La pudeur

Avant, au jardin d’Eden, Adam et Eve vivaient nus et vivaient bien. Puis en mangeant le fruit de la connaissance, les voilà gênés de leur nudité et ils se couvrent de belles feuilles de vigne (pas très couvrante ou Adam était mal équipé). Et voilà, les hommes se couvrent. Je n’ai jamais fait d’histoire des vêtements mais d’après ce que je sais, les hommes et femmes se sont rapidement confectionnés des habits pour se couvrir : la nudité serait-elle taboue dès la Préhistoire ?
 

Retour en arrière, j’ai 10 ans, par là, ma cousine vient dormir à la maison. Pour dormir, j’ai mis un T-shirt qui s’arrête au nombril, donc je suis cul nu et je galope dans cette tenue. Mon père me réprimande : « Tu pourrais pas avoir un peu de pudeur ! » De quoi ? C’est quoi ce mot moche ? Et oui, comme toutes les gosses, j’ai la pudeur d’un ver de terre mais à l’adolescence, voilà que je me couvre des pieds à la tête. Dans ma famille, nous sommes quatre : ma mère qui se balade à poil tout l’été et les trois autres, toujours pudiquement couverts. Ma mère est née à la campagne et ne s’est jamais embarrassée de vêtements superflus, j’ai entendu parler de la fois où elle arrivée vêtue de seules bottes en caoutchouc de son père (bon qui lui arrivaient aux hanches, certes) et qui se présente aux collègues de mon grand-père, toute fière : « bonjour, je m’appelle biiiiip biiiiip et je suis la digne fille de mon père ! ». Ben, j’aurais bien aimé voir la scène, quand même ! Petite, ma sœur avait un problème de culotte : elle les enlevait dans la voiture quand mon papa nous amenait à l’école, ce qui valut à mes parents une convocation par la maîtresse. Hé oui, une petite fille qui s’habille en robes (parce que les pantalons, c’est que pour les garçons !) et qui passe sa vie à faire le cochon pendu sans culottes… Hum ! Pourtant, y a pas plus pudique que ma sœur aujourd’hui, je ne l’ai plus vue nue depuis ses 10 ans… et c’est réciproque, d’ailleurs.

 

La pudeur est quelque chose d’assez curieux, selon moi. Enfants, on adore se balader culs nus, adultes, on en montre le moins possible (quoi que ça dépend). Suis-je pudique ? Oui, assurément. Je mets parfois des tenues un peu osées avec des dépoitrinés d’anthologie mais j’aurais du mal à aller dans un camp naturiste. Pourtant, des fois,il m’arrive de traverser mon appartement à poil juste avant d’aller me doucher alors que je n’ai pas fermé mes volets et que je vis au rez-de-chaussée côté rue. Avec mes amis, je me mets pas à poil, aucun n’a vu mes fesses ou mes seins (ou alors par accident), sans doute parce que je n’ai pas d’impulsions exhibitionnistes. La seule fois où Gauthier a vu mes seins, c’est quand j’avais mis un maillot deux pièces triangle et qu’il m’avait jetée dans la piscine. Quand je suis ressortie, j’avais le maillot sur la tête… Oui parce que les maillots triangle, c’est bien juste pour bronzer, pour le reste, faut oublier.

 

A propos de maillot, je n’aime pas bronzer seins nus. Par pudeur mais aussi parce que si je me prends un coup de soleil là (je prends des coups de soleil partout où je ne suis pas couverte, une catastrophe), je vais vraiment morfler. Déjà, la dernière fois où je suis allée à la plage, je n’ai pas pu m’asseoir pendant trois jours (malgré le port du maillot) donc le naturisme, c’est trop dangereux pour moi. Et puis, tous ces corps exposés, ça doit blaser, quand même. Déjà, errer dans des vestiaires avec une quarantaine de rugbymen nus, je les voyais plus alors dans un camp de naturistes, pfffff ! Et qu’en est-il du plaisir de l’effeuillage. Quelque part (c’est horrible ce que je vais dire, mais je le fais quand même), j’adore le premier effeuillage, découvrir petit à petit le corps de mon futur amant, en particulier son pénis. Oui, il faut dire ce qui est !

 

L’effeuillage, justement. Je me souviens, à l’époque où j’étais vierge et totalement complexée par mon corps (à tort ou à raison selon les moments de ma vie), paraître nue devant un homme m’effrayait au plus haut point, je ne voyais pas comment j’arriverais à me désaper autrement que dans le noir. Finalement, j’ai perdu ma virginité en pleine lumière, l’excitation m’ayant fait oublier mes complexes. Parce que finalement, avec mes amants, je retrouve mon impudeur naturelle : je n’aime pas faire l’amour dans le noir, je me fiche qu’il voit ma cellulite en pleine levrette. En même temps, un mec qui remarque ça, c’est qu’il n’est pas trop dans l’ambiance, il me semble. Une fois la première brouette consommée, je dors nue, je me promène nue devant lui, ça m’est égal. Après tout, il a visité mon intimité, à partir de là…

 

L’autre soir, je discutais avec un jeune homme qui était étonné de savoir que je dormais très souvent nue, seule ou accompagnée, il m’expliquait que ses copines enfilaient toujours au moins une culotte… Je trouve ça un peu curieux : s’il y a bien une personne avec qui je peux me montrer sans le moindre artifice, c’est bien avec mon copain. Y a qu’en hiver que je me couvre mais c’est plus une question de froid que de pudeur. Franchement, je ne trouve rien de plus agréable que de m’alanguir contre le corps nu de mon petit ami (ou de mon amant), on se rhabillera en sortant. En attendant, on reste nus, comme ça, si l’envie d’une brouette nous prend, on ne perd pas de temps.

 

La pudeur est vraiment un phénomène intéressant. J’adore m’habiller et porter de jolies tenues, ça doit venir de nos vieux instincts animaux, on se pare pour plaire. Et puis je me vois pas me promener à poil dans Paris. Plus on veut séduire, plus on se pare de couleurs (même si le noir, c’est d’une classe folle, j’adore), comme les oiseaux, par exemple. Mais qu’est-ce qui a poussé les premiers hommes à se couvrir d’oripeaux ? Par pudeur ou pour protéger certaines parties délicates ? Car en Egypte, par exemple, les femmes se promenaient seins nus… On se couvre et on se découvre selon les modes… Je pense qu’après l’actuelle période où on en montre le plus possible, on va revenir à une mode plus couvrante. Il est vrai que je préfère suggérer qu’exhiber mais pour autant, je ne suis pas une fanatique de la robe de bure.

 

Autre pudeur particulière chez moi : je déteste qu’on me voit dans la salle de bain. J’ai déjà parlé de la douche : avec mon petit ami, oui, sinon, on me regarde pas me laver. Je n’aime pas qu’on me regarde quand je me lave la figure ou les dents, je n’apprécie pas forcément qu’on me voit en train de me maquiller. Peut-être est-ce de la pudeur ou alors de l’égoïsme. J’aime me maquiller, c’est un moment rien qu’à moi donc qu’on me laisse tranquille. D’un autre côté, je ne trouve rien de moins sensuel que ces moments d’hygiène indispensables. C’est comme une belle maison, quelque part : c’est agréable de la regarder mais se passionnerait-on de voir une personne la nettoyer pour qu’on puisse la voir sous son meilleur jour ? Non, je crois pas. Le pire du pire : mes besoins naturels. Je suis EXTREMEMENT pudique à ce sujet. Je n’aime pas que quelqu’un, y compris mon petit ami, soit dans la même pièce que moi quand je m’abandonne à ce besoin naturel et je n’aime pas qu’on m’entende non plus (et je n’aime pas entendre, ça me gêne). Ca, ce doit être un truc de filles parce que les mecs, y en a plein qui pissent joyeusement dans la rue, par exemple. A l’époque où j’étais avec Guillaume Ier, ça le gênait pas de venir pisser à côté de moi pendant que je me maquillais, ce qui m’énervait au plus haut point : il peut pas attendre que j’ai fini ?

 

Bref, je pense ne pas être particulièrement pudique mais y a quand même quelques bornes que je m’impose. Je ne comprends pas l’intérêt de se foutre à poil au milieu d’une boîte sous les regards indifférents des mecs (scène vue dans Paris Dernière). Je ne comprends pas l’intérêt de mettre sur le net des photos de moi à poil (j’en ai pas, remarque). Je préfère garder l’essentiel pour les hommes qui partagent ma couche.

 

Mon vibromasseur et moi

Hé non, cet article ne parlera pas de ma relation avec Ernest même si je ferai un article rigolo sur le sujet, un jour. Non, cet article parlera de racolage actif. Avec ce titre, je risque d’attirer de nouveaux lecteurs qui ne resteront pas longtemps, vu qu’il n’y a pas de photo du vibro, ni de mon sexe, de mes seins, pas même de mes pieds.
 
Hier, Archi m’a gentiment proposé de m’offrir le numéro de décembre de Jalouse. Pourquoi allez-vous demander. Tout simplement parce que ce mois-ci, en couverture, y a une pastille à gratter pour voir le zizi d’un monsieur mais surtout, est offert avec ce numéro un vibromasseur argenté ! Bon, vu la taille du magazine, je suppose que le gode, c’était un ladyfinger et j’en ai déjà un. Alors, certes, Ernest souffre parfois de solitude mais bon, à choisir, je veux un vibromasseur avec gratte-clito. Mais là n’est pas le sujet de l’article.
 
Hier, donc, suite à cette remarque, Sechev a répondu « y en a qui ne savent pas quoi faire pour vendre » et ça m’a donné l’idée de faire un article sur le
racolage.
 
Comme tu le sais, lecteur, je suis journaliste… au chômage, certes, mais journaliste quand même. Et en journalisme, la vocation première est… de vendre. Hé oui, on pourrait croire que c’est d’informer mais ça, c’était avant. Faites un test, allez chez votre kiosquier habituel et regardez le nombre de magazines étalés : impressionnant, non ? Et encore, pensez au nombre de titres qui ne sont pas arrivés chez votre kiosquiers… Ceux qui disparaissent et apparaissent sans cesse… Bon, voilà, il y a beaucoup (trop) de choix dans n’importe quel style de journal, faut donc sortir du lot. Comment ? En faisant du racolage ! Par exemple, vous êtes le rédacteur en chef de Journal TV Magazine zapping, vous avez le choix pour la couverture : une pouffe de la Star Ac ou le gentil présentateur de Thalassa. Bon et bien vous choisirez forcément la première car le créneau « journal télé intellectuel » est déjà pris par Télérama.
 
Donc qu’est-ce qui fait vendre ? Le sexe, l’argent, le scandale. Récemment, ils ont sorti un pur torchon, Closer. Sur le coup, je me suis demandée qui allait lire ce truc : c’est pas tout à fait un journal télé, pas tout à fait un journal people (mais complètement une merde). Bref, j’étais persuadé que ça allait se vautrer mais j’ai eu tort. Après tout, un peu de photo de paparazzi, de la télé, des histoires soit disant vraies, le tout réhaussé par une couverture rose fluo. Closer est l’inverse même du journalisme : tout n’est que rumeur, calomnie, aucune rigueur journalistique là-dedans… Et ça marche !
 
Pour les blogs, c’est pareil. Ça me fatigue de voir que certains sont à tel point obsédés par les stats qu’ils sont prêts à publier n’importe quoi pour avoir trois lecteurs de plus. Le cul fait vendre ? Bon, parlons cul. Fellation, sodomie, cunnilingus, aisselles velues, peu importe le sujet, pourvu qu’on ait la trique. Vous allez me rétorquer : « et toi, alors, tu fais pas ça ? » Et bien, non. Je ne parle que de sujets qui s’imposent dans ma vie, ce sont plus des réactions que des réflexions. Exemple : l’article sur la révolution clitoridienne qui est né grâce à une chronique sur le sujet dans les Maternelles. Les articles sont aussi souvent nés de mes discussions avec mes camarades. Mais je vais pas parler de
sexe pour parler sexe et faire venir des lecteurs. Exemple, je ne vais pas faire un article sur les copulations dans les pièces relativement intimes des discothèques (les toilettes, pas les backrooms) dans la mesure où je n’ai jamais pratiqué et que, surtout, je m’en fous. Ah, c’est sûr, un article intitulé : « je me suis faite sauter dans les toilettes du Macumba », ça me ramènerait des lecteurs mais quel intérêt ? Je préfère la qualité à la quantité, des lecteurs qui reviennent parce que ce que je dis les intéresse et pas des âmes en peine qui sont
tombées là en espérant trouver des tuyaux pour baiser confortablement dans les toilettes d’une boîte. De la même façon, je ferai pas d’article sur la Star Ac que je regarde pas (je me demande d’ailleurs ce que je pourrais en dire), sur l’élection de Miss France parce que je m’en tape ou sur la vie sexuelle de M. Sarkozy parce qu’au fond, je n’en sais rien. Je pourrais mettre une photo
de mes fesses ou de mes seins mais qui s’en soucie, au fond ?
 
Bref, mon but n’est pas de faire du chiffre mais de vous livrer des réflexions que j’ai, des conversations que j’ai eues. Comme je suis une vingtenaire comme les autres, je pense que nous avons tous discuté sexe entre amis, réfléchi à la question. Mais après, je vais pas aller dans une boîte échangiste juste pour faire un article. Si j’y vais, c’est parce que j’aurai ressenti le besoin de découvrir ce monde que je ne connais que par Paris Dernière. Quelque part, un blog est un acte militant, je veux voir le mien tel quel, du moins la partie « considérations générales » et « cul-ture ». Mon but n’est pas de vous apprendre le sexe (qu’est ce que ce serait prétentieux) mais plus de militer pour le droit de faire ce
qu’on veut de son corps, du moment que notre (ou nos) partenaires sont consentants. De montrer qu’on peut assumer sa sexualité sans pour autant être une salope. Oui, j’aime le sexe, je n’en fais pas pour autant un argument de vente, c’est comme ça et c’est tout. Après, je veux écrire des articles qui ne seront pas « vendeurs » mais quelle importance ? Si j’ai envie de
parler de mon auteur préféré, je le fais. C’est un engagement culturel, ça. Je pourrais prétendre que mon auteur préféré est le Marquis de Sade, histoire d’attirer quelques lecteurs sadiques mais ce n’est pas le cas.
 
En somme, vaut-il mieux courir après la quantité que la qualité ? Pour ma part, j’ai choisi mon camp. Mais promis, après les joyeux commentaires sur l’article de Gauthier, je ferai un petit article sur la sodomie !