Episode 21

« Si je ne m’étais pas retenue, je l’aurais descendue sur place, cette sale latino ! On aurait dû les mettre hors la loi, ceux-là aussi !
– Ma mère était mexicaine. J’aurais été un esclave, moi aussi, si ça avait été le cas.
– Chacun sa croix. Cette petite garce ne nous a même pas donné le nom d’Oceany ! J’étais persuadée que je pourrais l’avoir, cette salope, mais ça a échoué.
– Maria prétend travailler seule.
– Elle la couvre, t’as pas compris ? Bon sang, je suis entourée d’incapables ! Par moment, je me dis que tu ne vaux pas mieux que Bill, qui n’est pourtant pas une lumière.
– Parce que tu te crois supérieure à nous, peut-être ?
– Je ne me crois pas supérieure, je le suis. Je n’ai qu’à lever le petit doigt et on retrouvera ton cadavre dans une benne au rez-de-chaussée à moitié bouffé par les chiens. Alors, un conseil, ne
me parle plus jamais comme ça. »
Elle le fusilla du regard puis quitta la pièce, pour aller voir le grand patron. Seul lui la comprenait, il l’apaisait, il était si bon avec elle. Elle l’aimait plus que tout et elle s’était jurée
de faire tout ce qu’il lui demandait, y compris épouser et coucher avec Oxford. Quant à Bryan, il n’était rien pour elle, elle couchait juste avec lui pour compenser car elle ne pouvait pas faire
l’amour avec le grand patron. Elle pouvait à peine le toucher, mais elle était devenue la seule personne avec qui il communiquait et ce privilège suffisait à la rendre heureuse. Il allait oublier
ceux et celles qu’il avait aimés avant, même s’ils se comptaient sur les doigts de la main. Elle serait bientôt la seule femme de sa vie, la seule.

—–

Oceany sortit de sa chambre et alla à la cuisine, le cœur battant ; Et si quelqu’un s’était aperçu de son absence ? Mais elle fut rassurée dès qu’elle entra dans sa pièce et
vit sa mère lui sourire, tandis que son frère était en train d’engloutir un immense bol de céréales : tout était normal. Elle avait une folle envie de tout raconter à sa mère, de lui parler du
bonheur qu’elle ressentait, mais elle ne pouvait pas. Elle était censée se fiancer à Mark le lendemain soir et Alyson semblait avoir tellement été blessée par l’amour dans sa jeunesse qu’elle
réagirait peut-être mal. Elle s’assit donc à sa place et resta un instant à regarder les deux êtres qu’elle aimait le plus que tout, le cœur gonflé d’amour et de confiance. Au moment où elle avait
commencé à douter, Ethan lui avait montré la voie à suivre, et elle était plus déterminée que jamais.
« Bonjour ma chérie ! commença Alyson. Bien dormi ?
– Ca va.
– Tu as l’air particulièrement rayonnante, ce matin ! J’imagine que tu es pressée de te fiancer.
– Oui, ce doit être ça.
– Tu dois commander un joli costume pour l’occasion. Tu seras la personne la plus importante de cette fête, tu dois montrer à tous que tu es digne de ton rang et de ton nom.
– Tu te déguiseras en princesse, dis ? demanda Oliver.
– Je ne sais pas encore.
– Moi, j’aimerais bien ! Moi, je vais me déguiser en petit lutin.
– Tu seras très mignon, j’en suis certaine.
– Si tu veux, je peux te montrer mon costume.
– Non, je veux que tu me fasses la surprise pour demain soir. D’accord ?
– Oui, mais alors, toi, tu te déguises en princesse, d’accord ?
– Promis.
– Super ! Bon, je vais aller regarder ce qu’il y a de beau pour toi. Tu viens dans ma chambre avec moi ?
– J’arrive, je prends mon petit déjeuner et je suis à toi. »
Le petit garçon poussa un cri de joie et partit en courant dans sa chambre car il avait beaucoup à faire. Il était si sage pour un enfant de son âge, c’était une véritable perle. Oceany espérait
avoir un fils comme lui, un jour.
« Ca va lui fendre le cœur quand tu partiras.
– Quand je partirai où ?
– Tu te fiances demain soir, Oceany. Tu vas bientôt te marier avec Mark et tu iras vivre avec lui.
– Ah, oui, c’est vrai. Je n’ai pas envie de vous quitter.
– Tu ne pourras pas rester éternellement avec nous, voyons ! Tu dois vivre ta vie.
– Tu aimerais te baigner dans l’océan ?
– Pourquoi tu me demandes ça ?
– Pour savoir. Moi, j’aimerais savoir ce que ça fait de se baigner dans ces eaux salées et puissantes. Ca change des piscines chlorées et désespérément immobiles.
– Je me souviens quand j’étais adolescente, je passais mes étés au bord de la mer, sur la plage, à regarder les garçons faire du surf et à m’éclabousser joyeusement avec mes amis. Mais c’était un
autre temps.
– Je veux que tu viennes avec moi te baigner un jour.
– Enfin, chérie, l’océan est pollué et c’est trop loin et puis, pourquoi quitter la ville ? On est très bien ici, je…oh, Seigneur, ça recommence !
– Quoi ?
– Je n’ai jamais rien détesté autant que cette ville et pourtant, je n’arrête pas d’en dire du bien. Je deviens folle !
– Non, ça n’a rien à voir avec la folie, c’est juste que tu es endoctrinée comme tout le monde. Je ne sais pas comment ils s’y prennent, mais chaque habitant vénère cette ville alors que c’est une
véritable prison. Sans doute parce qu’ils n’ont plus besoin de rien et qu’ils n’ont plus vraiment de raisons de se plaindre.
– Toi, tu es comme moi alors pourquoi tu n’es pas victime de leur propagande ?
– Je ne sais pas. Peut-être parce que je ne me sers pas beaucoup de tous les outils qu’on m’offre, ce qui m’évite de m’extasier à tout bout de champ. Qui sait ?
– Je veux partir d’ici, ma vie en dépend. Si je reste ici trop longtemps, je vais devenir folle. Aide-moi à sortir d’ici.
– Oh, maman, je suis tellement contente que tu me le demandes ! Je t’aiderai, toi et Oliver et même Nicholas si tu y tiens. Nous serons tous heureux, ailleurs. Je te le promets. »
Elle étreignit sa mère et ne put s’empêcher de verser quelques larmes de bonheur. Tout s’arrangeait comme elle le voulait, elle espérait que ça allait continuer.

—–

« Ce serait l’occasion rêvée pour un coup d’éclat, non ? »
Mai était plantée devant Juan, les mains sur les hanches, bien décidée à le persuader de marcher dans sa combine, mais son acolyte ne semblait pas d’humeur à discuter. Depuis sa dispute avec Maria,
il s’était un peu refermé sur lui-même et ses grands yeux noirs trahissaient sa tristesse. Oceany et Ethan choisirent ce moment-là pour arriver, ce qui ne pouvait pas mieux tomber. Si elle arrivait
à convaincre la jeune femme, Juan suivrait forcément.
« Oceany vient voir deux minutes ici. Juan et moi ne sommes pas d’accord sur la marche à suivre.
– A propos de quoi ?
– De tes fiançailles : pourquoi ne pas en profiter pour faire un coup d’éclat ?
– Parce que je n’ai pas envie de sauter à cause d’un attentat.
– Je ne pensais pas à ça, mais à une bonne blague. On va semer la zizanie dans cette stupide fête.
– Ca s’appelle de la provocation, ça, Mai.
– Oui, je sais, mais qu’est ce que tu as fait, toi, en allant libérer Kirstie ? Si c’est pas de la provocation, ça ! J’ai juste envie qu’on fasse une bonne blague à tout ce monde et qu’on leur
fasse comprendre qu’il ne faut pas nous sous-estimer.
– C’est totalement inutile, Mai ! protesta Juan. Je n’ai pas envie de jouer à ce jeu-là et puis, avec tes yeux bridés, tu risques de ne pas aller bien loin.
– C’est une soirée costumée, personne ne verra mon visage. Et si on faisait exploser le gâteau ? Ca arroserait tout ce joli petit monde, ce serait amusant.
– Là, je ne suis pas trop pour. Normalement, je devrai couper le gâteau avec Mark et je n’ai pas envie de bousiller ma robe pour faire une blague.
– Depuis quand une robe a autant d’importance à tes yeux ?
– Cette robe, c’est Oliver qui me l’a choisie ; j’y tiens.
– Oh, je comprends. J’y pense : M Oxford va faire un discours, sans doute. Après tout, ce sont les fiançailles de son fils.
– Oui, en effet, c’est ce qui est prévu.
– Parfait : on va s’inviter à la soirée, préparer un gâteau piégé qui sera amené par un robot piraté par nos soins.
– Tout le monde ne peut pas venir, on n’a pas assez de passes.
– Je dois venir, c’est mon idée, ainsi que Myo parce que c’est un génie pour pirater les robots. Quant à Juan, ça lui ferait du bien de faire un peu la fête.
– J’aimerais que Kirstie vienne aussi, intervint soudain Ethan qui n’avait encore rien dit.
– Pourquoi ? demanda Juan.
– Je pense que ça lui fera du bien de voir son ancien maître ainsi ridiculisé.
– Il faudra qu’on se procure un nouveau passe, alors, Maria nous en a volé un. Je m’en occuperai demain. Ma mère est de notre côté et ne dira rien si j’emprunte le sien.
– OK, je vais m’occuper immédiatement du gâteau ! »
Mai repartit gaiement vers son mari, pour lui parler de leur projet, mais Juan n’arrivait pas à partager sa joie, il avait un mauvais pressentiment. Il allait se passer quelque chose de dramatique,
il le sentait.

Chapitre 15


Oceany fourra les invitations dans son sac et se dépêcha de quitter l’appartement avant d’être attrapée par sa mère. Cette dernière était surexcitée à cause des fiançailles de sa fille et ne
cessait de harceler cette dernière pour qu’elle se prépare correctement afin d’être la plus belle. Mais Oceany s’en moquait éperdument ; peu lui importait ce que Mark pensait d’elle, elle ne
l’aimait pas. De toute façon, et si tout se déroulait correctement, elle n’aurait pas à l’épouser.
Elle prit le monorail qui la conduisit vers les premiers étages, puis se dirigea d’un pas vif vers le hangar où il n’y avait pas grand monde. Le jour, la plupart des rebelles menaient une vie
normale pour ne pas être suspecté.
Mai l’accueillit joyeusement et l’entraîna vers le centre de la pièce pour lui montrer son costume, qui n’était en fait que sa tenue habituelle de rebelle, à savoir sa combinaison argentée et son
masque ressemblant vaguement à un papillon.
« Alors, qu’est ce que tu en penses ?
– C’est marrant, j’ai la même à la maison.
– Je sais : ça va devenir notre marque. Ce soir, on sera tous déguisés comme ça.
– Tu n’as pas peur qu’on vous remarque un peu ? Quatre personnes déguisées de la même façon, c’est étonnant.
– Enfin, il va y avoir des centaines de gens, on sera masqué et maquillé ! Au pire, ils remarqueront qu’il y a deux personnes vêtues pareil, un homme et une femme, mais ils ne pourront pas savoir
que nous sommes quatre en réalité, ils penseront que Myo et Juan ne sont qu’un et me confondront avec Kirstie.
– A propos de Kirstie, si les gens voient sa peau noire, tu crois pas qu’ils vont se douter de quelque chose ?
– Juan nous a fourni du maquillage, on va tous se tartiner la figure de blanc, comme ça, personne ne verra la couleur suspecte de notre peau.
– OK, ça va, je vois que tu as tout prévu ! Alors, voilà, quatre invitations pour entrer dans la salle, plus le passe de ma mère que tu donneras à Kirstie afin de monter là-haut.
– J’ai hâte de voir cette fameuse salle de réception, Juan m’a dit qu’elle était remarquable.
– Oui, sauf que ça a lieu au Théâtre municipal.
– Ah ? Tu es sûre ? J’ai entendu à la radio que c’était à la salle de réception.
– Ce sont mes fiançailles, je suis quand même un minimum au courant. Ils ont dû faire une erreur, c’est tout. J’espère que tout se passera bien.
– Tu as le trac ?
– Hein ? Oh non, je ne parlais pas de mes fiançailles, mais de ton plan tordu.
– Tu n’as pas envie de te fiancer avec lui, n’est ce pas ?
– Tu sais, Mark est un garçon gentil, malgré tout ce qu’on m’a dit sur lui et je l’apprécie. Mais je ne l’aime pas et je crois que ce sera comme ça jusqu’à la fin de ma vie.
– C’est à cause d’Ethan ?
– Pardon ?
– J’ai bien vu qu’il te faisait de l’effet et j’ai senti que vous étiez très proches depuis quelques jours. A mon avis, vous vous ennuyez pas quand vous êtes tout seul.
– Mai ! On ne peut rien te cacher. Comment tu as su ?
– Tu oublies que je suis ta meilleure amie et une meilleure amie doit toujours deviner ce qui se passe dans la tête de l’autre. C’est un gentil garçon, tu as fait un bon choix, même s’il m’a
traitée de salope. Mais il a changé à ton contact, il a perdu ses idées racistes et ça, c’était vraiment pas gagné. J’espère que vous serez heureux.
– Je l’espère aussi. »

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Le tampon rend con

Il y a un mois ou deux, avec LilVirgo, on a lancé le concept d’un one woman show. Comme c’est ferié aujourd’hui, en cadeau bonus, voici le premier sketch : le tampon rend con

(regarde son agenda)
tampon

26, 27, 28… Bon, ben, mercredi, j’ai mes règles. Ca tombe mal, j’ai une réunion super importante où je dois démontrer que je mérite mon salaire et que je ne passe pas mes journées à devenir une championne au solitaire. Non parce que je sais pas si vous avez remarqué mais, souvent, les règles, ça nous rend con.

Est-ce dû au fait que notre sang se concentre là ? Ca veut dire que notre cerveau n’est plus irrigué ? Regardez toutes les pubs pour les tampons et les serviettes hygiéniques. Les nanas, elles se retrouvent tout à coup avec 2 de QI. Ca m’étonne que les publicitaires nous aient pas encore fait le film mettant en scène une executive woman. Imaginez, la nana en tailleur strict, chignons et petites lunettes sur le nez. Cartable à la main, elle avance d’un pas sûr, on sent qu’elle pourrait écrabouiller n’importe qui avec ses hauts talons. On la voit aller dans les toilettes et là, drame ultime : les anglais ont débarqué. Et la voici devenue toute niaise avec une voie ridicule et une espèce de gêne dans son attitude.

« Et Josiane, tu viens prendre un café ?
– J’peux pas, j’ai mes règles. »

Ce que je trouve fascinant dans le traitement des règles dans les pubs, c’est qu’on sent que c’est fait par des mecs. Outre le fait que ça nous rend totalement niaise, ça nous empêche de tout faire. La phrase à placer dans ces pubs c’est « je peux pas, j’ai mes règles », à prononcer d’une voix la plus niaise et empruntée possible, tout en rougissant. « Han, je peux pas, j’ai mes règles. » Petite mise en pratique.

« Julie, tu viens te baigner ?
– J’peux pas, j’ai mes règles
– Julie, tu viens regarder la télé ?
– J’peux pas, j’ai mes règles
– Julie, tu ranges ta chambre ?
– J’peux pas, j’ai mes règles
– Julie, tu…
– J’peux pas, j’ai mes règles »

Le problème, c’est que dans la vie, ça marche pas. Moi, si on me dit : « Nina, y a un dossier urgent à boucler, là, je vous le confie !

– J’peux pas, j’ai mes règles.
– Et alors, ça vous empêche pas de bosser ! »

De toute façon, la phrase « j’peux pas, j’ai mes règles » est toujours suivi d’une autre de type « mais enfin Julie, tu connais pas topitampon ? C’est top, ça absorbe trop bien le flux ! Bon, nous sommes toujours aussi niaises et empruntées mais au moins, on peut aller se baigner, woohoo ! ». Et là, je rêve de voir mon boss me filer un topitampon en m’en vantant ses vertus et comme ça, je pourrai finir mon dossier. Bon, c’est pas aussi glamour que draguer les mecs au bord de la plage mais bon, au moins, je suis sauvée.

C’est marrant comme les règles, ça a vraiment un côté sale et on sent les mecs pas à l’aise du tout pour parler de ça… Du flux et de l’odeur. Y a toujours un côté très poétique pour en parler. Le mieux, c’est que depuis quelques temps, on nous refile des tampons « capteurs d’odeurs » ou qui sentent bon. Bon alors, déjà, en tant que femme, je refuse que mon sexe sente le déodorant pour toilettes. Bon, le parfumé, ça n’a pas marché donc on capte les odeurs. Bon, c’est bien… Sauf que moi, le tampon, je le change suffisamment régulièrement pour pas que ça sente.

Non, vraiment, les publicistes, arrêtez de croire que les règles, c’est la fin du monde pour nous. Ca fait presque 15 ans que je les ai tous les mois et regardez, je ne suis pas morte. Je crois qu’il faut traiter le problème autrement, avec plus de fun. Virez moi ces nanas coincées qui osent à peine prononcer le mot de tampon et allons-y gaiement ! Par exemple : ambiance boîte de nuit, Jennifer et Kevin se roulent des patins d’enfer, Kevin a bien envie d’aller visiter le dessous de la micro robe de Jennifer, la jeune fille l’entraîne dans les toilettes… Ouais, je sais, baiser dans des toilettes avec les pieds qui pataugent dans une espèce de mixture à base de pâte de PQ, ça n’excite pas tout le monde mais passons…Donc Jennifer l’entraîne dans les toilettes pour filles, elle prend une pièce et la tend vers le distributeur de capotes mais au dernier moment, elle la met dans le distributeur de tampons et prend le petit objet en haussant les épaules genre « désolé Kévin, c’est pas ce soir que tu visiteras mon intimité ». Mais ça, c’est du concept ! Autre idée. Prenons notre copine Julie, celle de la plage. Bon, cette cruche a enfin compris qu’avec un tampon, on pouvait aller se baigner, on avance. Donc Julie se la joue Pamela Anderson, on la voit avancer sur la plage avec un déhanché limite interdit au moins de 16 ans et là, la caméra centre sur ses fesses et que voit-on sortir de son maillot ? La ficelle du tampon. Slogan : « Topitampon, on n’a pas non plus toutes les solutions ».

Alors, c’est pas du concept ça ? Hé ouais, j’ai peut-être mes règles tous les mois mais ça n’empêche pas que ça cogite, là-haut (tapote le front).

Le boulot, des fois, c’’est rigolo

Bon, aujourd’hui, j’ai envie de parler boulot mais promis, je vous embêterai pas avec mes revues de presse ou autre. Non, aujourd’hui, je vais vous dévoiler un peu les coulisses de l’asso parce que, finalement, c’est super intéressant.
fun-travail

Ca fait maintenant deux mois que j’ai commencé, j’aurais dû être à mi-chemin de mon contrat (putain, déjà !) mais finalement, ils veulent me garder jusqu’à fin septembre. Bon, j’ai un projet très important juste derrière mais ça va coller donc je dis oui. Parce que la rentrée va être très importante pour l’asso et on ne peut pas se rater. Parce que je crois en elle et je pense que bientôt, on sera connus. Parce qu’ils ont des idées de comm génialissimes qui ne pourront que marcher. Bref, au bout de deux mois, je me dis que j’ai clairement fait le bon choix.

Bref, je cesse là ma déclaration d’amour surtout que personne de l’asso ne lit ce blog donc ça sert à rien d’insister. Qui sont les gens avec qui je travaille ? Des trentenaires ou pas loin avec des boulots de rêve, sortant tous de grandes écoles genre HEC ou CELSA, ils vivent dans de grands apparts dans Paris. Bref, je suis la prolo de service. Nous sommes environ une quinzaine mais il y en a quelques uns que je n’ai pas encore rencontrés. En gros, ceux que je fréquente le plus, ce sont Simon et Michel, président et vice-président, Karima et Flora, qui bossent dans la comm et Isabelle, qui nous prépare de petits événementiels. On se fait souvent des réunions pour déjeuner ou le soir pour travailler, parfois le week-end puisque toutes ces personnes travaillent. Bon, en gros, on est une asso sérieuse mais c’est pas pour autant qu’on est sinistre, on va d’ailleurs essayer de « djeuniser » le site, on dira parce que pour l’heure, si le site est très joli, il fait un peu trop laboratoire d’université.

Forcément, comme nous sommes des humains, y a des moments où on part en vrille et où on commence à délirer sur n’importe quoi. Genre on se moque de Michel qui a parlé de « compagne présidentielle » dans le communiqué de presse parce que c’est 8h et qu’on est fatigués.

Samedi, on a eu une réunion et j’ai bien aimé parce que ça faisait plus déj entre potes. Chacun a amené à manger, on a préparé une grosse salade. A un moment, on a rigolé : Karima, Flora et moi préparions la salade tandis que Simon fumait sa clope et on a commencé à délirer sur la répartition sexuelle des tâches dans l’asso. On parle pas mal de nos vies, Simon et Michel s’intéressent pas mal à mon projet post stage, Karima nous parle de son groupe de musique, Flora me raconte sa vie sentimentale au bout de cinq minutes de déjeuner (j’adore comme les gens me font spontanément confiance). Isabelle ne parle que de cul, tout le temps. Elle doit aimer ça, elle, elle n’a que ça à la bouche (sans aucun mauvais jeu de mot). Elle est toujours un peu excitée et fait toujours partir les conversations en vrille mais bon, elle a de très bonnes idées de comm, on a des opérations en prévision qui, si elles marchent, vont faire une pub incroyable à l’association. Mais c’est totalement interdit d’en parler, même à nos conjoints respectifs. Bon, traduction pour moi : t’en parles même pas à Gauthier. Enfin, bref, Isa, elle a un peu des soucis de thyroïde à mon avis mais passons.

Donc les réunions ressemblent de plus à plus à une bouffe entre potes qui discutent sérieusement qu’à de vraies réunions de boulot. Bon, moi, je reste assez calme, surtout quand les conversations glissent sur « ah ouais, j’ai croisé Jean-Claude aujourd’hui ! » parce que je le connais pas, moi. Ils ont plein de potes en commun donc, forcément, y a des blagues qui m’échappent. Mais bon, en laissant traîner mes oreilles, j’apprends des choses sur les uns et les autres, l’existence de la copine italienne de Simon, la non vie sexuelle de Michel (apparemment, il serait un peu coincé), l’amour désespéré de Karima pour un homme marié, la (longue) liste des exs d’Isa… Puis comme ces gens sont dans les hautes sphères, j’apprends du croustillant aussi. Enfin, bref, c’est riche en enseignement ces réunions.

Après, il y a quelques anecdotes. Par exemple, samedi, Karima, Flora et Isa ont commencé à chanter la chanson de Cauet et de chercher les paroles, Simon et moi nous sentions particulièrement largués. Parce que je savais même pas qu’il y avait autre chose que « Zidane il va marquer », dedans. On cherche à citer les joueurs de l’équipe de base, moi, j’en connais aucun donc je joue même plus. Isa m’explique que Pires et July (orthographe?) n’ont pas été sélectionnés par ils ont couché avec Estelle Denis, c’est à dire Mme Domenech herself. Ah ben je comprends enfin les blagues des Guignols sur le sujet !

Autre anecdote, la meilleure. Lundi, j’ai rendez-vous avec Simon et Gabrielle, chargée de comm, pour déjeuner. On doit parler du dossier de presse que je suis chargée de faire. On se retrouve, on s’installe en terrasse, on parle boulot, société, tout va bien… Soudain, à la table d’à côté, la serveuse s’énerve et commence à rembarquer la salade d’une cliente en lui disant de se casser. La cliente essaie de récupérer sa salade et comme elle n’y arrive pas, elle jette son assiette de frites à la figure de la serveuse avant d’essayer de la castagner. Son copain, genre armoire à glace, la retient, on se lève pour pas se prendre de coups puisque les couverts ont déjà valsés quand une autre serveuse surgit du resto en brandissant une chaise pour la jeter à la figure de la cliente. Bon, Simon arrive à l’intercepter. Tout ce petit monde s’engueule joyeusement, les serveuses accusant les clients de s’être montrés insultants, les clients d’avoir attendu trois plombes pour être servis. On nous prend à témoin mais on n’a rien vu, nous. Bon, finalement, les clients se cassent et pendant quelques minutes, on se retrouve comme des cons à rien dire. On essaie de comprendre à qui sont les portables et les lunettes qui ont atterri sur notre table, chacun récupère son bien.

« Ben, c’est violent des nanas qui se castagnent
– Ouais.
– On va demander l’addition. »
Le boulot, y a des jours où c’est vraiment rigolo.

Episode 20

Maria jeta un coup d’œil furtif autour d’elle. Quand elle se fut assurée qu’il n’y avait personne, elle sauta dans la pièce. Elle se trouvait dans
les entrepôts à l’intérieur de l’ange Est, qui servaient à stocker les vestiges des civilisations passées en attendant l’ouverture du Musée municipal qui ne verrait probablement jamais le jour.
Les gens voulaient oublier le passé et étaient résolument tournés vers le futur. D’après ce qu’Oceany lui avait dit, il suffirait de faire exploser ces quatre statues pour faire disparaître la
ville, rien ne serait plus facile. Elle avait toujours été douée pour les explosifs et elle avait fabriqué quatre bombes de forte puissance télécommandées à distance, plus une moins importante
mais qui ferait quand même pas mal de dégâts qu’elle poserait sous la salle de réception. Puis elle la programmerait pour qu’elle explose en premier, pour être certaine que ses sales élitaires
crèveraient avant les autres.

Elle se dirigea vers un mur, accrocha sa bombe grâce à un système de ventouse et entra un code pour l’activer : à présent, personne ne pourrait
l’enlever sans tout faire exploser. Elle n’avait plus qu’à appuyer sur un bouton pour tout faire sauter. Elle les avait tous devancés ! Un agréable sentiment de victoire et de vengeance
l’envahit : elle avait eu le dessus sur Oceany, ce qui prouvait que le prestige ne pesait pas lourd dans la balance, seule la combativité et le courage comptait. Pourtant, elle avait un peu
peur pour Juan, mais elle ne pouvait pas le prévenir. Si elle lui avouait ses projets, il allait mettre en garde Oceany et elle refusait de faire quoi que ce soit pour la sauver. Elle devait
mourir avec les autres élitaires. De toute façon, elle n’avait jamais été de leur côté, elle les avait rejoint juste pour assouvir son besoin de dominer et contrôler les plus
faibles.

Elle ressortit de la pièce et enfourcha la moto qu’elle avait volée quelques jours plus tôt à la police, puis fonça en direction des sommets.
Avant de quitter le groupe de rebelles, elle avait pris soin de prendre un passe pour les sommets qu’Oceany avait volé, elle avait su que ça lui serait utile et elle ne s’était pas trompée.
Heureusement, elle avait bien écouté Juan quand il lui avait raconté son expédition à cette fameuse salle et elle se souvenait parfaitement du chemin, ce qui lui fit gagner un temps précieux.
Elle mit son engin en mode lévitation et grimpa sur le balcon, comme l’avaient fait Oceany et Juan tantôt, puis elle trafiqua la serrure pour entrer. Elle était aussi forte que sa pire ennemie en
informatique et technologie, si bien qu’elle avait pu, elle aussi, fabriquer son propre passe, ce qui lui fut très utile. Elle entra dans la pièce et resta un instant à étudier le lieu :
c’était très beau, ces grandes baies vitrées et ses peintures au plafond, une excellente copie des œuvres de Michel Ange à la chapelle sixtine. Elle avait toujours aimé l’art et ne put s’empêcher
d’admirer la fresque pendant quelques instants. L’imitation était si parfaite, quel travail admirable !

Elle fut interrompue par un bruit qui la fit sursauter : il devait y avoir quelqu’un près d’ici, elle ne devait pas s’attarder. Elle s’avança
vers la porte d’entrée quand celle-ci s’ouvrit brutalement et une vingtaine d’agents-robots fondirent sur elle. Elle resta un court instant immobile, paralysée par la surprise et la peur, puis
elle prit ses jambes à son cou. Mais ils la rattrapèrent facilement et, malgré sa lutte acharnée pour échapper aux griffes des policiers, elle ne put s’échapper. Ils la poussèrent vers l’entrée
où se tenait un homme brun, très séduisant, vêtu d’un grand manteau en cuir et d’un jean noir. Il se pencha vers elle et prit le menton de sa prisonnière entre ses mains et attira ce joli visage
vers le sien.

« En voilà un joli oiseau, il égaiera un peu ma cage. Amenez-la à la Mairie et enfermez-la, M Oxford l’interrogera demain.

– Lâchez-moi, sale enfoiré.

– Voyons, que ces mots sont laids quand ils sortent de votre jolie bouche. Gardez plutôt votre salive pour demain, vous en aurez besoin. Allez-y,
amenez-la, elle me fatigue.

– Salaud ! Tu vas payer, je te le jure, je vais éclater ta sale gueule de frimeur !

– Tsss ! Plus elles sont jolies, plus elles sont vulgaires. »

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Chapitre 14
 

            Oceany posa sa tête sur le torse de son compagnon et regarda par la fenêtre. Le
ciel s’éclaircissait et le soleil n’allait pas tarder à se lever. La nuit lui avait paru si courte, elle était étonnée de voir qu’il était déjà si tard.

Ethan bougea légèrement et le changement de sa respiration lui indiqua qu’il venait de se réveiller, mais elle ne bougea pas. Elle était si bien près
de lui, elle aurait aimé y rester pour toujours. Il passa son bras autour de ses épaules et lui caressa doucement la peau nue de son avant-bras.

« Bonjour, fit-il. Bien dormi ?

– Peu mais bien. C’est étrange.

– Quoi ?

– De me réveiller à tes côtés, je n’aurais jamais cru ça possible. Il y a quelques temps, je te considérais comme un ennemi et
maintenant…

– Oui, c’est vrai, la vie nous réserve de drôles de surprises. Neve serait folle de jalousie si elle savait que j’avais partagé mon lit avec un des
meilleurs partis de la ville.

– Ah, Neve…toi, tu es fiancé avec elle, moi je vais l’être avec Mark et on ne peut rien faire pour changer ça, alors que ça nous emmerde tous les
deux. Tu imagines, si on était nés 20 ans plus tôt, on aurait pu s’aimer tranquillement, avoir une jolie maison près de l’océan et se prélasser sur la plage… Alors que là, on ne peut plus voir
l’océan qu’à l’horizon et les rayons du soleil sont déviés par cette sale vitre géante pour éviter l’effet de serre. Tu t’es déjà baigné dans l’océan ?

– Oui, quand j’étais gosse.

– Moi, j’ai jamais pu : pendant la guerre, on se terrait dans des camps éloignés de la mer en cas de débarquement aquatique et après, l’eau
était polluée par le virus, c’était trop risqué. Maintenant, je sui sûre que les germes sont morts et qu’on pourrait se baigner sans risque, mais on ne peut pas sortir de cette foutue ville.
Oxford veut pouvoir nous contrôler en permanence. Que nous reste-t-il ?

– L’amour.

– Même pas. Si je ne t’avais pas rencontré, je n’aurais jamais su ce qu’était l’amour ; tout le monde reste chez soi, les ordinateurs nous
apportent tout ce dont nous avons besoin, plus personne ne sort et si on ne sort pas, on ne peut pas rencontrer l’amour. Nous ne sommes plus que de pauvres âmes solitaires, c’est horrible. Je ne
veux pas qu’Oliver grandisse dans cet univers, sans amis, isolé dans son coin et je ne veux pas…que ma mère finisse sa vie ici, je veux partir avec elle voir l’océan.

– Réussirons-nous ?

– Il le faut, je dois le faire pour ma mère et mon frère, tout ce que je fais, je le fais pour eux.

– Moi, maintenant, je me battrai pour toi. Je veux que tu vois l’océan et nous irons nous baigner tous les deux, je te le jure. »

Elle ne répondit pas, touchée par cette déclaration. Ce matin resterait sans doute l’un des plus beaux de sa vie, tout annonçait que le bonheur était
à portée de main. Comme pour être le témoin de la promesse qu’Ethan venait de lui faire, le soleil apparut au-delà des immeubles et ils le regardèrent s’élever en silence, jusqu’à ce qu’un des
rayons vint frapper la bulle de verre et les éblouit.

 « On ne peut même plus regarder un lever de soleil sans risquer de devenir aveugle, c’est atroce, gémit-elle.

Courage, on trouvera un moyen de sortir de là, promis. Comme ça, on pourra aller prendre un bain de minuit dans le pacifique, tous les
deux !

– C’est malin !  »

Elle attrapa un oreiller et lui jeta à la figure, ce qui le fit rire. Il n’hésita à riposter, donnant le coup d’envoi d’une joyeuse bataille
d’oreiller qui stoppa quand ils n’eurent plus de munitions. Alors le jeune homme plaqua son adversaire sur le matelas et lui administra son arme secrète pour la faire capituler : un baiser
fougueux qui fit totalement fondre sa partenaire.

—–

            Kelly entra dans le bureau de son mari et l’observa un instant : il était
plongé dans la contemplation de sa ville et semblait béat. Quel crétin ! Il s’imaginait qu’ils étaient tous à ses pieds, mais il n’était qu’un pantin et elle avait hâte de se débarrasser de
lui. Mais le grand patron n’était pas d’accord avec elle : Oxford avait encore toute son influence et sa popularité, personne ne voulait le voir quitter son poste hormis un minuscule groupe
de rebelles. Et tant qu’il en serait ainsi, il resterait à sa place.

Il se retourna et appuya sur un bouton pour stopper la rotation de son bureau. Il adressa à sa femme d’un œil lubrique qui l’écœurait plus que tout.
Il la dégoûtait de plus en plus et c’était une véritable corvée de partager le même lit que lui, mais elle n’avait pas le choix. Quitter Bill revenait à signer son arrêt de mort.

« Kelly ? Je suis étonné de te voir ici. Tu veux quelque chose ?

– Oui : je veux assister à l’interrogatoire de la rebelle. Après tout, c’est grâce à mon plan qu’on l’a arrêtée, je veux savoir ce qu’elle va
dire.

– Oh…pourquoi pas, après tout ? De toute façon, quoi qu’elle dise, elle sera exécutée, je ne vois pas en quoi ta présence serait
gênante.

– C’est ce que je m’étais dit et… »

Elle n’eut pas le temps de finir qu’une douce sonnerie retentit, indiquant que quelqu’un voulait monter. Bill appuya sur un bouton et le visage de
ses visiteurs, en l’occurrence Bryan accompagné de la rebelle et d’une demi-douzaine d’agent-robots, apparut sur l’écran de son ordinateur ; il tapa sur autre bouton pour ouvrir la porte,
les autorisant ainsi à entrer, ce qui fit doucement ricaner Kelly. Son cher époux adorait ce genre de gadget totalement inutile, puisqu’on entrait dans son bureau comme dans un
moulin.

La petite troupe fit irruption dans le bureau et Bryan força la prisonnière à s’asseoir dans un fauteuil, où deux robots la menottèrent pour éviter
qu’elle s’échappe. Elle leva les yeux vers le couple le plus important de la ville et les défia du regard, croyant encore qu’elle allait s’en sortir, ce qui plut à Kelly. Elle n’aimait pas les
faibles et préférait triompher sur ceux qui avaient de l’énergie à revendre. Or cette femme semblait avoir un tempérament ardent. Bill, de son côté, remarqua la beauté de ses traits et il se
demanda un instant comment une femme aussi esthétique pouvait être une rebelle, une incarnation du mal alors qu’elle aurait pu faire un superbe modèle pour une statue de la madone. D’ailleurs,
quand elle serait morte, il ferait sculpter une statue à son image représentant la vierge, il mettrait cette œuvre dans son bureau comme symbole de son pouvoir illimité.

« Alors, mademoiselle, on vous a surprise dans la salle de réception de la ville en possession d’une bombe. C’est ce qu’on appelle du flagrant
délit, commença Bill.

– Appelez ça comme vous voudrez, vos beaux discours ne m’impressionnent pas.

– Je vois. Alors, mademoiselle…quel est votre nom ?

– Qu’est ce que ça peut vous foutre ?

– Elle s’appelle Maria Ramirez, elle vit dans les plus bas étages. C’est une exclue, indiqua Bryan.

– Vous avez trouvé ça tout seul où on vous a aidé ?

– Quel tempérament ! Je suis impressionnée, annonça Kelly. Vous deviez être un précieux atout pour votre groupe de rebelle, dommage que vous
ayez été capturée.

– J’agis seule.

– J’ai du mal à vous croire, excusez-moi. Si nous faisions un marché, Mlle Ramirez ?

– Je ne traite pas avec des ordures de votre genre, surtout quand il s’agit d’une pauvre potiche.

– Donnez-nous le nom de votre chef et nous vous relâchons.

– Kelly…

– Laisse-moi faire, Bill, je sais très bien ce que je fais. Alors ?

– Je vous ai déjà dit que je travaillais seule.

– Vraiment ? On a trouvé sur vous le passe d’une certaine Mme Margaret Thornton. Or ce passe a été volé lors d’une réception dans cette même
salle où on vous a arrêtée, hier soir. Comment vous l’êtes vous procuré ?

– Vous l’avez dit vous-même : je le lui ai volé.

– Vous n’avez pas pu avoir accès à cette salle, l’entrée était scrupuleusement surveillée et si vous avez ce passe maintenant, c’est que vous
n’en aviez pas avant. Sinon vous n’auriez pas pris le risque insensé de vous balader parmi les membres de l’élite pour voler ce malheureux passe. Vous ne pouvez pas être seule.

– Je n’étais pas seule, à l’époque, c’est vrai, mais c’est le cas maintenant, foutez-moi la paix.

– Alors, dites-nous qui était l’élitaire qui vous a fourni ce passe et on vous relâche.

– Allez vous faire foutre, sale blondasse. »

Kelly toisa son adversaire du regard et lui colla une gifle. Elle ne supportait que cette exclue, cette moins que rien lui tienne tête, mais elle
allait le payer très cher. Elle allait mourir pour cet affront.

« Tous vos efforts auraient été vains, de toute façon, Mlle Ramirez. La fête aura lieu au Théâtre municipal et non pas à la salle de réception.
Nous avons fait exprès de donner de mauvaises informations pour piéger les rebelles en mal d’attentat et pour éviter tout risque d’explosion. Et grâce à vous, nous pourrons ajouter une nouvelle
attraction à cette soirée qui s’annonce déjà follement amusante.

– Grâce à moi ? Qu’est-ce que vous voulez me faire ?

– Vous exécuter publiquement. Alors, vous ne voulez toujours pas parler ?

– Non et quand mon petit feu d’artifice explosera, je serai heureuse de vous retrouver en Enfer.

– De quoi parlez-vous ? s’inquiéta soudain Bill.

– J’ai installé quatre bombes trois fois plus puissantes que celle que je voulais faire exploser à votre réception à la base des quatre piliers. Une
fois que les piliers auront sauté, Technopolis sera réduite en poussière.

– Comment savez-vous ça ?

– J’ai mes sources. Le premier qui les touche les fera exploser, c’est ennuyeux, non ? La seule façon de les désamorcer est d’entrer le code
d’accès et je suis la seule à le connaître.

– Et alors ? Si vous ne les déclenchez pas, elles n’exploseront pas, rétorqua Kelly.

– N’en soyez pas si certaine, starlette de pacotille. Je les ai programmées pour qu’elles explosent une semaine après la réception, au cas où il
m’arriverait quelque chose. Et si vous avez le malheur d’entrer le mauvais code d’accès, ça vous explosera à la figure. Nous sommes tous morts. »

Elle défia une nouvelle fois Kelly du regard, puisque ça ne se passait plus qu’entre elles, à présent et un immense sourire se dessina sur son
visage. Elle allait peut-être mourir, mais ils la suivraient tous en enfer, en particulier cette blonde qui tirait toutes les ficelles. C’était elle, le véritable ennemi et non pas Oxford qui
semblait totalement soumis à sa belle. Elle aurait peut-être pu sauver sa vie en dénonçant Oceany et même Wadeker, mais elle n’était pas une traîtresse. Elle avait trop de fierté pour s’incliner
devant ces pontes et, surtout, Oceany n’était pour rien dans cette histoire et les survivants expliqueraient que c’était elle, Maria Ramirez qui les avait sauvés de cette ville maudite. Elle
passerait pour une héroïne martyr, il lui avait bien pire comme mort.

La dénommée Kelly jeta un regard à l’homme de main d’Oxford et quitta le bureau. Le jeune homme ordonna aux robots de la ramener dans sa cellule et
s’éclipsa à son tour. Ca ne l’étonnerait pas si ces deux-là trafiquaient quelque chose ensemble.

Tous les soirs, je me fais une petite……

Mercredi soir, j’ai fait une soirée blog avec plein de gens connus : Gauthier (of course), 7h48, Cham, Wil, le Maniac et Eguemarine. En fin de repas, miss Rouquine est arrivée, accompagnée de Sylvain. On discute un peu de tout et à un moment, elle me dit : « en ce moment, sur ton blog, tu parles pas de toi. » Je lui fais remarquer que j’ai pas grand-chose à raconter de passionnant mais elle insiste. Donc si vous trouvez cet article chiant, vous savez à qui vous en prendre (quelle vilaine lâche, je suis !).

Bon, que fait une Nina en ce moment ? Le matin, la Nina est tirée de son sommeil par un réveil crachant les programmes du Mouv. Parfois, la Nina ne l’entend pas de suite, ce foutu réveil, et émerge plus tard. Il y a des jours aussi où ses gentils patrons l’appellent plus tôt, genre à 8h-8h30 (mon réveil est à 9h) donc la Nina est réveillée par le téléphone, ce qu’elle n’aime pas. C’est agressif un téléphone, ça fait des sonneries super moches et ça fait sursauter notre pauvre Nina qui a l’impression qu’elle va clamser d’une crise cardiaque.

Une fois debout, la Nina va dans la salle de bain pour diverses émulsions. Ensuite, elle enfile une culotte et son paréo, elle va ouvrir les volets, nourrit Kenya et prépare son petit déjeuner : cappucino et biscuit. Si vous voulez tout savoir, en ce moment, c’est bichoco au chocolat, justement. Tandis que le cappucino chauffe dans le micro-ondes (oui, lait et plaques électriques, c’est pas top comme mariage), elle se connecte au blog pour mettre l’article du jour, répond aux comms, lit ses mails et ses blogs préférés (liste sur le côté). Donc une heure plus tard à peu près, elle daigne enfin se mettre à bosser.

Alors, que fait-elle ? Le lundi et le jeudi, c’est revue de presse donc consulter la presse en ligne et récupérer tous les articles sur les 18-35. Des fois, ça fait beaucoup et d’autres, pas du tout. Une fois les articles collectés, elle les imprime, les lit avec son stabilo magique pour souligner ce qui est important puis elle rédige sa revue de presse. Elle la met ensuite sur l’éditeur du site et prévient ses boss que c’est prêt à la lecture. Les autres jours, la Nina rédige des articles sur des sujets parfois intéressants et d’autres qui lui prennent franchement la tête. Par exemple, la Nina a eu beaucoup de mal à rédiger son papier sur l’influence du territoire sur le parcours scolaire. Peut-être parce que Nina déteste le déterminisme. La Nina prépare parfois aussi des interviews, bosse sur un dossier de presse, essaie de répondre aux 38 mails qu’elle reçoit et essaie de comprendre ce qu’on lui dit vu qu’une fois sur deux, une des personnes a oublié de cliquer sur « reply to all » et qu’il manque des bouts de conversation.

Mais bon, la Nina est journaliste donc un peu feignante. En journée, outre son boulot, elle :

– fume
– mange chez elle ou sort rejoindre Gauthier
– fait une sieste

– va faire ses besoins et en profite pour faire une petite grille de sudoku

– se bat avec Kenya qui a décidé que, si, elle dormirait sur le clavier

– boit, beaucoup, du taillefine fizz ou de la menthe à l’eau (que je suis subversive quand même)

– parle aux gens sur MSN

– répond aux comms sur son blog et va en poster sur ceux des autres

– écrit pour son blog
– répond au téléphone quand Gauthier ou Mister Big appellent
– fait la vaisselle
– va faire des courses
– mate Lost (enfin, quand ça passait)
– prend une douche
– va fumer dans la cour de son immeuble pour aérer Kenya
 

Le soir, la Nina glande. Ou sort, ça dépend. Elle peut regarder la télé ou s’endormir devant ou parler sur MSN avec des gens qui sont parfois de charmants mâles. Quand il est l’heure d’aller au lit, elle éteint l’ordi et la télé si elle la regardait puis va prendre une douche délicieusement tiède, se lave avec du savon qui sent bon et, un soir sur deux, se lave les cheveux avec nutri gloss, le shampoing qui rend ses cheveux trop beaux et trop doux. Oui, il faut savoir qu’en ce moment, la Nina tripe sur ses cheveux, faut pas lui en vouloir. Puis après s’être lavée la frimousse et les dents et appliqué sur son corps un lait hydratant autobronzant qui est censé ne pas laisser de traces (et c’est quoi la sale trace marron que j’ai sur le bras, hein ?), la Nina va se faire une petite… grille de sudoku pour se détendre avant de dormir. Tout ceux qui ont pensé à autre chose sont des pervers (ce qui ne veut pas dire que je ne me fais jamais de plaisirs solitaires mais bon, on a dit que c’était un article chiant donc on reste dans la lignée).

Une vie monotone, certes. Mais la Nina ne se plaint pas. La Nina est contente de se lever le matin avec une raison de le faire. La Nina a des projets sur le feu et pas des moindres mais ne peut en parler. N’empêche que ça la rend heureuse. La Nina aime bien son stage parce qu’elle travaille sur un sujet super intéressant. La Nina a des amis, aussi, c’est ça qui compte. Elle les voit des fois, leur parle souvent, rit avec eux… Je vous cite quand même une sublime phrase de mon Gaugau adoré alors que je lui expliquais que j’avais des ampoules plein les pieds : « oh, moumour, tu es la Tour Eiffel des pieds ! ». Yes, j’ai réussi à la placer ! Oui, des fois, le train train, c’est pas si mal.

L’’amour, c’’est comme le travail

Comme je suis une intellectuelle qui cogite tout le temps, je ponds régulièrement de nouvelles théories qui ne servent à rien, si ce n’est à me rassurer. Samedi, en plein délirium tremens avec le Gauthier, j’ai donc eu une révélation. Pas un triptyque, non, non, une théorie que j’ai sortie à Gauthier d’une voix pâteuse avec un vocabulaire approximatif. Maintenant que j’ai décuvé, je développe.

Bon, pour commencer, petit retour sur ma vie professionnelle. En octobre, me voilà diplômée de mon master 2 de journalisme avec une mention « assez bien », ce qui me fait chier, j’aurais mérité la mention supérieure mais peu importe. Comme m’ont dit de nombreuses personnes qui bossent dans les RH, les mentions, on s’en tape. Ca ne sert qu’aux universitaires et moi, je suis sortie de ce système donc… Donc je ravale ma fierté et je laisse tomber ma déception. Là, je découvre les affres du chômage et de l’inactivité. Je réponds à plein d’annonces, jamais de réponses ou alors, elles sont négatives. Je passe des entretiens mais ça n’aboutit pas. On me fait des promesses mais ça n’aboutit toujours pas. Fin décembre, je suis au bord de la dépression, je pleure devant Requiem for a dream. Bon, il est bouleversant, ce film, ça aurait été flippant que je pleure devant The Mask ou une autre connerie mais quand même, je suis pas trop du genre à pleurer devant un film. En mars, je suis dans la phase du découragement. Gros coup de blues après avoir trouvé une annonce marquée « spéciale Nina Bartoldi », j’en ai déjà parlé dans l’article sur l’ANPE. Et là, aucune réponse. J’appelle et on me révèle que le poste est déjà pourvu. Là, je me mets à pleurer. Car pour moi, c’est très clair : je suis même pas foutu de décrocher un poste qui correspond EXACTEMENT à mon profil où les débutants étaient acceptés. Donc je m’en sortirai jamais. Et là, le miracle, alléluia ! On me contacte, mon profil intéresse. Je rencontre donc Frédérique et le beau Pierre-Cécil (alias le DRH choupinou) et me voilà en CDD de 3 semaines en temps qu’assistante de communication. Au bout d’une semaine et demi, je repars dans mon flip : « merde, je vais me retrouver au chômage, ça va recommencer ». La veille de mon départ de ce poste, je reçois pas moins de trois propositions de stage sans même avoir cherché. Je réponds à la première annonce qui me paraît emballante. Je réponds le jeudi, je suis en entretien dès le lundi, je débute le jeudi suivant : je les ai charmés en entretien. Normal, je suis la meilleure. Donc me voilà partie en stage jusqu’en septembre, quatre mois de répit. Et comme on dit « jamais deux sans trois », paf, une nouvelle proposition en or qui devrait m’assurer la tranquillité jusqu’en janvier 2007. Et vu le truc, je me fais plus de soucis pour la suite.

Il faut dire que niveau boulot, il n’y avait apparemment que moi qui m’en faisais, tout le monde (mes parents, ma sœur, Gauthier, Alex, Lucie, Anne…) me disait : « mais enfin, tu es super talentueuse, t’inquiète pas ! ». Ben, si, quand même. Finalement, ce sont eux qui avaient raison. Au temps pour moi !

Donc, de cette expérience, je tire une théorie à appliquer à ma vie amoureuse. J’ai galéré pendant six mois pour trouver du boulot mais cette expérience n’a pas été inutile, loin de là. Et j’ai également appris que tout vient à point à qui sait attendre. Je ne dois plus douter de mes capacités, je les ai prouvées moult fois sur le terrain. Pierre-Cecil fut très content de mon travail et les gars de l’asso m’ont couverts d’éloges ce week-end. Comme quoi, ce que je faisais était vraiment bien, que c’était d’un très haut niveau rédactionnel… En fait, je dois passer pour la nana hyper susceptible et sensible, vu qu’ils m’ont dit ça parce qu’ils me faisaient deux, trois remarques sur un article que j’avais fait. Or, c’est normal ! Ce sont quand même les chefs de l’asso, je publie rien sans leurs accords car je ne suis pas en charge de la ligne éditoriale, même si je suis une sacrée force de proposition.

Mais revenons à l’amooooooour. Tout ce que j’ai vécu depuis deux ans, ce n’est pas pour rien. C’est parce que le bonheur se profile peu à peu à l’horizon et que, quand il arrivera, je pourrai pleinement en profiter. Sans pour autant faire preuve de naïveté. Bon, dis comme ça, ça fait très « destin » et compagnie, c’est vrai. Mais bon, du coup, ça me permet d’être détendue à ce sujet, de pas me dire que le temps passe et compagnie. Ca viendra quand ça viendra. De toute façon, j’ai conscience que ça peut pas arriver maintenant parce que mon petit cœur est en réparation (ça prend du temps, pfffff !) et puis, je n’ai pas vraiment le temps de m’en occuper. Puis l’été est plus propice aux aventures qu’à l’amour, à mon sens. Bon, l’histoire me donnera peut-être tort mais là, je me sens pas l’âme amoureuse.

Bon, comme je disais plus haut, cette vision de la vie est un peu trop déterministe, un peu trop « c’est arrivé parce que ça devait arriver ». Effectivement, les choses n’arrivent pas nécessairement par fatalité. J’ai bien conscience que les choses ne tombent pas tout cuit dans le bec et qu’il suffit pas d’attendre pour que ça arrive. Ceci étant, si le boulot n’arrive pas tout seul (enfin, pour le coup, c’est quand même pas mal ce qui m’est arrivé même si j’ai quand même mis mon CV au bon endroit), en amour, même s’il faut se montrer opportuniste, rien ne sert de se montrer forcenée. Evidemment, si j’écume les lieux de rencontre, je vais remplir mon agenda mais bon, faut voir la qualité des relations que ça donne. Je suis du genre à croire qu’en la matière, le hasard fait bien les choses. J’ai prouvé mes qualités amoureuses par le passé, personne ne m’a quittée en disant que j’étais la pire créature qu’il ait rencontrée, bien au contraire. Donc voilà, je suis comme une jolie fleur qui sent bon (oui, je passe ma vie sous la douche en ce moment, ça aide) et quand j’aurai trouvé un bon jardinier, je me laisserai cultiver. Ca vous manquait mes métaphores pourries, hein ?

Donc voilà la nouvelle théorie tirée de mon délirium de samedi. Elle est peut-être fausse mais au fond, on s’en fout. Du moment que ça me permet de pas déprimer sur le sujet, n’est-ce pas là l’essentiel ?

Episode 19

« Quel crétin, ce Bill ! »
Bryan se retourna et vit sa maîtresse dans une robe moulante époustouflante, mettant en valeur sa silhouette irréprochable. Elle s’avança vers lui mais ne prit pas la peine de l’embrasser.
« Qu’est ce qu’il se passe ?
– Tu n’as pas entendu la nouvelle ?
– A propos des fiançailles ? Il faudrait être sourd et aveugle pour ne pas être au courant. En quoi ça fait de lui un crétin ?
– Cette idée est de moi et je n’ai eu qu’à lui faire les yeux doux pour qu’il accepte.
– Je ne vois pas pourquoi tu as voulu organiser cette fête, ce n’est pas vraiment ton genre, les mondanités.
– C’est très simple : les rebelles vont profiter de cette soirée pour faire un coup d’éclat, certainement, et c’est l’occasion rêvée de démasquer leur chef.
– Oceany ?
– Exactement : le soir de ses fiançailles, la pauvre chérie sera découverte et nous l’exécuterons.
– C’est pas un peu sévère ?
– Elle m’a défiée, elle est donc devenue mon ennemie et je ne fais aucun cadeau à mes ennemis. Souviens-toi de ça, Bryan, on ne sait jamais.
– Tu me considères comme un ennemi ?
– Non, pas pour le moment, mais l’ambition a vite fait d’éliminer les bons sentiments. »
Elle se pencha vers lui et l’embrassa fougueusement, puis elle éloigna son visage de quelques millimètres et murmura :
« Trahis-moi et je n’hésiterai pas à faire sauter ta jolie petite gueule ,OK ? »

Chapitre 13

Kirstie observait Oceany qui était en train de trafiquer une arme quand Ethan posa une main sur son épaule, ce qui la fit sursauter.
« Vous êtes au courant, n’est ce pas ?
– Au courant de quoi ?
– Des fiançailles de Mark et d’Oceany qui auront lieu dans deux jours.
– Oui.
– Vous lui avez parlé de ce que vous a fait subir Mark ?
– Non, et vous ?
– Non. Vous devriez le faire.
– Je ne vois pas pourquoi.
– Parce qu’il pourrait la violer, elle aussi et qu’on ne peut pas le laisser faire.
– Si vous l’aimez tant que ça, vous n’avez qu’à lui dire, moi, je n’en ferai rien.
– Pourquoi ?
– Parce que c’est humiliant, d’une part, et aussi parce qu’elle le mérite, au fond.
– Pardon ?
– Son père a tué toute ma famille, ma seule vengeance sera de savoir que sa fille se fait violer par son mari.
– Mais Kirstie…
– J’en ai assez, tout le monde, ici, me dit toujours ce que je dois dire et ce que je dois faire. Mais foutez-moi la paix ! Vous dites que vous vous battez au nom de la liberté, alors commencez par
me laisser agir comme il me plaît. »
Elle partit à l’autre bout de l’entrepôt et n’accorda plus la moindre attention au jeune homme ; Il allait devoir tout avouer à Oceany et il avait peur de sa réaction. Elle semblait assez sauvage
avec lui, il ne savait pas exactement pourquoi. Ca devait avoir un rapport avec le baiser qu’il lui avait donné l’autre soir. Il devait admettre qu’il n’avait pas été particulièrement galant, mais
il en avait eu subitement envie et il ne s’était pas gêné. Comment allait-elle réagir ? Avec de la chance, elle lui serait reconnaissante et…
« Elle a un sacré caractère, hein ? »
Il tourna la tête et vit Mai à ses côtés, qui regardait en direction de Kirstie. A présent, il regrettait de l’avoir traité de salope la première fois qu’il l’avait vue et comprenait pourquoi
Oceany était farouchement antiraciste, elle avait raison : c’était stupide de juger les gens en fonction de leur nationalité.
« Je me demande si elle va épouser notre cause, un jour ? répondit-il.
– Oui, évidemment.
– Vous avez l’air bien sûre de vous.
– J’étais comme elle, au départ, je me demandais pourquoi ces Américains m’avaient sortie de ma cage, je pensais qu’il y avait quelque chose de louche, là-dessous, mais j’ai compris que ce n’était
pas le cas et Kirstie va réagir de la même façon, tôt ou tard, ne vous en faites pas.
– Je voudrais vous demander autre chose.
– Bien sûr, quoi ?
– Voilà, je…j’ai appris quelque chose sur Mark d’assez…inquiétant et je ne sais pas si je dois en parler à Oceany ou pas.
– De quoi s’agit-il ?
– Et bien, Kirstie m’a avoué que…Mark avait abusé d’elle plusieurs fois et j’ai peur qu’il s’en prenne à Oceany.
– Oh Seigneur ! Je ne pense pas qu’Oceany soit réellement menacée, elle fait partie de l’élite et on la croirait si elle se plaignait, ce qui n’était pas le cas avec Kirstie. Mais elle doit quand
même se méfier.
– Je dois donc lui dire.
– Je ne crois pas.
– Mais vous venez de dire qu’elle doit se méfier !
– Si elle le sait, elle risque de changer de comportement vis à vis de lui, ce qui pourrait peut-être lui mettre la puce à l’oreille et on ne doit pas se trahir. Si elle se fait coincer, elle est
morte.
– Et si elle se fait violer, comment elle va réagir, d’après vous ? Elle va sauter de joie dans tous les sens ? Elle est en danger
– Vous exagérez.
– Je ne le pense pas, non. D’ailleurs, j’ai pris ma décision, je vais tout lui dire.
– Vous aviez déjà pris votre décision avant de m’en parler, à quoi ça rime tout ça ? Si vous vouliez mon consentement pour avoir la conscience tranquille, je suis désolée mais vous avez fait fausse
route.
– Je veux la protéger.
– Je ne suis pas certaine que ce soit la vraie raison. Vous voulez juste la séparer de Mark.
– Pas du tout, je veux juste qu’elle sache la vérité ! Quel intérêt j’aurais à la séparer de lui ?
– Posez-vous d’abord la question à vous-même. »
Il la dévisagea, interloqué : qu’est ce qu’elle voulait dire par là ? Il allait rétorquer quand Oceany les rejoignit et il n’osa pas continuer. Il préférait lui parler de tout ça en privé, ça ne
regardait pas les autres. Les deux jeunes femmes parlèrent un instant mais il ne les écouta pas, absorbé par ses pensées : pourquoi Mai-Li pensait-elle qu’il avait un motif différent de celui qu’il
avait invoqué ? Il aimait beaucoup Oceany et il ne voulait pas qu’il lui arrive des bricoles.
« Bon, il est tard, je crois que nous devrions rentrer, Ethan. Je vais voir qui peut nous ramener.
– Et si nous rentrions à pieds ?
– Vous avez envie de vous faire agresser à nouveau ?
– Non, j’ai envie de prendre l’air et on va pas se faire agresser, je le sens. Vous pouvez vous fier à mon sixième sens.
– D’accord, je vous fais confiance, mais je me demande si c’est une bonne idée. Bon, je préviens les autres et on y va. »
Elle se rendit vers un petit groupe de rebelle et discuta un instant avec eux, mais Ethan n’était pas vraiment pressé et il espéra que la conversation allait durer. Il commençait à douter :
devait-il vraiment tout lui dire ? Oui, évidemment, c’était trop grave pour qu’elle ne soit pas au courant. Elle était directement menacée dans cette histoire et il ne voulait surtout pas qu’elle
soit violée alors qu’il avait les moyens d’empêcher ça. Malheureusement pour lui, Oceany ne s’attarda pas et vint le retrouver, souriante. Apparemment, elle allait beaucoup mieux, elle semblait
sûre de vouloir continuer à se battre avec eux.
Ils sortirent du hangar et marchèrent en silence d’un pas alerte. Il cherchait comment lui annoncer ce qu’il savait, mais il avait du mal à démarrer : ce n’était pas une nouvelle anodine, c’était
tout de même très important. Quand ils arrivèrent dans les derniers étages, il ne lui avait toujours rien dit et il commença à paniquer : ils allaient bientôt arriver chez eux et elle allait se
coucher sans savoir. Ils étaient en train de traverser le parc Hart, qui portait le nom d’un des concepteurs de la ville mort avant la fin des travaux, quand il s’arrêta brutalement de marcher.
Oceany se retourna et le regarda, surprise.
« Ca va Ethan ? Qu’est-ce qu’il vous prend ?
– Je…et bien, j’ai quelque chose à vous dire.
– A quel propos ?
– A propos de…de Mark.
– Je vous écoute.
– Kirstie m’a dit que…qu’il avait profité d’elle à de nombreuses reprises, voilà. Je n’ai pas envie qu’il vous arrive la même chose. Ce type est un salopard, vous ne devez pas lui faire
confiance.
– Pourquoi Kirstie ne m’a rien dit ?
– Elle ne voulait pas, parce que vous êtes…
– La fille d’Hank, je sais. Pourquoi vous me dites ça ?
– Pour vous protéger, évidemment.
– Je peux très bien me protéger toute seule et je ne crois pas que Mark soit un violeur. Parce que si c’était le cas, il n’aurait pas été si patient avec moi quand je lui ai dit que je ne voulais
pas coucher avec lui.
– Vous ne me croyez pas ?
– Non, en effet.
– Mais pourquoi je vous mentirais sur Mark je n’ai aucun intérêt dans cette histoire. »
Elle ne lui répondit pas, perdue dans ses pensées. A ce moment-là, l’arrosage automatique démarra commençant à les arroser ; Oceany se mit alors en marche et allait le laisser là quand il lui
attrapa le bras et la força à s’arrêter.
« Bon sang, Ethan, on va être complètement trempés ! Lâchez-moi.
– Vous ne m’avez pas répondu, je veux savoir pourquoi, d’après vous, je cherche à vous séparer de Mark.
– Parce que…parce que…je n’attendais que ça.
– Quoi ?
– Je ne veux pas épouser Mark, mais je n’ose pas me l’avouer parce que je ne veux pas décevoir ma mère, elle est malade et je voulais que quelqu’un me dise que Mark n’était pas pour moi, quelqu’un
qui me comprenait. Pour la première fois depuis longtemps, j’ai l’impression d’être avec quelqu’un qui me ressemble et que…
– Que ?
– Rien. »
Il la regarda, interloqué : qu’est-ce qu’elle voulait dire ? Il se rendait compte qu’il n’arrivait pas à lire en elle, elle ne cessait de souffler le chaud et le froid. Il ne la connaissait pas si
bien que ça, en fin de compte, elle était une inconnue, pour lui, une inconnue qu’il avait soudain très envie de mieux connaître.
« Bon, allons-y maintenant, il est tard.»
Elle fit un pas en avant mais il la retint par le bras et l’attira vers lui avant de l’embrasser tendrement, la serrant fort contre lui. Elle fut tout d’abord surprise par sa réaction et elle se
demanda un temps comment réagir. Mettre fin à ce baiser et lui coller une gifle amplement mérité ou se laisser faire ? Mais ce baiser la faisait frissonner et, pour la première fois, elle oublia
pendant un instant les atrocités de la guerre qui avaient été son quotidien pendant des années, puis l’horreur beaucoup moins flagrante, mais omniprésente de Technopolis.
Elle se mit soudain à frissonner et Ethan s’éloigna légèrement d’elle.
« Ne restons pas ici, nous sommes complètement trempés et nous pourrions attraper froid, malgré la douceur de la température.
– Oui, je crois que c’est mieux.
– Allons chez moi, c’est plus près.
– Je ne sais pas si c’est une bonne idée, je…
– Je proposais d’aller chez moi pour qu’on puisse se sécher.
– Oh ! Dans ce cas, allons-y. »
Il sourit puis partit tranquillement en direction de son appartement. Elle lui emboîta le pas même si elle avait un peu peur. Hormis quelques rares flirts qui n’avaient pas été plus loin que le
baiser, elle n’avait jamais eu d’hommes dans sa vie et si Ethan avait d’autres idées en tête, elle risquait de ne pas être à la hauteur. Car même si elle n’était pas une spécialiste des rapports
homme/femme, elle se doutait qu’un homme ramenait rarement une jeune femme chez lui sans avoir d’arrière-pensées. Et pourtant, elle le suivit.
Ils arrivèrent rapidement à l’appartement du jeune homme, qu’elle connaissait déjà, et pourtant, il lui semblait différent, plus froid, plus menaçant, aussi. Il l’invita à s’asseoir sur le canapé,
tandis qu’il allait chercher deux serviettes dans la salle de bain, ce qu’elle fit sans discuter, de plus en plus mal à l’aise. Pour se calmer un peu elle tenta d’évacuer son stress en triturant un
coussin, mais ça n’eut aucun effet.
« Ca va pas ? lui demanda Ethan en lui tendant une serviette.
– Oh, si…c’est juste que…non, rien. »
Elle commença à passer la serviette dans ses cheveux pour les sécher, ce qui provoqua une brusque montée de désir chez son compagnon, complètement déboussolé par ce qui était en train de lui
arriver. Il n’avait pas réalisé qu’il était tombé amoureux d’elle dès leur première rencontre dans le parc mais il ne savait pas trop ce qu’elle ressentait. Il avait, à présent, une envie folle de
l’embrasser, de la caresser, de la déshabiller… mais elle ne semblait pas très à l’aise. C’était peut-être dû à leur différence d’âge ou au fait qu’il soit déjà fiancé. Mais ce n’étaient que
quelques détails sans importance, il ne fallait pas tout arrêter à cause de ça, il voulait tellement aller plus loin avec elle… Il s’approcha doucement de la jeune femme et lui donna un baiser
langoureux qu’elle lui rendit avec plaisir, mais quand il commença à glisser sa main vers ses fesses, elle le repoussa et quitta le canapé.
« Il est tard, je dois rentrer. Ma mère va s’inquiéter.
– Elle ne sait même pas que tu n’es plus dans ton lit. Tu sors en cachette, souviens-toi.
– Oui, mais…si elle avait besoin de moi ?
– Elle est avec son mari, je te rappelle. C’est quoi, le problème ?
– Il n’y a pas de problème.
– Tu en es sûre ? Tu n’as pas du tout l’air à l’aise, avec moi. C’est à cause de Neve ?
– Non…euh…si ! C’est pas correct de la tromper alors que tu es fiancé avec elle, ce n’est pas correct du tout.
– Pourquoi j’ai l’impression que tu me mens ?
– Parce que…écoute, Ethan, j’ai peur, voilà.
– Peur ? Mais il ne faut pas, l’amour, c’est ce qu’il y a de plus beau, laisse-toi aller pour une fois, tu ne peux pas avoir le contrôle sur tout. Etre amoureux, c’est la plus belle chose qui
puisse arriver à une personne, il ne faut pas en avoir peur.
– Je n’ai pas peur d’être amoureuse, j’ai peur de…de l’acte en lui-même.
– Pardon ?
– Je…je suis encore vierge, voilà !
– Oh ! »
Il s’était attendu à tout sauf à ça, mais à bien y réfléchir, ce n’était pas si étonnant. Elle n’avait jamais dû avoir beaucoup de temps pour avoir une vraie relation avec un homme, et puis elle
était quand même assez jeune, plus que lui, mais curieusement, cette nouvelle donnée ne changea absolument rien. Il la désirait toujours et peut-être même plus qu’avant. Elle lui avait fait
découvrir beaucoup de choses depuis qu’il la connaissait, elle lui avait fait voir le monde différemment et il voulait lui faire connaître de nouvelles expériences à son tour. Il se leva, se
rapprocha d’elle et lui caressa la joue.
« Ce n’est pas un problème.
– Pour toi, non, mais pour moi, ça en est un, je ne sais pas…
– Chut. Ne t’inquiète pas, je vais te faire découvrir de nouvelles sensations, n’aies pas peur. Ca n’a jamais tué personne.
– Je crois que…
– Chut. »
Il l’embrassa furtivement sur les lèvres, puis lui prit la main pour l’entraîner vers sa chambre. Il s’assit sur le lit et attira Oceany vers lui. Elle s’assit prudemment sur le bout du lit,
toujours aussi mal à l’aise, mais il déploya des trésors de douceur et de tendresse pour la décoincer et elle fut plus réceptive que ce qu’il avait cru, répondant à chacun de ses baisers et de ses
caresses. Elle commença à oublier sa crainte. Elle ressentait une étrange chaleur dans son ventre, son souffle se faisait de plus en plus court. Elle ne protesta pas quand il fit glisser sa
fermeture éclair et qu’il lui enleva doucement sa combinaison, ce qui lui permit de découvrir sa peau, incroyablement blanche et douce. Ses doigts parcourirent lentement son corps, la faisant
frémir de plus en plus. Désormais, elle n’avait plus peur, bien au contraire. Elle crevait d’envie d’aller plus loin.

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Extravaganza ! (On a survécut)

La faute dans le titre est volontaire, ne panique pas, lecteur, je n’ai pas perdu ma grammaire durant le week-end. Juste référence à un vieux texto de Gaugau du réveillon !

 

Samedi, c’était donc la gay pride, rendez-vous est pris à 13h sur le boulevard Montmartre. 13h15, Nina et Gaugau sont dans la place ! Oui, on aurait pu être à l’heure si le
métro n’avait pas décidé de se traîner horriblement. Bon, alors, aucun de nous n’avait mangé mais c’est pas grave, on se dit qu’à 17h, on serait arrivés à Bastille donc on mangerait à ce moment-là. Oui, nous sommes naïfs, on assume. 14h, on nous invite à monter dans le char, on se met tout doucement dans l’ambiance en remuant un peu, on regarde les autres chars qui passent devant nous, on fait coucou, on joue avec nos sifflets. On commence aussi un peu à s’intoxiquer avec les émanations du groupe électrogène qui marche au diesel mais on assume, c’est pas grave.

 15h, la pression monte. 16h, notre char part enfin et on découvre notre nouveau défi : danser sur le char SANS se casser la figure à chaque arrêt puis au redémarrage. Ce ne

fut pas facile mais personne ne fut blessé. Là, on est survoltés, on danse, on crie. Pour l’occasion, j’avais ma tenue « gay pride » : menottes en foufoune rose au poignet, ma cravache qui n’a jamais fouetté autant de cul durant sa brève carrière. Y avait même des gens qui m’interpellaient dans la foule pour que je fasse semblant de les cravacher… Puis après, avec Gaugau, on a récupéré des chapeaux roses à paillettes, là, c’était parfait !

 Donc on danse, on se sert des sifflets roses qu’on nous a donnés, on distribue des flyers qu’on nous a refilé et, de temps en temps, on file des cadeaux à la foule. C’est hyper

impressionnant, ça. Dès qu’ils voyaient qu’on avait un T-shirt dans la main, ils criaient, nous suppliaient et quand on le lançait dans la foule, ils se jetaient dessus comme des hyènes. Par contre, les flyers, j’ai eu plus de mal à les refiler, les seuls qui prenaient les miens, au départ, c’étaient des nanas. Vu qu’on défilait sur le char d’une boîte gay, c’est pas vraiment le public ciblé…Après, je me suis amusée à accrocher les flyers sur ma cravache et ça a super bien marché, je les ai écoulés super vite.

Bon, je vais pas tout raconter en détail. En gros : vers 17 ou 18h, plus rien à boire, on est arrivés vers 20h à Bastille donc j’ai sucé des glaçons sur la fin. De temps en
temps, on plongeait aussi les mains dans l’eau des glaçons en train de fondre pour l’asperger sur la foule reconnaissante. A part ça, des tas de gens nous ont pris en photo. De voir tous ces gens qui nous acclament, qui nous interpellent, qui dansent avec nous et donc, nous photographient, je me suis sentie complètement star. Je dois avouer que traverser Paris ainsi, c’est une expérience que j’ai adorée.

Parlons à présent de la foule. Nous étions assez loin dans le cortège, pas derniers mais pas loin donc nous, on a évité les politiques, c’est pas plus mal. Dans la foule, il y avait de tout. Des gays, des lesbiennes, des hétéros, des jeunes, des vieux, des enfants avec leurs parents. Franchement, je trouve ça bien que des parents amènent leurs enfants là car outre le côté festif et bon enfant, c’est bien d’apprendre aux enfants que deux personnes du même sexe qui s’embrassent, c’est normal. J’ai vu des gens qui s’aimaient. Franchement, peu importe la configuration du couple, quand on voit les gens heureux, c’est bon pour le moral. Hé oui, les gays et lesbiennes s’aiment comme un couple hétéro, ça ne change vraiment rien. Il y avait aussi des drag queens mais eux, je les déteste, ils sont trop bien foutus, c’est pas juste pour nous les femmes, qui devons lutter ardemment contre cette foutue cellulite. Ma prof de bio disait : « lutter contre sa cellulite, c’est refuser sa féminité ». Oui mais quand je vois ces petits culs fermes délicieusement moulés par des robes sublimes, ben je suis quand même jalouse. En plus, elles ont de ces tenues excellentes ! On avait une drag queen avec nous, elle était vraiment superbe et a été mitraillée par pas mal de gens. Vraiment, le mec qui a joué le rôle a vraiment assuré, il était tout simplement parfait.

Mais au fond, ce que j’ai trouvé magique, samedi, c’est que tout le monde était heureux. Les gens étaient super souriants et manifestement heureux d’être là, des gens nous
saluaient des fenêtres et vraiment pas des plus jeunes. A un moment, y avait même deux femmes d’une bonne soixantaine d’années qui dansaient sur leur rebord de fenêtre au rez-de-chaussée, on peut dire qu’elles ont eu du succès ! C’est vraiment particulier, cette communion. Je n’ai vu que des visages souriants. C’était vraiment la fête.

Certains taxent la gaypride de prosélytisme, que ça donne une mauvaise image des gays et lesbiennes. Ca se discute, effectivement, mais je crois qu’il serait faux de prendre la
gaypride comme une gigantesque provocation mais plutôt comme une façon festive de revendiquer une reconnaissance par la société. Avec larouquine, qu’on a croisée dans la foule, on en a reparlé samedi soir et on a regretté la tentative de récupération de la manifestation par les politiques qui défilent fièrement en tête de cortège. Bon, outre le fait qu’ils sont un peu ridicules au milieu de gens qui font la fête, c’est terriblement démagogique. Il faut savoir que la gaypride existe depuis 1982, nos amis les politiques y participent depuis au moins 5 ans. Tout ça pour quoi ? La question homosexuelle ne passe même pas les portes de l’Assemblée, quelle hypocrisie ! Le PS inscrit dans son projet de société de légaliser le mariage homo mais ce projet n’est pas un programme, déjà. Quant aux programmes, les politiques, on sait ce qu’ils en font… Nous avons quand même Ségolène Royal qui était résolument contre il y a peu et qui tout à coup, se déclare favorable et se fait même interviewer par Têtu. Quelle retournement de veste ! Championne du monde, la demoiselle.

Bref, je crois qu’il faut prendre la gaypride pour ce qu’elle est : une grande fête qui permet de rappeler que les gays et lesbiennes existent et qu’ils revendiquent des droits fondamentaux. C’est aussi un événement où, pour une fois, personne ne regarde son voisin d’un sale œil. Ca change.

Demain, pour rester dans la thématique, je parlerai du mariage homo et de l’adoption.

Episode 18

Chapitre 12

 

            Oceany s’étira longuement et plongea le nez dans son bol de céréales. Elle
n’avait vraiment pas faim, sans doute parce qu’elle repensait encore à ce que lui avait dit Kirstie hier ; Combien de gens pensaient, à tort, que tout était arrivé à cause de son père, alors
que, au contraire, c’était grâce à lui qu’ils étaient encore là ? Elle ne supportait pas l’idée qu’on ait pu porter atteinte à la mémoire de son père et pourtant, elle devait bien se rendre
compte que c’était déjà fait.

Alyson et Nicholas arrivèrent, un immense sourire sur le visage et elle comprit immédiatement qu’ils venaient d’apprendre une fantastique nouvelle, même elle ne
savait pas de quoi il s’agissait.

« Ma chérie, Bill Oxford en personne vient de nous appeler.

– Ouah, quel honneur ! fit-elle, ironique.

– Il va donner une fête somptueuse pour tes fiançailles avec Mark.

– Quoi ? Mais…vous ne trouvez pas que je suis un peu trop jeune pour me fiancer ?

– Mais non, pas du tout. De toute façon, tu te marieras avec Mark tôt ou tard, alors pourquoi attendre ? La fête aura lieu mercredi prochain.

– Quoi ? Et j’ai pas mon mot à dire, là-dedans ? De toute façon, mercredi, j’ai déjà quelque chose de prévu, désolée, je ne pourrai pas venir à mes
propres fiançailles.

– Quoi que tu aies prévu, ce sera probablement annulé. Tout Technopolis est invité !

– Même les exclus ?

– Ne dis pas sottises, voyons.

– Alors, ne dites pas que tout Technopolis est invité, mais parlez de l’élite, ce sera plus correct.

– Oceany, je croyais que tu étais d’accord pour te fiancer avec Mark, remarqua Nicholas, visiblement ennuyé par la réaction de sa belle-fille.

– Oui, je l’étais et je le suis toujours, mais je trouve que les choses vont trop vite, ça me…ça me fait peur. Et puis, on ne m’a jamais demandé mon avis dans cette
histoire, alors que c’est ma vie, quand même. On ne m’a pas dit : Mark Oxford voudrait se fiancer avec toi, est-ce que tu es d’accord, mais : tu vas te fiancer avec Mark, que tu sois
d’accord ou non.

– Ecoute, ma chérie, je…Nicholas, tu peux nous laisser ? Je crois que nous avons besoin d’avoir une discussion mère-fille. »

Il haussa les épaules et quitta la pièce. Apparemment, ces fiançailles étaient très importantes et ils devaient à tout prix convaincre la jeune fille d’accepter
cette fête. Alyson s’installa sur le fauteuil à côté de sa fille et lui prit les mains.

« Ecoute, ma chérie, je sais que tout ça t’a été imposé, mais il faut que tu comprennes que Mark est le meilleur parti de la ville et qu’il t’a fait l’honneur
de te choisir. Beaucoup de filles se damneraient pour avoir la même chance que toi.

– C’est justement ça, le problème. Je dois me marier avec lui parce que c’est un bon parti, et non pas parce que je l’aime, je ne trouve pas ça normal.

– L’amour n’est pas forcément une bonne chose, ma chérie. Parfois, il vaut mieux faire des mariages de raison, tu sais.

– Tu délires, enfin !

– Tu as déjà été amoureuse, Oceany ?

– En quel temps ? J’ai vécu quasiment toute ma vie en temps de guerre, ce n’est pas particulièrement propice aux rencontres amoureuses, quoi qu’on en
dise.

– Donc, tu ne sais pas ce qu’est l’amour. Moi, je le sais et ce n’est pas aussi merveilleux que ce qu’on dit. L’amour, ça peut te rendre heureuse, c’est certain.
Mais ça fait très mal, aussi, des fois. Ton père…j’aimais ton père, j’étais prête à tout pour lui, mais j’ai énormément souffert avec lui, il était si…égoïste ! Tu ne peux pas t’imaginer à
quel point. Lui ne m’a jamais aimé, il me considérait comme une maîtresse, d’abord, puis comme la mère de ses enfants. Mais il n’y avait pas d’amour, tu comprends ? Ton père n’aimait que
lui, en fin de compte.

– Tu as tort, il nous aimait, tous les trois.

– Enfin, Oceany, il n’a même pas connu Oliver, ou presque ! Il avait deux mois quand son père est mort. Quant à moi, il me considérait plus comme un fardeau
qu’autre chose, mais toi…je pense que tu étais la seule personne digne d’intérêt, à ses yeux. Enfin, tout ça pour dire que ce mariage arrangé est une bonne chose pour toi.

– Comment puis-je en être certaine ? Je n’ai jamais été amoureuse et je ne peux pas me rendre compte des méfaits de l’amour. Et puis, toi, tu es peut-être mal
tombée, mais je pourrais avoir plus de chances, moi.

– Peut-être, mais…je ne vais pas très bien, tu sais, j’ai l’impression…que c’est un peu le fouillis, là-dedans, expliqua-t-elle en montrant son crâne, et je veux
être sûre que tu n’auras besoin de rien quand je…enfin, si je devais partir pour me soigner.

– Quoi ? Mais qu’est ce que tu as ?

– Je ne sais pas, je crois que je suis en train de devenir folle. J’ai pas mal d’idées contradictoires dans la tête et je ne sais plus où j’en suis. Je veux
m’assurer que mes deux enfants puissent se débrouiller sans moi.  Tu comprends pourquoi ce mariage me tient tant à cœur : Mark est un si gentil garçon. Il peut te
rendre heureuse, je le sais et je ne me sentirai rassurée que quand vous vous serez mariés.

– Maman, je…

– Oh, ma chérie, je t’aime tellement. »

Alyson prit sa fille dans ses bras et la serra très fort, tandis qu’Oceany essayait de mettre de l’ordre dans ses idées. Sa mère était malade ? Ca expliquait
peut-être son comportement étrange depuis quelques temps. Elle n’avait peut-être plus envie de perdre du temps à pester contre cette ville, elle avait dû comprendre qu’il ne lui restait plus
beaucoup de temps et elle devait profiter au maximum des plaisirs de la vie.

Après avoir étreint sa fille, elle se leva, écrasa une larme qui brillait au coin de l’œil et partit sans rien ajouter, laissant sa fille seule, en proie à ses
doutes. Pour la première fois, elle se demanda si c’était une bonne idée de détruire cette ville. Si ses amis et elle arrivaient à leur fin, tous ceux qui seront encore là devraient vivre au
milieu de la nature et renoncer au confort moderne. Mais si sa mère était malade, qui la soignerait ? Il n’y aurait plus d’hôpitaux et ceux qui avaient été autrefois médecins, avant et
pendant la guerre, avaient peut-être oublié certaines choses. Dans ce cas, détruire Technopolis reviendrait à sacrifier sa mère et elle ne pouvait pas accepter cette idée. Si elle devait sauver
deux personnes dans cette ville, ce serait Oliver et Alyson sans l’ombre d’une hésitation. Mais ils comptaient tous sur elle, en bas, elle ne pouvait pas les délaisser, elle s’était
engagée…

Elle soupira et se prit la tête entre les mains. Elle n’avait jamais été face à un si cruel dilemme.

—–

            Maria écrasa sa cigarette dans le cendrier et avala une gorgée de café en
grimaçant. Il était infect, mais au moins, Juan ne viendrait pas la harceler dans ce bar. Elle lui avait clairement expliqué qu’elle ne voulait plus jamais le voir, sauf s’il arrêtait d’obéir
aveuglément à cette petite garce d’Oceany, mais elle savait que ça n’arriverait jamais. Il était amoureux d’elle, ne jurait que par elle et l’adorait comme une véritable déesse. Quel
crétin ! Il irait jusqu’à lécher les bottes d’Oxford, si elle le lui demandait ; il lui obéissait sans même réfléchir, mais elle n’avait pas été dupe. Oceany n’avait jamais été de leur
côté, elle était en fait la pire des élitaires, mais elle voulait les avoir sous contrôle pour éviter toute révolte, mais elle avait échoué.

« Mondanité : notre maire bien aimé a annoncé les fiançailles de son fils Mark avec Oceany Antelwort Geller. A cette occasion, une immense fête sera
donnée à la salle de réception vendredi soir avec, au programme, le célèbre ballet Le lac des cygnes qui sera suivi d’un grand Bal masqué, chaque convive étant invité à venir costumé. M
Oxford… »

Maria n’écouta pas la suite et se précipita hors du bar. Elle avait quatre jours pour tout mettre en place. Oxford lui avait donné la plus belle occasion de le
supprimer, ainsi que tous ces élitaires et, en particulier, cette garce d’Oceany. Puis toute la ville suivrait :  elle ferait d’abord exploser la salle de
réception, puis les quatre piliers, ce serait la fin de Technopolis, l’heure du jugement dernier. Les exclus aurait de bonnes chances de survivre : la bulle en verre détruirait d’abord les
plus hauts étages, ce qui la ralentirait sûrement, permettant aux plus misérables d’être sauvés. Et s’ils mourraient ? Chaque combat appelait des sacrifices, ils perdraient la vie pour une
noble cause.

—–

            Ethan resta un instant sur son canapé, les yeux clos, afin de remettre de
l’ordre dans sa tête. Ces fiançailles n’étaient peut-être pas une bonne chose. D’une part, Oceany risquait de perdre son envie de se battre, mais surtout, il devait lui avouer ce qu’il savait sur
Mark avant qu’il ne soit trop tard : qu’est-ce qu’il lui prouvait que le futur fiancé serait plus délicat avec sa promise ?  Une fois mariés, il ne se gênerait peut-être pas pour
la forcer à faire l’amour avec lui, comme il l’avait fait avec Kirstie.

« Tout est parfait ! s’exclama Neve qui était assise à côté de lui.

– Qu’est ce qu’il t’arrive ?

– Tout se passe comme nous l’avions prévu : ces deux-là vont se marier et nous allons marier notre fils à leur fille.

– Quel fils ? Quelle fille ? Ces enfants n’existent pas ! Et si nous avons chacun des filles, qu’est ce qu’on fait ? Un mariage de
lesbiennes ?

– Ce que tu peux être vulgaire ! Ce que j’aimerais être à la place d’Oceany, épouser un jeune homme séduisant, galant, raffiné, au lieu d’un pauvre idiot comme
toi.

– Si tu veux rompre les fiançailles, te gêne pas pour moi, ça me fera très plaisir. Tu sais très bien que si j’avais eu le choix, ce n’est pas avec toi que je me
serais fiancé.

– Oh, vraiment ? Et qui tu aurais choisi ?

– Je ne sais pas…pourquoi pas Oceany, justement ? Je m’entends très bien avec elle et elle n’est pas superficielle comme toi.

– Toi et Oceany Antelwort Geller ? Mon pauvre Ethan, elle beaucoup trop bien pour toi, laisse tomber.

– Si tu allais t’acheter une tenue pour ce bal, ça me fera des vacances.

– Je ferais n’importe quoi pour ne pas supporter ta présence plus longtemps. »

Elle se leva brusquement et partit sans prendre le soin de refermer la porte. Depuis qu’il était revenu, elle s’était montrée particulièrement odieuse avec lui.
Peut-être avait-elle entendu dire qu’il était avec une maîtresse, mais il s’en moquait, au fond, il avait d’autres soucis en tête. Mais il était en colère contre elle, parce qu’elle l’avait
vexée, quand elle avait dit qu’il ne pourrait jamais prétendre à avoir Oceany. Ce n’était pas vrai : ils étaient semblables, le même caractère, les mêmes ambitions et…et puis elle était si
jolie que…

« Ethan, tu as de la visite. »

Il regarda sa mère qui avait été aux petits soins avec lui depuis qu’il était revenu chez lui et il lui en était reconnaissant. Ce n’était pas une sinécure d’être
un rebelle, il fallait toujours faire attention à tout et se battre à longueur de temps.

Il se leva et se rendit dans l’entrée où il trouva Oceany, visiblement inquiète. Il la conduisit dans sa chambre pour éviter d’être dérangés et attendit qu’elle lui
explique la raison de sa visite.

« Je suis un peu perdue, commença-t-elle, je ne sais plus trop où j’en suis.

– Ca a un rapport avec vos fiançailles avec Mark ?

– Hein ? Oh non, ça, c’est juste contrariant, je ne pensais pas devoir me fiancer si tôt, mais…ma mère est malade.

– Qu’a-t-elle ?

– Je ne sais pas exactement, mais ça a un rapport avec sa…avec son mental. Elle perd un peu les pédales, à ce qu’elle m’a dit et je me demande…si elle a besoin de
soins, comment fera-t-elle si nous détruisons tout ? Il n’y a plus de médecins humains, qui pourra la soigner ?

– Oui, je comprends.

– Je ne suis pas certaine de pouvoir sacrifier ma mère ainsi, c’est la personne que j’aime le plus au monde avec mon frère. Si elle devait mourir à cause de moi, je
ne m’en remettrais pas.

– Vous voulez abandonner la lutte ?

– Je n’en sais rien, c’est pour ça que je suis ici. Vous pouvez me conseiller, vous êtes le mieux placé pour ça.

– Moi ?

– Vous aimez votre mère autant que moi, j’aime la mienne et vous connaissez mes activités au sein des rebelles. Je ne vois vraiment pas avec qui je pourrais en
parler à part vous.

– Ah, vu sous cet angle…je crois que vous devriez continuer. D’une part parce que votre mère ne pourra jamais être heureuse ici et d’autre part, personne ne sait ce
qu’elle a exactement. Ce n’est peut-être pas grave.

– Ma mère n’est pas du genre à exagérer.

– Peut-être son problème vient-il de…d’une dépression ou quelque chose du même genre. Vous savez, c’est très compliqué, la psychologie, la plupart de nos petits
problèmes de santé ont des origines pathologiques.

– D’accord, mais si elle était vraiment malade ?

– Ecoutez, Oceany, je ne peux pas décider pour vous, mais voici ce que je pense. Si ma mère avait de graves problèmes comme la vôtre, je voudrais qu’elle quitte
cette prison dorée pour finir ses jours libres, auprès de la mer, par exemple. Seulement, ce que je pense, moi, ne doit pas vous influencer. Vous êtes adulte, vous devez chercher la réponse en
vous-même.

– Oui, sans doute.

– Je voulais vous parler de vos fiançailles et de…

– Ethan, qu’est ce que je vais faire ?  »

Elle s’assit sur le lit et se mit à sangloter, ce qui le coupa dans son élan. Ce n’était vraiment pas le bon moment pour lui annoncer que son futur fiancé était un
salopard. Il s’installa à côté d’elle et passa son bras autour de ses épaules, ce qu’elle sembla apprécier puisqu’elle s’appuya sur son torse et continua à pleurer. C’était étrange de la voir
ainsi, il l’avait toujours considérée comme une femme forte ayant une totale maîtrise de ses sentiments, mais là, il découvrait sa fragilité. Il voyait enfin le visage de la petite fille brisée
par la guerre qu’elle avait réussi à cacher jusque là.

« Ca va aller, ne vous inquiétez pas, je sui sûr que tout va s’arranger.

– Vraiment ?

– Mais bien sûr ! S’il existe un Dieu, là-haut, il voit tous les efforts que vous faites pour rendre à ses créatures leur liberté et il ne peut pas être
insensible à ça.

– Je ne suis pas croyante. De toute façon, comment peut-on l’être quand on naît en temps de guerre ?  »

Il ne répondit pas. Il oubliait souvent qu’elle était plus jeune que lui et qu’elle n’avait pas connu la vie d’avant, quand les hommes avaient des problèmes
d’argent, trimaient au boulot mais étaient libres d’aller où ils voulaient…cette société là avaient beaucoup de défauts, mais Technopolis aussi. Personne n’avait encore trouvé la solution miracle
et il se demandait si, un jour, les hommes pourraient vivre heureux ensemble, sans s’écraser les uns les autres.

Elle sécha ses larmes et s’éloigna un peu de lui, à regrets, certes, car il sentait très bon et qu’elle avait eu un sentiment de sécurité dans ses bras. Mais elle
ne devait pas trop s’attacher à lui. Elle avait déjà assez de soucis, il ne valait mieux pas en rajouter.

« Je…euh…je suis désolée.

– Pourquoi ?

– D’avoir pleuré comme ça, je vous ai mis mal à l’aise, ce n’était pas très malin de ma part, excusez-moi.

– Vous avez bien fait, au contraire. Ca ne sert à rien de tout garder pour soi, il fallait que ça sorte et ça vous fait du bien, non ? Vous n’êtes pas
surhumaine, Oceany, acceptez vos faiblesses.

– Je n’ai pas le temps d’avoir des faiblesses.

– C’est ridicule : vous devriez être plus indulgente avec vous-même. Vous n’irez pas bien loin, sinon. Regardez-moi. »

Il lui prit le menton et la força à le regarder, ce qui lui déplut fortement. Il prenait vraiment trop de libertés avec elle, alors qu’ils ne se connaissaient que
depuis si peu de temps, pour qui se prenait-il ?

« J’ai confiance en vous. Juan, Myo, Mai, Kirstie…ils ont tous confiance en vous, et ils vous aiment. Ils ne vous en voudront pas si vous vous laissez aller de
temps en temps, si vous vous conduisez comme un être humain normal. Parce que c’est ce que vous êtes et c’est ce qu’ils aiment en vous.

– Et vous ?

– Moi, je suis comme eux, je suis charmé. »

Il rapprocha imperceptiblement son visage, mais elle se releva rapidement et se posa à l’autre bout de la chambre. Est-ce qu’il n’avait pas cherché à
l’embrasser ? Peut-être se faisait-elle des idées, peut-être prenait-elle ses désirs pour la réalité ? Mais non, elle ne le désirait pas, ce n’était qu’un homme comme les autres et elle
n’avait pas le temps de tomber amoureuse, pour le moment. Trop de gens comptaient sur elle.

« Merci de m’avoir écoutée, Ethan, mais je dois m’en aller.

– A ce soir, alors.

– Ce soir ?

– Oui, avec les autres.

– Oh oui ! C’est ça, à ce soir. »

Elle était très mal à l’aise face à lui, ce qui ne lui était jamais arrivé. Elle avait toujours eu de l’aplomb et du caractère, personne n’avait réussi à la
déstabiliser. Et il avait suffi à Ethan de poser sur elle ses grands yeux bleus et de lui sourire. Ce qui l’énervait au plus haut point, car elle avait horreur de ne pas être totalement maîtresse
d’elle-même.

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Les joies de l’’ANPE

En France, quand on est chômeur (ce qui est officiellement mon statut, pour l’heure), on dépend de deux institutions : les Assedics et l’ANPE. Pour le premier, pas de soucis, je remplis une déclaration tous les mois pour dire où j’en suis. Enfin, si, là, j’ai un souci : ils me demandent mes contrats pour mon CDD et mon stage et je n’ai pas ce dernier, la préfecture traînant les pieds pour nous envoyer un papier célébrant l’existence juridique de l’asso. Donc j’ai pas de contrat. Et ça pose aussi problème pour l’ANPE.

 anpe

L’ANPE est une institution administrative dans sa plus pure horreur, à mon sens. Système lourd et mal organisé, une poule n’y retrouverait pas ses petits. Même si j’ai le même numéro pour les assedics et l’ANPE, faut faire toutes les démarches en double car il n’y a aucune communication entre eux et c’est parfois assez pénible. D’ailleurs, au début, je me suis faite avoir, je n’ai pas fait de déclarations assedics vu que je venais d’avoir un rendez-vous à l’ANPE mais, ça, ça se voit pas sur mon dossier donc j’ai failli être radiée mais un petit coup de fil et c’était réglé.

L’ANPE, c’est quoi ? Pour moi, pas grand-chose : les annonces pour les journalistes sont plus qu’anecdotiques. La seule annonce que j’ai trouvée n’était qu’un leurre. Je m’explique : le boulot, il était fait pour moi, on demandait quelqu’un qui avait fait histoire ou géographie, économie, sciences po et journalisme. J’en ai quand même trois dans la liste et, en plus, les débutants étaient acceptés donc, forcément, débordante d’espoir, je postule. L’annonce est datée du lundi, je postule le mardi. Le jeudi, j’appelle :

« Vous avez reçu ma candidature ?
– Les postes sont déjà pourvus.
– Mais l’annonce date de lundi…
– Oui mais les postes sont déjà pourvus ».

Dingue, en trois jours, ils ont eu le temps d’étudier les CV, de faire passer les entretiens ? Faudrait voir à pas se foutre de moi non plus. Plusieurs personnes m’ont expliqué qu’en cas de recrutement, les entreprises sont obligées de faire paraître une annonce mais, dans les faits, les postes sont déjà pourvus. J’ai écrit à la DRH de l’entreprise en question pour qu’elle m’explique pourquoi je n’ai pas été retenue, je n’ai jamais eu de réponses.

Malgré tout, je dois aller tous les mois faire mon entretien de suivi. Premier rendez-vous, la bonne femme rentre mes renseignements et me donne un nouveau rendez-vous avec un autre conseiller qui suivra mon dossier. Déjà, j’ai de la chance, je dépends de l’agence qui est à 10 minutes à pieds de chez moi, c’est ça de gagné. J’apprends aussi que l’ANPE ne conventionne pas les stages, alors que je viens d’en trouver un. Enfin, si, elle conventionne les stages : « si y a un CDD d’au moins 6 mois à la clé. » Quelle blague ! Si l’entreprise veut embaucher, elle prend la personne direct en CDD. Sinon, elle récupère les stagiaires parmi les étudiants. Or, en journalisme, les stages sont toujours très utiles, ils permettent au pire de se faire des relations, au mieux de décrocher un boulot dans la rédaction en question (CDD ou, au moins, des piges).

Deuxième rendez-vous, presque deux mois plus tard (oui, le suivi mensuel est une chose curieuse), je tombe sur une bonne femme qui rentre à nouveau mes infos. Ce sont toujours les mêmes mais c’est pas grave. Et là, l’entretien est assez édifiant : « Comment on trouve du boulot dans le journalisme ? » me demande-t-elle. Hum, ne suis-je pas censée être là justement pour que tu me l’expliques ? Bon, elle décide de se décharger de mon cas puisqu’elle m’invite à aller à l’APEC jeunes diplômés juste à côté de chez moi. Bon, elle a pris le temps de bien m’expliquer où c’était. Je la retrouverais les yeux fermés ! Pour le reste, pas la peine de demander quoi que ce soit. Je tente un « et pour les stages, y a pas moyen ? », réponse : « allez à l’APEC, ils vous répondront. On se revoit le 02 mai. ». Tout ça pour ça, c’est une blague ?

La semaine juste après, j’apprends donc que je suis convoquée à un entretien pour un stage, qui deviendra finalement un CDD. Or mon contrat se termine le 05, mon rendez-vous est le 02 et j’avoue que j’oublie totalement d’appeler l’ANPE pour les informer que je ne viendrai pas. Bon, je me dis que je vais attendre qu’il m’envoie une lettre pour me demander de justifier mon absence, ça m’évitera d’appeler pour que je demande à qui je dois adresser la photocopie de mon contrat. Oui parce que l’ANPE, quand on les appelle, on ne tombe jamais sur la bonne personne et ils peuvent jamais trop vous répondre.

16 juin, toujours aucune nouvelle de l’ANPE, je ne suis pas radiée puisque je peux faire mes déclarations assedic sans soucis et comme je suis en stage, je ne cherche pas à les relancer. On verra en septembre. C’est quand même extrêmement facile de passer à travers les mailles du filet, je l’ai fait sans même le faire exprès. Or, ce 16 juin, rebondissement : une lettre. Aucun indice de son contenu, pas de sigle sur l’enveloppe et j’ouvre.

« Mademoiselle, vous êtes inscrites depuis le … , merci de vous présenter à l’agence de Plume sur Berges le 28 juin à 11h ». Hein, quoi ? Je ne vois marqué nulle part de qui est émis ce courrier mais la présence de mon identifiant ANPE me fait penser que ce doit être eux. Sauf que je n’habite pas à Plume sur Berges et ne dépends donc pas d’eux. Pensant que c’est une erreur, j’appelle :

« Oui, bonjour, Mlle Bartoldi, je vous appelle car je viens de recevoir ce courrier et je ne comprends pas pourquoi je suis convoquée chez vous puisque je dépends de l’agence de St Ange les bains [j’adore inventer des noms de bleds à la con].

– Ah mais vous dépendez de notre agence, maintenant, on a réunis les chômeurs par code ROM. C’est depuis le mois d’avril.

– Ok. Mais moi, je suis en stage, là, j’ai pas encore le contrat…

– Oui ben il faut venir quand même. »

Bon, petit résumé de ma vie professionnelle : je suis en stage jusqu’en septembre et j’ai un autre job qui m’attend juste après et qui m’amènera doucement jusqu’en 2007. Donc, concrètement, je vais devoir perdre une matinée à aller à l’ANPE de Plume sur Berges voir un conseiller qui ne connaît absolument pas mon dossier, tout ça pour lui dire qu’ils peuvent m’oublier jusqu’en janvier, au moins. De toute façon, selon la nature de mon prochain contrat, je sais même pas si je devrais encore pointer au chômage ou pas.

L’autre jour, je lisais un article sur la fin du monopole de l’ANPE sur les contrats longue durée puisque les cabinets de recrutement envahissent le marché, les agences interim ne proposent plus que de l’interim. D’ailleurs, j’ai eu recours aux deux, aussi. Bref, les journalistes avaient interviewé des gens en recherche d’emploi qui critiquaient l’ANPE : « là-bas, nous ne sommes que des numéros ! ». J’ai pu expérimenter et c’est carrément vrai. En six mois, j’aurais eu trois conseillers dont deux qui étaient incapables de me dire quoi que ce soit sur mon métier et, visiblement, s’en foutaient. Mon dossier a dû être perdu quelques temps, le rendez-vous du 2 mai, j’ai bien fait de pas y aller, il devait être complètement fictif puisque quand j’ai appelé l’ANPE de Plume sur Berges, la nana m’a parlé de mon dernier rendez-vous de fin mars mais aucune trace de celui de mai. Super… Bon, moi, j’avoue que je m’en fous un peu, je sais très bien que dans le journalisme, c’est pas les annonces ANPE qui m’aideront à me sortir du chômage, rien ne vaut le réseau et les candidatures spontanées. Mais je pense aux gens un peu paumés, un peu assistés… Ben, ceux-là, ils doivent vraiment désespérer et se sentir vraiment seuls. Finalement, pour se sortir du chômage, faut vraiment ne compter que sur soi.