Courrier des cœurs, réponse à Yannick

Cette semaine, Yannick nous a posé la question suivante : « Salut. J’ai un petit problème. J’ai 24 ans et je suis encore puceau. Je pense que je vais être grillé « ma première fois », non ? Mais je me demande juste comment <<bien faire l’amour>>. Comment on sent si la fille trouva ça bien ou pas ? »

 La cellule Love and sex s’est réunie, voici ce que nous en pensons :

 Enzo : « Je pense que je vais être grillé « ma première fois », non ? » En même temps, si tu avais fait ça à 16ans, tu aurais été
grillé tout autant ? Plus généralement, vu les niveaux disparates en matière de prouesses sexuelles, il n’est pas obligatoire que tu sois grillé pour peu que tu sois bien informé (documentaires, etc). « Mais je me demande juste comment <<bien faire l’amour>>. » Vaste question. Comme précédemment, voir les documentaires. Puis tout oublier et laisser parler son coeur et son instinct animal.
« Comment on sent si la fille trouva ça bien ou pas ? » Alors là, il faut éviter les documentaires trop romancés et extravertis (un cri n’est pas égal forcément à un plaisir). Et faire baisser la pression (facile à dire je sais). Vois ça comme un « Docteur Maboul » en mode expert : sois attentif aux réactions (respiration, yeux (on devient photophobe avec le plaisir), …) et agis en conséquence.
Hypothèse. Action. Analyse de la réaction. Nouvelle hypothèse avec de nouveaux paramètres qui prennent en compte l’analyse précédente. Dégrossis juste un peu le travail en te documentant pour apprendre de l’expérience des autres (exemple: Coup de poing dans les cotes > ne pas tester)

Keira : .. Que dire ?

Déjà, le point important si tu es sur le point d’enfin passer à l’action avec une fille que tu aimes (pas dans le cas du coup d’un
soir donc…), il faut qu’elle soit au courant de ta situation. Parce que si tu te foires, elle va juste croire que tu es nul et puis c’est tout. Tandis que si tu n’es pas au top lors de ta première fois officielle, et bien elle va t’aider.

Il ne faut pas croire que tout s’apprend d’un coup. C’est comme embrasser pour la première fois, au début tu ne sais pas trop comment
gérer le roulage de pelle ou alors le baiser mignon, c’est avec le temps et l’expérience que tu apprends à doser.

Ne te met pas la pression, ça ne sert à rien. Ne sois pas en panique, les premières fois c’est toujours délicat.

Quant à « bien faire l’amour ». Là aussi cela dépendra énormément des attentes de ta partenaire. Tout ce que je peux te conseiller c’est
d’y aller en douceur au début, parce que si tu bourines comme un malade sans avoir chauffé un peu la demoiselle, tu risques de ne pas avoir l’occasion de recommencer une seconde fois. (oui, ça peut faire mal !)

Enfin… les cris ne sont en effet pas toujours des signes de plaisir. Il faut être à l’écoute. Et observer les réactions.

Et comme le disais mon camarade masculin, il y a plein de moyen pour se documenter. Maintenant, les manuels théoriques c’est bien,
mais rien ne vaut la pratique pour s’améliorer dans cet art très particulier qu’est le sexe.

Bon courage en tout cas !

Petite Cervoise : pareil « … que dire ? »

J’ai 24 ans et je suis encore puceau.

=> Note pour les lecteurs de moins de 20 ans : ne laissez pas passer l’occasion de tester, avant de souffler vos 20 bougies. Sachez
qu’à cet âge là, les filles non plus ne savent pas faire grand chose et vous serez donc tout à fait pardonnés.
A 24 ans, je pense que ça doit plaire aux MILF, voir aux Cougar. Surtout aux Cougar.

Je pense que je vais être grillé « ma première fois », non ?

=> L’injustice de la vie fait que non, justement. Une fille se fera certainement griller -physiologie oblige-, mais pour un homme
le scénario peut varier. Soit ça se passe bien, l’instinct prend le dessus et la dame apprécie. Soit ça se passe pas très bien, et elle peut penser soit que tu es un mauvais coup, soit que tu n’as pas énormément d’expérience (à 24 ans, ça peut arriver aussi)

Mais je me demande juste comment <<bien faire l’amour>>.

=> Mon coeur, même à 45 ans, certains n’ont pas encore compris.

Comment on sent si la fille trouva ça bien ou pas ?

=> Le meilleur moyen de savoir, c’est si elle y donne suite ou pas. Si tu aperçois un texto où elle écrit « LOL sors moi de là » à sa
meilleure copine, il est possible qu’elle n’aie pas totalement apprécié. Le mieux est de lui consacrer du temps, être attentif à ses réactions, ne pas TROP trainer non plus là où on pense qu’il est bien de s’attarder… parfois la technique du miroir est payante (reproduire les mêmes gestes de l’autre)
Voila.
=> Voila.

Nina : Vaste question que nous nous sommes tous posés, sans que l’âge entre en ligne de mire, finalement. Parce que nous sommes
clairement dans une société qui valorise « l’étalon » ou « la geisha », ceux qui maîtrisent le plaisir comme des rois. Sauf que dans les faits, il faut bien comprendre que le bon coup de l’un peut être le coup foireux de l’autre. En clair si je te donne une recette du comment bien faire l’amour, c’est une recette qui marchera sur moi, point barre. Perso, si tu as des affinités particulières avec celle qui va te déflorer, dis lui franchement et transforme ça en jeu « comme je sais pas faire, je veux que tu m’apprennes, dis moi ce que je dois faire ». Sans faire trop le boulet non plus mais qu’elle t’invite à la caresser là ou là, tu t’appliques, tu lui demandes si elle aime ou pas (pas toutes les 2 secondes non plus). Et si tu veux pas lui dire, tu peux tenter direct le scénario du « jeune élève et de sa prof qui l’initie aux joies du sexe » mais pas dit qu’un scénar dès la première coucherie emballe la demoiselle. Maintenant, juste un dernier mot : dédramatise ! Etre encore puceau à 24 ans, c’est pas grave, tu n’es pas du tout une exception. Et au pire, si ta prestation n’est pas terrible, tu ne pourras que t’améliorer.

PS à Petite Cervoise : ma perte de virginité est passée pour ma part inaperçue 🙂 (même si j’étais raide comme un piquet)

Voilà, si toi aussi, tu as une question à nous poser, n’hésite plus, un petit comm, un petit mail [nina.bartoldi(a)gmail.com], un message facebook ou twitter et c’est parti !

L’amour rend aveugle (et sourde)

Mon cher moi d’avant,

Parlons des mecs un peu, veux-tu ? C’est amusant. Là, tu as 13-14 voire 15 ans, tu es en 4e et 3e et voilà, tu es tombée amoureuse du beau gosse de service, Guillaume. Ah, tu te pâmes d’amour pour lui, tu passes tes cours à le regarder discrètement, ou pas. D’ailleurs, je me souviens de ce jour où j’ai remarqué que ses oreilles n’étaient pas jolies, un peu un effet mâché. Pourtant, à l’époque, je ne connaissais pas le pouvoir orgasmique des oreilles. Ah ouais, tiens, note : les oreilles mordillées, léchées… C’est purement génial. Fais pas la grimace genre « c’est dégueu ! », tu ne connais rien à la vie, petite jouvencelle.


Donc Guillaume, tu l’aimes d’amour, tu rêves de lui faire des bisous avec la langue et tout ça. Sauf que Guillaume est un crétin. Oh, commence pas à te braquer parce que j’oooooose dire du mal de ton adoré, tu es amoureuse donc aveugle donc crétine. Et NON, tu n’as pas le droit de me répondre qui se ressemble s’assemble. Moi, je sais très bien que tu ne l’auras jamais le Guillaume même si les commères de service t’ont dit qu’il en pinçait pour toi (mais elles ont aussi dit que tu étais sortie avec Cyril ce que nous étions, hélas, parfaitement placées pour savoir que c’était faux parce qu’on aurait bien aimé). Donc puisque Guillaume ne sera jamais tien, commençons le travail de sape.


En un, en 3e, Guillaume arrivera régulièrement avec un pansement sur la joue « parce qu’il s’est coupé en se rasant ». Tu trouves peut-être ça viril, fillette mais non, c’est ridicule. Parce que y a juste rien à raser et qu’il fait genre que c’est un homme car ses potes se rasent mais non. D’ailleurs, sache que Guillaume aura toujours des soucis de virilité et devra donc s’appliquer à prouver à tous qu’il est un mâle, un vrai. Par exemple, au lycée, au carnaval, il arrivera habillé d’un simple moule bite (en février, je rappelle), costume qui sera totalement occulté par celui d’Olivier (le cousin de Jérôme que tu trouves con à l’heure actuelle et dont tu vas évidemment tomber amoureuse), travesti en putasse et par celui de Cyril le grand, vêtu en kilt (l’histoire confirmera qu’il n’était pas nu dessous). Bref, dès que Guillaume pouvait montrer son corps à l’assistance ébahie (ou pas), il le faisait. Ok, faut avouer qu’il était goalé mais bon, bref. Et en fait, j’ai su plus tard pourquoi il agissait ainsi. Figure toi qu’il est resté puceau jusqu’à la fac. Hé oui. Alors que tous ses potes ont perdu leur virginité en seconde lors d’un voyage en Allemagne où tu n’iras pas parce que ta meilleure amie n’y allait pas non plus. Ben, tu vois, t’y serais allée, t’aurais peut-être perdu ta virginité avec un Allemand, quelle classe. Arrête de plisser le nez genre c’est dégoûtant, tu verras que tu changeras d’avis, fillette.*


Donc notre ami Guillaume va passer le lycée à se trouver une copine qui veut bien écarter les cuisses, en vain. Ce qui est drôle quand on voit comme il se la pète beau gosse barbu. D’ailleurs, j’ai jamais vu l’ombre d’un poil sur son visage, à l’époque. Mais ce n’est pas tout. Guillaume est un fayot. Mais un fayot balourd. Bientôt, tu vas partir en Allemagne en voyage de classe (décidément) et il y aura ta prof de français de 4e. Et bien grâce à elle, tu vas découvrir que tout le monde n’aime pas Guillaume. Elle, par exemple, elle le déteste. Elle lâche un « très spirituel » cassant quand il lâchera dans le micro du Bundestag « ach, nous allons envahir la France-euh ! », elle lèvera les yeux au ciel quand il racontera tout fier qu’il a roulé une pelle à un mec lors d’une soirée beuverie… D’ailleurs, là, tu te diras que finalement, il est un peu nase ce mec. Mais tu sais, à 15 ans, c’est de son âge de mettre sa langue dans toutes les bouches et de s’en vanter. Ceci étant, tu comprendras à ce moment là que ce mec est quand même sacrément lourd, suffisamment en tout cas pour qu’une prof (qu’on n’avait plus en cours certes) ne cache pas tout le mépris qu’elle a pour lui. Et c’était pas la seule, la prof de dessin l’avait traité d’hypocrite en 6e ou 5e, je sais plus bien.


Mais rassure-toi ma chérie, ce n’est pas grave de tomber amoureuse de crétins, tu vas faire ça une bonne partie de ta vie. D’ailleurs, la prochaine fois, je vais un peu te parler d’amour.

Love dans ta face.

* Le « c’est dégoûtant » avait bien sûr trait au sexe en général et non pas aux Allemands.

Mentir, c’’est naturel

L’autre jour, je lisais Cosmo et il y avait un article sur le mensonge, expliquant que c’était naturel. Je me penche sur mon cas. Oui, je suis une menteuse sans être mytho, je mens toujours pour la bonne cause. Pourquoi je ne rends pas mon article à temps ? Problème d’ordi. Je veux pas venir bosser ? Suis malade. Je fume ? Mais non, maman, voyons. Je pars en week-end en Bretagne voir un mec ? Mais non, Alice, je pars dans les Yvelines consoler une copine en pleine rupture.

 

Donc, je mens. Mal, mais je mens. Comme tout le monde. Que celui qui n’a jamais menti me jette la première pierre mais j’aurai du mal à le croire. Bon, le problème, chez moi, c’est qu’une fois sur deux, je me fais attraper. J’ai une particularité : je parle aux gens en les regardant droit dans les yeux. Sauf quand je mens. Je me souviens d’une fois où Gauthier, plein de bon sens, m’a dit de retourner dormir dans le lit après une dispute amoureuse. Oui, moi, je voulais dormir dans la baignoire, tellement j’étais furieuse. « Moumour, tu retournes au lit ! Je te vois demain et je saurai si tu mens ou pas et si tu as dormi dans la salle de bain, ça va chier ! ». Bon, ben du coup, j’ai rejoint piteuse le fameux lit.

 

Parfois, mes mensonges se retournent contre moi. Exemple : en 2002, je travaillais à l’Observatoire de la vie étudiante, à la fac. C’est-à-dire que je corrigeais les questionnaires renvoyés par les étudiants, passionnant ! Heureusement, on avait quelques perles, ça nous occupait. Un vendredi matin, j’avais le choix entre aller bosser et aller faire un micro-trottoir avec deux mecs de la radio dont le fameux démon tentateur. Bon, ok, je vais faire le micro-trott’, c’est mieux pour ma carrière, après tout. Donc, la veille, je m’engage à les rejoindre en expliquant que je raconterais que j’ai une fuite chez moi. Jeudi soir, je fais ma tambouille quand j’avise une flaque sous le frigo. Hein ? Bon, je passe la serpillière, pensant que j’ai fait des cochonneries en faisant la vaisselle. Eeeeeeeeet merde, la flaque revient, c’est pas normal, là ! Diagnostic : mon frigo est en train de décéder. Ca t’apprendra à mentir, vilaine !

 

Mais pourquoi on ment ? Pour ma part, c’est essentiellement pour éviter les conflits. Par exemple, il y a des moments où je suis pas au mieux de ma forme et donc les gens me saoulent rapidement donc plutôt que de leur dire cash : « tu me fais chier, je te trouve vraiment trop con(ne) », je m’abstiens. Surtout que quand ça va mieux, je me rends compte parfois que j’ai exagéré et je m’en veux. De la même façon, j’évite de dire à ma mère que je fume pour pas qu’on entre en conflit ni que je suis de gauche, même si, ça, mes parents le savent bien. C’est du mensonge par omission mais je sais qu’on peut pas débattre chez moi donc pas la peine de s’engueuler. Je mens aussi pour le travail, histoire de ne cacher mes manques de sérieux, parfois. Genre, au lieu de dire : « j’ai pas fini mon travail parce que j’ai traîné au lit jusqu’à 10h », je dis « la recherche documentaire m’a pris du temps », ce qui n’est pas faux. De toute façon, ça prend du temps de lire les sources et de rédiger, surtout quand on fait autre chose en même temps… Mais le mensonge a ses limites et des fois, je suis bluffante d’honnêteté, je le fais pas exprès. Au début de mon stage, mon boss me demande pourquoi j’ai pas traité la PQR, réponse : « j’ai complètement zappé ! ». Pareil, une fois, on regardait les infos avec mes parents et y avait un sujet sur les jeunes et le shit. Ma mère :

« Mais ça me dépasse ça, pourquoi ils se droguent les jeunes ? T’as déjà fumé un joint, toi, Nina ?

– Oui. »
Hein ? C’est moi qui ai répondu ça ? Oups !

« Ah ? poursuit ma mère. Faudra que j’essaie un jour, histoire de voir. »

Ah ben tiens, je m’attendais pas du tout à cette réaction. N’empêche que voir ma mère fumer un joint, ce serait quand même énorme !

 

Après, je ne suis pas pour autant mytho. Quand mes amis me font chier, je le leur dis. Genre quand Gauthier s’ennuie au boulot et me pourrit sur MSN, il a droit à un aimable : « Bon, tu me laisses bosser, oui ? » ou « Non, je n’irai pas voir Madonna en concert, je la supporte pas ! ». J’ai passé l’âge d’être conformiste et de dire que j’aime tout ce qu’il faut aimer pour être hype. J’aime pas Madonna, ni Louise Attaque, « Clint Eastwood » de Gorillaz me donnait envie de jeter mon réveil par la fenêtre et j’ai bien aimé lire le Da Vinci Code. J’ai pas vu le journal de Bridget Jones et je compte pas le voir, j’ai détesté la dernière saison d’Ally McBeal et le dernier épisode de Friends pue la guimauve. Non
mais ! De la même façon, quand on me parle de quelque chose que je connais pas, je fais pas semblant. Je ne suis pas une usurpatrice, je reconnais que je ne sais pas tout sur tout et heureusement. Si à 26 ans, j’étais déjà omnisciente, ce serait bien triste. Moi, ce que j’aime dans la vie, c’est apprendre. Quand Alex me parlait de ses études, je le regarde les yeux ronds, la bouche ouverte : je connais rien mais j’essaie au moins de comprendre. Quand on me parle du Metropolitan Museum de New York, j’écoute sans donner mon avis : j’y suis jamais allée, je vais pas faire semblant ! Car s’il y a bien un truc qui m’agace, ce sont les gens qui ne reconnaissent pas leurs lacunes en matière de culture alors que c’est évident qu’on ne peut pas tout savoir.

 

Le pire : les mythomanes. Et j’en ai croisé ! L’an dernier, je fréquentais une nana et plus ça allait dans le temps, plus je tiquais : ses histoires n’étaient pas cohérentes. Un coup elle avait rencontré l’amour de sa vie à une soirée, un coup dans la rue. Au début, je me suis dit que j’avais mal compris, jusqu’à ce que je la prenne en flagrant délit de gros mensonge. Durant l’été, la demoiselle m’informe gentiment qu’elle a « la foufoune en feu » car elle est allergique au latex. Je suis heureuse de le savoir, tiens ! Deux mois plus tard, je vais déjeuner chez elle avec une autre amie et là, elle nous explique : « avec machin, on ne s’est jamais protégés et il me demandait même pas si je prenais la pilule ». Hein quoi ? Question : comment peut-on faire une allergie à la capote si on en utilise pas ? Parce que c’est bien avec machin qu’elle avait fait son allergie !De la même façon, un jour, elle m’expliquait que son pire drame serait de ne pas avoir d’enfants. Un autre jour, sa plus grande phobie est d’avoir un enfant, elle n’en veut pas, elle ne supporte pas l’idée. Hein quoi ? Bon, du coup, j’ai fini par la dégager de mon entourage. Je ne sais même pas si elle consciente ou pas de sa mythomanie mais je n’aime pas qu’on me prenne pour,une bille. De la même façon, l’autre jour, je parlais avec Lucie qui m’expliquait que Johanne, mon ex amie totalement barrée était mytho. « Oui, elle nous a raconté qu’elle s’était fait violée étant jeune ! ». Quoi ? Je la connais depuis la maternelle, je sais précisément quand et comment elle a perdu sa virginité, vu qu’elle avait la pudeur d’un ver de terre. Bon, alors, je conçois tout à fait qu’un viol, c’est traumatisant mais il me semble que c’est plus logique d’en parler à ses amis proches qu’à des quasi inconnus entre le fromage et le dessert.
En même temps, sa mythomanie n’est pas une découverte : vers la fin, elle me racontait qu’elle voyait des monstres la nuit pour justifier le fait qu’elle passait la nuit chez de parfaits inconnus. Des fois, je me demande ce qui pousse les gens à mentir comme ça. Pour la fille dont je parlais en premier, c’était clairement dans un désir absolu de plaire, elle arrangeait sa vie selon ses interlocuteurs. Pour Johanne aussi, je pense. Sauf que, perso, quand je prends une personne en flagrant délit de mythomanie, j’ai tendance à prendre mes jambes à mon cou. C’est sans doute pour ça que ses personnes sont seules, au fond.

 

Bref, mentir, tout le monde le fait, c’est pas forcément bien mais si ça permet d’éviter certains conflits, ce n’est pas condamnable. Du moment que ça ne devient pas une habitude…

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La pudeur

Avant, au jardin d’Eden, Adam et Eve vivaient nus et vivaient bien. Puis en mangeant le fruit de la connaissance, les voilà gênés de leur nudité et ils se couvrent de belles feuilles de vigne (pas très couvrante ou Adam était mal équipé). Et voilà, les hommes se couvrent. Je n’ai jamais fait d’histoire des vêtements mais d’après ce que je sais, les hommes et femmes se sont rapidement confectionnés des habits pour se couvrir : la nudité serait-elle taboue dès la Préhistoire ?
 

Retour en arrière, j’ai 10 ans, par là, ma cousine vient dormir à la maison. Pour dormir, j’ai mis un T-shirt qui s’arrête au nombril, donc je suis cul nu et je galope dans cette tenue. Mon père me réprimande : « Tu pourrais pas avoir un peu de pudeur ! » De quoi ? C’est quoi ce mot moche ? Et oui, comme toutes les gosses, j’ai la pudeur d’un ver de terre mais à l’adolescence, voilà que je me couvre des pieds à la tête. Dans ma famille, nous sommes quatre : ma mère qui se balade à poil tout l’été et les trois autres, toujours pudiquement couverts. Ma mère est née à la campagne et ne s’est jamais embarrassée de vêtements superflus, j’ai entendu parler de la fois où elle arrivée vêtue de seules bottes en caoutchouc de son père (bon qui lui arrivaient aux hanches, certes) et qui se présente aux collègues de mon grand-père, toute fière : « bonjour, je m’appelle biiiiip biiiiip et je suis la digne fille de mon père ! ». Ben, j’aurais bien aimé voir la scène, quand même ! Petite, ma sœur avait un problème de culotte : elle les enlevait dans la voiture quand mon papa nous amenait à l’école, ce qui valut à mes parents une convocation par la maîtresse. Hé oui, une petite fille qui s’habille en robes (parce que les pantalons, c’est que pour les garçons !) et qui passe sa vie à faire le cochon pendu sans culottes… Hum ! Pourtant, y a pas plus pudique que ma sœur aujourd’hui, je ne l’ai plus vue nue depuis ses 10 ans… et c’est réciproque, d’ailleurs.

 

La pudeur est quelque chose d’assez curieux, selon moi. Enfants, on adore se balader culs nus, adultes, on en montre le moins possible (quoi que ça dépend). Suis-je pudique ? Oui, assurément. Je mets parfois des tenues un peu osées avec des dépoitrinés d’anthologie mais j’aurais du mal à aller dans un camp naturiste. Pourtant, des fois,il m’arrive de traverser mon appartement à poil juste avant d’aller me doucher alors que je n’ai pas fermé mes volets et que je vis au rez-de-chaussée côté rue. Avec mes amis, je me mets pas à poil, aucun n’a vu mes fesses ou mes seins (ou alors par accident), sans doute parce que je n’ai pas d’impulsions exhibitionnistes. La seule fois où Gauthier a vu mes seins, c’est quand j’avais mis un maillot deux pièces triangle et qu’il m’avait jetée dans la piscine. Quand je suis ressortie, j’avais le maillot sur la tête… Oui parce que les maillots triangle, c’est bien juste pour bronzer, pour le reste, faut oublier.

 

A propos de maillot, je n’aime pas bronzer seins nus. Par pudeur mais aussi parce que si je me prends un coup de soleil là (je prends des coups de soleil partout où je ne suis pas couverte, une catastrophe), je vais vraiment morfler. Déjà, la dernière fois où je suis allée à la plage, je n’ai pas pu m’asseoir pendant trois jours (malgré le port du maillot) donc le naturisme, c’est trop dangereux pour moi. Et puis, tous ces corps exposés, ça doit blaser, quand même. Déjà, errer dans des vestiaires avec une quarantaine de rugbymen nus, je les voyais plus alors dans un camp de naturistes, pfffff ! Et qu’en est-il du plaisir de l’effeuillage. Quelque part (c’est horrible ce que je vais dire, mais je le fais quand même), j’adore le premier effeuillage, découvrir petit à petit le corps de mon futur amant, en particulier son pénis. Oui, il faut dire ce qui est !

 

L’effeuillage, justement. Je me souviens, à l’époque où j’étais vierge et totalement complexée par mon corps (à tort ou à raison selon les moments de ma vie), paraître nue devant un homme m’effrayait au plus haut point, je ne voyais pas comment j’arriverais à me désaper autrement que dans le noir. Finalement, j’ai perdu ma virginité en pleine lumière, l’excitation m’ayant fait oublier mes complexes. Parce que finalement, avec mes amants, je retrouve mon impudeur naturelle : je n’aime pas faire l’amour dans le noir, je me fiche qu’il voit ma cellulite en pleine levrette. En même temps, un mec qui remarque ça, c’est qu’il n’est pas trop dans l’ambiance, il me semble. Une fois la première brouette consommée, je dors nue, je me promène nue devant lui, ça m’est égal. Après tout, il a visité mon intimité, à partir de là…

 

L’autre soir, je discutais avec un jeune homme qui était étonné de savoir que je dormais très souvent nue, seule ou accompagnée, il m’expliquait que ses copines enfilaient toujours au moins une culotte… Je trouve ça un peu curieux : s’il y a bien une personne avec qui je peux me montrer sans le moindre artifice, c’est bien avec mon copain. Y a qu’en hiver que je me couvre mais c’est plus une question de froid que de pudeur. Franchement, je ne trouve rien de plus agréable que de m’alanguir contre le corps nu de mon petit ami (ou de mon amant), on se rhabillera en sortant. En attendant, on reste nus, comme ça, si l’envie d’une brouette nous prend, on ne perd pas de temps.

 

La pudeur est vraiment un phénomène intéressant. J’adore m’habiller et porter de jolies tenues, ça doit venir de nos vieux instincts animaux, on se pare pour plaire. Et puis je me vois pas me promener à poil dans Paris. Plus on veut séduire, plus on se pare de couleurs (même si le noir, c’est d’une classe folle, j’adore), comme les oiseaux, par exemple. Mais qu’est-ce qui a poussé les premiers hommes à se couvrir d’oripeaux ? Par pudeur ou pour protéger certaines parties délicates ? Car en Egypte, par exemple, les femmes se promenaient seins nus… On se couvre et on se découvre selon les modes… Je pense qu’après l’actuelle période où on en montre le plus possible, on va revenir à une mode plus couvrante. Il est vrai que je préfère suggérer qu’exhiber mais pour autant, je ne suis pas une fanatique de la robe de bure.

 

Autre pudeur particulière chez moi : je déteste qu’on me voit dans la salle de bain. J’ai déjà parlé de la douche : avec mon petit ami, oui, sinon, on me regarde pas me laver. Je n’aime pas qu’on me regarde quand je me lave la figure ou les dents, je n’apprécie pas forcément qu’on me voit en train de me maquiller. Peut-être est-ce de la pudeur ou alors de l’égoïsme. J’aime me maquiller, c’est un moment rien qu’à moi donc qu’on me laisse tranquille. D’un autre côté, je ne trouve rien de moins sensuel que ces moments d’hygiène indispensables. C’est comme une belle maison, quelque part : c’est agréable de la regarder mais se passionnerait-on de voir une personne la nettoyer pour qu’on puisse la voir sous son meilleur jour ? Non, je crois pas. Le pire du pire : mes besoins naturels. Je suis EXTREMEMENT pudique à ce sujet. Je n’aime pas que quelqu’un, y compris mon petit ami, soit dans la même pièce que moi quand je m’abandonne à ce besoin naturel et je n’aime pas qu’on m’entende non plus (et je n’aime pas entendre, ça me gêne). Ca, ce doit être un truc de filles parce que les mecs, y en a plein qui pissent joyeusement dans la rue, par exemple. A l’époque où j’étais avec Guillaume Ier, ça le gênait pas de venir pisser à côté de moi pendant que je me maquillais, ce qui m’énervait au plus haut point : il peut pas attendre que j’ai fini ?

 

Bref, je pense ne pas être particulièrement pudique mais y a quand même quelques bornes que je m’impose. Je ne comprends pas l’intérêt de se foutre à poil au milieu d’une boîte sous les regards indifférents des mecs (scène vue dans Paris Dernière). Je ne comprends pas l’intérêt de mettre sur le net des photos de moi à poil (j’en ai pas, remarque). Je préfère garder l’essentiel pour les hommes qui partagent ma couche.

 

Etes-vous né à la bonne saison ?

En tant que vingtenaire, je dois trouver la réponse à mes questions dans la folle gamme des journaux féminins, même si la plupart s’adressent soit aux adolescentes, soit aux trentenaires. Une fois de plus, les vingtenaires, étudiantes fauchées ou smicardes qui ne peuvent se payer le jean à 100 euros et qui ont déjà perdu leur virginité (enfin, pour la plupart) n’ont qu’à se débrouiller toute seule.
 
Les journaux féminins ont parfois le don de répondre aussi aux questions qu’on ne se pose pas, mais alors pas du tout. Le mois dernier, j’attendais le train à la gare (oui, je suis une rebelle, j’attends le train à la gare, moi) et je vois d’immenses affiches pour un journal féminin, je ne sais plus lequel (Marie-Claire ou l’étrangement nommé Question de Femmes). Et là, une question essentielle barre la une de ce titre : êtes-vous née à la bonne saison ? Ah, enfin, je vais savoir ! 25 ans que j’attendais que l’on me le révèle : suis-je née à la bonne saison, bon Dieu ? Non, en réalité, je me suis jamais posée la question. Du coup, en attendant mon train, j’ai développé le thème dans ma tête, sans pour autant acheter le magazine, faut pas déconner non plus.
 
Déjà, je me demande quelle est la journaliste droguée qui a eu cette idée. Imaginons un peu la conférence de rédaction qui a pu permettre à une telle interrogation existentielle d’occuper quelques pages dans ce magazine. J’imagine un lundi matin, l’équipe arrive.
« Ahlala, la fête chez Aline était terrible, samedi soir !
– M’en parle pas, j’ai pas encore décuvé !
– Bah, moi non plus ! »
Tandis que nos amies journalistes essaient de diluer leur gueule de bois dans le café, voici la rédactrice en chef qui arrive. Rédac’ en chef, ce n’est pas facile tous les jours : on écoute les idées des journalistes et on tranche. Des fois, on en a, on les soumets, mais le peu de rédac’ chefs que j’ai croisés se foulaient assez peu l’imagination, soyons honnête. Donc voici notre rédactrice en chef qui arrive, pas forcément plus en forme que les autres puisqu’elle était invitée à un super brunch mondain la veille. Oui, elle s’est rendue compte qu’un demi-croissant, ça n’éponge pas quatre coupes de champagnes. Donc elle s’assoit, elle grogne un bonjour.
« Bon, vous avez des idées pour l’été ? »
Un ange, une mouche, un train, un avion, 46 voitures, 3 bus de la RATP et 17 rames de métro passent.
« Bon alors ?
– Heu… Ben… Moi, j’ai pas pu réfléchir ce week-end, ma sœur a accouché et…
– On n’a pas idée d’avoir un gosse à c’te saison !
– Et si on faisait un dossier : « êtes-vous née la bonne saison ? » avec des astrologues et tout ?
– Putain, ça, c’est une idée, cocotte ! Un truc que les autres magazines ne feront pas ! »
 
Pour les lecteurs masculins, il est vrai qu’en été, les magazines féminins ne sont pas franchement variés (le reste de l’année non plus, remarquez). Vous avez au choix :
« cet été, baisez, mais baisez protégée », « cet été, baisez, mais baisez bronzée », « belle en maillot ! Vous avez un gros cul ? J. Lo aussi ! »,
« vous vous êtes faite piquer par une méduse ? Pissez-vous dessus ! ». Bon, la critique est facile, il n’empêche que je ne rate pas un numéro de Cosmo car il y a également des articles qui changent un peu de ces marronniers incontournables (et donc insupportables ?). En fait, lecteur, pour être honnête, la lecture de Cosmo m’inspire nombre d’articles (que je n’écris pas, la plupart du temps).
 
Donc la vocation d’un magazine féminin est, à la base, de répondre à nos questions. Et bien ce magazine-là, il répond aux questions que je ne me pose pas ! Et le pire, c’est que, sur mon quai, alors que je recrachais la fumée de ma cigarette, voilà que je me mets à réfléchir à la question !
 
Suis-je née à la bonne saison ? Ben, oui, ma foi. Bon, sautons toutes les considérations astrologiques de base, aucun signe n’est réellement à éviter. Personnellement, il y a deux, trois signes que je n’aime pas mais c’est personnel. Bon, déjà, selon l’astrologie, on a des affinités en fonction de notre signe : je m’entends particulièrement bien avec les signes de feu, les Balances, je suis attirée par les Taureaux, j’apprécie moyennement les Cancer, les Vierges me prennent souvent la tête et les Verseaux ne me réussissent pas du tout. Ceci étant, j’ai les mêmes constations par rapport aux prénoms, certaines personnes portant des prénoms honnis auront du mal à trouver grâce à mes yeux. Et le pire c’est que j’ai un copain qui déteste EXACTEMENT les mêmes prénoms que moi, comme quoi…
 
Donc, pourquoi affirme-je que je suis née à la bonne saison ? D’abord, pensons à ma chère et tendre génitrice. Je suis un bébé du printemps, ce qui veut dire que ma mère a tout juste commencé sa grossesse en été et n’a pas dû subir les grosses chaleurs alors qu’elle était sur le point d’accoucher. Pour ça, par exemple, mon ex est né à la mauvaise saison : début septembre 1976, soit juste après la grosse canicule, je plains sa pauvre mère (ce qui expliquerait aussi pourquoi il est fils unique…). Donc de ce point de vue-là, les enfants nés entre février et juin sont nés à la bonne saison. Les autres non, leur mère a été enceinte, et surtout grosse, l’été !
 
Bon, suite à cette première réflexion hautement intellectuelle, je décide de faire entrer un nouveau facteur : le jour anniversaire ! Oui, les enfants, quand c’est jeune, ça aime fêter son anniversaire avec ses petits camarades. Donc, ceux nés en juillet et en août sont définitivement mal nés : je me souviens de mes petits camarades d’été qui râlaient car personne ne venait à leur anniversaire, vu que tout le monde était parti en vacances. Pour ma part, tout dépendait des années : je suis née le jour de Pâques donc, parfois, mon anniversaire tombe pendant les vacances scolaires, ce qui n’était pas dramatique en soi : au plus tard 15 jours après, je pouvais organiser mon truc. De toute façon, vu qu’il pleut toujours des cordes à mon anniversaire, je pense que je vais arrêter de le fêter.
 
Bon, pour ma part, je suis née à la bonne saison mais pas un bon jour : un dimanche, de Pâques, de surcroît. Mais encore, j’ai eu la décence de naître en plein après-midi (certes, ça faisait 15 jours que ma mère allait à l’hôpital tous les soirs pour accoucher…) alors que ma chère sœur est née non seulement un dimanche mais à 3h du matin !
 
Voilà, après 10 minutes de réflexion sur mon quai de gare et une cigarette consumée, je suis arrivée à la conclusion que :
– oui, je suis née à la bonne saison
– on a rarement traité un sujet aussi con.  Non mais imaginez la demoiselle fragile née en janvier qui lit que les gens nés en hiver sont des psychopathes ! Elle fait quoi dans ce cas-là ? Elle va porter plainte contre sa mère de pas l’avoir conçue au bon moment ?
 
Je suis montée dans mon train sans acheter cette merveille de journalisme, je ne saurai donc jamais si, selon ce journal, je suis née à la bonne saison ou pas. En même temps, qu’est-ce que je m’en fiche !