Cette phrase tirée de Friends me paraît un adage que toutes les femmes (et ça marche pour les hommes aussi, finalement) doivent garder en tête. Je resitue le contexte pour ceux qui ne connaissent pas la série ou n’ont pas vu cet épisode. Phoebe achète un livre hautement féministe qui explique aux femmes qu’elles ne doivent pas se laisser marcher sur les pieds. Sans être une féministe bornée et monomaniaque, il y a des choses qui me font hurler.

Mercredi, je traînais sur les blogs et je découvre le nouvel article de Mel qui me fout de mauvais poil. Cette demoiselle s’est fait plaquée d’une façon ignoble par un narcisse boursouflé qui mériterait bien un coup de pied au cul (et une chaude pisse, ça calmerait son zizi hyperactif, tiens). Oui, comme j’ai pas de vie sentimentale, je vis celle des autres par procuration. Et là, Mel a la réaction de toute fille normalement constituée qui a son petit cœur brisé : « ras le bol des mecs, j’en ai marre, c’est terminé ! ». Et là, je dis stop. Aucun homme ne mérite qu’une femme abandonne le terrain amoureux. Aucun ! Même Brad Pitt. Regardez la petite Jennifer Aniston : elle s’est faite plaquer par un des hommes le plus sexy de la planète en proie au démon de midi, elle s’est consolée dans les bras d’une baraque. Et elle a bien fait.
Oh, bien sûr, je ne jetterai jamais la pierre à Mel de penser ça ni à aucune autre femme puisque je suis la première à dire la même chose après une déception amoureuse :
« ces mecs, tous des connards, je me fais lesbienne ou je rentre au couvent. » Et là, la voix de la raison (à savoir Gauthier) me répond : « Mais non, t’aime trop la queue et t’es pas croyante. ». C’est bon d’avoir un meilleur ami, y a pas à dire. Evidemment qu’on s’en remettra pas en deux jours, évidemment qu’on va être plus méfiante et le prochain Brad a intérêt de montrer patte blanche avant qu’on l’autorise à entrer dans notre vie. Mais à 26 ans, on n’a pas le droit de laisser tomber tous les hommes à cause d’un seul. Surtout quand c’est un connard comme Roberto.
Y a des fois où ça m’énerve. Dans mon entourage, il n’y a que des filles bien, c’est pas pour rien que ce sont mes amies (car qui se ressemble s’assemble, n’est-ce pas !). Elles comme moi avons eu à faire à des narcisses boursouflés qui se sont bien essuyés leurs pieds boueux sur notre ego, transformé en paillasson. Non seulement on en sort avec le cœur en morceau mais avec l’ego en berne. « Bouh, personne il m’aime, mais pourquoi ça m’arrive à moi ? ». Oui, tiens, pourquoi ça m’arrive à moi ? Je suis pourtant une fille charmante et conciliante, jolie et sympa, je ne devrais pas avoir à vivre ce genre d’épreuves. C’est pas normal qu’un mec oublie de me rappeler ou qu’un autre m’utilise comme punching ball en crachant tout son fiel sur ma pauvre pomme. L’autre soir, énervée, j’en parle à un copain sur MSN, sortant une phrase du genre : « Bordel, les hommes sont-ils tous des connards ou c’est moi qui ai pas de chance ? » Et lui de me répondre : « Tu connais la réponse. ». Oui, je la connais. En 26 ans, ma vie sentimentale ne fut pas de tout repos, comme l’immense
majorité des demoiselles de mon âge. Tous les hommes ne sont pas des connards, non. L’amour, c’est un peu comme la bicyclette, faut tomber plusieurs fois avant de savoir en faire.
Oui, certains mecs sont d’immondes porcs qui n’ont aucun respect pour notre personne mais je ne pense pas que ce soit notre faute. En général, ce genre de mec sera tout aussi odieux avec ses prochaines compagnes donc il ne faut pas culpabiliser. Quand je me demande ce qui ne va pas chez moi, pourquoi j’ai une lose amoureuse anthologique, je me dis que mon seul défaut, c’est ma naïveté. Je prends tous les crapauds qui passent pour de beaux princes mais un matin, je me réveille et les mots d’amour ne sont plus que d’atroces croassements. Et là, je m’énerve, je hurle, je pleure : « Mais comment ai-je pu être aussi naïve ? ». Car même quand on se fait lourder comme une merde par un narcisse boursouflé qui ne mérite aucune considération de notre part, on se demande toujours ce qu’on a mal fait, on se sent coupable.
Et bien, non. Un connard est un connard malgré nous, ça n’a rien à voir avec ce que l’on est ou ce que l’on a fait. A chaque peine amoureuse, quand je vais pleurer dans les jupes de Gauthier, je me prends toujours le sermon suivant : « Moumour, arrête de te remettre en question à chaque rupture, tu n’y es pour rien ! ». Ben oui… Donc pourquoi devrais-je empêcher tous les beaux princes de vivre une histoire d’amour avec moi parce que, dans ma vie, j’ai croisé la route d’un narcisse boursouflé et goujat ? Ce n’est pas juste !
De toute façon, aucun homme, quel qu’il soit, ne mérite que l’on renonce à notre vie amoureuse pour lui. Bien sûr, tout ne se passe pas en 24 heures, faut le temps de cicatriser et de repartir sur les chemins de la conquête amoureuse mais crois-moi, Mel, un jour, un Paulo remplacera l’insignifiant Roberto et ton cœur, certes cabossé, rebattra joyeusement et tu iras jusqu’à oublier cet ignoble connard. En attendant, je t’autorise à griffonner son numéro dans les toilettes de tous les clubs gays de la Côte, ça nous fera rire.
L’amour est un jeu risqué, on ne gagne pas toujours (même assez rarement, finalement) mais faut-il réellement arrêter de jouer après une défaite ? L’amour n’est-il pas le sel de la vie ? Bon, il n’y a pas que ça, certes, mais on va pas s’en priver juste à cause d’un connard qui passait par là… Ou d’une connasse, d’ailleurs, car certaines sont très douées pour détruire des cœurs en y enfonçant le talon aiguille de leur chaussure.
Si on résume, je pense que personne ne mérite qu’on renonce à l’amour pour lui ou pour elle. C’est comme si on renonçait aux études à la première mauvaise note ou que l’on démissionnait après un souci au travail. Non, c’est trop bête. Est-ce qu’un Roberto mérite qu’on se prive de doux moments avec un autre homme par la suite ? Non ! Est-ce qu’un Roberto mérite qu’on se cloisonne dans un couvent pour le reste de nos jours ? Non ! Perso, quand j’ai une peine de cœur, je me rappelle de toutes les fois où je me suis relevée. J’ai survécu à tant de choses, je vais pas abandonner maintenant, ce serait trop bête. Avoir souffert tout ça pour ça, le jeu n’en vaut pas la chandelle. Aucun narcisse boursouflé ne réussira à nous briser le cœur de façon irrémédiable. Qu’on se le dise !




