerait devant en les ignorant
totalement.

Tandis que la future fiancée discutait avec sa mère et son beau-père, Oceany prit son petit frère par la main et l’entraîna vers la piste de danse
au-dessus de laquelle se trouvait une copie de la fresque de la chapelle Sixtine ; il fallait avouer que cette salle était magnifique, mais tout ce luxe la rendait toujours mal à
l’aise.

« Oceany, je peux aller jouer avec les enfants, là-bas ?

– Oui, bien sûr, mais tu ne fais pas de bêtises, d’accord ?  »

Le petit garçon hocha la tête et galopa vers les autres enfants pour s’amuser avec eux ; il avait exactement les mêmes cheveux blonds que sa
mère et avait un visage d’ange qui faisait craquer tout le monde, y compris sa grande sœur qui voulait le meilleur pour lui.

Elle releva la tête, fascinée par la fresque : elle était reproduite avec un réalisme déconcertant, on aurait pu croire que Michel Ange lui-même
était venu ici décorer la salle. Soudain, elle sentit une présence à ses côtés et une coupe de champagne apparut devant son nez, ce qui la fit sursauter. Elle se retourna et se retrouva face à
Ethan Wadeker, en personne. Elle se sentit mal à l’aise et eut peur d’être reconnue, mais n’en laissa rien paraître. Après tout, elle était masquée quand elle lui avait volé son passe, il ne la
reconnaîtrait sans doute pas.

« Tenez, mademoiselle, goûtez-moi ça, il est excellent.

– Oh, je ne bois pas.

– On ne refuse jamais rien au fiancé. Je suis Ethan Wadeker.

– Oceany Antelwort Geller.

– Je vous croyais plus jeune : vous êtes une vraie femme, à présent.

– C’est exactement ce qu’a dit votre fiancée : vous faites bien la paire.

– Ah, Neve a dit ça ?  »

Il paraissait vexé par ce qu’elle venait de dire et elle comprit qu’il n’appréciait pas vraiment sa future femme… Mais il fallait épouser une
femme de l’élite et, apparemment, il n’avait pas eu le choix. Il ouvrit la bouche pour ajouter quelque chose quand il fut interrompu par la puissante voix du robot de l’entrée qui annonça
l’arrivée de Bill Oxford, le maire de la ville. Neve abandonna instantanément les Geller pour se jeter au cou du maire qui la regarda froidement ; avec ses yeux bleus très clairs et son
visage émacié, couronné de cheveux gris, il semblait incapable du moindre sentiment et ferait un parfait dictateur. Ce qu’il était d’ailleurs, mais peu de gens de l’élite en avaient conscience,
trop heureux de pouvoir s’amuser sans travailler : « donnez-leur du pain et des jeux »…Oxford aurait fait un parfait César. A ses côtés se trouvait une créature blonde aux
mensurations remarquables, le type même d’écervelées fascinées par le pouvoir, vêtue d’une robe incroyablement décolletée devant et échancrée derrière : il s’agissait de sa seconde épouse
Kelly. Puis derrière arrivèrent deux hommes : l’un d’eux était Mark, le fils de Bill, un beau brun aux yeux noirs qui ressemblait, à ce qu’elle avait pu entendre, à sa défunte mère. L’autre,
un type d’origine latine, était un parfait inconnu et elle se demanda qui il était mais elle eut vite la réponse, puisque le robot refit son annonce en incluant Kelly, Mark et l’inconnu, cette
fois-ci.

« M Bill Oxford, maire de Technopolis, son épouse Kelly, son fils Mark et son beau-frère Bryan Masson. »

Son beau-frère ? Certainement le frère de sa première épouse car le Bryan en question ne ressemblait absolument pas à Kelly. Ethan se dirigea
immédiatement vers les nouveaux venus, la délaissant, ce qui ne la dérangeait pas vraiment, au contraire… En tout cas, il ne l’avait pas reconnu.

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Mon anniversaire avant l’’heure

La vie est une chose curieuse. En fait, cette semaine est proprement hallucinante, avec de très bons et de très mauvais moments mais en ce jeudi soir où je rédige cet article je suis heureuse, tout simplement. Bon, comme vous m’adorez et que vous aimez lire ma vie, je vous la raconte (oui, je suis mégalo).

 Noel 2012 217

Ce week-end fut plutôt sympa, j’ai eu plein de cadeaux d’anniversaire en avance. Oui, ma maman ayant eu son anniversaire dans la semaine (oui, dans ma famille, on marche par deux pour les anniversaires, c’est plus marrant), Alice et moi sommes descendues ce week-end pour fêter tout ça. Première très bonne nouvelle de la semaine mardi. J’étais chez mes parents, dans le bureau, ma mère dans le salon en bas. Comme la porte était ouverte, j’entendais ma mère au téléphone en bas (j’entendais, j’écoutais pas !) à discuter avec ma sœur. Elle raccroche. Cinq minutes après, le téléphone sonne et ça donne :

« Allo ? Non, c’est pas vrai ! C’EST PAS VRAI !!! Mais c’est sûr au moins ? »

Comme elle est passée en mode hystérique heureuse, je bondis hors de ma tanière pour aller aux nouvelles mais je sais très bien ce que c’est, j’ai compris. Hé oui, lecteur, Anthony, le copain de ma sœur, a été reçu au concours des pompiers de Paris. Qui va se retrouver belle sœur d’un pompier de Paris et va pouvoir draguer les collègues de celui-ci. Moi ! Voilà, vous pouvez me détester, surtout toi, moumour. Plus sérieusement, je suis ravie pour lui, c’est un concours très difficile à avoir mais, curieusement, je me faisais pas de soucis pour lui. D’abord mes cartes l’avaient dit qu’il l’aurait mais surtout, Anthony, c’est la force tranquille, le mec qui fait ce qu’il a à faire. Il se disait prêt pour son concours, je savais que c’était vrai. En fait, pour l’anecdote, il avait compris que le concours se terminait mercredi soir donc quand ma sœur l’a retrouvé à la maison un jour plus tôt, elle était au bord de la crise cardiaque persuadé qu’il avait été recalé, mais non ! Il a même fait 13 tractions au lieu des 10 réglementaires, trop fort !

Suite à cette bonne nouvelle, ma mère décide de ne pas du tout me foutre la pression : « ah ben entre ta sœur qui a eu une prime, ta cousine et Anthony qui trouvent du boulot, manque plus que toi ! ». Merci maman ! Et pourtant, une piste se dessinait : vendredi, en arrivant au domicile familial, je me connecte à Internet et je trouve un mail d’une dénommée Frédérique qui me propose un stage. Mais c’est qui ? D’où elle sort ? Pourquoi elle me parle ? Je regarde les références de l’entreprise, je fouille rapidement dans ma boîte mais non, je n’ai jamais postulé chez eux, je savais même pas que leur boîte existait. Bon, comme il est 19h, je rappellerai lundi. Le dit lundi (lire ce bout de phrase à haute voix, j’aime bien), j’appelle donc, la bonne femme voit de suite qui je suis puisqu’elle me précise que l’entreprise est pas loin de chez moi. En effet, elle est dans la ville où vivait Arnaud, que de souvenirs…. C’est aussi là que travaillent Alice et Clara. Ahlala, je sens que les pauses déjeuner vont être vivantes ! On se fixe un rendez-vous le jeudi car même si je rentre le mercredi

en tout début d’après-midi sur Paris, je sens que la SNCF va me jouer des tours. Et j’avais raison. J’avais prévu d’arriver à 13h50, je suis arrivée à 18h20… Merci les cheminots !

Jeudi, donc. Je me lève, je m’habille, me prépare, je sors mon press book qu’il ne faut pas oublier, tout va bien. Je me rends à ma gare et là, le train n’arrive pas. Mais ils ont décidé de me pourrir à la SNCF ou quoi ? Ah non, il arrive, ouf. Oui, c’est pas que je sois stressée mais si quand même. Arrivée sur Paris, je prends le métro et là, il n’arrive pas… Mais c’est pas possible ! Je vois mon quart d’heure d’avance fondre comme la graisse lors d’une liposuccion. Mais bon, mon métro arrive enfin. Sortie de la station, je ne peux pas me perdre : le bâtiment qui abrite l’entreprise est ENORME. Je rentre, me présente à l’accueil où trois potiches me donnent un badge à mon nom. Ohlala, la classe. Je m’installe dans un fauteuil en cuir un peu trop grand à mon goût. Je regarde les locaux, me marre en douce quand je vois qu’une des potiches se regarde dans le plafond en miroir mais le Seigneur me rend de suite cette mesquinerie. Une femme arrive et dit bonjour, je me lève et dit « bonjour » en tendant la main… Sauf qu’elle venait chercher un gars qui était là, pas moi… Je me sens soudain très conne. Bon, deux minutes après, une fille blonde arrive pour moi, cette fois, c’est Anaïs, la collaboratrice de Frédérique. J’avoue que j’adore ce prénom mais les personnes qui le portent en général, on ne s’entend guère. Mais elle, elle me plaît bien. Elle m’explique que deux ascenseurs sur les trois sont en panne, c’est pourquoi on attend longtemps un de ses foutus engins. Comme la porte peine à s’ouvrir, elle commence à paniquer : « oh non, j’aime pas ça, j’espère que ça va pas tomber en panne. » On arrive au 4e et elle me propose une boisson. Je me dis : « bon, la dénommée Frédérique peut pas me prendre de suite donc prenons un café ». Donc elle me donne un café mais pas de chance, elle m’amène directement vers le bureau de Frédérique oups ! Là, devant le bureau, deux personnes : la dénommée Frédérique, donc et un mec trop choupinou : Pierre-Cecil, le DRH qui doit avoir une trentaine d’années à tout casser. Bon, ce stage, je le veux, c’est définitif.
 

L’entretien se passe idéalement, Frédérique et Pierre-Cécil sont très agréable et je suis très à l’aise, ils me présentent le projet un peu puis ils me disent : « bon,
avant d’aller plus loin, on veut savoir si on peut vous prendre ou pas. » Je leur parle de mon soucis de convention et Pierre-Cecil grimace. Non, choupinou, ne me brise pas le cœur, pas déjà, pas si vite. En fait, il m’explique que le problème porte sur la rémunération : sans convention, ils ne peuvent me payer que 25% du SMIC et 100% de la carte orange. Bon alors entre un 
chômage et un stage un peu rémunéré, je n’hésite pas une seule seconde, c’est oui. Donc on discute du projet, les idées fusent, je suis proprement emballée. Résultat : je commence

lundi ! Et là, je me dis que la vie est dingue : y a une semaine, je n’avais rien de rien et là, lundi, je commence un stage de deux mois. En plus, Pierre-Cecil choupinou va essayer de voir s’il peut pas trouver un système de prime ou quelque chose pour augmenter un peu ma rémunération. Oh, il est merveilleux lui, même s’il a trop serré le col de sa chemise et même s’il a un gamin, ce qui semble indiquer son non-célibat (même s’il a pas d’alliance, na !).

 

Résultat des courses : me voilà stagiaire pour deux mois. Une expérience inédite puisque je n’ai jamais fait de journalisme d’entreprise. Ma mission : préparer la
prochaine newsletter du groupe. En effet, une partie du personnel doit déménager dans une autre ville donc je devrai faire découvrir cette ville à travers la newsletter et le site Internet qui va 
avec. Je vais écrire pour un public de 500 à 700 personnes. En plus, pendant deux mois, je vais pouvoir me lever tous les matins avec une bonne raison de le faire, gagner quelques sous et comme
je vais partager pendant deux mois le bureau de Pierre-Cécil, je vais pouvoir bénéficier des conseils d’un DRH : que du bonheur pour la suite. En plus, c’est excellent pour mon ego de voir 
qu’une entreprise (et même deux, d’ailleurs) a vu mon CV et a été intéressée par mon cas alors que je n’avais même pas postulé chez eux.

Décidément, mes 26 ans commencent bien… Qu’est-ce que ça va être quand je les aurai vraiment!