Hier, j’ai donc parlé télé, je vais continuer, histoire d’énerver les gens, un peu. Ben oui, maintenant que Lucas est parti, je suppose que je dois prendre le rôle de poil à gratter (de toute façon, quoi que je dise, y a toujours un con qui finit par m’insulter, je suis blasée). Alors je parle télé, cet objet honnis par tous ceux qui veulent faire les intellos.

Posture de départ : la télé, c’est le mal, c’est l’abêtissement donc crier haut et fort qu’on ne regarde ou qu’on ne possède pas de télé passe déjà pour un intellectualisme. Vois-tu, moi, je suis un peu trop intelligent pour regarder ce genre d’appareil du démon. Et si on ose dire que nous, non seulement on a une télé mais qu’en plus, on la regarde, on perd de suite 10 points dans leur estime. Même si, comme moi, on a encore une télé à tube cathodique. Donc postulat de départ : j’ai pas la télé, je suis une personne intelligente. C’est tellement Glucksmannien comme réflexion. Glucksmannien de André Glucksmann, s’entend. Pour résumer un postulat de Glucksmann sur le 11 septembre, par exemple, il estime qu’il ne faut surtout pas chercher à comprendre les motivations d’Al Qaïda car les comprendre, c’est commencer à les légitimer. En tirant l’exemple (un peu par les cheveux, certes), c’est un peu pareil avec la télé : je préfère ne pas la regarder de peur de constater que ce n’est pas si merdique que ça.

Nos intellectualistes anti télé par principe nous expliquent donc qu’ils préfèrent lire le journal ou écouter la radio (il semblerait que la télé empêche tout ça comme lire les magazines féminins empêchent de lire Courrier International). La radio ? Tiens, tiens… Petit cours d’histoire en forme de point Godwin : la radio n’était-elle pas l’outil d’asservissement du peuple préféré d’Hitler ? Mais oui, mais oui… Ca voudrait dire que ce n’est pas un média en particulier qui est le diable mais la capacité des gens à recevoir le message diffusé ? Parce que ça aussi, ça me fait rire « les gens, ils croient tout ce qu’ils voient à la télé ! ». Mais c’est qui, ces gens ? Toi ? Moi ? Les voisins ? Ceux qu’on ne connaît pas du tout mais qu’on sait intellectuellement, socialement et tout ce qu’on veut inférieurs à nous ? Que l’on protège les enfants, cible fragile et impressionnable, de certains programmes du fait que leur intellect est en pleine construction, je comprends. Mais pourquoi les autres, ces gens, ne seraient-ils pas, comme moi, capable de faire la part des choses ? Je veux bien croire que j’ai une intelligence supérieure (un peu de pommade ne fait jamais de mal) mais puis-je sérieusement penser que les gens sont tous plus cons que moi et ne sont pas capables de se faire une opinion par eux-mêmes ?

Bien sûr, je suis parfois interpellée par le niveau de certaines émissions, je ne comprends pas pourquoi des tas de gens se précipitent dans des émissions du genre Super Nanny, Confessions Intimes, On a échangés nos mamans ou regardent des Attention à la marche, La roue de la fortune ou Tournez manège. Ceci étant, je fais ma Glucksmann, je ne connais de ces émissions que ce qui passe au zapping puisque je suis au boulot quand ils passent (et en vacances, je ne regarde pas la télé. Pas par intellectualisme mais parce que j’ai pas envie). Ceci étant, la télé est comme n’importe quel média, elle est ce qu’on en fait. Savez-vous qu’il existe des documentaires super biens, très enrichissants et super bien foutus ? Qu’on peut aussi apprendre des choses si on en a envie en regardant la télé ?

Alors j’entends déjà les commentaires d’ici : toi, tu dis ça alors que tu regardais Secret Story 3, tu te fous du monde. Bon, de un, je ne vois pas en quoi le fait de regarder Secret Story m’empêcherait de regarder aussi des documentaires, par exemple. Ensuite, il est vrai que je suis globalement une mauvaise spectatrice puisque même quand elle est allumée, j’oublie parfois de regarder ce qu’il s’y passe, ce qui fait que je ne comprends pas les intrigues policières ou je réalise au bout de 10 mn que je me suis arrêtée sur la chaîne bande-annonce. Et que dire du soir où j’éteins la télé, je pars dans la salle de bain et je me rends compte que j’ai juste aucune idée de ce que j’étais en train de regarder. Normal, la télé est allumée quand j’écris car elle me déconcentre moins que la musique (j’ai tendance à vite me mettre à chanter).
Et sinon, commencez à affûter vos armes pour descendre Internet en flèche, c’est le futur média du diable (enfin, ça a déjà bien commencé).
