EDIT marin : Ceci est un article à teneur garantie en second degré et fraîcheur. L’auteuse a pensé (à tort) qu’il était inutile de le préciser. L’auteuse se présente délibérément à vous en niaiseuse dégoulinante de guimauve pour avoir un propos décalé. Mais en vrai, l’auteuse a rencontré un mec chouette et elle a eu une discussion politique intéressante avec lui.
Depuis quelque temps, j’ai eu l’occasion de découvrir une personne absolument passionnante. Enrichissante, touchante, marrante. Quelqu’un qui renvoie de moi une image fascinante. Autant dire que, même si c’est peut-être un peu narcissique, mais ça faisait longtemps que ça ne m’était pas arrivé. Très très longtemps en fait. Trop longtemps. Putain j’ai pas de vie.
Un soir, on parle. Dans une blague, je lui dis « toi, t’es pas communiste » « Nooooooon !!!! Coooooomment t’as deviné ???? » Remarquez, c’est pas grave, moi-même, j’ai un peu de mal avec… Puis le garçon appartient au genre de CSP qui est direct estampillée « droite ». Donc normal, quelque part. Recadrage : malgré son pseudo, Marine est une fille de gauche. Le pseudo, c’est parce qu’elle voyage de port en port, pas parce qu’elle rêve de Jean-Marie toutes les nuits. Marine a été élevée dans un milieu de gauche. Elle s’est jamais posé la question de savoir pourquoi elle était de gauche. C’est comme ça, c’est la vie. Elle manifeste rarement. Mais elle vote à gauche. Et elle aime suivre les soirées électorales. Marine, elle regrette le doux temps où le PS avait encore une gueule. Elle aime pas trop Ségolène. Non clairement, elle accroche pas. Mais elle votera pour elle. Pour elle, la blague la plus drôle, c’est de dire « putain, si ce métro est en retard, je vote Sarko ». Quelle bonne blague, voter Sarko, hahahaha ! Puis soudain, horreur, pire qu’un cheveu sale dans la soupe, pire qu’une crotte de souris sur le sol de la cuisine, pire qu’un bout de salade entre les dents quand on essayait de faire du charme au beau brun, là-bas, au bar… « JB t’es sarkozyste ????? » Ben oui, faut avouer, il y aurait une logique. Mais merde, je l’aime bien, moi, JB, mieux que bien, même. Réponse : « Pas vraiment, non ». Marine, soulagée. « Mais j’ai toujours été de droite ». (je m’en serais doutée, mais jusqu’ici tout va bien). « Et comme Bayrou, j’accroche vraiment pas, je crois que je vais voter Sarko ». Croyez-moi ou pas, si mon immeuble avait été raccordé au gaz, je l’allumais direct.
Mais après tout, je suis ouverte, on discute. C’est intéressant. Il est pas con, le bougre, et ses arguments tiennent la route, j’ai jamais eu l’occasion de discuter comme ça avec un mec qui ne serait pas du même bord politique que moi, c’est frais, ça fait plaisir. Oui, en général, je me fais plutôt l’avocat du diable auprès de trotskystes convaincus, quitte à passer pour une chiraquienne forcenée (moi ! dont l’arrière grand-père maternel était un membre éminent du PCF !). Là, j’avoue, ça tient la route, sans me convaincre, mais avoir un point de vue différent, ça change. Et je peux comprendre. Comprendre qu’on ne soit pas du même avis que moi, et qu’on puisse voter Sarko pour voter à droite, même si toutes ses idées ne séduisent pas (je vote bien Ségolène…). Pour moi, Sarkozy, c’est l’antichambre de Le Pen, pas pour JB. Pour lui, les idées de Sarkozy sur l’intérieur sont plus que douteuses, mais bon, la droite est plus convaincante sur l’économique… Admettons, je suis une moule en économie après tout. Bref, open, Marine.
Mais n’empêche, moi, ça fait deux jours que je pense qu’à ça quand même !!!! Que ça m’obsède, que je le tourne dans tous les sens, que ça me travaille. Je pensais le prendre bien, mais finalement, je crois que c’est moi qui bloque dessus. Je me disais « le sujet est clos, j’en parlerai le moins possible pour pas être indisposée », mais c’est moi qui le remet sans arrêt sur le tapis, moi qui vient de lui envoyer par texto « Quand tu dis que t’es libéral, est-ce que tu penses « Marche ou crève » ou que le clodo dans la rue c’est de sa faute ? » J’avoue, je suis chiante… Je me demande. Etre de droite, est-ce seulement un vote, un point de vue sur l’économie d’un pays et les moyens de le faire avancer, ou est-ce plus globalement une vision du monde ?
Alors j’en ai parlé autour de moi, j’ai voulu savoir.
Selon ma mère (toujours écouter les conseils d’une mère), les gens de droite, ben c’est une réalité, faut s’y faire ma fille, ça arrive quand même à des gens bien. Elle a rencontré mon père alors qu’il dépavait les rues. Maintenant, il vote encore à gauche. Pourtant dans son discours… c’est étrange. Katharine, elle, était choquée. Elle a bondi. Mais pour elle c’est pas aussi rédhibitoire qu’être « apolitique » (elle est spéciale Katharine, mais socialiste jusqu’au bout des ongles). Issue d’une famille militante, elle n’a jamais envisagé de sortir avec quelqu’un de droite. Elle n’a pas d’ami de droite. Pas proche en tous cas. La politique c’est sa vie, et pour elle, l’orientation politique est d’autant plus déterminante que 98% de ses sujets de conversation tournent autour de la politique. Pour Katharine comme pour moi, je pense, le ce qui fait la valeur d’un candidat, ce qui est central dans une campagne, c’est le politique pur (pragmatisme, sans doute). Pour JB, tout découle de l’économique.
Elodie, quant à elle, fut surprise lorsque deux de ses exs, au premier rendez-vous, lui avaient demandé sa couleur politique. Elle avait répondu en se disant que c’était bien étrange, tout de même. Puis cette année, elle a eu l’occasion de sortir avec un jeune homme bien sous tous rapports, Dimitri. De fil en aiguille, trouvant la personnalité du garçon bizarre, elle lui demande ce qu’il vote : Dimitri sort sa carte de militant UMP de son portefeuille (remarquez que JB il a pas de carte UMP, hein, quand même). Ben voyons. Pas contrariante, Elo passe une deuxième soirée avec lui. Et c’est tout. Verdict : ça fait toute la différence. (Bon, à ce stade de mon analyse, je dois avouer qu’Elo, c’est pas non plus la personne la moins sévère du monde en matière de relations humaines). A une couleur politique correspond vraiment une vision du monde, et pas seulement une conception de ce qui fait tourner le monde, politique ou économique. Etre libéral, c’est intéressant, comme point de vue, mais c’est pas moi. Puis-je penser que ce qui compte, c’est la croissance économique d’un pays, au mépris de la précarisation d’une partie de la population ? Puis-je penser que ceux qui sont dans la merde, ils l’ont bien cherché ? Puis-je penser que les immigrés qui touchent des allocations profitent du système (cas d’un de mes exs) ? Puis-je penser que tous les fonctionnaires sont des planqués inutiles qui ralentissent un pays ?
Non.
Est-ce que JB, quand il me parle libéralisme économique, pense cela ? Eh ben, chers lecteurs, ça me bouffe. Ce type est gentil, chouette, marrant, tout… Mais le sera-t-il toujours si je sais cela ? Etre de gauche (ou de droite), c’est pas seulement une question de vote, de candidat, de parti, c’est aussi savoir en quel monde on croit, ce qu’on voit dans la société.
Alors désolée, lecteurs, je sais pas si vous m’avez lue jusqu’au bout, j’ai été longue. Je demande votre clémence, j’suis emmerdée.