Réminiscence des désirs passés

L’autre jour, je m’octroyais une petite sieste digestive avant de reprendre le boulot. Oui, il faut bien recharger les batteries pour être efficace et vu la chaleur ambiante, il faut bien. Bref, alors que je somnolais, je laisse mes pensées divaguer, ce qui donne parfois de drôles de résultats. A un moment, mon cerveau en surchauffe me propose un scénario étrange : je recevais un mail d’un mec qui me fit craquer dans le temps (mais avec qui il ne s’est jamais rien passé) qui me parlait d’une soirée qu’on avait passé ensemble, genre : « ces derniers temps, j’ai beaucoup pensé à cette soirée, blablabla ». Je sors de mon demi-sommeil et je fronce les sourcils : pourquoi je pense à ça, tout à coup ?

Dans ma vie, j’en ai croisé des hommes qui m’ont fait craquer sans que je puisse conclure, à l’arrivée. Soit parce que l’un de nous était en couple (voire les deux), soit parce que je ne lui plaisais pas, soit parce que je n’ai jamais osé faire le premier pas. Bref, si j’arrive à oublier et aller de l’avant (Dieu merci), de temps en temps, mon subconscient me fait une petite piqûre de rappel, je sais pas bien pourquoi. C’est souvent dans mes rêves qu’ils reviennent. Des gens à qui j’ai pas pensé depuis longtemps et tout à coup, ils sont là. Est-ce parce que je n’ai de désir pour personne à un moment donné que ma vie que mon cerveau, en manque de tendresse et d’affection (et de sensations fortes, aussi), reprend des hommes qui m’ont attirée tantôt pour exprimer ses envies ? Oui, après tout, c’est pratique et je me sens moins con au réveil que lorsque je rêve d’embrassades sauvages avec Sawyer dans la jungle, ça fait moins midinette.

Ce qui m’étonnes toujours c’est que des sentiments oubliés (même si sentiments est parfois un mot un pour fort pour parler d’un grande attirance) peuvent revenir sans qu’on s’y attende. L’autre nuit, j’ai même rêvé du garçon qui faisait battre mon cœur… au collège ! Bon, à la fin, je lui posais un lapin parce que j’avais une énigme à résoudre dans un château et j’avais pas le temps d’aller au rendez-vous (non, je ne prends aucune drogue). Mais ce sont généralement les mêmes qui reviennent. Parfois, ce sont des exs, aussi, mais rarement tous mes exs, juste ceux que j’ai aimé d’amour. Me souviens, l’autre nuit, j’ai rêvé que j’étais en plein pelotage avec Guillaume the first et à un moment, je me disais : « merde, ça va faire bizarre de recoucher avec lui » parce que ma sexualité de l’époque n’est plus celle de maintenant.

Mais celui qui a la palme du retour dans mes rêves et qui y revient un peu trop régulièrement à mon goût, c’est Fabien, alias le démon tentateur. Je rêve de lui environ tous les deux mois, c’est cyclique. Et c’est souvent le scénario « enfin libres de nous aimer, rattrapons le temps perdu youp la boum ! ». En général, ces rêves interviennent quand je suis en phase de rapprochement avec un beau mâle (donc en fin de célibat), soit quand je suis en phase de tentative d’oubli d’un mec qui a fait bobo à mon cœur. Genre : « oublie celui-là et pense à moi… ». Bon, ça soigne pas les bobos mais c’est curieux quand même. Y a des fois, je me demande si je devrais pas le recontacter mais pour lui dire quoi : « bon, en fait, y a quatre, cinq ans, je fantasmais sur toi comme une malade, si on couchait ensemble, ça m’aiderait à aller de l’avant, tu sais. » Mais bien sûr, tellement fin ! Ca fait trois ans que ce mec n’a pas de nouvelles de moi et je vais lui balancer ça… Et je serai même pas là pour voir sa tête à la lecture de mon mail, en plus ! Non, je crois que je n’ai pas pu saisir ma chance au moment où on se fréquentait, je crois pas que ça puisse le faire maintenant. Puis je sais même plus il vit, il a peut-être quitté la France, il s’est peut-être marié, il est peut-être devenu tout moche… Bref, à moins d’un formidable hasard, il restera qu’un fantôme de mes rêves troubles (ooooooh !). Quoi qu’il n’y a pas que les rêves qui me font penser à lui, il y a aussi une chanson, « Only dreamin’ » de K’s Choice. Dès que je l’entends, c’est son visage qui apparaît. Alors que je ne l’ai jamais entendu en sa présence mais je sais pas, cette chanson, je l’écoutais à l’époque et elle me fait irrésistiblement penser à lui… C’est pour ça que je l’écoute pas souvent, d’ailleurs.

N’empêche que ses rêves me rendent en général nostalgiques. Parce que vu que je le fais en période de manque affectif, forcément, quand je me réveille et que je suis seule, je la sens bien ma solitude. Je voudrais un câlin mais y a personne pour me le faire. A part Kenya mais ça compte pas, c’est un chat… Puis repenser à ces amours ou attirances passées qui n’existent plus aujourd’hui pour la majorité, ça me fait réfléchir. Quand on aime, on croit toujours que c’est pour la vie, qu’on ne verra jamais un autre homme que lui, le beau, le fantastique, le parfait. Et finalement, le temps fait son œuvre et on finit toujours par oublier, même si ça prend du temps des fois (et j’aime pas quand ça prend du temps). Et oui, celui qui faisait battre notre cœur hier nous rend indifférente aujourd’hui. Quoi que si on rêve, il doit rester encore quelques braises tièdes…

J’ai aussi une autre théorie. En fait, certains de ses hommes, je n’ai pu les avoir car ado, j’étais pas jolie, jolie… Et puis super renfermée donc ça aide pas. Or aujourd’hui, je me sens mieux dans ma tête et je suis quand même pas mal mieux. Donc mes rêves, quelque part, ils me vengent : ces hommes que je n’ai pu avoir dans le temps, je pourrais les avoir maintenant. Bon, c’est mon subconscient qui me raconte ça, c’est peut-être même pas vrai mais on s’en fout.

Outre les rêves, ce sont aussi des lieux, des bruits, des odeurs. Des objets, aussi. Des petites choses qui tout à coup vous foutent le cafard sans raison. Mardi, je suis allée faire quelques courses dans mon centre commercial voisin et je suis passée devant le café où Alex et moi avions eu notre dernière entrevue, notre rupture officielle, en somme, et ça m’a foutu le blues. Alors que j’y vais souvent dans ce foutu centre commercial mais là, ça m’a prise, comme ça.

C’est curieux comme des fois, des choses nous reviennent sans raison particulière. Des fois, ça nous plonge dans une douce nostalgie. Mais des fois, ça vous fout une journée en l’air.

J’’ai honte

Hier soir, j’ai pris une petite leçon de vie qui m’a bien refoutue à ma place. J’appelle ma mère pour discuter un peu et la rassurer sur mon état de santé et tout ça (et lui faire savoir que non, chuis pas morte). Après m’avoir donné un bulletin de santé de ma brave Kenya qui a élu domicile chez le voisin trentenaire (celle-là, dès qu’il y a un mec dans le coin, faut qu’elle aille le coller !), elle me raconte un peu la vie de certaines personnes, et c’est pas gai.

Première histoire : l’ex de Yohann, mon presque-frère, qu’elle a croisé avant-hier. Jeune fille belle comme le jour et adorable, intelligente et tout ça mais qui a vraiment une vie de merde. Son père est mort il y a deux ans d’un cancer, sa mère est décédée six mois plus tard d’un accident de la route puis son mec vient de perdre son père à son tour donc il a quitté la demoiselle. Du coup, elle a décidé de partir, de quitter la France et elle a un gros sentiment d’injustice, on comprend pourquoi…

Deuxième histoire : un couple, fraîchement trentenaire, s’apprête à avoir son premier enfant. Lors de l’accouchement, la mère fait une grave attaque cérébrale. Depuis, elle est tétraplégique, elle ne bouge plus que la tête mais comprend parfaitement ce qu’il se passe puisqu’elle reconnaît son bébé et fait de graves crises de nerfs. Quant au bébé, il est lourdement handicapé.

 

Quand vous entendez ça (et c’est véridique !), deux pensées vous traversent l’esprit :

– pourquoi le sort s’acharne comme ça sur les mêmes personnes ? Et accessoirement comment on arrive à continuer à vivre malgré tout ?

– je devrais avoir honte de chouiner sur mes petits soucis.
 

Analysons rapidement ma vie pour voir où on en est. Boulot : ok, un stage, c’est pas un CDI mais c’est ach’ment mieux que le chômage et puis ça me plaît donc pas de soucis majeurs. Evidemment, je pourrais râler sur le salaire (oui, en stage, on gagne pas le smic), sur le fait que je bosse chez moi et qu’il y a des jours, j’aimerais avoir une vraie vie sociale mais vraiment, c’est de l’anecdotique. Vie amicale : Lucie vient de partir mais elle n’est pas morte et grâce aux moyens à notre disposition, je mettrai pas 11 mois à avoir de ses nouvelles. Vie familiale : R.A.S. Vie amoureuse : oui ben j’ai souffert ces derniers mois, beaucoup pleuré mais il n’est pas mort et moi non plus. Et si je me sens pas prête à retomber amoureuse pour le moment, ça n’empêche pas la tendresse et l’affection avec de beaux jeunes hommes. Bref, globalement, ma vie n’est pas parfaite mais quelle vie l’est, de toute façon ? Ma période de lose n’est plus qu’un mauvais souvenir, mine de rien, j’ai arrêté de guetter la prochaine catastrophe. Et c’est très reposant.

Bref, quand on voit comment c’est ailleurs, nos propres problèmes sont relativisés. On a tous nos petits soucis, c’est humain. Des fois, on se noie dans un verre d’eau, on considère un petit souci comme un énorme problème alors que si on le regarde posément, il n’y a rien d’ingérable. Le chômage, c’est chiant mais ça ne durera pas toute la vie, j’ai bien réussi à m’en sortir, pour le moment. Et sans que je force les portes des rédactions en plus. L’amour, ça reviendra quand ce sera le moment. A écouter mes exs et mes futurs, je suis un fille fantastique. Hé oui, même mes exs, ils disent du bien de moi, c’est que je dois vraiment être terrible. Je n’ai jamais eu de soucis de santé majeurs, j’ai une famille solide… Ben, voilà, je regarde les cartes que j’ai en main et finalement, j’ai un bon jeu (ça change, j’ai jamais de chance au jeu, je ramasse toujours les pires cartes !). Mais plutôt que de me focaliser sur ces pécatilles, je devrais savourer ma chance, mon immense chance d’être celle que je suis avec ce que je possède (matériellement ou spirituellement), ceux qui m’entourent…

Hier soir, en raccrochant, j’avais le moral à la baisse, tout comme ma mère qui doit soigner cette maman tétraplégique. Puis j’ai eu honte, j’ai eu vraiment honte. Comment puis-je oser me plaindre ? J’avais tellement de peine pour ces gens-là qui souffrent réellement, qui sont brisées à 20 ou 30 ans… Moi, à 26 ans, je n’ai finalement rien vécu de réellement dramatique. Evidemment, j’ai perdu des êtres chers mais j’ai encore mes deux parents et ma sœur, je n’ai jamais perdu un ami. Je n’ai jamais eu de graves maladies ni d’immenses pépins.

Bref, hier soir, j’ai compris que ma vie était belle. Maintenant, quand je baisserai les bras face à une petite colline, je penserai à la montagne que d’autres doivent gravir. Et je suis sûre que ça ira de suite mieux.

Episode 24

Chapitre 16


    Oceany donna son carton d’invitation au robot qui l’autorisa à entrer en allumant une petite lampe verte et en bippant. Elle ne put s’empêcher de sourire : la sécurité était
réduite au minimum, c’était parfait. Ses amis pourraient rentrer sans difficulté. Elle avança et découvrit le théâtre municipal où elle n’avait encore jamais mis les pieds, vu qu’il n’y avait
jamais eu de spectacles. Il avait été bâti  «à l’italienne », avec des balcons richement décorés de frises dorés et de masques souriants et grimaçants, évoquant ainsi la commedia dell’arte.
Mais elle n’eut pas le temps de détailler plus la salle, Mark venait d’arriver à ses côtés et lui prit la main pour l’embrasser.
«  Vous êtes ravissante, ce soir, Oceany ! »
Elle sourit poliment et regarda son costume, une jolie tenue de marin. Il était, certes, très séduisant ainsi, mais elle ne put s’empêcher de penser à Ethan : en quoi allait-il être déguisé ?
«  Merci, répondit-elle enfin. Vous êtes très séduisant, dans cette tenue.
– Merci, j’ai réussi mon but. Charmer la seule femme qui en soit digne d’intérêt : vous.
– Oh, je… merci. J’ai hâte de voir ce ballet.
– Oui, sans doute…si nous allions nous installer ? Nous sommes placés là-haut, au balcon, à la meilleure place, avec mon père et vos parents.
– Oh ! C’est fantastique, mais allez vous installer sans moi. Je dois voir quelqu’un, avant.
– Comme il vous plaira. »
Il sourit et partit en direction du balcon. Il était vraiment charmant et elle avait vraiment du mal à croire qu’il ait pu faire du mal à Kirstie ou à qui que ce soit, d’ailleurs. Elle le suivit un
instant du regard et soupira. Elle n’avait aucune envie de se fiancer avec lui et ce n’était pas très honnête de prétendre publiquement le contraire, mais elle n’avait pas le choix. Elle sentit
soudain une présence derrière elle et sut instantanément que c’était Ethan, elle avait reconnu son parfum.
«  Vous êtes ravissante, ce soir, Mlle Antelwort Geller. »
Elle se retourna et détailla le jeune homme de la tête aux pieds : il portait un smoking noir par dessus lequel il avait mis une cape rouge, le tout accompagné d’un chapeau haut de forme noir et
d’un masque blanc qui ne lui masquait que les yeux et la naissance du nez.
« Vous n’êtes pas mal non plus, M Wadeker, mais en quoi êtes-vous déguisé ?
– Arsène Lupin, gentleman cambrioleur. C’était un héros d’avant, je ne l’ai même pas connu, mais j’ai trouvé le costume très joli.
– En effet. Qu’est ce que tu as fait de ta chère et tendre ?
– Je l’ai semée : elle est déguisée en fée.
– Et ?
– Je préfère ne rien te dire, je te laisse la surprise. C’est pas génial, l’intimité, ici, on va pas pouvoir trouver un coin tranquille pour tous les deux.
– Surtout que je suis la fiancée, je risque de ne pas avoir une minute à moi.
– Et moi qui avais très envie de t’embrasser, je vais être horriblement frustré. A la limite, je peux venir faire un tour chez toi, après, non ?
– Il vaut mieux l’inverse. Je vis encore chez mes parents et ça ne va pas être facile de te faire entrer. Je passerai te faire un petit coucou.
– C’est pas d’un petit coucou que j’ai envie, mais d’un gros câlin !
– Chut ! Ne dis pas ça en public, il ne faut pas qu’on nous entende. On… »
Elle fut interrompue par une arrivée de rubans et de froufrous rose fuchsia au milieu desquels apparaissait Neve, qui aimait bien se ridiculiser en public. Sa robe qui avait la forme meringue que
détestait Oceany était d’un goût douteux et les grandes ailes en plastique irisé menaçaient d’éborgner tout son entourage. Quant à son masque, on aurait cru qu’il avait été peint par une petite
fille de cinq ans ayant une adoration pour le rose.
« Oceany ! s’écria-t-elle d’une vois suraiguë. Je suis ravie de vous revoir ! Félicitations, vous allez faire un beau mariage avec Mark, j’espère que vous aurez vite beaucoup d’enfants.
– Pardon ?
– Je crois qu’il est temps d’aller s’installer, intervint Ethan. A plus tard, Oceany, nous nous croiserons certainement pendant le bal.
– Oui, certainement. »
Elle lui sourit puis partit rejoindre Mark qui était en compagnie de son père, sa belle-mère et Bryan, ainsi que la famille de sa fiancée qui venaient de s’installer. Elle s’assit à sa place, entre
Mark et sa mère et ne put s’empêcher d’admirer le confort de ses fauteuils qui étaient si moelleux. Son futur fiancé se pencha vers elle.
« Ils sont confortables, n’est ce pas ?
– Oui, en effet !
– J’ai tout fait pour que ce soit confortable, ici, intervint Bill, pour inciter les gens à aller au théâtre.
– C’est une bonne idée, mais il faudrait songer à donner des représentations, dans ce cas.
– Ca ne saurait tarder, c’est juste que j’avais d’autres priorités, avant. »
Oceany crut sentir une certaine hostilité dans sa voix, mais elle l’avait un peu cherché. Elle n’avait pas été très aimable avec lui, elle ferait mieux de se rattraper si elle voulait  être
dans ses petits papiers. Elle jeta un œil sur la salle pour constater que toutes les places, ou presque, étaient occupées, puis elle étudia un peu mieux le balcon, admirant les décorations finement
ciselées. Soudain, son regard croisa celui de Kelly et elle frissonna : elle semblait si haineuse ! Elle portait une toge blanche qui semblait d’inspiration grecque, accompagné d’une épée en fer
blanc et d’une balance dorée, assortie à son masque doré joliment décoré. Elle devait être déguisée en justice, quelle drôle d’idée ! Oceany lui sourit et la jeune femme lui rendit son amabilité,
mais elle sentait une menace dans ce sourire, ce qui était ridicule. Elle ne connaissait pas Kelly et n’avait aucune raison de se sentir menacée par elle, après tout, pourquoi lui en voudrait-elle
?
Oceany préféra cependant détourner son attention sur la salle et chercha Ethan, qu’elle n’eut aucun mal à repérer. Il suffisait de rechercher un gros point rose, il était à côté. Ils étaient tous
les deux dans le même cas : obligés de se fiancer à quelqu’un qu’ils n’aimaient pas, pour satisfaire les codes de cette foutue ville. Quelle société pouvait affirmer s’approcher de la perfection si
elle ne respectait pas le sentiment des hommes ? C’était d’une prétention inouïe. Elle aurait tout donné pour passer la soirée seule avec lui, plutôt que de faire des ronds de jambes à ces
personnes dont elle se moquait éperdument. Depuis qu’ils étaient ensembles, ils n’avaient pas eu beaucoup de temps seuls, tous les deux, et elle se sentait horriblement frustrée. Elle avait envie
de passer toute sa vie auprès de lui et de l’aimer jusqu’au bout de la nuit, mais il y avait trop de gens autour d’eux, et pas assez de temps. Elle n’avait à présent qu’une hâte : en finir avec
Technopolis et vivre à fond cet amour naissant et encore fragile.
Une jolie mélodie retentit pour avertir le public que le spectacle allait commencer, puis quelques instants plus tard, la lumière s’éteignit et le lourd rideau en velours rouge se leva. Oceany
ressentit une certaine excitation puérile l’envahir. Elle qui n’avait connu que la guerre ou presque n’avait jamais vu le moindre ballet et elle se demandait ce que ça allait donner. Sa mère lui
avait dit que le Lac des cygnes était très bien, elle l’avait vu étant plus jeune, et elle avait compté les minutes avant le lever de rideaux.
Les danseurs entrèrent sur scène et racontèrent l’histoire de la  jolie princesse transformée en cygne et qui reprenait sa forme humaine la nuit. Elle avait toujours aimé les contes et se
souvenait des froides nuits dans les camps de survivants, quand sa mère leur racontait Cendrillon, la Belle a Bois Dormant ou d’autres histoires de princes et de princesses. Mais là, c’était encore
mieux, la musique était si belle, jouée avec tant de finesse, on aurait dit une musique divine. Quant aux danseurs, des cyborgs, ils étaient d’une grâce étonnante, compte tenu de leur nature, et
semblaient flotter dans les airs. C’était tout simplement magnifique, si fort, si émouvant, elle fut totalement incapable de détacher ses yeux de la scène et pendant toute la représentation, elle
oublia Mark, Oxford, Technopolis et même Ethan, il n’y avait plus que ces robots mimant cette histoire avec de si beaux gestes.
Quand la lumière se ralluma et que le rideau tomba, elle bondit sur ses pieds et applaudit avec chaleur, accompagnant ainsi le public enthousiaste. C’était vraiment une réussite et quand elle
regarda Oxford, il semblait au bord de l’orgasme, tellement il était fier de son œuvre. Elle eut presque honte d’avoir été charmée aussi facilement, mais il ferait mieux de ne pas trop se réjouir,
il n’allait pas tarder à pleurer.
Il sourit à sa future belle-fille, ne se doutant pas de ce qu’elle pensait, puis s’éclipsa pour rejoindre la scène où les cyborgs saluaient encore et prit le micro.
« Merci beaucoup, merci, je suis touché par votre enthousiasme, et je dois avouer que c’était un spectacle magnifique. Bien, à présent, il est temps d’ouvrir le bal, mais pour ça, nous devons faire
de la place, je demanderai donc aux personnes assises en bas de bien vouloir se lever et se mettre sur le côté, merci. »
Il y eut un grand mouvement et chacun se leva pour se pousser, mais la plupart des élitaires étant assez âgés, l’opération prit plusieurs minutes, ce qui amusa Oceany. Technopolis se vantait d’être
la cité parfaite et minutieusement organisée, mais il fallait attendre cinq minutes pour voir tous ces pauvres vieux quitter leur siège. Quand ils furent tous debout, Oxford leva le bras pour faire
un signe et les fauteuils se tassèrent les uns sur les autres pour rentrer dans le mur sous leur balcon, libérant ainsi toute le rez-de-chaussée pour le bal ; il fallait avouer que c’était
ingénieux.
« Bien, à présent, que le bal commence ! Pour ouvrir ce bal, je vais demander à mon fils Mark et à sa nouvelle fiancée, Oceany de venir sur la piste pour lancer la première danse. Bonne soirée à
tous. »
Oceany fut assez gênée à l’idée de danser devant tout le monde avec Mark, mais elle n’avait pas le choix et fit semblant d’accepter avec joie. Ils descendirent au rez-de-chaussée et commencèrent à
valser, peu à peu rejoints par d’autres couples, dont Ethan et Neve. Pendant toute la danse, ils ne cessèrent de se chercher, croisant fugitivement leurs regards et, à la danse suivante, ils
valsèrent ensemble. Elle rapprocha le plus possible son visage de lui et lui chuchota à l’oreille :
« Je sais pas si je vais résister toute la soirée.
– Résister à quoi ?
– A l’envie de t’embrasser.
– Et bien, ne te gêne pas, ça me fera plaisir.
– Je suis la fiancée, je peux pas me lâcher comme ça. Tu as vu les autres ?
– Je les aperçois de temps en temps mais ils bougent tout le temps, c’est pas facile de les repérer.
– C’est plutôt une bonne chose. La sécurité est vraiment minimale, ici, c’est étonnant. N’importe qui peut rentrer.
– S’il est muni d’une invitation, ce qui n’est pas le cas des exclus, sauf exceptions. Je ne vois pas l’utilité de renforcer la sécurité.
– Oxford sait que les exclus peuvent monter ici, il l’a appris à ses dépends, et tu ne trouves pas ça curieux qu’il n’y ait aucun dispositif de sécurité renforcée ? Toute l’élite est ici, ce soir.
Une bombe et tout est fini.
– Tu penses à Maria ?
– En effet. Elle avait un passe pour accéder aux derniers étages et elle est très douée pour les explosifs. Je ne suis pas rassurée du tout.
– Il doit y avoir un truc, Oxford n’est pas un suicidaire. Il a dû prévoir une parade pour éviter tout risque d’attentat.
– Je ne vois pas…attends une minute, ça me fait penser à quelque chose. Mai pensait que la soirée avait lieu à la salle de réception, c’est ce qui avait été annoncé dans les médias.
– Tu crois que c’était fait exprès ?
– Peut-être. Si j’étais Maria et que je voulais faire sauter tout le monde, j’irais donc à la salle de réception et pas ici, c’est logique, mais…
– Mais quoi ?
– Maria savait qu’il fallait détruire les quatre piliers pour anéantir la ville, j’ai peur qu’elle ait fait une bêtise.
– Elle n’est pas suicidaire, quand même.
– Non, elle est extrémiste, c’est pire. »
Il ne répondit pas et l’enlaça plus fort pour tenter de la rassurer, mais elle avait semé le doute dans son esprit. Il ne connaissait pas vraiment Maria, mais il en avait beaucoup entendu parler et
ce qu’il avait appris semblait corroborer les suppositions d’Oceany. Elle était tout à fait capable de tout faire sauter pour tuer Oxford, quitte à éliminer en même temps des milliers
d’innocents.
Le bal continua normalement sans signe d’explosions et ils durent se séparer pour ne pas trop attirer l’attention. Oceany se retrouva donc dans les bras de son fiancé, avant de passer à Nicholas et
de finir dans les bras d’Oxford. Elle fit mine d’apprécier de danser avec lui mais elle était plutôt mal à l’aise. Ce n’était pas courant de valser ainsi avec son pire ennemi.
« Vous êtes très courtisée.
– Pardon ?
– Il me semble que le jeune Wadeker n’a d’yeux que pour vous.
– Ethan ? Oh non, c’est un très bon ami, c’est pour ça. De toute façon, il est fiancé avec Neve Woodart, maintenant.
– Oui, c’est vrai. Vous avez l’air de vous amuser.
– Oui, la soirée est très réussie.
– Et ce n’est pas fini ! Que pensez-vous des rebelles ?
– Quoi ?
– Les rebelles : ces exclus qui sèment la zizanie dans les bas étages en espérant renverser le pouvoir.
– Oui, je sais. Je n’en pense pas grand chose, c’est surtout un mythe, pour moi. On ne risque absolument rien, ici. Quoique…Mark m’a parlé de votre esclave et je me demandais si nous étions en
sécurité, ici. C’est très facile de rentrer ici et je crains un attentat.
– Ne vous en faites pas, j’ai tout prévu. J’avais donné un mauvais lieu de réception, pour éviter tout risque et j’ai bien fait.
– Pourquoi dites-vous ça ?
– Certains petits oiseaux imprudents se sont retrouvés enfermés dans la cage.
– Qu’est ce que vous voulez dire par-là ?
– Vous n’allez pas tarder à le savoir. D’ailleurs, je dois m’éclipser, excusez-moi, charmante enfant. »
Il lui baisa la main et partit en direction de la scène, la laissant seule. Qu’est ce qu’il avait bien pu vouloir dire ? Elle regarda autour d’elle, aperçut deux des rebelles mais ne put savoir
lesquels et aperçut enfin Ethan en compagnie de sa fiancée. Elle se précipita vers lui et demanda à Neve de les laisser, ce qu’elle fit avec plaisir. Les bonnes relations entre Oceany et son fiancé
allaient l’aider à accomplir ses desseins.
« Qu’est ce qu’il se passe ? demanda-t-il à voix basse. Tu es toute pâle.
– Je crois qu’Oxford a attrapé l’un d’entre nous, mais je ne sais pas qui, je les ai cherchés mais j’en ai vu que deux, il y a trop de monde.
– Qu’est ce qu’il te fait dire ça ?
– Il m’a expliqué qu’il avait donné une mauvaise information sur le lieu, puis il a ajouté : j’ai bien fait, des oiseaux sont rentrés dans la cage ou un truc comme ça.
– Ca ne peut pas être l’un d’entre nous, puisque personne n’est allé là-bas.
– Oui, c’est vrai, mais il vaut mieux qu’ils disparaissent immédiatement, allons les prévenir.
– OK. »
Ils se séparèrent mais Oceany n’eut pas le temps d’aller bien loin, elle fut stoppée par Kelly qui se posa devant elle.
« Vous ne dansez pas ?
– Non, je cherche…mon petit frère, pour savoir comment il va.
– Bien, il est juste là, en train de jouer avec des enfants de son âge. Il est très mignon, habillé comme ça.
– Je trouve aussi. Excusez-moi, je dois partir.
– Pourquoi êtes-vous si pressée, nous avons toute la soirée.
– Oui, mais…
– Restez ici, c’est la meilleure place.
– La meilleure place pour quoi ?
– Chut, ça va commencer. »
Oceany cligna des yeux et regarda son interlocutrice, d’un air curieux : de quoi parlait-elle donc ? Ca ne lui plaisait pas du tout, cette histoire, elle sentait que ça allait mal tourner. Les
lumières s’éteignirent sauf deux spots qui se braquèrent sur la scène où Oxford apparut, le sourire aux lèvres.
« Mes chers amis, mes chers citoyens, je vous ai préparé une surprise pour ce soir, un spectacle digne des plus grands Rois ! Comme vous le savez, cette ville  compte parmi ces citoyens
quelques…hum…brebis galeuses, dirons-nous, qui ont décidé de semer la panique. Mais je ne vais pas les laisser faire, ils n’ont pas le droit de menacer votre bien-être et votre bonheur. Alors, ce
soir, devant vous, je vais leur donner une leçon. Cette soirée restera dans les mémoires comme celle qui a marqué le début de la paix totale dans cette ville. Rideaux ! »
L’étoffe se leva lentement pour laisser apparaître un drôle d’accessoire lourdement décoré de torsades dorées et d’ornements grotesques, si bien qu’elle ne sut dire ce que c’était. Puis une
demi-douzaine de robots accompagnés de Bryan entrèrent sur scène en tirant une cage dans laquelle se trouvait une femme, qu’elle reconnut immédiatement : Maria. Elle cessa de respirer un instant,
mais reprit vite ses esprits. Kelly était juste à côté d’elle et elle ne devait pas se trahir, mais il fallait agir vite : elle devait retrouver Juan et le faire sortir immédiatement. S’il voyait
sa sœur souffrir, il allait perdre la tête et pourrait agir dangereusement. Elle fit un pas en arrière, mais Kelly la retint par le bras.
« Où allez-vous donc ? C’est la meilleure place, ici.
– Qu’est ce que vous allez lui faire ?
– La guillotiner.
– Quoi, mais c’est atroce !
– C’est le sort réservé à tous les rebelles, même pour ceux qui font partie de l’élite.
– Excusez-moi, je ne veux pas que mon frère voit ce massacre. »
Apparemment, Kelly savait qui elle était exactement et c’était très dangereux. C’était elle qui  tenait les rênes et non pas son mari. Il fallait donc agir comme si elle n’avait pas saisi le
sous-entendu ou, mieux encore, si elle ne s’était pas sentie visée. Elle fendit la foule et retrouva Ethan qui regardait la scène, médusé.
« Trouve les autres et neutralise Juan, il doit partir immédiatement.
– Qu’est ce que c’est ?
– Une guillotine.
– Oh mon Dieu, on doit faire quelque chose.
– On ne peut rien faire, Kelly m’a à l’œil. Elle sait que je fais partie des rebelles, mais j’ignore comment. De toute façon, si on tente quoi que ce soit, on y passera aussi, on est dans
l’impasse.
– Alors, on va la laisser mourir.
– On n’a pas le choix, malheureusement. Bon, dépêche-toi.
– Et toi, qu’est ce que tu vas faire ?
– Je vais empêcher Oliver de voir ça. »
Elle repartit en direction de son frère et le trouva enfin. Apparemment, il n’avait pas compris ce qui allait se passer et ce n’était pas plus mal. Il était trop jeune pour être confronté à la
mort, c’était déjà miraculeux qu’il ne soit pas souvenu des atrocités de la guerre qui avait émaillées ses premières années.
« Hé, Oceany, c’est quoi, ce spectacle ?
– Quel spectacle ?
– Le truc, là, sur la scène.
– Ce n’est pas un spectacle, ce n’est pas pour les enfants.

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Le bonheur n’’est pas une fatalité

Y a des fois où je m’exaspère toute seule. Pourquoi ? Tout simplement parce que je me rends compte que j’ai une phobie du bonheur. Ca peut paraître curieux dis comme ça mais je vais vous expliquer.

 peur-du-bonheur

Mois de mai. Le soleil revient dans ma vie : en plus d’avoir trouvé du boulot, je me trouve un compagnon charmant et le tout sans avoir cherché (enfin le boulot, si, quand même, mais j’avais pas postulé chez eux). Donc forcément, ça va couiller dans le potage. En plus, j’ai à peine fini mon contrat que paf, on me propose un stage et que je suis prise. Va forcément y avoir une merde. Et hop, alors que ma vie professionnelle s’envole, je subis une rupture amoureuse. Bon, ça n’avait rien à voir avec mon état d’esprit de « va y avoir une merde », je vous rassure, je ne suis pas le genre de filles à dire à mon mec : « non mais de toute façon, tu vas me quitter parce que j’ai trouvé du boulot ». Parce que là, je pourrais comprendre que le mec se barre en courant !

Par moment, je me désespère quand je pense à mon mode de pensée : mais pourquoi ce fatalisme ? Bon, ça vient sans doute de ma mère, on sait très bien que quand tout va bien, ça va mal aller quelque part. La semaine où j’ai appris que j’avais mon boulot, qu’Anthony était pris aux pompiers de Paris et que ma sœur avait une prime, on a limite sabré le champagne quand quelqu’un a essayé de piquer la voiture de ma sœur. Bon, super, la cata a eu lieu, on peut desserrer les fesses. Optimisme, quand tu nous tiens.

En ce moment, dans ma vie, tout va insolemment bien : après mon stage qui finit en septembre, je devrais direct enchaîner sur un nouveau contrat qui va me tenir au moins jusqu’en janvier, un vrai boulot, cette fois-ci mais je n’en dirai pas plus. Mon avenir professionnel a soudain un horizon tellement éclairci que je me dis que c’est même pas la peine que j’envisage une vie privée épanouie. Et je me dis que ce genre de raisonnement est stupide. Quand je regarde en arrière, il y a bien des périodes dans ma vie où tout me réussissait. Pendant mes quatre ans et demi avec Guillaume 1er, j’ai validé trois diplômes (presque quatre), j’ai réussi pas mal de choses. Mais je ne parviens pas à croire que la vie peut être parfaitement rose.

J’en parlais l’autre jour sur MSN avec un gars qui a attribué ma façon de penser à mon éducation catho. L’idée est que, en gros, pour mériter le bonheur, il faut subir des épreuves. Que le bonheur, ça se partage, une personne ne peut pas tout focaliser sur elle. Si je regarde ma vie ces six derniers mois, je dirais qu’il y a eu vraiment une sale période entre janvier et mars, à peu près, puis tout à coup, un formidable mieux : un boulot puis un stage et c’est pas fini ! Dois-je en conclure que ma période de chômage m’a servi à apprécier ma nouvelle vie active ? En gros, l’ivresse des sommets ne vaut-elle qu’après une ascension pénible et périlleuse ? C’est vrai que jusqu’à présent, j’avais eu une chance insolente dans ma vie étudiante et professionnelle. Je voulais un stage ? J’envoyais deux lettres et je l’avais. Je voulais un mec ? Ah ben non, j’étais avec Guillaume donc pas de soucis de ce côté. La santé ? Aucun souci ! Un partiel mal révisé ? Pas grave, je savais toujours sur quoi ça allait tomber, toujours sur ce que je savais le mieux. Une dose de chance, une dose de démarches au bon endroit au bon moment et tout allait pour le mieux. Jamais peur de rien, tout finissait toujours par me sourire.

Aujourd’hui, après une période de galère, ma vie professionnelle s’arrange au-delà de toutes mes espérances. Donc si, demain, je trouvais un mec tout parfait et tout (ce qui m’étonnerait, vu ce que je peux m’occuper de ma vie privée en ce moment), je vais serrer les fesses en attendant la cata. Rupture de contrat ? Rupture amoureuse ? Décès ? Accident ? Limite, je vais aller faire du roller pour me casser un bras toute seule comme une grande.

Donc je parlais de ça au gars sur MSN et il me fait une remarque extrêmement judicieuse. Je ne prends pas le problème dans le bon sens. Quand je suis en période de lose, je vois tout en noir et je me demande quelle catastrophe il va encore m’arriver car la lose attire la lose. Donc, réciproquement, le bonheur doit attirer le bonheur. C’est tellement logique en plus. En ce moment, je suis très heureuse de ce qu’il m’arrive niveau professionnel donc je suis épanouie, donc je suis jolie donc je pourrais même trouver une moitié (même si en fait, j’ai pas du tout envie de tomber amoureuse pour le moment). Dans l’autre sens : quand on est amoureuse, on se sent indestructible donc on va se défoncer au boulot et réussir. On sera de bonne humeur et nos amis nous trouveront de bonne compagnie, notre famille nous trouvera bonne mine… Le bonheur attire le bonheur, c’est mathématique.

En plus, encore une bonne nouvelle hier : les résultats sanguins de ma mère sont très bons. Donc on ne sait toujours pas si elle a un lupus ou pas mais il semblerait que la menace s’écarte, même si le médecin lui a expliqué qu’elle avait un terrain favorable. C’est génétique. Et j’ai appris que, du coup, je pouvais l’avoir aussi vu que je souffre aussi d’une allergie au soleil. Me demandez pas le rapport, j’ai rien compris non plus. Mais bon, les nuages se dissipent aussi de ce côté-là.

Donc j’ai tout pour être heureuse en ce moment, alors pourquoi guetter le nuage qui pourrait pointer le bout de son nez ? Forcément, à un moment, il m’arrivera une tuile, comme à tout le monde, c’est inévitable. Mais pour le moment, tout va bien alors pourquoi s’en faire ? Je dois profiter de ma bonne période. Après tout, moi aussi, j’ai droit au bonheur, je dirais même que j’ai pas mal d’atouts dans ma manche pour y arriver. Tout le monde me dit que je suis une fille bien et talentueuse et en plus, paraît que je suis miaou miaou (c’est pas moi qui le dit, hein !). Alors pourquoi faut-il toujours que je doute, que je pense que les choses biens m’arrivent en prémisse d’une grosse claque ?

Allez, on se détend, et on profite. Demain, je joue au loto

Mon nouvel amant

Ma vie sexuelle ressemblant actuellement au désert de Gobi, il était temps de prendre les choses en main. Sans mauvais jeu de mots. J’ai donc décidé en mon âme et conscience de faire entrer dans ma vie un nouvel homme : Jack.

 


 

En réalité, Jack n’est pas un individu, Jack est un vibro rose, celui de Sex and the city. Oui, c’est glamour un gode rose avec des perles en plus, comme il est tout mimi ! En fait, je parlais gode avec un homme sur MSN l’autre jour, je lui parlais d’Ernest. Là, je me rends compte que Jack est en vente sur le site pour la modique somme de 42.90 euros. Quand on sait qu’en magasin, c’est du 70 euros minimum, je n’ai pas hésité longtemps. J’ai donc commandé Jack alors que j’étais encore chez mes parents, pour qu’il arrive juste après moi.

J’avoue ne jamais avoir fait ce genre d’achat sur le net, le jeune homme m’explique que le magasin virtuel sur lequel je l’ai trouvé est très discret, c’est bien pratique. Bon, honnêtement, je m’en fous, moi, je les connais pas à la Poste donc même s’il y a écrit en gros « sexshop » sur le colis, je m’en fous. Mais j’hésite un peu. Pour deux raisons : d’abord, j’ai peur que Jack soit décevant. A 43 euros, c’est pas dramatique, certes, mais j’avais peur de détruire le mythe. Et puis, y a Ernest. Ernest le fidèle, celui que j’ai depuis presque deux ans. Ernest, tu es petit et tu te contentes de vibrer là où Jack gigote, tourne dans un sens et dans l’autre et a même un frotte-clito. Bon, toi, Ernest, tu es doré, c’est plus élégant qu’un rose pâle, je sais, je suis d’accord. Mais tu as fait ton temps. Mais rassure toi, Ernest, je reviendrai vers toi de temps en temps. En matière de gode, je ne suis pas très fidèle.

Bref, je me décide. Je vais sur le site et choisit mon petit Jack. Oui, je le veux en rose. Je rajoute des boules de geisha tant que j’y suis. Il est temps de passer à la caisse, aïe. Là, le site m’informe gentiment que le retrait sera à l’ordre de « société pouet-pouet », sans aucun rapport avec le sexe. Ah ben voilà que ça m’arrange. Non pas que j’ai honte d’acheter ce genre de produits mais ma nouvelle conseillère financière est une hystérique qui m’envoie une lettre tous les mois pour me dire que j’ai dépassé mon découvert autorisé d’un rien (et parfois même pas, d’ailleurs) alors que j’ai plus de 8000 euros dans mes comptes épargnes. Mais bon, je pense que si elle avait vu que j’ai dépensé 60 euros dans un sex shop virtuel, je l’aurais tuée… Mais bon, ces gens là sont des pros de la discrétion. Aucune trace du type de l’achat, je note.

Bon, deuxième étape. Aller chercher Jack à la Poste. J’étais habituée à chercher des hommes à la gare, là, j’innove. Je suis excitée comme une puce (sans mauvais jeu de mots). Dans quelques instants, Jack sera mien. C’est sans compter que la poste, chez moi, c’est pas des pressés. Bon, déjà, cette poste, elle est vieille et moche, mon pauvre Jack ici ! Je commence à faire la queue (toujours sans mauvais jeu de mots) mais ça traîne. Il faut savoir que dans ma Poste, ils doivent les sélectionner en fonction de leur hypotension, c’est pas possible autrement. Et puis le look, on se croirait au camping de St Tropez, ça m’étonne qu’aucun n’ait un tatouage représentant Johnny sur le bras. Et là, c’est le drame : déjà qu’ils passent dix minutes par client, voilà que le système informatique tombe en panne. Bon, j’ai déjà bossé à la Poste, je sais que ça arrive. Donc les guichetiers se cassent, y a plus personne et je commence à m’énerver. Quand l’un d’entre eux revient, je lui saute dessus : « c’est pas parce que l’informatique ne marche plus que vous pouvez pas délivrer les colis ! ». C’est comme un homme qui arrive en retard à un rendez-vous, ça nous rend dingue. Je Veux délivrer mon Jack de cette foutue Poste, je vais pas me laisser faire ! N’empêche que grâce à mon coup de gueule, le guichetier se traîne jusque dans l’arrière salle pour aller chercher l’employée amorphe qui a la grâce d’un gastéropode et qui attend avec langueur la fin de la journée et coche sur un calendrier tous les jours qui la séparent de la retraite. Elle met donc sa dizaine de minutes pour servir tous les gens qui viennent chercher leur colis mais enfin, je récupère le mien, je salue tous mes collègues de galère qui me remercient pour mon coup de gueule et je m’en vais.

Arrivée chez moi, je jette mon sac et ouvre le colis. Jack est là, dans sa boîte psychédélique rose et bleue. Il fait 18 cm pour 3.5 cm de largeur, il est donc long mais fin, pas forcément très impressionnant… Je le sors de son emballage et là, constatation. Jack, tu pues le latex. Tu es beau, rose transparent, avec tes petites perles. Tu es tout doux aussi. Mais cette odeur de latex, c’est pas le top, Jack. Bon, c’est pas grave, cette odeur finira par partir. Tu n’as pas de piles, encore, je t’en mets et j’appuie sur les boutons. Y a une mollette qui s’appelle « vib », je suppose que c’est le diminutif de vibration donc je mets la mollette à fond et là… Tu te mets à clignoter. Mince, je savais pas que tu faisais ça, Jack, que tu pouvais aussi me servir de spot de boîte de nuit… Bon, j’avoue que la fonction est rigolote, c’est bien pensé, tu clignotes à la base des perles et sur le vibre-clito (qui n’est pas ce que je préfère de toi, il faut le dire), comme ça, même quand tu es au-dedans de ma personne, tu continueras à éclairer. Non parce que mon vagin, il s’en fout que tu clignotes, il faut dire ce qui est.

Bon, alors du coup, pour régler les vibration, je dois tourner la mollette « swing ». C’est parti ! Les perles tournent et le gland aussi. Seigneur, aucun mec ne fait ça en vrai ! Je peux même changer le sens de rotation en pressant un bouton… Il faudra que je vois si je préfère si tu tournes vers la droite ou vers la gauche…

Bien, Jack, maintenant que je t’ai vu et que j’ai appuyé sur tous les boutons, que j’ai vérifié sur la notice d’emploi qu’il n’y avait rien de particulier à faire avant la première utilisation (on ne sait jamais), il est temps de passer aux choses sérieuses. Viens, allons sur mon lit, il est temps…

Malheureusement pour toi, lecteur, l’article s’arrête ici !

Episode 23

Mark regarda sa montre et soupira. Il avait une demi-heure d’avance et ne savait pas quoi faire pour passer le temps. Il aurait bien discuté avec quelqu’un, mais son père était en
train de régler certains détails avec les danseurs tandis que Kelly avait disparu en compagnie de Bryan, pour changer. Il n’y avait vraiment que son père pour ne pas voir leur petit manège mais,
comme on dit, l’amour rend aveugle.
Il poussa un nouveau soupir et s’assit dans l’un des fauteuils en velours du théâtre, qui étaient d’un confort remarquable, et contempla un instant la scène encore vide sur laquelle allait se
déroulait ce ballet qui promettait d’être d’un ennui prodigieux. Pourquoi son père s’acharnait-il à vénérer l’art de l’ancienne société, ce n’était qu’une perte de temps. Il y avait tellement
d’autres choses à régler, comme attraper tous ces rebelles qui étaient venus les narguer jusque chez eux. S’il avait le pouvoir, il les traquerait nuit et jour et quand il les aurait enfin
capturés, il les aurait torturés jusqu’à ce que mort s’ensuive. Mais son père était trop mou pour ça. Le pouvoir, pour lui, c’était de collectionner de vieux tableaux sans intérêt et d’aligner des
tas de bouquins inutiles et poussiéreux sur des étagères. C’était évident, Bill n’était pas fait pour gouverner, il était trop faible. Il ferait mieux de s’écarter pour laisse la place à son fils
mais Mark savait bien que son vieux père ne ferait jamais ça. Il était beaucoup trop orgueilleux pour avouer son incompétence.
Il regarda l’heure et soupira : ça ne passait vraiment pas vite ! Il avait hâte de se fiancer avec Oceany, car ça le rapprochait du mariage et, surtout, de la nuit de noce. Il avait été
profondément frustré quand elle l’avait repoussé en prétextant vouloir rester vierge jusqu’au mariage. Quelle idée stupide ! C’était digne du Moyen-âge, ça, c’était tellement dépassé ! Il était
certain que si on examinait toutes les futures mariées élitistes, le nombre de vierges devait se compter sur les doigts d’une seule main et il était tombé sur l’une d’entre elles. Mais dès qu’elle
aurait la bague au doigt, il allait rattraper le temps perdu, qu’elle soit consentante ou non. De toute façon, il serait bientôt l’homme le plus puissant de la ville, donc du monde, et elle ne
pourrait rien faire pour l’empêcher de faire ce qu’il voulait. Mais, en attendant, il était condamné à jouer le fiancé gentil et prévenant, alors que ça ne lui correspondait pas du tout, mais
Oceany était le meilleur parti de la ville et il voulait épouser une femme de son rang.
Il regarda l’heure et soupira : que le temps lui paraissait long !

—–

Kelly passa derrière le rideau et longea les coulisses pour arriver dans une grande cage où était enfermée la rebelle dont elle avait oublié le nom. Mais elle n’en avait cure,
elle allait mourir de toute façon. Cependant, elle voulait essayer une dernière fois de lui soutirer le nom de leur chef. Elle s’assit sur un fauteuil qui traînait et regarda sa prisonnière d’un
air dédaigneux.
« On fait moins la maligne, maintenant, n’est ce pas…c’est quoi votre prénom ?
– Maria, Maria Ramirez. Ne l’oubliez pas, c’est moi qui vais faire sauter cette putain de ville.
– Ah oui, c’est vrai, les bombes…vos complices les désamorceront forcément, quand ils verront que vous n’avez pas réussi votre mission, à savoir tuer tous les élitaires. Quel déshonneur !
– Je travaillais seule, pour la vingtième fois.
– Je ne vous crois pas, vous aviez des complices et votre chef fait partie de l’élite, j’en suis sûre. Dites-nous son nom et elle mourra à votre place.
– Elle ? Qui vous dit que c’est une femme ?
– Intuition féminine, sans doute.
– Je ne vous donnerai aucun nom, je ne suis pas une balance et, de toute façon, j’ai agi seule dans cette histoire. Mais vous faites fausse route : il n’y a pas qu’un seul élitaire, il y en a deux,
sans compter tous leurs complices passifs. L’édifice tombe en ruine, les gens commencent à prendre conscience que cette ville est un enfer, ils vont tous se rebeller et vous allez vous faire
lyncher, blondasse.
– Nous tenons tous ces gens sous notre contrôle, il n’y a aucun risque de rébellion dans l’élite, sauf pour quelques brebis égarées. Mais ce n’est pas trois péquenots qui vont tout détruire.
– Comment pouvez-vous en être si sûre ?
– On contrôle tout le monde grâce aux messages subliminaux : plus ils utilisent leurs ordinateurs, plus ils sont convaincus que Technopolis est un paradis terrestre. Vos élucubrations sur une
révolte élitiste sont vraiment ridicules ! Votre mort ne sera vraiment pas une perte. Bien, je pense qu’il est temps de vous dire adieu, nous ne nous reverrons plus. J’aurais volontiers tranché
votre tête moi-même, mais c’est un peu trop salissant à mon goût. J’espère que vous apprécierez autant le spectacle autant que moi.
– Dégage, salope.
– C’était bien mon intention. Vous n’avez pas beaucoup de conversation, vous êtes ennuyeuse à mourir. Au moins, grâce à moi, vous mourrez en beauté. »
Maria frappa violemment la cage, comme si elle avait voulu la détruire, mais elle échoua : apparemment, c’était très solide. Elle regarda Kelly d’un œil noir, comme si elle avait pu la tuer rien
qu’en la regardant, mais ça n’eut pas l’effet escompté. Kelly éclata de rire et se leva, pour tapoter sur les grilles, ce qui énerva encore plus sa proie, qui était hors d’elle et qui donnait, à
présent, de grands coups dans la porte de sa cage pour tenter de la défoncer. Elle détestait cette femme blonde, elle la haïssait plus que tout et se jura de la maudire au moment de sa mort.

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Qui est Nina ?

Après un an et des brouettes de blog, il était temps de se poser la question ! En fait, pour moi, la réponse était claire : c’était une certaine partie de moi. Pas forcément la meilleure mais une partie. L’autre jour, je discutais avec un jeune homme qui ne connaissait pas Nina donc, dans la conversation, j’en viens à parler du blog. Il le lit et en substance, il me dit : « autant, toi, je t’adore, autant avec Nina, j’ai du mal. »

Je tombe des nues. Hein ? De quoi ? Mais quelle est la différence ? Donc il m’explique, il détaille et là, je réalise que Nina peut être très éloignée de mon moi profond par moment. Et aussi qu’en un an, j’ai bien changé. Exit l’étudiante insouciante et mangeuse d’hommes. Quoi que déjà, le côté mangeuse d’hommes était très relatif, je suis une petite joueuse comparée à d’autres. Mais bon, je m’en fous, je ne couche pas pour faire du chiffre. Depuis fin octobre, je n’ai partagé mes nuits qu’avec deux hommes pour qui j’ai eu des sentiments. Pendant 4 mois, je fus abstinente, par volonté et pas par obligation. Les brouettes sans lendemain, j’en ai marre. Ce butinage m’a valu quelques claques bien méritées. Je ne regrette rien, ceci dit, mais tout ça est derrière moi. De ce point de vue, j’ai vraiment changé. Le sexe, c’est bien mais c’est encore mieux quand c’est fait avec la bonne personne. C’est comme la nourriture : le McDo, ça nourrit, mais ça vaut pas des pâtes aux truffes. Et moi, j’ai suffisamment mangé de McDo pour n’avoir désormais envie que de pâtes aux truffes. Si je veux du sexe, je décroche mon tel et j’appelle Laurent l’obsédé, toujours prêt à me rendre service en la matière. Sauf que si je l’ai pas rappelé depuis octobre, c’est pas pour rien.

Nina est libérée ? Heu… Ça dépend ce que l’on entend par là. Dans la mesure où je ne considère pas le sexe comme un tabou, pourquoi pas ? Ceci étant, j’ai mes limites, elles ne sont certes pas celles que la morale essaie de nous imposer genre pas coucher le premier soir, pas coucher avant le mariage, certaines pratiques sont saaaaaaaaales. Ma seule limite est, finalement, de pouvoir me lever le matin et de pouvoir me regarder dans une glace sans être dégoûtée par la fille que j’y vois. Si on se réfère à tout ce qu’il faut faire pour être libérée mode Elsa Linux, je suis une sale puritaine. J’ai jamais tenté le lesbianisme, je suis jamais allée dans un club sado maso pour me faire prendre par une foule d’inconnus, je me suis jamais faite prendre en étant accrochée à une porte, me suis jamais faite sodomisée par mon boss, jamais une collègue ne m’a offerte comme cadeau d’anniversaire à son mari qui trouve amusant de mettre sa montre en cockring (j’espère pour lui que c’était pas les montres à bracelet élastique, ça peut faire mal aux poils), je me suis jamais photocopié le sexe… Oui bon, on va arrêter la liste là. Très franchement, je m’en porte très bien merci. Je ne suis pas un objet et je n’ai pas envie de faire pas mal de choses dans cette liste, je vois pas pourquoi je me forcerais. Si être libérée, c’est devoir absolument tout tester, je préfère être puritaine, merci. Parfois, quand je vois certains comportements, je me dis que c’est pathétique. D’un autre côté, je me rends compte que les aventuriers (ou aventurières) du sexe s’en servent souvent pour combler quelque chose. Si l’été dernier, ça a été autant la fête du string de mon côté, c’était pour combler une certaine solitude et aussi tester mon pouvoir de séduction auprès des hommes. Depuis, j’ai compris que n’importe quel thon pouvait se taper des mecs si elle voulait donc mon truc servait à rien. Et, comme par hasard, depuis que Gauthier est sur Paris, je me suis calmée. Coïncidence ?

Nina est trash ? Non, je crois pas. Directe dans ses propos, oui. Autant appeler un chat, un chat, un pénis, ça reste un pénis, quelle que soit la métaphore qu’on utilise. Evidemment, j’évite des mots moches comme bite ou chatte. Ces mots ne me plaisent pas, je vais pas les employer ! De la même façon, j’essaie de ne pas faire dans le vulgaire. Le « putain, il m’a explosé la chatte », ça peut être marrant entre amis dans un certain contexte mais il ne faut point en abuser. D’abord, on n’explose pas ma chatte, on la traite avec délicatesse, non mais ! A quoi ça sert que Rogé Cavailles il se décarcasse, sinon ? J’ai certes un côté gentiment trashouille avec ma cravache et mes menottes mais c’est plus pour rigoler qu’autre chose, je n’ai jamais cravaché personne, sauf sur demande. Et c’était à la gay pride donc ça compte pas. Il est vrai que je peux facilement parler des pornos (ou érotiques) que j’ai vus, raconter ma virée au sex shop ou parler sexe dans la rue mais je ne me considère pas trash pour autant. C’est juste que je ne fais pas une montagne du sexe, c’est un sujet comme un autre. Par contre, j’évite de trop en raconter, surtout à des personnes qui me connaissent peu. D’ailleurs, vous aurez noté que, sur ce blog, j’ai beaucoup parlé de mes plans culs mais très peu de mes mecs, finalement. On sait qu’ils sont là mais ce que l’on fait dans l’intimité de notre chambre, ça reste secret. Honnêtement, j’ai pas envie de le partager. Et puis les gens qui racontent leur vie sexuelle en détail, je trouve ça un peu chiant. T’as fait ça 10 fois pendant le week-end, y compris sur le buffet de grand-mère ? Heu… Tu me passes le sel, s’il te plaît ? Ma liberté de ton vient sans doute de ma culture gay où on se demande sans fioriture des nouvelles de nos vies sexuelles, qu’on parle sexe sans tabous mais de façon assez construite. Les trois quart des articles présentés ici ne sont finalement qu’une synthèse de nos discussions. Mais bon, on parle aussi d’autre chose !

Nina est une femme des années 2000 que rien ne peut atteindre ? Alors, là, c’est archifaux. Je pense avoir pleuré plus ces 7 derniers mois que pendant le reste de ma vie. Non, j’exagère mais qu’est-ce que ça n’allait pas ! Il y eut d’abord mon chômage. Ça, je l’ai salement vécu, faut dire ce qui est. Je crois que pour la première fois de ma vie, j’ai flirté avec la dépression, je me sentais une sombre merde. Je me levais de plus en plus tard, je traînais toute la journée, toujours prête à pleurer pour le moindre truc. Là, ça va mieux, même si je suis pas encore sortie de l’auberge. Ils me prennent en stage jusqu’en octobre puis après, j’ai un gros boulot à faire qui m’amènera quasiment jusqu’au printemps et pour la suite, j’ai une idée sur laquelle je dois travailler. L’optimisme est enfin revenu, il me semble apercevoir le bout du tunnel. J’ai aussi été très malheureuse suite à ma dernière rupture que j’ai à peine évoquée sur ce blog. Pourquoi ? Peut-être parce que ça me touchait trop. Certainement parce que je ne voulais pas qu’on le juge. Déjà, en parler, ça aurait été dévoiler une partie de la vie du jeune homme et, là, je crois que je n’avais pas à faire ça. Ensuite, j’avais peur qu’il se prenne des volées de « connard », « pauvre type » ou autre donc j’ai préféré m’abstenir. Mes ex, y a que moi qui ai le droit de les insulter. Et Gaugau aussi mais lui, c’est pas pareil : vu que c’est toujours lui qui me ramasse en larmes au téléphone, ça lui donne quelque prérogatives. Et puis, de toute façon, l’histoire était suffisamment compliquée pour pas y ajouter d’autres personnes ne connaissant pas la situation.

Mais je ne parle pas non plus de mes petits bonheurs. Des moments partagés en amoureux, des rigolades parce que Kenya fait la nouille (ce qui est très naturel chez elle), nos délires avec Gaugau ou autre, des petits instants de bonheur fugaces qui ne donnent plus rien une fois écrits. Et puis des choses que je n’a même pas envie de partager parce que je peux être égoïste, aussi, et que c’est trop beau pour être écrit.

Enfin, Nina n’est pas une pintade même si, des fois, j’aime bien faire dans le superficiel. Ça m’amuse d’écrire des articles sur les soaps opéras, de faire ma Guy Carlier en critiquant certaines émissions de merde. Même si j’ai pas regardé la Star Ac ou la nouvelle star juste pour critiquer, faut pas déconner non plus. Parce que je ne suis pas toujours sérieuse dans la vie et que j’aime bien me prendre un gros délire. Ça n’empêche pas que, des fois, je réfléchis à la société qui m’entoure, que j’ai des opinions politiques, je suis l’actualité et quand je vois ce qu’il se passe dans le monde, j’ai envie de baisser les bras. Mais je n’en parle pas ici. Juste parce que ça ne correspond pas à la ligne éditoriale et que je n’ai pas forcément envie de débattre de certains sujets ici.

Bref, je me rends compte que, parfois, le blog est un prisme déformant qui peut donner une fausse image de ma personne. Je suis bien plus complexe que Nina, il y a des choses que je ne dis pas, par choix ou pas. Bref, toute ma vie n’est pas ici et ceux qui s’arrêtent à « Nina » ratent bien des choses de ma personne !

A partir de maintenant, je mettrai un peu de musique sur les articles, si j’en ai envie, un peu à la manière de Yojik. Aujourd’hui, la the nana de Léo Ferré, le garçon qui m’a inspiré cet article sait pourquoi.

Episode 22

Maria jeta un œil par la fenêtre et soupira. Depuis qu’elle vivait dans cette ville, elle avait rêvé de revoir ce ciel bleu qui lui manquait tant. A présent qu’elle le pouvait, elle
aurait voulu être ailleurs, dans l’ombre, avec Juan. Dans quelques heures, elle allait mourir et elle avait peur. Elle regrettait d’avoir quitté le groupe de rebelles et d’avoir agi sans réfléchir,
ça l’avait amenée directement à sa perte.
Elle s’assit sur le sol humide de la cellule et se recroquevilla sur elle-même pour pleurer, tout en récitant des prières à la Vierge. Auparavant, elle ne s’était jamais rendue compte qu’elle avait
peur de la mort, ça lui semblait si abstrait. Elle était beaucoup trop jeune pour mourir et pourtant, le lendemain soir, elle servirait de spectacle à tous ses élitaires égoïstes et bouffis
d’orgueil. C’était vraiment une fin peu réjouissante !  Avec de la chance, ses bombes allaient quand même exploser, ce qui lui permettrait de se venger à titre posthume. Mais c’était vraiment
une consolation un peu trop maigre à son goût. Elle voulait revoir Juan une dernière fois pour lui dire au revoir, mais si on lui demandait ses dernières volontés, ce qui l’étonnerait beaucoup,
elle ne parlerait pas de son frère. Il serait accusé de faire partie des rebelles et serait condamné à son tour et il en n’était pas question, elle ne pouvait pas livrer son frère. Elle n’avait
même pas donné le nom d’Oceany, d’une part parce qu’elle voulait être la seule martyre, mais aussi parce que la blonde n’attendait que ça et elle lui avait été trop antipathique. Il n’était pas
question de lui donner satisfaction. De toute façon, Oceany n’était absolument pour rien dans cette histoire, la dénoncer aurait été malhonnête et, même si elle avait beaucoup de défauts. Ce
n’était pas son genre de faire porter le chapeau aux autres, elle assumait pleinement ses actes.
Elle écrasa une larme qui lui coulait le long des joues et regarda sa main où se trouvait la goutte d’eau, réfléchissant à un moyen de s’enfuir. Il était encore trop tôt pour baisser les bras, elle
avait encore un faible espoir. Après tout, elle n’était pas encore morte.

—–

    Kelly referma soigneusement la porte de la « chambre » du grand patron et s’apprêtait à repartir dans le bureau de son mari. Elle se retrouva nez à nez avec
Bryan, ce qui la fit sursauter, mais elle garda son sang-froid. Bryan ne savait rien du grand patron, c’était tout juste s’il connaissait son existence et c’était déjà bien suffisant.
« Qu’est ce que tu fais ici ?  demanda-t-il.
– Je pourrais te poser la même question.
– Je te cherchais. Qu’y a-t-il derrière cette porte ?
– Rien que tu n’as besoin de connaître.
– Tu sembles savoir énormément de choses, alors que moi, j’avance dans le brouillard et je commence à en avoir assez.
– Je n’en sais pas plus que toi.
– Vraiment ?  Je suis sûr que tu connais l’identité du grand patron et qu’il n’est pas loin, dans l’immeuble même de la mairie, pour tout contrôler e tu viens juste d’aller le voir. N’est ce
pas ?
– Ca ne te regarde pas, je fais ce que je veux.
– Vraiment ?  Tu sais, je pourrais tout raconter à ton cher Bill sur tes activités et sur le grand patron, ça pourrait foutre tes plans en l’air.
– Tu me fais chanter ?
– On peut appeler ça comme ça, oui. »
Elle éclata de rire ce qui mit Bryan mal à l’aise. Il la connaissait, elle allait lui sortir un de ses tours de passe-passe qu’il haïssait et il ne se trompa pas. Elle sortit un petit revolver de
son sac et le pointa sur lui.
« Je te laisse une dernière chance parce que tu es très mignon et que je prends bien mon pied avec toi, mais encore une menace de ce style et je t ‘élimine sans hésiter. C’est  moi qui mène la
barque, tu rames ou tu coules, tu choisis.
– OK, c’est bon, répondit-il en avalant difficilement sa salive. Je ne te demanderai plus rien sur notre chef mystérieux.
– C’est mieux comme ça. Bon, viens, il faut qu’on organise l’exécution de ce soir. Il pensait l’écarteler, mais je trouve ça trop…difficile comme spectacle, il y a des enfants et ça pourrait donner
une mauvaise image de nous. Alors je pensais à quelque chose de plus classique mais de très sophistiqué.
– Tu es bien la première personne que je connais qui qualifie une exécution publique de sophistiquée.
– Je n’ai pas demandé ton avis, tu gardes des remarques pour toi. Bon, j’ai pensé qu’on pourrait la guillotiner, ce n’est pas trop affreux mais assez spectaculaire et ça fait très royal !  En
plus, nous avons une très belle guillotine au théâtre, pas besoin de la fabriquer.
– Il y a une guillotine au Théâtre ?
– Oui, c’était un élément de décor, à la base, mais il suffit juste de mettre une vraie lame et le tour est joué. Oh, j’ai vraiment hâte de voir ça et, avec de la chance, la rebelle va nous donner
le nom de son chef au dernier moment. Une double exécution, le pied !
– C’est la double exécution qui t’excite ou la possibilité de te débarrasser d’Oceany ?
– Elle doit payer pour ce qu’elle a osé me faire et je te jure que je vais m’arranger pour qu’elle souffre un maximum.
– Est-ce que tu as envisagé la possibilité qu’elle soit totalement innocente ?
– Elle ne l’est pas et puis, si c’était le cas…elle mourra sur l’autel de la justice, c’est tout.
– Mais bon sang, qu’est-ce qu’elle t’a fait, cette pauvre gosse, pour que tu lui en veuilles à ce point ?
– Elle s’est foutue de nous, elle a voulu nous défier, elle va s’en mordre les doigts !  Bon, si tu allais voir Bill, il a sûrement besoin de toi. Moi, je vais me préparer pour ce soir. »
Elle le planta là et partit en direction de la sortie. Plus ça allait, plus il se sentait mal à l’aise avec elle. Elle était dangereuse et au moindre faux pas, elle n’hésiterait pas à se
débarrasser de lui, idée vraiment peu réjouissante. Pourquoi ne lui faisait-elle donc pas confiance ? Pourquoi refusait-elle de lui révéler l’identité du grand patron ? Ca devait être un élitiste
très connu et très respecté, ça expliquait peut-être son attitude, mais qui ? La plupart étaient trop vieux pour avoir deux idées claires à la suite et les autres n’avaient pas assez de volonté
pour diriger toute cette ville. La réponse se trouvait dans le fichier confidentiel auquel personne n’avait accès à l’exception de Kelly et de son cher patron, mais il allait travailler dessus
activement. S’il découvrait le nom de ce mystérieux dirigeant, il comprendrait peut-être mieux le comportement de sa maîtresse et tous ces secrets autour de lui.
Mais pour le moment, il n’avait pas le temps de s’en occuper, il avait trop à faire avec la réception de fiançailles qui approchait à grands pas.

—–

    Oceany se regarda dans son miroir et sourit. Oliver avait beaucoup de goûts pour un petit garçon de 9 ans. Sa robe, d’un joli bleu pastel, était striée de
fils d’argent et lui permettait une assez grande liberté de mouvements grâce à la grande fente sur les côtés, mais surtout, il ne lui avait pas trouvé une affreuse robe meringue qu’elle détestait
et trouvait ridicule. Elle soigna sa coiffure en passant plus d’une heure à se faire de jolies anglaises et se maquilla légèrement, car elle ne comptait pas garder son masque toute la soirée, même
s’il était très joli. Argenté, il s’harmonisait bien avec la robe et présentait un visage rieur, ce qu’elle trouvait charmant. Elle s’assit sur son lit et resta un instant, les yeux dans le vague,
à considérer tout ce que cette soirée représentait pour elle. Elle allait se fiancer avec Marc dans quelques heures et le seul homme auquel elle ne cessait de penser, c’était Ethan. Elle avait hâte
de le revoir, même s’ils ne pourraient pas être seuls durant toute la soirée. Rien qu’être près de lui, ça lui suffisait pour être heureuse.
On frappa la porte et Oliver fit irruption dans la chambre dans sa tenue de lutin et sauta sur le lit, à côté de sa sœur.
« Alors, il te plaît, ton costume ?
– Oui, tu as très bien choisi, je suis fière de toi. Tu sais que tu es très mignon en lutin ? Toutes les filles vont être amoureuses de toi, ce soir.
– Ah non ! Beurk ! Pas les filles ! Elles sont trop gnangnan !
– Gnangnan ? Tu trouves que je suis gnangnan ?
– Non, toi, tu es une grande, c’est pas pareil.
– Tu vas bientôt changer de discours, crois-moi !
– Dis, maman m’a dit que tu allais bientôt partir avec Mark, c’est vrai ? Parce que moi, je veux pas que tu partes !
– On verra, Oliver, on verra. »
Elle embrassa tendrement le front de son frère et le serra contre elle. Avec de la chance, s’ils agissaient tous à temps, elle n’aurait pas à se marier avec Mark, elle pourrait quitter cette
maudite ville et vivre avec ceux qu’elle aimait. Finalement, le bonheur, ce n’était pas le luxe et le faste, c’était juste mener une vie simple avec les siens.

—–

    « On ne peut pas y aller armés, on va se faire attraper ! »
Mai leva les yeux au ciel et soupira. Juan ne mettait vraiment aucune bonne volonté dans cette mission et rien ne l’exaspérait plus que celui qui faisait exprès de retarder les choses.
« Voyons, nous avons des invitations et ils sont minuscules, ces revolvers, ils tiennent dans la main ! De toute façon, on aura pas à s’en servir, c’est juste au cas où. On va bien s’amuser, tu vas
voir. J’ai hâte de voir la tête d’Oxford quand notre gâteau va lui exploser à la figure ! Avec les félicitations des rebelles !
– Je la sens mal, cette soirée, il va se passer quelque chose, j’en suis sûr. Je crois qu’on ferait mieux de tout annuler.
– Non, on n’annule rien ! Nous voulons montrer à tous ces élitaires que nous pouvons les atteindre sans problème et qu’ils prennent conscience qu’il y a un problème à Technopolis. Nous devons être
plus convaincant que leur propagande.
– Oui, je sais tout ça, ça fait vingt fois que tu me le répètes, mais je le sens mal quand même, c’est tout. Où sont Myo et Kirstie ?
– Ils se préparent. Tiens, mets-toi ça sur la figure.
– Qu’est ce que c’est que cette pâté blanche ?
– Du maquillage : c’est pour éviter qu’on remarque la couleur de nos peaux un peu trop colorées au goût de cette foutue ville. En plus, les gens ne pourront pas nous différencier et ne verront pas
que nous sommes quatre. »
Il soupira et commença à étaler la crème sur son visage. C’était tout simplement grotesque, mais Mai avait raison : même si les gens ne les détaillaient pas de la tête aux pieds, ils verraient bien
la couleur noire de Kirstie et comprendraient qu’ils étaient tous des rebelles. La jeune Noire arriva d’ailleurs à ce moment-là, vêtue de sa combinaison en latex qui la moulait parfaitement et
mettait en valeur ses formes féminines.
« Je me demande bien pourquoi je viens, commença-t-elle.
– Pour t’amuser avec nous. On va ridiculiser tous ces esclavagistes égocentriques, ça va être très chouette. Tu vas voir, tu vas adorer.
– Je trouve ça inutilement dangereux. Si on se fait attraper, c’est fini et je suis beaucoup plus exposée que vous. Mon masque ne couvre pas tout mon visage et ils vont bien voir que je suis noire,
et mes mains.
– Hop ! Voici des gants pour tes mains et voici de la crème pour ton visage, il sera encore plus blanc que blanc !
– Mai, je crois qu’on fait une erreur.
– Enfin quelqu’un qui est d’accord avec moi ! s’exclama Juan.
– Votre optimisme vous tuera, à tous les deux ! Il va y avoir des centaines de personnes, là-bas, comment pourront-ils nous reconnaître, c’est tout simplement impossible !
– Et tu n’as pas peur qu’ils fouillent la salle pour vérifier qu’il n’y a pas de rebelles quand le gâteau va exploser ? Si j’étais Oxford, c’est ce que je ferais.
– Et ton fils aura une superbe fin de fiançailles : une fouille en règle de chaque invité ! Je ne  crois pas que ce cher Bill veuille gâcher la fête de son fils.
– Oxford n’aime qu’une seule personne, à savoir, lui, intervint Kirstie. A mon avis, sa blessure d’amour propre sera plus forte que son amour paternel, j’en suis sûre.
– D’accord, on va préparer un plan de repli ! On va garer les motos sous les fenêtres du théâtre, comme ça, en cas de coup dur, on file. De toute façon, arrêtez de vous inquiéter, tout se passera
bien, j’en suis sûre. Et en cas de pépin, Oceany et Ethan pourront nous aider, alors relax. Bon, où est Myo ?
– Je suis là, mon trésor ! fit-il en apparaissant costumé et maquillé. Je te plais ?
– Et bien…arrête le maquillage, ça te va vraiment pas.
– Oh ! Femme cruelle qui me brise le cœur ! Bon, je vois que tout le monde est prêt, on va pouvoir partir. Parfait, pile dans les temps. Bon, Juan, tu pars avec Kirstie, moi, je voyage avec ma
charmante épouse.
– D’accord.
– Ca va aller, Juan ! dit Mai. Relaxe-toi, je sens que tout va bien se passer. Intuition féminine.
– Espérons que tu as un bon feeling. »

La famille, y a que ça de vrai

Cette semaine, je suis chez mes parents et ce jusqu’au 26 juillet. Pas vraiment des vacances puisque je dois bosser mais je suis quand même à la campagne avec Kenya, je peux faire des pauses piscine, tout va bien. Si je suis rentrée pour le 15 juillet, c’est pas pour voir le feu d’artifice en direct de ma ville natale (je suis même pas allée le voir) mais pour assister à la grande réunion de famille qui eut lieu chez moi samedi. Voici donc une petite chronique de la vie de la famille Parmentier (côté maternel, donc).

guepard 

Ils étaient presque tous là. Mes trois tantes, quatre cousins-cousines, quatre compagnons, une sœur et un presque frère. En tout, nous voilà dix-sept. Qu’allons-nous fêter ? Officiellement, la retraite de tante n°1 qui après trente ans de bons et loyaux services au sein de l’Education Nationale prend une retraite anticipée mais méritée. En fait, pour l’occasion, ses trois enfants (cousine, cousin 1 et cousin 2) ainsi que la chérie de cousin 2 lui ont fait un cadeau. Mais on fête aussi les 18 ans de cousin 3 et son bac, par la même occasion, sans parler des fêtes de tante 2 (et tante 3, décédée) et l’anniversaire prochain de tante 4. On aime bien cumuler. En fait, il ne manquait que cousine 2 et ses trois gamins (dont un que j’ai jamais vu) et cousin 4 et sa copine enceinte jusqu’aux yeux. Mais nous sommes plutôt en froid avec cette partie de la famille, ils n’ont même pas été conviés.

Tout le monde arrive vers 19h, tout est prêt : les tables dressées, la bouffe fraîche (oui, il fait 35e degré ici donc pour la raclette, on repassera. Oncle 1 commence à m’entreprendre et on refait le monde, comme à notre habitude. Il faut savoir que dans la famille, ils sont tous à droite sauf oncle 1, donc, cousin 3 et tante 2, je suppose. Tante 4 était à gauche aussi avant mais il paraît qu’elle ne l’est plus. Ma mère m’a expliqué que tante 4 avait voté Le Pen en 2002, j’avoue que je me suis prise une sacrée claque, j’ai du mal à y croire. Je me souviens, il y a quelques années, tante 4 était partie de chez moi en claquant la porte après une conversation très houleuse avec ma mère sur le sujet. Merde alors… Bon, bref. Lors du dernier repas de famille, nous avions découvert Aglaé, la chérie de cousin 2 (une Bretonne, c’est fou cette passion pour nos amis aux chapeaux ronds). Elle est toujours là, parfaitement intégrée à la famille tout comme Anthony, la tendre moitié de ma soeur et Yohann, mon presque frère. En son temps, Guillaume 1er avait aussi trouvé sa place. Bref, dans ma famille, on accueille gentiment les nouveaux arrivants. Cette année encore, il y en a eu un ! Pas le fiancée de cousine ou le mien, vu qu’on n’en a pas, ni le compagnon de cousin 1 puisqu’il viennent de se séparer, pas plus que le petit copain de cousin 3, ma grand-mère ne sachant pas que celui-là aussi est homo. Elle l’a un peu mal pris pour cousin 1 alors on va peut-être pas lui dire pour le petit dernier. Il faut savoir que cousin 3 est né en juillet 88, à peine deux mois après le décès inattendu de mon oncle, mari de tante 1. Donc, forcément, cousin 3, il a été extrêmement choyé, c’est un peu le chouchou de tout le monde. Si on dit à la mamie que cousin 3 est gay et qu’il s’installe à la rentrée avec son copain (oui, il est super précoce), ça va la tuer. Donc ce n’est pas du côté des cousins qu’il faut chercher le nouvel arrivant mais du côté des tantes : tante 2 nous a enfin présenté son compagnon ! Ça fait dix ans qu’ils sont ensembles mais elle nous l’avait jamais présenté car « ce n’était pas le bon ». Bon, finalement, elle a dû changer d’avis. Il est très sympathique, un look à la Bernard Lavilliers (cheveux un peu long, boucle d’oreille, chemise blanche en lin…).

 

Bon, tout le monde est là, on attaque l’apéro : soupe de champagne et cakes. Bon, il fait très chaud donc je tape un peu beaucoup dans la soupe au champagne, genre quatre coupes à moi toute seule, je commence à rire. On passe à table, oncle 1 tape l’incruste parmi les jeunes. Avant de dîner, on fait les discours. Ma mamie adresse un message à chacune de ses filles, sans oublier tante 3 qui n’est donc plus parmi nous depuis trois ans, maintenant. Sobre mais émouvant. Vient ensuite la lettre écrite par les enfants de tante 1 et par Aglaé, une lettre très émouvante qui fait pleurer ma mère. Alice et moi, on fait les fières mais on a un peu la boule dans la gorge aussi. Si c’est cousin 2 qui l’a lue, c’est que les trois autres n’en auraient pas été capables sans pleurer, Aglaé écrase aussi une petite larme. Oui, dans ma famille, on est super sensibles. Avec le discours, il y a un cadeau, donc : un voyage en Egypte. Tante 1 remercie et là, tante 2 lui dit : « Il faut que je te dise un truc. Pendant ton voyage, tu partageras ta cabine avec moi. » Et là, tante 1, 55 ans, prof de son état, se met à sauter partout et à trépigner comme une petite fille ivre de joie. Ma mère rajoute : « oui et tu devras nous supporter tous les deux » en parlant de mon père et elle. Re-trépignements de joie. Bref, c’est le bonheur. Ma grand-mère n’est pas super rassurée de voir trois de ses quatre filles restantes partir ensemble dans un pays arabe au vu de la conjoncture actuelle mais bon…

Bref, le dîner se passe plutôt bien, oncle 1 entreprend Yohann sur le sujet de la religion : les deux ont des avis fondamentalement opposés mais tout reste cordial. Alice et moi buvons tranquillement du rosé et du champagne. Autant vous dire qu’à la fin du repas, on rigole joyeusement. Tout le monde discute avec tout le monde puis à minuit, tout le monde file, reste la famille Bartoldi, Yohann et Anthony. Ma sœur décide que c’est l’heure de faire des photos donc elle y va gaiement. Elle nous impose une séance de photos : tous les 6 ensemble (ça dure trois plombes), ma mère, elle et moi, Yohann et Anthony, Yohann et elle, mon père, elle et moi… Elle nous prend en photo pendant qu’on fait la vaisselle. Oui parce que j’ai beau être saoule, j’essuie les assiettes avec Anthony et même pas j’en ai cassée une.

Bref, le lendemain, ma mère expliqua à ma mamie : « Ahlala, mes deux filles étaient pilos (ouais, ma mère parle djeuns, des fois), y en a une qui arrêtait pas de parler et l’autre qui n’arrêtait pas de prendre des photos. » Ben crois-le si tu veux, lecteur, mais ma mamie a deviné de suite laquelle avait fait quoi.
 
En somme, une petite réunion de famille comme il en existe tant, des gens liés par le sang (ou par alliance) qui se donnent des nouvelles, confrontent leur vision des choses, se racontent des blagues ou des anecdotes. Rien d’exceptionnel… Mais ça fait vraiment du bien.