Génération Y : génération instable ?

Pendant mon voyage en Sicile, j’ai lu un bouquin prêté par Salima : génération Y de Myriam Levain et Julia Tissier . Forcément, quand on tient un blog appelé les vingtenaires, on ne peut être interpellé par ce livre. Et à chaque page tournée, cette perpétuelle réflexion : « c’est tellement vrai ! »

Je fais partie de la frange la plus âgée de la génération Y. Quand j’ai vu le jour, Mitterrand n’était pas encore Président de la République, John Lennon n’était pas encore mort, la guerre froide était encore vivace avec le boycott des JO de Moscou. Je suis plus une digital adopter qu’une digital native puisque je n’ai eu Internet qu’à 18 ans, mon premier mobile à 19 avec une carte prépayée et je ne le voyais que comme un fil à la patte. J’ai cependant rattrapé ce petit retard puisqu’aujourd’hui, je suis une digital worker et j’aime faire ma vieille conne « mon premier taf, c’était pour une plateforme mobile, on était sur le wap ». Phrase magique donnant la sensation que je suis une pionnière. Dans les faits, 5 ans de community management, ce n’est pas si courant (mais pas exceptionnel non plus).

Justement, ces 5 ans d’expérience, parlons en. Je l’applaudis juste pour cette fabuleuse transition que je n’avais moi-même pas vu venir, je maîtrise à mort mes digressions. Si je regarde mon parcours professionnel, j’y vois de la frénésie, de la fuite en avant, du qui fait peur en entretien « heu mais vous restez jamais plus d’un an et demi dans une société ? ». Bah non et je vais t’expliquer ça en deux mots : perspective d’évolution.

Discussion entre collègues à la cantine, il y a la team des chefs de projet (dont moi), une ou deux consultantes et Guillaume dit « directeur de la production » soit le manager des chefs de projet. Mon n+1 en clair. Figurez-vous que Guillaume quitte la société pour de nouvelles aventures et il eut cette sentence terrible « non mais tu fais un an et demi, deux ans à un même poste puis tu changes de boîte pour évoluer ». Et à de rares exceptions près, il a raison.

Notre vie professionnelle est comme un mur d’escalade : quand une voie est obstruée, tu en prends une autre. Rare sont les ascensions rectilignes. Et qu’est-ce qui obstrue les voies ? Nos n++. Normal hein, ils étaient là avant et dans le digital working, si tu attends la retraite de tes n++, tu ne progresseras pas. Par exemple, si je prends mon cas, mon n+1 a un an de plus que moi… Et mon n+2 deux ans de moins !

La génération Y n’est pas instable par essence mais simplement par manque de passivité et de résignation. Force est de constater qu’au bout d’un an et demi, ton poste, tu le maîtrises et tu commences à t’ennuyer et avoir envie de nouveaux challenges. Car même si le boulot n’est pas le centre de notre vie, passer 8 à 10h/jour à s’ennuyer n’est pas vraiment bon pour l’épanouissement personnel. Ce n’est qu’une envie légitime après tout. Or nous avons le choix : notre boîte actuelle où les perspectives d’évolution sont nulles ou à peu près (d’ailleurs, en terme de formation, on te file des cours d’anglais alors que finalement, tu ne t’en sers qu’une fois tous les 6 mois plutôt qu’une formation te permettant de prendre du galon) ou une boîte concurrente qui a trouvé ton cv incroyable et qui te permet de grimper. On ne répond pas à toutes ces offres bien sûr mais pour peu qu’on toque à notre porte au moment où on commence à soupirer d’ennui, on saisira l’aspérité à pleine main pour gagner quelques mètres de hauteur.

Comme dit dans le livre, ce n’est au fond que du donnant-donnant. Tu n’investis pas sur moi, ma loyauté restera opportuniste. Un peu finalement comme une relation amoureuse : mieux ne pas trop s’investir avec une personne qui nous rend peu, on peut vite avoir un goût amer en bouche. Comme m’expliquait Simon quand je bossais chez TGGP : »ils sont pas chauds pour les formations car ils ont peur qu’on parte ailleurs ensuite. » Tu ne me donnes rien, je ne te rends rien, surtout pas ma loyauté.

Si certains membres de la génération Y vivent très bien cette situation, je fais plutôt partie de ceux qui font avec. Je cherche la stabilité avec ardeur mais pas à n’importe quel prix non plus. Parce que si aujourd’hui, je gagne plus de 50% en plus par rapport à mon premier salaire (effectivement bas voire très bas), c’est bien parce que j’ai bougé. Mais après tout, le turn over est notre quotidien et, au bout de quelques années, l’annonce du départ de tel ou tel collègue n’est plus un événement.

Le stress pré vacances

Juste avant de vous parler de mes vacances en Thaïlande, parlons de ce que je déteste par dessus tout : le stress pré vacances. Vacances J-2, 3 ou 4. Alors que dans votre tête, vous commencez à exécuter la danse de la victoire, votre corps, lui, est lancé dans un terrible sprint final, une course de longue haleine nécessitant de mêler endurance et vitesse que nous appellerons « la course de la to do list ». En gros, le lundi, tu arrives en te disant « hiiiiii, dernière semaine avant vacances » puis tu regardes ton cahier to do list (oui, j’ai un cahier dédié à ma liste de tâches) et là, ça te prend à la gorge, la terrible angoisse. TOUT CA ?? BOn, respire ma fille, tu peux le faire, tu sais le faire. Un petit reporting, ça va vite. Un planning édito ? Les doigts dans le nez. Hop, hop, travaillons pour obtenir ce plaisir subtil et éphémère de cocher la case pour dire que c’est fait. Sauf que tes clients, ils s’en foutent un peu de ta belle to do list rédigée avec soin le lundi matin. Eux, leurs demandes, c’est tous les jours de la semaine, c’est normal. Arrive mon fameux phénomène d’asthme mental. Ou plutôt de noyade mentale : tu es enfermé dans une boîte et le niveau de l’eau ne cesse de monter, tu essaies d’écoper avec une mini éponge mais tu ne peux endiguer le flux. Et ton taux de stress est proportionnel au niveau de l’eau, tu commences à flirter avec la panique, voire l’hystérie : au secours ! Alors à un moment, tu tries. Tout est urgent, rien ne l’est, donc. Tu priorises du mieux que tu peux, tu essaies de réduire au maximum les délais d’exécution. Tu pleures dès que ton téléphone sonne et que tu sais qu’au bout du fil, la personne a une demande « urgente » et qu’elle aimerait même que ce soit fait pour hier. Il y a des jours où je me dis que je devrais rapidement inventer une machine à voyager dans le temps, ça devient urgent là. Donc tu dis oui, tu dis non, tu pars deux minutes de ci de là à accéder aux petites requêtes doivent être exécutées maintenant parce que « mais ça prend juste deux minutes ». Oui mais les minutes, une fois dépensées, tu les récupères pas. Et au lieu de mettre 3 minutes à faire une slide, t’en mets 15 et tu restes bloquée sur cette phrase entamée coupée en plein milieu car quelqu’un est venu te demander un truc. Mais qu’est-ce que je voulais dire déjà ? Comment terminer cet embryon de phrase qui danse sur ta slide blanche, comme s’il se moquait de toi. Les embryons de phrases sont mesquins. C’est la veille du départ et cette pute de to do list ricane en te montrant du doigt, en te faisant bien sentir que tu n’y arriveras pas. Tu fais de ton mieux, tu mobilises ton énergie en te répétant mentalement ton nouveau mantra : “efficacité”.Je peux le faire, je peux le faire. Ah ta gueule le téléphone ! Je sais qu’au bout du fil, mon interlocuteur veut que je fasse quelque chose en urgence, quelque chose qui n’est pas dans ma to do list. Maaaaaaaais, personne n’a entendu quand j’ai dit que j’étais en vacances le soir même ce qui signifie clairement “je dois finir à tout prix mes tâches ce soir alors tais-toi, laisse moi tranquille”. Mais non, tu n’avances pas, tu sens la pression monter, encore, encore, encore. 20h, tu n’en peux plus. Tu dois encore rentrer chez toi terminer ton sac et repartir chez Anaïs. Tic tac tic tac… Tu renonces, tu sais que tu ne peux plus, il te reste à minima une demi-journée de travail sur ta to do list. Alors tu ouvres un mail intitulé à peu de choses près : ce qu’il reste à faire. Puis tu ranges ton bureau, tu éteins ton ordinateur, tu dis au revoir aux deux qui restent puis tu prends l’ascenseur. Une fois les portes refermées, tu souris : tu es en vacances !

Pour fêter ça, je ramène une petite bouteille de champagne. Demain, nous serons dans l’avion destination la Thaïlande.

Rupture de stress

Semaine dernière, ce fut fort en stress. Sans trop en dévoiler, nous devions mettre en ligne une application Facebook et je jonglais entre le client qui appportait trois milliards de modifications et le prestataire qui développait ladite application. Le problème, c’est que j’arrivais très en aval de cette application donc je ne maîtrisais que peu les paramètres. D’où le bordel.

Mercredi soir, 21 heures, je décide de rentrer chez moi face au silence assourdissant du prestataire qui m’avait promis mon appli à 19h. Je suis cassée, de mauvaise humeur, j’en peux plus, j’ai un peu envie d’hurler sur quelqu’un. Sauf que bon, à part mon chat, j’ai personne sur qui me défouler et la pauvre bête n’y est pour rien. Après une telle journée, je suis tellement épuisée que j’en ai même pas sommeil, j’essaie de profiter de cette énergie pour avancer sur des trucs.

Jeudi matin, je me lève et là, paf, me voilà sereine. Peut-être étaient-ce les prémices de mon vilain rhume ou alors j’étais l’heureuse victime de ce que j’appelle “la rupture du stress”. Mon corps, y a des fois où il en a marre d’être maltraité. Parce que j’enchaîne les semaines tendues et que je me repose pas forcément le week-end. Alors il commence à me faire vibrer la paupière pour me dire que ça va pas trop mais je l’écoute pas trop. Tiens, je mange du chocolat, ça te calmera paupière puis tais-toi, je pars en vacances dans peu. Sauf que mon corps, il vit au présent, il s’en fout de la promesse de vacances futures. Donc voyant la pression monter, monter, monter, il a évacué tout le stress, un peu comme on évacue la vapeur d’une cocotte-minute. Non, là, mon cerveau n’a pas voulu gérer donc il a tout relâché.

Jeudi, je suis arrivée au boulot tranquille. Un petit rendez-vous étrange où on se rend compte qu’en fait, c’était à ma soeur qu’elle voulait parler et pas à moi, puis je reprends mon dossier compliqué. Qui ne fonctionne pas mieux et tandis que je m’escrime à le régler, ma to do list n’avance pas alors que la deadline, elle, court vers moi en criant : “mercredi soir, tout doit être terminé !”. Mais tant pis. Je ferai de mon mieux et advienne que pourra. J’ai déjà annulé ma séance de sport avec Anaïs, je n’annulerai pas mes vacances de toute façon. Dans cette affaire, je ne peux me remettre en cause, j’ai travaillé du mieux que je peux, j’ai essayé de récupérer les balles que l’on me lançait un peu n’importe comment pour jongler avec. A un moment, tu peux plus gérer. Mais à côté de ça, tu gères d’autres applications sans faillir. Quand celle-ci n’apparaissait toujours pas, j’ai réussi sur une autre à coordonner la création du design, écrire et déposer un règlement et mettre en ligne une autre application dans les temps. Comme mon stress est tout rompu, je préfère retenir ce point positif. Je suis carrée, j’ai mon rétroplanning. Ce n’est que quand je n’ai pas les cartes en main que ça foire.

Prétention, quand tu nous tiens. Mais du coup, ça fait du bien de respirer, de ne plus s’angoisser. Après tout, à un moment, faut savoir admettre qu’on ne pourra pas tout faire, même avec la meilleure volonté du monde. Et c’est pas en s’angoissant qu’on fera du bon boulot.

Attention ne pas flirter dans l’open space

Il y a quelques temps lointains, je chantais les louanges du crush de bureau, vous savez, ce petit palpitement provoqué par un(e) collègue bien à votre goût que l’on entretient de loin en loin pour avoir une bonne raison de se lever le matin pour aller au travail et toujours paraître au mieux. C’est mignon, c’est frais, ça donne le sourire. Sauf que je n’avais pas pris en compte un élément dans ma petite histoire : les pipelets.


Oui, pipelets parce que les mecs, ce ne sont pas les derniers à bavasser. Voire même les premiers. Avant, j’avais un pouvoir magique, celui de voir, et particulièrement les connivences entre deux êtres qui se cherchent et se trouveront peut-être dans le secret de l’intimité. Je sais pas, j’y serai pas. Mais en général, je partage assez peu mes observations sauf avec mes plus proches collègues car je suis pas une cancanière. Enfin, pas trop… Quand je veux lancer de fausses rumeurs, je dis les choses haut et fort et personne ne me croit. On en rit et on en oublie. Mais depuis qu’on a déménagé, on m’a mis dans un coin où mon pouvoir ne sert très peu puisque je n’ai dans mon angle de vue plus que 4 personnes, tous les autres sont dans mon dos. Heureusement que j’ai un pouvoir annexe : celui d’attirer les pipelets qui me racontent tout. Même quand le tout est le fruit de leur imagination.


Quoi qu’il en soit, la vie d’une entreprise tourne aussi autour des ragots échangés autour de la machine à café et là, attention, c’est parti pour le quart d’heure jugement où les personnes impliquées dans le flirt peuvent être vues comme des garces (“elle drague un mec marié alors qu’elle le sait”), des salauds (“il est en couple mais répond à ses avances”), des queutards (“il se tape n’importe qui dans la boîte, il paraît qu’il a déjà eu une liaison avec Jasmine de la compta/ Kevin du service marketing”…). Rare sont les idylles naissantes, réelles ou supposées, qui ne font pas l’objet de commentaires chuchotés à la cantine et étouffés sous quelques pouffements mal venus.


Parce que faudrait voir à pas oublier deux choses :
– ça ne nous regarde pas.
– nombre de couples se rencontrent au travail, près d’un couple sur deux (mais ça varie selon les statistiques) donc une idylle naissante entre deux dossiers n’a rien de surprenant.


Oui, certes, mais ça n’empêche pas la discrétion. Surtout si l’un des deux est déjà en couple de façon on ne peut plus officielle. Parce que si on a le droit de se conter fleurette dans l’open space (cadre teeeellement romantique), il ne faut pas oublier que ce petit jeu de séduction est une pénétration de la sphère privée dans la sphère professionnelle et ça n’a rien à faire là. Oui, on parle un peu de nos vies privées entre nous, je sais qui est en couple ou qui ne l’est pas, on a des anecdotes mais on en parle entre nous, à la cantine ou en pause. Dans l’open space, on drague pas, on bosse. On rigole aussi mais le problème d’une séduction repérée, c’est qu’elle trouble : sont-ils au top de leur concentration ? A-t-on vraiment envie de voir ça ? Et surtout, si l’une des personnes est en couple comme déjà évoqué, ne sommes-nous pas malgré nous complices d’un adultère possible ?


Quoi qu’il en soit, ça occupe, ça génère de la discussion. Au mieux ça amuse, au pire ça agace. Mais finalement, n’est-ce pas humain ? Tous ces gens passant leur journée ensemble enfermés entre 4 murs, ça finit bien par susciter des rapprochements. C’est le principe même de base de Secret Story et autres TV réalité. Et puis aussi incroyable que ça puisse paraître, les flirts de bureau peuvent se transformer en réelle love story. Genre je connais un couple qui s’est rencontré sur le lieu de travail et ça fait maintenant 35 ans. Même que ce sont mes parents et qu’ils ont bien fait de se foutre du “no zob in job”. Mais même si chacun fait ce qu’il lui plaît, n’oublions pas ce bel adage : pour vivre heureux, vivons cachés.

Faut-il prendre ses capotes en séminaire ?

Oui, je sais, je sais, no zob in job mais avouez quand même qu’une centaine de personnes entre 25 et 35 ans dans un hôtel loin de chez eux avec piscine et alcool, ça peut déraper.


Il y a donc un mois, nous avons appris que nous allions tous voguer gaiement vers la Sicile pour un séminaire permettant de mieux nous connaitre les uns les autres et de pas nous entretuer dans l’open space. Parce que le travail bien fait nait du sentiment d’appartenance à la boite, de la sensation que nous sommes tous sur le même bateau et que celui-ci ne s’appelle pas le Titanic. Premier accroc dans notre fol enthousiasme : en fait, on va plus en Sicile mais à Marseille. Oueeeeee…


Mais peu importe le lieu, on se retrouve pendant 2 jours et demi loin de chez nous, occupés à resserrer les liens à coup de jeux d’équipe et d’alcool. Techniquement les risques de rapprochement très intimes ne sont pas nuls, c’est un fait. Sauf que ramener ses capotes, est-ce que c’est pas légèrement présomptueux ? Surtout si à priori on n’a pas envie de quelqu’un du bureau à la base. Mais bon, comme on dit avec Anaïs (copine de plongée qui n’est pas impliquée dans le voyage) : on sait jamais. Mais on a une private joke sur le sujet. Oui on ne sait jamais.


Et puis c’est pas forcement pour moi en plus. Je veux dire que peut-etre que ma compagne de chambre ou un bon camarade ait moyen de conclure et voilà-t-il pas qu’ils n’ont pas de protection ? Heureusement la fée capote (moi quoi) arrive telle la providence et leur offre deux petits capuchons (bon, peut-être 3, ça dépendra de mes stocks et s’ils doivent passer la nuit ensemble). Non parce que quitte à glisser dans un de ses collègues à la faveur d’une soirée arrosée, autant ne pas aggraver la situation en évitant de mettre un préservatif. La grossesse accidentelle entre collègues bourrés n’est valable que dans Melrose Place (ça arrive d’ailleurs ou pas ?). Et je ne parle pas des MST mais le cœur y est.

Cependant revenons en à la boite en temps qu’objet. Une boite = 12 préservatifs et le séminaire = 2 nuits. Prévoir 6 capotes par soir, c’est le risque de passer pour une grosse affamée facile à embarquer dans son pieu et ça fait de vous la cible idéale de tous les quolibets. Or je sais pas vous mais moi, j’ai pas envie de devenir jusqu’à la fin de mon contrat « 12-pack » ou « la dalleuse du SM » (toujours social media). Et je n’envisage pas de démissionner de suite (oui, ça change mais vu que je viens de le dire sur mon blog, la vie va forcement me contrarier dans 15 jours sur le sujet).


Alors en fin de compte, la solution est simple : je me contente d’avoir toujours des capotes sur moi et pas spécialement pour le séminaire. Après tout, j’ai bien du déo et des tampons dans mon sac, pourquoi pas des capotes ?

Une prochaine fois, nous répondrons à la question subsidiaire soulevée par Tobias mon collègue : faut-il prévoir toutes les tailles dans son stock ?

L’open Space m’a trépaner

La cantine, c’est politique

Résumé des épisodes précédents : en janvier, j’ai trouvé un poste très chouette dans une boîte qui l’est tout autant située en banlieue très proche genre on y va en métro. Puis cet été, il y a eu un déménagement pour une autre banlieue très proche qui a aussi le métro. Je n’ai pas vécu le déménagement pour cause d’arrêt maladie mais mes copines de boulot me racontèrent via le chat Facebook : “c’est horrible, on est dans un open space immense et bruyant et la cantine est dégueu!”. Oui, avant, on avait des tickets restos (à 8.65, quand même). Maintenant, on a une cantine dans le même immeuble. En gros, vu que j’ai arrêté de fumer, je sors pas de l’immeuble avant le soir. Youpi.


Le premier jour à la cantine, j’étais avec des habitués qui m’avaient bien prévenue “tu vas voir, c’est dégueulasse”. Bon, je vais passer rapidement sur cette histoire de goût. C’est pas que c’est mauvais, en fait, globalement, tant que tu mets pas de sel dessus, ça n’a pas de goût. Une fois que tu as salé, ça a goût de sel. Mais voyons le positif, je mange du poisson et des légumes comme ça, c’est meilleur que les sandwiches. Meilleur dans le sens bon pour la santé, s’entend. Par contre, pour le moral… Quand tu vois ton assiette, t’as un peu envie de pleurer.

Mais surtout, la cantine, c’est un lieu social particulièrement révélateur, le fameux dis moi avec qui tu manges, je te dirai qui tu es dont j’ai déjà parlé. Tant qu’on n’avait pas de cantine, on n’observait rien de tel vu que la plupart des gens mangeaient devant leur écran. Maintenant, on mange à la cantine et faut que tu choisisses ton camp. Dans le mien : les chefs de projet et les stagiaires. De ce que vous devez retenir (enfin, vous faites ce que vous voulez), les titulaires sont : Charlotte, Salima, Tobias, Arthur et Adrien. Plus nos stagiairounettes mais deux s’en vont en septembre (la dernière, on la garde jusqu’en décembre, ouais !). Parfois, une consultante vient manger avec nous (enfin, elle est pas consultante mais j’ai pas retenu son intitulé). Et là, attention, ça vire Heathers cette histoire.

Pour ceux qui ne l’ont pas vu, Heathers est un teen movie noir avec Wynona Rider et Christian Slater. Je passe sur le pitch en lui-même, ce qu’il faut retenir, c’est la longue scène de la cantine où chacun est avec ses semblables : les nerds entre eux, les populaires entre elles, les beaux gosses juste à côté, les pas aimés de leur côté et ceux qui sont seuls sont vraiment tous seuls et là, on a mal pour eux. Ben la cantine, c’est pareil. Les chefs de projets avec les chefs de projets, les consultants avec les consultants et le tout par pôle, on se mélange pas. Tellement pas qu’une soudaine fracture me saute à la figure : même au sein du pôle SM auquel j’appartiens, il y a des clans.

J’aime pas les clans. Parce que ça heurte mon bisounoursisme (enfin, ce qu’il en reste). Non mais c’est vrai, dans mon monde merveilleux, tout le monde s’aime et tout le monde est pote. Sauf les gens que j’aime pas qui sont priés d’aller voir sur un autre nuage si j’y suis. Genre un nuage bien noir, chargé de pluie et d’orage. Mais sinon, on est tous copains, on se tient tous la main, youpi ! Ben en fait non. L’autre jour, nous étions donc à la cantine entre chefs de projet et stagiaires à parler de je ne sais quoi quand arrive le directeur associé du pôle (je crois, je suis toujours perdue dans les intitulés des uns et des autres)… Il y a 4 places à côté de nous mais il feint peu discrètement de pas nous voir. On se mélange plus, c’est comme ça. Et ça me fait comme une sorte de… de fussoir. Non mais un intitulé, ça veut dire quoi ? Si demain, l’un d’entre nous passe officiellement consultant, il doit changer de groupe ? Au lycée, les 2ndes ne mangent pas avec les 1ères et si tu redoubles, tu manges avec ta nouvelle classe, c’est comme ça.

Enfin, c’est pas grave, je suis dans le groupe le plus cool de toute façon.

Je veux un master d’écriture

L’autre jour, j’ai eu une idée, une idée toute palpitante mais qui ne pourra pas aller au-delà du stade de l’idée. C’est cependant amusant de développer un peu le concept pour vous le présenter. Voici donc le dernier délire made by Nina Bartoldi: le master d’écriture.

C’est vrai, il existe des master d’arts appliqués ou de cinéma, de musique, on peut tout apprendre à la fac sauf l’écriture. Je ne trouve pas ça juste, j’aurais bien aimé en suivre un, moi, de master écriture. Il y a bien deux ou trois cours privés mais à des prix… Donc voilà ce que j’imagine comme cours. D’abord, un écrivain a à sa disposition de nombreux univers : son histoire se passe-t-elle dans le présent ? Le passé ? Le futur ? Dans un univers parallèle ou sur une autre planète ? Chacun choisit ce qui lui convient le mieux et peut même passer de l’un à l’autre au fur et à mesure de ses différents romans. Sauf qu’un univers, c’est bien mais faut qu’il soit crédible. Alors imaginons les modules univers avec un cours sur les recherches et comment ancrer son récit dans l’Histoire et un module “créer un univers”.

Par ailleurs, écrire se décline sous différents styles : un polar, un roman d’anticipation, une uchronie, un drame psychologique, une comédie… Tout ça nécessite certaines compétences, notamment le rayon polar, je pense. De bonnes connaissances en criminologie sont nécessaires, sans parler du fonctionnement des services de police, les méthodes de travail des uns et des autres, l’art de faire parler les indices… Et je ne vous parle pas de la psychologie. Combien de héros ou de méchants (surtout de méchants, en fait) ont quelques névroses sympathiques. Or pardon mais parfois, les maladies psychiatriques dans les romans me font un peu hurler. Genre les multiples personnalités. Ah oui, ça, ça plaît, c’est une ficelle élimée, grosse comme une poutre mais allons-y gaiement, écrivons un polar psychologique avec de multiples personnalités et l’éternelle question : la victime simule-t-elle sa maladie ? Oh oui, c’est tellement surprenant dis donc…

Et puis écrire, c’est un verbe un peu large. On peut écrire des nouvelles, des romans, des pièces de théâtre, des scenarii, des pamphlets, documentaires, articles, chroniques, poésies… Dans chaque genre il existe des milliers de formes diverses et variées. Et il existe des règles à respecter. Et pour les graines de délinquants, je veux bien qu’on contourne les règles mais pour le faire, faut quand même les connaître. Après tout, il y a des cours/écoles de dessin, arts plastiques, photo, cinéma, musique… Je ne comprends pas qu’il n’existe pas de filières écriture comme aux Etats-Unis par exemple où tu peux pas regarder une série avec des étudiants sans qu’il y en ait à minima un qui suit des cours pour devenir écrivain. Je suppose que ça peut faire prétentieux passé un certain âge de déclarer qu’on souhaite devenir écrivain mais c’est un métier comme un autre. Et un métier, en général, ça s’apprend. Et je vous parle même pas de la nécessité de travailler sa culture G, une source infinie d’inspiration.

Petit président d’université, si tu me lis et tu es d’accord, tu me préviens, hein, que je vienne m’inscrire !

Concentre-toi

Lecteur, je dois aujourd’hui t’avouer un de mes pires travers, un défaut qui m’agace et me rend souvent inefficace : ma concentration relative due à une forte propension à la serendipité et à la multi activité.

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Prenons un dimanche après-midi de ma convalescence par exemple. Début d’après-midi, lecture du Nouvel Obs, un dossier spécial sexe et politique, sujet on ne peut plus original qui avait fait l’objet d’un dossier spécial il y a moins de 2 mois dans le même magazine. En même temps, la télé était allumée sur le grand prix de Formule 1 sur lequel je jetais un œil en commentant (mais pas trop car mon père piquait du nez). Après retour sur l’ordinateur où j’ai 3 fenêtres ouvertes. Une pour le déménagement du blog, une pour mes mails et réseaux sociaux, la troisième pour le boulot. Et je passe de l’une à l’autre : recherche d’une photo pour un article, taggage et tri de tweets évoquant un de nos clients, réponse au mail d’Anaïs. Tiens, j’ai une idée d’article, écrivons le ! Résultat : dans la multitude, une tâche finit par se glisser dans l’angle mort de ma mémoire vive et soudain, quand je reviens sur l’onglet, je me rends compte que
ça fait 30 mn qu’une tâche n’a pas avancée. 

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On se retrouve ainsi avec le cas typique du mail entamé et oublié d’envoyer, la phrase arrêtée en plein milieu (va raccrocher les wagons après ça). De fait, je suis la cliente idéale pour la procrastination et la sérendipité. Quand je dois chercher des blogs pour une opération, il suffit que je découvre une photo ou une vidéo qui me plaît bien et je tombe dans une faille spatio-temporelle de 30 minutes. Et ça m’agace.

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Pourtant, je suis tout à fait capable d’être concentrée au point d’oublier mon environnement, d’entendre la musique sans l’écouter car je suis à fond dans ce que je fais, ne pas faire attention à l’heure. Typiquement, par moment, en fin de journée au boulot, je lève la tête et découvre que des gens sont partis, je leur ai même souhaité une bonne soirée sans m’en rendre compte… Ouhla, tout va bien… Je ne souffre pas d’hyperactivité dans le sens clinique du terme, je suis tout à fait capable de rédiger des dissertations sur 4 heures donc pourquoi je me disperse aussi facilement ? Ben parce que je suis trop sollicitée et trop spontanée. Une idée me traverse la tête, je la mets de suite en application. Genre je commence 4 articles en même temps, je vais de suite faire une recherche google parce que là, tout à coup, j’ai envie de voir combien va me coûter le week-end à Venise, un livre sur la pâte fimo, des cours de chant, le tarif
du centre nautique à côté du boulot… Et du coup, le mail où j’étais en train d’envoyer un doc pour le boulot va rester ouvert pendant 30 mn avant que je finisse de l’envoyer.

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C’est pas toujours forcément de ma faute. Je suis une grande impatiente. Je dois toujours tromper mon impatience donc typiquement, pendant que mon mail charge la pièce jointe, je vais faire autre chose. Et oublier mon mail. En voulant rentabiliser quelques secondes d’attente, je peux perdre 30 mn. Bravo !

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Alors j’essaie de m’organiser contre ça, me donner de petits objectifs : tant que j’ai pas fini ça, je ne fais rien d’autre. Si la tâche s’annonce fastidieuse, je la divise. Step by step (hou baby) comme on dit. Par exemple, moin histoire de taggage de tweet, c’est chiant. Donc je divise les tweets en tranches de 4h : je tague de 0 à 4h, une pausounette. De 4 à 8, une pausounette… Ben ça me permet d’avancer finalement plus vite et d’être plus attentive car on a vite fait de taguer de façon un peu trop automatique. 

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Bon, c’est pas tout ça mais j’ai encore 10 onglets d’ouverts, des powerpoints, des excels, des words… En fait, c’est pas de concentration dont j’ai besoin, c’est d’organisation !

Je suis officiellement traumatisée

Mais je me soigne.

La semaine dernière fut particulièrement pénible pour moi. Vous savez, ces semaines où les pépins s’accumulent, où un dossier n’avance pas, où votre prestataire vous prend clairement pour une conne et vous vous faites engueuler par votre client car le presta est rentré chez lui sans avoir terminé l’appli Facebook et que c’est forcément de votre faute. Dieu merci, cette cliente qui s’est bien énervée après moi (moi en tant que personne étant encore au bureau et non pas en tant que Nina, c’est important de le signaler) est une fille extra et a fini par s’excuser de s’être emportée. 

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Bref, la semaine dernière, j’étais déjà un peu à fleur de peau quand je reçois une invitation à une réunion « point projet Pouet ». Pour ceux qui en douteraient, Pouet n’est pas le vrai nom du projet… Ce projet m’a été confié il y a un peu plus d’un mois, c’est un peu mon bébé. Ceux qui jouent au Sims savent bien ce qui arrive quand on ne s’occupe pas de son bébé : une assistante sociale vient le chercher. Ben pour le projet Pouet, elle est passée parce que je suis coupable d’abandon parental. Donc je m’attendais à un soufflon monumental, pas forcément légitime vu que j’ai pas le temps de m’en occuper car les dossiers en cours me prennent tout mon temps. Laurent, le directeur du pôle, m’invite à le suivre à la cafèt’, je prends mon air détaché mais dans ma tête, la petite fille bonne élève pleure. On s’asseoit face à face. « Alors, tu en es où du projet Pouet ? T’as pu avancer ? »; Le ton est calme, la question directe et néanmoins surprenante : Laurent introduit dès le départ la possibilité que je n’ai pas eu le temps d’avancer.

« Non, je suis vraiment débordée avec client Number One ». Notez ma franchise. En même temps, je sais pas mentir.

« Oui, je me doute. Ecoute, demande à Guillaume de voir quelle stagiaire peut te seconder, on va y arriver. Y a pas de date précise donc pas de panique ».

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NOM DE DIEU ! Du coup, je suis reboostée à mort, je lui ai parlé des idées que j’avais, de ce que j’avais envie de faire. Après cette petite réunion, j’ai réalisé alors à quel point j’avais été traumatisée par Pubilon et dans une moindre mesure par la-boîte-qui-n’a-pas-de-nom avec des managers accusateurs qui te reprochaient juste de ne pas avoir fait certaines choses sans chercher à comprendre pourquoi. Et j’ai pris une leçon de management au passage. Bon, il est à noter que j’avais signalé ce problème de temps sur ce projet précis lors de
mon entretien de fin de période d’essai (auquel Laurent n’a pas assisté) et l’agence tourne clairement en sous effectif. Parce que concrètement, me dégager du temps pour le projet Pouet signifie charger la charrette déjà à rabord d’un autre collègue. Pour le moment, nous ne sommes que 2 community managers – chef de projets SM, un troisième arrive mais les projets étant distribués par
affinité, je serai toujours la chargée des marques de cosméto, un de nos gros secteurs. Et je suis l’experte 2.0 donc la seule habilitée à communiquer avec des blogueurs ou presque. Bref, je suis charrette de chez charrette.

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Mais cette petite anecdote professionnelle m’a permis de respirer, de gagner en sérénité et j’en avais cruellement besoin suite à mes dernières expériences navrantes et, in fine, traumatisantes. Je reconstruis petit à petit ma confiance en moi sur le plan professionnel, j’essaie de ne plus avoir un ulcère à l’estomac in progress dès que je reçois un mail d’un de mes supérieurs hiérarchiques. Mon entretien de fin de période d’essai a été plus que concluant. On ne peut pas faire illusion pendant 3 mois si on n’a pas un minimum de compétence et de sérieux. Respire ma fille, ça va bien se passer.

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Travailler en bonne intelligence, ça détend. Ce qui n’a pas empêché Laurent de me coller un nouveau projet (plus léger) en fin de journée. De toute façon, la vie privée, ça sert à rien.

PS : ma dernière phrase est une boutade, pas taper, surtout toi, qui te reconnaîtra !