1000

Lecteur, lectrice,
 

Alors que je me creusais violemment la tête pour te pondre un article du dimanche, j’ai vu un truc dans mes stats : cet article que tu lis, là, est le 1000e de ce
blog. A y penser, je trouve ça énorme. Ça ne fait pas mille jours que ce blog existe puisque certains jours, il y eut deux articles (dont un à titre informatif en général), chaque arrivée de
vingtenaire engendrant deux articles : le questionnaire à la Proust et le premier article. Bref, là, on en est à 1000. Je fais un bilan ?

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Décembre, c’est le mois des bilans, bien sûr, mais là, on est que le 9 décembre et c’est encore un peu tôt. Bilan de blog ? Ça tombe bien, je me pose des questions sur lui ces
derniers temps. Non, je me demande pas si je vais l’arrêter, c’est pas la question mais je constate que ces derniers temps, il manque de fun et de légèreté. J’en parlais avec un pote vendredi soir, il me demandait si mon blog existait toujours et je lui répondais que oui mais qu’il était pas très drôle en ce moment. Il me répondit (oui, j’use du passé simple pour faire genre récit passionnant) : « normal, la France est pas fun en ce moment ». Oui, c’est vrai et chacun peut trouver diverses raisons. En tant que bonne fille de gauche, je peux dire que c’est la faute à Sarko car depuis qu’il est au pouvoir, les Français sont très divisés. Puis il y a eu les grèves, la hausse des prix et qui ne va pas s’arrêter, des mesures hallucinantes pour privilégier le pouvoir d’achat du président, des 35 kg d’Ingrid Bétancourt. Même la Star Academy est chiante cette année, paraît-il. Bon, moi, j’ai toujours trouvé ça chiant mais cette année, tout le monde le dit, pas que moi. Mais bon, comme je disais l’autre jour, je crois qu’on est un peu tous responsable de la morosité ambiante vu qu’on prend tous bien le temps de se cracher à la figure, de se mépriser, voire de s’insulter. C’est dur de faire abstraction de tout ça et de faire un blog Bisounours, surtout pour un blog qui a un fond générationnel. Je suis pas une porte-parole mais je parle de la vie de vingtenaires des années 2000 et ces vingtenaires des années 2000, ils vivent en France où l’ambiance est irrespirable. Mais y a pas que chez nous, y a d’autres pays où c’est pas rose. Même des pays où c’est carrément noir.

 

Bref, je me demande comment rendre ce blog plus léger. Je sais bien que vous venez pas ici pour avoir mon analyse de l’actualité. L’actualité, vous la lisez dans les journaux, ici,
vous voulez changer d’air. C’est un peu comme bar à oxygène, on veut son shoot d’air pur. Alors voilà, moi, j’ai envie de vous faire sourire mais de l’autre, je ne peux pas fermer les yeux sur tout et faire comme si la vie en général est belle, même si la mienne ne me procure pas vraiment de soucis en ce moment. A part la conduite de certains mecs. Par exemple, ce soir, alors que je ne demandais rien à personne, un type que j’ai viré de mon MSN me demande son préambule mon numéro de téléphone ainsi : « file ton tel, grouille. Je veux pas d’embrouilles, je suis chaud ». Forcément, je lui ai dit qu’il pourrait commencer à me parler autrement et me traite plus ou moins de pute. Je lui réponds d’appeler un numéro payant où des hôtesses lui rendront service et là, je me prends un « je veux pas un service payant, je veux une Nina mais comme tout service au rabais, y a pas toutes les options ». Je précise que je n’ai même jamais rencontré ce mec. Je précise aussi que je l’ai bloqué juste après. Heureusement, Enzo qui a pu lire cette conversation en temps réel grâce à mes copier/coller m’a fait remarquer que tous les mecs n’étaient pas comme ça. Bon, voilà, vous avouerez que comme « problème », on a connu plus grave. Ouais, je peux dire qu’en ce moment, je suis heureuse, bien dans mes baskets et dans mon taf (même que j’ai mon adresse mail maintenant) alors pourquoi faut-il que je parle de ces sujets lourds et pas drôles.

Du coup, je me creuse pour trouver des sujets légers. J’ai pas mal de sujets sex en tête mais c’est vrai que j’ai un peu lâché ce business, j’ai parfois peur de tomber dans le
racoleur. C’est marrant, quand on voit l’évolution de ces 1000 articles (qui ne sont pas tous de moi, c’est vrai), je suis passée d’une narration décomplexée de ma sexualité à une volonté de garder un jardin intime. Parce que certes, je me sens aujourd’hui totalement femme et bien dans mon string et ma sexualité. Mais c’est vrai que j’en viens à ne presque plus parler de moi en dehors des listes. Il faut aussi avouer que ma vie est totalement peinarde en ce moment et que je n’ai envie de rien faire pour changer ça parce que je kiffe ma vie de mémé. Comme il fait nuit dès 17h, moi, j’ai pas envie de sortir alors forcément,en dehors du boulot, point de potin. Et comme je dois garder certaines choses du boulot confidentielles, ben je n’ai plus rien à raconter sur moi. Et quand je sors ou couche avec un mec que j’aime bien, je ne veux plus trop en parler ici, soit parce qu’il connaît le blog et que je veux pas parler de lui sans son autorisation. Soit parce qu’il ne connaît pas le blog et que je ne trouve pas correct de trop en dire sur lui, même si je suis élogieuse. Oui, avant, je le faisais mais avant, j’avais à peine une à plusieurs centaines de lecteurs. Et puis je vous le dis, en ce moment, je suis sage (même si là, de suite, je serais pas contre un massage parce que j’ai mal au dos).

Bref, c’est sans doute pas clair mais ce que je veux dire dans tout ce charabia, c’est que j’ai envie de redonner une certaine légèreté à ce blog. Pour vous et puis pour moi,
aussi. Ouais, j’aime mieux écrire des articles légers comme une plume où je sors des débilités et jeux de mots foireux que ceux où je me foule le neurone dans une argumentation, contre argumentation. Allez, promis, ça va pétiller comme la badoit citron que je suis en train de boire ! Ma vie est vraiment trop folle…

J’lai dans la pô(litique)

Par Marine

EDIT marin : Ceci est un article à teneur garantie en second degré et fraîcheur. L’auteuse a pensé (à tort) qu’il était inutile de le préciser. L’auteuse se présente délibérément à vous en niaiseuse dégoulinante de guimauve pour avoir un propos décalé. Mais en vrai, l’auteuse a rencontré un mec chouette et elle a eu une discussion politique intéressante avec lui.

Depuis quelque temps, j’ai eu l’occasion de découvrir une personne absolument passionnante. Enrichissante, touchante, marrante. Quelqu’un qui renvoie de moi une image fascinante. Autant dire que, même si c’est peut-être un peu narcissique, mais ça faisait longtemps que ça ne m’était pas arrivé. Très très longtemps en fait. Trop longtemps. Putain j’ai pas de vie.

Un soir, on parle. Dans une blague, je lui dis « toi, t’es pas communiste » « Nooooooon !!!! Coooooomment t’as deviné ???? » Remarquez, c’est pas grave, moi-même, j’ai un peu de mal avec… Puis le garçon appartient au genre de CSP qui est direct estampillée « droite ». Donc normal, quelque part. Recadrage : malgré son pseudo, Marine est une fille de gauche. Le pseudo, c’est parce qu’elle voyage de port en port, pas parce qu’elle rêve de Jean-Marie toutes les nuits. Marine a été élevée dans un milieu de gauche. Elle s’est jamais posé la question de savoir pourquoi elle était de gauche. C’est comme ça, c’est la vie. Elle manifeste rarement. Mais elle vote à gauche. Et elle aime suivre les soirées électorales. Marine, elle regrette le doux temps où le PS avait encore une gueule. Elle aime pas trop Ségolène. Non clairement, elle accroche pas. Mais elle votera pour elle. Pour elle, la blague la plus drôle, c’est de dire « putain, si ce métro est en retard, je vote Sarko ». Quelle bonne blague, voter Sarko, hahahaha ! Puis soudain, horreur, pire qu’un cheveu sale dans la soupe, pire qu’une crotte de souris sur le sol de la cuisine, pire qu’un bout de salade entre les dents quand on essayait de faire du charme au beau brun, là-bas, au bar… « JB t’es sarkozyste ????? » Ben oui, faut avouer, il y aurait une logique. Mais merde, je l’aime bien, moi, JB, mieux que bien, même. Réponse : « Pas vraiment, non ». Marine, soulagée. « Mais j’ai toujours été de droite ». (je m’en serais doutée, mais jusqu’ici tout va bien). « Et comme Bayrou, j’accroche vraiment pas, je crois que je vais voter Sarko ». Croyez-moi ou pas, si mon immeuble avait été raccordé au gaz, je l’allumais direct.

Mais après tout, je suis ouverte, on discute. C’est intéressant. Il est pas con, le bougre, et ses arguments tiennent la route, j’ai jamais eu l’occasion de discuter comme ça avec un mec qui ne serait pas du même bord politique que moi, c’est frais, ça fait plaisir. Oui, en général, je me fais plutôt l’avocat du diable auprès de trotskystes convaincus, quitte à passer pour une chiraquienne forcenée (moi ! dont l’arrière grand-père maternel était un membre éminent du PCF !). Là, j’avoue, ça tient la route, sans me convaincre, mais avoir un point de vue différent, ça change. Et je peux comprendre. Comprendre qu’on ne soit pas du même avis que moi, et qu’on puisse voter Sarko pour voter à droite, même si toutes ses idées ne séduisent pas (je vote bien Ségolène…). Pour moi, Sarkozy, c’est l’antichambre de Le Pen, pas pour JB. Pour lui, les idées de Sarkozy sur l’intérieur sont plus que douteuses, mais bon, la droite est plus convaincante sur l’économique… Admettons, je suis une moule en économie après tout. Bref, open, Marine.

Mais n’empêche, moi, ça fait deux jours que je pense qu’à ça quand même !!!! Que ça m’obsède, que je le tourne dans tous les sens, que ça me travaille. Je pensais le prendre bien, mais finalement, je crois que c’est moi qui bloque dessus. Je me disais « le sujet est clos, j’en parlerai le moins possible pour pas être indisposée », mais c’est moi qui le remet sans arrêt sur le tapis, moi qui vient de lui envoyer par texto « Quand tu dis que t’es libéral, est-ce que tu penses « Marche ou crève » ou que le clodo dans la rue c’est de sa faute ? » J’avoue, je suis chiante… Je me demande. Etre de droite, est-ce seulement un vote, un point de vue sur l’économie d’un pays et les moyens de le faire avancer, ou est-ce plus globalement une vision du monde ?

Alors j’en ai parlé autour de moi, j’ai voulu savoir.
Selon ma mère (toujours écouter les conseils d’une mère), les gens de droite, ben c’est une réalité, faut s’y faire ma fille, ça arrive quand même à des gens bien. Elle a rencontré mon père alors qu’il dépavait les rues. Maintenant, il vote encore à gauche. Pourtant dans son discours… c’est étrange. Katharine, elle, était choquée. Elle a bondi. Mais pour elle c’est pas aussi rédhibitoire qu’être « apolitique » (elle est spéciale Katharine, mais socialiste jusqu’au bout des ongles). Issue d’une famille militante, elle n’a jamais envisagé de sortir avec quelqu’un de droite. Elle n’a pas d’ami de droite. Pas proche en tous cas. La politique c’est sa vie, et pour elle, l’orientation politique est d’autant plus déterminante que 98% de ses sujets de conversation tournent autour de la politique. Pour Katharine comme pour moi, je pense, le ce qui fait la valeur d’un candidat, ce qui est central dans une campagne, c’est le politique pur (pragmatisme, sans doute). Pour JB, tout découle de l’économique.

Elodie, quant à elle, fut surprise lorsque deux de ses exs, au premier rendez-vous, lui avaient demandé sa couleur politique. Elle avait répondu en se disant que c’était bien étrange, tout de même. Puis cette année, elle a eu l’occasion de sortir avec un jeune homme bien sous tous rapports, Dimitri. De fil en aiguille, trouvant la personnalité du garçon bizarre, elle lui demande ce qu’il vote : Dimitri sort sa carte de militant UMP de son portefeuille (remarquez que JB il a pas de carte UMP, hein, quand même). Ben voyons. Pas contrariante, Elo  passe une deuxième soirée avec lui. Et c’est tout. Verdict : ça fait toute la différence. (Bon, à ce stade de mon analyse, je dois avouer qu’Elo, c’est pas non plus la personne la moins sévère du monde en matière de relations humaines). A une couleur politique correspond vraiment une vision du monde, et pas seulement une conception de ce qui fait tourner le monde, politique ou économique. Etre libéral, c’est intéressant, comme point de vue, mais c’est pas moi. Puis-je penser que ce qui compte, c’est la croissance économique d’un pays, au mépris de la précarisation d’une partie de la population ? Puis-je penser que ceux qui sont dans la merde, ils l’ont bien cherché ? Puis-je penser que les immigrés qui touchent des allocations profitent du système (cas d’un de mes exs) ? Puis-je penser que tous les fonctionnaires sont des planqués inutiles qui ralentissent un pays ?

Non.

Est-ce que JB, quand il me parle libéralisme économique, pense cela ? Eh ben, chers lecteurs, ça me bouffe. Ce type est gentil, chouette, marrant, tout… Mais le sera-t-il toujours si je sais cela ? Etre de gauche (ou de droite), c’est pas seulement une question de vote, de candidat, de parti, c’est aussi savoir en quel monde on croit, ce qu’on voit dans la société.

Alors désolée, lecteurs, je sais pas si vous m’avez lue jusqu’au bout, j’ai été longue. Je demande votre clémence, j’suis emmerdée.