La pire semaine de l’année

En fait, il y a en a 2. Traditionnellement, la semaine pré vacances, quel que soit sa date, est toujours dense vu qu’il faut boucler tous les dossiers en cours. Pas possible de se dire « bof, je finirai lundi » vu que lundi, vous ne serez pas là pour terminer votre truc peinard. Vendredi, c’est la deadline ultime, aucun délai supplémentaire.

deadline-clock

Et puis vous avez la semaine du 20 décembre qui n’a comme équivalent que celle du 30 juin car là, c’est la double combo : toi, tu pars et tes correspondants aussi. En gros, faut tout boucler avant les vacances de Noël ou d’été, ces parenthèses enchantées du monde du travail où il ne se passe plus rien. Période où j’adore bosser car on est tranquille et que les journées peuvent vraiment faire les 7h30 qu’elles sont censées faire. Non parce que là, quand je remplis mon timesheet, je me rends compte qu’une journée normale pour moi (9h30-19h à peu près) dépasse les 7,50 de travail effectif. Je devrais me casser à 17h30 tous les jours. Bref, je m’égare. Donc nous voici dans la pire semaine de l’année, celle où l’on court comme des petits fous maniaco-dépressifs pour cocher tous les points de notre to do list, créature fantastique qui, telle l’hydre, voit ses membres repousser au fur et à mesure que tu les coupes. En somme, tu coches fièrement une tâche accomplie, tu en ramasses deux de plus. Raaaaaaaaaah, laissez-moi !

hydre

Je cours, je cours. La semaine du 20 décembre a ça de particulier qu’en plus, on est en fin d’année donc passablement claqués et je vous parle même pas de la météo, irrémédiablement dégueulasse. J’arrive le matin, la tronche en biais et la coiffure alternative, encore prisonnière des vapeurs du sommeil, j’ouvre ma boîte mail et là… avalanche de messages dans ma gueule, c’est le bal des points d’exclamation rouges. « Nina, peux-tu faire ça, c’est urgent ? ». Oui mais un peu comme tout ce qui a dans ma to do list. On se frotte les yeux, on checke tout ce qu’on a à faire, on priorise et on se lance dans l’arène. Par le pouvoir ancestral du powerpoint et excel, je vais te massacrer, tâche ingrate ! J’aligne les préz’, les bilans, statistiques de ci ou de ça, planning édito. Mes doigts s’agitent frénétiquement sur le clavier, une goutte de sueur se forme sur ma tempe. J-5, J-4, J-3, J-2… et ne traîne pas car le client ne se tapera pas une nocturne la veille de ses vacances pour te valider un truc. Les horaires s’étirent, tu ne voies plus le jour. De toute façon, la vie privée, ça sert à rien.

fatigue-lutter

Le téléphone sonne, les mails pleurent, tu sens tes nerfs en pelote, tu sens que ça va sortir, que tu vas répondre agressivement à quelqu’un qui va te demander un énième truc urgent de façon un peu sèche parce que là, quand même, tu manques un peu de réactivité…Là, tu lèves les yeux et vois loin, très loin au dessus de toi la surface de l’eau. T’irais bien donner un coup de pied pour la rejoindre mais tu as dans les bras une enclume qui t’entraîne toujours plus profond.A un moment, c’est la panique, le manque d’air, le ras le bol. Tu es envahi par la sensation que tu n’y arriveras jamais. Et la tentation de tout laisser tomber et d’envoyer quelques personnes aller se faire foutre cordialement te saisit. Après tout, eux aussi seront en vacances vendredi, on devrait tous se faire des bisous et s’envoyer nos voeux pour cette douce trêve plutôt que de se hurler dessus parce qu’il faut boucler les dossiers. Après tout, ils seront toujours là le 2 janvier, ces foutus dossiers.

Female Office Worker

Vendredi soir, vers le 20 décembre, tu mets le point final à ton dernier dossier que tu envoies avec fierté et soulagement. Après avoir perdu 2 ans d’espérance de vie dû à une forte tension et l’absorption de substances en tout genre pour pas péter un plomb (café, alcool, tabac, shit, lexomil… choisis ton camp camarade… Mais prends pas tout ça, petit conseil de tatie Nina), enfin, tu atterris en douceur, tu trônes fièrement sur l’amas des cadavres des tâches accomplies. Tu as gagné. Et tu pars en vacances, les vacances les plus épuisantes de l’année.

Tu dormiras l’an prochain.

En attendant, moi, je pars pour un long week-end de Noël dans mon sud, bisous bisous !

ciao-pingouin

Téléphone-moiiii (crush téléphonique)

Quelque part en novembre, Amy, Missblabla et votre dévouée papotent boulot quand surgit dans le cas du « correspondant qui a une voix qui ruine la culotte ». Vous voyez très bien de quoi je parle !

Dans nos métiers de bureau, nous avons deux outils pour communiquer : Internet et le téléphone. On passe donc du temps accroché à notre combiné à discutailler avec nos collègues, clients ou prestas. Enfin, discutailler, je m’entends, on est plus dans le « ouais, salut c’est Nina, ça va ? Au sujet du dossier machin… ». Chaleur ! Mais dans tous ces contacts vocaux se cache celui qui fera l’amour à ton conduit auditif, dont la voix grave et vibrante fera monter ta température de quelques degrés. La phrase « tu peux m’envoyer les spés tech » n’aura jamais été aussi torride.

Et te voilà à minauder au téléphone, à palpiter de joie dès que tu vois le numéro magique s’afficher et tomber dans un pot de nutella format familial dès que le dossier machin est réglé et qu’il ne t’appellera plus. Parce qu’on est entre pro et les pros ne s’appellent pas juste pour s’entendre, on a du travail. Et en plus, c’est même pas une relation exclusive, tu le sais qu’il en appelle d’autres, qu’il leur susurre des histoires de bugs, devis et autres deadlines.

Mais attention ! Derrière la voix charmante se planque parfois une arnaque. Vous l’avez fantasmé, prêté un physique qui ferait passer Henry Cavill pour un thon puis un jour, vos chemins se croisent et comment dire… Votre culotte reste au sec et votre sang se glace : c’est donc lui, le prince de mes désirs les plus secrets ? C’est impossible ! Il est si… Pas du tout comme j’imaginais. Cas concret, y a 5 ans, j’étais en contact avec un mec qui avait une voix raaaaaaaaah ! Mais en vrai, ça donnait coupe brosse et chaîne à gros maillons entremêlée dans une toison bien fournie… Ouais non…

Et là, on s’est toutes comprises. La voix d’or ne fait pas toujours le mec charmant, c’est même assez souvent l’inverse. Mais peu importe le flacon, du moment qu’on a l’ivresse… De l’ouïe.

La carte de visite, le Graal ultime

Dans le joyeux monde du marketing digital, on joue beaucoup aux chaises musicales et les employés embarquent et débarquent à toute vitesse. Trop vite pour que l’on suive en tout cas. Ainsi, il arrive régulièrement qu’en rendez-vous client ou presta, une personne rougisse légèrement à l’heure des changements de cartes de visite « je viens d’arriver, j’en ai pas encore… »

Pour ma part, j’ai un léger problème relationnel avec les cartes de visite, j’oublie toujours de les donner mais passons. J’aime cependant bien ce petit rituel de la carte de visite car aujourd’hui, en obtenir de le part de son entreprise est fort en symbole. On a quand même investi quelques dizaines d’euros pour écrire sur un bout de carton mes coordonnées et le fait que j’appartenais à la maison. Obtenir ses cartes de visite, c’est un peu comme passer le test HIV dans une relation amoureuse, c’est un signe d’engagement. Ma boîte et moi, on est suffisamment engagés pour avoir nos deux noms sur une même carte…

Du coup, ne pas avoir sa propre carte peut avoir quelque chose d’humiliant. Même si on est en pleine lune de miel (les premiers mois sont toujours idylliques… Comme dans une relation amoureuse), on sent tout de même poindre la possibilité d’une porte de sortie, un « oui, on est bien tous les 2 mais je suis pas encore sûr… ». Professionnellement parlant, ça s’appelle une période d’essai : 1, 3, 6, parfois 12 mois où on s’aime mais on reste un peu sur la réserve. On ne sait jamais, un amour récent est si fragile.

Et puis un jour, elles arrivent. Dans leur petite boîte transparente, elles trônent sur votre bureau. Oh, on sait bien qu’on ne les distribuera pas toutes (surtout quand on n’est pas commercial et que, comme moi, on oublie d’en donner) mais voilà, c’est la petite tape sur l’épaule de ton entreprise qui te dit « je crois en toi, je crois en nous ». La carte de visite, c’est la matérialisation de la relation, une sorte d’alliance en papier glacé ou papier recyclé. D’ailleurs, si vous voulez mon avis, je préfère ces dernières. Petite boîte chérie, inscrivons notre amour au panthéon pro en respectant l’environnement, s’il te plaît. Vous avez désormais votre Graal entre les mains, un petit rectangle qui signifie que oui, vous en êtes. Et que vous distribuerez négligemment lors des rendez-vous clients en adressant un sourire mi-consolateur mi-condescendant à celui avouant qu’il n’en a pas encore…

Pourquoi personne ne pense jamais à fêter ça, tiens ? Ça changerait des pots de départ toujours un peu déprimants…

Et puis, cerise sur le gâteau, ça nous fournit plein de marques pages.

Baise ton patron

L’autre jour, je vous parlais de miss épilation au travail d’Enzo. Depuis, elle en a fait quelques unes de belle dans le genre « Hihi ranafout! » et ça me fout en colère. Quand tu vois des connasses pareilles salariées qui s’en foutent ostensiblement  et des gens motivés au chômage, j’ai envie de hurler aux nuages noirs d’orage « il y a quelque chose de pourri dans ton monde, travail ! » (en vrai, je ne crie rien aux nuages mais je regarde beaucoup de telenovelas en ce moment, ça m’apprend la théâtralité).

Lorsque j’ai préparé le fameux article sur miss Épilation, lors de ma recherche icono, j’ai découvert le monde fabuleux des guides qui nous apprennent à rien foutre tout en ayant l’air affairé. Vous allez me rétorquer « non mais t’as dit toi même qu’il fallait pas paraître désœuvré ! ». Certes mais j’ai pas dit qu’il fallait institutionnaliser la glande non plus… Et que dire de tous ces livres sur la manipulation en milieu professionnel ? L’employé du mois est-il le plus compétent… Ou le plus filou ?

Quand je bossais chez Pubilon, je discutais avec Isadora qui m’expliquait ne pas supporter l’injustice. En gros, les gros tire-aux-flancs qui ne foutent rien mais sont très bon pour expliquer que a) leur équipe est nulle donc c’est par leur faute si les choses n’étaient pas faites à temps (ou variante : mon équipe est nulle, je dois tout refaire moi-même) et b) ah naaaan, j’avais fait un super doc mais le Pc ne l’a pas enregistré ou il a mystérieusement disparu du serveur. Perso, je trouve que c’est du niveau « mon chien a mangé mes devoirs ». Mais sans que je saisisse comment c’est possible, y a des fois où ça passe. On en finirait presque à se demander si y a pas eu coucherie… Même si, dans les faits, y a parfois incompatibilité d’orientation sexuelle (quoi qu’on ne sait pas tout…). Non mais je vous jure que j’ai entendu un soir à 19h30, un mec qui devait rendre un doc dire « non mais j’ai l’idée, reste qu’à les mettre sur le powerpoint ». Sous entendu : j’ai pas encore touché à la reco que je dois rendre ce soir. Non parce que si « avoir l’idée » était synonyme de faire, je vous pondrais 5 romans par mois !

Y a donc des incompétents, des jean-foutre, des malhonnêtes, manipulateurs, escrocs… On pourrait se dire que c’est la faute du manager qui ne se rend pas compte de l’inefficacité de son subalterne sauf qu’à un moment, il ne me paraît exagéré que nous sommes adultes et qu’il faut se prendre en main, ne pas attendre de se faire taper sur les doigts pour enfin faire son taf. Celui pour lequel on a un salaire qui ferait rêver bon nombre de chômeurs…

De l’obsolescence du niveau d’incompétence

J’aime bien les titres pompeux, réminiscence de ce temps où j’étais étudiante chercheuse (ça me manque).

Vous connaissez certainement le principe de Peters, celui qui dit que chaque salarié progresse jusqu’à atteindre son point d’incompétence, salarié qu’on range généralement dans le management, là où il est de fait le moins nocif (un jour, on réhabilitera le management j’espère). Principe qui nous permet de nous moquer de notre manager si on l’aime pas.

Or depuis quelques temps, j’ai noté un phénomène troublant : ce point d’incompétence n’existe plus ou plutôt on ne nous laisse plus l’atteindre. Regardez autour de vous dans l’open Space et comptez le nombre de salariés rentrés à un petit poste et qui ont monté les échelons. Je sais pas chez vous mais chez moi, y en a pour ainsi dire pas. Maintenant comptez ceux entrés à un poste, qui font leur temps et qui quittent la boite pour gravir l’échelon suivant. Ça fait de suite beaucoup plus. Bon, après, je parle de mon milieu mais est-ce différent ailleurs ?

Prenons le cas compliqué des formations. En general, quand on n’est pas trop con, on vise une formation nous permettant de nous rapprocher de l’échelon suivant. Sauf que pour l’obtenir, bon courage ! « je voudrais une formation management » (ou storytelling ou création d’une offre commerciale, que sais-je). « Mais tu manages personne. Tu veux pas une formation gestion de projet ? » »Genre le truc que je fais tous les jours depuis plus d’un an et que tu viens de me dire que je le fais bien ? » « Et une formation en anglais ? » « Je viens de la terminer et puis à part un client, ils sont tous franco-français ». « Ah oui, ok… Bon, je reviens vers toi ASAP pour voir ce qu’on peut te proposer ». Dans les faits, à part la fameuse formation en anglais l’an dernier, je n’en avais jamais eu. Je recite Simon de TGGP « ils veulent pas nous filer de super formations de peur qu’on s’en aille ». En effet, je serais restée chez TGGP, j’aurais eu droit à une formation « animation de communauté ». Indispensable quand on a 2 ans d’expérience en la matière…

Du coup, on n’arrive même plus à progresser jusqu’à notre point d’incompétence. Oh, le calcul est en soi compréhensible : je vais bien mon taf, me faire évoluer est prendre un double risque : que je sois moins douée au poste supérieur et que la personne qui me remplace soit moins efficace. Non que je sois un génie de la gestion de projet ou du community management, nul n’est irremplaçable mais pourquoi changer une équipe qui ronronne ?

Justement parce qu’elle ronronne justement. Quand on passe un temps certain au même poste, on perd de l’enthousiasme et la créativité décline pour être remplacée par l’habitude. Sans réclamer une promotion tous les 3 mois, savoir qu’à un moment, ça arrivera, ça stimule. Ça donne envie de pas répliquer bêtement les mêmes tâches mais proposer un petit plus, montrer qu’on en a sous la pédale. Tu m’as adorée en tant que chef de projet ? Tu me kifferas en tant que strategist (nouveau terme à la mode pour dire consultant, je l’aime trop, ça fait éminence grise machiavélique, mouahahah !).

Et puis pardon mais depuis toute petite, on m’a appris que l’evolution est dans l’ordre des choses. Maternelle, primaire, collège, lycée, fac… Si j’étais compétente, je passais au niveau supérieur. Et là faudrait qu’on ne bouge plus ? C’est anti naturel !

Et que dire des employés Kleenex, freelances, intérims, CDD « pouvant-évoluer-en-CDI » qu’on prend et qu’on jette en fonction des besoins, les licenciements qui se terminent au prud’hommes avec une condamnation régulière de l’employeur. Quand on sait qu’en région parisienne, y a 2 ans d’attente avant que l’affaire passe en jugement, imaginez le nombre de licenciements jugés abusifs par le salarié… Et c’est pas juste pour le fun, faut payer un avocat hein (et qui paye les juges, tiens ? Le perdant ?).

Bref, le salarié est parfois un bout de bois balloté par l’océan patron et qui ne dispose que peu d’armes pour se défendre (ou les saisit peu, je pense). Mais attention ! Au pays du travail comme ailleurs, rien n’est tout noir ou tout blanc, y a aussi des salariés salopards.

Je vous en parle demain.

Remplacer le besoin par l’envie

Est-ce le mauvais temps ? Cette pluie incessante qui nous rince depuis des mois et des mois, ne nous offrant que quelques jours de répit ? Toujours est-il que je ressens comme une tension, une grande envie de rupture entre les salariés et les entreprises. Entre les sphères dirigeantes et les sphères salariales, ça passe plus très bien. Je vous propose donc une petite trilogie d’article sur le sujet, histoire de.

Quand on était petit, on nous demandait toujours quel métier on avait envie de faire plus tard. Moi, selon les jours, je répondais écrivain, architecte, archéologue, prof, coiffeuse ou assistante sociale (mais je savais pas trop ce que ça voulait dire). J’ai même caressé l’idée pendant une dizaine de jours de devenir opticienne parce que les illusions d’optique, c’est ultra cool… Bref, petits, si on nous présente le travail comme un passage obligé (je n’ai jamais entendu un enfant répondre « rien, je veux pas travailler), il était associé à une envie.

25 ans plus tard, je fais un métier qui n’existait pas à l’époque où on me posait ce type de questions et je me rends compte que les enfants qui répondaient hier avec enthousiasme sont complètement blasés. Écoutez vos collègues, vos amis, lisez les forums ou les blogs. Écoutez la longue litanie des soupirs, des « j’en ai marre de ce taf/de cette boîte », « j’ai pas envie d’aller bosser » qui ne tiennent pas du caprice mais bien d’une lassitude. Entendez ceux qui n’en peuvent plus, prêts à démissionner sans avoir de nouveau contrat derrière, les « s’ils me refusent les vacances, je démissionne ! ». On ne travaille plus par envie mais par besoin, pour gagner sa croûte. Faites ce simple test « si tu gagnes au loto, tu t’arrêtes de bosser ? ». Qui vous répondra non sans nuance ? La nuance étant « non mais je vais monter ma boîte » ou « je vais bosser dans une ONG ».

Oh évidemment, ça n’a rien de neuf, mais j’ai la sensation qu’avec la crise, c’est pire qu’avant. Ça m’agresse. Non parce qu’en tant qu’empathique, les manques d’élans me contaminent. Partout, l’envie a trépassé. A-t-elle seulement existé ? Les joyeux salariés ne sont-ils pas une utopie ? Un mensonge institutionnalisé pour qu’on fasse la roue à la signature de notre premier CDI, qu’on accepte sans broncher de passer 10h de notre journée à trimer ? Et encore, moi, ça va, j’ai le cul posé sur une chaise toute la journée, seuls les yeux ont morflé pour le moment. Quelqu’un croit-il encore à cette mascarade ? Les salariés sourient-ils en dehors des soirées corporate abondamment arrosées, séminaires et photos institutionnelles ? Les RH sont-ils réellement convaincus de nous donner les clés du paradis quand ils nous offrent un contrat ? La seule façon d’être heureux au boulot est-il de créer sa propre boîte ou d’abandonner la moindre ambition, d’exécuter mécaniquement ses tâches en pensant avec envie à nos activités annexes ?

En attendant, salariés et patrons se livrent une guerre insidieuse, multipliant fourberies et coups bas. Parce que oui, autant le dire, y’a des coupables dans les deux camps. Je vous parlerai de ça jeudi et vendredi (parce que mercredi, c’est encore et toujours mariage).

PS : cette trilogie est une facétie de ma part : je la publie pile pour ma dernière semaine de vacances ! Oui, j’aime prendre mes vacances pendant que vous retournez au boulot, tout déprimés.

Une petite manucure au bureau ?

Avec mes amis, de temps en temps, il nous plaît de nous offrir une petite conversation mail. Ainsi, un beau jour, Enzo nous interpelle : une des filles de son open Space s’epile… Au bureau… Oh mon Dieu !

Pour les chanceux qui ne travaillent pas en open Space, je vous explique un peu l’ambiance : on est plusieurs dizaines dans un même espace de travail, il n’y a aucune cloison entre nous (on n’est pas aux States) et selon où tu es placé, tu peux avoir la Terre entière qui mate ton écran. Donc youporn, tu oublies de suite.

Du coup, en open space, tu adoptes une attitude, celle du travailleur. T’en fous pas une rame ? Aie toujours ouvert sur ton Pc un PowerPoint ou un excel que tu mets en pleine fenêtre quand on vient te parler. Si tu ne bosses pas, tente au moins de faire semblant. C’est pas qu’on passe son temps à s’épier les uns les autres mais l’être humain ne peut pas être concentré pendant plusieurs heures d’affilée, arrive toujours un moment où on lève le nez de l’écran pour rêvasser 5 mn et qu’est-ce qu’on regarde ? Notre environnement donc les collègues… Dis donc Marcus, tu crois que je te vois pas piquer un roupillon en loucedé derrière ton écran ?

Revenons en à notre histoire d’épilation et on dérive sur le vernissage des ongles que je qualifie d’activité de dinde jemenfoutiste. Je parle du vernissage en open Space, hein, pas de façon générale. Moi même, je ne dédaigne pas un peu de couleur sur mes petits ongles. Mais en open qpace, je trouve ça assez intolérable par rapport au message que ça renvoie (sans parler de l’odeur) : »hé coucou ! J’ai rien à faire et je vous le signale ostensiblement ».

Vous me direz que c’est peut-être plus honnête que de faire semblant de bosser… Oui sauf que non. De 1, ceux qui ont 3 milliards de dossiers pourraient ne pas apprécier la nonchalance attitude. De 2, le manager pourrait être étonné que cette salariée se tourne tranquille les pouces plutôt que de demander du travail. De 3, on se dit qu’on devrait peut-être revoir ton contrat : si tu n’as rien à faire, c’est peut-etre parce que tu sers à rien.

Bref, je pense qu’adopter une attitude professionnelle en open space est plutôt une bonne idée, même si on travaille dans un milieu cool… Et puis merde, le vernis, ça pue (et tes poils, on n’a pas envie de les retrouver sur la moquette du bureau).

Cherche CM-graphiste-développeur-cracheur de feu

Si vous trainez sur Twitter, vous voyez régulièrement passer des offres d’emploi qu’on RT tous avec élan en espérant une réciproque le jour où nous, on en passera une. Ces annonces concernant essentiellement les travailleur du digital, je fronce parfois les sourcils face aux intitulés ésotériques de certains postes et pour cause. Vous cherchez un mec pour trois postes ?


Ce que j’aime dans notre nouveau milieu, c’est qu’il pullule de nouveaux métiers et on se retrouve avec 10 noms différents pour un poste similaire. Du coup les termes chef de projet ou community manager recouvrent tout et n’importe quoi. On se retrouve ainsi avec des postes de CM/chefs de projets nécessitant de solides connaissances en graphisme, développement, e réputation, emailing, referencement, j’en passe et des meilleures. Ah.


Prenons mon cas qui est celui que je connais le mieux. Je suis capable de rédiger des contenus de marques, d’analyser les datas à ma disposition, de proposer des stratégies pour activer les communautés. Je sais gérer un projet impliquant la rédaction d’un cahier des charges, d’un retroplanning, d’un zoning, mobiliser les équipes concernées (internes et externes), faire un recettage, mettre en ligne… Bref mon taf de CM/chef de projet. Par contre, si je suis capable de bidouiller Photoshop en jouant avec les calques, luminosités, contrastes et que j’ai réussi à effacer une grue d’une photo de Venise, je n’ai aucun esprit créatif en la matière. Commandez-moi un truc graphique, je rendrais au mieux un truc propre et fonctionnel mais complètement plat et fade. Et oui, graphiste ou directeur artistique, c’est un métier.


Et le développement ? Je trafique vite fait du html, je suis capable d’adapter un CSS pour dupliquer une appli en polonais (si, je l’ai fait et je fus sponsorisée par Nurofen ce jour là). Mais monter un CSS from scratch, c’est juste mort. Ce qui m’emmerde bien au passage car je me bricolerais bien un thème wordpress rien qu’à moi pour éviter que mon blog tombe, vérolé par un thème pourri chopé sur le web (oui, je sais, c’est pas bien de télécharger des thèmes wordpress gratuit). Mais hé, devinez quoi ? Développeur, c’est un métier.


Et c’est pareil pour le reste. J’ai un domaine d’expertise, le reste se résume à une sorte de petit talent de société pour faire ma frimeuse dans les dîners en ville. J’aime la bidouille pour réaliser des conneries dans mon coin mais on est loin d’un niveau professionnellement acceptable. Et je le vis très bien puisque, je me répète, ce n’est pas mon métier.


Alors du coup, je me pose la question : à quel profil s’attendent-ils ? Préfèreront-ils un CM qui bidouille, un graphiste accro à Facebook, un développeur qui touche un peu sa bille en référencement car il a un blog ? Vraiment, je me pose la question. Regardez les annonces qui passent, le « profil recherché » ressemble de plus en plus à la liste de Prévert où le candidat doit être un salarié-orchestre capable de tout gérer seul. Mais comment peut-on être expert dans 3 ou 4 métiers différents ? J’aimerais savoir…


Du coup, je vais demander des formations en Photoshop, html5, c++, SEA, SEO, Facebook ad, Google ad, e réputation… Je deviendrai ainsi cette employée 2.0 uber polyvalente que tout travailleur du web semble obligé de devenir.

Faudra que je m’excite un peu sur les annonces de stage la prochaine fois…

Ah et pour me la raconter, ma photo de Venise sans grue :

Mets ta carrière entre parenthèse, tu es mère

Il y a quelques temps, j’etais conviée à une rencontre blogueur organisé par le PRISME, syndicat des agences d’intérim nous présentant une étude sur les femmes et l’intérim. Ohoh, sujet intéressant car une fois de plus, j’ai bien senti que la carrière féminine était encore trop souvent parasitée par la maternité.

2001, université Toulouse le Mirail, cours de sociologie des femmes. Nous abordons le cas du travail partiel, formule magique permettant de conjuguer vie familiale et vie professionnelle… Et un formidable boulet au pied ! Car qui dit temps partiel dit moindre implication dans la boite dit pas de promotion. Soit, c’est un choix de vie. Sauf qu’en Europe, le temps partiel concerne essentiellement les femmes car qui doit mettre sa carrière entre parenthèse car elle a enfanté ? La femme.

Et on retrouve la même dans l’interim. Pourquoi les femmes choisissent l’intérim ? Pour reprendre une carrière mise entre parenthèse après quelques années consacrées à l’éducation des enfants, notamment. Toujours les femmes. Alors certaines font ce choix sciemment, je ne dis pas, mais c’est insensé qu’aujourd’hui dans un couple, ce sera souvent la femme qui s’arrêtera de travailler. Pourquoi ? J’ai réfléchi à quelques points :

– le salaire. Hé bé oui, si l’un doit s’arrêter de travailler (ou du moins ralentir) pour s’occuper de l’enfant, on choisira celui qui gagne le moins d’argent. Or force est de constater que le salaire féminin reste éternellement en deça de celui des hommes. Mais oui mais tu comprends, elles prennent des congés maternité, ce sont pas des employées fiables, pfff !

– les ambitions personnelles. Une femme enceinte, ça veut dire congé maternité. Si je prends le cas de ma soeur : elle part en octobre en congé mat et reviendra en mars par le jeu magique de tous les congés à prendre sinon tu les perds. En même temps, c’est pas elle qui a fait la convention collective… Donc 5 mois d’absence, quasi une demi année ! Qu’est-ce tu veux un avancement avec ça ? Peu importe que la femme concernée soit motivée, qu’elle ait bossé d’arrache pied durant les 7 autres mois. Une absence de 5 mois, c’est irrattrapable. Pendant ce temps, un de mes collègues s’est pété le genou et a été absent 4 mois et personne ne s’est posé la question de son implication…

– l’implication, justement. Une femme qui est mère va forcément lever le pied pour s’occuper du moutard, partir à 18h parce qu’il faut aller chercher l’enfant à la crèche et sera donc une salariée moins présente, moins fiable.

Sauf que je ne vois là que cercle vicieux. On part du principe qu’une femme étant mère s’occupera forcément plus de son enfant donc moins de son travail, ce qui la ralentira dans sa progression alors que son mari continuera son petit bonhomme de chemin, cumulant les augmentations et rentrant tart, retrouvant un doux foyer où sa chère compagne aura nourri et baigné les enfants et préparé le repas.

Autant, je veux bien croire que ce schéma était furieusement tendance dans les années 70, autant je ne vois pas qui devrait décider à la place de chaque femme quel sera son niveau d’implication professionnelle à partir du moment où elle aura donné la vie. Les femmes ne sont pas universelles (révélation) et on ne peut pas déduire de notre double chromosome X une irrésistible envie de privilégier notre foyer à notre carrière. Et c’est la même pour les hommes au passage, leur chromosome Y ne signifie pas forcément qu’ils ne s’épanouissent qu’au bureau et pas à la maison. Est-on encore obligées d’être victime de notre genre ? Va-t-on commencer à me regarder bizarrement au boulot car j’entre dans la zone critique des femmes susceptibles de se reproduire incessamment sous peu ? Quoi que si je me réfère à la façon dont ils ne ménagent pas ma sœur, j’ai pas la sensation que son statut de future maman change grand chose. Mais bon, est-ce qu’aux yeux de la sphère travail, je vais n’être désormais qu’une potentielle future mère, celle qui se barrera en congé patho à la première occasion ? Celle qui ne pourra plus avoir qu’une carrière à la lente progression car en TNT que femme, je ne pourrai plus que devenir mère donc avoir plusieurs mois d’absence, le temps de pondre mon petit ? Pourtant, un enfant se fait à 2, pourquoi c’est forcément à la femme de rester à la maison s’occuper du petit ?

J’ai beau lire la loi, ce n’est inscrit nulle part…

Trop de loisirs tue le professionnalisme ?

Je vous racontais l’autre jour que j’aimais mettre à jour la partie loisirs de mes CV. Alors au chapitre lecture, qu’aime-je lire en ce moment ? Puis on va mettre plongée, chant (chorale). Voyages ? Je pourrais, avec mon nouveau blog de voyage et tiens, faudrait que je le rajoute…

Je suis une touche à tout limite hystérique qui veut tout faire, tout le temps. Plongée, chorale, langues, loisirs créatifs… Et je vous parle pas de tous les sports qui m’appellent comme le yoga ou le kayak et je serais pas contre quelques baptêmes aériens (parapente, paramoteur). J’aimerais aussi faire des ateliers artistiques pour prendre la confiance. Non parce que moi, je veux bien coudre mais je serais plus à l’aise si on me montrait quoi. Entre tout ça, j’aimerais bien écrire aussi… Bref une sorte d’hyperactive même si j’ai parfois du mal à passer de l’envie à l’exécution.


Dans ma petite tête de salariée, ma rubrique loisirs veut dire « fille polyvalente qui n’hésite pas à se lancer dans de nouvelles activités et qui a su trouver un équilibre entre vie professionnelle et vie privée ». Mais est-ce que pour un recruteur, ça veut pas un peu dire « fille dispersée qui ne fera aucune heure supp parce qu’elle a un cours de poterie ou de yoga onsaitpasquoi. Laisse tomber ». Trop de loisirs tué le professionnalisme ?

Lors d’un stage en 2006, j’avais discuté avec une femme mariée de 30 ans qui m’expliquait qu’elle avait du mal à trouver du boulot car jeune mariée sans enfant sous entend congé maternité dans les prochains mois. Ce qui est discutable en soi, une femme n’a pas obligatoirement une horloge biologique greffée dans le bide mais passons. Du coup, elle avait fini par omettre de signaler son statut marital. Gonflant.


Un enfant, c’est un peu comme les loisirs : si t’en as, tu ne consacreras pas à vie à l’entreprise et c’est gênant. D’une part, je ne considère pas qu’un employé corvéable à merci et qui a limite son sac de couchage sur place soit un bon employé. Si je prends mon cas, il m’arrive de terminer tard sauf qu’arrive le point de non retour, celui où mon cerveau lâche l’affaire. Je me souviens d’un soir, un vendredi, où j’étais déterminée à venir au bout de ma to do list. Ce n’était pas un impératif en soi : tu sais bien que si tu envoies un document le vendredi après 19h, le client ne le lira pas avant le lundi 10h (au mieux). Mais bon, je n’avais rien de prévu ce soir là et ça me permettait de partir sur autre chose le lundi matin. Sauf que vers 19h30, bug du cerveau qui ne produit plus qu’une bouillie de mots fade et sans réel intérêt. Continuer à tout prix pour tout reprendre lundi ou s’arrêter ? Comme dirait ma sœur « non mais le doc, il n’est ni fait ni à faire ! ». Mon corps est formel : la journée de travail est terminée. D’un autre côté, 19h30 un vendredi soir, c’est pas déconnant de rentrer.


Quant à mon incapacité de rester tard un soir à cause de mes activités ? Ben si j’ai pas le choix, je reste. Les nocturnes doivent rester exceptionnelles mais je ne lâche pas le gouvernail pour un cours de chant ou de plongée, même si ça me met en colère sur le coup. Parce que je ne suis que salariée, que je paie moins de 2500 € d’impôts et que le monsieur en numéro privé n’a même plus voulu me parler des que j’ai annoncé ce fait. Donc comme je disais dans mon article sur la génération Y, je rends ce qu’on me donne et surtout, j’équilibre ma vie. Parce que si un jour, un pan s’effondre, le seul sur lequel j’ai misé, je me retrouve sans rien. Et là, c’est officiellement la merde.