Faut-il être chieuse pour avoir (et garder) un homme ?

Dimanche après-midi, deux membres éminents de la cellule « tous des connards » se réunissent dans un salon de thé parisien. Là, ça taille des costards sévère (bon, je
vous rassure, certains d’entre vous ont été épargnés, ils se reconnaîtront), je pense que Tatiana et moi avons dû passer pour les aigries de service. Dommage, y avait un brun qui avait l’air mignon au fond de la salle. Enfin, sans mes lunettes, avec ma vue de myope, il avait l’air mignon.

Après le couplet « non mais quels connards ! », on enchaîne sur « mais qu’a-t-on fait pour mériter ça ? ». Non parce qu’objectivement, nous ne sommes pas des nanas chiantes. Je laisse Tatiana se présenter de ce point de vue en comm. Pour ma part, je suis assez indépendante donc hors de question de voir le mec tous les jours, de l’appeler 10 fois par jour ou autre. De toute façon, j’aime pas le téléphone. Je m’adapte au planning de monsieur (ce qui n’est pas toujours une mince affaire), je fais pas une scène quand il est pas dispo, je comprends quand ça va pas et j’insiste pas. Et si c’était là, l’erreur ? De pas faire chier, justement ?

Pendant 4 ans et demi, j’ai vécu une liaison sans nuages avec Guillaume 1er et pour moi, la réussite de ce couple tenait au fait qu’on pouvait sortir l’un sans l’autre. Il aimait les jeux de rôles, moi non, j’allais pas l’empêcher d’en faire non plus. Il avait le droit de sortir sans me rendre des comptes et tout allait pour le mieux. Donc j’ai pris l’habitude de pas être chieuse avec les mecs, de pas leur faire de scènes quand ils peuvent pas me voir. Même les ruptures, je fais pas chier. La dernière en date, je voulais vraiment pas qu’on se sépare mais les circonstances étaient particulières (je peux pas les expliquer parce que c’est sa vie et voilà) mais j’ai compris que ça servait à rien de s’obstiner, je n’arriverai pas à
changer la donne. Donc je ne joue pas la chieuse, je pleure dans mon coin et je me résigne.

Alors voilà, constat : à force d’être trop gentille, les mecs en abusent. Y a qu’à voir ma dernière « histoire » en date. A coup de « oui, je comprends », je me suis pris trois lapins dans la tronche en un mois. Bien fait pour moi ? Ben, oui, sans doute. J’aurais été plus ferme dès le départ, les choses auraient été claires. Soit on se serait vus de suite, soit jamais et ça aurait évité la déception et la vexation. Et puis ça évite de s’attacher aussi, tout le monde aurait gagné du temps. D’où notre conclusion : « on n’est pas assez chieuses ».

Partons du constat que les mecs cherchent tous une nana qui peut potentiellement les prendre en main. Ok, c’est un odieux cliché, je le concède. Mais si les nanas préfèrent les
connards, les mecs ne préfèrent-ils pas les chieuses ? Bon, sans en faire trop, je pense qu’une fille qui fouille dans le portable de son mec pour lire ses textos ou autre, ça, c’est
insupportable. De toute façon, je pourrai jamais faire ça, il faut aussi faire confiance sinon, on avance pas. Non, quand je dis qu’il faut être chieuse, je parle de s’imposer. On devait se
voir et tu me sors une excuse ? Ben non, je comprends pas. On avait dit qu’on devait se voir, on se voit, point. Sinon, je prends mon téléphone et je l’agonis d’insulte. Non mais c’est vrai, quoi : se faire marcher sur les pieds, ça ne sert à rien alors autant voir l’inverse ce que ça donne.

Le problème, c’est que c’est pas dans ma nature. Je n’aime pas le conflit, je n’aime pas me prendre la tête surtout que quand ça devient violent, je me mets soit à être très méchante, soit à pleurer. Donc c’est pas terrible comme stratégie, on dit d’être chieuse, pas hystérique. Mais si on mate un peu les mecs, ils vont filer droit non ? Sans jouer les
maîtresses SM, un peu d’autorité ne leur feront pas de mal. Voire même, ça les reposera, ils seront contents d’avoir une deuxième « maman » à domicile. Plus de décisions à prendre,
c’est madame qui décide. On se voit quand ? Je peux sortir avec mes potes ? Non, bon, tant pis.

Bon, le problème, c’est que c’est pas naturel, chez moi. J’agis selon le principe du « ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’on te fasse. » Je ne supporterais pas qu’un mec soit chieur. Bon, moi, j’honore toujours mes rendez-vous, quand on me dit « tel endroit, telle heure », j’y suis et même à l’heure, en plus. Mais bon, j’aime bien ma petite indépendance, de pouvoir faire ce que je veux quand je veux sans rendre des comptes. Non parce qu’il faut se rendre compte que si je sors aujourd’hui avec un mec, j’ai vécu 26 ans sans lui, je me suis constitué un réseau de relations et je vais pas couper les ponts du jour au lendemain parce que monsieur m’impose son agenda. Et puis quoi encore ? Donc, comment puis-je
décemment être chieuse alors que je supporterais pas que monsieur le soit ? Non parce que parti comme ça, ça deviendrait du « on sort jamais l’un sans l’autre » et je devrais
systématiquement voir ses copains, y compris ceux que je ne supporte pas.

Enfin, depuis quand faire preuve de souplesse est un défaut ? Si un mec a un empêchement, je vais pas foutre une bombe chez lui (bon, c’est sûr que pour le coup, il viendra
plus à mes rencards après). Le problème, c’est que quand on donne la main, les messieurs prennent le bras. « Bon, elle s’est pas offusquée la première fois, elle dira rien cette fois-ci
encore ». Ben, si, je dis ! Parce que ma gentillesse et ma souplesse n’est pas synonyme de manque total d’ego. Un mec qui annule systématiquement, c’est hyper vexant. Dans le genre « je me sens une toute petite merde », on fait difficilement mieux. Alors que si j’avais dit de suite : « ramène tes fesses, je veux pas savoir ! » ben peut-être que ça aurait marché. L’histoire ne le dira pas. Mais bon, note pour moi-même : la prochaine fois, ne pas se laisser marcher sur les pieds, ça évitera les lapins.

Que c’’est indécent !

La vie est une chose vraiment curieuse. En ce moment, je ne cesse de m’émerveiller sur les surprises qu’elle me fait. Enfin, mon ange gardien s’est réveillé et là, il se fait pardonner des looses subies depuis octobre. Après 6 mois de sales coups, là, je cumule les coups de chance.

 

Donc, il y a trois semaines, je commençais un CDD et j’en étais plutôt contente. Un boulot dans le journalisme, c’était rêvé. Mais voilà, au bout d’une semaine et demi, je retrouve mes vieilles angoisses : après, je fais quoi ? On arrive au mois de mai, c’est bientôt les vacances DONC les DRH s’en foutent de ma candidature, ils verront ça plus tard. Dois-je griller ma super idée de candidature maintenant ou attendre septembre ? Et je fais quoi en attendant ? Je commence à me dire que je vais faire de l’interim en attendant septembre de pouvoir me réinscrire à la fac et faire des stages au besoin. Mais m’inscrire en quoi ? Maman, au secours, je suis perdue ! Donc, je commence à emmerder ma sœur : faut qu’on se voie, faut qu’on mette un plan sur pied. Oui, j’ai promue ma sœur « agent de la Nina ».

Jeudi, avant dernier jour de travail, je fais tranquillement mon boulot en vérifiant de temps en temps mes mails. Là, je vois un mail d’un dénommé Simon Jospin intitulé : « stage, urgent », en gros. Je jette un œil, le CV des gens avec qui je vais travailler me pousse à répondre de suite : CELSA, HEC, Science Po (Paris), oh pinaise ! Je VEUX ce stage. Donc je réponds aussi sec : « je suis disponible à partir de demain mais attention à la convention de stage, j’en ai pas ». Une heure plus tard, Simon me remercie de ma réponse rapide et me dit qu’il me recontacte dès que possible.

Le lendemain, alors que je commençais à désespérer, « tititit », mon téléphone sonne, un numéro que je ne connais pas. C’est mon ami Simon ! Il veut me voir de suite, il me propose un entretien samedi mais je refuse : je préfère passer ma journée avec Alex. Donc rendez-vous est pris pour lundi. Lundi matin, téléphone : Simon m’annonce que le rendez-vous est avancé de 30 mn et que je ne le verrai pas puisqu’il travaille (il est avocat). J’aurai donc rendez-vous avec Michel et Karima, deux autres membres de l’association. Comme j’étais prête, cette petite demi-heure ne me gêne pas. J’enfile mon tailleur (oui, j’aime bien mettre des tailleurs donc j’en profite), mes chaussures à talons (là, j’aime moins) et c’est parti. Je trouve le lieu sans trop de problème, j’appelle Michel qui m’introduit dans un appartement, il me présente Karima. Bon, désolée de faire de la discrimination physique mais ces deux là ont une bonne bouille, ce doit être de jeunes trentenaires qui ont l’air d’avoir 25 ans à tout casser. D’ailleurs, à la fin de l’entretien, quand je parle des difficultés que je peux rencontrer à cause de ma tête de Bisounours (disons qu’on me prend toujours pour la petite stagiaire de 20 ans) et Michel me fait : « Ah ben, on a le même problème ! ».

Première phase : qui sont-ils ? Une association qui sera créée dans les prochains jours mise en place par des gens brillants. Leur mission en gros : aider les jeunes à se faire une place dans les milieux politique, économiques et syndicaux. Donc ma mission : une revue de presse quotidienne sur le sujet, faire du lobbying auprès des partis, entreprises et syndicaux, s’entretenir avec des universitaires sur le sujet… Dans mes yeux, des étoiles s’allument. Je vois mon carnet d’adresse qui se remplit. Je vois une envie de m’investir. Je vois des articles passionnants. Je vois des rencontres avec des gens hautement cultivés et intéressants. Ok, c’est vendu, je veux être prise.

Deuxième phase : qui suis-je ? Ah, partie que je commence à maîtriser. Je balance mon press book qui impressionne toujours un peu (oui, en trois ou quatre ans, j’ai multiplié les expériences mais je dois le refaire). J’explique que je suis une grande curieuse qui adore découvrir de nouveaux horizons, d’où mon CV assez particulier (en gros : du sport, du local, du féminin, des relations internationales, de l’universitaire…) mais je détaille. Je suis trop jeune pour m’enfermer dans un style et j’adore m’attaquer à de nouveaux domaines. J’ai une grande capacité d’adaptation et je suis opiniâtre, ça tombe bien. Rien ne me fait peur. Karima m’explique que je dois gérer la rédaction ET la communication, faire la journaliste et l’attachée de presse. Là, grand sourire : « oui, en temps normal, journalistes et attachées de presse ne s’aiment pas. Moi, au contraire, ça me plaît de coiffer plusieurs casquettes. Au niveau de l’expérience, c’est idéal. » Bon, j’avoue, je suis super motivée donc c’est facile de rebondir sur tout ce qu’on me dit pour m’exclamer : « ah ouais, super, je veux ! ». Bon, il y a le petit souci de la non-convention de stage mais on verra. J’explique que je comprends leur démarche : j’ai des amis dans la politique, j’ai connu les syndicats étudiants et à peine sortie de là, j’ai découvert le monde du chômage. J’ai fait un tabac, d’ailleurs, avec la phrase : « J’ai quitté le monde universitaire pour entrer dans celui du chômage », ça les a fait mourir de rire. Comme je suis trop drôle comme fille, je le fais même pas exprès.

Phase trois, la plus surprenante. Mes deux nouveaux amis me disent :

« Maintenant, on va te laisser cinq, dix minutes pour préparer une interview de Michel.

– Oui mais sur quel sujet ?

– Ben, sur l’association. Mais tu dois faire une interview négative, genre notre association ne sert à rien. Fais ton Fogiel ».

Donc me voilà seule pendant dix minutes et je me prépare à faire ma chienne. En gros, je passe en mode : les jeunes ne sont que des sauvageons qui pètent tout, qui en ont rien à foutre de la politique, de toute façon, et dès qu’on leur propose des solutions pour trouver du boulot (CPE), ils crachent dessus. Nina, odieuse journaliste réac, c’est moi. L’interview commence mais soudain, le ou la candidate suivante appelle donc Michel nous abandonne quelques minutes et Karima me fait :

« Mais tu écris quoi, là ?
– Ben, les réponses qu’il me donne.
– Ah bon, tu notes tout ?
– Ben oui, on me dit de faire une interview, je le fais à fond. »

Bon, bref, fin de l’interview, on en parle un peu. Michel maîtrise parfaitement bien son discours et me renvoie tous mes arguments à la figure sans la moindre agressivité. Les propos sont simples et cohérents, j’apprends pas mal de choses sur leurs objectifs et l’association, ça me rassure. Le but n’est pas de foutre les vieux dehors mais de permettre aux jeunes d’avoir une représentation équivalente à leur poids dans la société. Je dis :

« Oui, enfin, les questions que j’ai posées doivent être assez classiques.

– Ah non, non, pas du tout, certaines ont été très surprenantes ! »

Bon, j’ai essayé de mettre au max des références d’actualité pour montrer que j’avais un peu de culture.

On se sépare là, Michel m’explique qu’ils m’appelleront mercredi pour me donner la réponse car je ne suis pas la seule sur les rangs, une autre personne attend d’ailleurs dans la pièce voisine. Merde, je croyais être la seule sur les rangs. Je pars, plutôt satisfaite de moi-même. Même si j’ai un peu peur de ma non convention de stage, je l’avoue.

Mercredi, 13h, téléphone sonne. C’est Alexandre : « t’as pas de nouvelles ? ». Bah non. 15h30, pas de nouvelles, pas de mails. 16h, toujours rien, c’est le désert. Enfin, le téléphone sonne, je sais que c’est Michel mais mon téléphone refuse de fonctionner. Enfin, on arrive à communiquer et là, il m’annonce la nouvelle : « on voudrait que vous rejoigniez nos rangs ! ». Yes !! En résumé : j’ai été la meilleure. Aujourd’hui, premier déjeuner avec mes nouveaux collègues, j’ai hâte. Je suis extrêmement motivée, ce stage est une chance en or. Je commence de suite et ce jusqu’en septembre, je serai payée 300 euros par mois. C’est pas énorme mais entre un boulot rémunéré n’ayant aucun rapport avec mon métier et ce stage, il n’y avait même pas à hésiter.

Depuis toujours, j’ai pu compter sur ma bonne étoile. Elle avait un peu disparu pendant 6 mois mais là, elle brille à nouveau : vie pro, vie privée, tout me sourit. Bon, il y a une petite ombre au tableau puisque le médecin a confirmé que ma mère avait un lupus mais c’est la forme bénigne de la maladie. Normalement, avec les médicaments, ça ira. Elle a également un accident en sortant de la clinique où elle venait d’apprendre le diagnostic mais seule la portière a morflé (et le malus, aussi, ça fait le deuxième accident en un mois où elle est totalement en faute). Rien de grave, en somme mais quelque part, ces ombres me rassurent un peu. Tant de bonheur, c’est limite indécent.