Je suis nulle et je vous en fais profiter

Suite à un bug gigantesque du blog, les articles de dimanche et lundi sont restés en administration au lieu d’apparaître sous vos yeux ébahis comme à l’accoutumée. Donc pour vous éviter la lecture de trois articles d’affilée, j’ai décidé de vous offrir une BD, confectionnée de mes blanches main. Vous pourrez constater que quand je dis que je dessine mal, ce n’est pas par modestie…

Conclusion de ce petite périple (tout est vrai) :

– la prochaine fois, je prends un paquet de Kleenex (un tout seul, c’est pas assez)

– tourner l’ouverture de la cage de Kenya vers le fauteuil pour pas qu’on la voie baver (oui ben quoi? Moi, ça me gêne aussi qu’on me voit baver).

– monsieur le vieux, vous auriez été plus aimable, je vous aurais sans doute signalé que votre sac reposait dans le vomi de mon chat. En plus, vu que vous vous êtes affalés sur mon accoudoir et mordu le peu d’espace vital que j’avais, je regrette même pas.

– je ne ferai jamais de BD, je suis vraiment nullissimale.

PS: ce que j’ai écrit dans la vignette 8 et qui a été coupé par mon immonde scanner qui date de 2000 (hou le vieux), c’est : « les gens ne semblaient pas ravis de la nouvelle ».

Maintenant, vous pouvez vous moquer.

Episode 4

Chapitre 2
 
            Le dernier soir avant les fiançailles, derniers moments de liberté : quelle
charmante idée ! Il soupira et regarda Neve qui était en train d’essayer une drôle de robe mauve qu’elle avait choisie pour la soirée. On aurait dit une grosse meringue colorée, mais il
n’osa pas lui dire sinon elle allait paniquer et devenir infernale. Il simula un bâillement pour indiquer à la jeune femme qu’il avait envie de se coucher, mais elle ne se s’en aperçut pas, trop
occupée à s’admirer dans la glace.
« Neve, il est presque dix heures, j’aimerais aller me coucher. Tu ne voudrais pas rentrer chez toi ?
– Je ne peux pas rester dormir ici ?
– Non, y a pas de place.
– Bon, d’accord, mais tu me raccompagnes, alors. J’aime pas me balader seule dans les rues la nuit. »
Il ne chercha pas à la convaincre qu’elle n’avait rien à craindre, car il avait hâte de se débarrasser d’elle : sa patience avait des limites.
Elle se rhabilla rapidement et il la raccompagna chez elle. En guise de remerciements, elle le gratifia d’un signe de la main et lui jeta un rapide au revoir avant de rentrer. Dans un monde
normal, ils se seraient embrassés tendrement et chuchoté des mots doux pendant un bon bout de temps, mais ça ne marchait pas comme ça avec Neve. Ils ne s’aimaient pas, à quoi bon faire
semblant ? Durant leur mariage, ils ne s’embrasseraient pas et ne feraient l’amour que pour avoir une petite fille à marier à un pauvre gosse qui était actuellement plus occupé à s’amuser
qu’à trouver l’âme sœur.
Il se remit en route et erra sans but précis, réfléchissant à ce mariage et à son avenir…ce n’était guère réjouissant. S’il n’y avait pas eu sa mère,
il n’aurait pas choisi cette femme là. Il aurait même probablement pris une femme d’un statut social inférieur au sien et serait parti vivre chez elle, là où les apparences ne comptent pas plus
que tout.
Il se rendit soudain compte qu’il était retourné dans le même parc que l’autre jour, là où il s’était fait agresser. Au fond de lui, il savait qu’il
avait fait exprès : il voulait retrouver cette étrange femme et parler avec elle. De quoi ? De tout, passer sa dernière nuit de liberté à parler à une inconnue…l’idée le transportait
littéralement, parce que ça lui donnait l’impression qu’il bravait un peu les traditions de l’élite, qu’il se rebellait, qu’il…
Quelque chose tomba de l’arbre derrière lui et il se retourna prestement : la jeune femme était de retour.
« Tiens, tiens, Ethan Wadeker ! Tu cherches vraiment les ennuis.
– Vous êtes seule ?
– Où est la différence ?
– J’aimerais…hum…discuter avec vous.
– Je ne vois pas vraiment ce que nous aurions à nous dire.
– Et bien, déjà, j’aimerais savoir pourquoi vous êtes ici : je suis sûr que vous n’êtes pas une exclue.
– Jamais entendu un truc aussi ridicule de ma vie. File-moi ton passe.
– Qui êtes-vous ? Comment me connaissez-vous ?
– Je lis les journaux, crétin. Donne-moi ton passe avant que je m’énerve.
– Les exclus ne reçoivent pas le journal, j’ai vérifié. »
Elle sembla perdre son agressivité un instant…touché ! Mais elle retrouva rapidement toute son énergie et lui sauta dessus pour lui voler son
précieux passe. Il ne se laissa pas faire, essayant de se défendre du mieux qu’il pouvait, mais elle se défendait comme une tigresse et l’envoya rapidement au sol. Elle se posa ensuite à
califourchon sur lui et put enfin retirer l’objet tant convoité sur lequel elle fit jouer la lumière pendant un instant.
« Ecoute, Wadeker, je te le répète une dernière fois : ne traîne pas par ici, ça craint. En tout cas, merci pour le passe, j’en ferai bon
usage. »
Elle s’apprêtait à repartir mais il saisit sa combinaison et l’attira vers lui : elle n’allait pas s’en tirer aussi facilement. Elle poussa un
petit cri et leur regard se rencontrèrent Elle semblait furieuse.
« Mais qu’est ce qui te prend ? Lâche-moi !
– Rendez-moi d’abord mon passe.
– Si tu ne me lâche pas immédiatement, tu risques de le regretter : ce serait dommage de célébrer tes fiançailles avec un œil au beurre noir,
non ?
– Dites-moi d’abord qui vous êtes.
– Peu importe qui je suis ! T’es vraiment pénible comme mec. Bon, puisque tu ne veux pas me laisser tranquille… »
Elle lui donna un formidable coup de poing dans l’estomac, ce qui lui fit lâcher prise et pendant un instant, sa vue fut obstruée par un tas de
petits points noirs : elle n’y était pas allée de main morte. Elle se releva et le regarda se tordre, les bras autour du ventre en gémissant, puis repartit sans rien ajouter. Il la suivit du
regard, puis quand elle eut disparu, il se releva lentement et se mit à marcher en titubant, jusqu’à une cabine téléphonique, où il composa le numéro de sa mère.
« Lauren Wadeker.
– Maman, c’est Ethan, j’ai…hum…un petit problème.
– Qu’est ce qu’il se passe ?
– Et bien, je suis coincé au parc Washington et on vient de me voler mon passe.
– Quoi ? Mais qu’est ce que tu fais dans ce coin là, à cette heure-ci de la nuit ?
– Je me baladais.
– Ma parole, tu as perdu la tête. Bon, ne bouge pas, je vais appeler une escorte pour te ramener chez toi, mais tu me dois des
explications.
– Oui, maman. »
Elle raccrocha, visiblement énervée, ce qui était compréhensible : les gens de l’élite n’étaient pas censés se promener dans ce genre d’endroit.
Si ça se savait, sa réputation en prendrait un sacré coup. Il attendit patiemment et au bout de cinq minutes environ, un patrouilleur de la police arriva à sa hauteur ; il s’agissait d’un
petit robot juché sur une moto à aéropropulseur qui permettait de voyager rapidement partout dans la ville.
« Vous-ê-tes-E-than-Wa-de-ker ? demanda le robot de sa voix métallique.
– Oui, c’est moi.
– Veuil-lez-en-trer-vo-tre-car-te-d’i-den-ti-té-dans-la-fen-te. »
Ethan soupira et fouilla dans sa poche pour trouver un bout de plastique que l’on appelait carte d’identité et obéit aux instructions de la
machine.
« I-den-ti-té-con-fir-mée-veuil-lez-mon-ter-sur-la-pla-ce-ré-ser-vée-aux-pas-sa-gers »
Il s’assit derrière le robot et attacha sa ceinture. Le policier vérifia que son passager était bien installé puis appuya sur un bouton :
l’engin décolla du sol et monta à une vitesse vertigineuse vers les sommets de la ville, zigzaguant entre les différentes lignes du monorail avec une habileté remarquable, puis stoppa devant le
balcon d’Ethan.
« Vous-ê-tes-ar-ri-vé-à-des-ti-na-tion-la-po-li-ce-de-Tech-no-po-lis-vous-sou-hai-te-une-bon-ne-soi-rée-
et-vous-rap-pel-le-q’il-est-dan-ge-reux-de-cir-cu-ler-dans-les-bas-é-ta-ge-la-nuit-
veuil-lez-des-cen-dre-du-vé-hi-cu-le-mer-ci. »
Ethan obéit sans discuter et regarda la petite machine filer vers le pilier nord. Cette soirée avait été probablement la pire de sa vie et, à bien y
réfléchir, il aurait dû s’en douter. Ce n’était pas parce qu’il s’appelait Wadeker et qu’il faisait partie de l’élite que tous étaient à ses pieds, cette fille lui avait rappelé de façon assez
brutale. Celle-là, il lui en voulait : il voulait juste discuter avec elle et cette garce, pour le remercier de sa sollicitude, lui avait dérobé son passe et détruit son estomac qui le
faisait encore souffrir.
Il se rendit dans sa chambre et s’écroula sur son lit où il s’endormit presque instantanément, malgré la rage dont il était la proie.
—–       
            Elle regarda autour d’elle et, après s’être assuré qu’il n’y avait personne,
poussa la porte qui donnait sur un petit hangar. A l’intérieur, une immense hélice tournait sans cesse, produisant de l’électricité pour toute la ville et occasionnant tout un tas d’étincelles
bleues inoffensives mais impressionnantes. C’était dans cette pièce qu’ils avaient décidé de s’installer, parce que personne ne viendrait les y chercher et quand ils auraient tout le matériel
dont ils avaient besoin, ils feraient exploser l’hélice.
Elle retira son masque et alla rejoindre Juan, qui était le chef des rebelles avant son arrivée. D’origine latine, il avait eu la chance d’être
naturalisé dès sa naissance, sinon, il aurait fait partie des esclaves à l’heure actuelle. Cependant, ses cheveux bruns, son teint hâlé et ses yeux noirs lui causaient pas mal de problème :
à cause de l’esclavagisme, la plupart des américains pure souche avaient développé des sentiments xénophobes très forts et tous les exclus qui semblaient être étrangers étaient considérés comme
des esclaves en fuite. D’ailleurs, dans leur groupe, ils avaient aidé un couple de chinois à s’évader et les cachaient dans leur hangar.
Maria, la sœur de Juan vint les rejoindre.
« Qu’est ce que tu as ? Tu es toute débraillée.
– Oh, ce n’est rien. Regardez plutôt ce que je vous ramène, dit-elle fièrement en exhibant le passe volé. Ce Wadeker est un vrai crétin : il
voulait discuter. Je lui ai pris son passe vite fait et je l’ai laissé sur le bitume.
– Il t’a reconnue ? s’enquit Juan.
– Il se doute que je ne suis pas une exclue, mais je ne crois pas qu’il sache qui je suis précisément. Tu sais, ce n’est pas parce qu’on fait partie
de l’élite qu’on se fréquente.
– Tu es pourtant un des meilleurs partis de la ville, remarqua Maria, il a peut-être vu ta photo dans les journaux.
– C’est vrai qu’en étant la fille d’Hank Antelwort et la belle-fille de Nicholas Geller, on passe difficilement inaperçue. Tu devrais faire
attention, Oceany : s’il te reconnaît, il risque de te dénoncer et tout ce que nous aurons fait jusqu’ici n’aura servi à rien.
– Ne t’en fais pas, Juan, il ne me reconnaîtra pas et si jamais il me dénonçait, je nierais, c’est tout. Réfléchis : avec mon nom, je ne risque
absolument rien.
– Ca nous fait deux passes pour les sommets avec le tien, on va pas aller loin avec ça, soupira Maria.
– Ne désespérons pas, on va y arriver. De toute façon, on n’est pas encore prêts, il ne faut pas se précipiter. Il va falloir que je rentre, on
pourrait s’apercevoir de mon absence.
– Je te ramène, proposa Juan.
– OK . Demain soir, je vais essayer de chiper quelques passes, durant les fiançailles de ce cher Wadeker. Avec de la chance, on pourra réaliser
notre plan plutôt que prévu. Et restez sur vos gardes. »
Elle fit un signe de la main pour saluer ses complices, puis suivit Juan jusqu’à un recoin du hangar où ils avaient planqué les trois motos à
aéropropulseurs qu’ils avaient volés à la police. Ils étaient en train de s’installer quand Mai-Li, la Chinoise qu’ils avaient sauvée vint les rejoindre. Mai et Oceany étaient devenues très
proches au fil des mois et se comportaient presque comme deux sœurs, toujours inquiètes l’une pour l’autre. Faire partie des rebelles n’était pas sans danger.
« Maria m’a dit que tu t’étais battue, ça va ?
– Ouais, je l’ai mis K.O dès le premier round. Tu sais, les membres de l’élite qui font du karaté, ça court pas les rues, et puis, j’ai gagné un
passe pour les sommets ! Je vais essayer d’en voler quatre autres, demain, à la réception, comme ça, on pourra envoyer notre commando spécial.
– Fais attention à toi, d’accord.
– T’en fais pas, tu risques plus ici que moi là-haut. Fais attention : il ne faut surtout pas que l’on te voie.
– Ne t’inquiète pas pour moi, je suis habituée à me terrer. »
Elles s’étreignirent affectueusement et se quittèrent avec regret quand Juan mit le moteur en route. Oceany salua son amie de la main, puis
s’accrocha au torse puissant de son chauffeur ; elle était inquiète pour Mai-Li, elle n’avait pas une très bonne mine : l’air ambiant était chargé d’électricité, ce ne devait pas être
très bon pour leur santé, mais ils n’avaient pas le droit de sortir, car ils risquaient d’être rattrapés par la police qui les recherchait depuis quatre mois.
La moto s’éleva dans les airs et fonça vers le sommet ; grâce au passe d’Oceany et celui qu’elle avait dérobé à Wadeker, ils pouvaient passer
n’importe où sans déclencher les alarmes…Bientôt, ils en auraient assez pour envoyer cinq d’entre eux au sommet pour réaliser le plan qu’ils avaient mis sur pieds presque un an plus tôt, quand
ils avaient découvert que Technopolis n’était pas le paradis qu’on leur avait promis.
Juan se posa à côté du balcon de la jeune femme et mit la moto en mode « lévitation automatique » ; elle descendit du véhicule et
vérifia qu’il n’y avait personne aux alentours.
« Merci de m’avoir raccompagnée.
– De rien : j’aime bien me balader en moto et je déteste te savoir seule.
– Je ne risque rien, tu le sais bien. Dans cette ville, ce sont nous, les bandits.
– Ouais, mais on n’est pas les seuls : on a fait des émules ! Chacun veut son passe pour les sommets, pour voir enfin le soleil briller
dans le ciel.
– Dire que je croyais que le soleil brillait pour tout le monde pareil. Dans cette foutue ville, seuls les privilégiés peuvent en profiter. Cette
société est pire que l’ancienne, je crois.
– Moi, j ‘en suis sûr. Bonne nuit, Oceany.
– Bonne nuit, et fais attention en rentrant : ne casse pas la moto en faisant l’idiot. »
Il sourit et lui adressa un coup d’œil complice avant de remettre les gaz et de filer. Elle observa un instant le discret sillon que laissa
l’appareil derrière lui, gardant en mémoire les quelques instants passés en compagnie de son complice. Il ne la laissait pas indifférente et elle savait ce sentiment réciproque mais il tait
inutile d’espérer quoi que ce soit. Outre le fait qu’un amour entre un exclu et un membre de l’élite était très difficile, voire impossible, il fallait se concentrer sur l’essentiel. La lutte
contre le pouvoir n’était guère propice aux amourettes.
Elle soupira et rentra dans sa chambre, luxueusement décorée au milieu de laquelle trônait un immense lit à baldaquin. Pour créer les appartements de
l’élite, les architectes s’étaient inspirés du Château de Versailles et la rumeur prétendait même qu’il existait des passages secrets. Mais elle en doutait sérieusement : quel intérêt de
pouvoir aller d’un appartement à un autre ? Aucun. Elle retira sa combinaison qu’elle rangea dans son coffre fort et enfila sa nuisette en soie dorée ; tout respirait le luxe, dans
cette pièce, jusqu’à ses sous-vêtements : on affichait sa supériorité jusqu’au bout, ça en devenait ridicule. Elle haïssait cette ville et le système qu’elle imposait à ses habitants, même
si elle était du bon côté des choses. Elle avait eu beau se voiler la face durant les premières années, aujourd’hui, elle ne pouvait plus fermer les yeux : cette société était totalement
inégalitaire et ils étaient tous prisonniers de Bill Oxford et de ses collaborateurs.
Elle s’allongea sur le dos et observa un instant le voile tendu au-dessus de son lit qui bougeait légèrement, mu par une petite brise provoquée par
les immenses hélices du rez-de-chaussée. Juan, Maria, Mai et son compagnon Myo…ils devaient tous vivre, ou plutôt survivre, dans des conditions ignobles pour permettre à l’élite d’avoir un cadre
de vie agréable .Pourraient-ils changer tout ça ? Elle n’en était pas sûre, mais elle voulait essayer, quitte à en mourir. De toute façon, sa vie n’avait aucune valeur à ses yeux. Si elle ne
se battait pas avec les rebelles, elle n’était qu’un pauvre pantin articulé par la poignée de dirigeants, ce n’était pas une vie. Son père avait été un héros, elle devait se prouver qu’elle
n’était pas une lâche comme tous ces élitaires dont la volonté avait été étouffée par tout ce faste, ces réceptions qui ne rimaient à rien et toutes ces constructions pharaoniques…mais bientôt,
les Anges qui maintenaient la bulle de verre au-dessus de leur tête deviendraient les Anges de la Justice et Oxford payerait pour tout le mal qu’il avait fait, elle se l’était juré.

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Les rêves, reflet de mon esprit dérangé

S’il y a truc qu’on ne peut nier, c’est mon imagination débordante et des fois, ça envahit mes nuits. Je fais des rêves bizarres, ça, c’est un fait et les gens rigolent beaucoup quand je les raconte. Certains sont de véritables films ou romans dont je suis l’héroïne. Oui, c’est marrant, je ne suis pas moi dans mes rêves ou plutôt, je suis une actrice qui joue dans un film ou évolue dans un livre. Parfois, je suis même l’héroïne du roman que j’écris, bonjour la mise en abîme ! Faut dire qu’il y en a, ce sont de vrais scénarios extrêmement alambiqués.

Plus jeune, mes cauchemars reflétaient mes peurs primaires. Par exemple, je me trouvais souvent dans un avion qui s’écrase (ou je me prends un avion dans la gueule, pas de chance), un ascenseur qui tombe ou je me faisais attaquer par des serpents. Pour les Freudiens, je précise que mes serpents avec une grosse tête avec plein de dents et une petite queue. En grandissant, ma peur des serpents a disparu, sans doute parce que j’ai déménagé dans la grande ville et que la friche à côté de ma grand-mère qui grouillait de couleuvres a laissé place à de sales immeubles. Ca me fait penser à une chanson de Polnareff, tiens… Pour les ascenseurs, pareil…

Par contre, les avions, ça reste. L’autre nuit, par exemple, je rêvais que je montais avec Anne dans un vieil appareil tout pourri avec des sièges en cuir genre RER et de vieilles ceintures, je donnais mon ticket de train pour que le contrôleur le poinçonne puis je montais dedans. L’avion décolle, gniaaaaaan ! A un moment, allez savoir pourquoi, je sors de mon corps et de l’appareil et je découvre qu’il est en train de voler à l’envers… Là, je me dis que l’avion, ça fait moins peur à l’intérieur qu’à l’extérieur. Mais en fait, l’avion était en panne, il plane en attendant que ses moteurs s’arrêtent et là, il tente un atterrissage en catastrophe et évidemment, il s’écrase. De là, je me retrouve à l’hôpital en train de visiter Anne et là, je regarde les infos et j’apprends que je suis morte donc je vais dans les décombres pour essayer de retrouver mon corps. Sinon, dans le genre « les avions dans les rêves de Nina », l’histoire de l’avion qui menace de se crasher sur Paris. Donc nous voilà en famille sur Paris dans un resto chinois (hautement improbable, mes parents n’aiment pas ça). Il y a donc papa, maman, Anthony, Alice et moi. Ma mère se casse faire des courses aux Halles et pendant que mon père consulte le menu, Anthony, Alice et moi nous promenons devant le resto. Soudain, alarme : un avion menace de s’écraser sur la ville, pile là où on est, évidemment. L’avion, encore à l’envers, rase le sol une première fois, on se couche par terre puis on se cache dans le hall d’un immeuble et je dis à Anthony et Alice qu’il faut rentrer dans l’immeuble et monter à l’étage pour éviter l’effet de blast. Anthony (pompier de son état) se fout de moi mais on fait ça, on rentre dans l’immeuble, on se recroqueville à l’étage et finalement, l’alerte est levée, on rejoint mon papa, toujours en train de consulter son menu. Imperturbable, le papa.

A propos de ma sœur et des rêves récurrents. Souvent, je rêve que je suis juive pendant la deuxième guerre mondiale donc je dois me cacher. Et je me retrouve toujours dans un immeuble désaffecté avec un grand escalier en pierre. Je rêve aussi souvent que je fuis les autorités et dans ce genre de rêve, la seule personne de ma famille présente, c’est ma sœur. Sinon, dans la série famille, ces derniers temps, je me retrouve affublée d’un petit frère, un bébé MINUSCULE, il tient dans la main… Je sais pas d’où il sort, celui-là !

Sinon, en ce moment, j’ai deux rêves récurrents. Le premier je suis enceinte ou j’accouche. La dernière fois, je rêvais que j’accouchais dans mon lavabo (très confortable comme lieu d’accouchement, tiens), mon père faisant office d’obstétricien, ma mère de sage-femme. Fascinant. Le bébé, une fille (d’habitude, un garçon), un truc bizarre que je pose sur le rebord du lavabo une fois née. Je suis contente, elle a les yeux verts et l’accouchement se passe extrêmement facilement, même pas mal. D’ailleurs, on en parlait après avec mes parents, nous étions tous fiers du travail accompli (et ma pauvre gosse neurasthénique toujours sur son rebord de lavabo). Sinon, l’autre nuit, je rêvais que j’étais enceinte, d’un garçon cette fois, mais il voulait pas venir le bougre, il avait trois jours de retard et je me promenais avec mon gros bide, je prenais le train et je racontais cette histoire à Bertrand (qu’est-ce qu’il foutait là, lui ?). Tiens, ça me fait penser que je rêve souvent de trains, aussi.

Sinon, dans la série rêves très récurrents : je repasse mon bac. Ah, celui-là, je le fais tout le temps ! Je suis extrêmement angoissée par l’épreuve d’allemand, vu que je ne parle plus un mot de cette langue. C’est curieux car pour mon bac, le vrai, j’avais pas stressé du tout, pourquoi ce rêve revient donc fréquemment ? La nuit dernière, j’ai rêvé que je devais passer le bac mais en série ES (j’ai le L). J’expliquais à un métis trop miam miam que je passais cette série pour ajouter un plus à mon CV… Non mais c’est dingue ça ! Mais c’est plus souvent l’allemand qui ressort, quand même, cette foutue épreuve qui me glace le sang j’arriverai pas à faire illusion, je ne sais plus rien dire. Ich spreche nicht deutsch ! I can do my work in english ? Non? Va te faire voir.

Sinon, les rêves les mieux, ce sont ceux plein d’amour. Il y a des moments dans la vie où je suis amoureuse de mecs qui ne sont pas (encore ?) mien. Dans les rêves tout est permis… Et ben non, en fait. Je me souviens, quand je craquais sur Fabien, le vilain démon tentateur, dans mes rêves, il y avait toujours le « tu n’as pas le droit ». Les caresses et attentions tendres étaient nombreuses mais je n’ai rêvé qu’une fois d’une brouette avec lui car généralement, même dans mes rêves, je me l’interdisais… Ah, mon surmoi est très puissant, ma foi. Mais ces tendres baisers déposés sur la joue, sa manie de me prendre dans ses bras, juste comme ça… Et les : « non, il ne faut pas ». Merdouille ! Encore récemment, je rêvais d’un gars comme ça, pas disponible pour moi, je me contentais de le serrer contre moi, de lui chuchoter de belles paroles et même, audace suprême, de l’embrasser sur la joue… Bon, j’avoue, je l’ai aussi un peu embrassé sur les lèvres mais pas trop, car pas le droit.

Par contre, quand je craque sur un célibataire, mes rêves sont autrement plus explicites. Quand je craquais sur Julien, je me souviens très bien d’un rêve où il m’emmenait chez lui me présenter sa famille, très gentille, d’ailleurs. A un moment, on se retrouvait à s’embrasser passionnément sur un tapis, c’était torriiiiiiiide. Pareil pour Bertrand après ma rupture avec Guillaume mais je me souviens moins là.

Curieusement, mes rêves érotiques (hé oui), je les fais extrêmement rarement avec quelqu’un que je connais, même si ça arrive. Le plus souvent, ce sont des inconnus, pas forcément dotés de visages. Même un homme que je désire, je rêve rarement d’une brouette avec lui, peut-être parce que, psychologiquement, je ne veux pas imaginer, j’en sais rien… Mes rêves érotiques sont par contre très crus, pas de fioriture, on en vient à l’essentiel… Des fois, y a de la baise au milieu de rien, comme ça. Et chose merveilleuse, il m’est déjà arrivée de me réveiller juste après ce genre de rêve car je venais d’avoir un orgasme. La puissance de l’esprit m’étonnera toujours, que de sensation on peut avoir en rêve, la douceur de lèvres, le grain d’une peau, la puissance d’un sexe masculin dans le mien… ou ailleurs.

Donc je rêve, beaucoup. Et même, quand je suis amoureuse d’un homme qui n’est pas (encore) mien, je m’accorde quelques siestes pour espérer le retrouver dans mes rêves et partager de délicieux moments avec lui… En attendant que ça soit enfin la réalité. Mais souvent, ce genre de rêve me rend nostalgique, après, je ne cesse de ressasser et je suis un peu triste que ça ne soit pas la réalité. A moins qu’ils ne soient prémonitoires !

Episode 3

Il se posta devant la porte automatique et entra sa carte pour l’ouvrir. Après avoir produit un souffle semblable à un soupir, le panneau glissa dans
le mur, lui permettant de rentrer. Il comptait se rendre dans sa chambre quand sa mère lui barra le passage. Elle surgit devant lui, le faisant violemment sursauter et commença à l’entraîner vers
le salon.

« Mon chéri, tu vas voir, je t’ai concocté une surprise merveilleuse, je suis sûre que tu vas rester sans voix ! Je suis impatiente de
te montrer ça, mais avant, il faut que je vérifie si tu es bien…Oh mon chéri ! Tu as une tête épouvantable ! Où es-tu allé traîner, encore ?  »

Elle soupira et commença à lui arranger les cheveux et à lui replacer sa chemise correctement. A 55 ans, Lauren Wadeker était encore une très belle
femme, avec ses yeux vert émeraude qui valaient l’admiration de la plupart des hommes de son âge et des cheveux d’ébène parmi lesquels apparaissaient quelques cheveux blancs. Mais malgré son
succès auprès de la gent masculine, elle avait toujours refusé de se remarier, restant fidèle à la mémoire de son époux, mort en guerre. Ethan n’avait pas beaucoup de souvenirs de son père et ne
savait même plus quelle tête il avait… Il ressemblait tellement à sa mère que s’il eut appris qu’il n’avait pas eu de père, ça ne l’aurait presque pas surpris.

Quand elle eut enfin fini de le rhabiller, elle le traîna vers le salon où il découvrit Neve Woodart, sa chère fiancée, en grande tenue
blanche : sa robe de mariée. Il resta sur le pas de la porte, bouche bée, admirant la jeune femme : ses longs cheveux bruns tirant sur le roux tombaient sur ses épaules, soulignant sa
peau diaphane, tandis que son visage trahissait sa joie. Ses yeux marron pétillaient, ses lèvres joliment ourlées dessinaient un sourire qui ne paraissait pas feint. En effet, Ethan était un des
meilleurs partis de la ville, il y avait de quoi se réjouir. Il devait admettre qu’elle était très belle, même si quelques kilos en plus ne lui auraient pas fait de mal, mais il ne l’aimait pas,
c’était ainsi. Ce mariage était arrangé de toute pièce car les membres de l’élite ne devaient se marier qu’entre eux.

« Mon Dieu ! s’exclama Lauren, en prenant la future mariée dans ses bras. N’est-elle pas ravissante ? Neve, ma chérie, vous
êtes tout simplement somptueuse ! Qu’est ce que tu en penses, Ethan ?

– C’est…tu es très belle, Neve.

– Oh, ne reste pas dans ton coin, viens donc voir la robe de plus près ! C’est Neve elle-même qui l’a dessinée, elle est vraiment…je ne
trouve pas mes mots pour le dire. Oh, mes chéris ! Ca va être magnifique ! Je suis si excitée ! Ethan, il faut commander ton smoking !

– Maman, on ne se marie que dans quatre mois, on a le temps.

– Oh, Ethan, tu me désespères ! Si on t’écoutait, on ferait toujours tout au dernier moment. Bon, je vous laisse tous les deux, en
amoureux. Vous devez en avoir des choses à vous dire. »

Elle leur fit un sourire plein de sous-entendu puis s’éclipsa, laissant les deux jeunes gens seuls. Neve se planta devant le miroir et s’examina sous
toutes les coutures, d’un air suffisant, C’était précisément la raison pour laquelle il ne l’aimait pas. Elle était à ce point superficielle qu’elle se réjouissait d’épouser un homme qu’elle
n’aimait pas, simplement parce qu’il faisait partie de l’élite. Par ailleurs, elle n’avait pas beaucoup de conversation, en dehors des bals mondains et des rumeurs sur les uns et les
autres.

« Il faut célébrer nos fiançailles, déclara-t-elle, soudain.

– Hein ?

– Nos fiançailles, répéta-t-elle, excédée. Il faut faire une grande fête et inviter tous les gens en vue, comme ça, toute la ville ne parlera plus
que de notre futur mariage…oh, je vois ça d’ici. Le colonel Woodart, héros de guerre et Mme Wadeker, veuve du grand général Wadeker ont décidé d’unir leurs enfants, pour le meilleur et pour le
pire. Hou !  »

Elle poussa un petit gloussement qui voulait certainement dire qu’elle était ravie. Il voulut sortir de la pièce pour éviter ses délires
pharaoniques, mais il s’y prit trop tard : elle fonça droit sur lui et se mit à énumérer les gens qui devaient être présents.

« Il faudra inviter les Adams, les Goldberg, les Green, Robertson…oh, tu sais qui il faut à tout prix inviter ? 

– Dieu ?

– Soit un peu sérieux ! Les Geller ! C’est une des familles les plus importantes de la ville et ils ont un petit garçon de neuf
ans ! 

– Super, on va pouvoir jouer aux petits soldats.

– Mais non ! Il nous faut une fille ! Si j’accouche dans un an, ils n’auront que dix ans de différence, c’est jouable…il faut que notre
fille épouse Oliver Antelwort Geller !

– Quelle fille ? On n’est pas mariés et tu n’es même pas encore enceinte ! Redescend un peu sur terre, Neve.

– Oh, bon sang ! Tu sais que si tu n’étais pas le fils de Wadeker, je ne t’aurais jamais épousé !

– Ca tombe bien, parce que si j’avais le choix, je ne t’aurais jamais voulue. »

Elle poussa un grognement de colère et repartit à son miroir : elle préférait sans doute se pâmer plutôt que discuter avec son futur époux
qu’elle haïssait probablement déjà. Il soupira et sortit sur le balcon pour prendre l’air. S’il n’y avait pas eu sa mère, il aurait refusé cette union, mais elle y tenait tellement.. Il ne
voulait surtout pas la contrarier, il l’aimait trop.

Il entendit un bruit près de lui et tourna vivement la tête : un simple passant qui poursuivait sa route sans faire attention à lui. Il fut
légèrement désappointé : il auaait souhaité se retrouver nez à nez avec sa voleuse, parce qu’il était quasiment sûr qu’elle n’était pas une exclue. Comment connaissait-elle son nom ?
Pourquoi tous ces malfrats obéissaient aveuglément à cette fille ? Et pourquoi pensait-il encore à elle ? Il ne la reverrait probablement jamais et même s’il la retrouvait, que lui
dirait-il ?

« Ca vous plairait de dîner avec moi ? J’aimerais bien savoir qui vous êtes. »

Elle éclaterait probablement de rire et lui volerait son passe . Il entendit Neve pianoter sur le robot-esthéticien, sans doute pour lui
demander de la maquiller ou de la coiffer. Il soupira : il allait devoir passer sa vie avec la femme la plus gonflante de la planète, quel bonheur ! C’était peut-être pour ça qu’il
repensait à l’autre femme, parce qu’elle était libre et qu’il l’enviait. Peut-être que si la guerre n’avait pas eu lieu, il aurait pu épouser la femme de son choix et aurait pu éviter les soirs
de désespoir à l’idée de se marier avec une idiote qui n’avait aucune culture et aucun centre d’intérêt digne de ce nom. De toute façon, cette société n’était pas faite pour se cultiver :
les enfants allaient à l’école pendant quatre ans pour apprendre à lire et à se servir des machines et après, ils étaient lâchés dans la Nature, sans avoir le goût de la lecture. De toute façon,
pour ceux qui en auraient eu l’envie, ils auraient vite été découragés par les horaires impossibles de la bibliothèque municipale…A présent, ils pensaient que seule la télé pouvait cultiver et
ils s’abêtissaient à regarder des films dans lesquels jouaient des cyborg plus vrais que nature ; mais au fond, il s’en était contenté jusque là parce qu’il n’avait pas vraiment envie
de se battre pour que ça change. Les gens ne lisaient plus, et alors ? Que pouvait-il y changer, lui ? La société était ainsi faite et elle faisait plus d’heureux que toutes celles qui
l’ont précédée…il fallait être réaliste : il y aurait toujours des exclus mais, au moins, à Technopolis, ils étaient réduits au minimum.

—–    

            Ethan s’étira lentement et quitta son lit avec regret, mais il avait beaucoup à
faire : Neve et Lauren avaient invité un nombre impressionnant de gens pour la réception célébrant leurs fiançailles et il fallait s’occuper de tout organiser. Il entra dans le salon et fut
assailli par Neve qui semblait surexcitée :

«Oh, Ethan, enfin tu te lèves ! Devine qui va venir à notre réception ,devine ! Devine !

– Je sais pas moi…Neve, je viens de me réveiller.

– Et bien je vais te le dire : M et Mme Geller et leurs enfants : Oceany et Oliver Antelwort. Ils viennent, c’est formidable, on va pouvoir
arranger le mariage ! Et puis c’est pas tout, devine qui sera notre invité d’honneur ?

– Je n’en ai pas la moindre idée.

– Bill Oxford lui-même ! Bill, sa deuxième épouse Kelly et son fils Mark ! Ca va être fantastique, tout simplement merveilleux ! J’ai
hâte de dire ça à ta mère ! Oh mon Dieu ! Je n’ai rien à me mettre ! Faut de suite que j’aille regarder ce qu’ils ont en rayon sur le web. Toi, il faut que tu vérifies que le repas
sera livré, la salle libre, les musiciens en service…tiens, je t’ai fait une liste. Oh, Bill Oxford !  »

Elle poussa un cri de joie et se jeta sur l’ordinateur, pour commander la robe de ses rêves. Il soupira et regarda la trop longue liste que lui avait
laissée sa future femme. Il ne savait même pas s’il aurait assez d’une vie pour faire tout ce qu’elle lui demandait, mais il allait s’exécuter par amour pour sa mère qui faisait tout pour
que ce mariage soit une réussite. Il ne voulait en aucun cas la décevoir.

Il se rendit dans sa chambre et fit tout ce qu’il put pour accomplir toutes ses tâches. Mais il était interrompu toutes les deux minutes par sa chère
fiancée qui lui envoyait des photos de robes en lui demandant ce qu’il en pensait et il répondait toujours que ça irait très bien, mais apparemment, elle n’était pas du même avis que lui,
puisqu’elle changeait de robe…alors pourquoi elle lui demandait son avis ?

Ensuite, il fut dérangé par sa mère qui voulait savoir s’il préférait une décoration dans les tons bleus ou dans les tons verts, parce que Neve
voulait accorder la couleur de sa tenue à la décoration. S’il ne devenait pas fou avant la fin de la journée, ce serait un miracle.

« Ca n’a pas l’air d’aller, mon chéri, remarqua Lauren.

– J’ai beaucoup de choses à faire, c’est pour ça. Je crois que je n’aurais jamais le temps de tout mettre en place.

– T’en fais pas, je vais t’aider.

– Mmm. Je peux te poser une question : pourquoi tu as épousé papa ?

– Quelle question : parce que je l’aimais, voilà.

– Tu sais ce que je devrais répondre, moi, quand mes enfants poseront la question : parce que j’étais un bon parti pour votre
mère.

– Oh, mon chéri, ne dis pas ça…je suis sûre que Neve t’aime sincèrement.

– Non, je ne crois pas : la seule chose qui l’intéresse, c’est de pouvoir faire une fille à temps pour la marier avec Oliver Antelwort
Geller.

– Quelle idée ! Il a déjà neuf ans, le temps que vous ayez une fille, à condition que vous ayez une fille, évidemment, il sera trop
tard.

– Va dire ça à Neve ! Pour elle, c’est le meilleur parti pour notre fille qui n’est même pas conçue. Tu sais, je crois que cette fille est
complètement givrée : c’est plus important pour elle de savoir qui sera là à son mariage que d’aimer un peu son fiancé.

– Je comprends ce que tu ressens. Tu sais, si tu ne veux pas l’épouser, je…

– Non, maman, je l’épouserai, ne t’en fais pas : ça te tient tellement à cœur. 

– Tu ne dois pas te marier avec cette chipie pour me faire plaisir, voyons !

– Mais en te faisant plaisir, je suis heureux. C’est tout ce qui compte, au fond.»

Il étreignit tendrement sa mère, mais au fond de lui, il s’en voulait de lui avoir parlé ainsi de Neve. Elle pensait sincèrement qu’ils étaient
amoureux l’un de l’autre, ou plutôt, elle voulait à tout prix le croire, mais elle devait se rendre à l’évidence, à présent : ces deux là ne s’aimaient pas et leur mariage risquait d’être
une corvée pour l’un comme pour l’autre, mais que faire ? De toute façon, les fiançailles avaient été annoncées partout, ils ne pouvaient pas revenir en arrière et puis, s’il n’épousait pas
Neve, qui pourrait-il choisir ? Les femmes célibataires faisant partie de l’élite et ayant à peu près son âge ne courraient pas vraiment les rues et il risquait de finir sa vie seul, s’il
n’attrapait la perche qu’on lui tendait et il voulait offrir à sa mère le plus beau des cadeaux : un petit-fils ou une petite-fille.

Neve entra à ce moment-là dans la pièce et les regarda atterrée :

« Ethan ! A quoi ça sert que je m’escrime à t’envoyer des messages si tu ne les lis pas ? Nous n’avons pas de temps à perdre !
 

Lauren regarda sa future belle fille, choquée par cette impolitesse et par cette attitude digne des esclavagistes, puis explosa :

« Ecoute-moi bien, petite peste ! Tu vas changer d’attitude avec mon fils immédiatement ou je romps les fiançailles et je m’arrangerai pour
que tout le monde sache à quel point tu es détestable ! Après ça, ça m’étonnerait bien que tu puisses trouver un fiancé potable et tu finiras ta vie seule : imagine : ça va être
atroce de penser qu’Oliver Antelwort Geller va épouser une femme qui ne sera pas ta fille.

– Mais, je…bafouilla-t-elle.

– Tais-toi et mets-toi un peu au travail : Ethan ne pourra jamais réussir à tout faire tout seul.

– Mais, je…heu…d’accord. »

Neve semblait au bord des larmes et elle repartit toute penaude vers son écran ; apparemment, Lauren avait trouvé la bonne méthode pour la faire
marcher au pas. Il faudrait s’en souvenir, dans le futur.

Il sourit à sa mère qui repartit dans le salon surveiller sa belle-fille, puis il repartit dans ses innombrables tâches…quelle plaie, cette
réception ! Tous ces gens importants qui allaient tout examiner, critiquer et qui feraient un compte rendu plutôt péjoratif de la soirée, ça lui donnait la nausée : pourquoi
s’encombrait-on la vie avec ce genre d’obligations qui ennuyaient tout le monde ? Quand ils avaient crées Technopolis, ils auraient dû aussi penser à supprimer ces petites sauteries
grotesques…mais pour le moment, il n’avait malheureusement pas le choix et il se concentra sur les divers menus que lui proposait le traiteur, un drôle de robot avec une fausse moustache appelé
André.

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A vot’’ bon cœoeur

(En attendant la suite de Technopolis qui arrivera sans doute ce soir, voici un petit  délire entre ma  soeur et moi pour me trouver du boulot)

Ceci est la chaîne de la journaliste, tu dois la renvoyer à 17 personnes dans la journée, sinon la journaliste te jettera un sort sur toi et sur tes descendants sur 17 générations.
Des choses terribles vous arriveront alors que si vous renvoyez la chaîne, vous aurez droit aux remerciements de la journaliste.
 

Cette chaîne n’est pas contraignante, vous n’avez pas d’argent à verser ou de questionnaires de trois kilomètres de long à remplir, il faut juste faire suivre car c’est important. Vous pouvez aider la carrière de la journaliste et faire le bonheur d’une personne, ce n’est pas tous les jours qu’on vous offre cette belle opportunité.
 

La journaliste a 26 ans. Après de brillantes études en histoire, science politique et journalisme, la journaliste se retrouve diplômée d’un master professionnel de journalisme en octobre. A l’époque, la journaliste était pleine de vie, souriante et confiante en l’avenir. Avec de tels bagages, elle ne pouvait que réussir. Mais voilà, la success story se brise : au lieu de pousser les portes d’une grande rédaction, elle pousse les porte de l’ANPE. De jour en jour, la journaliste s’étiole comme une plante oubliée sur le radiateur en hiver.

 

Tu peux sauver la journaliste, tu dois sauver la journaliste. Pourquoi ? Parce que la journaliste a fait quatre ans d’histoire et est particulièrement douée en histoire contemporaine. Parce que la journaliste a fait un an de science politique et maîtrise sur le bout des doigts les théories des relations internationales, ce qui lui permet de comprendre le monde qui l’entoure. Parce que la journaliste a appris son métier dans un IEP et qu’elle maîtrise parfaitement la langue française. Because the journalist speaks english so well. Parce que la journaliste est parfaitement à l’aise sur papier ou sur le net, qu’elle tisse des liens particuliers avec les gens qu’elle interviewe. Comme la journaliste est jeune et souriante, les interviewés sont à l’aise avec elle et poussent la confidence loin. Parce que des journalistes comme elle, il n’y en a pas tant que ça.

 

Envoie donc ce mail avec le CV joint à 17 personnes (ou plus) pour aider la journaliste à trouver du travail. Ca ne te prendra pas de temps et pense que grâce à toi, une super
fille va pouvoir enfin faire le métier pour lequel elle est faite. Alors surtout ne brise pas la chaîne sinon la journaliste finira téléactrice et te harcèlera au téléphone jour et nuit pour te vendre un sanibroyeur.

 

Episode 2

19 avril 2014
Camp de survivant de Los Angeles.
 
Alyson ouvrit les yeux et tendit l’oreille : quelqu’un criait.  Ca n’avait rien de surprenant dans ce genre d’endroit où ceux qui n’étaient encore pas morts
venaient s’entasser. En effet, la guerre s’était éternisée et avait dégénérée : les Chinois avaient détruit le Japon en deux semaines tandis que les Etats-Unis arrivaient avec leur virus.
Il tua tous les Chinois, certes, mais se propagea dans toute l’Asie et une partie de l’Europe qui bombarda à son tour l’Amérique en représailles. A présent, partout sur la Terre, tout était
détruit, 90% de la population mondiale avait été éradiqués, à coup de virus et de missiles. Même les Etats-Unis avaient été victimes de leur propre bactérie, puisque lors d’un bombardement
anglais, un des containers dans lesquels était stoqué l’arme d’Hank avait sauté et beaucoup d’américains avaient péris. Certains avaient survécus, mais personne ne savait
pourquoi : peut-être avaient-ils un anticorps particulier qui les empêchait de tomber malade.
Hank…il avait disparu quelques années plus tôt lors d’une mission en Australie, où il avait voulu voir les effets de son virus. La rumeur prétend qu’il l’aurait attrapé et en
serait mort. Elle avait été triste, sur le coup, mais, à présent, elle y était totalement indifférente. Elle avait toujours avec elle ce qu’il y avait de plus précieux au monde à ses
yeux : ses deux enfants, Oceany et Oliver.
Le cri continua mais il était différent car on aurait dit…de la joie ? Ca semblait impossible, vu les circonstances, et pourtant…
Un homme arriva près d’eux en courant et se mit à crier :
« C’est fini, c’est fini !  Hourra ! La guerre est terminée, on est vivant ! On est vivant ! Merci mon Dieu ! On a survécu,
ouais !  »
Oceany qui s’était endormie contre sa mère se redressa lentement et regarda sa mère effarée :
« Maman, tu as entendu ? Tu crois que c’est vrai ?
– Je ne sais pas…prends ton frère, on va voir ce qu’il se passe. »
Oceany prit son petit frère âgé d’un an dans ses bras et suivit sa mère qui se rendit à la tente centrale du camp, qui servait d’infirmerie et de cantine. Le vieux poste radio
crachait des mots déformés par le crépitement, mais on en comprenait le sens.
« Citoyen, citoyenne, aujourd’hui est un grand jour : j’ai l’honneur de vous annoncer que tous nos ennemis ont capitulé : la troisième guerre mondiale est
terminée, nous avons vaincu. »
Tout le monde se regarda un instant, hébétés, puis tout à coup, ils se mirent à pousser des cris de joie, à pleurer, à sauter dans tous les sens, frénétiques…ils n’y croyaient
plus et pourtant, ils allaient enfin pouvoir reprendre une vie tout à fait normale.

—–    
15 mai 2020
Soirée d’inauguration de Technopolis.
            Oceany leva la tête et resta un instant fascinée par cet étrange spectacle : une ville entièrement
recouverte par une bulle de verre, ça n’était pas commun. Sa mère lui prit le bras et le lui serra délicatement pour lui demander d’avancer : il ne fallait pas se faire remarquer dès le
premier soir.
Ils franchirent une immense porte en bois incrusté d’or pour rejoindre un immense chapiteau ; à leur entrée, un homme en costume de laquais les annonça :
« Le général Nicholas Geller, son épouse Alyson et ses enfants, Oceany et Oliver Antelwort. »
Alyson gloussa de plaisir et suivit son cher époux jusqu’au balcon où leurs places étaient réservées. Peu après la guerre, Alyson avait fait la connaissance d’un général, héros de
la guerre et l’avait vite épousée, prétendant que ses enfants avaient besoin d’un père. Pour Oliver, c’était vrai, il était encore jeune, mais Oceany avait déjà 13 ans quand la guerre s’était
achevée. Elle aimait bien Nicholas, mais elle ne pourrait jamais le considérer comme son père, parce qu’elle avait eu tellement d’admiration pour Hank : il avait donné sa vie pour tenter de
sauver les Etats-Unis, qui n’existaient plus, mais le destin lui avait souvent joué de mauvais tours. Heureusement, tous le reconnaissaient comme un héros de guerre.
Ils s’assirent à leur place et attendirent un peu en discutant de tout et de rien, puis le spectacle commença. Le plafond se divisa en deux et s’ouvrit, leur permettant de voir la
bulle de verre, retenue par quatre piliers dissimulés par d’immenses bâches ; une musique retentit et les quatre tentures tombèrent révélant quatre statues représentant un ange, les
ailes dépliées et les bras tendues, qui semblaient tendre un voile en verre pour protéger la ville ; des expressions d’admiration et de surprise se firent entendre ça et là, puis une
voix de femme, incroyablement douce se fit entendre.
« Bienvenue dans Technopolis, la ville du vingt et unième siècle, créée afin de rendre les hommes heureux. La bulle en verre réalisée à partir de matériaux révolutionnaires
qui réchauffent l’air en hiver et le refroidit en été, assurant ainsi une température constante de 25°C. La municipalité met à votre disposition un réseau de monorail qui permet de se rendre
n’importe où sans utiliser votre voiture, dont l’usage sera désormais interdit pour éviter la pollution. Tout est contrôlé par ordinateur, il ne sera donc plus nécessaire de travailler et
l’argent n’existe plus. Au cas où il y aurait des problèmes techniques, les esclaves, capturés lors de la guerre, s’assureront de tout remettre en place. Les quatre anges, placé au nord, sud, est
et ouest de la ville sont un hommage à la ville de Los Angeles sur laquelle cette cité a été bâtie, tandis que la statue centrale, représentant Athena Niché est bien entendu, le symbole de la
victoire américaine sur le reste du monde. Dans cette dernière se trouve le musée de la guerre et, tout en haut, la Mairie. A présent, mesdames et messieurs, le maire et concepteur de cette
ville : Bill Oxford. »
Un tonnerre d’applaudissement accueillit ce nom, ce qui fit sursauter Oceany : elle ne s’était pas attendue à un tel élan d’enthousiasme. Oxford pénétra sur la scène, encadrée
par quatre colonnes aux motifs alambiqués inspirées du style rococo. Il fit un signe à la foule qui acclama de plus belle, puis quand tout le monde fut un peu calmé, il prit la parole. Par un
miracle acoustique, sa voix portait jusqu’aux moindres recoins de l’immense salle sans l’aide d’un micro.       
« Mes chers concitoyens, après six ans de travaux et d’efforts ininterrompus, je suis fier de vous présenter la seule ville de la Terre : Technopolis. Une nouvelle ère
vient de débuter, mes chers amis, et tous ensembles, nous allons faire de cette ville un Eden sur terre ! A présent, plus besoin de travailler pour gagner un salaire de misère :
les robots feront tout pour nous, l’argent n’existe plus ! Nous venons de créer la première société où la misère et la pauvreté n’existent plus et cette société s’appelle
Technopolis. »
 
 
Chapitre 1
 
12 octobre 2024
           
            Ethan donna un coup de pied dans une canette qui traînait par terre et se remit en
route d’un pas pressé.  Il n’aimait pas se promener dans les bas quartiers la nuit, on pouvait faire de mauvaises rencontres. Malgré les promesses de bonheur qu’entretenait Technopolis,
il y avait toujours l’élite et les exclus. Quand il avait fallu attribuer les logements et les machines les mieux développées, ils avaient décidé d’établir un ordre basé sur le mérite militaire
durant la guerre, ce qui semblait une bonne idée, au départ…sauf qu’ils n’avaient pas prévu assez de machines et les derniers sur la liste s’étaient retrouvés avec une pièce ridicule située au
rez-de-chaussée, là où le soleil ne brillait jamais, car les rayons étaient arrêtés par l’enchevêtrement des lignes du monorail et les machines qui assuraient la ventilation de la ville et le
fonctionnement de l’électricité faisaient un bruit d’enfer. Mais les gens préféraient mourir plutôt que partir : Technopolis était désormais la seule ville sur le globe, les autres étaient
réduites en poussière. Bill Oxford et ses amis avaient juré de fabriquer d’autres villes sur le même modèle, mais ils n’étaient pas pressés de se mettre à la tâche…ils n’avaient même pas encore
commencé à construire des machines pour les exclus et ils ne le feraient probablement jamais. Ils se la coulaient douce, dans leur bureau. Mais Ethan ne les blâmait pas et, en réalité, le
problème des exclus ne le préoccupait pas : il faisait partie de l’élite, alors peu importait.
Il entendit un bruit derrière lui et se retourna vivement, mais il n’y avait personne. Avec la nuit, il commençait à devenir paranoïaque. Il repartit
encore plus vite et regretta d’être venu se promener par ici. Il avait erré sans trop faire attention où il allait, préoccupé par son futur mariage qui lui paraissait comme une véritable corvée,
mais Neve était un des meilleurs partis de la ville et ça faisait si plaisir à sa mère…
Cette fois, il avait clairement entendu du bruit. Tendant l’oreille, il se retourna brusquement, tentant de découvrir une silhouette tapie dans
l’obscurité mais il était toujours seul.
« Tu ne devrais pas te promener tout seul dans le coin, beau brun, tu pourrais faire de mauvaises rencontres. »
Il se retourna vivement et localisa l’origine de cette voix : sur un des arbres de ce parc était assise une silhouette noire appartenant
incontestablement à une femme. Il s’approcha un peu et constata qu’elle portait une étrange combinaison en latex argenté, mais il n’arrivait pas à distinguer son visage.
« Je vous renvoie le conseil, mademoiselle : vous devriez rentrer chez vous, le coin n’est pas sûr. »
Elle éclata de rire et se mit debout, s’accrochant à une autre branche, puis déclara :
« Tu es bien téméraire ! J’avais oublié de te dire quelque chose : la mauvaise rencontre que tu risques de faire, c’est
moi. »
Elle bondit au sol et se planta devant lui. Il comprit alors pourquoi il n’avait pas réussi à distinguer son visage : elle portait un étrange
masque noir et argenté constellé de petites paillettes qui ressemblait vaguement à un papillon ; elle était plutôt petite, un mètre soixante, environ, ce qui faisait une bonne tête de
moins que lui, mais elle paraissait bien musclée. Il la regarda, surpris et l’étudia un instant et se dit qu’elle ne devait pas être bien méchante : ses yeux gris semblaient trahir un
tempérament doux, mais il comprit vite qu’il avait fait erreur.
« Qu’est ce que vous me voulez ? Demanda-t-il, tentant de rester calme.
– Ton passe, crétin. Qu’est ce que tu crois qu’on peut vouloir d’autre ?  »
Le passe était une carte qui permettait d’accéder aux plus hauts étages de la ville : chacun avait le sien mais tous ne permettaient pas
d’accéder à tous les points de la ville. Ethan, en tant que membre de l’élite, pouvait se déplacer à sa guise dans tout Technopolis. Si ces bandits le lui volaient, ce serait une
catastrophe : ils allaient semer la panique là-haut et voler les ordinateurs pour pouvoir enfin vivre décemment.
« On ? demanda-t-il.
– Oh, pardon, je ne t’ai pas présenté mes amis : vous pouvez sortir !  »
Les buissons alentours se mirent à bouger et une dizaine de malfrats, tous vêtus en latex, sortirent de leur cachette et formèrent un cercle autour
d’Ethan qui se mit à réfléchir à toute vitesse pour trouver une façon de sauver son passe.
« Bon, tu nous le donnes ou il faut que j’aille le chercher moi-même ? s’impatienta la femme qui lui était tombé dessus.
– Je…je n’ai pas de passe supérieur au vôtre, laissez-moi partir.
– Arrête de mentir, siffla un homme.
– Je vous jure que c’est vrai : qu’est ce que je foutrais ici, sinon ? Là-haut, ils doivent avoir des parcs bien mieux que
celui-là. »
L’homme parut perplexe et regarda la jeune femme de l’arbre, qui devait être leur chef, ce qui étonna Ethan. Elle semblait très jeune, environ vingt
ans, comment pouvait-elle commander tout un groupe, parmi lequel on trouvait des hommes plutôt musclés, comme celui qui venait de lui parler ? De plus, elle ne semblait pas à sa place,
au milieu de ce décor : malgré le masque, il devinait des traits gracieux et sa chevelure auburn tressée d’où s’échappaient quelques mèches semblaient l’objet de grand soin. Y avait-il des
salons de coiffures dans les bas étages ? Il n’en avait jamais entendu parler.
« La bonne blague ! lâcha-t-elle. Depuis quand Ethan Wadeker fait partie des exclus ?  »
Elle connaissait son nom ! Comment était-ce possible ? Bien sûr, toute l’élite parlait de ses fiançailles avec Neve et plusieurs
articles étaient parus dans les journaux mais les exclus ne les recevaient pas : qui était-elle donc ?
« Merde, la police !  s’écria une femme avec un accent hispanique.
– On se replie ! Tu as de la chance, Wadeker, mais si j’étais toi, je me baladerais pas trop seul par ici, ça craint. »
Elle sourit puis se précipita vers les buissons les plus proches et disparut de sa vue. Quelques secondes plus tard, un robot-policier s’arrêta
devant lui et lui demanda d’une voix métallique sa carte d’identité pour vérification, puis repartit faire sa ronde. Dès qu’il fut parti, il se précipita vers le buisson, mais il n’y avait plus
personne, naturellement : l’étrange voleuse s’était volatilisée.

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Le triptyque, week-end religieux

(Je me demande ce que ça va nous ramener comme lecteurs, ce titre)
 
Bien, après la version de Gauthier de notre week-end dantesque, voici la mienne. Samedi, donc, nous décidons d’aller chez la camarade russe de cours de notre Gau-Gau national. Pour une fois, je ne suis pas malade et mes soucis de la semaine s’étant réglés, je me sens en forme pour faire la fête.
 
 
Bon, déjà, la soirée commençait bien : Gauthier et moi nous donnons rendez-vous dans une station de métro pleine d’entrées et de sortie : moi à une entrée, lui à l’autre, on ne se trouve pas et nos portables font de la résistance. Je scrute les visages avec mes yeux de myope, pas de Gaugau. Bon, on finit par se retrouver et c’est parti.
 
Arrivés sur place, une petite rouquine nous accueille, suivi par un jeune homme : les hôtes. On rentre dans la pièce principale et là, suis un peu déçue : y a que des filles ! On parle avec notre amie russe et l’autre camarade de promo de Gauthier mais à peine arrivés, notre amie Svetlana nous tend une embûche : boire de la vodka au piment… pure, of course. Je sers les fesses et je bois… Ah ben non, ça n’arrache pas tant la gueule que ça (mais bon, moi, j’ai mangé du wazabi pur alors…). Par contre, le Gauthier, il nous fait un remake de Gérard Jugnot dans les Bronzés font du ski, la scène où ils boivent la liqueur d’échalote… Moi, je suis pétée de rire. Je bois un peu vite ma vodka, je grignote et bois des boissons non alcoolisées et là, deuxième défi : un cocktail dont j’ai oublié le nom : de la Cachaça (orthographe ?), du citron vert et de la glace pilée. Oh la vache !! Gauthier nous refait Jugnot, je sens une étrange chaleur dans mon œsophage. On rajoute un morceau de sucre et comme je trouve ça bien meilleur, j’hérite du verre du GauGau. Bon, voilà après trois COCKTAILS à la vodka, Svetlana me donne un fauteuil poire, erreur fatale. Pour en rajouter, je prends quelques bouffées d’une cigarette qui fait rire et là, je pense dans une autre dimension. Un vodka orange et trois verres de champagne plus tard, mes souvenirs sont un poil confus. Y avait un mec que je trouvais pas mal mais il était venu accompagné d’une greluche même pas belle. La fille, elle était tellement survoltée que pour elle, Carla Bruni, ça doit être de la techno trans. De toute façon, suis pas en état de paraître séduisante (mes yeux se sont éteints tout seuls). Et puis après, je l’ai vu de près, il n’était pas beau du tout. Donc la soirée se passe, Svetlana, Gauthier et moi d’un côté (la copine de promo étant partie), les autres de l’autre, cool. A un moment, on veut prendre des photos de nous trois en faisant la grimace. Gaugau et moi sommes délicieusement déstructurés mais miss Svetlana a du mal avec le concept du tirage de langue donc on refait la photo une bonne dizaine de fois.
 
Bon, après, on s’en va, Gaugau récupère l’adresse mail d’un mec très moche qui a mis deux plombes à l’écrire sur un ticket de métro (suis déçue, moi, je croyais qu’il avait écrit plein d’autres choses le monsieur). Alors, là, deux options s’offrent à moi : soit je suis Gaugau qui a raté son dernier métro en boîte, soit je prends mon dernier train qui, lui, n’est pas encore parti donc je prends la deuxième option. Erreur : je suis saoule et je me retrouve seule, je vais forcément faire une connerie. Donc, sur le quai de la gare, en fumant une clope, j’ai une idée de génie. J’envoie à un gars qui me plaît une sublime déclaration à base de : « je suis saoule et j’ai envie de toi ». Sur le coup, je me trouve très forte : moi qui ne fait jamais le premier pas, là, j’ai carrément pris la voiture en sa direction. Je m’assois dans le train et ma tête bouge toute seule dans tous les sens, j’écoute distraitement la conversation de la nana en face qui explique qu’elle a démissionné de son boulot parce qu’Hassan a été nommé chef de rang, ce qui est dégueulasse (ah ?). Arrivée chez moi, opération décrassage et je décide de faire une grille de sudoku. Mais en fait, non, dès que je suis allongée, mon corps est soudain sujet à une très forte gravité et je m’endors comme une masse (option bave au coin de la bouche). Deux heures plus tard, je me réveille en plein bad trip, un truc énorme : le triptyque.
 
Allongée sur mon lit, voilà que mon cerveau se divise en trois : trois images, pensée en triple. En gros, vous imaginez trois miroirs dans laquelle se reflète la même image et là, ma pensée passe par les trois panneaux. Ca donne : « bouh, ça va pas », « bouh ça va pas », « bouh ça va pas ». « Tu es malade, lève-toi », « tu es malade, lève-toi », « tu es malade, lève-toi ». « Non, ça va passer », « non ça va passer », « non, ça va passer ». « Non, ça passe pas », « non, ça passe pas », « non, ça passe pas ». Donc mes deux autres moi et moi nous transposons dans la salle de bain pour vomir un peu. Et me voilà à 4h du matin affalée sur mon tapis de bain, sous le regard curieux de mon chat. Retour au lit et je m’endors jusqu’à ce que mon réveil me tire de mon sommeil sans rêve. Ceci étant, vu le badtrip que je me suis fait, heureusement que j’ai pas rêvé. Et là, tout me revient : oh putain, le texto ! Là, j’ai été la reine des connes, bravo ! S’il ne se barre pas en courant après ça, j’aurai de la chance. Oh putain le triptyque ! Je suis le premier cas de triple personnalité… Mais trois fois la même !
 
Le dimanche, je suis en compagnie de Gauthier et Emma, thème de la journée : « Djiseus Kraïst (Jésus Christ) et triptyque ». Comme on est fatigués, ça donne VRAIMENT du n’importe quoi. On monte à Montmartre (deuxième fois en une semaine pour moi et deuxième fois que je me prends de la neige, en haut) et c’est parti pour le délire total. Déjà, Emma veut à tout prix entrer dans le Sacré Cœur sur le front duquel il y a écrit « Jesus blablas blablas » (c’est du latin, j’ai retenu que Jésus) donc forcément grosse crise de rire. Ben, figurez-vous que Gauthier a pu entrer à l’intérieur sans être foudroyés sur le perron. On rigole. On voit la Tour Montparnasse et on hurle de rire : « hé, c’est la noiwe queue ! » (avec l’accent, please). On fait le tour de la Place du Tertre. Curieusement, personne ne veut nous dessiner (faut dire qu’il y a tellement de touristes), ce qui n’est pas plus mal. Si y a bien un truc que je déteste à Montmartre, c’est de ne pouvoir faire un pas sans qu’un type veuille me dessiner ! En plus, j’ai une gueule internationale. Mardi, un dessinateur m’a demandée si j’étais grecque, dimanche, j’étais espagnole ou italienne pour un monsieur qui voulait me faire un bracelet brésilien. Et bé non, je suis Française. Et puis avec ma gueule d’aryenne, je ressemble plus à une Anglaise ou une mini Scandinave qu’à une latina !
 
Bon, revenons place du Tertre, on décide de s’installer dans un café à 5 euros le coca (aïe !!) avec des serveurs extrêmement beaux, chaleureux, aimables, courtois… Non, je déconne, bien sûr. Déjà, on arrive à une table dans un coin, le serveur nous enlève tous les cendriers et s’engueule avec celui qui vient de nous placer : « non, c’est pas en fumeur, ici ! ». Ben, si, na ! Et là, c’est reparti pour du n’importe quoi, on dit « Djiseus Kraïst » toutes les trente secondes, je me prends un « toi et ton tryptique, ta gueule », tout aussi régulièrement. On parle sexe… Non, pardon, on hurle sexe, fellation, fist fucking avec gestes à l’appui mais comme on était les seuls Français dans la pièce, on s’en foutait un peu. En plus, il était bizarre ce café : dans les toilettes, la porte, c’est un miroir ! Donc je m’assois et je me retrouve face à moi-même. Et bien j’ai beau être totalement égocentrique, ça me gêne de me voir dans ces moments-là.
 
Retour chez Gauthier qui réalise soudain qu’il peut voir la « noire queue » de sa rue… Ca fait que 6 mois qu’il y vit, tout va bien. Là, je suis totalement survoltée et je me dis que d’ici peu, je dois voir Guillaume IIe du nom et sa copine, que l’on peut considérer comme ma « suivante » (dans le sens, la fille qui sort avec un mec après moi). Et là, j’ai peur de l’effrayer car je suis totalement hystéro. Vous le savez, moi, les exs, je me méfie d’elles mais ça me permet de voir quel genre de nanas aime mon mec (en dehors de moi). Donc, là, je me dis que si la demoiselle réagit comme moi, elle va avoir peur, très peur : « mais comment mon mec a pu sortir avec une hystérique droguée et alcoolique pareille ?? ». En plus, j’ai un peu la gueule à l’envers.
 
Finalement :
– la demoiselle m’a juste trouvée très bavarde (mais euh !)
– le gars du texto m’a pas envoyée chier comme une malpropre, il a même été plus qu’adorable pour le coup, ce qui me fait sentir deux fois plus conne…
– j’espère ne plus jamais avoir de triptyque de ma vie parce que ça fait perdre du temps de penser en triple.

Episode 1

Prologue
 
19 janvier 2005- 8 : 45,a.m(G.M.T)
New Delhi
 
            La foule, le bruit, les odeurs nauséabondes du peuple qui souffre…c’était son quotidien, il y était
tellement habitué qu’il ne voyait plus la misère. Pourtant, depuis quelques jours, c’était la panique, les gens fuyaient : ça sentait la guerre. En effet, les affrontements à la frontière
indo-pakistanaise continuaient de plus belle et la Chine commençait à pointer le bout de son nez, de l’autre côté, cherchant à les envahir.
Il était médecin dans cette ville depuis dix ans, environ, et il n’avait jamais connu autant de mouvements, il lisait la peur sur le visage des gens et il n’arrivait pas à les
rassurer car il craignait ce qui allait se produire.
« Des avions, des avions ! cria un petit garçon en indien, ce qui eut pour effet de créer un mouvement de panique dans la foule.
– Mon Dieu, les Chinois attaquent ! Lança-t-on.
– On va tous mourir !  »
Il sortit dehors pour voir ce qu’il se passait et vit à son tour les avions qui, il en était quasiment sûr, appartenaient à l’armée chinoise : qu’allaient-ils
faire ? Il eut de brusques sueurs froides en répondant à sa question : ils allaient sans doute les bombarder, mais avec quoi ? La bombe atomique semblait peu
probable : ils voulaient récupérer cette terre, il ne fallait pas la gâcher ; des missiles ? Sans doute. Il fallait se mettre à l’abri, mais il était paralysé par ce
spectacle, hypnotisé par le ballet de ces avions.
Soudain, l’un des deux piqua du nez, fonça droit vers eux et rasa le sol en lâchant un étrange gaz jaunâtre ; du napalm ? Non, car il fut abondamment aspergé
mais ne se sentit pas brûler. Quoi, alors ? Il toussa un peu d’avoir respiré cette drôle d’arme totalement inefficace et retourna à l’intérieur, pour s’asseoir sur un des lits et
retrouver ses esprits ; il se passa la main sur son visage et remarqua quelque chose de bizarre : elle était couverte de kystes plus ou moins gros : il avait la lèpre. Comment
était-ce possible ? Il n’avait rien quelques minutes auparavant. Une femme entra à son tour et son visage était déformé par la maladie. Il la connaissait, elle n’avait rien avant l’attaque
alors…ce gaz jaune, était-ce des germes de lèpre ? Il regarda sa main et constata avec horreur que tout son corps était déjà recouvert, ce qui était totalement
impossible ; quant à la femme, elle poussa un étrange gargouillis, puis s’effondra sur le sol, visiblement morte. Il vérifia son pouls mais c’était inutile, il le savait.
L’air commença à lui manquer, il ne pouvait plus respirer, son corps semblait peser des tonnes, il avait envie de se laisser glisser…ils avaient crée la première arme
bactériologique : un concentré de lèpre fulgurante qui ne laisserait rien, ou plutôt personne, sur son passage. Ensuite, comme ils avaient probablement l’antidote, il suffirait de le
vaporiser dans l’air et d’attendre, puis la terre serait à eux. Il s’écroula sur le sol, haletant, mais il savait qu’il ne fallait pas lutter, ça ne servait à rien : il était condamné. Il
écouta les bruits dehors, des cris d’agonie, mais il y en avait si peu, ils devaient déjà presque tous être morts.
Saloperie de guerre.
—–    
Même jour- 4 : 25 p.m(G.M.T)
Etat major des Etats Unis
 
            Tous le monde était enfin là, réuni autour de la grande table, il était temps de commencer. Le général
Cooper s’éclaircit la voix, pour indiquer à ses locuteurs qu’il allait commencer et les prier de faire silence.
« La situation est grave, commença-t-il, sans chercher à mettre les formes. Cette nuit, à 8 h45, heure de Greenwich, soit 3 h45 chez nous, la République de Chine a
bombardé New Delhi. Comme vous le savez certainement, ça fait quelques temps qu’il y a des tensions là-bas et nous soupçonnions le gouvernement chinois de vouloir envahir l’Inde, mais
maintenant, il n’y a plus de doute à avoir.
– Comment les ont-ils bombardés ?
– J’y viens, j’y viens. Ils n’ont pas utilisé des missiles ordinaires, ni des bombes graphites ni tout ce dont nous nous servions jusque là. D’après un de nos agents qui s’est
rendu sur place après l’attaque, il s’agirait d’une bombe… hum…bactériologique. »
Un murmure parcourut l’assistance : personne, à leur connaissance, n’avait réussi un tel exploit…comment les Chinois, qui n’étaient pas parmi les pays les plus riches,
ni les plus développés d’un point de vue scientifique avaient-ils réussi à créer cette bombe ?
« D’après notre homme, il n’y aurait plus personne de vivant dans les quartiers populaires de Delhi, ce qui signifie que…cette bombe a à 100% rempli son rôle.
– Qu’allons nous faire ? Nous ne pouvons pas lutter contre eux.
– Nous avons peut-être une solution. Dans ce pays, nous avons les savants les plus brillants et l’un d’eux a peut-être trouvé la solution. Messieurs, je vous présente le Dr Hank
Antelwort. »
La porte s’ouvrit et un homme d’une trentaine d’année vêtu d’une blouse blanche fit son entrée. Il ne ressemblait pas vraiment à l’image classique du savant, c’est à dire un
vieil homme aux cheveux hirsutes et aux petites lunettes rondes perchées sur le bout de son nez. Antelwort était plutôt le contraire : ses cheveux blonds étaient impeccablement
brossés et ses yeux gris qui semblaient briller d’intelligence n’avaient pas besoin de l’aide de lunettes pour voir clair. 
« Bonjour, dit-il, je suis le Dr Antelwort ; je suppose que vous êtes au courant pour cette nuit…impressionnant, hein ? D’après ce que j’en sais, tous
ces gens sont morts de la lèpre en quelques instants, ce qui, à l’état naturel, est impossible, mais les Chinois ont réussi à créer un nouveau genre de maladie, une lèpre qui se propage
incroyablement vite et qui tue sa victime en un temps record.
– Que peut-on faire contre ça ?
– C’est très simple : ils bombardent leur saleté en utilisant des gaz : protégeons-nous avec des combinaisons totalement hermétiques et respirons avec des bouteilles à
oxygène. Mais nous devons trouver, nous aussi, une arme similaire, pour rendre la monnaie de leur pièce à ces types.
– Mais l’ONU ne nous autorisera jamais à faire ça : la Chine fait partie du conseil de sécurité et…
– La Chine a-t-elle demandé la permission à l’ONU ? Je ne pense pas, non. C’est la guerre, général, on n’a pas de temps à perdre avec de la paperasse, d’autant plus que
l’ONU, tout le monde sait très bien que c’est nous qui la dirigeons comme nous voulons…y a que les Européens pour croire qu’ils ont un pouvoir là-dedans, dit-il avec mépris. Nous sommes sur le
point de mettre en place un microbe extrêmement dangereux qui détruira tout sur son passage. Dès que nous aurons enfin fini nos travaux, la guerre stoppera d’elle-même au bout de deux jours,
car il n’y aura plus aucun chinois de vivant. »
—–
Trois semaines plus tard
Journal télévisé
 
            « A l’heure actuelle, environ 90% de la population de l’Inde a été exterminée par ce que l’on
appelle maintenant la guerre bactériologique. Les casques bleus de l’ONU envoyés sur place succombent eux aussi, malgré les précautions prises pour éviter de respirer les gaz contaminés, ce qui
porte à croire que les bactéries survivent longtemps à l’air libre et s’infiltre dans les denrées alimentaires et les eaux. La Chine… »
Alyson éteignit la télévision puis rejoignit son mari qui était encore plongé dans ses calculs. Depuis le début de cette guerre, il cherchait désespérément à fabriquer une arme
bactériologique, comme les Chinois, mais ses virus n’étaient pas assez résistants. Elle s’approcha de lui et lui caressa les épaules, mais il ne réagit pas : avait-il seulement senti son
geste ? Rien n’était moins sûr.
« Hank, je…
– Pas maintenant, Aly, je n’ai pas le temps, je dois trouver.
– Arrête un peu : tu te fatigues trop, tu ne peux plus réfléchir correctement, tu…
– Ferme-la, bordel ! Tu me déconcentres ! La vie des citoyens américains est entre mes mains, tu comprends ça ?
– Les Américains ne sont pas menacés, ils…
– Bien sûr que si, crétine ! Tu crois vraiment que les Chinois vont s’arrêter à l’Inde ? Ils vont passer au Japon, puis à l’Europe, puis quand ils auront
fini, ils s’attaqueront à nous : il n’est pas question de les laisser faire. Maintenant, fous-moi la paix. »
Elle s’éloigna un peu, ne sachant plus trop comment réagir : pourquoi était-il aussi agressif envers elle ? Il devenait fou, elle en était sûre, à présent :
il ne mangeait plus, ne dormait plus, il ne s’intéressait plus qu’à sa maudite bombe. Il n’était pas comme ça quand elle l’avait rencontrée, six mois plus tôt et qu’elle était tombée amoureuse
de son séduisant professeur de biologie et chercheur à ses heures perdues. Evidemment, quand il avait appris qu’elle était enceinte de lui, il n’avait pas été ravi, loin de là, mais il avait
assumé et l’avait épousée. Et maintenant ? Son bébé était dans son ventre et son père avait complètement perdu la tête. Quel avenir aurait sa fille ? Il ne semblait pas
brillant, pour le moment.
Elle alla se coucher et s’endormit rapidement, mais elle fut réveillée en pleine nuit par Hank qui semblait surexcité.
« Je l’ai, ça y est, je l’ai ! Alyson, je viens de trouver le virus qui va sauver les Etats-Unis !  »

Episode suivant

Nina qui rit, Nina qui pleure

C’est la fin de l’hiver, la période que j’aime le moins dans l’année. Chaque année, en mars, je serre les fesses et je croise les doigts : cette année, ça ira. Je me souviens, l’an dernier : un vendredi, fin février. Toujours aucune nouvelle de mon stage, panique à bord. Je prends mon téléphone et j’appelle mon peut-être futur tuteur de stage : il est en ligne, il peut pas me prendre au téléphone. Je vais donc boire un verre avec une copine mais je suis guère optimiste. 16h30, on quitte le bar et je me rends compte que j’ai un message. Tiens. J’écoute : « Bonjour, Guillaume Dulac, je vous appelle pour confirmer le stage ». Ivre de joie, je saute partout, au bord des larmes. Mars 2005 fut plutôt un bon mois : j’ai trouvé un appart en deux jours en RP, j’ai commencé mon stage, une expérience agréable qui m’a permis de rencontrer une amie proche, aujourd’hui, Zoé.
 
Un an plus tard, mars arrive et j’ai peur. Pas de boulot et pas d’entretiens de prévu, je me décide à refaire un tour des rédactions, on ne sait jamais. Mais en ce moment, ce n’est pas le pied. Concrètement, ma vie est au point mort depuis le début de l’année. Pas de raison de déprimer, pas de raison de se réjouir. Les jours se suivent, tranquillement, sans que rien ne vienne perturber l’ordre des choses. Moins de lose, certes, il ne m’est rien arrivé de négatif depuis une semaine, mais après… Pas de raison de déprimer, pas de raison de se réjouir.
 
Comme tous les gens dans mon cas, je me sens lunatique : un après-midi en bonne compagnie et je me sens bien. Une discussion houleuse et je suis au fond du trou. Des fois, j’ai l’impression que personne ne se rend compte que je vais pas bien, sans doute parce que je fais des efforts pour prétendre le contraire. Je suis pas du genre à me plaindre et quand je le fais, on me jette donc autant continuer sur ma lancée. Sauf que des fois, la coupe est pleine et j’aimerais qu’on comprenne qu’il y a des jours où ça va pas et j’ai pas envie de faire semblant. Marre des gens bien pensants qui me disent : « mais arrête de te plaindre, tu vas voir que ça va aller. » Mais je m’en fous, ça ira forcément mieux un jour mais ça fait trois mois qu’on me sort le même refrain et trois mois que ça va pas mieux donc les discours positifs à deux balles, j’en peux plus. Merde, ça va pas, j’ai le droit de le dire et si les personnes ne m’aiment pas comme ça, qu’elles ne me parlent plus. Je n’y peux rien si j’ai du mal à voir la vie en rose par moment.
 
Hier, j’ai appelé ma mère, je venais de pleurer à cause d’une dispute, je faisais semblant que tout allait bien et là, ma mère se met à pleurer parce qu’elle sait que je ne vais pas bien, parce qu’elle sait que ma sœur ne va pas bien non plus et elle en peut plus de ne pas pouvoir nous aider. Elle en peut plus de savoir que quand on pleure, elle n’est pas là. Des fois, j’aimerais retourner en enfance, à l’époque où les chagrins sont si vite oubliés qu’une heure plus tard, on ne se souvient même pas d’avoir pleuré. Mais bon, à l’époque, tout était plus simple, nos grands chagrins étaient liés à un genou écorché ou un jouet cassé… De vrais drames en soit pour des enfants de moins de dix ans mais ça se réglait vite. Adulte, rien n’est moins simple.
 
Hier, j’ai parlé à ma sœur sur Internet, elle savait que ça allait pas à cause de mon pseudo MSN plus que clair. Elle aussi ne va pas bien, son boulot ne lui plaît pas mais elle culpabilise de se plaindre : elle a du boulot, moi pas. Elle recommence à chercher et se rend compte que rien n’est moins simple mais comment peut-elle oser s’en plaindre à moi ? Alors que je suis la personne la plus apte à la comprendre, justement. C’est toujours le problème, on ne sait jamais à qui se confier, à qui faire partager notre mal être. Parce qu’oser dire que ça ne va pas, c’est passer pour une emmerdeuse de la pire espèce. C’est se prendre : « te plains pas, y a pire que toi ». Oui, y a pire que moi, je n’ai jamais dit le contraire mais ce n’est pas pour autant qu’il faut m’envoyer promener les jours où j’ai pas envie de faire semblant.
 
Je suis une fille qui se veut forte, qui fait semblant de l’être. Je ne pleure jamais devant les gens ou rarement, j’essaie toujours de me retenir. Pleurer, c’est être faible. Mais je crois qu’en ce moment, je bats mon record de larmes. Je pleure devant un film, je pleure quand on comprend pas pourquoi je vais pas bien, je pleure parce que ma mère pleure, je pleure parce que j’arrive pas à étendre mon linge. Mais ça, je ne le fais que quand je suis seule. En public, quand on me demande si ça va, je réponds toujours avec un grand sourire que oui. Il n’est pas forcément hypocrite, ce sourire, ça me fait plaisir de sortir, de voir des gens, d’arrêter de passer mes journées à constater qu’il n’y a aucune annonce me correspondant (j’ai jamais fait d’économie ou de science, désolée), surfant en pyjama devant mon écran. Mais y a des jours où ça va pas et je donne l’illusion du contraire. A tort. Après tout, si les gens ne m’aiment pas quand je vais pas bien, c’est que ce ne sont pas mes amis.
 
Aujourd’hui, je passe la journée avec Lucie qui est venue sur Paris pour deux jours. J’espère que ça m’aidera à me remonter le moral et à me faire repartir. J’espère que comme a dit M. marc de café, « les larmes, c’est fini ». J’espère que je pourrai bientôt appeler ma mère pour lui donner une bonne nouvelle. J’espère que le printemps qui arrive va me ramener ma bonne humeur permanente et de bonnes nouvelles aussi. On verra. En attendant, j’en ai marre de m’en prendre plein la gueule pour pas un rond parce que je fais semblant d’aller bien et que je suis censée tout supporter.
 
Ca ira mieux demain, sans doute. Peut-être que pour une fois, le mois de mars sera le meilleur de l’année. Un jour, je n’aurai plus besoin de mon masque de Nina qui rit parce que je serai heureuse et que je sourirai sans faire semblant et quand je dirai que « ça va », ça ne sera pas par pure politesse. J’espère que ce sera bientôt mais y a des jours où j’y crois plus. Parce que pour la première fois de ma vie, rien ne va comme je l’entends. Vie professionnelle, vie privée, rien de neuf, rien d’exaltant, rien qui ne me donne envie de me lever le matin. Même la santé commence à me lâcher, je ne mange plus, tant j’ai une boule dans la gorge à peu près tout le temps. J’ai intérêt à récupérer un ou deux kilos avant de retourner dans la famiglia sinon ma mère va encore croire que je mange pas comme il faut (oui, bon, elle a raison mais on va pas l’inquiéter plus que ça).
 
Demain, on repartira sur des articles plus joyeux. Mais la vie, c’est ça aussi, des moments moins drôles que d’autres…